Accéder au contenu principal

Du Brexit au Brexin

Exit subito ! L'insistance avec laquelle les fondateurs de la CEE poussent les Anglais a déclarer maintenant le divorce sans consentement mutuel est presque risible. Pourquoi avoir soutenu l'amarrage du Royaume uni au continent pour le presser de libérer la bitte après la surprise du résultat ? Nos politiciens de rencontre surfent au gré des courants, palpent l'émotion de l'opinion, y succombent eux-mêmes et gèrent leur vestiaire en conséquence. Le comble du chic est de demander de quitter l'Europe aux représentants du Royaume uni sur les champs de bataille de la Somme aux commémorations du centenaire. On a les peigne-culs qu'on élit !

N. Farage
La démocratie a ceci d'imparable qu'elle ne fonctionne raisonnablement qu'étroitement encadrée. C'est un outil dangereux à ne pas mettre entre toutes les mains. Les consultations populaires directes sur circonscription unique déroutent toujours la classe politique, qui s'active ensuite à dénoncer "l'idiotie" des réponses. Jeudi dernier, une seule question, apparemment simple dans sa formulation, a fracturé le vieux royaume en cinq morceaux, autant qu'il y a de nations fédérées en lui, et a suscité une vocation de principauté pour sa capitale historique. Ceci pour la politique. Pour l'économie c'est moins clair, après le coup de déprime en rachat des positions à découvert, les marchés se reprennent et réinitialisent leurs compteurs comme si quelque gnome de la City avait trouvé la clef qui tourne dans la boîte à musique de la démocratie britannique. Le "marché" ne s'y trompe pas qui est reparti à la hausse, la spéculation ayant anticipé le naufrage à venir du Brexit et des brexiteurs. Comment ? C'est très facile, on est loin d'un embarquement précipité des Rosbifs pour le grand océan. M. Juncker devra s'y faire.

D. Cameron
L'article 50 ne prévoit pas de couperet mais l'ouverture de négociations pour le détricotage des relations anglo-européennes. Le référendum était réputé consultatif contrairement au référendum écossais de 2014 qui était de pleine application. C'est aux Communes qu'il revient maintenant de décréter le retrait du Royaume Uni de l'Union européenne et de donner mandat au nouveau premier ministre de déclarer l'article 50 du Traité de Lisbonne aux autorités de Bruxelles. Selon la mafia parlementaire, ce nouveau premier ministre doit être un brexiteur, dur ou mou, pour respecter la vox populi, dei et tout le diable son train. Sauf que :
Le parlement anglais est très divisé sur la question ; la moitié des Tories et les deux tiers du Labour sont remainistes sans compter les libéraux du centre complètement eurobéats ; la décision, si elle est obtenue naturellement (le parlement est souverain), promet de heurter de front les tenants du grand large. Bien que le régime anglais soit réputé sous le nom de démocratie parlementaire de Westminster, il paraît osé de soutenir que les députés vont faire bloc pour s'opposer au peuple ayant exprimé son choix directement. Alors ? Avant de capturer le nouveau Cromwell, on dissout la Chambre et on sort les poubelles. C'est ça le truc.

B. Johnson
Dans la campagne électorale qui suivra la dissolution, les candidats à la députation vont afficher très clairement leur position sur l'Europe institutionnelle, ce sera d'ailleurs le sujet prioritaire dans tous les débats, au pub et aux courses. Le peuple appelé aux urnes enverra aux Communes les représentants qui lui conviennent, circonscription par circonscription, bourg pourri par bourg pourri. La composition du nouveau parlement indiquera très précisément l'état de l'Opinion au jour du vote et ce résultat sera considéré comme celui d'un second référendum.

