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mercredi 15 juillet 2009

L'Algérie chinoise

Si Charles X décida d'envahir la Barbarie des canards pour en finir avec les pirates arabes, il n'avait pas prévu d'y importer des charrues. Succéda à la prise d'Alger une occupation de sécurité des territoires maritimes, qui de fil en aiguille ouvrit la porte à une colonisation importante de Français et autres européens de Méditerranée, attirés par le gap technique en leur faveur. La chose se termina mal.
Pareil ailleurs ?
Xinkiang

Depuis des siècles les Chinois furent coupés de la Grande Steppe par deux mers de sable, le Junggar et le Tarim, séparées par la chaîne ininterrompue des Tian Shan et Bogda Shan, celles-là culminent à 5441 m près d'Ouloumouchi ! Autour d'elles, se sont disputés tous les nomades du quartier, les Mongols, les Ouigours, les Tartares, les Kirghizes, les Thibétains, les Kalmouks, les Dzungars et tous autres Grands Puants, et même les Mandchous qui parvinrent à mettre d'accord tout ce joli monde steppique sous le règne de Qialong, bien connu des amateurs de porcelaines rouge gorge. En 1759 les armées du Qing écrasaient toute résistance et massacraient dans la joie et la bonne humeur les derniers venus, pour faire place à des crève-la-faim chinois déportés là pour y planter des choux ! Comme le chiendent, la rébellion ouïghoure repartit dès 1827 et provoqua des massacres réciproques de colons et pasteurs pendant un demi-siècle, jusqu'à la "paix" finale de 1877 où fut tué l'Amir de Kashgar, capitale³ reconquise par les Ouïghours. L'empire Qing était assez puissant pour arracher tout le pays aux convoitises étrangères (Traité de St Pétersbourg de 1881). En fait les Anglais et les Russes s'inquiétaient de voir le Qing progresser vers le reste du Turkestan vers Samarcande (objectif russe) et au sud vers le Pamir dominant l'Afghanistan (objectif britannique). Un peu comme les Sudètes en 1938, le Turkestan oriental devenait la Nouvelle Frontière chinoise, la plus occidentale dans l'esprit des longs nez, et prenait le nom de Xinkiang.
carte
L'Empire du Milieu cèdera la place en 1912 à la République de Chine (Kuomintang), qui grâce au soutien de la Russie présente dans le désert du nord (Junggar), captera l'héritage et agrègera le Xinkiang au nouveau régime. Passer le bébé à la République Populaire de Chine fut plus difficile, mais quand au milieu des troubles de la guerre civile, on expliqua aux Ouïghours que leur soulèvement participait de l'élan de libération démocratique de toute la Chine, il fut plus simple de les convaincre d'acclamer, avec leurs petits fanions, l'arrivée de l'Armée Populaire qui avait triomphé de la lèpre capitaliste et bourgeoise. Ils vinrent et n'en partirent plus, le chapeau vert¹ était pour les Ouïghours.

Le pays s'avéra très vite utile quand détonna la première bombe atomique chinoise de 1964 à Lop Nur. Puis le pétrole jaillit. La Chine avait son Sahara. La colonisation de masse des villes nouvelles pouvait commencer. Il n'y aura pas d'Accords d'Evian.

New KashgarPourquoi l'émeute ? Un souverain mépris de part et d'autre ! Les colons chinois sont en pays conquis et travaillent d'arrache-pied comme toujours. Les administrations régionales et communales reproduisent nos modèles coloniaux avec le supplément d'âme de la corruption endémique au système chinois ; les Ouïghours, ancrés, pour ne pas dire coulés par leurs traditions, sont à la traîne du développement et cantonnés dans le subalterne, même si quelques entrepreneurs arrivent à suivre le mouvement chinois et collaborent. S'il est exacerbé comme s'y emploient les mouvements ouïghoures planqués aux Etats-Unis, ce mépris finira par la déportation des insoumis au Turkestan occidental (Kazakhstan) voire même à des mesures massives de contre-insurrection de type militaire aveugle. La Chine ne cèdera pas, sauf chantage énergétique des "khanats" d'Asie centrale, mais elle a créé la Conférence de Shanghaï² pour le parer !

Faire défiler quatre cents indiens au soleil des Champs-Elysées est peut-être la réponse diplomatique la plus évoluée que pouvait faire le gouvernement français à ce qui s'annonce comme une répression sauvage. Nous signifions à l'empire du Milieu revenu qu'il n'est pas non plus le nombril du Monde.
Sioux !

gratte-ciels d'Urumqi

Note (1): le "chapeau vert" est l'emblème du cocu
Note (2): l'Organisation de Coopération de Shanghaï regroupe la Chine, le Kazakhstan, le Kyrgyzstan, la Russie, le Tadjikistan et l'Ouzbekistan: voir le site de la SCO ici
Note (3): fin du khanat de Yediçehir (Septimanie) selon Transasiart :
Les Mandchous (Qing) étant chassés du Turkestan par la révolte de Ghazi Rashidin, les Kirghizes de Sadik Khan prennent Kaşğar d'où ils chassent la dynastie locale dont le représentant est Djehangir Sultan. Celui-ci va se réfugier dans les khanats du Turkestan occidental à Khokand. Son fils Burzug Khan décide de chasser les usurpateurs et monte une expédition commandé par l’Atalik Ghazi Mehmed Yabub Beg (1864-1877) qui s'est illustré dans la résistance à la pénétration russe. En 1865, Yakub Beg chasse les Kirghizes de Kaşğar , puis s'empare de Khotan en 1866, il se tourne ensuite vers Koutcha pour conquérir l'ensemble du Turkestan et renverser le pouvoir des Naqshibandis de Ghazi Rashidin. En 1867, Yakub Beg prend Koutcha et tue Rashidin, puis il se proclame indépendant de Burzug Khan, fonde le khanat de Yedişehir (« les Sept Cités ») qui se déclare vassal du sultanat ottoman de Turquie. Le khanat est en relation avec la Turquie et aussi avec l'Angleterre qui espère en faire un pion contre la présence russe. De leur côté, les Mandchous débarrassés des Taïping entreprennent la reconquête du Xinjiang. La guerre fut longue et s'acheva par la mort de Yakub Beg le 22 mai 1877 à Korla, puis par la prise de Kaşğar le 18 décembre et celle de Khotan le 2 janvier 1878.



