mardi 5 mars 2013

« Le Royaume Uni se sépare, l'Europe est isolée »

C'est avec un raccourci de la même veine que le Daily Mirror avait titré en 1930 l'arrêt des ferries anglais vers Calais pour cause de brouillard impénétrable : "Fog in Channel, Continent Cut Off". Le Premier Cameron a ouvert la boîte de pandore en promettant un référendum de sécession à ses électeurs s'ils lui renouvelaient leur confiance. Dorénavant, les eurosceptiques britanniques (anglais la plupart), majoritaires en voix, sont à bout touchant de leur rêve : couper l'amarre et voguer.
Rule Britannia, Britannia rules the waves !.
Ils sont convaincus de n'en retirer aucun inconvénient puisqu'ils resteront dans le marché commun, sinon associés tels la Suisse ou la Norvège. L'Union européenne ne pourra pas se couper d'un marché de 63 millions de consommateurs à sa porte et dans le même temps agréger les moldaves, poldèves et autres ukrainiens insolvables, les agents économiques ne la suivraient pas. Donc, ça y est, on joue à y croire : à partir de ce matin ils sont "libres" !
Alors quoi ? Rien !

La monnaie ? Ils ont la leur !
L'armée ? Ils ont la leur !
La sécurité énergétique ? Ils s'en assurent par un mix pétrole-gaz-charbon-nucléaire.
La sécurité atlantique ? En plein dedans !
L'argent ? Ils détiennent la City de Londres, capitale de la galaxie Nylonkong.
L'influence diplomatique ? Le Commonwealth c'est fait pour quoi ?
Le prestige ? La Couronne britannique leur rapporte beaucoup de touristes.
Les loisirs ? Leurs traditions les occupent à plein temps !
Le foot ? La Formule Un ? le cricket ? le rugby ?... no problem !
S'ils n'avaient pas les fondamentalistes musulmans, ce serait le Paradis des brumes enchantées.

les falaises d'Albion
Partis, ils se rendront vite compte qu'ils n'ont rien perdu, et que le pire qui puisse leur arriver serait d'être élus chef de file des sécessionnistes, car d'autres pays suivront après une période d'observation. Chef de file, c'est perdre du temps à s'occuper d'autrui, ce que les Anglais détestent faire quand ça ne rapporte rien. Arrêtons-nous cinq minutes et voyons autre chose.
Dans l'Oracle pour 2013 donné au Global Brief de Toronto par Hubert Védrine, on peut lire cette conclusion du Sphinx : Dans ce contexte général [ndlr: comprendre : l'état du monde sur l'échelle de Jacob qu'HV vit en songe], l’idéal pour les occidentaux, pour défendre légitimement dans la durée leurs intérêts tout en accueillant avec réalisme la redistribution des forces en cours, et en surveillant la montée des tensions en Asie – ce n’est pas incompatible- serait de coordonner leurs politiques autour de quelques grands objectifs et de se mettre systématiquement d’accord sur chacun des sujets «globaux» (réforme des institutions multilatérales, régulation financière, croissance, écologisation) avec deux ou trois émergents. S’ils y parviennent leur influence ne déclinera pas.

Or, le Royaume Uni Libre, chef de file, naturel cette fois, de tous les pays du Commonwealth, redevient un acteur global par son expertise et ses "dossiers". Il ne s'agit plus de forcer l'escadre dans le détroit, d'ouvrir le commerce au canon mais de s'asseoir autour du tapis vert avec ses atouts historiques, la finance internationale et la bancassurance, plus une organisation internationale dont personne ne peut se passer comme l'OMI (Organisation maritime internationale), et quelques think-tanks parmi les meilleurs du monde. Le nouveau Royaume uni concourra à l'accord OCDE-Emergents du fait même de son indépendance retrouvée l'autorisant aux bons offices, tradition séculaire du Foreign Office. N'oublions pas que ce service stipendié arriva à faire plier la Chine obtuse dans les conditions de restitution de sa colonie de Hong Kong. Les Honkongais ont mis du temps à intégrer mentalement cet effort parfaitement gratuit de la Couronne anglaise à leur égard, et déploient l'Union Jack aujourd'hui en défilant pour marquer leur désapprobation du pouvoir colonial en place. Personne d'autre ne fit plier la Chine communiste, ni avant, ni après.

Cela doit-il nous donner des idées ?
On ne peut comparer hélas les situations. Il ne nous reste d'autonome qu'une armée, à condition que nos alliés nous transportent. Au delà de la pertinence d'une sécession et de la colossale difficulté de dénouer les milliers de fils de la nasse, c'est l'esprit d'indépendance qui manque au peuple français. Si l'Anglais se bat pour conserver ses traditions, le Français se bat pour conserver ses inconvénients ; parce qu'il y est habitué. Les gens n'ont aucune culture économique puisque le régime d'assistanat est la règle. Entendre un gréviste de Good Year se féliciter sincèrement d'avoir refusé naguère de tourner en quatre-huit comme Dunlop, au motif qu'il a au moins préservé pendant cinq ans une meilleure vie familiale, signale que sa prise en charge maintenant par la collectivité est acquise dans sa tête. Et c'est partout comme ça. Le régime en faillite débonde de la solidarité au tonneau, s'appuyant sur un pays qui lui ne l'est pas (en faillite) grâce au matelas d'épargne des ménages. C'est la prochaine cible d'un pouvoir glouton qui n'imagine pas se mettre à la diète une seule seconde (après les allocations familiales on parle de taxer maintenant le Livret A). Finalement, il n'est pas sûr que la majorité des gens votent pour une séparation de l'Europe, les résultats trompeurs du référendum anti-Chirac de 2005 ne sont pas probants. Mais, me direz-vous, rien n'interdirait d'essayer ?
Essayons donc !


