mercredi 28 mai 2008

Les galoches de Chaminadour

Airbus militairesDans la globalisation chacun a sa chance, ce qui ne veut pas dire que les mêmes atouts soient distribués à tous. Les pays "réformés" et aptes au combat économique mangeront leur soupe sur la tête des pays bloqués dans leurs anciennes certitudes. Le défi est finalement plus mental qu'on ne l'imagine. Le latin triste de l'Europe est du camp des bloqués. En plus il chausse galoches.

Je suis agacé à la prémonition du roi de Prusse lapant sa tagesuppe sur la tête de nos gosses. Et c'est pourtant bien vers un soulagement de nos responsabilités que nous conduit le gouvernement français depuis deux décennies au moins. Qu'il ne le fasse pas sciemment ne saurait l'excuser, que les contraintes et les résistances à la Réforme soient plus fortes que son pouvoir, non plus. Un gouvernement, apte au consensus international mou, mais faible à l'intérieur avec les forts et dur avec les autres, ne peut mettre en position d'assaut la vieille république soviétique que nous sommes devenus. De quoi s'agit-il ? Du bruit que fait le cran de crémaillère qui saute chaque jour vers les abysses de notre déclin.

L'Allemagne a un dessein. La France déroule des scenarii successifs, l'un chassant l'autre au fur et à mesure que passent les conseillers cérébraux de l'Elysée. L'Allemagne a un dessein et les moyens de son dessein depuis qu'elle a réhabilité son quart oriental. Il n'est rien moins que de prendre le gouvernement de l'Europe continentale et de partager la gestion des ressources et produits avec son premier marché d'équipement, devenu son allié naturel, la Russie.
L'histoire lui a montré que la voie de la guerre économique, la seule voie permise par ses alliés-matons, était bien plus profitable que la force pure qui avait failli la faire disparaître.

Le chancelier Merkel mène sa guerre sans complexes ni amis. Elle va se payer EADS pour remonter l'industrie aéronautique coulée par la Seconde guerre mondiale (voir l'entretien au Parisien du député PSD Gérard Bapt). L'Airbus sortira-t-il un jour des chaînes Zeppelin de Friedrichshafen ?
Le démontage des Etats-nations qui l'entourent est outillé par la Charte européenne des Droits fondamentaux qui privilégient les régions ethniques, des "nations sans Etat". Les langues locales viennent d'entrer dans notre constitution. L'Espagne, l'Italie, la Belgique, et quelque temps après la France, commenceront à se fendre selon les lignes de fractures ethniques, et la länderisation de l'Europe marquera l'avènement de l'empire tranquille allemand. Après tout !

Deusio, le catalogue export de la Deutschland AG n'est pas affecté par l'euro fort autant que celui de ses voisins qui pâtissent de contrats souverains d'Etat à Etat alors qu'elle est sur un marché (B2B) d'industrie à industrie. La chancellerie défendra bec et ongle Jean-Claude Trichet à Francfort qui administre le nouveau deutschemark selon le contrat original, en préservant l'Allemagne de l'inflation.

Nous, nous résistons bien dans l'agroalimentaire, le nucléaire et le ferroviaire, mais la ligne-phare du TGV Pékin-Shanghaï sera construite sur une technologie Siemens. Il y a trente ans, la liste de nos points de résistance était plus longue.
Jusque là tous les lecteurs du Royal-Artillerie opinent du chef. C'est à partir d'ici que certains tousseront. Comment bloquer la chute ?
En combattant !

galochesMais comment pourrions-nous nous présenter aux starting blocks chaussés de galoches trois fois trop grandes. Gamin, avez-vous essayé de courir avec les chaussures de votre père ? C'est pareil ici. Nous voulons concourir en mondialisation dans une structure étatique faite pour l'administration d'un empire mondial, qui est démesurée par rapport à la France d'aujourd'hui, jusqu'à stériliser la moitié de notre produit intérieur brut. Un américain facétieux a créé le Jour de Libération Fiscale (Tax Freedom Day) qui est le jour de l'année où vous commencez à travailler pour vous. C'est en France le 16 juillet. Quand vous saurez que très peu des 197 jours travaillés jusque là auront été consacrés à investir pour l'avenir du pays, mais à claquer des frais de fonctionnement, vous comprendrez que nous partions battus.

D'ailleurs les Français ont perdu l'envie de se battre - la furia francese n'est plus dans les manuels - depuis les carnages militaires du siècle dernier. Au contraire, nous avons organisé une société de jouisseurs préparant la fin du monde occidental dans une certaine décadence esthétique. Du sofa ottoman où nous sommes vautrés, nous disons le Droit au monde ébahi par notre culot, proclamons la Culture en nous aspergeant le membre de Chanel 5, et comme de vieux gâteux racontant leurs campagnes l'index levé, nous réprimandons les "exagérations" des potentats en les menaçant de résolutions onusiennes !

Le plus urgent est de débarrasser l'Etat actuel de ses ennuques qui l'exploitent comme une ferme et de retrouver des ..., de la virilité ! Non pas dans des bocaux cachés ni dans nos arsenaux, mais dans nos cerveaux.
Non pas dans la recherche éperdue d'attributs de souveraineté, notre énergie résistante est rare et précieuse, mais dans une démarche de retour à la puissance.
Exemple de déperdition d'énergie : des patriotes sincères vont défiler jeudi à Paris contre la forfaiture ibéricaine annulant le référendum démocratique de mai 2005 ! Le mal est fait, que sert-il de pleurer de colère ? Personne ne veut manifester aussi contre le traité d'Utrecht, ça amortirait l'autocar ?

