lundi 11 février 2013

Une fièvre de cheval !

Les puceaux économiques "découvrent" le monde du trading. Le seul à y comprendre quelque chose à l'antenne est le député Bové parce qu'il a fait un rapport sur les filières agro-alimentaires intra-européennes le 4 mai 2010 au parlement de Strasbourg. Rapport adopté. Il préconisait les filières courtes pour dégraisser le prix producteur des marges en cascade à suivre afin de hausser mécaniquement le revenu du paysan. Dans le Scandale Findus, nous y sommes en plein même s'il n'y a aucun paysan dans le schmilblick cette fois. Remontons la montre.

Il est fort improbable qu'un abattoir, homologué EU où que ce soit, trafique sur la viande, car c'est le grand marché commun qui est son seul respirateur contre l'asphyxie des importations des pays émergents à bas coûts. Il ne va pas étiqueter "boeuf" une viande que tout professionnel de la cheville va identifier en couleur et texture comme de la viande équine. Elle peut aussi être bloquée en douane car il ne s'agit pas ici de cent kilos mais de tonnes qui ne passent pas inaperçues. Pourquoi le patron de l'abattoir risquerait-il le suicide économique et la case prison. Mafia ?
C'est la chaîne physique qu'il faut suivre car la chaîne de trading ne voit pas le produit, elle travaille sur factures, certificats de qualité-quantité, documents de transport et douane électronique. Quand la maison Spanghero de Castelnaudary dit à la radio qu'elle n'a pas ouvert les paquets et s'est contentée de faire suivre (ndlr: sous ses propres factures et son numéro de TVA intracommunautaire), elle avoue un malaise car un préparateur de viande ne doit pas jouer au trader aveugle : dans la chaîne de transformation, sa marque imprimée sur le produit est jugée comme une garantie par les acteurs d'aval. C'est comme une pièce de sous-traitance automobile qui est emboutie avec le losange chez Renault, quelle que soit sa provenance elle devient une pièce Renault, donc top-qualité (clic).
On peut croire aussi que la Tavola (Comigel) de Capellen n'a pu être trompée sur la race que si la viande a été transformée chez Spanghero, car couleur et texture toujours, ne peuvent pas tromper une chaîne de traitement final, sauf...sauf si le cheval était incorporé volontairement dans la préparation finale à base de boeuf ; mais faire cela ne peut pas passer inaperçu des ouvriers qui parlent. C'est un peu ce qu'indiquent les prélèvements anglais, la teneur en cheval est variable de 0 à 60 et 100%. Il y a mélange quelque part et on ne voit pas où, sinon à Castelnaudary ou à Capellen. Les traders même inutiles dans la filière sont à mon avis hors-course.

La question peut se poser maintenant sur l'appel au trading de la part d'une société aussi établie que Spanghero (plus rien à voir avec la famille rugbystique). Les grandes maisons traitent au plus près de la source (coopérative) sinon à la source. C'est vrai dans l'acier comme dans le colza. Très peu de produits sont captifs du trading¹. Tout intermédiaire a un prix de chaîne, tant de marge commerciale que de coût de contrôle. Les "traders" sont utilisés par de petites structures multi-produits qui n'acquièrent jamais une stature impressionnante sur un seul marché-produit pour pouvoir entrer à la source. Les acteurs de la chaîne travaillent à faible marge sur des dossiers import-export nombreux, si possible répétibles, et sont rompus aux opérations de transport et douane qu'ils exécutent très vite, comparé parfois aux services achats stratifiés des grosses entreprises qui remuent monts et montagnes à peu d'effet, la preuve. Soit l'acheteur de Spanghero est un fainéant, soit il a un intérêt personnel à acheter au trading, car son entreprise de toute façon y perd. Un coup de fil au directeur de l'abattoir Dracula & Co de Transylvanie pour quatre ou dix camions-frigo de découpes bovines prend dix minutes quand on a cette notoriété. Mais aussi, rappelons aux jeunes générations que la filière viande française n'a jamais été exempte d'un soupçon mafieux dans le passé, le circuit de la cheville étant artificiellement long par rapport à nos voisins.

La phénylbutazone est le risque : un moment administré aux humains contre la goutte et les entorses, cet anti-inflamatoire puissant est aujourd'hui interdit en pharmacie et utilisé comme analgésique et antipyrétique pour les chevaux de course, parfois les chiens. En clair, c'est le remède de cheval déconseillé aux hommes ; il tue les globules blancs. Or les Anglais ont découvert de la phenylbutazone dans les résultats d'analyse, ce qui leur a mis la puce à l'oreille du cheval. Or le cheval de Dracula est un vieux trait !





(1) Les produits "pur trading" sont rares : dans les années 80, l'urée est arménienne, les pistaches iraniennes, les noisettes chinoises, les champignons en boîtes pour pizza (pieces and stems) grecs pour ne parler que des denrées. Le sucre, le thé sont aussi des produits de trading avec des chaînes par origine. Sans en être captif, le trading non alimentaire passe du fer à béton, du bitume, du jute, des sacs PP, du ciment, et une foultitude des pièces de rechange, composants etc...

samedi 9 février 2013

Le Merlion parle de la Chine

Nous entrons ce soir dans l'Année du Serpent d'Eau. Depuis sa retraite éveillée, Mr Lee Kuan Yew nous livre une vision des évolutions et perspectives du monde qui compte. Fondateur de Singapour, despote éclairé, Chinois de tradition, Mr Lee a relevé un défi surhumain qui l'autorise au soir de sa vie à dire les vraies choses. Ce défi fut le largage de l'île de Singapour par la Malaisie qui n'y voyait qu'un marécage d'emmerdements infesté de serpents, moustiques et chinetoques en marcel et sueur. Le dos au mur, il en fit ce que l'on connaît aujourd'hui et plus fort peut-être, il finit par créer une "nation" à partir de rien ou de trop. J'ai des amis fiers d'être singapouriens. Le RP Campos (des Missions étrangères de Paris) qui finit ses jours dans la paroisse Saint-Alphonse (Novena) m'avait dit sa joie immense d'avoir été naturalisé singapourien à la fin de sa vie. Et Dieu m'est témoin qu'il en avait connu des pays dans sa vie de missionnaire.

L'université de Harvard a réuni dans un bouquin plusieurs entretiens qu'ils ont eus avec Lee Kuan Yew : The Grand Master's Insights on China, the United States and the World¹. Singapour est une charnière des mondes occidental et asiatique qui permet à son patron d'avoir un avis autorisé sur tout. C'est la Chine qui nous intéresse à cause du péché d'orgueil que le Piéton du roi va commettre sous vos yeux, avant de changer de guêtres : Royal-Artillerie dit tout cela depuis cinq ans. Lee Kuan Yew nous permet de n'en plus varier ! La collection des avis de Mister Lee a été publiée par Time Magazine daté du 4 février ; l'article est réservé aux abonnés, nous ne le traduirons pas mais nous nous en servirons comme guide-âne.