[billet surgelé le 25 janvier 2013]

dimanche 3 mars 2013

La France ferrée au Sahel

"Jusque dans les chiottes" avait dit Poutine des Tchétchènes qui avaient attaqué en 1999, leur signifiant une guerre éclair d'extermination totale. Les attaques kamikazes de psychopathes profonds se réclamant du Coran ne peuvent s'étendre au Sahel sauf à ruiner l'effort. Ainsi sommes-nous rendus aux caves des Iforas, nos chiottes à nous, d'où partent des rezzous narco-djihadistes, à ce qu'il paraît. Non tant que nous l'ayons souhaité - nous pensions faire la malle - mais l'impréparation pathétique des armées africaines de la CEDEAO qui devaient nous relever et la réunionite subaiguë des gouvernements qui font semblant d'y commander, nous obligent à faire un travail de tirailleurs sénégalais. Il faut sortir les freux du trou à la fourche. Après tout, juste retour des choses ; et pas si mauvais pour la suite en termes d'influence dans la région si nous y parvenons ; mais du travail harassant et des pertes probables hélas, ce que M. Hollande ne voulait surtout pas en héritage.
Saluons au passage le sacrifice de treize soldats tchadiens accrochés le 23 février par une katiba du MUJAO à In-Khalil, à la frontière algérienne, opération qui a permis de détruire l'unité terroriste (65 morts relevés sur le terrain).

A l'effet de n'y passer quand même pas vingt ans, nous renforçons nos moyens d'acquisition de cibles en étroite coopération avec le commandement américain sur zone (source Le Mamouth); et il est symptomatique que les Bréguet Atlantic2 de la Marine aient procédé à des bombardements guidés-drone en suite de leur propre travail de détection. On voit, on mouche ! Pour le moment, il apparaît que les Algériens tiennent leur frontière bien fermée sans faire de déclarations intempestives qui seraient mal reçues d'une fraction de leur population très remontée contre l'éradication par le colonisateur historique de leurs frères pieux pillards. Avec leur concours on peut passer l'ennemi sous la meule à huile, mais dépêchons-nous avant que le pouvoir d'Alger ne change d'avis - c'est fréquent.

S/C Harold Vormezeele RIP
Si les opérations au sol ne montrent rien d'inquiétant pour le moment, nonobstant la perte du sergent-chef légionnaire Wormezeele sous Tessalit, il n'en va pas de même dans la capitale malienne où les esprits s'échauffent au soupçon d'une connivence entre l'état-major français et les "assassins" du MNLA. A dire vrai, au-delà des phrases passe-partout de réconciliation nationale, démocratie... on ne sait pas comment le Mali pourrait à nouveau fonctionner si la question des Touaregs, pendante depuis la décolonisation, n'était pas réglée, les morts des uns valant les morts des autres. Et la régler oblige chacun des protagonistes à mettre le mouchoir sur des revendications souvent légitimes. Y a-t-il un sentiment national malien au Sahel ? Oui ! Au Sahara ? Non ! Comment dès lors administrer la région saharienne dans un cadre malien, le seul que les voisins accepteront ? Un Etat touareg au sud du Sahara capterait une grosse rente minière au détriment des gouvernements actuels, ce qui exclut toute indépendance. Alors quoi ?

Circule à Bamako une pétition des « Touareg maliens, vieux et jeunes, nomades et sédentaires, réfugiés et déplacés » qui demande l'intégration pacifique et définitive du peuple touareg dans la communauté nationale malienne et qui récuse leur représentation par les groupes violents que les Français surveillent au Sahara voire qu'ils s'affrontent.

La pétition est à lire en cliquant sur le bref extrait ci-dessous: Nous, Touareg maliens, vieux et jeunes, nomades et sédentaires, réfugiés et déplacés, demandons aux partis politiques de mettre l'intérêt supérieur de la nation au dessus des querelles politiciennes et d'œuvrer à l'édification d'un Mali pluriel, uni et solidaire..

Si le tapis est plus beau quand il tient plusieurs couleurs, comme disait le sage peul Amadou Hampâté Bâ, il lui faut chaîne et trame pour les serrer ensemble. Le contentieux ethnique des peaux noires et claires est séculaire. Le surmonter s'appelle un Etat, qu'il ne faut pas confondre avec un régime politique ; le pire d'entre eux étant la dictature du Nombre assise sur un jeu démocratique mal assimilé. Or d'Etat au Mali il n'y avait jusqu'ici que prébendes, planques et fromages à compte des bailleurs de fonds étrangers. La France va-t-elle se jeter dans l'aventure de recréer l'Etat malien qu'elle a laissé pourrir à la décolonisation (histoire de la fédération avortée Sénégal-Soudan-Haute Volta-Dahomey) ? Voire en se cachant derrière les "instructeurs" européens ? C'est quasiment infaisable avec la meilleure volonté du monde car les orgueils nationaux que nous avons artificiellement créés en guise d'erzatz de patries lèveront la révolte par tous le pays pour en dévorer les meilleurs morceaux. Et quand on voit le mal de chien qu'ont les hauts fonctionnaires mandatés par l'Union européenne et le FMI pour créer aujourd'hui un Etat héllène sur les ruines fumantes l'héliocratie grecque - une autre façon de nommer le Club med - on imagine sans mal le défi malien du château de sable. Non pas que les gens du commun soient rétifs au vivre ensemble - la générosité est bien partagée en Afrique - mais plutôt que le déchaînement des appétits de ceux qui se croient nés pour guider les autres met à coup sûr le désordre, la haine, les exactions, massacres et autres terribles ouvertures du JT de 20-heures ; à commencer par les types qui portent des galons.

Nous devons nous hâter à l'éradication des narco-terroristes et tout porteur d'arme hostile même accroupi, comme dit Poutine, et placer en sûreté dans les villes pacifiées des gendarmeries lourdes, bien instruites et contrôlées, savamment constituées comme le tapis multicolore peul. Ces unités devraient être encadrées jusqu'au niveau section par des Français et des Tchèques, ainsi qu'il a été prévu de le faire au niveau du Conseil européen. Pendant ce temps, seront formées à Bamako les unités de relève entre les mains de vrais professionnels. On parle d'un premier groupe de 3000 militaires maliens à recycler. Les instructeurs sont en train d'arriver sur place :
Communiqué de presse du 21.02.13
Ce sont au total quatre groupements tactiques interarmes de l’armée malienne qui bénéficieront de la formation de l’Union Européenne à compter du 2 avril 2013 à Koulikoro. Ils seront formés dans l’infanterie, l’artillerie et dans la maitrise des blindés. L’annonce a été faite au cours de la cérémonie de signature hier mercredi d’un protocole d’accord entre l’armée malienne et la mission de formation de l’UE. C’était en présence du chef d’état-major, du général de brigade Ibrahim Dahirou Dembélé et le général français François Lecointre, commandant en chef des instructeurs européens (source l'Indépendant de Bamako).