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Compte-tenu de son environnement géopolitique, ce pays magnifique encore ne survivra pas si tout n'est pas subordonné au retour de sa puissance, sans remord ni aucune hésitation. Méritons-nous encore la France ? Jusqu'où sommes-nous capables de sacrifier notre mode de vie pour qu'elle continue ?
Par exemple ...

- Le modèle social luxueux (35H, 60 ans) doit être détruit et le pays remis au travail jusqu'à 67 ou 70 ans d'âge.

- l'Etat doit être réduit de moitié, et commencer par la représentation nationale pléthorique (elle excède celle des Etats-Unis) serait un bon signal donné à tous les corporatismes qui sont autant de lest.

- L'Europe est-elle propice à notre recherche scientifique, préalable incontournable de notre ré-industrialisation ? Soyons alors européens et laissons flotter l'oriflamme étoilée sous l'Arc de Triomphe au second semestre de 2008 si ça nous avantage dans la dispute à venir ? Le symbole n'est qu'en tissu.

- Le format OTAN/SHAPE a-t-il le meilleur rapport sécurité-coût ? Si oui, adoptons-le et mettons l'argent ailleurs, dans des investissements durables.

- L'anglais est-il la seule langue véhiculaire du commerce et de la finance ? Concurremment au français, faisons apprendre l'anglais à nos enfants de la maternelle à la terminale par des professeurs britanniques. Le mandarin risque-t-il de le supplanter ? Rajoutons le chinois avec des professeurs chinois, exemptés d'IUFM !

- Privilégions la recherche fondamentale et la recherche appliquée aux technologies nouvelles à toute mesure de confort ou même de justice sociale, dès qu'il y aura du disponible dans les caisses publiques.

- Dans les transports, privilégions partout la voie d'eau économique et écologique en modernisant l'interopérabilité sur le bassin fluvial Nord-européen. A y être, remettons les infrastructures de communication dans le domaine régalien.

- Ouvrons nos universités techniques et nos grandes écoles aux étudiants étrangers méritants car ils seront plus tard nos meilleurs relais et diffuseront notre esprit et nos manières.

- Reprenons un pour cent chaque année sur les pensions aux retraités qui excèdent le smic pour le verser aux universités.

- Révisons les cartes de séjour et raccompagnons dignement chez eux les étrangers sans emploi ou ressources propres.

- Cessons les dépenses de prestige et rétrécissons notre périmètre diplomatique aux zones utiles en mutualisant ailleurs ambassades et consulats avec d'autres pays européens.

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Impossible ? Pas sûr.
Si la moitié des chaînes Airbus quitte la France, peut-être qu'une causerie télévisée au coin du feu d'un chef d'Etat respecté pourra nous expliquer comment et pourquoi les Français sont destinés inévitablement en l'état, à se faire mettre. Et d'appeler les jeunes générations à la révolte ! Que dis-je, sire, à la révolution !



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6 commentaires:

  1. Bonjour,

    D'accord avec les idées. Elles sont bien pensées, bien tactiques, c'est bien plus sage que la sauvagerie que l'on préconise un peu partout, moi y compris à mes heures sombres. Pourquoi ne vous-êtes vous jamais lancé dans la politique...Je pique votre sagesse que je me ferai un plaisir de rebalancer par-ci, par là :D

    Bonne soirée !

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  2. Il est temps de cesser les pleurnicheries et de remonter les manches.
    Les royalistes ne sont pas des pleureuses funèbres guidés par des gérontes gâteux.
    Vous avez raison, il faut faire feu de tout bois car notre situation est très grave. Au diable les commémorations, laissons cela aux vieillards !

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  3. Les temps approchent où les français prêteront l'oreille car ils auront tout perdu par la faute de leur choix.
    Il sera venu le moment de leur expliquer la vaseline de l'escroquerie démocratique dans laquelle ils se sont complus.
    Les français sont leurs pires ennemis.

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  4. La gauche défile pour les avantages acquis, la droite pour les avantages perdus.

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  5. Je suis d'accord avec vous en grande partie mais non sur ce désir que vous avez d'empêcher le déclin.

    Et ce n'est pas pour les circonstances que cela pourrait créer que je dis cela, ou en tous cas, pas seulement. C'est parce qu'il vaut mieux déblayer les gravats tenant debout plutôt que l'édifice ne s'écroûle en poussière et aussi, et surtout, parce que maintenir à bout de bras un cadavre debout ne profiterait qu'à ceux qui s'en repaissent.

    Un point a retenu particulièrement mon attention : le transport fluvial, qui est l'un des axes forts de mon projet. Je regrette cependant que la question écologique ne soit pour vous qu'un moyen de séduire.

    En ne prenant que cet exemple, ou bien en considérant tout le programme que vous préconisez, qui aurez-vous pour le porter et le faire ressortir en bénéfice pratique pour la monarchie ?

    Je renouvelle donc mon appel pour qu'il puisse se former des rencontres, des rencontres uniquement consacrées aux perspectives opérationnelles, sous réserve d'un "accord-cadre" général fondé sur un manifeste concis mais contenant l'essentiel.

    Et qu'au moins tous ceux qui vous lisent sur ce blog, oublient les Européennes de l'an prochain, retiennent votre formule "d'amortir le car", et se consacrent à un véritable objectif !

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  6. Merci de vos commentaires argumentés. Je ne débine par l'écologie, mais c'est un principe de gouvernance alors que j'évoque des décisions de gouvernement.

    Vous devriez publier votre manifeste et faire votre coming out sur votre excellent site RC.

    Retenons la formule : "Amortir l'autocar".

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