jeudi 3 mai 2007

Fin de l'utopie globale ?

Nous aurions aimé voir débattre hier de la France de demain dans le Monde réel, celui qui ne nous attend pas, et que les questions économiques, stratégiques et militaires soient creusées. A l'évidence le veau national n'était pas preneur de plus que le foin de sa mangeoire. Tant pis, nous oserons parler de la mondialisation pour la démystifier, pour dire que ce combat d'hier et d'aujourd'hui n'est peut-être pas le vrai combat de demain, celle-ci pouvant ne toucher que la génération actuelle et s'éteindre, ou au moins se rétrécir car on ne pourra pas aller au bout de la belle utopie.
En attendant l'embellie, il faut peut-être recaler le concept :

C'est une « invention » capitaliste qui prend racine dans le libéralisme commercial d'après-guerre visant à développer la consommation de biens de masse pour pouvoir prélever de la richesse sur les flux financiers induits. OCDE (plan Marshall), GATT (père de l'OMC), FMI, CEE même combat, et ça a marché puisque le capitalisme a enfoncé tous ses rivaux.
Le « bonheur collatéral » qui apparut tardivement dans cette démarche libérale, fut le déclenchement (enfin !) d'un développement économique massif par la mise en mouvement de la roue vertueuse de la mondialisation. Que ce ne soit pas aux endroits prévus n'est pas grave (1).
Rapidement, ces vertus peuvent s'expliquer ainsi :

- Réexportation en cascade du travail fourni par le marché global vers le pays le plus pauvre « Y »au fur et à mesure de l'élévation du prix de l'heure et du niveau de vie dans le pays producteur « X ».
- Reflux des productions à bas prix vers les consommateurs qui augmentent en nombre mécaniquement par l'abaissement du seuil d'accès des populations à la société de consommation.
- Exigences de combativité économique des pays avancés pour compenser le drainage du travail non-qualifié par la recherche et développement continus de l'innovation qui puisse profiter à tout le monde.

Pour que le moyeu de cette roue vertueuse tourne sans dommages il faut qu'il baigne dans l'huile des règles du jeu équitables ; ce qui n'est pas encore le cas, tout le monde triche. Il faut aussi que les populations des pays avancés soient convaincues de l'intérêt du mouvement de la roue ! C'est une autre affaire, la France semble tétanisée sur ses "acquits sociaux", ses "exceptions" et leur déclin !

engrenages
Cette mondialisation-là dans son cercle vertueux est le seul vecteur de développement à grande échelle qui ait prouvé sa capacité à arracher d'énormes masses de populations à la misère endémique du Tiers-Monde. On reviendra une autre fois sur les conditions de « participation » qui sont complexes et qu'un continent comme l'Afrique ne réunit pas (2).

Dénoncer la Mondialisation c'est d'abord refuser le vrai développement aux pays pauvres, en leur vendant des placebos comme le co-développement, le micro-crédit, les mini-projets, etc. tant de fadaises qui masquent notre mépris à leur égard. (3)

Mais il y a une roue vicieuse qui engrène dans la roue vertueuse de la mondialisation.

Nul n'avait prévu que la submersion des marchés mondiaux par les productions nouvelles s'accompagnerait d'un essor des migrations. Au contraire même, avait-on pu croire à la possibilité de vivre décemment au pays globalisé qui retiendrait les éventuels candidats à l'exil économique. Hélas, c'était un point de vue académique ; tout a dérapé. Les frontières se sont abaissées pour les biens, et la recherche générale d'une vie meilleure s'est engouffrée à leur suite. Il est amusant de constater que la moitié des sans-papiers régularisés en 2006 par le ministre Sarkozy sont des Chinois plus impatients que la moyenne de leurs concitoyens pour ne pas attendre sagement de profiter du céleste empire revenu.

Le facteur aggravant est la gestion pitoyable de trop nombreux pays du monde qui fabriquent en continu des émigrants. Le travail exporté comme nous l'avons dit au début, ne suffit plus à couvrir la destruction par incompétence ou par la guerre d'activités locales dans beaucoup de pays pauvres, laissant un solde énorme de gens désespérés. Citons deux pays favorisés par des rentes de situation, ayant ruiné leurs chances : Zimbabwe, ex-Rhodésie prospère coulée par l'accession au pouvoir d'un gang sous couvert d'une lutte de libération. Sri-Lanka, île riche déchirée par une vraie guerre inter-ethnique tranquillement entretenue par les riverains. Mais il y en a tant d'autres où l'incurie fait rage ! D'immenses cohortes de réfugiés économiques et politiques (c'est finalement la même chose) se superposent aux migrants volontaires.

La SAARC (South Asian Association for Regional Cooperation) a fait son Davos en avril dernier sur la « Connectivité » inter-régionale pour favoriser les flux de biens, services, gens, technologies, savoirs, capitaux, la culture et ... les idées. C'est une blague : au même moment on constate sur cette zone et partout ailleurs dans le monde, l'érection urgente de murs !
Time magazine en fait la liste dans son numéro daté du 7 mai. C'est impressionnant : Pakistan/Afghanistan, Inde/Pakistan, Inde/Bangladesh, Iran/Pakistan, Botswana/Zimbabwe, Arabie Séoudite/Yémen et Arabie/Irak, Thaïlande/Malaisie, Etats-Unis/Mexique, Israël/Palestine. Motif : les bonnes clôtures font les meilleurs voisins !

