23 février 2015

Valeurs et humanités


Pour aujourd'hui lundi j'avais prévu de faire ça - les fameuses valeurs - mais lisant le pamphlet de Denis Tillinac dans Valeurs Actuelles, j'ai mis mon travail au panier ; c'est tellement mieux dit par lui qu'il serait vain d'insister : le moulin à prière des valeurs républicaines ! Exactement !
Extrait et lien hypertext s'ensuivant :

« L’honneur, la liberté, l’altruisme, le courage, la probité, la pudeur, l’équité, le respect de soi et d’autrui, la bonté, le discernement, la générosité sont des valeurs, et il serait opportun qu’on les inculquât à l’école. À la fois universelles et modulées par la culture de chaque peuple, elles ne sauraient être l’apanage d’un régime politique déterminé.
Elles sont aussi enracinées dans les monarchies européennes que dans notre République. Les sujets de Sa Majesté la reine d’Angleterre jouissent de la même liberté que les citoyens français. Ceux des républiques d’Iran, du Soudan, du Pakistan ou de l’ancien empire soviétique en sont privés. Bref, le mot “république” ne recèle en soi aucune “valeur”, et en conséquence il n’a pas la moindre vertu morale...»
La totale dans le VA n°4082


L'architecte Valeurs & Principes quitte la piste de cirque

Par contre nous allons boucler l'article sur un autre emprunt qui nous a été suggéré par la crasse intellectuelle et morale de la Gauche en Cour, dont les brillants rejetons à tête creuse saccagent un cimetière israélite pour se passer les nerfs avant d'aller voler quelques diplômes dans les universités à papa. Un des plus beaux esprits français, dans une langue qui passe l'éloge, nous demande de monter notre niveau d'éducation. Et ceci s'adresse à tous les éducateurs, même à ceux qui opèrent dans les zones réputées difficiles, car l'expérience est faite¹ qu'on peut s'arracher à la fange réglementaire par les humanités.




« Les humanités ont une valeur permanente, mais jamais elles n'ont été plus recommandables qu'aujourd'hui, car aux poisons les plus dangereux qui corrompent ou qui menacent l'âme moderne, elles seules peuvent fournir l'antidote. Les occupations humaines deviennent tous les jours plus étroites et plus spéciales, le joug de chaque emploi se fait plus gênant et plus lourd, tant qu'enfin l'on peut se demander si, tandis que le monde antique a fini par la suppression de l'esclavage, le monde moderne n'est pas en train de le rétablir pour tous. Il n'en est que plus pressant et plus nécessaire de mettre au début d'une vie ainsi assujettie une formation libérale.

Horace
Si la profession est spéciale, qu'au moins l'éducation soit humaine. Ceux qui ont eu le bénéfice de cette discipline ne l'oublient jamais. Les hommes les plus pratiques, les plus adonnés aux occupations matérielles, rappellent toujours avec quelque orgueil qu'ils ont fait leurs humanités, non point tant parce que c'est là le signe d'une certaine condition sociale que parce qu'ils veulent nous faire savoir qu'ils ont, eux aussi, touché la rose et qu'ils en gardent le parfum. Il restera toujours inférieur celui dont l'esprit n'a pas d'abord été élevé jusqu'à l'inutile. Mais ce mot même ne doit pas tromper. Les connaissances littéraires sont souvent en nous les plus fécondes ; elles ressemblent à ces montagnes aperçues au fond des paysages, qui paraissent seulement élever dans le ciel une gloire oisive de neiges et de glaciers, et d'où viennent cependant toutes les eaux qui rendent fertile la plaine.

Le suprême bienfait de l'éducation classique consiste à nous donner quelques points de vue d'où nous puissions toujours dominer notre existence. C'est par là que l'instruction diffère de la culture. Un homme instruit n'a fait qu'augmenter le nombre de ses moyens ; un homme cultivé a accru son humanité. L'un se distingue de ce qu'il sait ; l'autre ne se sépare pas de ce qu'il a acquis. La culture, en effet, résulte surtout des connaissances qui ont une valeur générale, qui touchent au destin et à la nature de l'homme. Elle marque le passage du savoir à la sagesse, elle nous associe à l'élite de l'espèce humaine, et nous donne la plus précieuse leçon de respect et de modestie, en nous apprenant qu'on a pensé avant nous, et que le monde ne date pas de notre naissance.» (A.B² mars 1923)

Sophocle
(1) Ainsi des professeurs de langues mortes ont-ils décidé un jour l'Inspection académique de leur laisser offrir à leurs élèves de ZEP l'accès au latin et au grec. Le succès fut si grand qu'il contredisait tout ce vers quoi les pédagogistes de la Rue de Grenelle conduisaient la foule des élèves, en démontrant que l'abêtissement n'était pas une fatalité. Le genre enfanté d'un bouc et d'une truie soviétiques ne pouvait s'y reconnaître à ces altitudes, qu'il fut proclamé par un des représentants de l'espèce monstrueuse que l'on forcerait le passage pour la morale officielle du régime (comme on l'a connu sous des cieux rouge-sang) jusqu'à édicter la tabula rasa des consciences en ces termes choisis : le but de la morale laïque est de permettre à chaque élève de s'émanciper, car le point de départ de la laïcité c'est le respect absolu de la liberté de conscience. Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d'arracher l'élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix (Vincent Peillon, ministre).

