samedi 26 avril 2008

De l'indépendance

avion TGVL'Action française étudiante va quitter les oripeaux du souverainisme, concept politique galvaudé s'il en est, à la limite, marque de cachous. Qu'est-ce une souveraineté sans souverain ? Le peuple ne peut être "souverain" ; le souverainisme républicain est dès lors un songe creux que le traité de Lisbonne a achevé.
Le combat est dorénavant celui de l'indépendance nationale. L'objectif a le grand mérite d'être clair.

Nota : Le forum ViveLeRoi a collecté le fil "Du souverainisme" qui fut déroulé sur le forum d'Action française aujourd'hui fermé ; nous y renvoyons ceux qui désireraient approfondir cette idée ; les contributeurs qui s'impliquèrent dans cette discussion nous apprennent des choses.

Une vraie politique d'indépendance signifie simplement, qu'à travers les accords, les alliances, voire les amitiés si d'aucuns y croient encore, et tout en considérant que la France s'est projetée il y a longtemps dans l'univers et n'a pas de raison de rétrécir son audience tant qu'on ne l'y force pas, et qu'elle n'est pas seulement une fraction étriquée d'une seule région du monde mais un petit monde à elle seule, signifie donc que nous soyons maîtres de nos décisions, et par exemple ne pas nous trouver embarqués dans des conflits économiques ou militaires qui ne sont pas les nôtres. Bien sûr, économiquement personne n'est libre aujourd'hui, même pas la Corée du Nord !
L'indépendance d'une nation moderne dans un monde globalisé résulte de la construction patiente de ses interdépendances et de leur gestion avisé.

Commençons peut-être par l'environnement géopolitique où ces interdépendances vont agir.
Quatre évidences sont incontournables (ça commence mal) :
1.- l'Europe institutionnelle
2.- la monnaie unique
3.- l'appartenance à l'Occident
4.- les racines chrétiennes indélébiles

[1]-U.E.
satellite GalileoDans un monde d'empires-continents comme celui qui émerge de l'Histoire aujourd'hui, les petites nations péninsulaires comme la France doivent phosphorer intensément pour exister dans les enceintes décisionnelles. Celles qui sont enclavées ont déjà disparu de la scène internationale. Mais le rapport des tailles est tel qu'il nous faut adosser nos propositions à une Europe occidentale organisée qui fasse le poids dans le domaine en cause au moment. Si nous réparons notre Etat et notre économie, nous aurons capacité à participer au triumvirat naturel de l'Europe institutionnelle avec nos deux ennemis héréditaires (humour), la Grande Bretagne et l'Allemagne. Peut-être devrons-nous freiner certaines arrogances pour obtenir leur concours dans les grandes affaires du monde où nous nous présenterons, en commençant par connaître à fond leurs intérêts propres, dont la subite découverte semble toujours étonner les conseillers appointés du prince quand ils sont durement tacklés, comme sur le hochet sarkozien de l'Union méditerranéenne.

Sans le renfort de l'Europe et son instrumentalisation intelligente, nous n'avons plus de pouvoir, sauf à régler des différents subalternes entre tribus africaines et à multiplier les colloques de la Francophonie. Inutile donc de s'exalter sur un projet de sécession de l'Union européenne en invoquant l'article ad hoc du traité de Lisbonne. Tout en redorant le blason français, oeuvrons plutôt à une confédération puissante, respectant le génie des vieilles nations d'Europe ; savez-vous que les textes le permettent? Il suffit d'actionner la bobinette et de placer la charge au bon endroit si la chevillette ne veut pas choir.

[2]- EURO
Même le dernier des Moldaves dans sa cabane en tôle préfèrerait une monnaie solide comme l'Euro à une piastre comme le Franc français qui n'avait que le mérite d'effacer périodiquement l'ardoise de notre incurie financière par une dévaluation du dimanche. L'Eurogroupe exige des partenaires sérieux. En finances publiques, il nous faut cesser de recruter la haute fonction à l'Ecole du Rire. Nous devons impérativement rentrer dans les clous de l'Eurogroupe et atteindre à l'équilibre budgétaire, sauf à accepter de passer en deuxième division, comme l'Italie et la Grèce ; à partir de quoi il deviendrait inutile de prétendre au triumvirat. Nous deviendrons terre d'empire.