Peut-on faire plus ? A priori non, et la tentation de reformer des compagnies sahariennes avec les Touaregs ralliés comme le suggère le Pr Lugan sur Radio-courtoisie est à notre avis une mauvaise idée pour la suite. Il faudrait des unités mélangées dès le premier niveau comme on le vit dans l'armée française de conscription. Auront-ils assez de cadres "laïcs" pour imposer une discipline sévère à chaque patchwork est la vraie question. Apparemment non, les unités veulent encore manœuvrer "pur ethnique". A vous l'hötel de Brienne !



le soir tombe sur le fleuve à Gao

Postscriptum: On lira avec profit l'article très documenté de François Clemenceau (le JDD du 17.2.13), repris par la presse tchadienne, sur la retraite des chefs d'AQMI.

[billet surgelé le 24 février 2013]


mardi 26 février 2013

Pouce !




Ce blogue est arrêté quinze jours tant pour les posts d'actualité que pour les commentaires. La production dans cet intervalle est du surgelé.


Retour aux touches le 11 mars, juste à temps pour commémorer le cinquantenaire de l'exécution du lieutenant-colonel Jean Bastien-Thiry, fusillé au fort d'Ivry à 6h40 le rosaire au poignet, le 11 mars 1963.
A bientôt !



lundi 25 février 2013

Les Chinois dans la pierre

SAFE est le nom de l'institution chinoise d'administration des réserves de change de l'Empire du Milieu (3310 milliards de dollars). Royal-Artillerie a présenté ce léviathan financier dans un billet resté fameux, Picsou l'a rêvé, Ts'ai-chen l'a fait, paru aussi dans l'AF2000 le 20 janvier 2011. C'est à Londres qu'on reparle du monstre.

1 Angel Square
La SAFE avait garé 2,5 milliards de dollars en 2008 chez un fonds collectif d'investissement américain, Texas Pacific Group (ce fonds détient 42% de notre TDF) qui avait lui-même misé sur la Washington Mutual Investment Holding Corp. de Seattle (WIMH). Cette banque multi-marchés, un des plus gros acteurs des Etats Unis, a fondu les plombs le 25 septembre 2008 dans l'ouragan de feu des subprimes et SAFE n'a jamais rien dit de la lourde perte encourue. Mais n'en a pensé pas moins. Choisir une grosse institution - too big to fail - était décidément une connerie malgré les cours dispensés à l'université. TPG est le seul échec connu de la politique d'investissement de la SAFE, mais il y en eut probablement d'autres. C'est ce qui a redirigé ses crânes d'oeuf vers le placement de père de famille, un vieux truc chinois finalement. C'est Londres (et l'Angleterre) la première cible, la mauvaise santé de l'économie britannique ne perturbant pas les analystes de Pékin ou Singapour. Ils visent simplement l'immobilier et les infrastructures... comme le ferait le Qatar ! Le Qatar certes, mais tous les fonds souverains d'aujourd'hui, Norvège, Azerbaïdjan, Malaisie, Brunei..., échaudés par la créativité financière que seuls les créateurs arrivent à comprendre.

Le bras investisseur chinois en vue est le fonds singapourien Gingko Tree Investment Ltd immatriculé à Londres (comme par hasard) et détenu à 100% par la SAFE qui a décidé de sauter par dessus la cascade d'acteurs spécialisés, fonds investisseurs classiques et banques, pour mettre ses sous directement sur la cible ultime. Selon Dealogic, il est sorti du bois l'an dernier. En janvier il a racheté à la Barclays pour 550 millions de livres 40% de la United Pulp & Paper Company Ltd. qui travaille dans l'écologie du recyclage et traitement de déchets, l'énergie de récupération. Gingko a placé immédiatement deux administrateurs au conseil. Gingko avait pris en juillet 10% dans le consortium qui a racheté le réseau d'eau Veolia Water Central pour 1236M£. Il a ramassé aussi un immeuble de bureau à Manchester (49% de One Angel Square) en décembre, après avoir payé en mai 438M$ pour l'immeuble de bureaux Drapers Gardens de Londres, selon Real Capital Analytics (NYC). Ce ne sont que des exemples émergés.

Winchester House
Excédés par les faibles taux d'intérêt des bonds du trésor et le yoyo spéculatif des actions en bourse déconnecté des réalités, la SAFE gare les avoirs de l'empire dans la pierre, ce qui est une innovation, mais oblige à désinvestir du papier. Jusque là, le défaut de confiance dans les entreprises qu'elles ne dirigent pas obligeait les autorités chinoises à se garder "liquides" le plus possible, quitte à jouer sur les changes. Mais la montagne de bons amassés les étouffe. Ils auront mis deux décennies au moins à comprendre du haut de leur incommensurable orgueil qu'ils ont acheté de la m... La Washington Mutual leur a ouvert les yeux.
De son côté, la CIC, fonds souverain chinois China Investment Corp. qui gère 410 milliards de dollars d'actifs, a racheté la prestigieuse Winchester House pour 401M$, pour la louer à la Deutsche Bank qui en a fait son siège anglais. La CIC a aussi des parts dans l'aéroport d'Heathrow et dans le réseau d'eau Thames Water. C'est clair !

