mardi 15 mars 2016

La diagonale du fou


SU-35

Quelle mouche a piqué le Csar de toutes les Russies avant la chute de Palmyre ? Vladimir Poutine plie les gaules et rentre à la maison. Pour quelles raisons ? Toutes les hypothèses sont sur la table des exégètes payés au mois, mais il en est une que je privilégie : la déception russe devant le peu de combativité de l'infanterie syrienne. Elle n'avance qu'après la vitrification de l'espace par les appui-feu russes. Quasiment réduite à sa composante alaouite, parfois enrôlée de force, elle ne se bat pas, elle occupe le vide créé. On va toucher du doigt la vérité de cette déception demain dans les combats de Palmyre, d'où l'armée syrienne s'était enfuie sans combattre à la simple annonce d'une avancée de l'OEI. Reprendra-t-elle la ville sacrée et s'y maintiendra-t-elle, seule ?

La deuxième raison qui peut avoir irrité Vladimir Poutine est un certain renouveau de l'arrogance de Bachar el-Assad et sa clique, fiers de la progression de leurs armées sur le terrain alors que tout le crédit est à porter aux opérations russes. Les voilà qui déjà nous signalent que le président alaouite sera imbattable en cas d'élection, alors que tous les acteurs de terrain, à la notable exclusion de l'Iran, le souhaiteraient déjà mort pour pouvoir écrire la suite !

La troisième raison est stratégique. la Russie n'a aucun intérêt à se brouiller avec la Turquie même si l'entêtement du Sultan Erdogan est difficile à gérer. La Russie est en délicatesse avec l'Union européenne sur la question ukrainienne, elle doit faire face à l'hostilité ouverte des Pays baltes et de la Pologne qui a conduit les Etats-Unis à renforcer sensiblement le front oriental de l'Alliance atlantique, ses alliés naturels de la CEI ne lui sont d'aucun secours ! Aussi pourquoi se mettre en plus la Turquie à dos ?

S'il fallait rajouter une autre raison, je pencherais pour un souci de détente avec l'Administration Obama qui est la seule clef pour faire baisser les sanctions européennes, les plus génantes. L'économie russe est très mal en point et aucune guerre n'a jamais guéri durablement un pays arrêté sur place, de son propre fait !

L'attitude de la Russie aux négociations syriennes de Genève qui s'ouvrent aujourd'hui, sera très éclairante, n'en doutons pas.

share

lundi 14 mars 2016

La Chancelière fait la loi

Angela Merkel ne laisse d'étonner la classe politique européenne dans sa gestion germano-allemande de la crise migratoire du Proche et Moyen Orient. Le deal conclu avec le Premier ministre turc Davutoglu a été mis au point la veille du sommet européen lors d'un dîner de travail à l'ambassade de Turquie à Bruxelles auquel participaient le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, au titre de la présidence semestrielle du Conseil de l'Union, la chancelière allemande et c'est tout ! Ni Donald Tusk, président du Conseil européen, ni Jean-Claude Juncker, président de la Commission, ni Federica Mogherini, chargée des affaires extérieures de l'Union, n'étaient convoqués. Le paquet est arrivé tout ficelé sur le tapis vert de la conférence le lendemain 7 mars. A prendre ou à prendre ! Son contenu n'est pas le sujet du jour (1 asile accordé en Europe pour chaque migrant expulsé en Turquie, 6 milliards d'euros de concours européens à Ankara en plusieurs tranches) mais le diktat prussien, si !

Coup d'Etat, coup fumant ? Un coup pour sûr ! Le deal est dans la droite ligne du pacte d'Ankara négocié un mois avant sur place et personnellement par la chancelière avec le Sultan Erdogan. Sans voiles vaporeux qui masqueraient la diplomatie de Berlin, l'Allemagne a pris la crise migratoire à bras le corps, laissant glapir autour d'elle qui veut glapir. Elle n'en a cure, elle l'a dit, elle n'a pas de plan B ou C, elle gouverne ! Sans attendre l'exégèse des droits de l'homme et du réfugié, les je-veux-tu-veux-pas de son partenaire historique (c'est nous), la peur panique de ses clients orientaux devant les hordes basanées, elle renforce le pan low-cost de son économie, dut-il en cuire d'ailleurs aux Tchèques rétifs qui hébergent encore de l'industrie teutonne.