[3]- Occident
Avec les Anglais, nous sommes au coeur de l'Occident. Malgré une vocation réellement universelle, où que nous allions nous portons les stigmates de nos origines. La puissance occidentale dominante sont les Etats-Unis d'Amérique. Ce sont nos alliés depuis Louis XVI. Ceux-ci n'ont jamais exigé un alignement de nos positions sur les leurs, car d'ailleurs nos intérêts, s'ils ne s'affrontent pas souvent, divergent quand même, et ils le savent bien ; en outre, nous sommes réciproquement alliés de référence.

bataille de la Chesapeake 1781
Par contre, étant venus deux fois nous sortir du fossé où nous avions versé tout seuls, ils attendent un peu de considération de notre part. Je m'explique en prenant l'exemple de l'Irak :
Intimement convaincus de la bévue stratégique en préparation, nous avions le devoir de les mettre en garde solennellement à la tribune de l'ONU sur l'impertinence de leur guerre préventive contre la dictature sadamite, et nous avions tous les arguments pour étayer nos remontrances. Mais une fois qu'ils avaient pris leur décision - ils revendiquent une certaine indépendance eux-aussi - nous n'avions pas à saper leurs décisions en mafiatant dans les couloirs comme des Maltais, en courant les capitales africaines pour capitaliser des votes à l'Assemblée Générale. Nous n'en sommes pas sorti grandis, même aux yeux de ceux qui applaudissaient au spectacle de la fessée distribuée par notre flamboyant ministre napoléonien des affaires étrangères. Nous n'en avons retiré aucun bénéfice diplomatique d'ailleurs.
J'irais jusqu'à dire qu'une fois la guerre décidée par la Coalition - tous des alliés -, nous aurions dû mettre à sa disposition une brigade de la Légion pour participer à l'assaut, brigade que nous aurions retirée une fois que Bagdad serait tombée et que le Commander-in-Chief aurait proclamé la victoire. Nous aurions montré à qui nous regardait que nous sachions cesser les exposés de droit international quand les circonstances exigeaient le concours de notre alliance, même si elles submergeaient les limites de notre agacement. Peut-être que dans la guerre de 33 jours qui éclata plus tard au Liban, nos condamnations auraient été prises au sérieux, et nos amis libanais moins durement touchés.

[4]- Chrétienté
bataille de Poitiers 732Même si nous proclamons urbi et orbi notre laïcité maçonne, nous sommes appréhendés hors d'Occident comme une nation chrétienne. En ce sens, M. Sarkozy a eu raison de se rapprocher du Vatican. Fille aînée de l'Eglise, la France, plus tout à fait, mais héritière des Croisades sans doute aucun pour tous les musulmans ! C'est comme ça ! Cela vient-il du "Mur Franc" qui se dressa face à la charge des Sarrasins un samedi d'octobre 732 à les glacer de terreur ? Il est de notoriété publique que c'est bien la France qui anéantit un jour la Conquête et sonna l'heure du reflux.

Le cadre des contraintes étant posé, comment (re)construire nos interdépendances ? Dans l'équilibre de nos échanges, en privilégiant les créneaux où nous sommes bons.

INTERDEPENDANCES
Nous dépendons de l'étranger pour la moitié de notre énergie, tous les métaux non-ferreux, presque tout l'uranium, tout le fer et le charbon, tout le pétrole, tout le coton et presque toute la laine. Nous sommes moins dépendants dans les produits agricoles sauf le soja qui n'a pas pris en France, nous sommes très bons en céréales, oléagineux, protéagineux, viande, laitages et tous les dérivés gastronomiques. Nous ne sommes les seconds de personne en aéronautique et dans l'aérospatial où seuls nos moyens limités nous brident. Nous sommes des compétiteurs sérieux dans l'industrie nucléaire et le ferroviaire, en architecture et dans les travaux publics. Et jusqu'à la guignolade de la Société Générale, nous commencions à nous faire une réputation dans la haute banque. Nous avons bien d'autres compétences.

centrale nucléaire fumanteVous remarquerez que hormis l'agroalimentaire, nos productions sont le plus souvent "politiques". Si nous nous comparons à l'Allemagne, nous voyons qu'ils répondent à des nécessités industrielles chez autrui quand ils livrent des machines-outils ou des usines mécaniques, alors que nous devons négocier avec les gouvernements pour nos centrales, nos TGV ou nos avions. Ainsi avons-nous beaucoup de mal à contrebalancer les dépendances que nous subissons par des dépendances que nous créons chez les autres.

