vendredi 15 septembre 2006

Le roi de Carthage

armes de la nouvelle Carthage
Le mouvement monarchiste tunisien renaît de ses cendres. D'aucuns s'interrogent déjà de savoir s'il ne serait pas venu le temps de remettre les clés à la prestigieuse dynastie des Bey, quand le président-empereur Ben Ali aura rendu son paquetage au Créateur.
L'article du Réveil Tunisien que vous pouvez lire en cliquant sur les armes du royaume ci-dessus décrit complètement la démarche royaliste. C'est un modèle d'argumentaire par sa précision et le ton mesuré choisi par les rédacteurs. Mais le plus surprenant n'est-il pas le projet de charte rédigé complètement en 45 articles, annexé au site¹ ? L'offre politique de rechange au régime actuel, qui a eu ses mérites aussi, est parfaitement aboutie, claire et honnête. Le nouveau régime sera démocratique et laïque. Nous avons choisi quelques larges extraits plus significatifs. Qu'ils nous pardonnent le caviardage. Il faut se référer à l'article très fouillé du Réveil Tunisien pour saisir l'ensemble de ce projet¹. Ce billet n'est là que pour allécher le distingué lectorat. Voici l'entame :

"Un demi siècle après la fin du Protectorat français, et alors que des pays africains moins développés économiquement et socialement que la Tunisie tels le Sénégal, le Bénin, le Mali, le Cap Vert et même le plus pauvre pays au monde, Haïti, ont accédé à la démocratie et leur peuple à la liberté, le régime tunisien maintient le peuple tunisien depuis 1956 dans un état de tutelle politique, morale et psychologique qui fait de lui un peuple déprimé et malheureux. La France, l’Algérie et les Etats-Unis sont les premiers appuis inconditionnels du régime. La France soutient le régime destourien depuis qu’elle lui a remis les reines de la Tunisie en 1956 sans aucune consultation populaire.

L’alternative : une nouvelle monarchie, populaire, constitutionnelle, démocratique et laïque
Le système monarchique ne représente pas un obstacle particulier à la démocratie. Le fameux régime républicain de Bourguiba n’est pas plus démocratique que ne l’était le régime des Beys. Une monarchie peut être aussi bien démocratique, moderniste et respectueuse des droits de ses citoyens qu’une république. La république n’est pas impérieusement synonyme de démocratie, la monarchie n’est pas nécessairement synonyme de tyrannie. Toutefois, le régime monarchique constitutionnel et démocratique est plus adapté à notre mentalité arabo musulmane. Il peut sérieusement constituer une réelle alternative à la panne démocratique que vit la Tunisie depuis 50 ans et présente des avantages politiques qui manquent cruellement à une république.

1) Grâce aux alliances royales, la monarchie est un facteur d’unité nationale et de paix internationale

2) Le monarque est le symbole de nation et son emblème dans le monde. Ne disposant d’aucun pouvoir politique, en monarchie constitutionnelle et démocratique le Bey ou le Roi est le père de la nation. Il est situé au-dessus de la politique politicienne. Il est l’incarnation de l'Etat bienveillant, le symbole du pays à travers les méandres du politique, du changement de gouvernements et de députés. Il transcende les clivages politiques, surmonte les soubresauts des mouvements sociaux. Il représente la continuité de l'Etat à travers les générations et les ages. Disposant du droit de grâce, il représente la clémence. Il est là pour réconforter la nation dans ses heures difficiles, pour donner du baume au cœur, dispenser la bonne parole, s’occuper des œuvres charitables et humanistes. Jouant un rôle honorifique et protocolaire, il inaugure les œuvres importantes et les réalisations du pays, léguant au premier ministre le temps de s’occuper des choses sérieuses en politique. Avec les princes, il est l’ambassadeur itinérant du pays et son visage souriant et accueillant. Il fait la promotion du pays auprès des autres nations et présente son meilleur visage aux peuples du monde. Il est le rempart du pays en cas de grave crise politique et le recours ultime en raison de sa fonction inamovible.

3) La monarchie renvoie au merveilleux et offre l’image d’une famille idéale au peuple. Dans le fonctionnement des sociétés arabes caractérisées par leur mode de fonctionnement paternaliste ce rôle est primordial.

4) La monarchie représente l’enracinement d’un Etat dans l’histoire. A l’encontre des présidents de la république parachutés d’on ne sait d’où, le roi constitue un lien historique sûr entre le présent d’un peuple et les générations disparues dont ses prédécesseurs et ancêtres furent les régents. Le prince héritier représente pour sa part la lueur de l’espoir, l’attachement d’une nation à son avenir. On fête sa naissance, on accompagne sa jeunesse. Le fait qu’il soit sous l’attention de tout un peuple empêche ses potentiels dérapages. Il est bien formé, instruit dans les meilleurs écoles dans le pays et à l’étranger, il est préparé à exercer ses fonctions de régent convenablement patiemment dans des conditions optimales.

5) La monarchie est une réponse à la farce républicaine. Contrairement aux républiques monarchiques du monde arabe qui par le truchement d’élections truquées perpétuent le règne d‘un « président de la république » pendant des décennies, la monarchie n’a pas besoin de stratagèmes pour perpétuer le règne de son monarque. Il est là pour toujours.

