mercredi 30 mai 2007

Lignières du Berry

©ourtoisie des Manants du Roi En préparation au CMRDS 2007 découvrons le château de Lignières.
Le nom de Lignières vient des lineries, fabrication locale d'antan. On y honore aussi l'âne, le "grand noir du Berry" lors de la Foire aux ânes créée dans les années 1980, à l'origine pour sauver la race berrichonne. Si la ville n'a pas de casino, elle dispose depuis 1879 d'un hippodrome, créé alors par la famille de Bourbon-Parme. Il y aura course hippique le 12 août au nouvel hippodrome départemental (trot ou galop, je ne sais). Il est bon de savoir qu'à Lignières se pratiquent aussi l'aïkido et le taekwondo, au cas où vous feriez des rencontres.

La ville possède une riche histoire, par l'importance de sa place forte à double muraille. Jeanne de France, fille de Louis XI, fut élevée au château de Lignières. Les guerres de religion verront l'armée protestante saccager la ville (vers 1569). Le château fort fut démoli par M. de Nouveau qui érigea le château actuel sur ses fondations ; il fut la propriété de la princess Palatine, puis de Colbert qui mourut le lendemain de l'acte, de Jean-Baptiste Colbert, son fils, et le château passa par héritage à la famille de Bourbon-Busset qui furent comtes de Lignières, puis par mariage à la maison de Bourbon-Parme, puissance invitante chaque année.

Notice des Monuments Historiques
Lieu-dit : Le Bourg
Epoque de construction : 1654 - 1660
Auteur(s) : François Le Vau (architecte) ; Michel Roy (maître maçon) ; Larivière (maître fontainier) ; Gabriel Thévenon (jardinier) ; Jérôme Drouard (maître fontainier) ; Robert Geoffroy (architecte) ; René Boissonnet (maître d'oeuvre)
Historique : Ce château fut construit à partir de 1654 par François Le Vau pour Jérôme de Nouveau, grand maître des Postes et Relais de France et financier parisien, sur les bases d'un château féodal abattu en 1653. Le corps de logis fut édifié de 1654 à 1656. La galerie fut alors construite, puis, en 1660, celle des deux pavillons qui cantonnent la terrasse d'entrée sur la cour. Les douves furent construites à la place des fossés par Larivière.
Les plans des jardins furent établis par Le Nôtre mais non réalisés. Les jardins furent conçus par le maître jardinier parisien Gabriel Thévenon ; les canaux sont de Jérôme Drouard, gendre de Larivière et maître fontainier de Paris.
Les travaux furent conduits par Robert Geoffroy, architecte, décédé en 1660, puis par l' entrepreneur René Boissonnet qui, en 1665, travaillait encore aux basses-cours.
Date protection : château, ses dépendances, cour d'honneur, douves, bâtiments des communs et petit parc : classement par arrêté du 27 juin 1935.


Des âmes illustres qui vécurent ou passèrent à Lignières, Henri IV, le duc de Clermont Tonnerre, le duc de Maillé, la Grande Duchesse de Luxembourg et son époux le prince Félix, la dernière impératrice d'Autriche, Zita de Hongrie, la reine Juliana des Pays-Bas et le comte Bernhard zur Lippe Biesterfeld, nous retiendrons aujourd'hui Catherine d'Amboise (1482-1550) dont les mânes hantent encore les pierres du lieu.

Enfant posthume de Charles Ier d'Amboise et de Catherine de Chauvigny, la plus importante famille de Touraine, Catherine d'Amboise est mariée très jeune à Christophe de Tournon, chambellan de Charles VIII, dont elle a un enfant qui ne survit pas. Elle est veuve à 17 ans et se remarie en 1501 avec Philibert de Beaujeu, seigneur de Lignières, qui meurt à son tour en 1541. À plus de soixante ans, elle contracte un troisième mariage avec Louis de Clèves, comte d'Auxerre, qui la laisse à nouveau veuve en 1545. Décidément ! La mort de son frère, Charles Chaumont d'Amboise, en 1511, puis celle de son neveu, Georges II d'Amboise, à Pavie en 1525, la font héritière de la seigneurie de Chaumont et également d'une partie de la bibliothèque du grand prélat humaniste Georges d'Amboise. Elle prend alors sous sa protection le bâtard de Chaumont d'Amboise, Michel d'Amboise, poète qui lui dédiera La Penthaire de l'Esclave fortuné (1530).

