29 janvier 2015

Houellebecq tel qu'en lui-même

Dans l'entretien qu'il a accordé chez Flammarion à Ruth Elkrief pour son dernier roman Soumission, Michel Houellebecq nous fait partager ses convergences avec notre propre sentiment de fin de cycle pour ce pays. Ce court billet n'est pas une critique du bouquin. Au delà de la mécanique électorale qui porterait l'islam au pouvoir, il constate la perte de valeurs du modèle faisant place à des valeurs nouvelles. La République maçonne est à bout de souffle, son athéisme essentiel, sa laïcité grotesque rencontrent de moins en moins d'écho chez les générations montantes qui ne reconnaissent aucune autorité morale à ceux qui les dispensent.

Nous partageons sa déconsidération d'une classe politique usée par le système représentatif où l'on fait carrière jusqu'à l'inamovibilité. Et quand il nous dit que ce modèle imposé n'est pas unique, quand il nous fait comprendre que les ruines créées ne seront pas relevées par le régime qui nous les laisse, nous pensons tout de suite à substituer au désordre actuel un système monarchique éprouvé en haut protégeant le foisonnement des libertés publiques en bas, foisonnement réglé par la démocratie directe. Et justement il y vient aussi dans cet entretien en parlant de la fulgurante ascension de Podemos en Espagne qui peut renverser la table.

Ce pays, la France, est bien plus vieux que la République en cours, envahie aujourd'hui de métèques (à l'antique) qui s'y sont fait la courte échelle pour y établir leur fortune. Que ne vendront-ils pas au vainqueur de demain pour conserver l'ordinaire de leur position sociale dans des couverts d'argent sans lesquels ils ne s'imaginent pas vivre. Houellebecq est assez gonflé pour avouer à Ruth Elkrief (qu'il faut remercier pour la bonne tenue de l'exercice) qu'il pourrait vivre sous l'Ancien régime, voire au Royaume chérifien mais pas en Arabie séoudite. En France, vivre devient dangereux : «Si, monsieur Valls, la France c'est l'intolérance, la haine et la peur». Il se dit cible de quelqu'un et sans doute ne restera-t-il pas longtemps, la promotion du roman tiré à trois cent mille exemplaires¹ étant quasiment terminée.

Et, coup de grâce à mes doutes, il me convainc parfaitement quand il dénonce la conscription, la levée en masse prélude aux massacres de masse, vecteur du scandale de la guerre de 14, allant jusqu'à murmurer que "les rois n'auraient jamais accepté ça", à croire qu'il a lu Kuehnelt-Leddihn² ou, petite vanité, un article que nous avions laissé à l'Alliance géostratégique disparue depuis, sur L'Orgie des levées en masse (16.04.2010).

Voici les liens de l'entretien diffusé en deux parties le 28 janvier 2015 sur BFMTV:

A.- Première partie 13:33
B.- Seconde partie 13:59
(la prise de son n'est pas fameuse)

Note (1): plus 270.000 exemplaires en allemand
Note (2): billet KL du 14.10.2006

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26 janvier 2015

Bas Empire, le retour

Sou de Theodoricus
Je viens de refermer La Fin de l'Empire d'Occident* d'Amédée Thierry (Paris, 1860) que m'avait recommandé sur son site Jean-Gilles Malliarakis. L'affaire fut pliée de manière irrévocable en trente ans. Les causes en étaient certes anciennes et déjà connues des auteurs de l'époque que les historiens modernes ont compilé - je pense à Edouard Gibbon (1737-1794), Gibbon le magnifique disait Churchill - mais si la mèche était longue, la tragédie détruisant le concept d'empire universel ne fut jouée pas plus longtemps qu'un tiers de siècle, une génération à l'aune du temps, de 461 (assassinat de Majorien) à 493 (assassinat d'Odoacre) ! S'ouvre alors le règne de Théodoric le Grand, roi d'Italie à Ravenne, et trente-trois années de paix gothique pour la Péninsule. Douze siècles d'empire étaient consumés. Il en resta des lois, des codes, le christianisme, et le mode d'emploi d'un Etat. S'ouvrira ensuite l'ère de la féodalité avec la fortification des cadastres et le pullulement des seigneurs jusqu'à l'aimantation carolingienne qui donnera un sens à toute cette limaille barbare pour achever la construction de la charpente féodale.