6)Une monarchie laïque, peut concilier la religion du peuple avec la nécessaire laïcité de l’Etat. Cette fonction pourrait constituer une alternative et une solution idéale entre les tenants d’une laïcité à la française, et une « laïcité musulmane ». Le roi, formé adéquatement en sciences des religions et en théologie musulmane depuis sa prime jeunesse, pourrait être le guide religieux des musulmans, le chef spirituel de toute la nation et le protecteur des autres religions dans nos pays arabo-musulmans. Le premier ministre, détenteur du pouvoir exécutif effectif, est ainsi débarrassé de traiter hypocritement de la religion, soulagé du fardeau d’affirmer à tout bout de champ « son attachement aux valeurs de l’islam » et pouvoir conduire ainsi une politique franchement laïque qui traite toutes les religions du pays sur le même pied d’égalité, sans aucune ségrégation ni distinction."

Suit le catalogue des réformes de base appliquées à des citoyens libres dans un royaume démocratique. Et de commencer par raccrocher le pays à sa vraie naissance en tant qu'Etat en le renommant "Royaume de Carthage". C'est la revanche de Didon ! Carthage, 814 avant Jésus-Christ ça fait une sacrée rallonge en amont de l'invasion arabe de 714 après JC. Le premier roi se titrera-t-il Hannibal II ?

Il convient d'abord de substituer par référendum populaire une vraie monarchie constitutionnelle et parlementaire à la fausse république autocratique actuelle. Mais c'est sans doute l'attelage de l'islam et de la laïcité qui est le plus adroit. Par chance Bourguiba comme son successeur, ont privilégié la laïcité comme rempart aux fermentations islamistes. Mais la poussée de fondamentalistes est contenue aujourd'hui par la force d'une répression impitoyable. Dans le projet monarchique, le roi étant constitutionnellement musulman, au-dessus d'un Etat constitutionnellement laïque, l'islam a l'oreille du souverain, bénéficie du prestige de la fonction et s'échappe ainsi de sa condition de paria. Le tempérament modéré des Tunisiens doit leur permettre de réconcilier leur foi avec le régime, en ayant la garantie qu'au quotidien il n'y aura aucun privilège du fait d'une quelconque religion ou pour l'athéisme.

Les quatre principes laïcs sont applicables : liberté de conscience (et droit de ne pas croire), liberté de culte, non assujettissement de l'Etat à une religion, égalité de traitement des religions. Il n'est pas dit que la mise en oeuvre de la laïcité soit si facile, mais les arguments sont disponibles pour convaincre. Il faudra parler. Le site du Réveil Tunisien est très complet sur le sujet religieux que nous ne faisons qu'effleurer.
Et on arrive vite aux réformes politiques du projet :

- Constitution de partis politiques démocratiques défendant les intérêts particuliers, et liberté d'opposition autonome politiquement et financièrement. C'est leur choix.
- Protection de la liberté de la presse.
- Rétablissement les libertés publiques et privées.
- Sacralisation des scrutins électoraux (on est en pays arabe quand même).

Suivent les réformes économiques et sociales, plutôt d'orientation libérale :
- Libérer les forces productives du pays du carcan bureaucratique (pour qui connaît, ce n'est pas triste)
- Simplifier la fiscalité dans un souci de justice
- Protéger la famille contre sa dislocation, mais dans le respect des libertés individuelles qui autorise le divorce, en séparant le principe de ses conséquences. C'est assez fort quand même !
- La mission de l’Etat étant de contrôler et non de gérer, dégraisser l’administration et la privatiser en transférant la majorité de ses attributions aux notaires.
- Faire du logement un droit garanti par la constitution.
- Solidarité pour la santé de tous, dans un système mixte, public ou privé.
- Indépendance de la Justice .

Suivent ensuite les réformes de l'enseignement (l'anglais deviendra la deuxième langue officielle au détriment du français et de l'arabe classique) ; la révision de la politique étrangère sur quatre axes : le Monde Arabe, la question palestinienne (et donc Israël), la France et l’Union européenne, les Etats Unis d‘Amérique ; la réforme des forces de sécurité, armée, gendarmerie et police (c'est peut-être un point faible du projet).

La réorganisation de l'Etat et les réformes nécessaires sont ramassées dans une charte de 45 articles qui constitue le programme du MRT, le Mouvement Royaliste Tunisien. On quitte cette offre de restauration monarchique impressionné par la maturité du projet, et par la clarté des exposés. Prenons-en de la graine.
Laissons-leur la conclusion qui est déjà une ouverture :

"Ce projet a esquissé les grandes lignes du programme du Mouvement Royaliste Tunisien dans l’objectif est l’instauration d’une monarchie populaire, constitutionnelle, démocratique et laïque en Tunisie. Un programme qui essaie d’apporter des réponses aux questions politiques, économiques, sociales et culturelles qui secouent la Tunisie en ce début de XXI siècle. Il ne s’agit là que d’un projet qui reste ouvert à tous les propositions de mes concitoyens. Leur contribution à ce projet, chacun dans son domaine, est vivement souhaitée. Elle nous permettra de donner corps à notre opposition de manière concrète et réaliste."

Bonne chance à la Tunisie, euh ... à Carthage !

Note (1) éditée en février 2011 : le lien du Réveil Tunisien peut être brisé par suite d'un déclassement de l'archive. Mais le texte des 45 articles de la charte "monarchiste" est accessible sur le site de Me Chaabouni : Tunisie Démocratique et Laïque en cliquant ici.

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