Les dirigeants chinois sont sur un vecteur hégémonique parce qu'ils ont réussi le miracle économique, qu'ils s'appuient sur une culture quadrimillénaire et que du vivier d'un milliard trois cent millions de gens on tire beaucoup de talents. Le peuple suit, qui veut une Chine riche et puissante, et une nation (ndlr: han) aussi prospère et technologiquement avancée que l'Amérique, le Japon ou l'Europe. Le réveil de ce destin leur promet la parité dès ce siècle avec les Etats-Unis.

Armure de Qialong
La diplomatie de ses marches est impériale parce que la référence historique des Chinois est la période antérieure à la colonisation et aux humiliations qu'ils ont subies. C'était «L'Empire du Milieu» auquel les voisins déclarés vassaux payaient tribut chaque année à l'empereur. La Chine contemporaine à parité avec les Etats-Unis ne sera pas aussi bienveillante que le furent ceux-ci pendant les 70 ans de l'après-guerre. Personne ne le croit, ni Singapour, ni le sultanat de Bruneï, l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande ni le Vietnam. Le pronostic est l'arrogance, surtout quand la Chine dit que tout pays, grand ou petit, est égal, mais que dans le même temps, lorsqu'on fait quelque chose qui lui déplaît, elle ne manque pas d'envoyer son ambassadeur dire que nous avons déplu à un milliard trois cent millions de gens, une façon de remettre chacun à sa place.

La stratégie chinoise est celle du dépassement en tout. Mais pendant les 40 ou 50 ans dont ils ont besoin pour capitaliser sur une main d'oeuvre excellente et formée, ils ne doivent pas tomber dans le panneau allemand ou japonais (ndlr: relire Luttwak) qui voulurent tout accaparer jusqu'à déclencher deux guerres terribles, pas plus que succomber à la faute mortelle de l'URSS qui s'est jetée dans une compétition militaire qu'ils ont perdue deux fois, en termes d'armement et en crevant leur économie civile. Ainsi la Chine sait jusqu'où ne pas aller trop loin dans le domaine militaire. Du moins le pense-t-on !

Les obstacles à franchir sont plus hauts qu'on ne l'imagine généralement. Outre des infrastructures de mauvaise qualité et un système économique hybride très corrupteur, le développement bute sur la paradoxale faiblesse des institutions et l'absence de force de la loi. Mais le pire est que la Chine est gouvernée par un foisonnement de petits empereurs locaux qui ont la main sur tout. Le conformisme est la règle, il est d'ailleurs récompensé, l'imagination, la créativité ne font pas partie du substrat culturel. Si en termes de PIB la Chine rattrape un jour les Etats-Unis, elle n'en sera pas moins en retard en termes d'invention parce qu'elle freine la contestation positive des idées. Sinon comment expliquer que quatre fois plus de talents ici qu'ailleurs ne parviennent toujours pas à faire le break ! Le système de gouvernement va être ringardisé par les technologies du futur [ndlr: et s'il faut déjà 2,6 millions de fonctionnaires de surveillance des réseaux sociaux au début de leur popularité combien en faudra-t-il en 2030 ?] Ils ne sont pas préparés.

Xi Jinping
La Chine ne sera jamais une démocratie sous peine de s'effondrer. Les intellectuels chinois sont de cet avis. Le peuple redoute plus que tout le chaos - il y a une histoire du Chaos en Chine qu'on partage à la veillée - et s'il y a des consultations utiles dans les villes et villages, la politique globale de la nation ne sera pas discutée jusqu'à l'échelon citoyen. Toutefois, les Chinois voyagent de plus en plus et se frottent à des cultures différentes de la leur, aussi verra-t-on des modifications de la gouvernance pour s'y adapter, mais croire en la démocratie est une gageure, cinq mille ans d'histoire nous disent qu'on n'a jamais compté les têtes pour réagir à une situation, on les coupait !
Xi Jinping, le nouvel empereur est à la fois aimable et impressionnant. Les tribulations de sa vie (cf. wikipedia) lui ont forgé une âme de fer qui ne se départira pas de ses convictions. Ce n'est pas l'apparatchik gris sans saveur comme Hu Jintao. Il a une stabilité émotive qui lui permet de surmonter des problèmes personnels sans obscurcir son jugement.


Nous reprenons la main.
Le nouveau président chinois va être testé par le Japon dans la dispute des îles de Mer de Chine orientale et par les Etats-Unis dans le monitoring du jeune Kim de Corée du nord. Ses administrations militaires, jalouses de leurs privilèges budgétaires, poussent à la confrontation sino-nippone en violant les eaux territoriales des Senkaku qu'Hillary Clinton a déclaré vouloir défendre ; le nouveau Japon de Shinzo Abe réarme, cette fois sérieusement. Onze institutions gouvernementales chinoises sont impliquées dans cette dispute, avides d'en tirer chacune une gloire plus grande que celle du département voisin. Le peuple convenablement travaillé par une propagande habile est instrumentalisé comme organe de pression sur les modérateurs. L'affaire est idéalement placée comme un couvercle sur les problèmes de fond du régime. Xi Jinping, qui vient d'attaquer le train de vie somptuaire des petits caciques en rognant sur les "cadeaux" de nouvel an, devra montrer qu'il a une stratégie de long terme, et qui "commande" au sein du Poliburo Standing Comitee. Mais de cela nous ne saurons rien !



le Merlion, emblème de Singapour


(1) Chez The MIT Press, février 2013 ©Belfer Center for Science & International Affairs



Ce billet est le numéro 1200 de Royal-Artillerie

jeudi 7 février 2013

L'Afrikistan en panne

L'Afrikistan est mal barré. Ce qui doit bien ennuyer les éditocrates et think-tankistes qui vivent de l'alarme. On peut dire que le pas de clerc des bandes terroristes islamisées au Mali fonçant sur Bamako a porté un coup sérieux au projet verdâtre des fondamentalistes musulmans déroulés dans les amphis de géopolitique. Les séismes dont on annonçait les répliques sont au nombre de cinq, et paraissent plus que jamais réparables. Ce qui en soi n'est pas une mauvaise nouvelle, et d'abord pour le continent africain qui n'a pas besoin de perdre du temps avec ces foutaises théologiques. Les défis économiques et sociaux sont des falaises autrement plus hautes à grimper que le salut dans l'au-delà par l'asservissement des âmes. Il faut déjà vivre un peu avant de mourir.