Aparté : la France est complètement gommée de l'épure. Est-ce une réplique aux déclarations avantageuses de notre Premier ministre qui, menton haut, débinait la politique immigrationniste à Munich ? Peut-être bien, quoique M. Valls compte pour du beurre à la Chancellerie, ce qui reste de l'attelage franco-allemand étant géré à l'Elysée, ils le savent.

On feint d'oublier que la relation germano-turque est ancienne et plus solide qu'on ne veut l'accepter ici. C'est le 24 mai 1902 que le Grand Vizir ottoman, Mehmed Said Pascha, reçut l'ordre du Mérite de la Couronne de Prusse. Cette décoration consacrait les efforts de Guillaume II à attirer dans son camp l'Empire ottoman promis au dépeçage par les hyènes anglo-françaises. Ce sera le Bagdadbahn Berlin-Byzance-Bagdad, l'alliance militaire qui sera actionnée lors de la guerre pour les détroits dans la Bataille des Dardannelles (1915), une coopération intense etc... jusqu'à aujourd'hui. Plus de cinq mille entreprises allemandes prospèrent en Turquie et la République fédérale "détient" quatre millions de citoyens turcs sur son sol. De quoi discuter concrètement !




Pourquoi dès lors engager des négociations visqueuses avec vingt-sept partenaires de l'Union puisque le programme allemand est déjà affiché : on prend tout ce qu'il y a de bon dans les colonnes de réfugiés et migrants, on expulse les indésirables quand on a un motif même mince¹, mais il fallait pour cela disposer d'une poubelle : la Turquie veut bien gagner quelques sous. On décourage les autres, les pas qualifiés mais en règle, en les poussant chez les voisins qui ont des systèmes sociaux en capilotade et n'y verront que du feu. Le Pacte de Varsovie Visegrad ayant bloqué ses frontières, on déversera les migrants à recycler sur les plaines du Bénélux et de France ! Le Danemark qui a vu venir le coup a bouclé ses accès, comme ses voisins scandinaves. L'Autriche est du même avis comme sa colonie slovène. De fait l'Allemagne va inonder la rive gauche du Rhin !

Que conclure ?
Que l'Allemagne est gérée.
On peut critiquer la Chancelière de Prusse sur la pertinence de ses décisions solitaires (elle consulte peu en fait au sein de son cabinet) mais nous, Français, ne pouvons qu'être étonnés de voir un chef de gouvernement gouverner. Ici, tout est com, tables rondes ou carrées, bavardages, procès d'intention, hystérie pour des choses minuscules, voyages de la Cour au soleil, célébration des pizzaioli au Palais Bourbon (mdr).

Entre-temps notre cousin germain a terminé l'exercice 2015 sur "une croissance à 1,7%, un chômage au plus bas depuis 24 ans à moins de 5%, une dette publique en chute libre à 71,4% du PIB, un excédent budgétaire de 0,9% du PIB, un excédent commercial record de 248 milliards d'euros, et un record d'exportations à 1196 milliards d'euros" (source Marc Fiorentino).

Alors dites-vous bien qu'en dépit des sourires et des politesses diplomatiques, la Chancellerie du Reich nous conchie !

Et il ne nous reste qu'à la boucler, hélas. Serons-nous critiques qu'au prochain conseil européen ils étaleront à plaisir notre gouvernance gélatineuse, notre incurable gabegie, notre impuissance à la tarir, le risque que nous représentons pour l'Europe sérieuse !

Trois quart de siècle plus tard, nous sommes toujours des Französisch Schweinen ! Rien compris, rien appris !


(1) D'après l'ambassadeur d'Allemagne à Paris ce matin sur Europe 1, le taux de rebut est actuellement de 50%.


Chancelière Merkel au mausolée d'Atatürk à Ankara


share

Reprendre le pouvoir, de Gabriel Privat

Dans la 65ème livraison du Lien légitimiste (sept-oct. 2015), Gabriel Privat avait déployé son talent pour nous transporter du royaume de l'impossible - celui d'une restauration monarchique ex machina - au royaume des bonnes volontés de progrès, vers la reconstruction d'un environnement favorable au retour du roi. En voici le texte, accompagné de quelques notes critiques du Piéton s'il y a lieu...