La nouvelle Chambre déclarera-t-elle l'article 50 au Conseil européen ? Rien n'est moins sûr. Tout dépend du délai offert au public pour organiser ces élections, plus il sera long moins ils seront nombreux à vouloir partir car ils s'apercevront que les inconvénients de la rupture l'emportent sur une légitime fierté, un peu gratuite à la fin : le régime spécial euro-britannique négocié depuis le début par les premiers ministres anglais, et confirmé par le pacte du 19 février 2016 arraché par David Cameron au Conseil, suffit amplement à l'indépendance de la perfide Albion vis à vis du vieux continent, et si l'immigration sème à ce point la terreur dans les boroughs, on peut signaler que le problème de l'inintégration des aliens relève d'abord des intrants du Commonwealth avant de se poser sur les Européens de l'Est et sur ces p... de continental coloured catholics que nous sommes. La haine du Polonais ressemble beaucoup à la haine de l'Irlandais de jadis. Celui-ci catholique et européen affirmé remplacera-t-il à nouveau les ressortissants d'Europe de l'Est dans la détestation publique ? Peut-être bien, sauf à se retourner contre les Pakistanais, Indiens, Jamaïcains et autres niggers et rastacouères qui hantent les métros et les tabloïds.

T. May
Que la sagesse des nations britanniques me fasse mentir et qu'ils partent donc ! Ce sera beaucoup plus clair ensuite pour nous continentaux parce que nous gagnerons en autonomie par rapport aux Etats Unis et parce que nous pourrons aussi mieux résister à l'élargissement de l'Union ; mais le gros business ne semble pas d'accord sur le largage, comme Easy Jet qui menace déjà de transférer ses sièges sociaux en Irlande ou sur le Continent, ou la HongKong & Shanghaï Bank qui voudrait s'installer à Paris. Dans un an, on se rappellera peut-être ce tsunami politique du Brexit comme une gigantesque farce avec Farage en clown blanc et Johnson en auguste, l'apprenti-sorcier restant David Cameron, l'aristo un peu con qui joua son empire pour un cheval.

share

Commentaires

  1. Spéciale Dernière4 juillet 2016 à 18:04

    Boris Johnson et Nigel Farage sont en fuite après avoir gagné leur pari.

    RépondreSupprimer
  2. L'ambassadeur de la Reine à Paris nommé "commissaire honoris causa" à Bruxelles. Va passer devant le parlement européen pour juger de ses compétences à ne surtout rien faire.
    Monde ivre !

    RépondreSupprimer
  3. Teresa May (en photo) prend le 10 Downing Street ce mercredi soir. On attend son discours aux Communes.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Modération a priori. On peut utiliser dans la rédaction du commentaire les balises "a", "b" et "i" pour formater son texte.

Posts les plus consultés de ce blog

OTAN-POLOGNE

Ce billet consécutif au sommet atlantique de Varsovie est paru dans l'Action Française 2000 du 21 juillet 2016 sous le titre Varsovie sollicite l’Otan face à Moscou (n°2936 p.6). Il entre en archives chez Royal-Artillerie sous le libellé AF2000 avec quelques notes en bas de page. logo officiel du sommet Parmi les pays d'Europe centrale et orientale (PECO) la Pologne a pris la tête du combat de confinement des appétits russes. Historiquement les relations russo-polonaises ont toujours été tumultueuses et sanglantes. Après mille ans de disputes, elle fut déplacée de trois cents kilomètres vers l'ouest par Staline en 1945, qui voulait un glacis à son occident. Acquérant jusqu'à l'Oder des terres prussiennes à poloniser, elle y perdit les vieilles provinces de Polésie, Volhynie et Galicie avec des capitales importantes comme Lvov et Brest(-Litovsk). Les républiques augmentées d'Ukraine et Biélorussie furent dotées d'un siège à l'ONU pour marquer définit

