lundi 27 mars 2006

Le peuple "en l'état"

"Le peuple en ses états, le roi en ses conseils".
La devise qui organise les libertés réciproques du roi d'exercer ses pouvoirs régaliens dans une indépendance absolue, et du peuple de gérer son quotidien comme il l'entend démocratiquement, est-elle toujours valable d'application ?

"Les libertés en bas" est un slogan qui présuppose une véritable procédure de choix populaires dans les structures de gouvernement provincial et local. Ce serait la panacée au désordre actuel des récriminations qui foisonnent, que l'on attribue généralement au déficit démocratique. Les gens rechignent parce qu'on ne leur a pas suffisamment parlé, dans des enceintes de débats. Ainsi dans le royaume rêvé, les gens seraient-ils convoqués plus souvent à trancher des questions de proximité, ce qui les impliquerait dans le "Politis" et arriverait à les transformer en citoyens responsables, capables dès lors d'envoyer des députés de qualité auprès du pouvoir central afin de lui exprimer le sentiment général de la Nation pour les questions supérieures. Le pouvoir suprême, attentif mais libre de ses propres choix, ne se soucierait finalement que de placer le pays dans les meilleures conditions générales du bonheur de la Nation, avec une vue à long terme favorisée par sa permanence, et un réflexe de pater familias qui a reçu du bon et transmet du meilleur, réflexe favorisé par la successibilité héréditaire. C'est l'utopie royaliste.

La question qui vient immédiatement après la "mise en conditions prospères" du pays par le roi et ses conseils, est celle de la capacité du peuple à gérer ses affaires locales. Parce qu'on a bien compris qu'il ne suffit pas de créer un environnement favorable et persistant pour que la nation exulte. Certes le peuple appréhendera plus facilement les tenants et les aboutissants des choix dont il se saisira ou qu'on lui confiera. Mais actionnera-t'il le "réflexe civique" du Bien commun, privilégiera-t'il son intérêt particulier, sera-t'il capable de le cerner d'ailleurs, agira-t'il plutôt en résonance de l'activisme de blocs trans-régionaux qui chercheront à passer par-dessus les intérêts locaux pour des campagnes de niveau national, pervertissant ce faisant la démocratie directe qu'on aura bien voulu lui concéder ? Tout cela à la fois, le système étant réputé le plus mauvais à l'exclusion de tous les autres.
parlement incendié
Mais avec une circonstance aggravante en France : La révolte populaire y a toujours été connotée "démocratique"; ce qui affaiblit d'avance le jeu démocratique réel. Une ville, une région seront à la portée d'émeutiers de toutes catégories qui y feront la loi. Qu'on se souvienne de la lamentable affaire du parlement de Bretagne, incendié par les Huns.

L'intelligence civique a depuis longtemps été déniée au peuple que l'on sait superbement idiot au point qu'on doive le faire voter au travers de règles électorales inextricables dessinant des cartes électorales artificielles, ce afin de proclamer des majorités qui ne sont rien de plus que l'agrégation d'intérêts minoritaires dont la coalition le demeure. L'escroquerie démocratique républicaine qui permet le hold-up d'une caste polymorphe sur les affaires de la Nation, a interdit d'éduquer les gens au maniement de la vraie démocratie. Je suis toujours admiratif à la juste arrogance de ces démocraties qui votent leur sécurité à la proportionnelle comme Israël. Il faut en avoir dans le pantalon ou plutôt savoir s'abandonner philosophiquement à une vertu nationale que l'on n'atteindrait collectivement que dans la simplicité. Même le scrutin basique présidentiel fait l'objet d'une préparation spéciale avec l'obligation d'adoubement délivré par les partis en place (500 signatures d'élus). Faire un cours d'instruction civique en France est un défi d'alchimiste. Expliquer à de âmes simples les modes de scrutins républicains adaptés chacun à un niveau de choix - prendre simplement le scrutin municipal -, devrait éveiller la méfiance des auditeurs intelligents. Pas besoin, les fabricants du système ont décidé un jour que le peuple devait faire confiance à ses centurions auto désignés, partis, syndicats, ligues et clans qui sauront y trouver - mais là n'est pas la question -, les chemins de leur intérêt et surtout de leur subsistance. Alors on rabâche à l'électeur, tout au long de sa vie, qu'il doit faire confiance en la République parce que elle est la seule à lui garantir sa liberté ! Et la plupart n'iront jamais chercher plus loin. "La plupart" en démocratie ça fait une majorité.