Sont-ils au courant que nous avons des usines super-productives et que personne n'y met un kopek ! C'est vrai qu'un syndicat communiste dans l'affaire est rédhibitoire pour un Chinois responsable, même si M. Mélenchon est un "ami utile" !


samedi 23 février 2013

L'indispensable Lien

Vive le Roi ! Quand même !
Numéro 49. Nous oublierons la table des matières pour l'instant et nous entrerons dans l'intimité du roi Louis XVIII par le truchement du comte de Corbière dont les Souvenirs de la Restauration sont analysés par Gérard de Villèle depuis deux numéros déjà. Dans cette troisième partie, on découvre le roi intelligent qui manqua à la monarchie en rupture de ban, un prince instruit, très au fait du peuple réel, sachant gérer une équipe ministérielle en débrayant quand nécessaire et parfaitement rompu au jeu d'une monarchie parlementaire comme si la dynastie de Bourbon n'avait fait que ça depuis longtemps, alors qu'il l'avait lui-même créée. La Charte octroyée en 1814 contre le projet constitutionnel du Sénat était évolutive pour gouverner au centre-droit, au grand dam du parti dévot d'aujourd'hui agrippé à la théocratie déléguée comme la moule au bouchot. Dans le Manuscrit inédit de Louis XVIII, cité par Corbière, le roi laisse apparaître un monarchiste convaincu que seules les circonstances tragiques de la Révolution et de l'Empire détourneront de la royauté de droit divin. S'il avait fait des représentations auprès de Miromesnil, garde des Sceaux, sur le danger de rappeler les parlements, il avait su quand vint son tour établir le "gouvernement représentatif" dont il se méfiait, comptant sans doute sur sa finesse de jugement, son autorité et un petit peu sur sa rouerie que Corbière nomme "piperie". Ce régime exigeait de minutieux réglages entre le président du Conseil et la Chambre. Il y parvint, démontrant sa viabilité.
Ayant eu le pouvoir à l'époque des Etats-Généraux, il l'aurait appliqué à seulement deux réformes qui en auraient entraîné bien d'autres : l'égalité devant l'impôt et la révocation de l'ordonnance malheureuse de 1781 qui exigeait des quartiers de noblesse pour les brevets d'officiers de la Maison du Roi. Grâce à la Gallica nous avons le cahier de doléances de Louis XVIII lui-même, qui récrit celui de la Noblesse du Poitou.
En voici le préambule (page 306 de l'édition de 1839):

Aucune époque de la monarchie française n'a offert une circonstance aussi généralement importante que celle où nous nous trouvons. Les états-généraux sont convoqués, et nous touchons à leur ouverture. Travailler à rendre à l'antique et vénérable constitution de la France tout son éclat et toute sa pureté, présenter au roi les voeux de ses sujets pour la réforme des abus en tout genre et l'amélioration de toutes les parties de l'administration, combler un précipice effrayant que la déprédation dans les finances a creusé, et chercher les moyens les plus efficaces pour l'empêcher de se rouvrir, tels sont les grands objets qui doivent occuper cette assemblée. La noblesse du Poitou, pénétrée de respect et d'amour pour la personne sacrée du roi, jalouse de concourir à ses vues salutaires, et voulant surtout prouver à sa majesté sa soumission, n'a point balancé, etc... et Louis XVIII de critiquer le peu de respect de la noblesse poitevine à l'endroit du monarque, refaisant point par point les articles du cahier. Après avoir acté le pouvoir du peuple en ses états de consentir l'impôt, le roi fait la synthèse des premiers quinze ans de règne de son frère aîné qu'il place en tête de sa critique de la désinvolture des rédacteurs :

SM Louis XVIII
On ne remercie pas Louis XVI de n'avoir pas eu, depuis quinze ans qu'il est sur le trône, une pensée qui n'eût le bonheur de ses sujets pour objet; d'avoir toujours consulté l'opinion publique dans le choix de ses ministres; d'avoir aboli cette question préparatoire qui, ne faisant qu'ajouter aux tourmens des criminels une rigueur inutile, avait conduit tant d'innocens aux supplices; d'avoir achevé de détruire la servitude dans ses domaines; d'avoir constamment travaillé par son exemple à épurer les mœurs; d'avoir préféré, par le rétablissement des parlemens, la stricte justice au soutien de son autorité; d'avoir presque vidé les prisons d'état, qui, sous ses prédécesseurs, regorgeaient d'infortunés moins coupables qu'imprudens; d'avoir fait respecter sur toutes les mers le pavillon français, qui depuis si longtemps était avili; d'être économe pour lui-même, juste, humain. Voilà les traits sous lesquels il fallait le peindre ; et qui sait si une adresse de ce genre, bien faite et rappelée à propos, n'aurait pas empêché ce forfait qui coûtera des larmes de sang, non seulement à nous, ses malheureux témoins, mais à notre postérité la plus reculée? Voilà du moins ce qu'il fallait dire en tombant à ses genoux, à ce roi si bon, si aimant, si digne d'être aimé et qui se plaisait tant à l'être.
D'une plume alerte avec des mots précis, il continue la critique du cahier dans de longs développements et nous nous arrêterons à l'article 6 réclamant des Etats-généraux périodiques. La critique pointue dévoile son aversion pour les parlements et décrit le caractère français qui s'en accommode si mal. Le texte du Poitou est celui-ci (p.317 et suite):

Art. 6.- Nous chargeons nos députés de faire prescrire le retour périodique des états-généraux, ainsi que l'époque, forme de convocation, composition et tenue, observant, en général qu'il est avantageux qu'ils ne soient pas trop éloignés, et qu'il semble convenir aux circonstances que la prochaine époque soit très rapprochée.
A quoi le roi répond dans un style très moderne à une situation qui ressemble à la nôtre (nous envoyons in extenso car ce texte est très riche):
Cet article est si important qu'il exige d'être traité avec plus de méthode qu'un autre. J'y distinguerai le fond de la forme; et d'abord, sur le premier point, je regrette qu'on n'ait pas imprimé avec le procès-verbal des séances les opinions qui ont déterminé l'assemblée en faveur du retour périodique des états-généraux; cette connaissance m'aurait fort aidé dans la discussion que j'entreprends. Je tâcherai, néanmoins, de m'en passer.
Les écrits qui avaient paru depuis plus de quarante ans avaient inspiré à presque tout le monde une sorte de vénération pour la constitution d'Angleterre; et la prospérité de ce pays, comparée avec l'état où se trouvait la France, n'avait pu qu'augmenter ce sentiment. Là, disait-on , se trouve la véritable liberté, celle qui est unie avec l'ordre; là, le monarque est vraiment le père de ses sujets, puisqu'il peut tout pour faire le bien et rien pour faire le mal; et c'est à son parlement, à cette admirable combinaison de pouvoirs, qui se balancent sans se croiser, que la Grande-Bretagne est redevable de sa félicité. Il faut donc tâcher de nous rapprocher le plus possible de son heureuse constitution. D'ailleurs, tant que le retour des états-généraux n'aura pas lieu à des époques fixes et invariables, l'autorité qui les craint saura l'éluder, et les abus qui vont être réformés renaîtront; les droits de la nation seront de nouveau méconnus et le peuple foulé; enfin les plaies de l'état se r'ouvriront d'une manière plus dangereuse et plus difficile à guérir. Le seul remède à ses maux est le retour périodique des états-généraux; les ministres, les favoris, les maîtresses, ayant toujours sous les yeux une époque redoutable pour eux, seront plus circonspects; les déprédations seront plus rares, la liberté individuelle plus respectée. Enfin, s'il y a du mal de fait dans l'intervalle d'une tenue d'états-généraux à l'autre, le remède en sera plus facile.

