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lundi 16 janvier 2023

Un vieux couple sans affect

Le 22 janvier prochain se fêtera à Paris le Traité de l'Elysée signé entre Charles de Gaulle et Konrad Adenauer pour réconcilier définitivement deux nations qui se firent trois guerres en seulement soixante dix ans.
Il est intéressant de voir comment l'Allemagne voit (ou ne voit pas) cette commémoration, et le plus simple n'est-il pas de lire l'article du Spiegel consacré à l'événement. Vous pouvez y accéder gratuitement en cliquant ici. Il est en anglais sur original allemand payant, titré lui, L'Aliénation (Die Entfremdung), ce qui est déjà un signe fort. La photo assez incroyable illustrant ce billet vient aussi du Spiegel.

Sholz et Macron

Il ne fait aucun doute qu'après les grands amours Giscard-Schmidt et Mitterrand-Kohl, le "couple" s'est passablement désuni, au point que le divorce n'est évité maintenant que par souci des convenances européennes. La collaboration cœur à cœur cessa dès le premier mandat de Jacques Chirac qui supprima la conscription militaire sans en débattre avec la République fédérale. Puis viendra le temps des sauteurs et des ectoplasmes entre gémissements budgétaires et avanies en tout genre, jusqu'à ce que le chancelier Scholz applique la devise garibaldienne : Germania farà da sé. Il prend ses distances du projet franco-européen de défense intégrée, laisse le Bundestag patauger dans le soutien blindé à l'Ukraine, oublie la dispute industrielle entre nos deux pays dans les affaires de char franco-allemand et d'avion du futur, relance le charbon, ne ménage pas sa peine pour soutenir les entreprises allemandes en Chine populaire avec un voyage éclair à Pékin sans consulter ses partenaires européens, et finalement ne parle qu'avec Washington parce que la Deutsche AG y a des intérêts colossaux.

Face à lui, le sémillant Emmanuel Macron saute sans arrêt d'un nénuphar à l'autre pour faire oublier qu'il est perclus de dettes et incapable de financer quoique ce soit sans aller au Golfe comme d'autres vont aux dames. C'est sans doute cette arrogance juvénile de l'impécunieux radoteur qui horripile le plus les Allemands. Ils sont dans la barque de l'Eurogroupe que l'impéritie française pourrait bien faire couler, et ça, c'est pour eux péché mortel.

Il est plus que temps que la France mette de l'ordre chez elle, rétablisse ses comptes publics et s'occupe de son propre avenir, sans reporter la solution de ses nombreux défis à l'étage européen. Car là aussi, nous commençons à fatiguer les autres par nos recommandations incessantes sur tout et rien. Cahin-caha le Traité de l'Elysée aura tenu soixante ans.

mercredi 16 mars 2022

Poutine in RA bis-repetita

Il est rare de réchauffer les plats sur Royal-Artillerie, mais relisant un article fuligineux de 2014 qui avait mis le feu à la rédaction du site royaliste La Faute A Rousseau, le Piéton se surprend à ne pouvoir le refaire tant il reste encore d'actualité. Certes Obama, Merkel, Abe sont partis, mais Poutine demeure, ô combien ! Voici les deux paragraphes essentiels de cet article (source):

La force brute est périmée, Barack Obama le sait, Angela Merkel le sait, Xi Jinping le sait, Shinzō Abe va le comprendre, Poutine le saura trop tard (l'opinion des autres est sans importance pour lui). Dans notre globalisation, dans notre monde interconnecté en permanence à la vitesse de la lumière, la vie et la bonne santé des nations dépendent de tous les autres. Comme le dit de la Chine Qiu Xiaolong² in Cyber China, "le monde se transforme en un gigantesque réseau de relations où chaque maillon, étroit ou distendu, visible ou invisible, unique ou multiple, ne tient que grâce au tissage serré de l'ensemble". Les exemples sont nombreux. Les hypothèques pourries détenues par Freddie Mac et Fannie Mae aux USA ont mis le feu à la planète. Le tsunami japonais a arrêté les chaînes automobiles européennes. Un krach immobilier d'une mégapole chinoise entraînera immédiatement un bridage du crédit de la BPC qui se répercutera en quelques semaines partout. Alors, quand ça ne marche plus, quand l'espérance s'éteint, quand le futur est plus gris que le présent, les peuples d'aujourd'hui se lèvent, s'organisent et remplacent leur dirigeants, dans le sang s'il le faut. Les régimes les mieux affermis tombent ; et, à l'exception du pouvoir alaouite de Damas, la liste des "tyrans" balayés s'allonge. Le chantage russe est de déchirer le gigantesque réseau qui ne pense pas comme son président et fait mine de le menacer, la Russie dut-elle en périr ! Folie.