Question préalable à la limite du sacrilège : le peuple est-il "politique" ? Sait-il gérer la Cité ? Autrement dit, la démocratie directe est-elle l'os à ronger qu'on jette aux gens pour qu'ils ne s'intéressent pas plus longtemps aux enjeux nationaux et internationaux dont ils ne comprennent pas grand chose mais sur lesquels ils auraient beaucoup à dire si l'on en croit leurs représentants. Après tout, si le nouveau royaume prédispose à la démocratie directe contre l'avis "éclairé" de Voltaire qui y voyait la certitude de la dictature la plus néfaste, celle de la Bêtise, on ne peut oublier que déjà dans les temps antiques, on avait coutume de trier les électeurs parmi les résidents car on doutait que la sagesse citoyenne fût également répartie. On se méfiait des visages étrangers à la Cité, du défaut de maturité, de la condition sociale. Jusqu'à l'époque moderne on n'eut de cesse de restreindre la capacité à voter, et aujourd'hui encore le suffrage n'est pas véritablement universel dès lors qu'on exclut des urnes des résidents de longue date certes, mais ressortissants d'un autre pays, même si celui-là les a oubliés ou abandonnés depuis des lustres. L'accès des femmes aux urnes est très récent. Le référendum d'initiative populaire est un slogan creux qui terrorise les édiles. Mais dans le microcosme politique on échangerait bien ces désagréments de "la France d'en-Bas en position de dire tout et n'importe quoi", contre l'accès des élites "nationales" aux prébendes du plus haut niveau et l'établissement des siens aux étages inexpugnables des pouvoirs supranationaux. La tentation existe-t'elle chez les docteurs politiques du royalisme ?
Je réponds "oui" et qu'elle doit être combattue.

Revenons aux capacités politiques du vulgum pecus dont je fais partie. Regardons l'actualité. L'aventure un peu dérisoire du CPE laisse croire que l'électorat est au deux tiers gravement touché par la peste du slogan réflexe. Le peuple ne réfléchit pas, il s'émeut ! Il méconnaît le dispositif critiqué dont il n'a retenu que deux dispositions prédigérées par les syndicats et leurs remorques politiques. A la limite il s'en fout ! Surtout si les agitateurs professionnels le convoquent à tort et à travers au débat. Deux tiers de l'électorat sondé serait contre Monsieur Villepin. Sa loi était une brique dans le muret de contention des débordements anarcho-ethniques de novembre, en excitant la cupidité des entreprises pour embaucher à n'importe quelle condition des jeunes de banlieue qui auraient échoué dans le commerce du shit. Il fallait que les uns améliorent leur estime de soi et que les autres découvrent des talents cachés.
Au lieu de cela, les enfants de la bourgeoisie à l'abri de ces dispositions qui cessent à 25 ans 11 mois et trente jours d'âge, se sont révoltés contre l'Etat sous la houlette des fils de politiciens d'opposition. Qu'importe ! L'électorat adulte ne veut pas le voir ! Il braille lui-aussi et va accompagner une grève nationale de protestation contre la précarisation du code du travail précaire. C'est une histoire de fous, mais démocratique !

L'enjeu consistant à confier l'avenir des régions en totalité aux résultats de choix démocratiquement obtenus localement, est-il tenable ? Si l'on veut ouvrir une polémique, on posera la question qui tue :

  • Une nation qui laisse financer la recherche inlassable de son cocooning par les taxes qui devront frapper les enfants à naître ;

  • qui se laisse submerger par la violence sans dire plus que de gémir sur le désintérêt des CRS à l'égard de ses enfants : l'assaut des cités contre les manifestants-touristes-bourgeois des Invalides (quel clin d'oeil) est exemplaire d'une castration des jeunes élites complètement paniquées par une simple attaque à mains nues ;

  • une nation qui est tétanisée par la confrontation économique mondiale au point de se ranger plus que toute autre dans le camp sans issue de l'altermondialisme moustachu et primaire ;

  • qui aime d'abord ses loisirs au point de ne jamais oublier dans son entretien d'embauche le régime de RTT pratiqué par l'entreprise ;

  • qui ne croit en aucun autre principe que celui de précaution :

Cette nation peut-elle se gouverner "en ses états" ?

C'est un gros pari que lance les Royalistes.

2 commentaires:

  1. Je lis toujours avec beaucoup d'attention vos notes et vos commentaires, même si je n'ai pas toujours le temps d'y répondre. Merci de votre intérêt pour mon blog. Pour le sujet ci-dessus, il me semble intéressant pour les royalistes d'aborder ces thèmes qu'ils ont parfois trop laissé à d'autres, au risque de les voir récupérer et détourner de leur force et portée initiales. Amitiès.

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