Un constat de désastre


Les défenseurs du roi ne manquent pas dans le pays de France. Deux sondages réalisés à vingt ans de distance, l'un en 1987 par IPSOS pour le journal Le Point et l'autre en 2007 par BVA, à la demande de l'Alliance royale pour le journal France-Dimanche, révélaient que 17 % des Français étaient soit très favorables, soit assez favorables à l'exercice du pouvoir suprême par un roi en France. Un sondage plus récent, de 2014, réalisé par Opinion Way et Sciences-Po révélait que 50 % des Français espéraient l'exercice du pouvoir par un homme fort n'ayant pas à se préoccuper des élections et du parlement, ce qui, cependant, n'est pas tout à fait la description du roi, mais d'un César, institution dictatoriale compatible avec une république. Cependant, 75 % des mêmes sondés n'accordaient plus leur confiance à l’État et à la République. Ce dernier sondage traduit-il un renversement de l'opinion en faveur de la royauté, alternative au régime républicain ? La faiblesse numérique extrême des mouvements royalistes montre le contraire.

Ceux-ci, en nombre pléthorique, en offrent pour tous les goûts, entre différentes fidélités dynastiques, différentes approches politiques, tactiques ou stratégiques, et des sensibilités presque aussi variées qu'il y a de chapelles partisanes dans ces milieux d'autant plus éclatés qu'ils sont peu nombreux. Nous sommes loin du temps d'avant-guerre où Léon Daudet, ténor de l'Action française, réunissait 60 000 auditeurs au stade Charlety. Aujourd'hui, quand une réunion royaliste réunit plus de trente convives, ses organisateurs sont satisfaits. Lorsque la centaine est dépassée, les plus fous espoirs semblent permis…
Ce que cela révèle, outre l'incapacité des mouvements royalistes, pour l'heure, à s'adresser au plus grand nombre, c'est surtout le fossé qui sépare le sentiment traduit par ces sondages et la réalité du choix politique. On peut espérer le retour d'un roi ou en caresser l'idée comme un doux rêve et se faire raison de la présence de la République. De la même manière, on peut soupirer devant un homme fort et retourner voter pour les mêmes aux élections suivantes. Le sentiment n'est pas une action, ni même un engagement, il engendre une sympathie. C'est un premier pas, mais c'est peu.

Ce sentiment (ndlr: de sympathie monarchiste) est-il fiable lui-même ? Il est raisonnable de penser que oui. En effet, la question posée en 1987 et en 2007 repose sur un attachement de fond, tout à fait indépendant des querelles conjoncturelles ou politiques du moment. On peut, par conjoncture, haïr un gouvernement ou homme, même haïr un régime. Mais on ne fait pas le choix d'une institution aussi différente de celle actuellement en place, par conjoncture. Le sentiment royaliste est donc tout à fait structurel. En outre, la stabilité de la réponse à vingt ans d'écart, alors que les sondés ne sont certainement pas les mêmes et que la France, en vingt ans, a changé, permet d'accorder crédit à la solidité de ce sentiment. Sa répercussion étrange dans le sondage, lui très conjoncturel, mais à effet démultiplicateur, de 2014, confirmé par un sondage en ligne du Parisien, certes moins fiable puisque réalisé de manière spontanée et donc sans méthode statistique, mais toujours intéressant à prendre, qui en août 2014 révélait également que 52 % des sondés souhaitaient la présence d'une famille royale en France, sa répercussion donc, montre que ce sentiment est fiable et pourrait croître dans les années à venir si les cadres du régime en place venaient à continuer, comme on peut le craindre, leur politique désastreuse de gribouille.
Les récentes déclarations d'Emmanuel Macron, ministre de l'économie, au journal L'1, en faveur d'un régime mixte mêlant démocratie et royauté, ainsi que les propos de salon que l'on entend ici ou là en faveur d'un roi, montrent la ténacité de cet attachement, comme un soupir nostalgique du temps heureux, non seulement dans les couches populaires mais aussi dans l'élite sociale.