le Poitou en ses châteaux
Voilà sans doute les raisons qui déterminèrent les honnêtes gens à adopter cet article : je ne crois pas les avoir affaiblies. Mais sans vouloir les réfuter, je demanderai si l'on avait bien réfléchi aux dangers de cette mesure. Il existe, on ne peut le nier, des caractères de nation comme des caractères d'individus, et l'expérience de quinze siècles a démontré que, de tous les peuples, le français est le moins propre aux assemblées politiques. J'en appelle aux produits de tous les états-généraux; la raison en est triste à dire, mais elle n'en est pas moins réelle, c'est que le Français est naturellement féroce, toutes les émeutes populaires en font foi. Ce vice est tempéré en lui par sa légèreté naturelle; mais qu'on le force à raisonner, à réfléchir beaucoup, le remède disparaîtra, le mal seul restera. Vouloir des assemblées périodiques, c'est donc vouloir des troubles qui le soient aussi. Le premier effet sera sans doute de passer de la périodicité à la permanence, et alors il s'élèvera une lutte entre le pouvoir du roi et celui de l'assemblée, qui exposera l'état à des secousses continuelles (voilà en moins de quatre ans une révolution faite par le directoire et défaite par les conseils). La source de cette lutte est dans le coeur humain ; celui qui vient d'être revêtu d'un nouveau pouvoir désire toujours de l'augmenter; celui qui a vu diminuer le sien désire le recouvrer, et l'effet en doit être, ou la république ou le despotisme. Mais, dira-t-on, l'Angleterre se trouve bien de son parlement, pourquoi la France ne s'en trouverait-elle pas bien aussi ? Je répondrai d'abord que le caractère sérieux et réfléchi des Anglais leur ôte un danger que l'impétuosité des Français leur ferait courir; ensuite j'observerai que l'Angleterre est une île, que sa défense consiste dans sa marine, et que par conséquent elle peut se passer d'une armée de terre, au lieu que la France, qui a quatre cents lieues de frontières de Dunkerque à Antibes et plus de cent de Bayonne à Perpignan, ne peut s'en passer. Or, il est impossible que l'armée soit neutre dans la lutte dont je viens de parler; si elle se divise, le sang coulera par torrens; si elle passe tout entière d'un côté, il y aura une révolution. L'histoire d'Angleterre m'en fournit l'exemple. L'armée avait fondé la tyrannie de Gromwell, elle rétablit Charles II !
Qu'on observe d'ailleurs que, depuis l'existence de la grande Charte jusqu'à la révolution, il a coulé plus de sang anglais dans les guerres civiles ou sur les échafauds, que dans les combats contre la France, l'Espagne et la Hollande, et que depuis cette dernière époque, on n'a pu faire marcher la constitution qu'en la violant sans cesse. Une inquiétude perpétuelle, des troubles, du sang répandu, un bouleversement général enfin; voilà quels seraient pour la France les fruits du retour périodique des états-généraux. Ces dangers ne doivent-ils pas faire renoncer aux avantages qu'on en peut retirer? Est-ce donc la peine d'innover? Oui, je le répète, quoi qu'en dise M. le chevalier de La Coudraye, ce retour périodique eût été une innovation; car le roi de France a le droit, par la constitution, de convoquer ou de ne pas convoquer, de prolonger ou de dissoudre à son gré l'assemblée des états-généraux; et ce droit si important est le plus beau fleuron de ma couronne; c'est lui qui fait que je suis le souverain de mes sujets, tandis que le roi d'Angleterre, qui peut à la vérité dissoudre son parlement , mais qui est obligé d'en convoquer sur-le-champ un autre, n'est que membre du souverain. J'aurai sujet d'en revenir sur ce point, lorsque j'en serai à l'article 13.
Mais celui-ci [ndlr: le 6è] va bien plus loin encore que le retour périodique, puisqu'il enjoint aux députés de faire prescrire l'époque et forme de convocation, composition et tenue. L'époque rentre dans ce que je viens de dire, ainsi je n'en parlerai pas; je ne m'étendrai pas non plus sur l'observation qui termine l'article; je ferai seulement observer à mon tour que c'est un acheminement bien marqué de la périodicité à la permanence. La forme de convocation est bien connue; le roi adresse des lettres aux grands-baillifs ou grands-sénéchaux. Ceux-ci convoquent les trois ordres de leur bailliage ou sénéchaussée, et, dans cette assemblée, chacun des trois ordres, ou tous les trois ensemble, rédigent leurs cahiers (d'autant plus librement que, suivant la véritable forme, ces cahiers doivent demeurer secrets), et nomment leurs députés. Cette forme est bonne et il n'y a que la dangereuse manie des nouveautés qui puisse en désirer une autre. Quant à la composition des états-généraux, ce sont les députés librement élus des trois ordres et munis par eux de pouvoirs suffisans pour accorder ou refuser, consentir ou dissentir, qui forment l'assemblée. Faire prescrire quelque chose sur un point si bien prescrit, c'est encore vouloir innover. On dira peut-être que ces mots sont là pour obvier à l'avenir, à la double représentation du tiers-état, mais je ne le crois pas; outre que ce serait un pléonasme de parler en ce cas, et de la forme de la représentation, et de la composition, ce point est traité fort au long dans l'article 8. Enfin, si le mot tenue signifie la police intérieure de l'assemblée, c'est une minutie, et le plus sage eût été de laisser ce soin à chaque assemblée; mais s'il signifie la durée de la session, c'est un nouvel attentat à l'autorité royale.

