lundi 15 octobre 2007

Bonald, l'autre monarchiste

au MonnaD'une vieille famille parlementaire rouergate, il naquit au château du Monna sur la commune de Millau (Aveyron) le 2 octobre 1754. La famille de Bonald y demeure encore et je crois qu'ils ont une chambre d'hôte pour les lecteurs d'ambiance (voir avec francoise@bonald.org) ! Formé chez les Oratoriens, Louis-Gabriel servit aux mousquetaires du roi avant de rentrer au pays épouser sa promise, une Guibal de Combescure, vieux patronyme aveyronnais. On saisit mieux le ressort philosophique naturel de Bonald si on connaît l'Aveyron et son terroir méridional, le Millavois. En 1785 il est maire de Millau. Le cahier de doléances municipal de 1788 ne réclame pas de viaduc.

Partisan de la réforme des moeurs et des lois, il est réélu maire cinq ans plus tard, jusqu'à ce que les débordements révolutionnaires et la vente des biens nationaux ne lui indiquent que la Révolution est chargée de haine et de cupidité. Il quitte ses fonctions départementales, prend ses deux fils et part rejoindre l'armée de Condé en 1791.
Il restera six ans en Allemagne puis en Suisse après la démobilisation, où il publiera sa Théorie du Pouvoir politique et religieux (Constance 1796). Le texte est en ligne sur le site de l'université de Québec (cf. infra). On en goûtera ce paragraphe sur Benjamin Franklin et la jeune république américaine :
...

Une vérité incontestable est que toutes les républiques, anciennes ou modernes, grandes ou petites, ont dû leur naissance à l'ambition du pouvoir. L'oppression n'a jamais été qu'un prétexte. En Amérique, quelques droits modiques sur le thé servirent de prétexte, à défaut d'un motif plus grave ; et pour payer cette boisson malsaine quelques sous de moins, l'Amérique fut dépeuplée, fut ruinée, la guerre s'alluma dans les deux mondes, le sang humain coula à grands flots ; et le grand homme, qui n'exposait sa vie qu'au danger des indigestions des dîners de Paris, s'applaudissait des progrès de l'incendie qu'il avait allumé ; et tandis qu'il riait en secret de la sottise des peuples, il s'extasiait en public sur l'énergie républicaine et les progrès de l'esprit humain. On ne contestera pas sans doute que la démocratie française ne doive sa naissance à l'ambition réduite à inventer les prétextes les plus absurdes, lorsque les intentions bien connues du malheureux Louis XVI, et les dispositions non équivoques de tous les ordres de l'État ne permettaient pas d'alléguer des motifs.

Et celui-ci à suivre que nous devrions savoir par coeur aux temps d'aujourd'hui :
Dans toutes les révolutions il y a un dessous de cartes, qui n'est pas toujours connu, parce que les meneurs périssent souvent dans les troubles inséparables de la révolution, et emportent avec eux leur secret que des événements ultérieurs auraient dévoilé. Cependant les effets arrivent, parce que l'impulsion est donnée ; mais le voile reste sur les causes, et la foule imbécile, qui ne les soupçonne pas, imagine du merveilleux pour expliquer les effets.

On le savait peu républicain malgré un premier enthousiasme, on s'en assure en lisant cette étrillage du régime honni :
On ne leur dit pas que la guerre la plus heureuse compromet la félicité d'un roi et la prospérité de son État ; et que, dans un État populaire, la guerre la plus malheu­reuse ouvre des chances favorables à l'ambition des chefs, et préserve l'État du danger plus grand des divisions intestines....
La soif de l'or a remplacé la fureur des conquêtes, et la fièvre dévorante qu'il allume est devenue le principe de l'existence des républiques et du caractère national de leurs citoyens. Hors d'état d'étendre leur territoire, elles ont tout fait, tout bravé, tout souffert, pour étendre leur commerce ; le commerce est devenu la seule affaire de leurs gouvernements, la seule religion de leurs peuples, le seul sujet de leurs que­relles. Entraînées par ce délire universel, les administrations les plus sages n'ont vu de puissance que le commerce, de richesses que l'argent, de prospérité que le luxe : et l'égoïsme, les besoins factices et immodérés, l'extrême inégalité des fortunes, comme un chancre dévorant, ont attaqué les principes conservateurs des sociétés. La guerre présente a révélé à l'Europe l'étendue et la gravité du mal. L'intérêt a paru le dieu de l'homme, et ce dieu a exigé en sacrifice toutes les vertus. Si l'univers est son temple, son sanctuaire est dans les républiques : étrange destinée de ces gouvernements, qui semblent n'exister que pour détruire l'espèce humaine, ou pour la corrompre !


LDB (1754-1840)L'oeuvre du vicomte de Bonald est aboutie, naturelle, sincère et après accoutumance, bien écrite. Loin de l'image de tradicatho contre-révolutionnaire ennuyeux dont l'affublaient les jaloux, le théoricien fut convoqué à la Pratique sous la Restauration ! Absolutiste et gallican, ne le nomma-t-on pas le Bossuet du XIX°, Bonald théorisa une forme de monarchie refondée sur la loi divine primordiale. Les jeunes militants attachés à la monarchie absolue de droit divin, le vrai modèle classique, trouveront en Bonald tout le pain dont ils sont affamés. Son oeuvre est volumineuse, sans compter tous les articles publiés sous l'Empire et après par le Mercure de France ou le Journal des Débats. A noter que l'Empire recherchera inlassablement son appui ; même le roi de Hollande, Louis Bonaparte, le suppliera d'éduquer ses enfants, mais il gardera longtemps ses distances avec le nouveau régime lui prédisant une fin tragique.