Effectivement, les satires d'Horace, une pièce de Sophocle, la vie des grands hommes de Plutarque, une comédie d'Aristophane, les maximes de La Rochefoucauld, les caractères de La Bruyère, remuer le trésor immense du fonds français jusqu'au substrat gréco-romain, ne peut que distraire les jeunes âmes de la saine dictature du prolétariat. Quelle honte que d'être gouverné par cette m... médiocrité !

Ah, j'oubliais.
Nous devons cette promotion des humanités à Abel Bonnard (1883-1932_1945-1968). Les dates intermédiaires sont ses années d'immortalité.

(2) Aphorismes et fragments recueillis sous le titre Ce monde et moi par Luc Gendrillon pour les Editions Dismas, Haut-le-Wastia (Belgique) 1991

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19 février 2015

La Chèvre de Monsieur Xi

Nous sommes entrés dans l'année chinoise de la Chèvre, sans doute mais plus sûrement dans celle du prince rouge Xi Jinping. Le nouvel empereur du Cathay attire sur lui le respect de tous les dirigeants étrangers, non tant par son entregent naturel et son intelligence des situations que par la force de son gouvernement. Il est vrai que l'ancien gouverneur de la province industrielle du Zhejiang ne peut se comparer en rien à notre Bonhomme de Tulle. Les historiens nous diront plus tard que c'est par le choix de médiocrité que la France a définitivement décroché du Top-10 au XXI° siècle.

Qu'on ne se rassure pas, Xi Jinping n'est pas le haut dirigeant occidentalisé dans ses moeurs et ses réflexions que d'aucuns attendaient après l'épuisement du concept "playmobil" sous le règne de Hu Jintao. C'est un marxiste-léniniste "mis-à-jour" et qui fait attention à la couleur du chat de Deng Xiaoping. La course effrénée à l'argent déclenchée en 1980 peut précipiter un empire d'un milliard et trois cent millions de gens dans le chaos, autant dire que c'est la planète entière qui y verserait. L'État revient donc, partout, et son outil d'analyse échappe à Berkeley ou Princeton, c'est le "matérialisme dialectique".

Ceux qui des groupuscules croupions du capitalisme parlementaire se réjouiraient de voir revenir sur scène les vieilles lunes communistes seront déçus. Xi Jinping n'est pas Chavez conseillé par Sapir mais un vrai empereur, nous allons voir comment.

Pour cerner le personnage, il faut savoir déjà que son apparition sur la scène nationale comme Secrétaire du parti du Zhejiang en 2002 ne s'est pas acompagnée de libations et turpitudes mais de la production d'un corpus doctrinal ramassé à la fin en deux livres :
- S'appliquer au réel, aller au premier rang en décembre 2006 [Gan Zai Shichu Zou Zai Qianli]
- Nouvelles idées du Yantsé en août 2007 [Zhijiang Xinyu]
Non content de publier ces ouvrages politiques, il s'est investi à fond dans leur défense par moult débats et conférences au sein du Parti. L'apothéose fut l'endossement officiel du livre américain The Chinese Dream de Helen Wang qui devint la feuille de route du pouvoir dès l'accession de Xi et que l'on résumerait à surmonter les affres de la modernisation par l'exaltations des valeurs traditionnelles impériales. En quelque sorte une version sinisée du fameux "Rêve américain".

En quoi tout ceci va-t-il se traduire ?

(A) Par le retour de l'État en économie, imagé dans la théorie des deux mains - les Chinois raffolent de slogans - la main visible publique et la main invisible des marchés. L'effroyable anarchie économique qui conduit les fils du Ciel à ne le plus voir que gris ne sera réparée que par l'action réciproque de ces deux mains comme l'explique Adam Smith dans La Richesse des Nations. Xi Jinping est un fervent partisan de l'économie mixte.

(B) Dans un autre domaine, interne au Parti celui-là, il a revigoré le concept maoïste de la Mass Line créatrice et détentrice de la Vérité, avec un seul outil d'analyse : l'autocritique. Le premier objectif est de reconnecter cadres du Parti et population active. Le premier effet est d'extirper avec une efficacité sans frein la corruption endémique à l'État communiste chinois, à un point tel qu'on tremble de voir se contracter le PIB du pays.