Pour compenser ce défaut d'axe, nous sommes condamnés à être largement meilleurs, à une course à l'excellence dans les domaines où nous existons vraiment sur les marchés internationaux. Au moins deux filières d'avenir nous sont ouvertes qui nous donneraient le même type d'avantage exclusif que celui dont bénéficie l'industrie allemande, la filière nucléaire et les satellites. Ceci nous indique que la formation et la recherche sont prioritaires pour nous, puisque tout commence là. Et chacun devine que nous soyons en l'état réellement très mal, à lire les classements internationaux qu'il faut scruter attentivement pour nous dénicher en bas de liste !

La dernière conférence du président de la République (100 minutes !) n'a effleuré dans ce domaine que la question de l'alphabétisation des enfants (immigrés) et a esquivé l'ardente obligation de recherche, au profit de mesures de "justice sociale" destinées à adoucir comme toujours les humeurs catégorielles. L'emplâtrage des plaies catégorielles, c'est la démocratie, comme disait Martin Masse dans un article du Québécois Libre que je vous recommande. Le chef d'Etat est un père Noël impécunieux inférieur aux défis qui nous sont lancés.

Une fois nos dépendances rééquilibrées par le renforcement de nos avantages, il s'agira de les gérer finement. Autrement dit, ce travail fondamental devra obtenir la priorité sur toute autre action gouvernementale et diplomatique. Nous devrons cesser nos arrogances, postures de coq déplumé, proclamations sans lendemains. En revanche nous apprendrons à mercantiliser notre diplomatie, avec tout ce que cela comporte de révision déchirante des effectifs et des moeurs du Quai. C'est une nouvelle mentalité qu'il nous faudra acquérir mais l'indépendance de la vieille nation est à ce prix.

rafale
Restera la question subsidiaire de l'indépendance militaire qui dérive de l'indépendance économique. Nous y reviendrons un autre jour.

Une démarche d'indépendance pour la France ne passe que par la recherche de la puissance. Obtenue, elle permet d'ouvrir alors la porte d'une vraie souveraineté si l'on veut bien d'un souverain. Manquée, elle nous jette dans le destin du Portugal.


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2 commentaires:

  1. L'indépendance nationale est un concept inauguré par de Gaulle et continué par moi-même.

    Il va être difficile à des royalistes têtus, qui en guise de principes n'ont que des postures, d'inventer une tournure crédible s'ils n'abandonnent en même temps tous les autres oripeaux que celui dont vous parlez : - la références aux thèmes rancis, la promotion d'une dynastie déchue, l'habitude de caresser des formations politiques malsaines sous des prétextes qui ne tiennent pas debout.

    Le mal profond dont souffre le royalisme français n'a qu'une seule cause : il se comporte comme tout le monde : même défiance vis-à-vis des remarques, même attitude sournoire qu'on retrouve dans tous les partis.

    S'il doit se renouveler, qu'il ne fasse pas semblant, et s'il se renouvelle seulement par intérêt, promouvoir des idéologies rancies, ce n'est pas la peine ! il ne s'agit dès lors que d'une escroquerie.

    Si les royalistes français veulent se tromper, qu'ils se trompent ! Mais qu'ils n'escroquent pas la population avec leurs imbécilités : ça ne marchera jamais, et tant mieux !

    Il n'existe qu'une seule solution : la mienne, et ceux qui s'y opposent, l'avenir verra leurs descendants cracher sur leur tombe.

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  2. Vous dites : Il n'existe qu'une seule solution : la mienne, et ceux qui s'y opposent, l'avenir verra leurs descendants cracher sur leur tombe.

    Nous brûlons d'impatience d'en connaître par le menu.

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