vendredi 2 mai 2008

Pétitions

Bras ballants, le pays désorienté se jette dans les pétitions. Deux pétitions "européennes" sont actuellement sur des trajectoires de collision, l'une instrumentalise le fonctionnement réglementaire de la Commission de Bruxelles, l'autre s'échauffe à défendre la sacralité de la "vox populi".

Spéculation et crises : ça suffit !

La pétition européenne du 27 mars vise le million de signatures pour impliquer la Commission, comme le prévoit la loi (source Parlement européen). Cette pétition-ci est tirée par, entre autres, ATTAC, la LCR, le Parti Communiste des Ouvriers de France, elle regroupe 50 économistes distingués de toute l'Europe, et cible 2 articles du traité de Lisbonne.

bannière spéculation et crises
Voici le texte français :

« La finance déréglementée détruit les sociétés. Silencieusement, au quotidien, quand les actionnaires pressurent les entreprises, c’est-à-dire les salariés, pour en extraire davantage de rentabilité, au Nord comme au Sud. A grand spectacle et avec fracas dans les crises aiguës où se révèlent brutalement les invraisemblables excès de la cupidité spéculative et leur contrecoup sur l’activité et l’emploi. Chômage, précarisation, accroissement des inégalités : les salariés et les plus pauvres sont voués à faire les frais soit de la spéculation, soit des nuisances du krach qui s’ensuit."
C’est pourquoi nous, citoyens européens, demandons :

- L’abrogation de l’article 56 du Traité de Lisbonne, qui, interdisant toute restriction à ses mouvements, offre au capital financier les conditions de son emprise écrasante sur la société. Et nous demandons également :

- La restriction de la « liberté d’établissement » (article 48) qui laisse l’opportunité au capital de se rendre là où les conditions lui sont le plus favorables, et permettrait ici aux institutions financières de trouver asile à la City de Londres ou ailleurs.

Si par « liberté » il faut entendre celle des puissances dominantes, aujourd’hui incarnées dans la finance, d’asservir le reste de la société, disons immédiatement que nous n’en voulons pas. Nous préférons celle des peuples à vivre hors de la servitude de la rentabilité financière. »


Le blogue pétitionnaire en cliquant ici

bouton pétition


La seconde pétition, que vous pouvez signer depuis le 29 mai, date anniversaire du référendum de 2005, est la pétition Albert-Salon, proclamant l'illégitimité du traité de Lisbonne. On y retrouve les ténors du souverainisme français. En voici le texte et l'accès.

affiche non c'est non
« Les soussignés déclarent illégitime le traité de Lisbonne ratifié par le Parlement français en février 2008 :

NON, c’est NON !

Le traité illégitime de Lisbonne ne peut fonder aucun droit en France.

Le Peuple français a rejeté le 29 mai 2005 le projet de « constitution européenne ».
Ce même projet, sous la forme du traité de Lisbonne, a été ratifié dans le mépris du peuple et la trahison de l’indépendance nationale, avec l’approbation, au Parlement, de représentants non mandatés à cet effet.
La souveraineté est inhérente à notre Nation ; nul représentant ne peut l’abolir.

Or, le traité porte une atteinte mortelle à l’indépendance et à l’unité de la Nation. Il met fin à notre liberté chèrement acquise, et à notre faculté de décider de notre avenir. En validant la « charte des droits fondamentaux », il mène au communautarisme, à l’inégalité des droits entre Français, et à la désintégration nationale.

Illégitime, il est nul et non avenu, comme le seront les textes et jugements fondés sur lui.

Les auteurs de cette forfaiture devront en répondre devant le peuple. »


Le site pétitionnaire en cliquant ici ou .

Votre pétition par e-mail à l'intention de M. Albert Salon.

Le motif de la seconde pétition n'est pas fondé en droit. Il invoque le mandat impératif du peuple aux parlementaires qui n'existe pas (c'est une des revendications de l'Alliance Royale), et promeut la sacralisation du référendum populaire qui n'a pas été retenue par le Conseil d'Etat, ni le Conseil constitutionnel que je sache. La pétition est une "manifestation" politique de mauvaise humeur après la bataille perdue, qui n'actionne aucun levier, contrairement à la première qui vise à lancer un projet élaboré de directive européenne contraignante.

Autant il est possible à un royaliste de signer la première s'il partage quelques convictions altermondialistes du collectif initiateur parce qu'elle est précise et carrée dans sa finalité, autant il ne peut être convoqué es qualité à signer la seconde, non parce qu'elle veut l'abrogation d'une ratification obtenue au Congrès de Versailles - ce qui n'est pas rien déjà - mais parce que son ressort est tout entier bandé sur la souveraineté inentamable du peuple, qui, pour nous, participe de l’escroquerie démocratique quand on reste à l'étage régalien.