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jeudi 7 août 2008

Boycottez vos télés!

rubikub JO
Demain 8/8/08 à 08H08 pm (moins un décalage horaire de six heures), la superstitieuse République Populaire de Chine ouvrira les énièmes Jeux Olympiques sous le regard attendri de Madame Sarkozy (sous toutes réserves me chuchote-t-on) et celui de tant de grands de ce monde. Qu'on ne compte pas sur moi pour avaler la pub télévisée qui va déferler dans mon super moniteur Loewe digital ! J'ai fait voeu de boycott des émissions olympiques pour punir le régime oppresseur de Pékin.
Bon d'accord, comme mon fils ne manquera la cérémonie d'ouverture pour rien au monde je serai forcément au courant, et peut-être même devrais-je jeter un coup d'oeil à l'insu de mon plein gré.

affiche boycott de la TV
Fin du cri ! Que la République chinoise organise le gouvernement des peuples Han à sa guise, elle a une longue expérience du contrôle de ces masses innombrables, et je ne me risquerai pas à lui donner des conseils ! Mais qu'elle impose son imperium à des provinces périphériques dont l'histoire est très décalée par rapport à la sienne est plus dur à avaler. Quand on les critique, les hauts fonctionnaires chinois vous font un cours sur la préservation des 50 minorités ethniques de l'empire, qui, il est vrai, est remarquable, jusqu'au point quand même de confiner ces groupes dans des territoires déterminés, un peu comme le firent les Américains des réserves d'indiens, et de les maintenir dans une certaine arriération civilisationnelle. D'accord, c'est bon pour le tourisme et ces braves gens ne se plaignent pas.

folklore minorité
Mais des nations comme celles des Thibétains ou des Ouigours ne peuvent pas être "gérées" en "indigènes de la république" comme les Cherokees sous tepees. De plus en plus les migrants chinois vers ses destinations de peuplement acquièrent des réflexes "pied-noirs" qui n'augurent rien de chantant pour demain, malgré le trompe-l'oeil d'un formidable essor d'infrastructures et d'immeubles prestigieux : Urumqi au Xinkiang est devenue une capitale qui ne le cède en rien aux autres grandes villes de l'intérieur, mais elle a aujourd'hui 60% de Chinois. Lhassa aura bientôt sa skyline et la ville sera elle-aussi majoritairement chinoise, du moins hors de la saison d'hiver.

Urumqi
Le gouvernement central est confronté à une triple contestation populaire.
Dans les provinces (han) de l'intérieur, il doit contrer une véritable insurrection civique qui s'est levée contre les pouvoirs locaux très discrédités surtout au niveau communal. Les manifestations paysannes parfois violentes se multiplient depuis plusieurs années, de même les émeutes de chômeurs dans les provinces industrielles du Nord-est. Après les destructions récentes du séisme du Se-Tchouan, cette insurrection mentale a gagné toutes les couches sociales au point qu'on a vu des mères de famille obliger des édiles municipaux à se mettre à genoux devant elles pour s'excuser de leur gabegie.
La grande parade des Jeux Olympiques tombe à pic pour calmer les foules et valide le "panem et circences" romain ; mais elle ne sera qu'un intervalle de beau temps politique, déjà oublié au prochain nouvel an lunaire sauf grave couac à Pékin lors des épreuves. Mais j'en doute, à détailler les mesures de précaution inimaginables décidées par le pouvoir.

kunming
Les deux autres contestations sont relativement moins graves car elles concernent les "colonies" du Thibet et du Turkestan chinois (Xinkiang), et contre elles, le gouvernement central bénéficie de l'approbation unanime des peuples han.
Les irrédentistes périphériques feraient bien de le prendre en compte, vingt ou trente mille morts dans leurs rangs n'émouvront pas beaucoup le Chinois de base. Seule laréprobation irritée de la communauté internationale pourrait éventuellement peser et quelque part sauver les autonomistes fébriles.

Encore faut-il que les pays lourds du Monde s'en inquiètent. Si ce ne sont que la France et les pays scandinaves, il y a gros à parier qu'il leur sera répondu d'un coup de chasse-mouches. Pour ce qui nous concerne, la Chine n'a de cesse de nous humilier au supplice de la goutte d'eau depuis la perte de face de la Torche à Paris : boycott des Carrefour, blocage temporaire des touristes chinois vers la France, mise en demeure par l'ambassadeur de Chine à Paris de ne pas recevoir le dalaï lama, report sine die des immatriculations de bureaux français à Pékin, police des Noirs dans les établissements nocturnes pendant les Jeux, etc. Elle sait que nous n'avons que la gueule, et même si le président Sarkozy allait jusqu'à l'esclandre, il ne serait suivi par personne.

lhassa feux d'émeutes
Alors, sans autre moyen que l'absence, j'ai décidé de taper dur au portefeuille pour les calmer un peu, en boycottant les émissions olympiques et donc les écrans de pub qu'elles véhiculent, et surtout en le faisant savoir afin que l'Audimat fléchisse et que les sponsors mercantiles connaissent le commencement du début d'une inquiétude nanoscopique. Désolé, je ne peux faire plus !


loriot
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