Voici les cinq foyers cancéreux dans le sens des aiguilles, et notre pronostic sans frais :

(AA) Parti islamiste Ennahda au pouvoir en Tunisie

Rached Ghannouchi
Parti de l'étranger dirigé par des émigrés revenus cueillir les fruits d'une révolte dans laquelle ils ne se sont pas mouillés, il s'avère incapable d'améliorer le sort des gens à divers motifs dont le plus évident est la crasse idéologique qui bloque les rouages économiques comme du cambouis. Ce parti instrumentalise des bandes salafistes et les gros-bras de la LPR (le SAC d'Ennahda) qui sous-traitent une "petite terreur" au quotidien pour faire tenir tranquilles les braves gens (la majorité silencieuse de là-bas).
L'insatisfaction monte rapidement dans une population qui vient de comprendre qu'elle a été bernée par les agents électoraux du parti Ennahda qui avait passé la promesse dans les villages : un vote, un emploi. La population tunisienne, plus éduquée que la moyenne des habitants de la rive sud de la Méditerranée, n'adhérera pas, l'argumentaire islamiste étant tout simplement trop bête. L'assassinat du chef de parti Chokri Belaïd peut dégoupiller une réplique de la révolte de 2011 capable d'emporter tout. L'impudence du pouvoir à vouloir passer en force en articulant un double langage qui ne trompe plus personne, convoque la complicité de l'armée qui est loin d'être acquise. Notre pronostic est une raclée électorale pour Ennahda dans un scrutin anticipé.

(BB) Frères musulmans au pouvoir en Egypte

Mohamed Morsi
A l'inverse d'Ennahda, c'est un parti "souchien" qui a 70 ans de travail de fond dans les quartiers défavorisés et dans les campagnes. Si c'est bien la "démocratie" qui a porté les Frères au pouvoir, le principe "un homme-une voix" n'a rien résolu quand à la légitimité des vainqueurs. Comme en Tunisie mais avec un coefficient 8, ce vieux pays a une culture ancestrale et une bourgeoisie éduquée. Il est aussi un vecteur de "modernisation" dans tout le Proche Orient. L'indigence (voire l'absence) des programmes économiques et la duplicité puérile du président Morsi ont disqualifié aux yeux de l'Opinion ces doctrinaires ne sachant que parler ou menacer, et les dérives salafistes que l'on rencontre en Tunisie n'ont déjà plus cours en Egypte, la "rue arabe" s'étant ressaisie !
Le "café" et le souk se gaussent des prétentions fraternelles à vouloir bâcher les compagnes ! Les villes du canal qui font l'Opinion sont en quasi-insurrection. Il y a plus urgent que la charia car la misère galope dans l'artisanat, le petit commerce, les petits boulots et combines paisibles car l'argent ne circule pas. Dans le vivier électoral traditionnel des Frères - les fellahs pauvres du delta - les choses ne vont pas mieux car le tourisme a disparu et l'activité vivrière est désorganisée. Notre pronostic est un pronunciamiento finissant la supercherie islamiste car l'armée est intacte.

(CC) Pirates islamisés de Somalie

Les Shebbab somaliens sont maintenant dans la tenaille de deux puissances régionales qui ne négocient plus mais sont décidées à les tuer. Le ratissage français au Mali qui ne fait pas de prisonniers les y encourage. Ainsi Kenya et Ethiopie vont-ils pratiquer la solution finale, surtout le Kenya qui avait été durement secoué par les bombes d'al-Qaïda. Depuis octobre 2011 - date de la prise d'otages de 4 travailleuses humanitaires blanches - ses raids ne sont plus des manoeuvres de pacification mais de destruction. L'Ethiopie inquiétée sur sa frontière nord par l'Erythrée, Corée du nord africaine qui soutient les insurgés de l'ex-Somaliland, veut en finir maintenant.
En mer, la piraterie étant directement liée à la prospérité des Shebbab, sa réduction est impérative et c'est sans doute la seule fenêtre de collaboration affichée avec le monde extérieur au continent. On peut concevoir que de plus en plus de pirates seront ramenés devant les tribunaux kenyans, la vieille punition "haut et court" n'étant plus d'application malgré son indéniable dissuasion ; mais on sera plus discret en coulant les barques. Notre pronostic est une liquidation générale des Shebbab avec malheureusement des dommages collatéraux dus à leur propension à se réfugier dans les jupes des femmes.

(DD) Boko Haram du Nigeria

Abubakar Shekau
Cette secte nombreuse sévit dans les provinces du nord, contiguëment au Niger. Ayant adopté les codes islamistes et le terrorisme d'application qui va avec, elle est combattue par les forces nigérianes qui hachent leurs rangs sans état d'âme. Des éléments nombreux sont montés au Mali renforcer AQMI mais il semblerait qu'ils se soient débandés devant la réplique française et nigérienne, ce qui est plus facile pour eux qui sont majoritairement des Haoussas (noirs). Si les pertes encourues n'entameront sans doute pas la ressource au Nigéria surpeuplé, elles encourageront l'action d'éradication des forces nigérianes (police et infanterie) et notre pronostic est la liquéfaction de la secte par découragement ou moindre propension au sacrifice. Des vierges, il y en a de très belles sur terre et Boko Haram vient de déclarer un cessez-le-feu ! Nous ne faisons pas de pronostic pour le moment.

(EE) AQMI-MUJAO au Sahara

Le groupe islamiste touareg Ansar Dine doit être dissocié des deux groupes arabes, même s'ils sont interpénétrés. Il est probable qu'une paix forcée entre le MNLA-MIA et le pouvoir noir de Bamako, réglant la question de la représentativité douteuse de ces Touaregs insurgés, conduise à une autonomie jouable à condition qu'elle soit couplée au développement économique du nord. Le dispositif retenu affaiblira terriblement l'élan de la rébellion islamiste touarègue qui pour la première fois ne dictera pas ses conditions. Son chef charismatique à demi-fou, Iyad ag Ghali, se terrera dans une grotte des Iforas à guetter l'hydravion blanc du Qatar qui viendra l'emporter, tandis que ses troupes même bien armées seront débandées par les escadrons méharistes des nations voisines convenablement soldés et sous appui-feu continu. On compte sur les Tchadiens, et les Touaregs ralliés qui se referont un pucelage et,... nous-mêmes un peu.

Abdelmalek Droukdel, émir AQMI
Restent les deux composantes terroristes versées dans le narco-trafic¹ pour faire court. Les motivations religieuses affichées ne sont plus crédibles au sein des habitants du pays après la découverte des atrocités commises dans les villes prises. Il leur sera difficile de prospérer dans l'Adrar des Iforas avec l'hostilité déclarée ou contrainte des populations des vallées alentour. S'étant dévoilés comme des bandits cruels, ils ne pourront pas se muer en talibans afghans² vivant au milieu du peuple comme un poisson dans la rivière. Ils sont en plus perçus comme des "étrangers". C'est une courte vie de proscrits cernés qui les attend. Elle deviendra vite intenable quand les gardes-frontière des pays voisins auront été renforcés - l'Algérie a descendu 1400 hommes en renfort sur sa frontière - et qu'ils devront affronter sur leurs seules réserves Tchadiens, Maures et Touaregs marchant à la prime. En plus j'ai vu passer sur mon écran deux canons Caesar³ français qui montent vers le nord ! La chambre de décompression libyenne utilisée par Belmokhtar (Mister Malboro) qui joue à "chat perché" sera de plus en plus inaccessible par la reconstitution des forces libyennes.
La profession de djihadiste incandescent ne durera qu'aussi longtemps le permettra le trésor accumulé par le trafic et la prise d'otages. Notre pronostic est la neutralisation des zones de parcours par les Français et l'éradication par les drones américains des derniers noyaux durs protégeant leur fric, quand les plus fragiles seront retournés à la garde des chèvres.
Restent nos otages.