Et nous ne reviendrons pas sur le faisceau de messages au pouvoir colportés par le NON vainqueur de mai 2005, ni sur les caquètements de joie de ses promoteurs, dont certains y virent un destin personnel exceptionnel. Hélas pour eux.

« Pense clair et marche droit ! »
Tu refuses la démocratie d'étage régalien le matin ; ce n'est pas pour le soir menacer de Haute Cour ceux des représentants du peuple qui ont considéré en la matière son impertinence à raison. Que le résultat d'une décision parfaitement légale soit déplaisant ne nous permet pas de manoeuvrer le corpus doctrinal comme une tourelle à éclipse de la ligne Maginot.

Ce copinage avec M. Chevènement et ses anciens affidés du CERES (Centre d'études, de recherches et d'éducation socialistes, aile gauche jacobine de la défunte SFIO) ne nous va pas du tout. En 1968, ces messieurs, proclamés experts, nous disaient que « pour atteindre l'autonomie technologique, économique et politique, l'Europe a besoin de l'impulsion courageuse d'un pays à direction socialiste... Il ne s'agira pas pour elle (la direction socialiste) de construire le socialisme, dans un seul pays, mais bien plutôt de diffuser le socialisme à partir de son pays ».
Européistes jadis convaincus, leur parti ayant accédé aux manettes avec Jacques Delors et Pascal Lamy, les mêmes que disent-ils aujourd'hui ? Que l'Europe socialiste leur aurait bien plu ! Mais que ce modèle "occidenté" n'est pas le leur et qu'il doit être combattu. Mais sur le fond, M. Chevènement, sur le fond ?

Maurras, à qui "on ne la faisait pas", se défiait du socialisme d'Etat comme d'un alien à l'économie naturelle de la société et le présentait comme le fourrier de la populace des candidats n'ayant d'autres intérêts qu'électoraux. (Le socialisme en France - 1901).

Sachant que l'indépendance de notre Nation passe obligatoirement par une restauration de nos finances dont la quasi-banqueroute nous livre pieds et poings liés aux puissants, et partant, d'une forte réduction de l'appareil étatique et des frais exorbitants qu'il induit, j'aurais préféré une pétition nationale menaçant de bannissement tout député, sénateur, conseiller régional, général ou municipal votant un budget en déficit avant emprunt, pétition introduisant une réduction drastique et chiffrée des sièges parlementaires à tous échelons. Titre de la pétition : "Pour une France indépendante, divisons l'Etat par deux !"
Mais c'était trop demander aux rationnaires de l'Europe ou de la République et à l'ouvriériste jacobin Chevènement, que de faire dans l'abnégation pour une fois . Au fait, Saint-Just quitte son HLM de Belfort mais garde celui de Paris, façon d'amortir son ISF !

Nous, royalistes, n'avons pas à servir de "supplétifs de souche" à ceux qui tentent par tous moyens de survivre à l'effondrement de leurs modèles, soviétique hier, démocratique demain, en épousant des causes lessivielles comme le souverainisme primaire, surtout en reniant nos propres convictions.
En 2005 pas moins qu'aujourd'hui, le peuple était réputé incapable en théorie.

Suite du rapport de 1968 du CERES :
« L'Europe bourgeoise sera, à terme, américaine... Parce qu'elle aura un contenu social différent, une Europe révolutionnaire échapperait à l'impérialisme américain.
La réplique au défi américain ne doit pas être la construction d'une réplique de l'Amérique... Une politique industrielle de gauche doit redéfinir un nouveau modèle de consommation et éviter de faire de la croissance de la consommation privée le moteur essentiel de l'expansion.
Pour atteindre l'autonomie technologique, économique et politique, l'Europe a besoin de l'impulsion courageuse d'un pays à direction socialiste... Il ne s'agira pas pour elle de construire le socialisme, dans un seul pays, mais bien plutôt de diffuser le socialisme à partir de son pays.
L'idée fondamentale est simple : la compétitivité sera recherchée moins par une pression directe sur les coûts de production que par une amélioration accélérée des techniques et des structures de production, ce qui suppose une intervention au niveau micro-économique... Il faut, dans un premier temps, «dégraisser» notre appareil de production. Pour cela, il faut d'abord renforcer le jeu des tensions économiques et de la concurrence... Ce retour à la concurrence doit favoriser la modernisation de nos structures industrielles, l'élimination des situations de rente, le desserrement des goulets d'étranglement et des «freins de l'expansion».
Quant aux firmes qui par leur position dominante risquent d'asservir la puissance publique aux intérêts privés, elles doivent appartenir à la nation ».



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1 commentaire:

  1. La pétition démocracique de l'ambassadeur est soutenue par Ferrero Roche d'Or et les Baudets du Roy. Passez les chocolats.

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