dimanche 26 avril 2009

Europe : que faire de la démocratie ?

hayekDans son livre "La Route de la servitude" publié en 1943, le physicien social Friedrich Hayek nous avait démontré que l'hitlérisme n'avait pas surgi de l'âme allemande autant que du socialisme. Connaissant aujourd'hui les scores terribles des communismes russe et chinois, cette perversion systématique de la générosité sociale ne nous étonne plus puisqu'elle procède de cette chimère relevée par Elie Halévy : « Les socialistes croient à deux choses qui sont absolument contradictoires : la liberté et l'organisation ». La seconde force toujours la première et à y ajouter le loup de Hobbes, on peut aboutir à Pol Pot.
Ce qui aggravait le cas pour Hayek est que le monstre nazi était venu au monde par accouchement démocratique. Le dogme était-il à ce point faux ? Sans doute le pensait-il pour imaginer un dispositif antiparlementaire qui vaut la peine d'être évoqué, même succintement sur un blogue...

Commençons par les attendus de la doctrine Hayek : Avertissons le lecteur qu'elle est fondée sur une sorte de positivisme kantien qui n'organise que la sphère visible de notre monde et commence par "l'ordre spontané". C'est en plus un libéral atroce, à la limite de l'ogre : ses ouvrages étaient sur la table de nuit de la Dame de Fer !

A.- Cet ordre spontané hayékien est le précipité d'actions humaines convergeant souvent de manière inconsciente sans intention ni dessein rationnel dans le domaine social inorganisé. Ainsi en va-t-il des cinq piliers majeurs des sociétés humaines : le langage, la morale, le droit, la monnaie et le marché. Personne n'a planifié leur construction et le stade actuel de chacun résulte d'une longue évolution historique. Cette évolution enchaîne les essais, les erreurs, la disparition des structures inefficaces dans une sorte de sélection naturelle des comportements humains.
Le marché est une institution fondamentale depuis les modes informels de la préhistoire jusqu'à nos jours, et l'évolution perdure.

B.- Le marché ne se prête jamais très longtemps à sa planification autoritaire comme l'ont tenté les pays soviétiques et la France d'après-guerre, pour la seule raison que le caractère parcellaire, dispersé, fragmenté et subjectif de la Connaissance rend la planification inadaptée aux réalités. Il est impossible à un seul esprit, si puissant soit-il, même sur un seul segment de marché, de dominer l'ensemble des informations que ce segment peut coordonner seul spontanément.

doigts levés encrésL'alternative est de laisser la liberté au marché pour avoir les meilleurs ajustements, ou de brimer la liberté afin que les faits répondent au programme, et instaurer la coercition qui, dans les mains de "physiciens" de rencontre adoubés dans leurs fonction par le maquignonnage électoral, quêtant les voix des individus même les plus méprisables pour faire masse, tourne à la tyrannie.
La seule limite à cet autoritarisme est actuellement le "moment" contrariant des groupes les plus forts et les mieux organisés, au premier rang desquels les syndicats et les gestionnaires du crédit. Rien de moins sûr pour chercher le Bien commun. Mais en l'absence d'un équilibre tranquille des forces, comment gérer cette anarchie ?

C.- Un Etat fort a minima endigué par le Droit : le "Rechtstaat", puisque nous devons notre liberté aux bornes de la liberté.
L'Etat de droit s'avère paradoxalement essentiel au bon fonctionnement de l'anarchie libérale dès lors qu'il assure le cadre juridique nécessaire au libre jeu des forces économiques du marché. Ce cadre juridique qui garantit le fonctionnement de l'ordre naturel spontané, est lui même un ordre spontané fruit d'un certain pragmatisme que l'on veut souvent combattre par cette doctrine fabriquée de la démocratie. Or si le concept de "démocratie" est fondé sur la souveraineté populaire, il signifie que la règle majoritaire n’est pas limitable. « L’idéal de démocratie, originairement destiné à empêcher tout pouvoir de devenir arbitraire, devient ainsi la justification d’un nouveau pouvoir arbitraire, car ce n’est pas dans les résolutions d’une majorité que nous trouverons une sagesse supérieure. Elles sont plutôt à même d’être inférieures aux résolutions qu’auraient prises les plus intelligents des membres du groupe après avoir écouté tous les avis ».

debré au perchoirLe spectacle actuel de logorrhée législative, d'où que viennent les rédacteurs, montre que les lois du cadre ne sont pas élaborées le plus rationnellement par les individus, puisqu'ils sont limités dans leurs perceptions de l'ensemble et attentifs d'abord à leurs intérêts propres. Le parti démocratique "vainqueur" s'emploie à couvrir le "travail" législatif de son prédécesseur comme le chien marque d'urine son périmètre. Au bout de quelques décennies, le corpus de lois et règles devient un monstre d'antagonismes que personne ne maîtrise plus, au profit de juges et d'experts explicateurs qui finissent par prendre le pouvoir réel, un peu comme y étaient parvenus la Chicane (rapportée de Byzance par les Croisés) et les juges de l'Ancien régime.