Vladimir Poutine est un homme des années cinquante, un brejnévien qui compte ses fusées, un fana du balcon stalinien. Il a d'ailleurs stoppé les négociations de réduction du nombre d'ogives, c'est le signe d'un décalage mental. Il ne veut pas assimiler l'hypothèse que les Occidentaux puissent plier l'économie mondialisée russe à relativement peu de frais, et que, si la "folie" dénoncée par Frank-Walter Steinmeier ne cesse pas, ils vont le faire. A quoi serviront les quarante mille pions de la Sainte Russie disposés en troupes d'occupation du Donbass quand les capitaux russes et étrangers se seront faits la malle ? Avec quel argent se développera une industrie de fabrication incapable de croître seule ? D'où viendront les ingénieurs étrangers indispensables à la modernisation de l'immense fédération perdue dans les classements internationaux si les garanties locales sont annulées parce que le droit international est violé ouvertement et plusieurs fois ? Avec quoi nourrira-t-on in fine les « masses laborieuses et démocratiques » si l'édition des factures de pétrole et de gaz est sévèrement empêchée ? Le stratège s'en moque, l'intendance suivra, comme aurait dit l'Autre ! Mais ce temps est fini. Les peuples ne savent plus souffrir comme avant.
[Royal-Artillerie le 1er mai 2014]


Ainsi il y a huit ans, ce petit blogue de rien du tout avait converti ses analyses géopolitiques en prédictions, ce que les grosses cylindrées du secteur n'avaient pas osé. Une fois n'est pas coutume ! Plus sérieusement, le point d'impact au sol de la dérive mafieuse de Vladimir Poutine est clairement aujourd'hui en Ukraine. Qu'il multiplie les Stalingrad ne changera plus rien à son destin de Tyran fou, enfermé dans une bulle de terreur au milieu de complices obligés et payés des fortunes pour partager l'opprobre avec lui ; lui qui ne sortira de sa rélégation mentale que pour descendre au bunker de la Chancellerie du Reich ou pour s'agripper au pupitre du tribunal de Nuremberg. Les Russes hors du Kremlin, abrutis de propagande comme vient d'en témoigner Marina Ovsyannikova sur Channel One Moscou avant d'être arrêtée, ne doivent pas être démonisés, mais il en restera quelque chose contre eux chez tous leurs voisins déjà prévenus et dans le monde. Les idiots utiles français et ceux surtout qui ont été rétribués d'une façon ou d'une autre vont se faire petits quand va tomber Poutine et qu'on va ouvrir les classeurs. Ça va puer comme à l'inventaire de la Stasi en 1991.


D'autres articles sur Vladimir Poutine dans Royal-Artillerie ?


calendrier Poutine 2022

Пусть Владимир Путин горит в аду!




cul de lampe

Flash Actu : M. Hu Wei*, vice-président du Centre de recherche sur les politiques publiques du Bureau du conseiller du Conseil d’État, président de l’Association de recherche sur les politiques publiques de Shanghai, professeur à la Shanghai Jiao Tong University, expert associé au Charhar Institute, recommande au président Xi Jinping de laisser tomber Vladimir Poutine avant qu'il ne soit trop tard, dans un article des 5 et 13 mars publié sur le US-China Perception Monitor et (mal) traduit par la revue Conflits. On prendra connaissance de ses recommandations étayées en cliquant ici. Que sa position sociale reste inchangée dans les jours qui viennent nous indiquera que le gouvernement central chinois pèse ses arguments.
* Hu Wei, Ph.D., began his education in 1982 at Fudan University, Shanghai. After he finished his graduate program, he became a young faculty member at Fudan University in 1989. He was Professor of Government, Department of International politics, Fudan University, and Deputy Director, Fudan Institute of Politics and Public Administration. He has been awarded the ‘Excellent Young Teacher of Shanghai’, and has been selected as the member of both China’s and Shanghai’s ‘Cross-century Talent Project.’ Focusing on political theory, policy analysis and Chinese politics, he has undertaken two academic projects of the Chinese National Social Science Foundation and many other research items. Among his works are Politics of Judiciary, On Politics: China’s Current Development from a Perspective of Political Science, Governmental Process in Contemporary China, and more than 50 papers, as well as 10 books to which he contributed, including Chinese Encyclopedia (volume of political science) - Notice Harvard-Yenching Institute.