NDLR : Le Piéton du roi se fierait moins aux sondages que l'auteur qui ne se risque heureusement pas dans l'arithmétique des possibles. L'enquête d'opinions de SYLM de 2009 (clic) préparant aux Premières Assises Royalistes (manifestation avortée) indiquait d'une part que les monarchistes français venaient de tous les horizons politiques et classes sociales et d'autre part, qu'ils ne se maintenaient pas dans les chapelles royalistes dès qu'ils entraient dans la vie professionnelle, les devinant comme de simples "rétroviseurs". Sur la base du nombre de réponses et sur d'autres coups de sonde, on estimait le nombre de royalistes engagés (au moins une cotisation ou un abonnement) à quatre mille en France.

Alors pourquoi ce sentiment ne se traduit-il pas en action ou en choix politique de la part des Français ? Penchons-nous sur la nature du pouvoir royal pour avoir un élément de réponse :
Le roi est dynaste, c'est à dire qu'il exerce un pouvoir essentiellement familial. Il est l'héritier d'une famille et il transmettra à son tour la couronne à son héritier. Il n'est qu'un maillon de la chaîne, il ne s'appartient pas. Le souverain est un cas unique, il est le seul homme qui ne s'appartienne absolument pas. Un religieux prononçant des vœux perpétuels, ou un fiancé acceptant de recevoir sa fiancée pour épouse et étant reçu par elle, font le choix de ne plus s'appartenir dans l'avenir, mais c'est une décision libre, même si elle est sans retour. De la même manière, dans la plupart des cas, si une fois parent on l'est pour toujours sans retour possible, ce choix a été librement opéré au préalable avant de désirer avoir un enfant. Un homme qui engage sa parole d'honneur fait aussi un choix avant de s'abandonner. Un héritier peut toujours renoncer à son héritage. Un testateur pour toujours exclure une partie de sa succession de ses héritiers. Le roi est le seul personnage qui, à aucun moment de sa vie, n'a pu opérer le choix libre d'accéder à la couronne. Il est le seul véritable prisonnier de France, prisonnier du service de l’État, garant obligatoire de l'unité nationale, ainsi que toute sa famille. Il est la seule victime nécessaire au maintien de l'institution, c'est une sorte de sacrifié, à ceci près que le seul véritable sacrifié de l'histoire de l'humanité, Jésus Christ, a également librement consenti à la Croix, ce qui n'est pas le cas du roi, victime infiniment moins noble bien sûr, mais également infiniment moins libre.

Dans une société où l'institution familiale est fortement installée, reconnue par tous comme utile, assise sur le mariage légitime et perpétuel, où les parents assument leurs devoirs sans sourciller et où les enfants respectent ces hiérarchies d'une institution d'amour, il est déjà difficile d'accepter une telle folie politique que cette royauté dynastique. On comprend bien que dans une société où la famille a éclaté, où plus de la moitié des enfants naissent hors mariage, où les solidarités inter-générationnelles sont amoindries, où un couple marié sur deux divorce, où en somme la famille devient à la fois une sorte d'Eden rêvé et une réalité contractuelle morne, le roi n'est plus du tout une réalité politique concevable.

En plus d'être familiale, l'institution royale est fortement patrimoniale, mais d'un patrimoine spécial. Le roi est le maître légitime de son royaume, le maître légitime de la France, mais il n'en est que l'usufruitier. Sa possession morale du pays, qui n'est nullement matérielle, hormis sur ses biens propres, est partiellement impuissante, puisque le seul acte de volonté que puisse accomplir le souverain est de toujours chercher à préserver, voire accroître, ce bien, en vue de le léguer tel quel à son successeur. Cette patrimonialisation spécifique du territoire national est la garantie de son intégrité en royauté, contre les démantèlements, les guerres civiles, les sécessions. Mais c'est une notion toute familiale de la propriété, assez proche de celle pratiquée dans l'antiquité grecque archaïque, que l'on retrouve sous une forme très atténuée dans le régime de l'usufruit en indivision et dans les Sociétés civiles immobilières (SCI).