Le nouveau roi d'Italie, éduqué à la cour de Constantinople, qui laissait combattre en lui-même le sang impétueux de l'Alaman sauvage et la raison romaine du gouvernement des hommes, reprit l'attirail césarien d'un empire étriqué pour en revêtir l'autorité rémanente. Il parviendra à la gloire par l'édification d'un communautarisme avant la lettre cloisonnant les deux peuples résidents, le goth et le romain. Au premier le législatif, la force et la guerre, au second l'administration du territoire. Mariage interdits, religions séparées, le roi comme son peuple était arien, les souchiens catholiques.

Faut-il faire un rapprochement avec la fiction houellebecquienne d'une France islamique, laissant cohabiter plusieurs communautés d'abord retranchées sur leurs principes, coutumes et loi spécifiques, puis normalisées à la loi du plus fort ? « Il fallait se rendre à l'évidence : parvenue à un degré de décomposition répugnant, l'Europe occidentale n'était plus en état de se sauver elle-même - pas davantage que ne l'avait été la Rome antique au Vè siècle de notre ère » (Soumission, p.206). Peut-on penser qu'à la fin de la période de déclin décrite par Eric Zemmour - et ce n'est pas une fiction pour le coup - la France retrouverait un jour le chemin de l'ordre moral en n'étant plus française comme l'Italie de jadis perdit sa romanité ? C'est une grave question qu'il faut bien comprendre pour en combattre les prémices mais en sachant aussi qu'il y a entre ces nouveaux Goths et nous des convergences dangereuses qui peuvent attendrir des esprits désorientés par l'affaissement moral et psychique du pays :

- interdiction de l'avortement, de l'euthanasie, valorisation de la famille traditionnelle, protection particulière des épouses, éducation contrôlée des enfants, primat du patriarcat, tempérance sexuelle contre le vagabondage, interdits religieux, prééminence de la foi et des lois divines sur les lois séculières, stigmates homosexuels et sidéens, répression de l'usure et bien d'autres détails transversaux de la vie en société que l'on découvrirait si on voulait bien creuser la grave question.

Michel Houellebecq
Exorciser l'avènement en 2022 du président Mohammed Ben Abbes et de son premier ministre Bayrou (qu'est-ce qu'il prend en pleine poire dans le roman !) passe par la restauration d'un ordre moral, tant dans la sphère privée que publique, et les mesures, s'il en faut pour y parvenir, ne sont pas des plus faciles à décider dans un pays aujourd'hui à vau-l'eau. Je vous laisse les imaginer dans votre propre environnement, pour vous-même d'abord, mais j'en suggère une dans la sphère publique pour commencer : être intraitable avec la classe politique au plan judiciaire - cesser le sursis - et séquestrer les biens des élus le temps de leur mandat. Vous ne pouvez savoir tout ce qui alors changerait, à commencer par l'élimination des arrivistes au petit pied de bouc, pourrisseurs habiles de nos mœurs, gnomes insatiables de pouvoir qui vendraient leur mère pour une prébende juteuse. Rien que cela renforcerait comme par enchantement le camp du "Servir" en ouvrant la voie aux hommes intègres, instruits, responsables, d'Etat quoi ! S'il en fallait une seconde, je pense que pour l'exemple on devrait s'attaquer aux privilèges exorbitants du Sénat qui sont une insulte inexpiable au peuple français. Voir à ce sujet la vidéo que nous recommande Charles-Philippe d'Orléans :





Le poisson pourrit par la tête, il faut s'occuper du régime politique d'abord et maintenant.


Note (*): Reprint Editions du Trident, Paris 2008

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19 janvier 2015

La Houle se creuse, nous sommes à sec !

C'est un billet spécial, à mâcher lentement.

- Hanuman roi des singes -
Au douteux privilège de l'âge, il me souvient qu'en mai 68, ne restait d'exécutif à Paris que le Préfet de police Grimaud et le Premier Ministre Pompidou, entourés l'un et l'autre de leur état-major de crise. Toute la volaille gaulliste, qui d'ordinaire marchait torse bombé et fesses cambrées, avait calté. Les plus courageux allaient dormir chez leur mère, un peu comme le Général d'ailleurs qui dormait, lui, à Trianon. Baden Baden étant fermé, on ne savait plus où se terrer ! Et pourtant il ne s'était rien passé de très grave, physiquement. J'en témoigne, les lanternes ne portaient personne, les sectionnaires n'allaient chercher personne. La Maison de la radio était défendue et la hache était prête à couper les câbles vers la Sarre et le Luxembourg. On était dans un grand happening mais sans doute que les souvenirs historiques glaçaient d'effroi une classe politique arrogante qui redoutait déjà qu'un lacet puisse la prendre au col. C'est mentalement que les gens étaient devenus incontrôlables. Tout "pouvait" arriver car tout était "acceptable", on jugerait a posteriori en laissant faire déjà.