dimanche 19 février 2012

Eloge rieur de la Collaboration



Le traité de l'Elysée dans sa nouvelle mouture rompt le Serment carolingien de Strasbourg, il n'y a plus de frontière, le Rhin irrigue enfin le Quatrième Reich, aussi grand que ses aînés d'empires que furent jadis celui de Charlemagne et celui de Napoléon. Fermez les sourires, repos, vous pouvez fumer !
Le soutien un brin condescendant de Kanzlerin Merkel à Zébulon Primero m'a fait penser le 6 février dernier à La Mère d'Auroville dont tout procéda. Elle approuve la résipiscence française pour sa gabegie éhontée et son modèle social triple A en faillite, elle adoube le "candidat" Zébulon Segundo, qui lui va tout à fait tant il est docile, elle ne lâche rien sur la Grèce dont nos banques sont créditrices de premier rang et prendront un sacré coup de retour-tampon si elle fait défaut, elle approuve explicitement quand c'est bon pour elle et ne dit mot dans le cas contraire. Par politesse ou par calcul elle ne braque pas les socialistes de sa coalition en rembarrant les prétentions du candidat normal à renégocier avec elle le traité merkozien de rigueur et dévolution. Elle laisse son vassal s'exciter à cette idée incongrue. Elle l'attend de pied ferme. Pas lui !
La presse parisienne ne s'en émeut pas plus que ça, elle est prête à collaborer sur ordre de La Forge. C'est parti comme en Quarante. Voyons donc ce que sera le IV° Reich dans la sphère sociale et ensuite, comment va-t-il se gouverner.

Quels sont les termes de la comparaison, sachant que nous irons depuis chez nous jusque chez eux, puisqu'ils font tout bien.

# Dépenses publiques :
Le gouvernement du pays au sens large rapporté à la démographie allemande coûte en France 220 milliards d'euros de plus chaque année. Calcul ?
55,8% du Pib contre 45,3% = 10,5% x 2017 milliards = 212 (source Le CRi du contribuable)
62% de la différence sont imputés aux traitements et pensions des fonctionnaires français (en effectif et niveau de rémunération). Pour revenir à l'étiage, il faudrait retourner à la France de 1980, qui de mémoire n'était pas sous-administrée.
Serons-nous capables de désoviétiser le pays ? J'en doute, même morts.

# Prix de la main d'oeuvre :
On en parle beaucoup et chacun sort le chiffre qui pousse à la roue. On en arrive à comparer les variations annuelles de ces coûts au lieu de donner des valeurs. Au 3è trimestre 2010 le prix moyen horaire du travail était en France de 34,6 euros et de 33,5 euros en Allemagne (source COE-Rexecode). Il ne faut pas arrondir une moyenne et la différence de 3,20% n'est pas rien. Mais compte tenu du taux d'incorporation de la main d'oeuvre dans un prix de produit offert au marché*, l'écart de prix n'est pas déterminant.
* quand on ne sait pas, on prend 50% avant toutes taxes et droits, ce qui fait 1,60% de pénalisation !

Ce qui va intéresser le salarié français est la part qui lui revient : Pour une fiche de paie de 2000 euros, le patron lambda français paie de sa poche 2920 euros ; mais la moyenne des salaires allemands étant 20% au-dessus de la moyenne française et les charges patronales moitié moindres, le patron allemand paie 2900 euros à son salarié moyen. Le salarié français (à la compétitivité éprouvée, ce n'est pas une blague) touche 1200 euros nets d'impôt et l'allemand 1400 (source Le Monde-Blog).
Ainsi - et répétons que c'est une valeur médiane* - dans une offre commerciale de même valeur, l'Allemand mange plus que le Français qui sur la balance est moins gros. Ca veut tout dire.
* le confort statistique c'est les pieds au four et la tête au frigo

