vendredi 16 décembre 2005

L'Accession

La procédure électorale n'est pas plus solide que celle du coup d'état pour restaurer ou instaurer une monarchie en France.
Dans des circonstances normales telles que nous les vivons aujourd'hui et tenant compte de ce que les média participent à un jeu de rôles avec l'establishment politique, il ne sera pas possible de développer une offre politique monarchiste devant l'Opinion sans qu'elle ne soit pilonnée par les clichés les plus ringards, à commencer par la revanche de l'aristocratie dans sa morgue, les gènes rampants du régicide, la loi d'un seul et pas forcément génial, le déni de souveraineté populaire, quand ce ne sera pas l'écrasement par l'impôt des classes laborieuses et démocratiques au profit de la caste privilégiée, et au mieux, la marionnette du prétendant ou des prétendants dans les fils du grand capital. Nous connaissons tous les réponses à ces fantasmes, mais nous n'aurons jamais le droit ni le temps de les donner. Sauf à les écrire dans des opuscules que personne ne lira parce qu'ils ne seront pas annoncés sur les lucarnes bleues ; la monarchie à compte d'auteur.

D'autant plus que se diffusent à tort ou à raison dans la strate politisée de notre population, les signes avant-coureurs d'une soi-disant attaque de la République par les forces du mal, le complot anglo-saxon, la subversion islamique, le fascisme en réaction, ... autant de fadaises dont l'énoncé permet aux professionnels de l'agitation permanente du bocal, d'exister tout simplement. Défile au manège de la République-a-besoin-de-tous-ses-enfants, le gouvernement au grand complet terrifié de son incompétence mais qui ne peut plus sauter du train tant il va vite, ses godillots affidésde la Chambre sous la houlette en forme de marotte du Debré d'Evreux, puis les professionnels de la niche jacobine comme Chevènement, Montebourg, Séguin, Pasqua, Aubry, Mégret, Delanoë, et l'extincteur de l'Elysée, départementaliste convaincu, ... d'être seul en sa crypte; hibernatus !
Baisserons-nous les bras, que nous n'avons pas encore levés si haut ?
Non, à la condition que l'offre politique monarchiste soit pour une fois claire, lisible et adressée d'abord aux laissés pour compte de la redistribution sociale, à ceux qui contribuent par leur activité besogneuse à la vie quotidienne de ce pays, dans le dédain le plus complet des nouveaux rois-fainéants du secteur barricadé et l'ignorance des malheureux assistés que la complexité du monde actif détourne de tout engagement volontaire. Ce qui exclut l'exigence de formation préalable de l'Opinion par les officines spécialisées dans l'exégèse de la doctrine. En trois mots, faudra faire simple, et digeste.

Jules Schneider nous livre le résultat de sa cogitation difficile dans un libelle amorcé chez Vive Le Roy. Toute ressemblance avec des personnes ... etc...

Unir les royalistes pour une monarchie populaire est la condition première de toute démarche réussie dès qu'elle abordera le champ des indifférences, à défaut de quoi la charge se fracassera sur la querelle dynastique surgissant des chapelles diverses et antagonistes qui fonctionneront dès lors comme des écuries de course. Pourtant les convergences sont nombreuses qui permettraient d'éviter cette guerre intestine dès lors qu'on s'en tient au socle monarchique. Lois fondamentales, tradition capétienne, projet social, défense de la Nation, souci permanent du bien commun, sens inné de l'Etat, prosélytisme extérieur par l'exemple plutôt que par les Déclarations, modestie devant les instances supérieures et invisibles. Non ?
Alors unissons-nous que diable !

Voeu pieux ! C'est Armagnac contre Bourgogne tous les jours ! La lutte des maisons royales confine au ridicule, les menaçant d'un naufrage dans l'Opinion aussitôt que celle-ci sera conviée à se rapprocher d'elles pour les connaître de près.

Arrive-t-elle déjà l'heure de la course ? Nul n'a vu le starter s'avancer sur la cendrée que déjà l'on piaffe, on s'observe, on soupèse les chances d'autrui. On se range en bataille, bousculant les préséances et piétinant les principes invoqués jusqu'à hier. Il faut être devant ! Les titres dont on dispose sans droit, pleuvent sur les rejetons alimentant leur vanité. Les fils de Henri IV viennent même de créer deux duchés d'Anjou. Anjou fut un temps le titre du promis à Reims. Ici on le donne à tort. Là on le brade en douce. Les journaux en font des tartines*.
Mieux encore; pour améliorer la décoration d'un mariage roturier aux Caraïbes, on a capé du titre de grand machin-chose de Malte un jeune homme d'à peine trente ans sans autre fortune que celle de sa promise, sans expérience évidemment autre que celle du sport, et sans autre diplôme qu'une maîtrise de sciences-éco. Qu'à cela ne tienne, la réplique arrive vite. De ce bord-ci, le duc d'Anjou-bis est capé à son tour grand machin chose de St Lazare, du nom d'un ordre dissous il y a longtemps par le roi et le pape, mais ressuscité en pays huron par des nostalgiques sincères de la chevalerie royale. L'ordre moderne est bientôt pris d'assaut car il donne des croix et son staff sabré sans quartiers, son grand-maître légal étant du mauvais bord, capable de résister peut-être. Que nous réserve l'année 2006 ? Qui va tirer le premier ? Benoit XVI ! Non, c'est une blague.

