mardi 24 février 2009

Démocratie simplifiée export

Quand les néo-conservateurs de l'Administration Bush décidèrent d'enfoncer la démocratie dans la gueule des tyrans à les étouffer, il n'imaginaient pas le peu d'intérêt suscité par ce régime merveilleux dans les opinions orientales. Certes les Chiites irakiens les bénirent pour les avoir libérés des griffes baassistes et les papavéraculteurs d'Afghanistan d'avoir mis en fuite les Talibans qui prohibaient l'opium.
Restait à faire marcher le truc démocratique en demandant aux chefs naturels des clans de cajoler leurs sujets-administrés pour qu'ils soient désormais choisis par eux dans le secret de l'isoloir. En Irak, après épuisement du stock de kamikazes, les résultats sont encourageants sur le papier, puisque 51% des électeurs en moyenne se sont déplacés pour voter aux dernières élections provinciales. Mais l'enthousiasme n'est pas là, et c'est la faute aux politiciens :...

Sans doute ont-ils séché les cours du soir de démocratie. Un professeur français de droit romain remédie à cette lacune en éditant un abrégé de démocratie appliquée qui leur permet enfin d'envisager leur carrière avec sérénité. La démocratie s'apprend sur le tas plus que dans les livres, certes, aussi le ton du polycop est-il péripatéticien en diable, et le cours est offert également par oral. La traduction arabe suivra ...

Voici l'extrait essentiel sauvé du néant par un magnétophone d'amphithéâtre :

Pr Frêche
Ce que je vous dis c’est l’évidence. Ah, mais si les gens fonctionnaient avec leur tête, mais les gens ils ne fonctionnent pas avec leur tête, ils fonctionnent avec leurs tripes. La politique c’est une affaire de tripes, c’est pas une affaire de tête, c’est pour ça que moi quand je fais une campagne, je ne la fais jamais pour les gens intelligents. Des gens intelligents, il y en a cinq à six pour cent, il y en a trois pour cent avec moi et trois pour cent contre, je change rien du tout. Donc je fais campagne auprès des cons et là je ramasse des voix en masse¹.
Enfin, aujourd’hui je fais ce qui m’intéresse, comme président de région, j’aide les lycées, j’aide la recherche, et quand je ferai campagne, dans deux ans pour être de nouveau élu, je ferai campagne sur des conneries populaires, pas sur des trucs intelligents que j’aurai faits. Qu’est ce que les gens en ont à foutre que je remonte les digues ? les gens s’occupent des digues quand elles débordent, après ils oublient, ça les intéresse pas, les digues du Rhône, les gens ils s’en foutent, ah ! à la prochaine inondation, ils gueuleront qu’on n’a rien fait.

digue rompueAlors moi je mets beaucoup d’argent sur les digues du Rhône, mais ça ne me rapporte pas une voix ; par contre, si je distribue des boîtes de chocolat à Noël à tous les petits vieux de Montpellier, je ramasse un gros paquet de voix. Je donne des livres gratuits dans les lycées. Vous croyez que les connards me disent merci, ils disent, non, "ils arrivent en retard", comme si c’était ma faute parce que l’appel d’offres n‘avait pas marché et que donc il y avait quinze jours de retard dans la livraison.

Les gens, ils disent pas merci, d’ailleurs les gens ils disent jamais merci. Les cons ne disent jamais merci. Les cons sont majoritaires, et moi j’ai toujours été élu par une majorité de cons et ça continue parce que je sais comment les engraner, j’engrane² les cons avec ma bonne tête, je raconte des histoires de cul, etc… ça un succès de fou, ça a un succès fou. Ils disent, "merde, il est marrant, c’est un intellectuel mais il est comme nous", quand les gens disent "il est comme nous", c’est gagné, ils votent pour vous. Parce que les gens, ils votent pour ceux qui sont comme eux, donc il faut essayer d’être comme eux.