# Défense du patrimoine industriel :
Même si les tâches primaires sans grande valeur ont été confiées aux pays de l'Est et jusqu'en Russie, les firmes allemandes conservent plus que d'autres l'assemblage final et la vraie valeur ajoutée en Allemagne. Elles disposent aussi dans leur environnement industriel de matières transformées, manufactures de pièces mécaniques, moules, ancillaires, accessoires qui ont disparu de France (mais qui résistent en Italie du Nord). Achetez-vous le Stahlschlüssel pour savoir qui fait des aciers fins et vous aurez vite compris.
Ce sont des choix stratégiques au niveau de l'entreprise dans une optique certaine de rentabilité, profit et sécurisation de l'avenir que partagent bien sûr les "ouvriers" qui sont au conseil d'administration, les banques locales qui sont au conseil d'administration, les communautés urbaines qui sont au conseil d'administration, les länder qui sont... etc. L'industrie est une cause nationale. En comparaison, nous avons eu en France un grand légionnaire qui aurait dû le rester et qui proclama "Lip ? c'est fini" quand ce groupe de première qualité se débattait dans les difficultés. Son nom, Pierre Messmer, un con !

Il est certain que si des syndicalistes (rénovés car les miquets actuels sont hors d'usage) étaient dans les conseils d'administration, il y aurait moins de prise d'intérêts des fonds de pension voraces, de pillage de brevets, de licenciements boursiers. Mais il faudra changer la mentalité des amis du pouvoir actuel, et détruire nos syndicats politiques dans la foulée, en supprimant tout simplement les subventions étatiques. Qu'ils appellent à cotisations qu'on se marre !

# Prix de la Défense militaire :
Le pilier continental de l'OTAN est paradoxalement le moins va-t-en-guerre. Les dépenses militaires allemandes par habitant sont de 44% moins élevées que les dépenses françaises. En valeur brute l'écart est de 29% (voir le dossier du GRIP ici). C'est bien compréhensible, nous avons l'empire du monde à surveiller quand nos voisins se sont fait voler le leur au Traité de Versailles. Ils n'ont pas de plan non plus pour reprendre Stalingrad ni raser Vladivostok. En fait, ils s'en foutent. Et, de vous à moi, ça les fait bien rigoler de voir notre gouvernement tortiller du croupion pour avoir vaincu un pays qui ne se défendait pas, la Libye. Dans l'affaire syrienne nous sommes partis au plus loin possible, jusqu'à New York, pour menacer le raïs alaouite de représailles, mais si nous débarquions sur les plages de Lattaquié, la cavalerie blindée du nouveau Soliman nous ferait bien des frayeurs. En valeur brute c'est 18 milliards à récupérer pour renflouer la barque si nous germanisons notre diplomatie.

Que dit le Premier président Migaud de tout ça ? "D'accord avec Royal-Artillerie" mais en plus long.




II.- Comment va se gouverner le Quatrième Reich ?

Easy. Tirez une ligne d'Hendaye à Stettin et vous traversez à mi-chemin la capitale d'Austrasie, berceau des Carolingiens, la cité blindée de Kaizer Guillaume, la ville de Metz. Et hop, c'est réglé pour la capitale politique.


La capitale financière restera à Francfort sur le Main et deux capitales culturelles se disputeront fashion weeks et gay-prides, Paris et Berlin que l'on bourrera de musées pour être à parité. A noter que ces deux ville sont celles qui comptent le plus d'arbres au kilomètre de trottoir. Ça ne sert à rien de le dire sauf dans les dîners en ville.
Les choses sérieuses continueront comme avant, Mercedes à Stuttgart, Audi à Ingolstadt, BMW à Munich et le souvenir du Reich, Volkswagen, à Wolfsburg. J'oubliais Airbous à Toulouse et Karl Kagerfeld Rue Montaigne. On me dit dans l'oreillette que leur pinard est chaptalisé, pas terrible pour la cuite au litre. OK, OK !








vendredi 11 décembre 2009

Le grizzli volant

cockpit détaillé de l'A400M
Ça y est, le Monstronaute a décollé du sol andalou sur ses quatre turbopropulseurs de cinq mètres de diamètre et onze mille chevaux pièce ! Quelques chiffres mesurent l'ambition des armées européennes contributaires :

La bête peut arracher trente-sept tonnes de charge utile à moyenne portée mais peut atteindre aussi 3500 nautiques avec vingt tonnes d'emport. Avec une soute de 340m³ il peut avaler un Eurocopter NH-90 ou un Chinook CH-47, voire deux véhicules de combat d'infanterie, ou une compagnie para à 120 hommes complètement équipés, sinon un hôpital de campagne de 125 lits picot avec billard et infirmières. On dit que son train d'atterrissage à douze roues lui permet de se poser partout en moins de huit cents mètres. Reste à comprendre pourquoi il a pris quatre ans de retard.