Certes tous ces pays ont des problèmes internationaux. Mais n'en avons-nous pas ? A notre échelle de conscience de la douleur ils nous sont aussi insupportables. Il semble donc difficile que dans un avenir proche n'émerge pas la décision de rayer de la liste des flux favorisés par la SAARC, par l'UE et par bien d'autres organismes de commerce transnational, le flux des « gens » !
Du moins seront pourchassés les profiteurs du libéralisme économique dans sa version autorisée de l'immigration choisie : avec un fond d'oeil, toute la gentry capitaliste et ses yuppies sauteront les frontières sans retard, et avec eux bien des touristes chargés de cartes bancaires, sauf les Roms, les Yougoslaves, les Killims, les Towelheads, les Mongols, les Kurdes et ... les Polonais de la clef anglaise !

Qu'en déduire ?
Que lutter contre la mondialisation comme le font certaines organisations bruyantes est encore utile pour motiver les décideurs de Bruxelles à « faire le mur » réglementaire tout de suite mais c'est presque un combat du passé, un combat vain comme celui que l'on mènerait contre une mauvaise météo.

La situation va se réguler d'elle-même par la fermeture des sas au passage de la « matière vivante ». Trop c'est trop ! L'Europe dit Pouce ! Les règles d'échanges de biens et services seront amendées pour atteindre une meilleure équité strictement mercantile - TVA sociale sur les importations, taxe carbone - mais l'espèce humaine sera retirée de l'épure.
Attention : tant que la roue vertueuse tournera, le renouvellement des secteurs productifs continuera obligatoirement dans nos pays développés, et dans tous ceux qui vont nous rejoindre. L'exigence d'innovation et de recherche-développement subsistera. Nous devrons reconstituer notre seule rente possible, la matière grise.

Le catalyseur du processus est le terrorisme islamiste anti-occidental provenant de la zone non-globalisée, qui accélère de ce côté-ci le phénomène de claquement des portes, et si cela ne se décide pas rapidement pour des motifs humanistes, un accident sur la tour Montparnasse ou ailleurs balaiera les appréhensions ou du moins servira de prétexte. La mondialisation anarchique a vécu mais elle ne le sait pas.

C'est le moment de décréter « l'Immigration Zéro »(4) au lieu de perdre du temps dans des usines à gaz réglementaires qui exploseront un jour après avoir été contournées par le génie humain de la désespérance. Ce qui ne veut pas dire que le Tiers-Monde Bloqué doive être abandonné à son triste sort au motif qu'il n'a pas su « participer » à la flamboyante globalisation. Simplement on doit accepter que celle-ci ne marche pas partout.
Pour sortir l'Afrique et les pays andins de leur crasse - et il n'y a pas qu'eux - il faudra du lourd, une vraie guerre à la misère avec des budgets de guerre et des acteurs nouveaux, ici et là-bas, à défaut nous serons engloutis.

Le libéralisme est au taquet ! Ce n'est pas dommage.


Notes
1.La prospective officielle des années 60 donnait comme pays définitivement sortis d'affaire l'URSS, l'Argentine, la Corée du Nord, la RDA, la Roumanie et quelques autres pays sous-développées disposant de rentes minières ou agricoles facilement transformables par l'aide occidentale, comme le Congo Kinshasa, l'Afrique du Sud, les Rhodésies et même la Guinée Conakry ! mais certainement pas les pays grouillant de l'Asie du Sud-est, coulés d'avance par une démographie indomptable sur des terres agricoles limitées ou dégradées.

2.Participer à la globalisation exige pour un pays deux conditions au moins :
- un esprit d'entreprise latent ou même éteint dans le secteur secondaire (industrie). Les pays limités traditionnellement à un secteur primaire de subsistance ne décollent pas.
- une volonté politique de favoriser le développement industriel en fournissant progressivement aux entrepreneurs les infrastructures basiques d'accompagnement et la récompense de leur succès au lieu de la punition fiscale.
L'Afrique est passée du secteur primaire à l'agro-alimentaire commercial et aux services en bypassant le secteur secondaire industriel faute d'entrepreneurs dans ce domaine. Pléthore de docteurs, d'avocats, négociants en tous genres, quasiment pas d'ingénieurs capables de former un couple capitalistique avec un financier et de lancer une industrie.

3.L'Afrique sahélienne n'a pas besoin de groupe électrogènes portables pour tirer l'eau du puits, mais de centrales électriques et un réseau maillé de transport d'énergie à bas prix capable d'alimenter de vraies infrastructures de développement comme l'éclairage des bourgs et villages, la force motrice des ateliers, les forages, pompages, l'irrigation, la traction électrique des chemins de fer, etc.

4.Voir le billet Total Zero de Steppique Hebdo sur ce sujet.

1 commentaire:

  1. La maison brule, sauvez quelques meubles, VOTEZ SARKOZY !!!

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