L'occasion manquée

Mais la révolte étudiante restait une révolte étudiante parce qu'au delà de la sympathie générale pour ce grand bordel et la grève générale par tout le pays, la coagulation souhaitée avec les bataillons organisés d'une classe ouvrière qui existait encore, ne s'était pas faite ; au grand dam des intellectuels dont le schéma de "libération contrôlée" s'effritait chaque jour un peu. Le bon sens syndical avait prévalu à la grille de Billancourt, convaincus qu'ils étaient dans les fédérations qu'on obtiendrait plus des ministères que des tribunaux mao-spontex peuplés de cheveux longs. A l'évidence, on n'avait tué aucun poulet*, sauf quelques statues et soixante voitures rue Gay-Lussac, que les singes étaient montés aux arbres. Dans la banque où je travaillais, rue d'Antin, les compteurs tournaient sans aucune émotion ou précaution. Quel contraste avec la panique générale de la classe politique qui était déjà "à Bordeaux" !

La grande émeute aura bientôt un demi-siècle. Il ne me semble pas que la classe politique en cour ait amélioré sa résilience à la crue populaire, peut-être sa vitesse d'accrobranche, et on peut penser que l'eau passant la digue un jour prochain ne trouvera plus grand monde à noyer sous les ors des palais, des huissiers à chaîne peut-être, perdus là comme des hallebardiers d'opérette. Ce vide ne le restera pas longtemps, la nature en a horreur, dit la sagesse des nations. Mais cet intervalle, ou ce calme précaire dans l'oeil du cyclone, sera la "fenêtre d'opportunité" pour tous les mouvements à vocation régalienne. Il y en a peu. Les royalistes en sont-ils ? Vous vous demandiez pourquoi ce titre ? J'y reviens plus loin.

11 mai 1968 - rue Gay-Lussac

La houle se creuse à nouveau

Le Défenseur des droits, un amateur de musique militaire pourtant, vient de reprocher au Ministère de l'Intérieur d'avoir voulu tuer le poulet pour avertir le singe en matant les manifestants qui s'opposèrent au mariage homosexuel à Paris (clic). M. Toubon marque le coup pour signaler sa prise de fonction, mais ce qui est intéressant pour une fois, c'est d'observer que la mèche lente fuse encore. La répression imbécile s'est heurtée, si l'on peut dire, à la résistance de l'édredon. Le mouvement contestataire existe toujours, avec quelques scories dérangeantes pour l'Autorité comme les #Veilleurs de Vendôme ou le #Hollande-démission. Ce coup-ci le dicton chinois n'a pas marché. Il s'en est suivi - et je raccorde volontairement ces faits - un réveil des silencieux, ceux qui ont acheté (et pas tous lu) le bouquin de Zemmour, et qui vont sans doute acheter celui de Houellebecq, les deux instruisant à charge la responsabilité des pouvoirs en place depuis vingt ou trente ans dans notre déclin. Apparaissent logiquement les prémices d'une révolte populaire, et les poulets ne servent plus à rien, la brutalité du contrôle des foules a seulement tué la peur. Bien malin qui saura prévoir l'élément déclenchant. Au moins faudrait-il s'y attendre !

Ce brûlot anarchiste a poussé le Système au ridicule sous la présidence Sarkozy


Les royalistes ?