Actu: Ont été sauvés de l'incinération aérienne par les Touaregs les chefs de groupe terroriste Mohamed Moussa Ag Mouhamed (Ansar Dine) et Oumeïni Ould Baba Akhmed (MUJAO), capturés à In Hallil le 2 février. Direction sans doute le TPI.


(1) on lira avec profit un billet dédié au narco-trafic et à son extension au-delà des groupes terroristes par ici.
(2) les Talibans afghans commencent à se rendre... selon Al-Jaezira.
(3) canon semi-automatique de 155mm Caesar porté sur camion, qui met 8 coups/minute à 40 kilomètres, acquisition des données et calcul automatique en temps masqué ; c'est une arme de saturation.



Il y a de bonnes raisons de croire en la défaite de l'Afrikistan, mais la meilleure garantie de bonne fin sera une vraie gouvernance qui coupe les ponts avec la corruption endémique, permettant d'injecter des fonds de développement efficaces. Tous les pays africains sont concernés, tous y compris les pays non africains impliqués dans les projets !


Nairobi




mardi 5 février 2013

Richard III Plantagenêt

La Société Richard III, patronnée par SAR le duc Richard de Gloucester, organise une super-conférence à Leicester le 2 mars prochain à l'occasion de l'exhumation des restes du dernier roi Plantagenêt, après qu'il ait été confirmé qu'il s'agissait bien de Richard III d'Angleterre. Certes on y parlera des circonstances particulièrement heureuses qui ont permis cette découverte mais aussi et surtout de lui, qu'on appelle désormais le nouveau Richard III. Seront exposés les mythes littéraires (on pense au Richard III de Shakespeare écrit pour la gloire des Tudor), la psychologie du prince administrateur devenu roi au milieu d'une guerre civile, la guerre des deux roses, York vs. Lancastre, sa psychologie particulière, son aspect physique désavantageux (le squelette ôte tout doute) et la bataille de Bosworth Field où il mourut vaillamment à l'assaut de son contempteur. La conférence se tiendra au campus principal de l'université de Leicester de 9h30 à 17h30. Le panel de conférenciers est assez relevé ; ça vaut l'excursion. La Société édite chaque année une revue académique de haute volée, The Ricardian.

Mais les lecteurs de Royal-Artillerie méritent sans doute une préparation au voyage et nous allons évoquer maintenant ce roi caricaturé pour le plaisir du vainqueur, un prince de "chez nous" qui n'a jamais démérité. Il va reposer sous une pierre de marbre noir qui existe déjà en la cathédrale Saint-Martin de Tours à Leicester.

Que l'on prenne en compte déjà l'époque. Nous sommes au tout début de la Renaissance qui aura bien du mal à aborder aux rivages d'Albion. Les mœurs publiques sont encore celles du Moyen Âge, la culture est portée par la latinité et la francité, l'Angleterre n'a pas encore créé la Grande Bretagne, on s'y dispute beaucoup à tel point qu'en paraphrasant l'histoire chinoise on pourrait parler de "duchés combattants".

Le prince Richard d'York montre très tôt de réelles dispositions pour l'administration des territoires qui lui sont confiés. Il fait penser à son contemporain le jeune Louis de Valois, futur Louis XI, s'exerçant avec talent en Dauphiné, et sans doute aussi laid que notre roi anglais dont le squelette trahit une grave déformation de la colonne vertébrale faisant un réel handicap. Ce sont les affaires économiques qui l'intéressent et la circulation des marchandises. Il déréglemente où c'est nécessaire et favorise la liberté d'entreprendre. Il a aussi un souci explicite de justice, rendue avec honnêteté dans les formes. Ses inclinations se retrouveront naturellement dans le roi qu'il deviendra.

Duc de Gloucester, à une époque où ce titre est de guerre, Richard d'York est aussi un prince à la bataille qui fit face victorieusement aux effets de l'Auld Alliance signée entre la France et l'Ecosse. Mais c'est dans la Guerre des deux Roses qu'il s'illustra, d'abord au côté de son frère, le roi Edouard IV, bataille de Barnet puis à Tewkesbury où à 18 ans il commande l'aile gauche. Il aura sa part dans l'écrasement de la rébellion de Buckingham qu'il fit décapiter, mais succombera contre Henri Tudor qu'il assaillira au milieu de sa garde. A 32 ans, il finira à pied ce combat à la rapière contre les hallebardes galloises, refusant les rênes du cheval que Shakespeare lui tendait.

la tête retrouvée a ce menton volontaire
Le roi d'Angleterre ne régna que deux ans mais l'arbre se reconnaît déjà à ses fruits. Innovant, il n'hésita pas à décentraliser des pouvoirs dans le pays qu'il connaissait le mieux pur y avoir vécu, en créant le Conseil du Nord qui gèrera tout le territoire contigu à l'Ecosse jusqu'au milieu du XVII° siècle.
- il utilisera la langue anglaise pour prêter serment lors du couronnement et y obligera dans la rédaction des lois du Parlement.
- il obligera le système judiciaire à un engagement de "fair play" dans ses procédures et jugements guidés par l'impartialité sans retards ni faveurs.
- il instituera une sorte d'aide judiciaire afin de pourvoir les nécessiteux d'un canal de réclamations libre de clercs en autorisant la saisine directe du Conseil royal ; Henri VII créera sur ce modèle la Cour des Requêtes ;
- il eut le temps de fonder The College of Arms, une institution héraldique ayant autorité sur les titres, fanions et bannières et sur le protocole. Cette institution existe toujours.

La brièveté du règne et l'ambiance d'insécurité ne permit qu'un seule convocation du Parlement en janvier 1484, mais on y voit la patte d'un roi éclairé :
- les minutes des débats insistent particulièrement sur la mauvaise administration générale du royaume ou la corruption endémique des jurés ;
- on abolit l'emprunt forcé de la Couronne et le Parlement fut restauré dans ses prérogatives budgétaires. - la liberté provisoire fut instituée pour que les prévenus ne soient pas incarcérés ou leurs biens confisqués avant qu'ils ne soient déclarés coupables ; la vraie loi d'Habeas Corpus ne sera promulguée qu'en 1679 ;
- l'encrassement du droit foncier par la jurisprudence ouvrait la porte à des fraudes importantes dans les disputes de propriétaires, aussi les termes des actes de mutation furent-ils considérablement simplifiés dans un souci de transparence ;
- l'imprimerie naissante fut aidée par le retrait de restrictions au commerce des livres, dénotant l'intérêt personnel du roi pour les bouquins que d'ailleurs il collectionnait ; tous les métiers du livre furent avantagés.

La Société Richard III nous en dit plus sur son gouvernement du royaume.