Hayek retire l'essence du pouvoir au peuple balladé dans son incompétence naturelle par les rusés et les coquins. Très fort ! Mais pas si loin du schéma institutionnel des collèges électoraux de l'Alliance Royale que les retardataires découvriront ici. Ce régime hayékien se nomme « Démarchie¹ » s'il laisse la légitimité du pouvoir au peuple comme diseur en dernier ressort dans les situations de ruptures politiques ou de cataclysme. Le terme, s'il lui laisse l'autorité ordinaire, lui retire quand même la "force exécutive".

Son Etat fort a minima que nous appelons nous-même parfois "Etat strict et durci", pour souligner son périmètre inextensible au sein duquel s'exerce la plénitude de sa totalité, ressemble beaucoup au domaine régalien de la plateforme politique de l'Alliance Royale, qui retire des joutes électorales le cœur essentiel des pouvoirs d'un Etat ramené à ses fondamentaux. Yves-marie Adeline a-t-il eu une émotion libérale quand il a pondu son excellent schéma institutionnel ?

A qui donc confier les lois selon Hayek ? A côté d'une assemblée parlementaire élue par la population sur mandat impératif et excluant tout citoyen dont les revenus dépendrait de l'Etat, Hayek juge indispensable d'instituer une sorte de Sénat qui détiendrait l'exclusivité de la fonction législative, limitée à l'élaboration de règles de conduite générales en société. Cette Chambre haute serait composée de "nomothètes²" d'âge mûr mais pas gâteux (entre 45 à 60 ans!), dont un quinzième serait renouvelé chaque année. On y ajouterait avec bonheur l'interdiction de réitération de candidature et le cumul de mandats, véritables cancers de la représentation nationale française.

Par ailleurs, une Cour constitutionnelle composée d'anciens membres de la Chambre haute couronnerait cette architecture institutionnelle. C'est le Haut Conseil de l'Alliance.

Hans Hermann Hoppe, qui est de la même veine libérale, est allé lui au bout de l'épure hayékienne en proposant carrément la monarchie dans une "privatisation" de l'Etat. Nous en avons déjà parlé ici.

libanaiseCette démocratie dont tout le monde se méfie maintenant tant elle apporte de malheur réel au bonheur présumé (Hamas, Hezbollah, Kosovo, demain Talibans modérés), suscite de légitimes interrogations de la part d'esprits éveillés non vaccinés, mais Churchill nous a prévenu par son sens de la formule, qu'elle était le pire des régimes à l'exclusion de tous autres. Est-ce à dire que, sauf par la contrainte, l'espèce humaine est foncièrement ingouvernable en l'état ? Celle qui peuple la France assurément ! Les difficultés de la réforme de la société française le prouvent.
Le régime gaullien qui promettait l'efficacité quasi-monarchique après les turbulences parlementaires de la IV° République, s'est liquéfié en daube démagogique sur les fourneaux de ces messieurs Juppé, Jospin, Raffarin, Villepin et Chirac. Ceci prouvant en creux qu'il vaut mieux l'original. Ce régime décadent va être remis en cause, encore faudra-t-il en désigner clairement les défauts sans se tromper d'axe comme le font les socialistes³ qui diagnostiquent un déficit démocratique. Vient la question qui tue :

Si comme moi vous ne reconnaissez aucune expertise supérieure aux législateurs élus sans qualifications particulières, pourquoi taper sans cesse sur les agents de la Commission européenne, de l'OTAN ou de l'AIEA, au prétexte qu'ils ne le sont pas ? Il est impossible d'aboutir à des législations convergentes à partir des parlements nationaux sur certains domaines sans la contrainte de péril imminent, par exemple :
- oiseaux migrateurs
- taxation de la consommation sur un marché unique
- sécurité militaire et armement
- hydraulique fluviale
- ressource halieutique

Chaque fois, les parlements sont shuntés par les exécutifs réunis en Conseil européen qui décident du but à atteindre, laissent la Commission mettre en texte, et transposent avec ou sans passage à la Chambre la mesure législative dans les codes nationaux. On retrouve à ce niveau les nomothètes d'Hayek changés en "nomocrates". Il ne manquerait qu'une clef de voûte pour que ça marche mieux en séparant bien la loi supérieure et ses normateurs, du gouvernement quotidien des peuples dans un cadre juridique imposé. Un conseil des princes serait le plus abouti. Faisons-le savoir et remettons déjà le nôtre.

couronne de Namur


Note (1): de demos, le peuple, et archein, l'autorité (différent du kratos qui est la force exécutive).
Note (2): de nomos, loi universelle ou règles de juste conduite : nom donné à Athènes aux membres d'une commission législative chargée de réviser les lois.
Note (3): 90% de la classe politique française est socialiste, soit ouvertement, soit sous le masque de la social-démocratie.





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