NDLR : Sur la patrimonialité du roi, relire aussi Democracy : The God That Failed de Hans-Hermann Hoppe. A défaut de l'original, une présentation sur RA : De la supériorité économique de la monarchie

Alors que l'obligation d'égalité entre les héritiers dans un testament (exception faite de la quotité disponible) et les droits de succession ratiboisent à chaque génération les patrimoines constitués, alors que la propriété privée actuelle est souvent personnelle, plus rarement familiale et presque jamais communautaire, on comprend également que cette notion patrimoniale de la royauté la rend excessivement lointaine pour les Français d'aujourd'hui.

Enfin, la royauté, par son essence, est un pouvoir arbitral. Parce que le souverain est à part du remuement de la société politique, seul véritable dynaste, seul pouvoir permanent, seul à n'appartenir à aucun parti parce que ne devant rien à personne si ce n'est son père, il est un arbitre. Cela ne signifie pas que le roi n'a pas de parti pris politique à un moment ou un autre, ni de conviction. Mais par sa position il est le plus naturellement porté à se détacher des groupes de pression et à prendre une vision d'ensemble et de hauteur que nul autre ne peut avoir. Tout homme est amené à cultiver, d'une manière ou d'une autre, une vision partielle, celle de sa famille, de sa région, de ses goûts, de ses appartenances professionnelles, partisanes, intellectuelles ou spirituelles. Ses fonctions ou les groupes qui lui ont permis d'exercer des responsabilités lui donnent une vision partielle, centrée sur des intérêts catégoriels. Le champ de ces intérêts est de plus en plus large au fur et à mesure que l'on gravit les échelons hiérarchiques de la société, mais ils ne sont pas l'intérêt commun. Le chef de l’État élu, lui-même, quoique président aux destinées de tout un pays, reste lié à son parti et aux groupes qui lui ont permis d'accéder au pouvoir. Le roi, seul, par la nature de son pouvoir plus que par sa personne, est en position d'arbitre et donc de pouvoir établir les choix les plus opérants pour le bien commun.

Là encore, le Français d'aujourd'hui reste perplexe devant cet extra-terrestre politique dont il comprend l'utilité, mais qu'il n'arrive pas à saisir.
Pour toutes ces raisons, et bien d'autres encore, plus historiques, liées à l'augmentation du nombre d'années nous séparant de la royauté de jadis, liées au déracinement dans les anciennes provinces, à l'affaiblissement des cadres sociaux traditionnels, notamment dans le monde professionnel, où les syndicats n'ont jamais pu remplacer efficacement les corporations faute de responsabilités sociales suffisantes, la royauté semble pratiquement inconcevable pour les Français qui ne traduisent pas leur attachement en action politique.

Au fur et à mesure que l'évolution de la société française en particulier et du monde occidental en général avance vers la destruction des structures familiales naturelles, des enracinements territoriaux, des corps sociaux constitués en vue d'une société démocratique toujours plus égalitaire et librement individualiste encadrée par des États omnipotents et faussement libéraux, l'instauration d'une royauté dans ses canons traditionnels semble plus lointaine et improbable.
Ces éclairages nous indiquent, plus certainement que tout activisme de l'instant, la voie à suivre pour tâcher de rendre concevable le retour du roi, si nécessaire à la France.

NDLR : Les jurandes et corporations d'antan disparaissent sauf chez les tastevins, mais il en naît de nouvelles, puissantes, ancrées dans l'économie de demain. Je cite la Communauté du Libre et ses nombreuses déclinaisons nationales autour de GNU-Linux, les Anonymous, Greenpeace, les clubs professionnels qui reprennent (sans le savoir) l'utilité des anciennes corporations, les ligues commerciales logistiques comme les conférences maritimes, nouvelles hanses, et au premier niveau, les clubs de motards, à la vie à la mort, les clubs d'automobiles, la centaine de milliers d'associations de la myciculture aux volcans, tout ceci pour ne parler que de ce que je vois de ma fenêtre. L'homme n'a jamais cessé d'être un animal social quoiqu'en aient voulu faire les déconstructeurs de la Révolution et leurs minables émules actuels. Il s'adapte à son environnement, c'est son ADN.