Les Plantagenêts (voir l'article fouillé de la wikipedia anglaise) viennent de la chevalerie franque qui s'établit en Anjou lors du démembrement de l'empire carolingien. Ils participeront à un jeu de cartes à cinq entre l'Angleterre, la Bretagne, la France, la Normandie et l'Ecosse. A proprement parler, ces rois ne sont pas "français". C'est Geoffroy V Plantagenêt qui fonda en 1128 la dynastie en épousant Mathilde d'Angleterre, l'Emperesse Maud, héritière du trône. La dynastie s'achève avec Richard III l'épée à la main. Ils seront peu nombreux après lui les rois-chevaliers tués à la guerre.
La dynastie s'est perpétuée par les ducs de Beaufort en ligne naturelle, comme chez nous les Bourbon-Busset. En réalité, les bâtards de Jean de Gand furent légitimés non dynastes après qu'il eut épousé sa maîtresse. L'authentification des ossements du parking de Leicester est aujourd'hui confirmée par l'analyse ADN de deux descendants de la soeur aînée du roi, Anne d'York (1439-1476), un charpentier canadien et une autre personne désireuse de garder l'anonymat.
On s'en doute moins, mais ils nous ont laissé la légende arthurienne (clic: Bibliothèque nationale de France).


La pierre existe déjà dans le choeur de St Martin




Nous aimerions que se constitue en France une société de ce modèle anglais pour relever la mémoire de Louis XI, un grand roi caricaturé injustement, même si les temps qui courent ne sont pas à l'exaltation des créateurs de la nation française, la République d'aujourd'hui suffisant à emplir totalement l'histoire !



6 février 2013

Il n'y a rien à changer au billet du 6 février 2012. Le IV° Reich avance comme au Sahel le désert, sans murmures ni reproches, sans bruit. Mais un blogue monarchiste ne peut se contenter de recopier un texte d'occasion, il doit témoigner. Témoignons ! L'émeute du 6 février 34 fut un assaut antiparlementaire contre la démocratie de représentation qui avait basculé dans la prévarication, la concussion et tous les synonymes de la corruption. Le "tous-pourris" déjà. Si le 79ème anniversaire ne verra pas l'assaut des colonnades du Palais Bourbon, le 80ème pourrait être moins calme, à voir à quelle vitesse la spirale de la République perfore les réalités d'un déclin maintenant sûr avec les mêmes. Si notre économie a de gros problèmes qui ne sont pas tous politiques, notre Etat réclamé en faillite pour la deuxième fois par un ministre important n'assure plus ses fonctions régaliennes, et le régime qui le commande cache son impéritie derrière des disputes clivantes sur le sexe des anges, le trou des démons, l'élevage des foetus, le recyclage des vieux en biscuits protéinés et la liberté de chacun d'enculer ses chèvres avant de les épouser. Au motif d'un abrutissement décadent, le pays qui se brandit valeur morale illuminant le monde, patrie des droits, empire de la loi (en chinois), argue d'avancées sociétales chez ses voisins pour abolir deux millénaires d'une civilisation construite patiemment sur le droit naturel. Quel progrès !

La représentation nationale est utilisée aujourd'hui pour parer le coup décisif que serait un référendum populaire sur la question de l'homoparentalité ; et bien que les dispositions projetées convoquent la liberté de conscience, le groupe majoritaire demande la discipline de vote au péril d'investiture. L'apparatchik Le Roux, chef des godillots socialistes, n'y va pas par quatre chemins : Quand on a été élu avec le soutien du Parti socialiste, on respecte les promesses de la campagne présidentielle. Il faut assumer et être cohérent. Que les pouvoirs exécutifs et législatifs soient séparés ne l'impressionne pas ; pas plus que les râleurs de la chiourme. On dit que le suppléant de Benoît Hamon ne votera pas l'homofolie. Un homme.
En face de quoi, les arguments de l'opposition ne sont pas d'un niveau qui tranche vraiment ; mais on savait déjà, pour avoir suivi la bagarre de cour de récréation entre MM. Fillon et Copé, qu'élever le débat aurait été surhumain. Alors, je suis allé chercher de l'intelligence comme on va à la pêche avec une bouteille à bouidelles. Elle s'appelle Sylviane Agacinski, agrégée de philosophie, intéressée par le rapport des sexes, épouse d'un premier ministre au teint de lavabo qui n'avait pas trop démérité sachant d'où il procédait. L'homoparentalité pour elle, c'est niet. Il faut revenir à un article qu'elle avait donné au Monde le 21 janvier 2007 ; c'est du lourd :

Sylviane Agacinski
Déjà homoparentalité et mariage homosexuel c'est du pareil au même, un mot-valise où se nichent plusieurs questions différentes qui toutes s'affrontent à l'éthique de la race humaine. Pour bâtir ce concept il faut lui créer une opposition, d'où la naissance des hétérosexuels auxquels on va rapporter les droits existants. L'institution du mariage n'est pas une construction étrangère à la sexuation et à la génération mais complètement dédiée à la bilatéralité de la création. "En résumé, si l'ordre humain, social et symbolique, donne aux individus une filiation double, mâle et femelle, ce n'est pas en raison des sentiments qui peuvent lier les parents entre eux, des désirs qui les animent ou des plaisirs qu'ils se donnent, c'est en raison de la condition sexuée de l'existence humaine et de l'hétérogénéité de toute génération dont la culture a jusqu'ici voulu garder le modèle".

Dans le doute permis, je préfère suivre l'avis de Mme Agacinski ou M. Gilles Bernheim que celui d'un type comme Pierre Bergé qui, avec juste un baccalauréat de couturière, loue du ventre comme une chambre de bonne. Il se vante d'en avoir tous les moyens, il devrait monter un gynécée pour homos durs avec les poules en batterie.

Mais passer le débat de la rue au parlement produit l'effet inverse de celui prévu par le modèle. On s'attendrait à y trouver plus de sagesse et un niveau plus élevé d'arguments. Au lieu de quoi, l'opposition dépose plus de cinq mille amendements de pilonnage qui n'expliquent rien, et la majorité édicte une règle de présence obligatoire pour conserver plus de voix que les autres en hémicycle. Facile, plus de la moitié des députés de l'opposition ne prendront même pas la peine de siéger en séance plénière. Le "grand" débat sociétal tourne à la foire d'empoigne politicienne, CQFD : ce parlement est inutile et cher. Les privilèges parlementaires sont devenus insupportables à l'aune du travail rendu. Quant à "justifier" un projet par le pourcentage de soutien qu'il reçoit de l'Opinion, ce n'est pas exactement le profil de ce blogue qui se méfie de la loi du Nombre. A refaire un six-février, il ne faut pas s'arrêter en chemin.

Il n'y a plus de races !