Voilà pour le fond ; j'ajouterai, relativement à la forme, que l'expression, faire prescrire, me semble tout-à-fait irrespectueuse. De trois choses l'une : ou le roi est le souverain, ou il l'est conjointement avec les états-généraux, ou enfin ce sont ces derniers qui le sont. Dans le premier cas, le retour périodique des états-généraux eût été une pure concession du roi, et il fallait l'obtenir; dans le second, le consentement du roi était nécessaire, c'était une affaire à traiter à l'amiable, et il fallait la faire régler. Dans le troisième, l'expression impérative, faire prescrire, pouvait être employée.
Qu'on ne dise pas que je m'attache à des mots; les mots sont faits pour rendre les idées. Je n'y mettrais aucune importance dans une discussion privée; je ne les relèverais même pas dans une discussion publique, parce que l'orateur, emporté par la chaleur du discours, peut dire un mot pour l'autre; je dirai même plus, si je retrouvais ces mêmes cahiers, imprimés en 1789, j'y ferais peu d'attention. Mais quand je les vois reproduits au bout de dix ans, et présentés aux Français comme point de ralliement, et aux étrangers comme flambeau pour les éclairer sur nos malheurs, je scrute toutes les expressions, parce qu'il n'en est aucune qui ne soit importante; parce qu'un étranger qui ne sait que médiocrement notre langue s'attache au sens propre et ne soupçonne même pas le figuré; parce que la plupart des Français en agissent de même, et qu'ainsi les uns et les autres peuvent par des mots être entraînés, à l'égard de notre antique constitution, dans des erreurs d'autant plus dangereuses qu'ils accorderaient plus de confiance à l'ouvrage qui les y entraînerait.

Voila ! Certains de nos jeunes lecteurs découvriront dans cet extrait Louis XVIII que l'histoire officielle réduisit à son obésité et à la berline de Gand. Il eut fallu à son successeur plus de politique et moins de bel allant pour continuer l'œuvre d'intelligence. La fonction exige beaucoup plus qu'autrefois dans nos temps raisonneurs. Les mémoires de Corbière font en passant un sort au tempérament d'intriguant du duc de Chartres s'ouvrant à quiconque de ses supputations et calculs personnels pour un avenir meilleur. Et le ministre de l'intérieur, lucide, de commenter : Il n'y a pas loin de pareilles espérances à des manoeuvres pour les réaliser. Orléans, l'ennemi intérieur de toujours (?!).


L'autre morceau de bravoure du lien légitimiste n°49 est la seconde partie du Jeanne d'Arc d'Yves-marie Adeline. C'est un texte puissant qui s'interroge et répond quant à la double mission de la Pucelle, sacrer le roi à Reims puis s'offrir en holocauste. Il est idiot de résumer la progression de l'auteur dans son raisonnement, ses intuitions, et avec la permission du Lien, je vous passe le cœur de sa conclusion :
Jeanne est à l’entrée des Temps modernes ! Elle s’y enflamme comme cette colonne de feu¹ de l’Écriture, qui brûle devant le passage de la mer Rouge. Elle est la lumière à l’entrée de la nuit, pour qu’au plus profond de nos tribulations, nous nous rappelions qu’elle était là, à l’entrée ; qu’elle avait vécu une histoire sans exemple. Elle semble nous dire : « Ne perdez jamais l’espérance, ne vous laissez jamais troubler, pas même par la crise de la foi qui ébranle aujourd’hui notre Sainte Mère l’Église ! Souvenez-vous de moi, je n’étais rien, qu’une pauvre bergère analphabète. C’est pour cela que le Ciel m’avait choisie, pour montrer Sa puissance ; souvenez-vous par moi de la puissance infinie du Ciel ! ». Elle est là dans son épopée miraculeuse, et sa place apparemment insolite dans le déroulement de notre Histoire, n’a pas d’autre sens que celui de nous faire comprendre qu’à ce miracle immense, à l’entrée des Temps modernes, répondra un miracle de même ampleur… à la sortie. Quelque chose, ou quelqu’un, je ne sais, mais un évènement aussi extraordinaire qui nous attend. Et c’était là le secret de Jeanne : elle ne s’adressait pas à d’autres siècles, mais seulement à notre époque. Autrefois, on pouvait penser que Jeanne restait incompréhensible. Mais aujourd’hui ? tandis que les ténèbres s’épaississent, et s’épaissiront encore ? Tandis que, dans quelque temps, la solitude et le désespoir seront nos derniers sentiments ? [...] Jeanne est cette colonne de feu dont la voix traverse les siècles, pour hanter notre mémoire de son épopée encore unique ; mais dont la lumière nous suit, nous accompagne dans l’espérance, jusqu’à une aube qui, un jour, se lèvera.
Acceptons-en l'augure.


Le numéro 49 du Lien légitimiste vous offre les article suivants (20 pages):
  • Toujours la réalité... l'édito de Gérard de Villèle sur l'implication du prince Louis dans le débat social
  • La réalité contre la théorie (la Restauration par Corbière et GDV)
  • Le journal en bleu de Luc Boisnard, un vieux réac comme on les aime
  • Anatole France à La Béchellerie (1914-1924) par Marcel Le Goff et son aversion pour la République
  • Sur Jeanne... (Yves-Marie Adeline)
  • De la dénaturation du mariage à l'ultime transgression (Gérard de Villèle)
  • Sainte colère... de Nicolas Ferrial sur la propagande du gender
  • D'une réunion de la PSB lyonnaise au veto de la Reine en passant par le putsch d'Alger...


LE LIEN LEGITIMISTE
Petit-Prix
37240 La Chapelle Blanche Saint Martin


Abonnement à six numéros papier à 24€, électroniques à 10€ (dix euros!).





