lundi 9 février 2009

Vers les EUA ?

kadhafi
S'il n'existait pas faudrait-il l'inventer ? Je réponds oui sans hésitation, surtout depuis la disparition des rois de la race Ubu, les Idi Amin Dada et Jean Bedel Bokassa. Rassurez-vous, le cirque de la Jamahirya s'est arrêté cette semaine à Addis Abeba pour élire le roi des rois tribaux d'Afrique au douzième sommet de l'Union africaine ; le monsieur Loyal, en toge dorée cette fois, est l'inénarrable Mouammar Kadhafi, élu président au scrutin secret. A main levée, on avait peur ...! Si chacun des chefs d'Etat africains lui envient sa garde d'amazones et ses suanteurs de mâle en rut, il leur serait utile aussi de réfléchir au projet d'Etats-Unis d'Afrique car, à ce que j'en sais comprendre, il apparaît fondé sur des réalités régionales.
Le raïs libyen énonce ce qui plombe le continent très calmement : « Nous n'avons aucune structure politique, nos structures sont sociales. Nos partis sont des partis tribaux, et cela conduit à des bains de sang ». C'est vrai ; à l'exception de l'Egypte et du Maroc, l'Afrique n'a pas d'Etat historique de la période moderne ! Mais la suite de la déclaration coince quelque chose dans la gorge de ses pairs, « la démocratie et le pluripartisme ont généré le chaos » ! Hélas, les bailleurs de fonds, à l'exception des Chinois, conditionnent leurs programmes d'aide à l'avancée des signes démocratiques visibles ; les frictions périodiques comme celles qui ont ensanglanté le Kenya début 2008, n'étant que des péripéties regrettables mais inévitables pour des pays arriérés en stage d'occidentalisation rapide.

Le motif profond du colonel Kadhafi ne nous intéresse pas vraiment ; par contre ses analyses et le gouvernement fédéral qui en est la synthèse, méritent qu'on s'y attarde.
carte afriqueL'émiettement national artificiel du continent a favorisé sa mise en tutelle, comme l'émiettement de pays vastes tels que la RDC favorise leur exploitation par des tiers, les quilles tombant les unes après les autres. Kadhafi veut supprimer le jeu de quilles et remet en cause les frontières de la colonisation, déclarées sacrées, on se demande tous les jours pourquoi.
La dénationalisation du continent noir présage une entropie économique qui arracherait le continent à sa misère endémique, l'ensemble des ressources rapportées à l'ensemble des peuples étant, selon le Guide éclairé au pétrole lampant, suffisantes pour qu'il se développe normalement. Si du moins on veut bien maîtriser sa démographie comme le suggérait le hongreur Pascal Sevran.
Pour y atteindre, le raïs veut que l'Afrique à travers l'UA joue de sa masse et parle d'une seule voix dans les enceintes internationales de pouvoir. Que peuvent dire les Africains à Davos ? La plupart de leurs pays n'émergent même pas dans les statistiques mondiales, sauf aux chapitres désespérés.

« Je continuerai à insister pour que nos pays souverains travaillent à la réalisation des Etats-Unis d'Afrique », a-t-il dit. Pour y parvenir, le colonel libyen a annoncé qu'il procéderait non par consensus comme c'est l'habitude dans les enceintes internationales, mais en usant du "concept islamique" selon lequel "qui ne dit mot consent". Ainsi, le projet serait approuvé sauf si une majorité des deux tiers s'exprimait contre lui. La procédure obligerait les chefs d'Etat africains à contredire celui qu'ils viennent d'élire à contrecoeur, mais qui tire le char.

président tanzanienLe président sortant Kikwete (Tanzanie) ne contredit pas la démarche libyenne dans son discours d'adieu quand il demande de redoubler d'efforts sur le développement économique "pour nous libérer de la honte qui est la nôtre d’être le continent des pays et des peuples les plus pauvres du monde". Plus loin il insiste : "Nous consacrons beaucoup trop de temps à régler des conflits ou les partages de pouvoir entre nos politiciens". Anarchie tribale exactement, évoquée dans tout le texte mais non dénoncée en ces termes injurieux pour l'assistance. Son excellent discours complet est accessible ici.

La Crise mondiale peut redistribuer les cartes en passant la main aux détenteurs de vraies richesses, car seul le réel survivra au maelström financier après quelques bourrasques. Il suffit pour eux de ne pas se faire posséder, mais le désordre est propice à la partie de bowling qui va se jouer contre les pays cupides jusqu'ici à l'affût. Les Occidentaux feraient bien d'ouvrir l'oeil et de ne plus se contenter de gesticulations aux pupitres. La Chine, empire de la patience, reconstruit déjà son approche africaine.

Bien sûr l'utopie fédérale, si elle n'entrave pas la marche en avant du continent noir, heurte le système clanique des potentats locaux qui se verraient rétrogradés au rang de gouverneurs d'Etats fédérés, de la même manière que les rois tribaux furent reclassés en arrière-cours folkloriques. Ces potentats trouveront le soutien de tous ceux qui, moyennant récompense, profitent des situations troubles actuelles et font de gros bénéfices sur le Nègre. Finalement en changeant juste le préfixe, il y a pléthore de "Françafrique".

siège UE

site non ironique sur le raïs libyen ici







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