Cette commémoration de l'émeute de la Concorde est le troisième marronnier royaliste (galette, messe, 6-février) et il nous faudra attendre le quatrième pour dire à nouveau quelque chose d'utile (enfin, j'essaie !) : le CMRDS du mois d'août. Puis nous patienterons jusqu'à la galette des rois 2014. Ceci pour suggérer affectueusement qu'à ce rythme, le roi d'au-delà des mers peut faire la planche et dériver jusqu'au Gulf Stream, nous ne sommes pas pressés. Nos chapelles se "battent" courageusement contre des avancées sociétales qui confirment le pourrissement général, mais le peuple, lassé de la logorrhée extravagante d'un pouvoir hystérisé par son renouvellement aux prébendes juteuses, s'est choisi un gouvernement normal qui lui ressemble. Médiocre donc ! Et si d'aventure, l'emploi et un peu d'argent à dépenser se trouvaient sous un caillou, il le laisserait gouverner comme bon lui semble. Ce qu'il fait finalement. Téléphonez-moi si des préfectures brûlent.

Pour le mouvement royaliste, la participation à ces batailles de société, si elle occupe les militants, ne fait pas propagande des principes monarchistes qui pourraient sauver le pays, noyés que nous sommes dans le Nombre et la tonitruance ambiante. Les réformes de société passeront au parlement puisque le gouvernement a les deux majorités, aussi est-il revenu le temps de s'occuper d'autre chose, de revenir à nos "fondamentaux".
Par "chance" ces fondamentaux sont attaqués. Il s'agit des pouvoirs régaliens de l'Etat laissés aux ambitieux, aux lobbies, aux circonstances électorales quand ce n'est pas aux étrangers prétendument européens. Passons un pacte avec la nation de restaurer nos pouvoirs régaliens à l'excellence afin de libérer et décentraliser les pouvoirs publics. Quelle belle réputation ce beau pays retrouverait-il avec une police inflexible et formée, une justice démaotisée, juste et sévère, une armée indépendante des soutiens alliés, une diplomatie ramassée sur l'essentiel, une politique monétaire de bon sens, et un chef d'Etat détaché de toute coterie, parti, loge ou ligue, qui promènerait ses gosses au jardin du Luxembourg ! Il ne resterait qu'à le faire savoir ! Vous souvenez-vous du Million du Roi (clic) ?






AVIS DE MESSE

L'Action française fera dire une messe
à l'intention des victimes du 6 février 1934
en la chapelle de la Crypte de la Madeleine à Paris,
ce mercredi 6 février 2013 à 18h30
(entrée latérale)

dimanche 3 février 2013

Les Iforas sous le feu français

N'en déplaise aux "spécialistes militaires" des plateaux télévisés qui pensaient manger sur la guerre du Mali jusqu'à la rentrée, la bataille des Iforas est une affaire de semaines. On pouvait l'estimer plus longue dès lors que nous aurions constitué des bataillons noirs de la CEDEAO pour monter à Kidal, mais du moment que nous engageons le fer avec les freux dans la foulée, sans attendre personne (mais avec les appuis techniques et logistiques de nos alliés de l'OTAN) et sans perdre de temps à la caisse à sable multilingue, il est possible de boucler l'affaire avant Pâques, quand le steak terroriste aura été suffisamment attendri pour que les Touaregs ralliés à la bonne cause puissent le bouffer ; car il ne fait aucun doute aujourd'hui qu'ils se sont retournés avant que leur situation ne se dégrade définitivement. Il faut dire que traverser un bombardement de mortier de 60 n'est pas grand chose comparé à la bombe guidée laser qui vient d'exploser le technical Toyota du copain à cent mètres de soi. La grande tache noire sur le sable a de quoi démotiver le chamelier le plus vaillant. On ne fournit pas la pelle et la balayette car il n'y a rien à balayer.
Se cacher ? Les promontoires rocheux, cavernes et grottes deviennent autant de pièges à missiles, car ces saloperies travaillent aussi à l'horizontale. Alors, tant que nous n'entendrons pas parler d'une réplique DCA des groupes cibles, nous considérerons qu'ils sont proches du paradis. A relever quand même que le pays est magnifique et que mourir là ou dans un bidonville à la con au bord d'un égout, y a pas photo !


La carte (coloniale) nous montre que le massif des Iforas est partagé entre le Mali et l'Algérie (Tassili). Les massifs de repli sont loin et gardés. Au nord-est c'est l'Ahaggar derrière Tamanrasset, patrouillé en tous sens par les Algériens, au sud-est et plus loin après la vallée de l'Azaouak, frontière naturelle Mali-Niger, est le massif de l'Aïr, pays des Touaregs nigériens qui ont fait définitivement la paix avec Niamey et défendront leur territoire et la république contre les freux. L'Algérie a fermé sa frontière, au grand dam de toute la région de Tam qui ne vit que du tourisme, et s'il n'est pas aisé de verrouiller le tracé qui traverse l'Adrar commun, le plateau au nord est propice à la surveillance aérienne. Kidal et Tessalit reprises, le terrain utile à battre n'est pas grand comme la moitié de la France (les "spécialistes" ça ose tout). La zone d'effort est un triangle équilatéral de ±200 kilomètres dont un sommet est sur Kidal (voir la carte CIA en cliquant ici).

La configuration des lieux a rappelé à certains les montagnes afghanes de Tora-Bora où les milices d'al-Qaïda s'étaient réfugiées sous la pression américaine. On sait que les chefs d'al-Qaïda y avaient été signalés, mais nonobstant le fait qu'ils avaient enduré de lourdes pertes sous les bombardements massifs de l'US Air Force, une partie avait pu rejoindre les FATAs du Pakistan qui les avaient bien accueillis. Dans le cas qui nous occupe, l'accueil est moins probable, même la Libye est décidée à leur faire un sort.
Bémol: l'Algérie est quand même la mâchoire de l'étau dans lequel on va broyer les malfaisants, et on peut espérer que l'humiliation qu'elle a subie à In Amenas va améliorer sa professionnalisation. Sans cela, on risque de voir le cancer métastaser au nord, mais il deviendra alors son propre problème, ce qui est quelque part renvoyer l'ascenseur.


Quand l'écume de la guerre aura disparu, restera le problème de fond au Mali. Voici une synthèse du Pacte national de 1991 sensé mettre fin à l'insurrection touarègue d'alors. Il avait demandé beaucoup de travail, en pure perte, les autorités de Bamako s'étant carrément parjurées. Sinon c'était parfait, sauf que les mondes soudanien et arabo-berbère ne sont pas miscibles. On peut confédérer les communautés comme y est arrivé le Niger sous la houlette d'un président intelligent, mais pas les émulsionner. Sans penser au découpage géographique qui n'est pas viable, il faudrait réfléchir à sectoriser la société. D'autres pays y sont parvenus. Un cas de laboratoire : Singapour.