Catherine d'Amboise laisse des oeuvres manuscrites attestant le rôle culturel des dames de l'aristocratie à l'aube de la Renaissance. C'est en Berry, dans le château de Lignières, qu'elle compose des traités didactiques et des poésies religieuses. Les deuils qui l'ont accablée très jeune, et la destinée d'une famille placée au sommet du royaume, sont à l'origine de son premier ouvrage, Le Livre des prudens et imprudens des siecles passés. C'est un long traité en prose rassemblant les destins de ceux qui, depuis Adam jusqu'à Charlemagne, illustrent les conséquences du vice et le pouvoir de Prudence. Pour chacun des douze livres, ont été retenues six histoires, tirées de l'Ancien Testament, de Boccace, de Vincent de Beauvais, de La Mer des Histoires d'Orose ou des Histoires romaines. Catherine ne masque pas ses dettes à l'égard d'une littérature riche en exemples, mais également à l'égard des Chroniques qui fondent l'idéal de l'aristocratie. Le recueil, tout en proposant un miroir de vertus, dans la tradition des grandes compilations didactiques, fait écho à cet humanisme aristocratique dont le cardinal d'Amboise fut un des plus illustres représentants. Voisinent alors avec les grandes figures de l'histoire profane et sacrée, Cicéron, Virgile et Boèce qui a «repandu les sciences en traduisant Aristote».

Le déclin de la maison d'Amboise après le décès du cardinal en 1510, puis de Charles Chaumont d'Amboise et de son fils Georges, accentue la prédilection de Catherine pour Boèce. Dans La Complaincte de la Dame pasmée contre Fortune, allégorie en prose, l'auteur qui ici reste anonyme, apparaît à la fois comme narrateur et acteur : terrassée par de nouveaux malheurs, elle reçoit la visite de Raison qui l'engage à méditer sur les misères de ce monde, pour finalement trouver le chemin du «parc d'Amour divin» où réside Dame Patience.

La réflexion sur l'inconstance de la Fortune, inspirée par Sénèque et par le livre De la consolation de Boèce, devient méditation religieuse qui permet finalement de détrôner celle dont les «idolâtres» ont fait une déesse. Cette pérégrination mystique, qui s'achève sur une vision du Christ en croix, annonce la dernière oeuvre connue de Catherine d'Amboise : Les Devotes Epistres. Dans ces poésies écrites de son château de Lignières, la littérature pénitentielle n'efface pas la culture antique : pour louer la Vierge, Catherine invoque les anges, mais aussi Judith, Ester et Rachel, les Muses, Amphion, Orphée et Apollon.

Catherine d'Amboise est absente de l'histoire littéraire. Ce n'est que tout récemment que l'intérêt s'est porté sur son oeuvre. Profitons-en dès fois qu'elle passe à Lignières un soir d'orage en août.

Chant royal de la plus belle qui jamais fut au monde

Anges, Trônes et Dominations,
Principaultés, Archanges, Chérubins,
Inclinez-vous aux basses régions
Avec Vertus, Potestés, Seraphins,
Transvolitez des haults cieux cristalins
Pour decorer la triumphante entrée
Et la très digne naissance adorée,
Le saint concept par mysteres tres haults
De celle Vierge, ou toute grace abonde,
Decretee par dits imperiaulx
La plus belle qui jamais fut au monde.

Faites sermons et predications,
Carmes devots, Cordeliers, Augustins ;
Du saint concept portez relations,
Caldeyens, Hebrieux et Latins ;
Roumains, chantez sur les monts palatins
Que Jouachim Saincte Anne a rencontree,
Et que par eulx nous est administree
Ceste Vierge sans amours conjugaulx
Que Dieu crea de plaisance feconde,
Sans poinct sentir vices originaulx,
La plus belle qui jamais fut au monde.

Ses honnestes belles receptions
D'ame et de corps aux beaux lieux intestins
Ont transcendé toutes conceptions
Personnelles, par mysteres divins.
Car pour nourrir Jhésus de ses doulx seins
Dieu l'a toujours sans maculle monstree,
La desclarant par droit et loi oultree :
Toute belle pour le tout beau des beaux,
Toute clère, necte, pudique et monde,
Toute pure par dessus tous vesseaulx,
La plus belle qui jamais fut au monde.

Muses, venez en jubilations
Et transmigrez vos ruisseaulx cristalins,
Viens, Aurora, par lucidations,
En precursant les beaux jours matutins ;
Viens, Orpheus, sonner harpe et clarins,
Viens, Amphion, de la belle contree,
Viens, Musique, plaisamment acoustrée,
Viens, Royne Hester, parée de joyaulx,
Venez, Judith, Rachel et Florimonde,
Accompagnez par honneurs spéciaulx
La plus belle qui jamais fut au monde.

Tres doulx zephirs, par sibilations
Semez partout roses et roumarins,
Nimphes, lessez vos inundations,
Lieux stigieulx et carybdes marins ;
Sonnez des cors, violes, tabourins ;
Que ma maistresse, la Vierge honnoree
Soit de chacun en tous lieux decoree
Viens, Apolo, jouer des chalumeaux,
Sonne, Panna, si hault que tout redonde,
Collaudez tous en termes generaulx
La plus belle qui jamais fut au monde.

Esprits devotz, fidelles et loyaulx,
En paradis beaux manoirs et chasteaux,
Au plaisir Dieu, la Vierge pour nous fonde
Ou la verrez en ses palais royaulx,
La plus belle qui jamais fut au monde.

(Lignières, un jour de l'an de grâce 1541)

feu d'artifices au château
CMRDS 2007 du 17 au 26 août, s'inscrire dès aujourd'hui via l'A.F.E., Action Française Etudiante.

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