Le peu de renforts que les structures offensives ont reçu après le succès de La Manif pour Tous laisse croire que l'énergie n'a pas été canalisée. Il y en a quatre à ce jour : l'Action française, ramassée sur ses deux noyaux derrière les deux princes d'Orléans ; les légitimites actifs, dénoncés comme libéraux par les contemplatifs, orthodoxes, eux ; l'Alliance royale constituée en parti politique classique, souhaitant évacuer la querelle dynastique ; le cénacle empathique de M. Renouvin. La première est bien vivante mais ne croît pas ; elle ne produit plus de concepts en propre, elle répète ses classiques et forme le cercle de chariots en attendant quelque chose d'indéfinissable. La deuxième vient de se voir retirer son agrément princier, le prince de Bourbon ayant décidé de se cantonner à l'exaltation du patrimoine et aux messes à travers un institut éprouvé** pour son impassibilité dans la contemplation de l'âge d'or. La troisième n'a pas obtenu le centième des résultats escomptés et se maintient avec difficulté, je me demande bien pour faire quoi, n'ayant aucun organe de masse à sa disposition pour vendre son organisation des pouvoirs, aussi remarquable fut-elle. La quatrième a demandé l'asile politique à l'ambassade de Russie.

Le royalisme français passe-t-il à côté du grand mouvement d'opinion qui peut changer de paradigme ? La rénovation du pays est-elle possible, probable ? Tout le laisse penser. Nous partîmes quatre mille et quatre mille furent comptés en arrivant au port. Chou blanc ! L'offre royaliste est multiple, contradictoire et inaudible parce que déconnectée du réel. Freud ou Carl Jung - je ne sais plus - disait que les mots désignent au départ des choses, désignent ensuite des choses qui ne sont pas là et c'est ce qu'on appelle un symbole, et finissent au bout du bout par ne plus rien désigner de réel. A ce moment là, on soumet sa réflexion à un slogan. C'est l'effondrement de la dialectique royaliste qui par exemple veut opposer "pays réel" et "pays légal" en emplissant ces locutions de réalités disparues depuis longtemps que l'interlocuteur d'aujourd'hui ne peut reconnaître. Sans parler de remugles fâcheux comme "la fortune anonyme et vagabonde" qui décrivit longtemps les banques israélites dans les milieux antisémites. On peut citer aussi le corporatisme contre lequel toute la société moderne se bat, la centralisation qui étouffe les initiatives locales tout en promouvant le folklore et le bavardage stérile des provinces, etc. Sauf à être tombé dans la marmite petit, chacun a du mal à passer de l'épure au terrain tant la différence de perceptions est grande. L'aggiornamento tarde trop pour que l'affaire ne nous passe pas sous le nez une fois encore. D'autant qu'elle n'intéresse pas les bénéficiaires.

Les princes

Les princes disent peu et ne demandent rien de plus que des manifestations d'affection. Ils n'ont aucune envie de compromettre leur statut social et leurs décorations par des extravagances qui n'ont aucune garantie de succès. Quelle révolution en aura jamais ? Charles Maurras écrivait dans Anthinea : « Aucune origine n'est belle. La beauté véritable est au terme des choses ». Le terme peut-il arriver sans eux ? Sans nous ? Probablement. L'intemporalité du beau discours académique que le prince Louis Alphonse de Bourbon a prononcé samedi dernier à Paris après la messe expiatoire pour Louis XVI nous le laisse croire. Une semaine auparavant, près de quatre millions de Français (de souche à 99,9%) sont descendus dans la rue pour manifester contre la barbarie islamiste et pour la liberté d'expression, sans que ce sursaut imprévu de la majorité silencieuse ne fasse dévier d'un iota l'exercice rhétorique convenu.
Le jeune prétendant d'Orléans ne communique de nouvelles que familiales et met en scène ses enfants d'une semaine l'autre ; son père nous a donné ses voeux 2015 d'un tweet ! Seul, depuis son duché portugais, Charles-Philippe d'Orléans a publié son exécration du fanzine satirique décapité par al-Qaïda ; moins pressé, Charles de Boubon Parme vient de livrer un billet d'enfoncement de portes ouvertes chez Vexilla Galliae. Voilà passée la revue des renforts !


- Clin d'oeil à Rodolphe C. -

En attendant l'embellie, allez à la messe pour le roi mort cette semaine - il y en a partout - non pour vous y montrer ou pour voir les vedettes de la commémoration, mais pour vous recueillir intérieurement sur le destin tragique d'un homme bon et pieux que les Lois fondamentales avaient désigné comme bouc émissaire d'une nation en grand désordre moral. Ce sera utile pour la suite.

Notes (*): 把雞殺了警告猴 (tuer le poulet pour avertir le singe)
(**) Institut de la Maison de Bourbon (et de Bauffremont réunies)


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