lundi 19 juin 2017

Pause !


Les Français rêvent depuis Gergovie de l'homme providentiel ; ils l'ont !
Ils ne comprenaient pas qu'on puisse le brider dans toutes ses "bonnes intentions" en ne lui donnant qu'une minorité parlementaire qui le forcerait à la cohabitation ; ils lui ont donné une majorité nette et sans bavures à l'Assemblée nationale !
Ils détestaient leur classe politique corrompue ; c'est fait, on a abattu le taillis politique pour faire entrer la lumière sous la canopée démocratique. Assemblée renouvelée à 74% !
Alors quoi de plus ? Rien !


Emmanuel Macron a tout, l'allure, le cerveau, la jeunesse, la santé, la majorité présidentielle sans le Modem et un premier ministre super-carré. Les partenaires sociaux ont été prévenus comme le singe dans l'arbre qui assiste à l'égorgement du poulet ; le poulet s'appelle PS ou LR : les syndicalistes ne participeront pas à l'effondrement social du pays sous peine d'assèchement des fontaines de subventions et postes paritaires juteux. Ça calme !

Nul ne sait ce qu'il va advenir des Républicains tiraillés par les intérêts électoraux locaux mais disciplinés par la prébende et la dette du parti. M. Mélenchon atteindra son demi-siècle de carrière politique inutile et nuisible au sein d'un petit groupe d'insoumis qu'il finira bien par diviser avec ses objurgations disciplinaires. Le parti socialiste est carrément en faillite politique et financière. Le Front national accède à l'hémicycle avec une petite escouade qui sera peut-être plus assidue ici qu'au parlement européen mais qui pèsera peu car hors-sol sur les sujets économiques. A noter qu'il reste des traces communistes pour les archéologues du futur, qui se demanderont longtemps ce qu'ils faisaient là.
C'est donc du billard pour le pouvoir nouveau, sauf à mettre à jour les algorithmes sur le taux de désintérêt des électeurs convoqués. Mais si les gens s'en foutent, ils ne bloqueront pas non plus !

Alors, posons la carte électorale et retournons à la charrue. Que la République se débrouille dans ses truquages et ses lobbies, vu les tares du système elle ne pouvait se mieux porter qu'avec un président plébiscité et une chambre d'otaries ! La suite est pour la chronique des scoops et des scandales. Bon vent monsieur Macron, on reviendra !

Le blogue Royal-Artillerie part en pause quelque temps.
Un chant d'air pur pour se dire au revoir.

A bientôt !


dimanche 18 juin 2017

Kanzler Kohl (1930-2017)

Je n'ai pas d'intérêt particulier à me souvenir de la carrière d'Helmut Kohl, sauf au moment de la chute du mur de Berlin. Panique dans les chancelleries devant le déferlement des Ostis en ville, tous klaxons hurlants. A la frontière, qui n'était plus qu'un stop routier, on donnait à chacun trois francs six sous (en deutschemarks) pour s'abreuver et manger un berliner avant de rentrer au petit matin dans le rêve communiste et gris.

Les quatre puissances occupantes cherchaient la posture qui préserverait l'avenir, de quoi, on ne savait toujours pas. Nul ne parlait de réunification, qui prendrait des années d'ailleurs... en conclusion d'une procédure de désoccupation qu'on ne savait par quel bout prendre. Alors vint le chancelier Kohl. Il avait contre lui la Grande Bretagne et la France. Il acheta les Russes (à milliards de DM) et donna des assurances aux Américains sur l'alliance transatlantique, puis il procéda : parité des marks occidental et oriental, négociation d'anschluss avec le cabinet de Pankow et rachat de la dette démocratique, établissement d'une agence de reconstruction des länder pourris, et réunification à la barbe de tous. C'était ça Kohl, un, deux, trois coups d'avance ! Vladimir Poutine en prendra de la graine qui était officier en Allemagne de l'est au moment de l'évacuation soviétique. Surprendre et miser gros !

L'Allemagne d'alors n'était pas dans la prospérité insolente qu'on lui connaît aujourd'hui - Schröder n'était pas encore passé par là - et la chancellerie fit feu de tous bois en mettant à contribution son budget fédéral et en encourageant la Deutschland AG à ponter dans la partie. Kohl avait la vista qui faisait défaut aux autres dirigeants, même Thatcher ! Cerise sur le martini dry de la réunification, il parvint à bloquer tout avantage concurrentiel de la France sur la période de reconstruction lourde en arrimant le franc français à la monnaie fédérale.

RIP, géant !

jeudi 15 juin 2017

Second tour

 Le Français moyen a plus de sens politique que la classe politique. Du fond de son fauteuil-télé, il jauge les hommes et s'amuse des programmes parce qu'il sait intuitivement que l'avenir est fait d'incertitudes, surprises, drames et tout le diable son train. Les slogans de campagne enrichissent le décor audio-visuel mais Sarkozy et son "travailler plus pour gagner plus" fut rattrapé par la faillite de Lehman Brothers ; Hollande et son ennemi La Finance, le fut tout autant par le terrorisme et la fronde interne au PS. Devant la page blanche du futur, l'électeur prime le caractère, la résilience, l'envergure du candidat-chef d'Etat bien plus qu'un programme qui l'ennuie.