Voici la liste bibliographique retenue par l'Académie française, où il succéda à Cambacérès en 1816 :

1801~Du traité de Westphalie et de celui de Campoformio
1815~Réflexions sur l'intérêt général de l'Europe
1817~Du pouvoir, du ministre et du sujet dans la société
1817~Pensées sur divers sujets et discours politiques, 2 vol.
1818~Mélanges littéraires, politiques et philosophiques, 2 vol.
1818~Observations sur un ouvrage de Mme de Staël sur la Révolution
1818~Recherches philosophiques sur les premiers objets des connaissances morales, 2 vol.
1818~Du divorce au XIXe siècle (suite à la loi Bonald de 1816)
1821~Législation primitive considérée par les lumières de la raison, 3 vol.
1821~Opinion sur la loi relative à la censure des journaux
1825~De la chrétienté et du christianisme
1826~De la famille agricole et de la famille industrielle
1830~Démonstration philosophique du principe constitutif de la Société
1843~Œuvres complètes en 16 volumes.


Peut-être un peu psychorigide, il se retire de la dispute politique en 1830 à l'avènement de qui vous savez auquel il refuse le serment, et meurt au Monna d'une crise d'asthme dix ans plus tard (23 9bre 1840). Un de ses fils sera Primat des Gaules ultramontain, fervent supporter de la révolution de 1848 puis du Second Empire !

Quand on a épuisé ses ouvrages, il reste encore ses Pensées avec lesquelles nous allons terminer en vrac. C'était d'ailleurs un apôtre du verbe : "l'Homme pense sa parole avant de penser sa pensée"

L'homme a plus de prévoyance à mesure qu'il a moins de mémoire.

Un recueil de pensées ressemble à ces lignes militaires trop étendues que l'ennemi peut percer en mille endroits.

Dans une société bien réglée, les bons doivent servir de modèle et les méchants d'exemple.

L'homme n'est riche que de la modération de ses désirs.

A un homme d'esprit, il ne faut qu'une femme de sens ; c'est trop de deux esprits dans une maison.

Les bibliothèques, ces cimetières de l’esprit humain, où dorment tant de morts qu’on n’évoquera plus.

Il y a des gens qui ne savent pas perdre leur temps tout seuls : ils sont le fléau des gens occupés.

Il faut, quand on gouverne, voir les hommes tels qu'ils sont, et les choses telles qu'elles devraient être.

Dans les crises politiques, le plus difficile pour un honnête homme n'est pas de faire son devoir, mais de le connaître.

L'irréligion sied mal aux femmes; il y a trop d'orgueil pour leur faiblesse.

La littérature est l'expression de la société, comme la parole est l'expression de l'homme.

Les hommes qui, par leurs sentiments, appartiennent au passé et, par leurs pensées à l'avenir, trouvent difficilement place dans le présent.

On ne devrait assembler les hommes qu'à l'église ou sous les armes; parce que là, ils ne délibèrent point, ils écoutent et obéissent.

Depuis l'Evangile jusqu'au Contrat Social, ce sont les livres qui ont fait les révolutions.

Dieu commande à l'homme de pardonner, mais en prescrivant à la société de punir.

Premiers sentiments, secondes pensées, c'est, dans les deux genres, ce qu'il y a de meilleur.

L'obéissance doit être active pour être entière, et la résistance passive pour être insurmontable.

L'homme n'existe que par la société et la société ne le forme que pour elle.

Les gens qui aiment la dispute devraient ne disputer que sur ce qu'ils ne peuvent jamais éclaircir ; alors la dispute serait intéressante, parce qu'elle serait interminable. Mais disputer sur l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme, la vie future, etc., ce n'est pas la peine. Il n'y a qu'à attendre.

L'homme naît perfectible, l'animal naît parfait.


Ecrits sur l'Europe aux Ed. de ParisOn trouve ses bouquins sur les quais, dans les brocantes et des rééditions chez des libraires ouverts au mouvement. Bonald est aussi en bibliothèques publiques.

Quelques textes accessibles en ligne :

- Du pouvoir, du ministre et du sujet dans la société
- Législation primitive
- L'Université de Québec a mis en ligne d'autres textes intéressants.
On peut bien sûr en trouver d'autres en furetant sur InterNet ou dans les bibliothèques en ligne des chapelles.

Louis de Bonald, l'autre penseur monarchiste,
mais de drapeau blanc seulement !

NON EST POTESTAS NISI A DEO


Si l'article vous a plu, vous pouvez le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :


1 commentaire:

  1. Un très grand merci à Catoneo de nous avoir donné accès à la prose de Louis de Bonald. Il nous donne envie de le lire.

    RépondreSupprimer

Les commentaires sont modérés. On peut utiliser les balises a, b et i dans leur rédaction. Pas de commentaires "anonymes".

Printfriendly