samedi 22 janvier 2011

Picsou l'a rêvé, Ts'ai-chen l'a fait !

Ce billet est paru dans l'Action Française 2000 du 20 janvier 2011 sous le titre Les Chinois maîtres du jeu. Il avait la modeste ambition de mettre en valeur les énormes disponibilités financières de la Chine qui à force de travail acharné peut aujourd'hui s'acheter le Monde. Reste que ces réserves sont la partie non redistribuée des bénéfices de l'Empire qui tarde sérieusement à assurer le minimum décent aux masses laborieuses et démocratiques de l'intérieur.
Quelle leçon sévère, pour notre civilisation des loisirs, notre goût de la revendication et notre mentalité d'éternel estivants, que nous soyons désormais à l'encan !
Dit en passant, Ts'ai-chen (Caishen) est le dieu de la fortune du panthéon chinois.

Dans la salle de marché des réserves chinoises, tourne, dit-on, un globe terrestre à la mode de Coronelli où les océans sont de lapis-lazuli et les terres émergées d'or. Lui font face vingt-quatre postes de travail électroniques. Qui voit le globe voit Mammon, les Chinois adorent l'argent. Nous sommes chez SAFE¹, State Administration of Foreign Exchange. Les postes sont occupés par des super-gnomes, la crème des jeunes mathématiciens de l'université. C'est sous la houlette de Mme Hu Xiaolian qui fut vice-gouverneur de la Banque Populaire de Chine à 47 ans, qu'a explosé l'accumulation des réserves de changes les plus formidables de l'empire céleste en passant le trillion de dollars en 2006. A raison d'un milliard de plus par jour, elles atteindront trois trillions de dollars bientôt² ! Mme Hu a retrouvé son poste de vice-gouverneur de la BPC et s'occupe aujourd'hui de diversification.
En effet, 65% des réserves centrales de Chine sont en dollars américains sous forme de bons du Trésor, titres d'agences et espèces. Les Etats-Unis consomment ce que la Chine produit avec l'argent que la Chine leur prête, pris sur les bénéfices qu'elle engrange sur leur dos. Comme le dit Lawrence Summers, chef du Conseil Economique National d'Obama, les Etats-Unis et la Chine sont liés par une dissuasion financière dans le droit fil de la "destruction mutuelle assurée" qui gouverna les relations russo-américaines de jadis. Mais si la Chine ne peut se défaire de son encaisse dollars au risque de tout perdre, elle peut manipuler la gestion de ses bons en appui direct de sa diplomatie, et elle ne s'en prive pas, au grand jour ou en sous-main par ses fonds souverains.

Gens avisés, les dirigeants chinois cherchent à diminuer le risque américain de deux façons : ils divisent les encours, d'où leur intervention sur l'euro (26% des réserves) dont nous allons parler, mais surtout, ils veulent substituer leur propre monnaie dans les règlements commerciaux avec l'étranger, une façon aussi de différer sa ré-évaluation. Le commerce chinois en Asie du Sud-Est est de plus en plus réglé en yuans et l'on a connaissance d'accords de swap avec des pays aussi divers que la Corée du Sud, la Malaisie, l'Argentine, la Biélorussie ou l'Indonésie. Qu Hongbin, chef économiste de la HSBC à Hong Kong, a déclaré récemment que 40 à 50% du commerce extérieur chinois sera réglé en yuans en 2012. Quand des pays (asiatiques) règleront leurs échanges hors-Chine en yuans, la monnaie chinoise aura accédé au statut de devise internationale, prélude à celui plus prestigieux de sixième monnaie de réserve avec le franc suisse, le yen, la livre sterling, l'euro et le dollar américain.

