lundi 16 octobre 2017

Géopolitique américaine

Numéro 3/16
Quand l'éléphant Trump est entré dans le magasin de porcelaine américaine le 20 janvier 2017, Eric Fottorino (Le1) et François Busnel (La Grande Librairie - France 5) eurent l'idée de génie d'accompagner le massacre démagogique trimestre après trimestre, en publiant la revue America tout au long du mandat, soit (4x4) seize livraisons. La zone d'intérêt était bien sûr le territoire des Etats-Unis dans toutes ses communautés, les contributeurs, des pointures éditoriales ou des écrivains, plutôt marqués du sceau de l'âne que de celui de l'éléphant. Manque de pot, malgré les frasques du premier joueur de golf américain de plus de soixante-dix ans - on dit en plus qu'il triche si tu regardes ailleurs - l'Amérique se porte plutôt bien, l'économie frôle la surchauffe, le chômage est réduit à l'incompressible, les bulles en tout genre gonflent, et les rednecks et autres Joe-six-pack continuent à le soutenir, la winchester sur l'épaule.

Par contre c'est à l'étranger, où à part les Chinois et les Mexicains nul ne l'attendait, qu'il est le plus dangereux, voire destructeur. Les affaires étrangères ne sont pas ses affaires et le Département d'Etat dépense une incommensurable énergie à prévenir le tweet de demain ou à rattraper celui d'hier. Personne à Washington ne sait de quoi la semaine sera faite, ni la position diplomatique officielle de la première nation du monde, et Rex Tillerson est un héros. Le slogan du magazine America, l'Amérique comme vous ne l'avez jamais lue, est donc décalé des réalités du "massacre" trumpien. De plus, l'existence de cette revue m'a été révélée hier par TheNewYorker, ce qui trahit un certain déficit de notoriété...

Revue de détail:

Corée du nord (voir la carte ici) - Le seul acteur sur zone capable de faire plier Kim Jong-un est Xi Jinping. Il a déjà fortement serré le garrot au cou de la Corée dont le commerce extérieur est très lié à la Chine (aucun chiffre n'est fiable à cause du mode opératoire de Pyongyang). Après un embargo sur le charbon, le fer et le textile, la Chine a annulé les licences d'exploitation des petits commerces nord-coréens installés à Dandong et au Jilin, mais plus significatif, a décidé de combattre la contrebande de fruits de mer en Mer jaune alors qu'elle était tolérée pour maintenir un certain niveau de vie dans les pêcheries nord-coréennes. Après le 19ème Congrès du PCC, le garrot sera serré un tour de plus... sauf si le voyage de Trump à Pékin casse la dynamique par des exigences insoutenables de sa part. Si à la fin Rocket-Man plie ou est tué par le capitaine des gardes, tout le mérite en reviendra à Xi Jinping, lequel capitalisera immédiatement son succès dans le détroit de Formose et en Mer de Chine méridionale ! D'ailleurs c'est écrit déjà dans les journaux chinois de référence comme Global Times et Caixin Global. Les sanctions onusiennes appliquées réellement et appuyées par les Cinq risquent bien de suffire à l'avenir, grand message qui prend Donald Trump à contre-pied avec sa vision gaullienne du Machin.

Iran - La levée des sanctions économiques dures et consécutive au traité nucléaire porte ses fruits. La libéralisation des échanges, la reprise des productions industrielles, le commerce du superflu sont autant de ballons de monoxyde de carbone pour la République islamique. Ce gaz inodore tue plus sûrement que tout. Le peuple iranien et d'abord la classe moyenne se libère mentalement du crassier religieux à tel point qu'on parle de vie souterraine assez débauchée. Les femmes ôtent le voile une fois par semaine, les bitards de la police islamique ne peuvent pas matraquer tout le monde. Le modèle se fissure à grande vitesse ; ce n'est pas le moment de rallumer la chaudière du chauvinisme. Bien sûr que les ingénieurs planchent sur la force de dissuasion, mais la société peut pourrir le régime avant que n'aboutissent les travaux. Et l'AIEA veille. Le jeu de rôles entre Donald Trump et le Congrès des Etats-Unis est pitoyable de bêtise.


