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jeudi 1 décembre 2016

Hollande bâché


SIC VOLVENDA ÆTAS COMMUTAT TEMPORA RERUM
QUOD FUIT IN PRETIO FIT NULLO DENIQUE HONORE¹
(1) Ainsi le temps aux biens donne et reprend leur prix
Ce qui fut honoré rentre dans le mépris


Le président Hollande qui fut éduqué chez les Frères des Ecoles Chrétiennes a pu méditer ces beaux vers de Lucrèce en ce funeste jour de sa résignation. Sépulcral, mais digne et au besoin, émouvant, il a réussi l'examen de sortie... de la vie politique qui fut toute la sienne, ne sachant rien faire d'autre, affairé depuis toujours à la manœuvre et aux combinaisons d'appareil. Cela ne pouvait suffire dans l'éminente fonction qu'il avait visée et le livre assassin² de Davet et Lhomme nous l'avait démontré.


cliché Lionel Bonaventure/Pool/AFP


Bon administrateur de profession, François Hollande va expédier les affaires courantes délivré du stress de sa réélection et libéré des soucis d'image qui littéralement le bouffaient. Sans doute va-t-il tranquillement peaufiner son grand discours de départ du palais de l'Elysée en mai 2017, ce que nos présidents savent faire le mieux finalement !

La décision ne balançait qu'avec une autre, celle de démissionner tout de suite pour provoquer une élection anticipée. Il n'a pas voulu se venger de son parti et a préféré jeter l'éponge. Les socialistes devraient le remercier. Le calcul était si simple pourtant : s'inscrire à une élection primaire de sélection du parti malgré sa qualité de président de la République était une humiliation insupportable à la limite du grotesque. Sauter la primaire pour se représenter directement à l'élection du mois d'avril ne l'assurait de rien plus qu'une autre humiliation : ne pas passer le premier tour comme Jospin en 2002. Acter du "désastre" maintenant était moins risqué pour sa signature dans les livres d'histoire, il y aura gagné un peu de hauteur et son discours était carrément bien !

La démagogie va pouvoir maintenant s'exprimer dans toute sa puissance, les tribuns se prendront à la gorge, ce sera la foire d'empoigne comme la France en a tant connues. La chasse est ouverte, les calibres chargés, les yeux s'injectent de sang, le peuple paiera ! Entre-temps la passerelle sera occupée par un commandant résigné et serein, ce qui ne sera pas plus mal au milieu des dangers qui nous guettent.


(1) De Rerum Natura (Lucretius)
(2) "Un président ne devrait pas dire ça..." chez Stock

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lundi 28 novembre 2016

La Réforme impossible


On ne discutera pas ici de la pertinence des réformes proposées par la Droite républicaine, qu'elles viennent de l'équipe de M. Fillon ou de celle de M. Juppé - ce sont les mêmes aux 9/10è. Mais si le mal français est bien l'étatisation à outrance qui plombe le génie de ce peuple et sa créativité native, on doit considérer que le mammouth est devenu énorme et bien malin qui le tuera. Avec cinquante-sept pour cent de captation de la richesse produite, l'État est devenu invincible ; et si l'on ajoute les monopoles socialistes de production que sont l'EDF, la SNCF et d'autres, on voit la République parfaitement installée pour continuer à exploiter la nation sur laquelle elle se vautre, énorme.

Il serait vraiment étonnant qu'un peuple aussi immature en démocratie que le peuple français¹ parvienne à réformer son système par la voie démocratique. A vrai dire, ce n'est jamais arrivé de toute son histoire ! La dernière réforme tentée en période de paix intervint à la fin du règne de Louis XV, quand le roi eut compris que sous ses ors impeccables le régime courait à sa ruine au milieu des injustices et dans un foutoir unique au monde. De grands esprits comme Vauban avaient signalé les désordres du royaume. Son successeur Louis XVI, peu attiré par la politique (son frère d'Artois lui ressemblera en Charles X), se laissa convaincre d'effacer le dangereux progrès pour renouer avec les privilèges antérieurs, on sait comment tout cela a fini. La Constituante de 1789 n'eut qu'à ouvrir les tiroirs de Calonne et Maupéou, tout ou presque était là. Ensuite la France se réformera à chaque rupture de paradigme. C'est Brumaire, la Restauration, les Trois Glorieuses, la Révolution de 1848, Sedan, Le Front Populaire, Pétain, Le Putsch d'Alger etc... Une seule période fait exception, la première décennie du XXè siècle appelée aussi La Belle Epoque où la IIIè Républque réformera beaucoup. Alors bon courage monsieur Fillon.

S'il n'a au moment nulle opposition sérieuse, elle va bien finir par coaguler d'ici l'été 2017, et c'est bien naïf de sa part de croire à l'adoubement démocratique d'une élection présidentielle gagnée, pour imaginer que ses oppositions vont se taire ensuite au seul motif de la "volonté exprimée par le peuple". La France connaît des troisième et quatrième tours jusqu'à l'émeute parfois, les centrales syndicales et les groupes d'agitateurs professionnels n'ayant cure de la démocratie, juste bonne pour les moutons. Il suffit d'entendre M. Martinez refuser par avance tout résultat qui lui déplaira !

M. Fillon a fait le tour de France des réalités avant de construire son programme de réformes. Cette démarche nous montre aussi que jusque là M. Fillon ne vivait pas dans les réalités². La guerre est un art simple, tout d'exécution, disait Bonaparte. Il est moins important de connaître à fond ses dossiers que de commander "l'ouverture du feu" au bon moment ! A tout vous dire, je n'y crois pas pour cent raisons que je développerai ailleurs bientôt.

(1) Dans ce pays gaulois, tous les scrutins doivent être trafiqués à l'avance pour obtenir une majorité de gouvernement
(2) Effectivement il a une carrière d'apparatchik (CV)

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