LE PACTE NATIONAL DE 1991
Le Pacte national a été signé le 11 avril 1992 à Bamako entre le gouvernement et le bureau de coordination des mouvements et fronts unifiés de 1’Azaouad à la suite de négociations menées à Alger sous la médiation de l’Algérie. Outre le ministre algérien des Affaires étrangères, deux personnalités ont joué un rôle important dans ces négociations : M. Ahmed Baba Miské, mauritanien, directeur des PMA à l’Unesco (pays les moins avancés), et M. Edgar Pisani, président de l’Institut du monde arabe de Paris et ancien chargé de mission à l’Elysée.
Le Pacte national est un long document de 86 articles qui détermine les modalités du cessez-le-feu et organise un statut particulier pour le Nord du Mali. Après le cessez-le-feu, il sera procédé à l’intégration (sur une base individuelle, volontaire et selon les critères de compétence) de combattants de l’Azaouad dans les différents corps en uniforme de l’État. Des unités spéciales des forces armées (mises sur pied pour une année) et un corps de sécurité intérieure seront chargés du maintien de l’ordre. Sont prévus également un allègement substantiel des forces armées dans le Nord et le rapatriement des personnes déplacées. Une commission de cessez-le-feu, présidée par le médiateur algérien sera chargée de veiller à l’exécution de l’accord. En outre une commission indépendante d’enquête composée de représentants des deux parties et d’experts étrangers aura une mission d’investigation sur les événements et devra évaluer les dommages et réparations dus aux victimes.
Le statut particulier du Nord qui s’appliquera aux 6°, 9°, 7° et 8°régions (Tombouctou, Gao et Kidal), établit ainsi la liste des collectivités locales : régions, communes, arrondissements et cercles. Chacune de ces collectivités est dotée d’une Assemblée élue et d’un Exécutif. Un représentant de l’Etat siégera auprès de chaque région.
En outre est instituée une Assemblée inter-régionale, dotée d’un secrétariat permanent.
Ces Assemblées sont compétentes pour :
- organiser la vie communautaire urbaine et rurale ;
- définir et promouvoir les programmes de développement économique, social ;
- assurer le maintien de l’ordre ;
- participer à la sécurité de la région et de la nation ;
- organiser les échanges et actions de complémentarité entre les collectivités du Nord et le reste du pays.
En outre un Fonds de développement et un Fonds d’indemnisation sont créés, et un programme de développement du Nord du Mali sera arrêté pour les 10 ans à venir. (crédit E. Bernus, Politique africaine)



La Légion étrangère à Mopti le 25 janvier (ECPAD)


samedi 2 février 2013

Hollande au pied du mur

Pays touareg
C'est au pied de l'archipel des Iforas que l'histoire jugera François Normal. On arrive au cœur du sujet et l'implication des Français semble moins obligatoire, sinon annulons cinquante ans d'histoire et remettons les pendules à l'heure du temps béni des colonies. La crise malienne est antérieure à l'indépendance puisque le contentieux nord-sud est séculaire. Au Nord, les nomades touaregs et leurs alliés maures ou songhaïs on vécu de razzia et de traite nègre aux dépens des noirs du sud. Au sud et sur le fleuve Niger, les Bambaras ont accumulé la mémoire de cette époque où ils étaient la "ressource à capturer". La croissance démographique et la politique des restes dans le découpage post-colonial ont renversé les moutons sur les loups. Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) revendique la constitution d’un Etat touareg depuis 1958. Pour Mossa Ag Attaher, chargé de communication du mouvement, ce groupe insurgé est "l'émanation des aspirations des Touaregs et d'une bonne partie des Songhaï, Peuls et Maures de l'Azawad". Pour lui, le territoire de l'Azawad au Mali se compose des cercles de Tombouctou, de Gao et de Kidal. Son but : l’autodétermination de ces peuples avec droit à l’indépendance s'ils le souhaitent.

On a pu penser un moment que, sans transiger sur Gao et Tombouctou, les Maliens (noirs) finiraient par abandonner le cercle de Kidal aux nomades qui joueraient au peuple souverain aussi longtemps qu'on leur porterait à manger. Mais la recherche minière poursuivie après le départ des Français par des équipes de prospection canadienne et sud-africaine rapporte des possibilités de richesses prometteuses. Aussi, la première exigence des gens de Bamako est-elle devenue l'intégrité territoriale du Mali, point-barre ! Les Touaregs et leurs alliés doivent trouver une autre angle d'attaque sinon ils vont être attaqués par tout le monde une fois la France partie, pour la simple et bonne raison que leur revendication autonomiste découpe aussi du territoire en Algérie (gaz), au Niger (uranium) et jusqu'en Libye (pétrole). C'était d'ailleurs Mouammar Kadhafi qui s'était proclamé "Guide des sultans touaregs du Grand Sahara" en 2006. Pour survivre dignement, le MNLA doit négocier sur un autre terrain que l'appropriation des sols. A défaut, c'est le bagne à perpétuité dans l'Adrar des Iforas.

Touareg en mode pause


Les peuples du Mali ont tous de grands efforts à faire, mais les Touaregs particulièrement. Il ne peuvent pas maintenir un mode de vie pastoral agrémenté d'aubaines et petits trafics et exiger en même temps le niveau de vie des citadins impliqués dans une économie réelle. S'ils veulent participer de plein pied au développement promis par les agences internationales, ils doivent envisager de... travailler. Réciproquement, le pouvoir noir doit partager un peu et surtout former les enfants nomades et les qualifier autant que possible afin de les insérer dans le futur prometteur du pays. Il n'y a aucune échappatoire.

La France peut-elle jouer au médiateur dans la querelle ? A mon avis, non ! Ce qui ne l'empêche pas de laisser une feuille de route diplomatique qui déroulerait les voies et moyens d'un accord de coexistence. Mais à partir du moment où les rebelles sont neutralisés, le job est fait. Le temps qu'une armée malienne soit reconstituée - paraît-il que les Européens vont s'y mettre un jour !- les Africains doivent occuper le pays utile pour le pacifier et pour redémarrer les activités économiques, tout en contenant les freux dans la montagne en attendant la chasse à courre sous commandement Africom US. Vu le sans-faute jusqu'ici, on peut raisonnablement penser que le président Hollande est parti pour Bamako dire aux autorités locales et régionales qu'elles sont maintenant dans les buts !
Déjà la presse de Bamako commence à hurler que les Français ont épargné les MNLA de Kidal (qui pour eux sont les assassins d'Aguel'hok) et vont les protéger de l'assaut de la vaillante infanterie malienne, tout ça pour maintenir l'abcès purulent qui nous autoriserait à rester au Mali. Il n'aura pas fallu longtemps pour que les félicitations s'éteignent : les ONG de protection des droits, Amnesty en tête, demandent des enquêtes sur des prétendus massacres ou des dommages collatéraux aux bombardements, en impliquant ouvertement l'armée française.
Si les chefs d'Etat de la CEDEAO sont pour un maintien de notre présence qui masque leur incapacité à prendre rapidement le relais, les opinions nationales sont beaucoup plus va-t-en-guerre et veulent en découdre avec ou sans nous. C'est le moment de rentrer en bon ordre après une phase de transition qui laissera la main au Tchadiens, seuls capables en l'état de travailler efficacement au nord de la boucle du Niger.
Attendons.


