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mercredi 18 mai 2011

Constitutionnellement sale !

dessin de Chappatte
Cinquante-sept pour cent de nos concitoyens pensent aujourd'hui que "notre" directeur général du FMI est tombé dans une chausse-trappe, fosse à tigre ou piège à con. C'est dire combien notre classe politique est considérée.
L'Affaire qui risque de devenir une affaire Dreyfus-bis (il y a tous les ingrédients) confirme, sinon dévoile pour les béotiens, le caractère très salissant du mode de sélection des pouvoirs de notre belle République. Certains font même sur eux sans que les autres s'y appliquent. Chacun dans le microcosme annonçait une campagne "sale", M. Strauss-Kahn lui-même parlant au journal Libération des trois angles d'attaque de ses adversaires, l'argent, les femmes, sa judéité. Que ne s'en est-il pas méfié ! Non pas des adversaires qu'il pensait écraser de toute sa superbe intelligence, mais de lui-même.
Dans le cas du Sofitel de la 44th Rue, présumons de la sincérité de la plaignante, de l'innocence de l'accusé et du professionnalisme du New York Police Department. Ajoutons simplement qu'on démontrera, mais pas en France, qu'une bulle de compétences vient d'éclater, le Dr Strauss-Kahn, n'ayant jamais rien publié seul de ses travaux et pour cause, n'est pas à la veille d'un prix Nobel d'économie ! Et tenons-nous en là.

Quand s'acheva la réforme des retraites menée par Eric Woerth - dans les conditions d'ambiance que l'on sait créées par l'opposition vertueuse qui réclame de la dignité aujourd'hui - le président Sarkozy a dit passer dès lors à la "politique" et vouloir à partir de cet instant "cliver". Cliver signifie partager l'opinion en deux camps irréconciliables en renforçant simultanément le sien juste assez pour qu'il écrase l'autre de quelques milliers de voix au résultat. En démocratie directe comme pour notre élection présidentielle, ça suffit, la dictature du Nombre est imparable, la minorité a politiquement tort !
Cet écart est recherché par tous moyens, même légaux aurait dit quelqu'un. Les conseillers en soupentes de l'Elysée ne vivent maintenant que pour ce jour du premier tour et produisent à jet continu du programme, des choix de communication, des missions de propagande. On le sait de longtemps, il n'y a aucune morale à respecter, l'élection au suffrage universel étant purificatrice si vous la gagnez. Demandez à tous élus repris de justice et ré-élus - il y a des cons partout même chez les électeurs - il ressortent de la machine électorale à laver l'infamie aussi vierges qu'au moment de naître. L'exemple-type voire caricatural est le maire de Levallois-Perret mais il n'est pas le seul.

Sans parapet moral, la conduite est libre de toutes entraves. La première campagne sale à laquelle j'ai assisté était celle de l'Union de la Gauche contre Giscard d'Estaing. Des clips et des films avaient été fabriqués. Sur l'un d'eux, le garde-chasse du parc de Chambord expliquait que le président était un viandard au point de ne vouloir tirer que des dix-cors, malgré les supplications des agents de l'ONF. Puis ce fut l'heure du laitier où le président retardé par une hétaïre percuta le livreur du quartier et enfin les diamants de Bokassa, des pierres brutes de petite taille qu'on appelle en joaillerie des brillants et qui devinrent autant de Youkunkun¹ dans l'imaginaire collectif. Mitterrand allait couler le pays content de lui et pouvait donner ensuite plus de prise avec le double-foyers et ses fréquentations interlopes, la Droite n'en fit rien. Bizarre. Le Japon peut-être ?
Dès qu'on accède à ce milieu des pouvoirs libres en tout caprice, on reste entre soi. Vous en êtes, vous n'en êtes pas. Il n'y a pas de sas de décompression. Les frasques piniques de M. Strauss-Kahn ne l'auraient jamais plombé en France, il était du Club, sinon il n'aurait jamais accédé au FMI. Eric Woerth n'en était pas qui dut solliciter un job pour sa femme auprès du fondé de pouvoir de Mme Bettencourt.

C'est tout le principe de la course au pouvoir ouvrant le coffre aux prébendes, qui est malsain. Gagnant le gros lot par le moindre écart, toute l'action des équipes de campagne est focalisée sur le basculement de ce minimum décisif. Les sondages privés de l'Elysée (mais payés par le contribuable) ne recherchent que l'effet des actions menées à dessein aussi mince soit-il. On ajuste et on rejoue. On est loin encore des "comptes de campagne", aussi peut-on engloutir beaucoup d'argent public dans cette recherche d'efficacité.
Il est difficile de chiffrer le prix pour la nation d'un tel système électoral. Aux débours effectifs, il faut ajouter le temps passé par les dirigeants et la distraction qu'il induit dans la gestion des affaires publiques. On peut supposer qu'il est incommensurable.
Les pays qui évitent cette course à la fonction suprême, à la gloire éphémère mais inégalée d'une présidence d'Etat, ne savent pas les économies qu'ils font. De mémoire cependant, il me fut rapporté que le parlement du nouvel Etat de Norvège, détaché du royaume de Suède, choisit alors la forme monarchique pour la raison toute prosaïque qu'elle était meilleur marché pour le peuple. Il faut préciser que la Norvège est un vaste pays froid peu peuplé et donc que les charges de son entretien sont lourdes et comptées avec économie. Ce qui n'est pas le cas de la France qui, bénie des dieux, s'adonna de tous temps et sous tous les régimes aux gaspillages et caprices de Cour.

Le pouvoir exécutif de ces monarchies naît de la conjonction d'un choix du prince qui rencontre l'assentiment des représentants du peuple. En un sens, la V° République ferait pareil. Mais par le placement subalterne de ce pouvoir, il n'est pas question de rechercher à tout moment le minimum décisif de voix à faire basculer. L'impétrant - il n'y en a pas toujours, comme en Belgique ces temps-ci - jaillit donc des rangs d'un parti majoritaire dont la représentation parlementaire provient de centaines de scrutins locaux, sinon d'une coalition parlementaire formée dans ce cas de milliers de scrutins. L'éparpillement s'il n'est pas un parangon de vertu ne fait pas moins obstacle aux basses manoeuvres du jeu de bascule de l'élection présidentielle. En un mot, les législatives sont plus propres.

C'est aussi pour cette raison qu'une monarchie constitutionnelle est préférable à une République quinquennale monarchisée comme la Cinquième. Au minimum, il faudrait revenir aux dispositions antérieures à la révision gaullienne de l'article 6 de la Constitution (1962) et faire élire le président par les chambres réunies en Congrès pour sept ans, sinon carrément pérenniser la fonction et remettre un roi.

Note (1): Le Youkunkun est un gros diamant dissimulé dans le klaxon de volant de la Cadillac de Bourvil (Le Corniaud 1965)

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