Note (1): nos lecteurs du Maghreb feront l'analogie avec le Lotus ardent, le Sidrat al-Muntahā à l'entrée du 7ème Ciel, sauf que YMA parle ici d'un long purgatoire.

vendredi 22 février 2013

Nouvelles des jours

J'ai tenu dix minutes aux Paroles & des Actes de madame Le Pen. C'est beaucoup et peu, mais ses interlocuteurs étaient archi-convenus, inintéressants, et elle parlait d'économie, recyclant des slogans d'experts qu'elle n'a jamais passés au banc d'essai de la production. J'ai zappé vers Terminator III ! Mais l'inconfort des nouvelles du jour reste bien sûr la capture d'une famille imprudente montée au parc camerounais de Waza à la frontière des provinces nigérianes infestées par la secte Boko Haram. Riche idée ! N'accablons pas l'ingénieur du gaz, un peu immature, il paie comptant ! Pourquoi accabler le sous-ministre aux Anciens combattants, Kader Arif, d'avoir sauté de joie au Palais Bourbon à l'annonce d'une dépêche AFP libérant les otages sur son iPad ? C'est l'agence de presse qui doit être blâmée, pas la réaction somme toute humaine..

Entretemps, monsieur Montebourg dans son registre "freluquet de sous-préfecture" allume Mister Grizz au seuil de l'insulte. On comprend maintenant que son ministère avait publié la lettre de Titan pour que le titulaire entre publiquement en érection par une réponse également publiée. "Regardez tous, je me redresse". Et le Grizz de lui répondre aussi sec qu'il est un charlot. Tout ceci pour dire que la journée s'est passée en foutaises.
Un lecteur me dirait tout à l'heure qu'il y a eu la percussion fatale d'une voiture de la BAC sur le périphérique-nord de Paris. C'est un concours d'absurdités mais notre pays en est submergé. Absurdité de la politique pénale qui relâche un sale con six fois, comme Mme Taubira le demande officiellement depuis hier en généralisant le procédé ; à quelle cheville mettre le bracelet électronique pour ne pas gêner la conduite ? Absurdité de la procédure consistant pour la police à freiner le trafic sur une trois-voies par des voitures balais non équipées¹, afin de "coincer" un chauffard fou ; on vient d'en voir l'issue. Il pense, monsieur Valls ?
Ah oui, j'oublie dans le paquet le jour de carence de Mme Lebranchu ! Emoi de la Fédération des hôpitaux et des politiciens versés dans les affaires sociales : 60 millions d'euros, c'est rien, a-t-elle dit. En ajoutant les deux autres fonctions publiques (territoriale et hospitalière) ça fait 200 millions. On n'est pas à deux cent millions près quand on est en faillite. Et la lettre de cadrage de M. Ayrault, "vous savez ce que j'en fait", semble-t-elle dire ? Les salariés du secteur privé ont trois jours de carence.

Au palais vide, la boule
Dans les nouvelles discrètes - conspiration du silence ? - il y a le refus du président Delevoye de valider les 700000 pétitions contre le mariage gay remises au Conseil économique & social, au motif qu'une loi est inattaquable par son institution. Le CESE est un beau fromage républicain farci aux nominations de battus provenant des institutions marraines staffées elles de gagnants : 233 sièges de consolation pour dix ans. Monsieur Delevoye, battu jadis pour la présidence de l'UMP par Michèle Alliot-Marie, a démontré s'il en était besoin encore que le Palais d'Iéna ne sert à rien du tout. A transformer en ménagerie d'hiver pour y mettre le chameau de Tombouctou ; au bord des jardins du Trocadéro ce sera rentable.
Mais que d'énergie dépensée par les organisateurs de la Manif-pour-Tous rien qu'à faire les 175 cartons, pour aboutir à si peu. Un peu de réflexion aurait anticipé le blocage. Joue-t-on à se faire mousser chez les Barjot² ? Dans les nouvelles racoleuses, on me signale que monsieur Strauss-Kahn est un porc aimable ; quoi de neuf, vraiment ? Si, si, on frise là l'antisémitisme, le cochon n'est pas casher, le CRIF va se réveiller à moins que la LDJ ne lui brûle la politesse.

La nouvelle triste est de ce matin : une histoire sortie par La Repubblica de Rome qui a levé l'existence d'une maison de plaisir au Vatican pour prélats gays, sur la base d'un rapport confidentiel établi par trois cardinaux chargés de mission après le scandale du Vatileaks ! Le pape peut-il supporter la pression du scandale désormais public pendant les sept jours qu'il lui reste à accomplir ? Ni Benoît XVI, ni Jean-Paul II n'étaient de taille à laver pareil affront de leurs propres cadres, même si la porte peut s'entrouvrir un jour sur l'orientation sexuelle de chastes clercs. C'est un Jules II qu'il faudra, et distribuer des lacets d'étranglement au capitaine des gardes. Dieu reconnaîtra les siens.


(1) Quand on voit l'épaisseur ridicule de la tole des carosseries actuelles, avec des zones de déformation contrôlée à l'avant comme à l'arrière, il est criminel d'engager des voitures de grande série sur un circuit d'auto-tamponeuses.
(2) La question de la pertinence de certaines provocations utiles à la communication s'est déjà posée. La voie institutionnelle ne réussira pas plus que la voie démocratique en voirie. L'invocation aux mânes de Mitterrand-le-sage est risible, si l'on croit Hollande obéissant à son souvenir. Il n'en a pris ni le chapeau ni l'écharpe.

jeudi 21 février 2013

Ô mon Bateau oh oh !

Il est à moi. Je lâche la planche à voile, lance le grappin, grimpe et cours à la passerelle déserte. Les deux mains sur la barre, je plisse les yeux vers l'horizon infini, ajuste la casquette chamarrée sur mon œil droit et change la pipe de bord. Je suis le vrai capitaine Haddock. Lyubov Orlova, quel joli nom, celui d'une célèbre actrice soviétique disparue en 1975 après deux prix Staline. Y a-t-il ses cassettes vidéo dans la cabine du commandant, parce que je risque de trouver le temps long à arpenter mon nouveau navire.
Pour en faire quoi ?

L'idée m'est venue d'une radio anarchiste internationale émettant depuis le pot au noir - à vot'bon cœur, il me faudrait un peu de soutes pour y descendre - à destination des continents cousins que sont l'Afrique occidentale et l'Amérique du Sud. On y passerait du reggae et des informations sur la Lutte. On y tiendrait de sanglants débats politiques et culturels ou cultuels, le vaudou contre les évangéliques. Enfin on s'occuperait...