Profiteroles

Il n'y a rien d'important d'ici au débat Clinton-Trump du 26 septembre. Ce billet sera donc pur remplissage. Tout est de savoir si le magnat newyorkais va tuer politiquement le fondé de pouvoir de l'autre establishment , ce qui ne serait pas une bonne idée pour lui car elle est une proie facile. Va-t-il dégager ce faisant la voie d'accès à la Maison blanche pour le chien de prairie mort qu'il porte sur le crâne ? Si l'élection du 8 novembre amène Donald Trump au pouvoir suprême de l'Occident, nous entrerons dans une ère nouvelle où tout reste à écrire. 2017, année première en arithmétique, année zéro de la reconquista apocalyptique ? A défaut de quoi nous connaîtrions l'amateurisme de la dinde cupide de l'Arkansas, sous influence et médicaments spéciaux inscrits au tableau B, une agonie dans le droit fil du déclin obamesque. Pendant ce temps, celui qui nous sert de tête de Turc dans la brume crépusculaire d'un quinquennat raté, a décid

Arès

« Très puissant Arès, fardeau des chars, au casque d'or, au grand cœur, porte-bouclier, sauveur de villes, armé d'airain, aux bras vigoureux, infatigable, puissant par ta lance, rempart de l'Olympe » Juste avant l'ouverture du combat de coqs, ce billet est paru sous le titre Pour faire la guerre, il faut un chef... à la rubrique Les libres propos de Catoneo dans Le Lien Légitimiste n°70 tombé dans les boîtes aux lettres la veille de la Saint-Louis (p.3 et 4). Il se termine sur l'absence visible d'un chef capable de mener la reconquista, mais il appelle une suite au gré des révélations. Il entre en archives Royal-Artillerie sous le libellé LLL. C'est le dieu de la guerre à outrance qu'invoque le vieil Homère. On serait bien en peine de trouver son avatar moderne dans notre classe politique française affairée aux prébendes. Et pourtant ! C'est de pugnacité autant que de stratégie dont nous avons besoin maintenant, pour vaincre l'ennemi intérieu

Développement intelligent

  Ce billet n'est pas rédigé. Le piéton du roi propose cette semaine d'encourager le projet de Jean-Louis Borloo Energies pour l'Afrique (clic) , ce qui nous changera des gamineries de la pré-campagne présidentielle française. Point de "commentaire", deux cartes, un bref rappel et la voix de son maître :   RAPPEL: Royal-Artillerie s'était penché sur la question de l'électrification du continent noir, couplée à la création d'un réseau ferroviaire résilient, dans un billet du 10 juin 2012 titré La Double Grille Africaine (clic) , une idée de développement lourd sur la base du plan chinois de mise en valeur du piémont himalayen. Et maintenant place à Monsieur Borloo :

Exeunt !

ACTE I - Scène II la scène I fut jouée ici Comme à la fin de l'envoi, ils sortent. Sortent de l'Histoire les socialistes éreintés par le premier secrétaire du parti que leur système avait choisi. Habile et manœuvrier, il avait séduit par son art de la synthèse qui revenait à stopper le funambule au milieu de la corde. Il choit ! Les chiens de guerre se jettent au sol sur le corps démembré du grand cadavre à la renverse (dixit Jean-Paul Sartre jadis) chacun tirant à lui LA Vérité. Les Français ne sont pas intéressés par cette curée et la primaire de gauche annoncée aura besoin du renfort nombreux des trolls de la Fachosphère pour faire du chiffre. Déjà l'accès à l'isoloir est soldée à un euro ! Le prix d'une baguette, quand même ! Emmanuel Macron Premier mort, une morte, Marie-Noëlle Lienemann. Il est sûr qu'avec pareil prénom, tu ne passes pas le concours de La Libre Pensée. Affolée sans doute par le succès du golden boy Macron qui sans autocars ameute

Saint-Sylvestre colonaise

Croisières et feux d'artifices sur le Rhin, concerts, cotillons, confetti partout, Cologne veut oublier la ruée des barbares de l'an passé. Il faut dire aussi que le tourisme s'est effondré et que la ville et tout le secteur festif se mettent en quatre pour relancer l'économie de plaisir. Participons à notre façon mais le mieux est de prendre un TGV pour soutenir la résistance rhénane. Et pour finir, une évocation ferroviaire du Lido Schpountz rien que pour la longueur de jambes : BONNE ANNEE !