L'Iran n'est pas seulement un danger nucléaire mais aussi un acteur régional en expansion, Syrie-Liban, Qatar, Irak, qui contrôle en profondeur sa frontière afghane (Hirat et Farah). Ce n'est plus du billard à trois bandes... mais une algèbre de sous-ensembles flous, ce qui dépasse un peu les capacités de raisonnement du magnat parvenu à la Maison Blanche. L'Iran s'entend aussi avec la Russie et depuis longtemps avec la Turquie, même si ce n'est pas toujours visible ; du moins n'a-t-il aucun contentieux avec ces deux puissances régionales. Donald Trump parviendra-t-il à souder une véritable alliance russo-turco-iranienne ? Ce serait le bouquet d'autant que le groupe d'Astana existe déjà !

Mer de Chine - Le confinement des Chinois en mer de Chine (tout est déjà dans la phrase) n'est pas moins complexe que les affaires de "l'Orient compliqué". A l'exception du sultanat de Bruneï qui ne pèse rien, il existe une solidarité asiatique en Mer de Chine méridionale et les grâces que peuvent faire les uns ou les autres aux Américains sont calculées, pesées, évaluées en fonction d'intérêts immédiats, tous sachant qu'à terme la VII° Flotte refluera, peut-être même au-delà du Japon jusqu'à Hawaï. Développés par la mondialisation des échanges, aucun des pays riverains de la Mer de Chine méridionale ne se déclare incapable de contrôler les rails de navigation marchande qui passent devant chez lui. Nul n'a besoin des Etats-Unis qui changent en plus de politique à chaque mandat présidentiel ; il suffit de s'entendre avec le gorille de 900lbs dans le coin de la salle de conférences : la Chine impériale revenue de la nuit des temps ! Déjà les Philippines ont contourné un embargo américain en acceptant des conteneurs d'armement chinois pour écraser la rébellion islamiste dans le sud. Le Cambodge a été acheté (facilement) pour une alliance de revers sur l'ASEAN, le Vietnam va coopérer avec tout le monde pour rehausser son niveau militaire et venir un peu mieux habillé sur le tapis vert où l'on se dispute l'archipel des Paracels ; la Malaisie au Sabah (Bornéo) n'est impliquée que pour la territorialité des hydrocarbures marins, elle n'a pas d'agenda si loin de chez elle.

Avec sa réactivité enfantine à bout de pouces, on voit mal Donald Trump supporter dans le bureau ovale une heure d'analyses de ses services diplomatiques et en faire une synthèse décisive sur la politique maritime américaine en zone d'influence chinoise. Heureusement qu'il peut se dégonfler après des menaces aussi définitives que tonitruantes. Et soit dit en passant, l'approche copain-copain choisie par Emmanuel Macron est sans doute la bonne.


Conclusion

Le candidat Trump avait décidé de s'occuper au mieux possible des Américains qui le méritent, ses électeurs. Il serait bien inspiré de s'y mettre plus sérieusement et de lâcher la grappe au reste du monde, à la seule condition que les dirigeants européens se sortent les doigts pour nous construire un avenir sans les Etats-Unis, mais pas nécessairement contre eux. Si la chancelière allemande a déjà dit qu'il ne fallait désormais compter que sur soi-même, on attend du président français qu'il nettoie la merde collectiviste française afin de dégager voies et moyens pour protéger nos intérêts et notre sol. Malgré l'intelligence du discours, l'enthousiasme et les convictions clairement fondées, la prestation dominicale d'Emmanuel Macron et son environnement politique ne nous assurent pas d'une "transformation" suffisante (on y reviendra forcément sur Royal-Artillerie), trop de réformes dans le passé ont souffert du coitus interruptus dans l'application, sans parler des dérogations clientélistes qui ruinent les meilleures intentions. C'est maintenant que l'on mesure le temps perdu en foutaises et dilapidations depuis vingt ans, on a laissé rouiller l'épée.

Par chance, le tsar Vladimir II ne cesse de déstabiliser les anciennes marches de Russie en s'appuyant sur les minorités russophones qu'elle a laissées à marée basse, ce qui renforce la cohésion de l'Alliance atlantique, malgré le premier mouvement du biznessman à triples semelles en recherche d'impayés parmi ses alliés (pris comme des clients). C'est curieusement l'obstination stérile du Kremlin qui permettra à Donald Trump de finir son mandat la tête haute, un comble !

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