L'autre idée est un hébergeur web géant pour hackers sympas ou pour Kim Dotcom. Il y a toute la place en cale pour des batteries de serveurs. Il faudrait peut-être se piquer sur un câble transatlantique. Des idées ? Un tuba ?

A défaut de tout ça, un lupanar, à condition de le poster sur une route maritime fréquentée. Comme font les citernes sur la Seine qui s'amarrent au bateau-client pour l'approvisionner en route, le navire rose, rebaptisé d'un nom français coquin pour qu'il n'y ait pas de confusion - c'est un bordel en fait - accompagnerait le porte-conteneurs géant le temps d'éponger tout l'équipage.



J'ai oublié de vous dire que le navire à la dérive est abandonné à 2400 kilomètres de l'Irlande dont il s'approche, vide, proie de pirate et fortune de mer. Beau de loin ! Le Lyubov Orlova est sous pavillon des Îles Cook. Pas cher, fils !


mercredi 20 février 2013

Qui croit se payer l'Ours ?

Maurice Mory Taylor Jr.
L'affaire GoodYear reprend des tours avec la lettre ironique du patron de Titan Int'l Inc. à M. Montebourg, que personne ne lit dans le texte. Si ce courrier dénonce l'extravagance des positions de la CGT d'Amiens Nord, débinée maintenant par la CFDT, il se paie carrément la tête du ministre français - et ça nul ne le souligne - en faisant exploser la contradiction d'un libre-échange sans frein opposé à la légitime conservation de l'emploi industriel. Il y dit avoir claqué des millions en lobbying pour faire passer des lois anti-dumping aux Etats-Unis contre les fabricants de pneus chinois et se rit de proclamer qu'ayant réussi, c'est l'Etat américain qui en retour encaisse les droits de douane.
Quand il se dit prêt à acheter une usine indienne ou chinoise où les ouvriers sont payés un dollar de l'heure, c'est une boutade qui passe inaperçue pour les abrutis. Il veut souligner d'abord que la politique de l'OMC conduite par les occidentaux mène à ce genre de stupidité qui finira par crever les propres usines nationales du premier manufacturier mondial, Michelin. M. Montebourg est donc invité à faire des représentations auprès de la Commission européenne pour que soient dressées sans retard des barrières tarifaires à l'invasion de pneus chinois subventionnés, avant de songer à "discuter" avec un repreneur qui sera submergé par les produits asiatiques.

Nul doute que sa lettre a circulé dans les milieux d'affaires. C'est envoyé. Par une grande gueule certes ; mais pas si faux ! TITAN c'est aussi 1.486.998.000 dollars de ventes 2011 en pneus agricoles, miniers et tout-terrain, et un résultat d'exploitation de 132.173.000 dollars pour la même année (cf. comptes annuels). Nous aimerions avoir quelques grandes gueules dans son genre par chez nous. Voici la lettre originale selon le fac-simile des Echos.





February 8, 2013


Mr Arnaud Montebourg
Ministere du Redressement Productif
139 rue de Bercy
Teledoc 136
75572 Paris Cedes 12


Dear Mr. Montebourg:

I have just returned to the United States from Australia where I have been on the past few weeks on business; therefore, my apologies for not answering your letter dated 31st January 2013.

I appreciate your thinking that your Ministry is protecting industrial activities and jobs in France. I and Titan have a 40-year history in buying closed factories and companies, losing millions of dollars and turning them around to create a good business, paying good wages. Goodyear tried for over four years to save part of the Amiens jobs that are some of the highest paid, but the French unions and French government did nothing but talk.

I have visited the factory a couple of times. The French workforce gets paid high wages but works only three hours. They get one hour for breaks and lunch, talk for three, and work for three. I told this to the French union workers to their faces. They told me that's the French way!

You are a politician so you don't want to rock the boat. The Chinese are shipping tires into France - really all over Europe - and yet you do nothing. the Chinese government subsidized all the tire companies. In five years, Michelin won't be able to produce tires in France. France will lose its industrial business because its government is more government.

Sir, your letter states you want Titan to start a discussion. How stupid do you think we are? Titan is the one with money and talent to produce tires. What does the crazy union have ? It has the French government. The French farmer wants cheap tire. He does not care if the tires are from China or India and governments are subsidizing them. Your government doesn't care either. "We're French !"

The U.S. government is not much better than the French. Titan had to pay millions to Washington lawyers to sue the Chinese tire companies because of their subsidizing. Titan won. The government collects the duties. We don't get the duties, the government does.

Titan is going to buy a Chinese tire company or an Indian one, pay less than one Euro per hour and ship all the tires France needs. You can keep the so-called workers. Titan has no interest in the Amien North factory.

Best regards,

(signé)
Maurice M. Taylor, Jr.
Chairman and CEO

MMT/jb

TITAN INTERNATIONAL INCORPORATED
2701 SPRUCE STREET * QUINCY, ILLINOIS 62301
(217) 228-6011 * FAX (217) 228-3166


Pour mémoire, Titan annonçait en 2009 l'ouverture de négociations avec Goodyear pour le rachat du site d'Amiens, après avoir racheté l'usine GY de Freeport (Ill.) en 2005 :

September 23, 2009 11:21 AM Eastern Time
Titan International Inc. Signs Letter of Intent with Goodyear Tire & Rubber Co.
QUINCY, Ill.--(BUSINESS WIRE)--Titan International Inc. announces today that it has signed a letter of intent with The Goodyear Tire & Rubber Company to purchase certain farm tire assets, including the Goodyear Dunlop Tires France (GDTF) Amiens North factory. This agreement is non-binding and will be subject to GDTF’s satisfactory completion of a social plan related to consumer tire activity at the Amiens North facility, along with completion of due diligence, a definitive acquisition agreement and other standard acquisition approval requirements.

“Titan maintains its focus and specialty in the farm and off-the-road wheel and tire business,” said Titan Chairman and CEO Maurice M. Taylor Jr. “We hope GDTF can come to an expedient arrangement with the Central Works Council in France. If this can be done, the process will move forward.”

Titan fabrique déjà pour la marque Goodyear aux Etats Unis. La CGT Amiens (Michael Wamen) veut attaquer en justice au niveau mondial les accords passés entre ces deux manufacturiers. Qui va payer les avocats ?
Fermez le ban.

Articles les plus consultés