(C) Ayant développé le Zhejiang jadis sur une ligne d'intérêts délibérément priorisés sur le peuple, il s'applique à étendre ce choix dans toutes les autres provinces jusqu'à évidemment heurter des intérêts particuliers ou catégoriels qui sont réduits par tout moyen détourné s'ils ne rompent pas immédiatement. La théorie d'enrichir un peu tout le monde au lieu de ne jouer que sur l'effet d'entraînement des super-riches est une rupture avec la doctrine Deng. Mais il n'est pas exagéré de dire que le pari n'est pas gagné, l'ADN du peuple chinois inlassablement laborieux, inventif, intelligent, est dédié au fric. Peut-il obtenir une conversion des âmes ? Pour ma part, j'en doute.

(D) Xi Jinping n'est pas un homme de cabinets, un dialecticien en chambre. C'est un homme de Pow-Wow ou de Loya Jirga, un rassembleur. Attaché à convaincre le plus largement possible, il maîtrise complètement son sujet et suscite l'admiration des jeunes et vieux caciques du Parti qui le trouvent "génial". Enfin quelqu'un qui a du fonds et qui en articule tous les paramètres de manière compréhensible. Cela n'a pas de prix quand il s'agit de mouvoir une machine aussi énorme que la Parti communiste chinois. Il suffit ensuite de réussir les premiers pas, puis les seconds, pour emporter l'appui d'indécis maintenant convaincus. C'est ce qu'il fait.



Finalement, et ce sera notre conclusion ; le Rêve de Xi Jinping est de revenir aux frontières mentales et physiques de l'ancient empire des Grands Tsings en usant de l'apport du marxisme dialectique. Il sera difficile à son premier contempteur de le confiner dans des limites plus étroites ou d'appeler à la libéralisation des marchés et des moeurs politiques comme s'y emploie le Sénat républicain. Cina farà da sè !

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17 février 2015

Il faut aimer les Pays-Bas

Le gouvernement français fait une crise d'urticaire médiatique pour combattre les monstres qu'il a enfantés (lui et tous les autres avant lui). On sent une énergie incommensurable dans l'agitation que redouble encore le vacarme des radio-télévisions qui bouffent littéralement sur les morts. Les ministres courent partout comme des canards sans tête. Des voix, peu nombreuses, détonnent qui réclament que l'on distraie un peu de cette énergie pour combattre le chômage qui atteint des proportions sud-américaines chez nous ! En pure perte et pour deux raisons :

La seule mesure efficace n'est pas de faire mais de défaire. C'est la totale libération de l'esprit d'entreprise qui créera de l'emploi. Ce n'est pas une incantation, il suffit de regarder où les emplois se multiplient. Défaire commence pas l'incinération de centaines de lois, codes, décrets et ordonnances qui sont un carcan de plus en plus insupportable à tous, sauf bien sûr aux "normateurs" qui vivent de ce carcan. Inutile de faire la liste. Le sémillant Macron a porté le fer dans un millième des contraintes stupides françaises. Il n'ira pas plus loin, sauf se proclamer dictateur à la romaine le temps de la purge. Je voterai pour lui au plébiscite qui suivra.

La seconde : A l'exclusion du précité, les gens de gouvernement sont des puceaux économiques qui n'ont aucune vibration entrepreneuriale et ne savent donc pas ce que veut dire "libérer l'esprit". Il est donc exclu qu'ils ressentent en eux cette vérité économique qui, avouons-le, croise à 90 degrés toute leur idéologie socialiste de prédation d'une classe pour nourrir l'autre ! En plus, ils sont tous nourris par la Cantine socialiste depuis la maternelle. Mais ne l'avons-nous pas méritée cette clique dépassée ? ils ne sont pas venus au pouvoir par un coup d'Etat mais par les suffrages de la majorité imbécile qui se dit être le peuple français. Belle démocratie que celle où règnent les cons.

Je termine par un exemple personnel, ce qui n'arrive pas souvent ici.
A la moitié du troisième âge, j'aurais l'envie de renouer avec une activité exercée précédemment pour meubler mes jours et pimenter aussi ma retraite. J'ai des connaissances, des relations, de bonnes références bancaires. A l'idée de l'avalanche de formulaires, déclarations, avances sur cotisations, avis des explicateurs de la jongle (experts comptables, conseillers fiscaux...), mon prurit entrepreneurial se calme vite. Nous sommes des milliers dans ce cas à préférer finalement bricoler dans notre garage ou relire Montaigne.

Et pourtant, les contrats que j'obtiendrais seraient pure valeur ajoutée pour l'économie de mon pays et fourniraient des heures de travail à des manufacturiers français par exemple et à quelques prestataires de services. J'ai appris que c'était facile aux Pays-Bas. D'accord, il y a moins de têtes ahuries dans les allées du pouvoir que chez nous et c'est tout un peuple qui a la fibre bizness, mais il faut aimer les Pays-Bas.

Ils ont des rois en plus ! C'est moins tarte !




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