Au courage du possible


Le constat d'éloignement entre le fonctionnement actuel de la société française, par rapport à la possibilité de plus en plus hypothétique d'un roi en France, vu comme une incongruité, tout simplement parce que le corps social n'est plus à même de recevoir une institution familiale, patrimoniale et arbitrale comme la royauté, doit amener les royalistes à repenser leur action politique en vue de réalisations concrètes partielles, immédiatement réalisables et devant mener, pas à pas, vers une restauration royale.

Si le délitement de la famille est une des causes de l'impossibilité du retour du roi pour l'instant, il faut défendre la famille, non pas seulement en maintenant ce qui existe toujours, mais en restaurant, de manière concrète, l'institution dans sa grandeur. Ainsi, des élus ou des responsables de collectivités peuvent agir en promouvant la préparation au mariage civil dans les mairies, mais aussi dans les écoles ou les centres de jeunesse l'éducation sentimentale et sexuelle respectueuse de la dignité des personnes, et responsable devant l'importance de l'enjeu que représente leur union. Les mêmes personnes, mais également tout cadre dirigeant d'entreprise, tout chef de famille, tout journaliste, tout membre d'une institution éducative peut lutter efficacement contre l'hyper-sexualisation et la pornographie afin de rendre leur dignité aux personnes et leur valeur à leurs actes sentimentaux et charnels. Ces diverses mesures peuvent, dans un premier temps, rendre plus de dignité au mariage, lui donner une plus grande robustesse en faisant en sorte que les personnes, si elles ne se marient pas plus, au moins se marient mieux, afin de faire chuter le nombre de divorces. Cette première étape rendrait possible des attaques en règle contre la contractualisation excessive du mariage, qui a conduit du divorce pour faute au divorce sans faute, puis au PACS et maintenant à l'union de personnes de sexe identique. Dans un contrat, tout est possible. Mais le mariage n'est pas un contrat, c'est une institution perpétuelle.
Renforcer le mariage ne serait rien si on ne rendait également leur pouvoir aux parents, en les faisant participer activement à la gestion quotidienne des écoles, en les mêlant aux activités de leurs enfants, en cessant de s'ingérer dans leur autorité, notamment en contestant le droit de correction, permis par le droit et sans cesse diminué par les juges. Là encore, chaque élu, chaque éducateur, chaque avocat ou fonctionnaire de justice peut agir, à sa mesure, pour promouvoir de nouvelles jurisprudences, de nouveaux règlements.

La question patrimoniale est sans doute la plus épineuse et la plus ancienne. Evidemment, supprimer les droits de succession mettra tout le monde d'accord chez les particuliers. Qui ne voudrait pas la suppression d'une taxe ? Mais pour l’État ce sera une perte dont le montant actuel se chiffre autour d'une huitaine de milliards d'euros par an. Pourtant, il faudra en passer par cette suppression pour permettre de léguer les patrimoines intacts sans avoir à recourir à tous les montages actuels qui font d'une succession bien ordonnée l'affaire d'une vie, entre donations du vivant et créations de SCI. Outre qu'une telle mesure renforcerait la solidarité inter-générationnelle par la transmission patrimoniale, elle rendrait possible l'enrichissement notable des familles de classe moyenne par la même transmission, consolidant l'épargne de véritables micro-dynasties et asseyant ainsi un peu plus le corps social dans sa dimension familiale et locale.

Le deuxième point patrimonial n'a presque plus fait l'objet de contestation depuis la Révolution, c'est celui de l'égalité entre les héritiers. Il ne s'agit pas de prétendre revenir au droit d'aînesse, qui d'ailleurs était peu répandu, à la vérité, avant 1789, les différentes coutumes étant déjà soucieuses de partages équitables. Mais, comme Charles Maurras l'évoquait déjà dans l'introduction de son Enquête sur la Monarchie, l'instauration d'une authentique liberté testamentaire, au moins pour les biens fonciers, permettrait, pour ceux qui le souhaitent, de concentrer sur une seule tête des biens inscrits dans un territoire ce qui permettrait, outre la perpétuation de l'enrichissement d'une génération sur l'autre, le ré-enracinement des familles dans une terre, dans une petite patrie. Ici encore, tous les élus au parlement, tous les membres de l'ordre des notaires, tous les parents peuvent agir, avec les journalistes et les financiers en faveur de ces mesures patrimoniales.