Ainsi monsieur Macron a-t-il gagné, comme prévu dans ce blogue, sans programme sur sa bonne mine, au grand dam des connards* du vieux monde qui n'attendaient que les cents chapitres macroniens à mettre en pièces pour se refaire une doctrine. A voir la rage des foutraques de gauche et de droite, on devine la rancune des politiciens de métier blanchis sous le harnois des récitations ! Le Français, lui, n'a pas été freiné par la jeunesse relative de l'impétrant, sa réussite professionnelle et son parcours politique, sa belle cougar plus cultivée que la moyenne, l'absence d'un parti de gouvernement en soutien, les augures d'un désastre annoncé par les experts. Au lieu de quoi, le mec élu par les deux-tiers des votants contre la Fille du Pirate, les a bluffés le jour de son intronisation et les jours suivants au milieu des "grands" de ce monde qu'il donnait l'impression de n'avoir jamais quittés. Pareille aisance rassurait les Français qui revenaient d'un zébulon surexcité alternant jogging et vélocipède, au gros placide boutonneux, bite-au-vent et scooter en prime.

Aussi les connards du vieux monde ne comprennent pas aujourd'hui les quatre cents sièges annoncés au palais Bourbon, et continuent à labourer le programme dont les Français se tamponnent ; mais de cela les génies de la programmatique ne veulent rien savoir. Mélenchon et les quarante bolivariens brandissent les accords de branche du Code du travail qui n'intéressent pas l'électeur, le sénateur Baroin et ses acolytes et rivaux, la CSG qui est un impôt caché que personne ne voit vraiment. Passons sur la caricature permanente des propositions d'autrui qui montre le niveau d'approche.
Après le programme inconvertible en voix, se brandissent les "valeurs". C'est quoi déjà ? Ben... les valeurs de la gauche(?!)... les valeurs de la droite(?!)... seul le centre n'affiche pas de valeurs spécifiques sauf de bon sens. Sans oublier les "valeurs de la République" ! A la réserve près que droite et gauche sont des notions historiques n'ayant plus cours légal. A côté d'eux-tous, les patriotes bleu marine lancent les dés pour quatre sièges après en avoir annoncé quatre-vingt avant la présidentielle, quarante juste ensuite. Leurs électeurs ne réagissent pas aux circonstances politiques, ne militent pas non plus mais attendent le succès comme la manne au désert.
Cramponnés au patriotisme subdivisé en courants, les cadres du Front désespèrent d'émerger en groupe au cœur des institutions. La faute à plein de choses parfaitement connues, encadrement faible, niveau faible, militants rares, mais un parti "personnel" comme le Front national ne peut pas se réformer ou s'adapter aux temps, sauf à tuer le duc de Guise. Le logiciel perdant-perdant va l'achever par le drainage de ses électeurs en sidération ayant enfin compris que la seconde n'enclenche pas sur les boîtes Philippot ! Un vrai parti de droite identitaire sans références à l'Occupation ou aux gaz a un boulevard devant lui ; un seul parti ! Deux et c'est déjà mort ! Qu'en pense Paul-Marie Coûteaux ?

Cédric Villani, Nobel de Maths
S'il leur en reste, du temps, les battus dénoncent ensuite le mode de scrutin et, après résultats, l'illégitimité des élus dans une arithmétique étrangère à la démocratie représentative, mais dont ils sont prévenus depuis... SOIXANTE ANS bientôt ! Madame Autain, charmante idiote au demeurant complètement à l'est mais avec du corsage, réclame la Sixième République qui devrait la porter à la Chambre (aucune insinuation). Le système politique briment les battus, clament d'autres. Tous invoquent la proportionnelle en faisant mine d'oublier qu'elle est réservée aux peuples matures et coalisables, à défaut de quoi le Général jugea qu'elle ne marcherait pas au palais Bourbon où les singes hurleurs au cul rouge claquent des pupitres et insultent à tout va. Mais justement, tout cela pourrait changer avec le renouvellement profond des députés choisis parmi les gens normaux et/ou intelligents.
J'aime bien la médaille Fields de mathématiques avec lavallière et l'araignée dorée à la boutonnière, Cédric Villani, capable d'un discours bien déroulé et puissant qui finit par surprendre au milieu des éructations habituelles des professionnels de l'alarme et de l'embrouille. La diversité du mouvement En Marche garantit seule une pluralité d'opinions dans l'hémicycle, les origines des députés Macron étant si différentes. Le danger d'un groupe majoritaire monolithique est donc une crainte infondée de la part de ceux qui n'en sont pas, d'autant que le groupe MODEM fera chambre à part, que Bayrou est rancunier comme une vieille fille, et qu'au palais du Luxembourg les gérontes ne semblent pas impressionnés. Reste que la moitié du corps électoral est parti pour Coblence, ce qui devrait rassurer les royalistes contempteurs de la démocratie d'étage régalien. Avec deux-tiers d'abstention, on ramènera le roi, croient-ils.

La méthode de raisonnement tactique utilisée dans l'infanterie française exige pour une mission définie la désignation d'un chef doté de moyens affectés. Le chef, c'est fait, les moyens, c'était à vous, vous les avez donnés ! Pour dimanche prochain, bordez les frontières de LREM en élisant des gens bien, capables d'un quant-à-soi, il y en a ! Normalement à ce stade de l'article, suit la litanie des connards dont le Piéton salue la défenestration praguoise ; mais elle serait trop longue (désolé)!

(*) sobriquet villepinien désignant les députés avant la dissolution de 1997 !

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