samedi 29 août 2009

Le Lien interpelle l'Alliance

pin fleudelisA l'heure où nous mettons sous presse s'ouvre à Paris la Cinquième université d'été du parti royaliste qui va se pencher sur son avenir. Il n'est pas innocent que le 28° Lien Légitimiste soit tombé dans les boîtes il y a deux jours, on sait la proximité des uns et des autres, mais heureux les abonnés, quatre pages sur douze de cette livraison sont éminemment politiques, les huit autres excavent tout ce que vous vouliez savoir sur la rivalité des branches espagnoles de Bourbon au XX° siècle sans jamais oser le demander. Une mine !

Gérard de Villèle ouvre le feu par une salve à démâter. Beaucoup de bois brisé sur le pont de la galère royaliste, à commencer par ce que nous les gueux savions depuis longtemps, que la noblesse du XVIII° siècle s'était chié dessus¹ jusqu'à disparaître à terme et laisser la passerelle à la bourgeoisie brumairienne (ndlr: c'est RA qui use de cet adjectif), bourgeoisie dont les filles et les fils tiennent la roue depuis lors et ne semblent pas pressés de laisser le commandement réel du pays à quiconque sauf à leurs propres fondés de pouvoir, élus avec leurs fonds.
Mais il reste du bois debout.

La deuxième salve prend le légitimisme en enfilade : « La noblesse royaliste n'existe plus ou presque², la bourgeoisie royaliste aussi, et le peuple ne connaît pas ou guère cette option politique ». Suffit-il de servir le prince légitime ? Dans une société républicaine, on ne peut "servir" le roi de jure que nous donnent les lois fondamentales du royaume, inusitées depuis cent quatre-vingt ans, a fortiori un prince in absentia (ndlr: c'est RA qui rajoute la contumace). Et Villèle de condamner le Manifeste « issu de pensées dépassées, ne tenant pas compte des décennies de vie républicaine, [ni] des habitudes prises par nos compatriotes [... et de déplorer] de reporter nos attentions, voire nos suffrages, à des formations politiques qui pour être peut-être sympathiques, ne sont pas moins républicaines ». Puis de recharger la batterie à grenaille pour se payer Bernard Antony.
Avec beaucoup de finesse (trop sans doute), il nous démontre que le politicien de la "droite de conviction" qui surfe, à l'enseigne du sacré-coeur de Jésus et lys réunis, sur des valeurs acceptées au Roycoland, ne peut viser que la charge quinquennale suprême et sera infoutu de réaliser son programme³ contre tous les partis installés. Seul un roi assuré du temps nécessaire et indépendant des factions serait capable d'aboutir ; ce que B. Antony refuse explicitement en daubant sur l'Ancien Régime et caricaturant le royalisme comme une perte de temps !

Le coque flotte toujours. Pendant que Villèle se pousse un petit blanc de Touraine pour éponger les vapeurs de cheddite, Jacques Rolain revenu de la sainte-barbe où il comptait les barils, fait pivoter le bord et aligne l'Alliance royale à mitraille. Il constate comme beaucoup que le flou pseudo-artistique sur la question dynastique voulu par Yves-Marie Adeline pour ratisser large, entame la crédibilité du programme. Royal-Artillerie a souvent dit que la réponse "après on verra bien" n'en était pas une, et quelle laisse au citoyen l'impression que l'ouvrage est inachevé, ouvert sur l'incertitude, mal fagoté. D'ailleurs lors de la campagne des parrainages 2007, cette fausse réponse était la partie la plus faible du discours d'Adeline, la critique systématique de la procédure venant juste après en termes de contre-productivité. Et Rolain d'insister : l'infléchissement légitimiste « permettrait de poser clairement les principes de la monarchie exercée par le roi légitime et de la comparer à celle créée pour le président d'une République qui ne cesse de se chercher et de se définir ». Au moment où le parti d'Orléans au mieux possible avec le régime actuel, quémande et obtient des croix, ce que vous ne ferez jamais (non ?), cartes sur table, messieurs de L'Alliance, il faut aller à Caracas !

batterie de La Provence
Nous terminons ce billet par une définition de la gouvernance de Louis XV par Pierre Gaxotte : Peu de personnel, peu de paperasse, pas de routine, de l'initiative : tout ce qui est nécessaire pour aller vite et faire bien. Je me dis que M. Sarkozy en campagne a dû rêver d'un dispositif durci de la sorte. Mais dans le schéma démocratique, il faut récompenser les alliés du second tour et meubler les bureaux de la nouvelle nomenklatura, en suivant le livret de la geste clientéliste essentielle au régime républicain. La partition attire les mouches, on voit de grands inquisiteurs se rallier sans vergogne, et bien des connétables de Bourbon sonner à la Grille du Coq.

Le Lien Légitimiste
10 place Foire-le-Roi
37000 Tours


livrable par e-mail tous les deux mois au format .pdf pour 10 euros/an



Note (1): Il cite le comte de Ségur que nous ne pouvons résister à rapporter ici : "Riants, frondeurs des modes anciennes, de l'orgueil féodal de nos pères et de leur grave étiquette, tous ce qui était antique nous paraissaît gênant et ridicule... On trouve du plaisir à descendre, tant qu'on croit pouvoir remonter dès qu'on veut... Ainsi, quoique ce fussent nos privilèges, les débris de notre ancienne puissance que l'on minait sous nos pas, cette petite guerre nous plaisait... Les formes de l'édifice restant intactes, nous ne voyions pas qu'on le minait du dedans...".
Note (2): s'il parle de la noblesse en état, il a raison tant de titres ayant été relevés sous les régimes successeurs de l'ancien. Plus, il n'est de féodalité nobiliaire que foncière, ce qu'a bien compris Giscard d'Estaing qui s'enracine sur les rives du Lot avec armes (de France) et bagages.
Note (3): le catalogue d'Antony est accessible par ici.



Si l'article vous a plu ou déplu, vous pouvez aussi le faire suivre à un ami en cliquant sur la petite enveloppe ci-dessous :

5 commentaires:

  1. Excellent numéro. Il faudrait parler une autre fois de la résolution du contrat de ralliement de l'Eglise à la III° République qui a échoué (article de Fitremann) et recadrer les catholiques dans leur "régime naturel".
    Bon, c'est une autre histoire.

    RépondreSupprimer
  2. Je partage avec vous ce sentiment d'inachevé quant au programme de l'AR ouvert sur une incertitude majeure.

    RépondreSupprimer
  3. C'est du lourd !
    L'AR a-t-elle débattu de cette béance ? J'en doute puisqu'elle est en campagne d'élargissement vers les pièces détachées de l'Action française.

    Vive Louis XX !

    RépondreSupprimer
  4. Le communiqué de fin de session de mentionne pas de ralliement au Bourbon mais précise que le GAR et le CRAF étaient représentés au sommet.
    Clic ici.

    RépondreSupprimer
  5. Cher Kardaillac - si je ne me trompe ??? -

    Vous faites une concurence sévère - ô combien de qualité ! ... - mais déloyale - sourire SVP - au fou du Roi Louis XVII qui s'est interdit d'intervenir sur le champ fleurdelysé ...

    http://groups.google.fr/group/louisxvii-info-2/web/le-fou-du-roi-louis-xvii

    RépondreSupprimer

Les commentaires sont modérés. On peut utiliser les balises a, b et i dans leur rédaction. Pas de commentaires "anonymes".

Printfriendly