La liste est longue, encore, de ce que pourraient faire des royalistes engagés dans la cité, chacun à leur niveau. La création de syndicats mixtes, l'actionnariat d'entreprises, la promotion des mutuelles d'entreprise, la mise en action d'un rôle politique local pour des conseils de quartier vraiment représentatifs, la mise en avant du rôle politique du Conseil économique, social et environnemental sont autant de domaines où il est possible d'agir.
En somme, agir concrètement pour le retour du roi commence par ces petites choses qui, pas à pas, rendront la société disponible pour ce retour qui viendra en couronner et en pérenniser les heureuses réformes
.

Evidemment, dire à un homme politique ou à une foule ; « Rétablissons le roi ! » est voué à l'échec en l'état actuel. Mais dire à un homme politique ou à une foule, ou promouvoir dans les milieux politiques l'une ou plusieurs de ces mesures, par des campagnes de presse, du « lobbying », des propositions de loi, des amendements ou des arrêtés lorsqu'on est soi-même élu, national ou local, cela a du sens, et le faire au nom du roi, de manière visible, aura la double vertu de rendre plus crédible les royalistes en leur faisant perdre cette étiquette fausse de doux rêveurs et en montrant à chacun que le roi peut s'incarner dans le concret des existences.

NDLR : Nous avons toujours soutenu sur Royal-Artillerie que la pertinence de la monarchie doit se démontrer avec les arguments du temps présent et futur. Il ne suffit pas d'en exalter les avantages perdus.

Nous occupons tous une fonction sociale, même modeste, nous avons tous des amis ou des parents plus ou moins bien placés, enfin nous connaissons tous un mouvement royaliste prêt à l'action. C'est pourquoi, nous savons ce que nous pouvons faire dès à présent, là où nous sommes.
Les plus jeunes d'entre nous grandiront et prendront leur envol. Puissent-ils se souvenir de cette manière d'agir qui rend chaque instant le roi plus proche et ne se contente pas de l'incantation, mais en prépare le retour par l'exercice de responsabilités publiques et la réforme.

Gabriel Privat


Gabriel Privat écrit pour Le Lien légitimiste, Vexilla Galliae, le Bulletin de l'Alliance royale, la Nouvelle Revue universelle, Liberté politique et le magazine Zélie. Son blogue Wordpress est accessible en cliquant ici.

share

lundi 7 mars 2016

Vers l'AMGOT ?

Nous sommes au bord du précipice dans tous les domaines, comme nous l'étions en 1940 dans le domaine militaire. Mais cette faillite militaire était aussi le symptôme de la faillite politique d'un pays qui n'arrivait pas à se reconstituer après le traumatisme de la Grande Guerre. La France aujourd'hui n'a même pas cette excuse puisque sa dernière grosse secousse globale a été la grande fête de 1968. Chacun sent bien qu'un jour ou l'autre il va y avoir un affrontement dans notre pays et ce ne sera pas simplement pour reprendre un territoire toujours confisqué par les zadistes de Notre-Dame-des-Landes malgré plus de cent cinquante décisions de justice. Il faudra alors choisir entre la casse et la capitulation. Ces perspectives, encore aggravées par les attentats terroristes, ne sont pas réjouissantes et on comprend que la plupart préfère ne pas y penser... (Maître Soulez Larivière pour le Huffington Post en cliquant ici¹)

futur emblème de la République fr.
La République d'Autruche vit ses dernières années. Elle navigue de capitulation en capitulation. A la moindre émeute, elle passe sous la table et négocie, sauf dans la révolte des poussettes de la Manif pour tous où il fut jugé sans danger par le Chef de la Police d'affronter avec toute la brutalité d'usage les familles et les vieux qui étaient venus marcher à Paris contre le pouvoir gay. Mais à Strasbourg contre l'OTAN, à Nantes contre l'aéroport du Grand Ouest, à Sivens contre l'étang, à Rennes contre Vinci et les banques, à Calais contre les No Borders, on enfume juste un peu et finalement on attrape trois boiteux faciles à agripper quand ce n'est pas un général en retraite au porte-voix, paumé au sein d'une manifestation statique à 150 pèlerins.