En attendant l'apothéose du "créativisme idéologique", la SAFE vient sur l'euro en prenant des bons à rendement émis par les trésors malades européens, pour trois raisons : dans leur diversification des réserves de change, ils misent sur la continuation de la zone euro parce qu'ils ne voient pas d'alternative et que les émissions des PIGS³ sont garanties par l'Union européenne allemande, partenaire économique majeur dont la santé est liée à la leur propre ; le portefeuille de bons européens est un levier du même modèle que celui qu'ils utilisent contre les Etats-Unis, à la différence près que tout chantage à se défaire de ces bons à vil prix réagira immédiatement sur la BCE qui en détient, mais aussi sur les systèmes bancaires français et allemand qui ont de fortes encaisses de bons pourris, entamant ce faisant leurs ratios prudentiels ; troisième raison, par la fenêtre monétaire, ils s'ouvrent le passage pour investir dans les fleurons européens et se prémunissent du protectionisme réclamé par les partis populaires. Que peut refuser Madrid, qui vient de leur placer six milliards d'euros au bon moment, à un géant industriel chinois qui veut acheter des usines ou des banques ? Pourra-t-elle taxer demain un dumping chinois après avoir signé 7 milliards $ de contrats export avec le vice-premier Li Keqiang ? Et ce n'est qu'un début a dit celui-ci au roi.

cliché NASA connurbation Beijing-Tianjin

Que cela nous plaise ou non, les Chinois sont maîtres du jeu. Les effets sont d'évidence, les causes aussi, à commencer par un régime politique bien adapté à la période de renaissance économique. Les cabinets ministériels forment leurs successeurs en continu sur un agenda centenal. Un projet national de temps long existe qui convoque de gros moyens et interdit les faux-fuyants et la démagogie. Malgré tout, ces réserves monstrueuses devraient être dirigées aussi vers la satisfaction des besoins essentiels des masses populaires sans pour autant alimenter l'inflation qui menace. C'est le vrai défi.

Notes :
(1)Coffre-fort se dit safe en anglais
(2)Les réserves de change détenues en Chine ont atteint fin décembre le montant de 2.847 milliards de dollars, a annoncé mardi la BPC (AFP.- 11.01.11). S'y ajoute 1,7 trillion d'argent de circuit court (illégal) mais mobilisable. Les réserves françaises totales sont de 182 milliards $.
(3)comme Portugal, Irlande, Grèce et Espagne (Spain)
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7 commentaires:

  1. Ainsi, même à "l'Action française", on translittère en pinyin. Il y a pourtant une romanisation conforme à la phonétique francophone, l'EFEO. Des sinologues y reviennent.
    Sinon, article fort intéressant.

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  2. Figurez-vous que j'ai cherché la translittération "coloniale" de l'Ecole Française d'Extrême Orient pour apprendre qu'elle était aujourd'hui obsolète et remplacée par le hànyǔ pīnyīn.
    Désolé. Mais si vous pouvez me donner le Caishen en EFEO de jadis, je ferais la correction pour sauver un peu de sciure d'empire. ;)

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  3. Sous toute réserve, car je ne suis pas sinologue, je propose : Ts'ai-chen.

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  4. Délicieux cet échange !

    Est-ce qu'on pourrait avoir juste une tasse de thé ( darjeeling de préfetence , n'oubliez pas l'Inde ! ) avant que les Chinois n'achètent notre porcelaine de Sévres ou de Limoges ?

    Pour revenir au sujet qui en rappellera un autre à notre modérateur, voici une info découverte sur le SB

    http://lesalonbeige.blogs.com/

    Des monnaies locales aux Etats-Unis ?

    Lu dans Minute :

    D "Les prévisions de l’analyste russe Igor Panarin sur l’effondrement du dollar et l’éclatement des Etats-Unis dus à la crise économique avaient provoqué, il y a deux ans, un scepticisme général. Pourtant, depuis le début de l’année, plusieurs Etats américains se préparent à la fin de la Réserve fédérale et de l’Union! Le quotidien « Salt Lake Tribune » vient d’annoncer que cinq Etats dont l’Utah, la Georgie et la Virginie élaboraient, chacun de leur côté, des monnaies locales basées sur l’or ou l’argent, concurrentes du dollar, pour se protéger des risques d’inflation et de dévaluation."

    A quand une cellule opérationnelle d'économistes royalistes, pour réfléchir à la création de la future monnaie du Royaume de France ?

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  5. ERRATUM

    J'ai oublié d'évoquer la création de la cellule royaliste de militaires qui sera chargée d'aller récupérer le stock d'or de la France, actuellement transféré - sauf erreur - à Francfort, la ville bien nommée ! ...

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  6. Chic alors ! Nous allons pouvoir exiger le remboursement des emprunts chinois !

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