jeudi 14 février 2008

La TICAD

affiche Ticad 2008Connaissez-vous la TICAD ?
C'est une structure de débats d'orientation que le Japon avait lancé au début des années 90 pour revigorer le développement de l'Afrique après que les soubresauts de l'agonie de l'empire soviétique aient déclassé cette exigence au rang des projets fatigants, tant il semblait alors vain de vouloir extraire le continent noir de sa gangue despotique. Son nom est l'acronyme de "Tokyo International Conference on African Development".

L'affaire fut montée par le gouvernement nippon, le bureau Afrique de l'ONU et le PNUD, programme des Nations Unies pour le développement. La Banque Mondiale a rejoint en 2004. Trois sessions ont été tenues jusqu'ici.

La TICAD I de 1993 fut une déclaration de collaboration entre les pays africains et leurs partenaires en développement : faire tout le possible pour la stabilité et la prospérité de l'Afrique, manière de renouer une certaine chaleur dans le dialogue en dehors des tête-à-têtes pesants traditionnels.

La TICAD II de 1998 établit un programme d'actions, dit TAA (Tokyo Agenda for Action), visant à réduire la pauvreté et à intégrer le continent dans la mondialisation. Apparemment, peut mieux faire, mais est-ce de la faute de la TICAD si l'Occident inonde les marchés de produits agricoles archi-subventionnés.

La TICAD III de 2003 accueillit l'Union Africaine et fit le bilan de dix ans de travaux et s'ajusta pour l'avenir. La déclaration solennelle faite à cette occasion, titrée "TICAD Xth Anniversary Declaration", est très instructive et nous vous engageons à la consulter en cliquant ici.

A l'occasion du prochain sommet du G8 au Japon en juillet de cette année, se tiendra à Yokohama la TICAD IV. L'agenda portera sur 3 points :
1.- Booster la croissance économique qui est déjà remarquable, mais insuffisante vu l'ampleur des défis ;
2.- Mettre le continent en sécurité en achevant les "objectifs du millénaire pour le développement", OMD ;
3.- Répondre au défi climatique et environnemental qui menace la cohésion ethnique en dispersant les groupes humains vers des terres étrangères pas toujours accueillantes.

Ces axes de travail ne sont pas que de pieuses recommandations - le Japon n'est d'ailleurs pas très croyant dans ce domaine - mais créent des convergences entre les différents programmes internationaux afin d'améliorer les résultats. De plus, le Japon n'étant pas un acteur historique sur le continent noir, ses pressions bénéficient de l'attention de tous car elles sont supposées neutres. En outre l'implication d'institutions à forte inertie a l'avantage de niveler le découragement inévitable des acteurs, en phase de développement long et dispersé sur tout un continent.

Pour nous, Européens, l'émergence du continent africain est une ardente obligation non seulement dans l'ajustement des intérêts économiques réciproques aux moeurs du temps - il faut absolument que ces échanges profitent au deux parties comme on l'a vu de l'Asie - ; mais aussi parce qu'il n'est pas souhaitable que le genre humain affadisse sa diversité dans une sur-civilisation universelle de la consommation banale, une way of life prête à porter et quelque part boulimique de médiocrité. L'espèce mérite mieux que la philosophie de l'école d'Atlanta, siège de CocaCola. L'Afrique, mais l'Europe de même, doivent se retrouver en leurs fondamentaux civilisationnels.

Loin des clichés misérabilistes, des tueries claniques, l'Afrique doit avancer sur le chemin de la fierté par la puissance économique, afin que tous ses peuples soient heureux de vivre et travailler au pays, comme nous le disions de nos ruraux en France menacés par la désertification des campagnes. Les valeurs différentes de chaque groupe humain doivent être exaltées non pour les opposer mais pour l'enrichissement réciproque et ...... le plaisir des voyages.

Entretemps est arrivé un second "alien" sur le continent, et il sera intéressant de voir comment se passera l'affrontement inévitable entre les OMD guidés par la TICAD et l'offensive corruptrice des Chinois avides de matières premières, qui ruinent tous les efforts de "gouvernance" en consolidant les prédateurs locaux. Mais c'est une autre affaire, qui sera peut-être un jour réglée par les Africains eux-mêmes, quand ils en auront soupé d'être pris pour les éternels pigeons.
Justement !

osier escargotC'est un peu dans ce contexte de développement actif que se place l'initiative médiatique d'AfricaWorks. Sa fenêtre en France est un mensuel de 68 pages couleur sur papier glacé, dont le numéro de présérie 001 vient de sortir, aidé probablement par Alessandro Benetton, le patron des pulls éponymes.
Extrait de l'éditorial de Sambe LO :
L'Afrique avance. Au moment où Chinois, Indiens et Occidentaux se battent pour des parts de marché en Afrique, le continent noir est plus attractif que jamais. Pour son pétrole, son uranium, son bois, ses diamants et d'autres matières premières très convoitées. Un nouveau rush capitaliste cible l'Afrique et cette fois, les Africains sont outillés pour en tirer le meilleur parti. En effet, les progrès démocratiques généralisés, l'arrivée aux postes de responsabilités d'une nouvelle génération dans la plupart des pays, bien formée et patriote, sont autant de facteurs déterminants qui poussent à croire à une véritable Renaissance Africaine ...
C'est tout le mal qu'on leur souhaite.

Le magazine vise à « accompagner l'Afrique positive qui bouge, qui crée, progresse ». La première de couverture présente, outre le sponsor Benetton, Oprah Winfrey, Barack Obama, Djimoun Hounson d'Hollywood et les Noah, père et fils. Le rédactionnel est à la hauteur et va au fond des choses. Je rapproche le titre de la revue d'un slogan que le siège belge de l'OTAN avait lancé dans les années 70 à destination du Congrès américain qui mesurait ses crédits : « NATO works, something else might not » .
Longue vie à AfricaWorks qui va lancer un site www.africaworks.net.


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2 commentaires:

  1. En quoi le développement de l'Afrique par le Japon nous concerne ?
    Nous avons beaucoup échangé avec le continent noir et quand ils n'ont pas de rente minère ces pays ne décollent pas. Pourquoi ?

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  2. Outre le fait qu'il est anormal que l'Afrique noire passe à côté des avantages de la mondialisation et n'en ramasse que les inconvénients, on peut croire qu'un fort développement du continent noir diminuera la pression migratoire en laissant vivre les gens dans le pays qu'ils aiment.

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