Tchadien en mode pause


vendredi 1 février 2013

Syrie, une laïcité sans avenir

Michel Aflak
Quatre-vingt jeunes hommes ont été retirés du Koueik à Alep ; ils sont présumés sunnites ; leurs assassins ne se sont pas déclarés mais la religion des victimes désigne plutôt la mafia alaouite des Chabbiha - on ne prête qu'aux riches. La religion l'emporte désormais sur la citoyenneté. La quête d'une laïcité des moeurs étatiques au Proche Orient fut toujours vaine. Que ses courageux promoteurs aient été chrétiens ou musulmans, à la fin, la religion a toujours resurgi. Saddam Hussein mourut confit en dévotions. Le cas-type fut le grec-orthodoxe Michel Aflak (Damas 1910 - Paris 1989), fondateur du Baas pour une laïcité triomphant de Damas à Bagdad, mais qui à la fin de sa vie s'en remit complètement à l'islam qu'il voyait comme la mère nourricière de la contrée ; il mourut converti et quelque part apostat ! Celui qui persista jusqu'au bout fut Antoun Saadé, né à Dour Choueir du Mont-Liban en 1904, fusillé à Beyrouth en 1949. Saadé était lui-aussi grec-orthodoxe et élève des Frères des Ecoles chrétiennes du Caire, avant de pousser ses études à l'Université américaine de Beyrouth. Il termina sa vie devant un peloton d'exécution le 8 juillet 1949 au Liban pour complot visant à la subversion de l'Etat, la mayonnaise nationaliste ayant pris. Son parti social-nationaliste existe toujours. Voir sa bio officielle mise en ligne par le PSNS. C'était un idéologue promouvant la laïcisation de l'Etat comme il en surgit beaucoup au Proche-Orient dans les temps du démembrement de l'Empire ottoman. Le kémalisme turc affranchi du califat y contribua beaucoup par l'exemple : Kémal Atatürk remonta carrément à l'âge de la Steppe pour arracher son peuple à l'assimilation mésopotamienne et à l'Islam, rétrograde à ses yeux, et pour le tenir aussi à égale distance du communisme et du fascisme à la mode. Il semblerait aujourd'hui que la Turquie arrive à la fin du cycle kémaliste pour retourner à ses "obscurités".

Antoine Saadé
Dans sa quête d'une république laïque débarrassée des influences confessionnelles, formidable gageure, Saadé voulait dépasser le nationalisme panarabe. Il lui reprochait d'écraser les nations individuelles pour refaire un empire musulman capable de libérer la région des soins attentifs de l'Occident. Pour lui, le "monde arabe" ne se définissait que par l'usage de la langue arabe et rien de politique. Le grand projet fédérateur était pour lui un gros ventre mou ; son avatar, la Ligue Arabe, lui a donné raison. La Syrie, dont le Liban était la Bretagne, formait une nation à part entière qui n'avait aucun besoin de se fédérer à d'autres pays ; concept qui sera pris à contrepied par le Baas, laïque également mais fédéraliste. Au delà du concept, l'exaltation de la nation syrienne visait d'abord à chasser la puissance mandataire, la France, qui pourtant lui avait donné l'espace suffisant au moment des accords Sykes-Picot dans cette déclaration d'Aristide Briand : «Que la Syrie ne soit pas un pays étriqué… Il lui faut une large frontière, faisant d’elle une dépendance pouvant se suffire à elle-même» (note du ministre au Consul général Georges-Picot du 2 novembre 1915). Ainsi grâce à la France, Saadé promut-il avec succès la nation concrète, ancrée, territorialisée, capable de surmonter les moeurs religieuses dans l'organisation de l'Etat et de la Justice...

« La nation syrienne est le produit d'une unification ethnique du peuple de Syrie qui s'est constituée tout au long de l'histoire. Ce principe définit les constituants de la nation mentionnés dans des articles antérieurs. Il révèle l'actualité concrète de la nation qui est le résultat ultime de la longue histoire de tous les peuples qui se sont établis en Syrie, y ont habité, y ont vécu ensemble et ont finit par fusionner en un seul peuple. Ce processus commença avec les peuples du néolithique qui précédèrent les Cananéens, les Chaldéens, les Assyriens, les Araméens, les Amorrites et les Hittites. C'est pourquoi le principe d'un sentiment national syrien n'est fondé ni sur la race ni sur le sang mais plutôt sur une unité sociale naturelle dérivée d'une homogénéisation des mélanges. Par ce principe, les intérêts, les buts et les idéaux de la nation syrienne sont unifiés et la cause nationale est préservée de la disharmonie, de la désintégration, des conflits qui résultent de loyautés primitives par les liens du sang » (Antoun Saadé, fondateur du Parti socialiste nationaliste syrien, 1947).


Dans cette veine, on trouve d'autres chrétiens comme Georges Habache (Lydda/Lod 1926 - Amman 2008), médecin chrétien palestinien, chef du FPLP très influencé par Nasser ; Wadie Haddad (Safed 1927 - Berlin-Est 1976), un dentiste palestinien, versé dans le terrorisme spectaculaire, ami de Carlos ; mais aussi des Sunnites comme Salahedine Bitar (Damas 1912 - Paris 1980) ou Akram Hourani (Hama 1912 - Amman 1996), fondateur du Parti socialiste arabe. Les convictions "innées" l'ont souvent cédé aux convictions acquises.
La Syrie est encore aujourd'hui réputée laïque, sans doute le seul Etat arabe dans son cas. La guerre civile syrienne n'est pas totalement confessionnelle du moment que les communautés sont fracturées entre les trois ou quatre camps qui se disputent le pays. Mais certains acteurs extérieurs y poussent comme les Emirats et l'Arabie saoudite pour clarifier les canaux de financement. Une vraie guerre de religion est tellement plus simple.

Cette guerre semi-confessionnelle met en porte-à-faux la plupart des hiérarques religieux qui doivent veiller sur des ouailles divisées. C'est pour cela qu'on peut entendre tout et son contraire à ce niveau. Le vice-président syrien, Farouk al-Chareh, 73 ans, est sunnite comme la grande majorité des insurgés, mais il fait un pronostic de long conflit de par la résistance prouvée du régime alaouite qui a appelé en soutien toutes compétences disponibles sans se focaliser sur la religion. Car les buts de guerre ne sont apparemment pas religieux : est-on si sûr que l'Occident et ses alliés du Golfe soient si pressés d'en finir en Syrie ? L'écroulement de ce pays annule un ennemi dangereux à la frontière nord-est d'Israël pour les uns, un allié dangereux de l'Iran pour les autres. Le seul parti homogène serait le parti druze derrière Walid Joumblatt qui navigue au plus près du vent et donne des consignes claires sans avoir peur de les modifier selon les circonstances, ce qui s'appelle gou-ver-ner. Quoiqu'il en soit et pour longtemps, chacun se définit par rapport à sa religion. La politique maçonnique du Quai d'Orsay dans le droit fil de la IIIè République a fait pschitt !


Les Druzes toujours dans le camp du vainqueur



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