Les ingénieurs d'EADS savaient que lancer une carlingue nouvelle dotée de moteurs nouveaux et d'une avionique inédite était casse-gueule. Ils avaient proposé de choisir les moteurs Pratt & Whitney éprouvés pour éliminer un tiers d'incertitudes dans le développement, ce qui ne faisait pas l'affaire de la filière européenne. Quatre motoristes ont développé le nouveau moteur : Rolls Royce (RU), SNECMA (FR), MTU (AL) et Ratier-Figeac (FR) pour les pales d'hélices. On va savoir sous peu s'ils ont réussi et si les donneurs d'ordres nationaux ont eu raison. Vu le prix, cent trente millions d'euros pièce, ce serait une bonne nouvelle.


L'autre cause du retard et du surcoût qu'il implique est inhérent à la coopération multinationale. Sauf à voler sur le dos, il faut que cet avion sache tout faire et que les certifications nationales de vol l'y autorise ; ce qui, notons le, n'est pas une mauvaise posture pour de futures exportations, si on les confie ... à Daimler plutôt qu'à Hervé Morin !
Quant au premier ministre qui se paie l'avionneur à peu de frais en déclarant que « il y a des retards invraisemblables ; franchement, on n'en a jamais vus d'aussi longs quasiment dans l'histoire de l'aéronautique. », il oublie par exemple que le gros Boeing C17 fut lancé en 1980 pour n'être livré qu'en 1995 bien qu'il ait eu un seul et unique donneur d'ordres, tant son développement avait été sous-estimé. Au lieu de le prendre de haut, il ferait mieux de "commander" ses ingénieurs militaires irresponsables qui veulent toujours cinquante pieds d'intérieur dans un coque de quarante pour le prix de trente ! On me dit dans l'oreillette que l'armée est du domaine réservé au président de la République. Qui ? Celui qui a fait son sapin à mi-temps au quartier Balard à Paris et qui dînait le soir chez sa maman ?

écorché de l'A400M
Pouvions-nous ré-équiper l'armée de l'air en escadrons de gros porteurs dans une solution purement nationale ? Les "gaullistes" nous disent bien sûr... en oubliant que le seul constructeur aéronautique ayant la capacité de construire un avion de transport en France est justement EADS qui n'est pas strictement français, loin s'en faut.

Au total, l'avion A400M a été commandé à 192 exemplaires au départ pour un montant de 20 milliards d'euros (nouveau chiffre de 25 Mds non encore approuvé), dont 60 exemplaires pour la France et 50 pour l'Allemagne, les deux pays du programme Transall qui arrive au stade du coma dépassé. La ligne de montage est chez CASA en Andalousie.

Dans quelques années, en OPEX, nous aurons l'air moins c.ns d'atterrir avec nos Airbus tout neufs plutôt qu'avec des Antonov biélorusses pissant l'huile, et pilotés par des ivrognes.


Une faute d'orthographe, de grammaire, une erreur à signaler ? Contactez le piéton du roi à l'adresse donnée en bas de page et proposez votre correction en indiquant le titre ou l'url du billet incriminé. Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

mercredi 23 septembre 2009

L'arrangement Bousquet

René Bousquet en 42Vendredi dernier, je suis resté deux minutes immobile dans ma perplexité après le générique de fin du téléfilm¹ sur René Bousquet. Une fois encore, on a mis en scène le zèle des hauts fonctionnaires à prouver leur valeur à l'occupant, bien que l'Etat qu'ils administraient ait été vaincu, écrasé. Il y avait donc un certain chauvinisme à lui montrer que les rouages français valaient bien les engrenages lents du caporalisme teuton.
Ces futures vedettes de la nomenklatura politique étaient jeunes et avaient à gravir les échelons de leur carrière : Papon avait 30 ans, Bousquet 31, et Touvier, hors-sujet ici, 25.
Loués pour leur efficacité à la Libération, bien qu'elle ait consisté surtout à suppléer aux insuffisances de l'administration occupante, la plupart d'entre eux, sauf les chefs miliciens, sortirent des salles d'instruction avec un bon de libre pratique, les quelques "anicroches" relevées dans les dossiers étant jugées intrinsèques à leurs fonctions. Le cas type fut celui de Maurice Papon, fait commandeur de la Légion d'Honneur par Charles De Gaulle en 1961. Fou d'efficacité, il lancera ses gendarmes à Bordeaux sur la trace de deux jeunes juifs évadés du site de regroupement pour avoir son bordereau de décompte exact. On lui confia plus tard de grands chantiers administratifs comme la répression des menées du FLN en région parisienne pendant les évènements d'Algérie... ça ne pouvait que marcher !

