Onfray le Danois

portrait de Michel Onfray
« Quand les vents déchaînés emportent les marins, deux avis à la barre et trop d’habiles rassemblés ne vaudront pas l’unique volonté, même moins sage, mais dont l’autorité est plénière. C’est là qu’il faut chercher la force des demeures et des cités » (Andromaque d'Euripide). C'est sur cette vérité d'évidence que se termine un appel au fédéralisme monarchique dans la nouvelle revue numérique de Michel Onfray, Front Populaire, qu'un ami me voulant du bien m'a passée.
Totale surprise du Piéton que de voir réécrit noir sur blanc sa lancinante obsession d'une monarchie d'étage régalien strict ! Encore un effort et nous aurons les républiques subordonnées dans une douce anarchie, ce qui correspondrait assez bien au parcours intellectuel du philosophe normand.
Qu'y lit-on ? Au complet c'est par ici* :
* https://frontpopulaire.fr/o/Content/co205129/souverainete-sur-qui-souverainete-sur-quoi-vers-un-federalisme-monarchique
Nous en extrayons la substantifique moelle :

« Réfléchir à la notion de souveraineté implique nécessairement de s’interroger sur les objets auxquels doit s’appliquer cette souveraineté.» Exit le souverainisme incantatoire des cabris ! De quoi parle-t-on en appelant à la souveraineté ? D'abord c'est aujourd'hui l'Etat qui exerce la souveraineté et pas un corps constitué plus qu'un autre, non plus qu'un élu en CDD. Cette souveraineté s'applique sur deux champs bien distincts, les affaires intérieures et les affaires extérieures. L'Etat applique la coercition légitime jusqu'à la violence légale dans les domaines qui les réclament mais avec un vice d'application qui date des gouvernements compréhensifs - en gros le cabinet Jospin sous Chirac Ier -, savoir que l'opposition désarmée est traitée avec la plus grande sévérité, ce sont les gilets jaunes à partir de l'infiltration de l'ultra-gauche (insoumis, black-block, indigènes et tout le chantier de démolition) ; tandis que l'opposition armée est contournée, ignorée et cajolée par la Justice à des motifs obscurs. Une autre domaine où l'Etat pèse de tout son poids est celui de l'Education nationale où à la suite de Vincent Peillon, la Rue de Grenelle n'a pas abandonné l'idée de formater les enfants sept jours sur sept avec rappel de vaccination aux heures de classes. Tout à l'opposé est le domaine de la santé publique dont on a découvert l'incroyable incurie lors de l'explosion de coronavirus. En résumé, fort avec les faibles, faible avec les forts et toujours à court d'argent.

Le champ des affaires étrangères est également partagé entre zones d'effort où la France s'affirme - traditionnellement l'Afrique - et zones de timidités comme les nomme l'article de Front Populaire. Il y a des timidités malvenues, et d'autres bienvenues. Le partage est à l'aune de notre puissance réduite que nos partenaires nous mesurent encore quand ils voient l'état de calamité financière où nous nous sommes jetés pour faire vivre le peuple des hamacs concurremment à notre grandeur. Au lieu de rechercher une impossible indépendance, optimisons au maximum nos dépendances. Un peu de prudence avec l'Amérique de Trump ne nuit pas. Un peu moins avec la Chine, mais intelligemment, rehausserait la portée de notre discours. Il en va de même au Proche Orient (nous sortons des Sykes-Picot au Moyen Orient) où nous avons des atouts et des forces résidentes sur lesquels adosser une diplomatie d'autorité au milieu des contraintes de tous ordres voire des contradictions orientales que nous savons très bien analyser. Chirac qui fut le seul chef d'Etat étranger aux funérailles d'Hafez el-Assad et de Rafik Hariri n'a pas su sanctuariser le Liban au nord du Litani et la France a perdu son honneur et la main jusqu'à la catastrophe récente à Beyrouth. Que faisons-nous entre Grèce et Turquie pour les îlots de Kastellórizo ? On y reviendra.

A la fin, l'article s'avance vers nous (sans qu'il le sache bien sûr) quand il y est écrit que « l’État peut et doit être fort, c’est-à-dire souverain et indépendant, mais dans quels domaines ? Oui, l’État doit prendre du recul et disparaître, mais dans quels domaines ? Peut-être est-il temps de ne pas rougir d’un État puissant dans des domaines restreints mais essentiels à la bonne marche du pays, dans ce qu’on appelle les compétences régaliennes, mais qu’il s’agirait de chercher à redéfinir tous ensemble en tant que peuple.» Sur ce blogue nous sommes pour arracher le régalien strict** à la dispute démocratique pour le confier à une autorité permanente indépendante des partis et des lobbies. Mais rien n'interdit d'y intégrer un ou deux domaines jugés essentiels pour la cohésion de la Nation. Peut-être l'instruction publique de premier cycle et les hôpitaux généraux...

L'article se referme sur les contrepouvoirs de Proudhon et la question qui tue : « Vers un fédéralisme monarchique ?» Reste à s'abonner à Front Populaire ? On va attendre un peu qu'il confirme le coup de barre ! Pour ceux qui sont pressés, on peut payer là.

** Toujours les cinq domaines : Justice haute, Police nationale, Armées, Finances centrales, Diplomatie.


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