Hollande bâché

SIC VOLVENDA ÆTAS COMMUTAT TEMPORA RERUM QUOD FUIT IN PRETIO FIT NULLO DENIQUE HONORE¹ (1) Ainsi le temps aux biens donne et reprend leur prix / Ce qui fut honoré rentre dans le mépris Le président Hollande qui fut éduqué chez les Frères des Ecoles Chrétiennes a pu méditer ces beaux vers de Lucrèce en ce funeste jour de sa résignation. Sépulcral, mais digne et au besoin, émouvant, il a réussi l'examen de sortie... de la vie politique qui fut toute la sienne, ne sachant rien faire d'autre, affairé depuis toujours à la manœuvre et aux combinaisons d'appareil. Cela ne pouvait suffire dans l'éminente fonction qu'il avait visée et le livre assassin² de Davet et Lhomme nous l'avait démontré. - cliché Lionel Bonaventure/Pool/AFP - Bon administrateur de profession, François Hollande va expédier les affaires courantes délivré du stress de sa réélection et libéré des soucis d'image qui littéralement le bouffaient. Sans doute va-t-il tranquillement peaufiner

Hermosa Reina

  Marie-Marguerite de Bourbon ©Hola L'hebdomadaire madrilène ¡HOLA! offre à ses lecteurs un reportage* sur l'épouse de Louis de Bourbon, duc d'Anjou, héritier de la branche aînée par le rameau du dauphin de France que Louis XIV envoya à Madrid pour succéder à Charles II l'Ensorcelé. On peut trouver ce magazine en France dans les grandes villes et voir un peu de quoi s'agit-il en cliquant ici . La jeune duchesse nous apparaît sous les traits d'une femme séduisante, au charme intact, avec ce regard dévastateur qui vous fait chavirer dès qu'elle le plante dans le vôtre. Sans doute est-ce l'explication d'un zeste de timidité. Elle est maintenant ambassadrice de la Fondation We pour la section "équitation" en tant que cavalière émérite bien connue du circuit hippique espagnol. La fondation est une ONG sociale multicartes à caractère entrepreneurial. On peut s'en faire une idée en cliquant là pour naviguer ensuite parmi ses nombreux s

Trois réformes-mères

L'heure est à la campagne présidentielle, l'heure est à la réforme, comme chaque fois depuis, depuis... depuis 1848. Relire les bons auteurs de l'époque. La liste est longue chez ce pays empêtré dans un soviétisme que tous ses voisins ont abandonné et nous vous en ferons grâce, mais il est trois réformes, décisives pour mettre en œuvre toutes les autres, les voici en version courte : I.- Séparation du Parlement et de l'État L'État est ici l'administration du territoire et des peuples. En attendant qu'un roi simplifie l'épure constitutionnelle, le parlement est souverain en ce qu'il porte l'expression de la Nation. Il n'est pas logique que le parlement soit investi par les corps constitués publics, intermédiaires voire élémentaires, chargés de mettre en œuvre la politique de la Nation. Ils ne peuvent décider d'un côté et exécuter de l'autre. La pénétration de la fonction publique dans les rouages parlementaires est une absurdité

Purges démocratiques

Ce long billet a paru en Libres propos dans les pages 5 et 6 du bimestriel Le Lien légitimiste n°73 qui vient de tomber dans les boîtes. Rédigé le dix février , il n'anticipe aucun événement grave pouvant faire dérailler la campagne électorale pour un prochain président de la République. Il constate et explique la situation de chaque camp à une date donnée. Il entre en archives Royal-Artillerie sous le libellé LLL. L'iconographie est propre au blogue. Sommaire du numéro 73 (janvier-février 2017) * Editorial de Gérard de Villèle : Autour de Saint-Denys... * Les libres propos de Catoneo : Purges démocratiques * L'impôt juste existe-t-il ? par Gabriel Privat : Causes du poids de l'impôt. Une croissance continue de l'État face à une société décomposée . * Points d'histoire d'Alain Cohen : Les procès des anciens intendants durant la Révolution * Commentaires et apostilles de Franck Abed : Les Monarchies dans l'Europe moderne... Avec l'aide d