La division des royalistes suit majoritairement la fracture dynastique si l'on excepte les providentialistes qui tels les Raéliens, attendent un signe de Sirius. Si l'on veut réellement cette union pour le bien du pays futur, il faut que les appétits s'effacent devant elle. La seule union possible passe par la renonciation concomitante des prétendances exprimées, le retrait des maisons royales dans des activités de charité ardente, et de témoignage fervent, et le serment devant Dieu de s'en remettre à une autorité extérieure indiscutable, pour l'instauration promise d'une dynastie nouvelle. Car il faut des prédispositions pour affronter les évenements qui accourent.
Et s'il n'est pas possible de freiner les appétits, on pourrait placarder au portail des Maisons, ces fameuses lois fondamentales qui justifient soi-disant tout, à commencer par la loi de catholicité. Et là c'est la débâcle. Le principe de catholicité est bafoué de chaque côté, les divorces princiers font florès. On croise même sur les tablettes des annulations pontificales de mariages religieux avec enfants. Les primogénitures sont mises en doute par des révélations noiseuses invérifiables mais soutenues comme vérité d'évangile dans le microcosme royal, sinon par des arrêts parlementaires sollicités à la pointe de la baïonette ou des jugements de cour délégitimant celui-ci ou celle-là, le nom ou titre d'icelui, les armoiries de tel autre ou sa non-brisure de gueules en sautoir ! Abdications volontaires ou forcées, renonciations accordées, acceptées puis reprises, pleuvent. Au Caprice du Prince serait le meilleur titre de ce qui tourne au vaudeville. Laissons aux revues spécialisées le soin de faire du chiffre sur ces histoires savoureuses ou tristes selon l'angle de vue. On reste abasourdi du décalage entre les hauts principes qui portent la quête de la couronne et le confort trivial du quotidien princier. Où a disparu la raison d'état ?
Nous courons au désastre de 1873 si tant est qu'une fenêtre d'opportunité comparable ne s’ouvre jamais. L'accession sera freinée par ces turpitudes compétitives au moment même où le sens de l'état deviendra l'ardente obligation d'un jour, d'une heure, d'un instant à ne pas laisser passer. Parce que d'autres plus motivés s'en saisiront !

Le Roi & le Peuple, c'est le seul attelage gagnant.
Tout le reste est billevesées d'aristocrates en jabot. Tant qu'on n'aura pas recollé ce mariage du monarque et de son peuple, tous efforts seront vains. Toute combinaison d'appareils, manoeuvre parlementaire, accession par surprise, seront vouées à l'échec, parce que le Peuple les prendra pour une attaque directe contre lui. Malgré d'immenses doctrinaires, philosophes redoutables, grands penseurs et écrivains, la démarche monarchiste, même soutenue par les meilleurs, se sera révélée stérile (2005-1873= 132 ans) ! Les idées étaient là, les oreilles attentives ; elles ne furent jamais déflorées par leur mise en pratique. Cela reste encore du domaine de l'utopie; et c'est bien comme cela qu'elles sont encore reçues dans l'Opinion. Fumeuse et sympathique utopie !

Pourquoi ? Parce que l'adversaire lutte pied à pied contre ces idées ? Même pas !
Sont-ce les prétendants qui ne sont pas à la hauteur de l'enjeu, de leurs prétentions, de leur état (je ne prétends pas, je suis) ? La question est interdite de séjour dans le mouvement. Le prétendant de trop, incapable, le corsaire de la Cause, c'est l'autre. Et tout se joue dans une sphère étanche où tous les mouvements sont codés, inaccessibles à la compréhension du vulgum pecus.
Je n'ai pas ressenti la "proximité populaire" d'aucun Orléans, d'aucun Bourbon-Anjou. Ces messieurs jouent à faire le roi, le prince charmant ou l'archiduc à Marienbad ; mais ça reste entre soi, au pré Catelan, au pavillon Dauphine, au Bal des Debs ! Quant à la compétition de capes et de croix aux jours d'aujourd'hui, c'est carrément le carnaval de Venise. Or le pays va bien mal pour se satisfaire de ce genre de manifestations.
Le peuple et le roi doivent "précipiter" dans un composé nouveau, fait de confiance, d'affection réciproque et de don de soi sans arrières-pensées. Ca peut marcher au sentiment si la sincérité est indiscutable.

Siméon de Saxe CobourgA l'opposé de cette attitude distante de nos princes, je relève le sens du service à son peuple montré par le roi de Bulgarie qui s'est mouillé sans hésitations ni conditions préalables, qui a travaillé d'arrache-pied pour permettre à un pays rural arriéré, livré aux mafias, et racketté par les repentis de l'ère communiste, d'entrer de plein pied dans l'Union européenne.
C'est un résultat surhumain quand on sait les conditions locales. La démocratie l'a remercié. Mais le souvenir du service rendu ne sera pas effacé. Siméon II peut désormais prétendre à quelque chose. Il a fait ses preuves; il s'est donné à fond. N'allons pas plus avant dans les comparaisons cruelles.
Michel de Roumanie, Zaher Chah d'Afghanistan se sont pareillement offerts avec des fortunes différentes pour servir leur nation, le second au péril de sa vie, sans falaballas. Ils ont la simplicité des gens supérieurs qui n'ont pas besoin d'atours et de cour pour exister. Il entre, c'est Lui !

J.Schneider, 15 décembre 2005 à la Ste Ninon.

Note(*): l'article complet en espagnol sur demande par couriel en cliquant sur l'enveloppe plus bas.

NDLR: Jean d'OrléansQuelqu'un de ce monde me semble fuir les vanités et se préparer dans un relatif silence à la charge éventuelle de prince régnant. Celui là ne participe pas au tapage. Il s'appelle Jean. Dommage qu'il lui faille aussi une chapelle pour résister au ressac de la querelle dynastique. On peut le suivre chez son association Gens De France dont le site web semblerait être en rénovation.

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