sardaneLà, les catalans me font chier, mais je leur tape dessus parce qu’ils m’emmerdent, mais dans deux ans, je vais me mettre à les aimer, je vais y revenir, je vais leur dire, mon Dieu, je me suis trompé, je vous demande pardon, ils diront : "qu’il est intelligent", ils me pardonneront, ils en reprendront pour 6 ans. C’est un jeu, qu’est ce que vous voulez, il faut bien en rire. Avant je faisais ça sérieusement, maintenant j’ai tellement l’habitude de la manoeuvre que ça me fait marrer.
Les cons sont cons et en plus ils sont bien dans leur connerie. Pourquoi les changer, pourquoi voulez vous les changer ? Si vous arrivez à faire en sorte que les gens intelligents passent de six à neuf pour cent, voire à onze, vous ne pourrez pas aller au-delà. Mais les cons sont souvent sympathiques, moi je suis bien avec les cons, je joue à la belote, je joue aux boules. Je suis bien avec les cons parce que je les aime, mais ça ne m’empêche pas, mais après, quand vous avez raison, après ils vous donnent raison, mais toujours trois à quatre ans après.

Toujours trois ou quatre ans après, ils disent : "mais il est pas si con parce que après tout, ce qu’il a fait ça marche". Donc vous faites des trucs, vous vous faites élire, six ans. Les deux premières années vous devenez maximum impopulaire, vous leur tapez sur le claque bec, etc… ah ! salaud, "le peuple aura t’a peau, on t’aura", moi je dis "cause toujours, je vous emmerde".
Ensuite deux ans vous laissez reposer le flan, vous faites des trucs plus calmes. Et les deux dernières années, plus rien du tout, des fontaines, des fleurs, et des bonnes paroles, je vous aime, ô catalans, je vous aime, ô occitans mes frères, je vous aime. Vous faites un petit institut, une merde pour propager le catalan auprès de quatre gugusses, tout le monde est content, tout le monde est content. Evidemment ils parlent catalan, comme ça personne les comprend à trois kilomètres de chez eux. Mais ça leur fait plaisir...

[© Professeur Frêche Georges, faculté de droit de Montpellier, 2008, dans une imitation réussie de Coluche] - Cours magistral collationné par Fabrice Thomas pour "Perpignan-Tout va bien" (le site propose les enregistrements en amphi).

hôtel du Languedoc
On comprend mieux pourquoi les harkis dissidents³ de Septimanie n'avaient aucune chance, qui étaient allés coucher à La Grande Mothe avec les élus gaullistes, légataires universels du Grand Abandon. Où passe un démocrate aussi abouti que le professeur-président, l'herbe ne repousse pas, mais les gens applaudissent le tour et c'est bien ce qui compte.
Sait-on que les présidents de région sont rééligibles sans limitation de mandats, comme l'ont obtenu non sans mal les despotes éclairés au pétrole lampant Chavez et Bouteflika ?

Messieurs al-Maliki, Karzaï et Moubarak junior, à vos plumes : vous nous copierez cent fois le cours de Maître Georges et vous vous garderez bien de réduire par un programme américain d'éducation démocratique des masses l'immense majorité de cons qui vous observe. Sinon, choisissez l'Education nationale française, le résultat est garanti.


Note (1): le professeur est un élu de la République depuis 1973 sans interruption, soit plus de 35 ans à ce jour. Donc sa méthode est éprouvée !
Note (2): de l'occitan, alimenter en grains (une meule par exemple)
Note (3): qui se sont fait traiter de "sous-hommes"en public




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2 commentaires:

  1. La méthode de Maître Georges est d'une efficacité redoutable, puisqu'elle est basée sur la politique naturelle, mais il faut du tempérament pour l'appliquer avec succès.
    M. Chirac s'y est essayé mais n'a pas tout compris. Peut-être que M. Sarkozy l'aura assimilée avant 2012.

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  2. C'est mieux encore de l'écouter "en live" sur le site de Perpignan que vous indiquez.
    In croyable !

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