Mais le "docu-fiction" de France2 m'apprend d'abord que l'administration française avait outrepassé le cadre légal que le régime du maréchal Pétain lui avait imposé en conséquence de la Convention d'armistice² du 22 juin 1940 et plus particulièrement dans la gestion des populations israélites résidentes qui n'y étaient pas nommées.

Les ordonnances allemandes postérieures et leurs décrets français d'application complaisante - statut légal des juifs - construisirent un antisémitisme d'Etat dans le droit fil des dénonciations d'avant-guerre qui stigmatisaient les états confédérés, juiverie internationale, franc-maçonnerie et métèques. On passa de l'Etat de droit apparemment légitime, à la dictature de la vindicte, assez proche de l'ethnicisation du troisième Reich voisin.

L'on en vient malgré tout à Charles Maurras, incontournable à cette époque. Le soutien indéfectible qu'il apporta à la "divine surprise" pouvait se conjuguer avec sa germanophobie viscérale et son amour de l'Ordre social. Maurras abonda aux thèses de la Révolution Nationale qui développaient les idées qu'il avait défendues, et il comprit les raisons de l'armistice, plus sans doute que la poignée de main de Montoire. Mais sa perspicacité ne pouvait lui laisser ignorer la forfaiture de la haute administration dès que les lois anti-juives furent promulguées. Ces lois touchaient surtout le petit peuple - les grands juifs avaient depuis longtemps pris le bateau - commerçants et artisans des petits métiers, confectionneurs, fourreurs, horlogers, employés, petits fonctionnaires ; rien à voir avec la "confédération" des nuisibles ou l'invasion des métèques. Que n'a-t-il rien dit ? L'a-t-il dit ? Où ?
Le sort des juifs lui était-il indifférent ? Son mépris pour les Allemands aurait dû l'aider à manifester ouvertement au moins sa compassion envers ces familles déportées innocentes, même s'il ignorait comme beaucoup à quelles gares horribles tous ces trains aboutiraient.

Il est vraisemblable qu'avec l'âge, son antisémitisme doctrinal était passé du raisonnement au réflexe, sinon comment expliquer cette "surdité" au malheur. Comme avait dit Bernanos dans un raccourci fulgurant : "Hitler avait déshonoré l'antisémitisme". Maurras ne le vit pas.

Les hauts fonctionnaires passeront à travers l'Epuration pour continuer l'Etat, les pamphlétaires non ! Condamné à Lyon³ en 1945 pour intelligence avec l'ennemi sur faux témoignage de Paul Claudel, il ne le fut pas réellement par l'intelligentsia de son temps, sauf peut-être pour n'avoir pas été à la hauteur ... de lui-même. Son siège vide d'Immortel lui sera conservé jusqu'à sa mort. L'aurait-il atteinte que le sort de l'Action française, et notre communication actuelle, auraient été bien différents ; presque faciles.

René Bousquet a terminé sa vie en feu d'artifices dans le vestibule de son appartement de l'avenue Gabriel à Paris, le 8 juin 1993, abattu de quatre balles par une sorte de "chasseur de nazis" de romans de gare, dénommé Christian Didier. Une fin heureuse qui lui évita un long procès, pénible pour la haute image qu'il avait de lui-même, et accessoirement pour celle du président de la République, son ami. La "main de dieu" en prit juste pour dix ans ; elle s'est retirée dans les Vosges en l'an 2000.

Bousquet à Latché

Note (1): Vendredi 18 septembre 2009 20:35 : René Bousquet ou le grand arrangement avec Daniel Prévost, Macha Méril, Michel Aumont...
Note (2): texte de la Convention [clic]
Note (3): Récit du procès de Lyon [clac]
PS : Un mot sur l'acteur qui, ironie du sort est d'origine kabyle : j'ai trouvé Prévost très (trop) sérieux dans ce rôle sans doute écrasant, mais légèrement sous-dimensionné. Bousquet avait autant d'entregent que d'autorité naturelle et un certain "charisme" que l'on ne retrouve pas dans le personnage rabougri de la fin. C'était le salaud portant beau.




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