Comme le suggère Me Soulez Larivière, chacun voit bien que la montée des périls en tout genre va déclencher une réaction populaire à défaut d'intervention définitive de l'Etat. De fait, on va passer de la colère rampante à la colère bruyante puis à l'ouverture du feu. C'est ainsi que meurent les régimes foireux, par les fourches et les faux jadis, par l'artillerie de chasse aujourd'hui. Revenons aux périls :

- le premier est l'affaissement continu de l'école publique. Le seuil que les lycéens doivent franchir entre la sortie du secondaire et l'entrée à l'université ou aux grandes écoles est de plus en plus haut. Les dirigeants se gargarisent d'éléments de langage et de pédagogie tordue sous la direction aujourd'hui d'une jolie moukhère échappée du bled, qui succède à des agrégés sinon de grands professeurs ou chercheurs, parce qu'un prince républicain obsédé de "nouveauté" en a décidé ainsi. Voir ses enfants échouer sur les plages du chômage de masse ne va pas diminuer le ressentiment populaire quand on nous explique qu'il faut les mettre maintenant en formation après qu'ils aient passé une douzaine d'années à l'école !

- le deuxième est la constitution de fiefs communautaires qui prospèrent au vu et au su de l'Etat sans réaction. Des territoires entiers de la république sont stérilisés des valeurs françaises et il n'est pas loin le jour où la règle démocratique les détachera juste avant que les étrangers n'y instaure leur loi. Si les pouvoirs s'en accommoderont probablement, les citoyens cernés ou en bordure pourraient bien se bunkériser et former des chaînes de résistance pour protéger simplement leurs biens et leurs ressources. Tuera-t-on un jour pour son potager ? Il nous faudrait un Jules Moch², nous avons monsieur Cazeneuve et son petit téléphone.

- le troisième est la Dette abyssale de la République dont le service est à la merci d'une remontée des taux internationaux de prise en pension des bons du Trésor. Déjà premier poste budgétaire, ce service augmenté depuis l'étranger peut bouffer littéralement toutes les prestations sociales nécessaires comme les pensions de retraite (voir la Grèce, l'Espagne...). La faillite conduira le pouvoir, confronté à sa propre banqueroute, à séquestrer l'argent des ménages par la confiscation de l'assurance-vie, des livrets, et plus s'il en faut encore. Alors ce sera l'insurrection fiscale que promettait Raymond Barre sans l'avoir connue, et les petits épargnants en colère chercheront à qui la faute.
S'il y a de nombreux motifs d'endettement dont le clientélisme démocratique latin, la faute décisive gît sur les députés qui ont voté les déficits budgétaires demandés par le gouvernement, année après année, pour régler le fonctionnement courant du pays. Dans une démocratie représentative, le souverain maître de la République est le législateur, le parlementaire. Il en a les honneurs... ET les responsabilités. Ceux qui auront tout perdu par leur faute risquent bien de les brancher en nombre !

- le quatrième péril n'en est peut-être pas un s'il finit par consumer le déclin : c'est la perte complète de souveraineté de ce pays. L'affaissement économique et mental de la nation ne peut soutenir longtemps une souveraineté artificielle. La moitié des lois proviennent de Bruxelles et Strasbourg, la grande majorité des normes aussi, la monnaie est partie, nos armées ramenées au format d'un défilé ne sont plus autonomes en logistique et munitions, notre diplomatie est de l'eau tiède faute de gaz sous la marmite, notre économie est impactée en profondeur par les groupes mondiaux qui gèrent à leur profit les marchés de denrées et matières. Et pour couronner le tout, nos avis ne sont écoutés par personne, si encore on prend la peine de mettre l'écouteur de traduction au Forum de Davos quand parle un ministre français.


Cette grande vulnérabilité laisse ouverte la porte d'une intervention extérieure en cas d'évolution politique non souhaitée par les enceintes décisionnaires qui comptent. L'étranger (mais un autre cette fois) viendra faire sa loi chez nous. Nouvel AMGOT³ ? Quelque soit le nom, il s'agira de curatelle internationale. Et il en sera fini du Coq de France.

Alors, saura-t-on rebâtir en neuf sur des bases assainies en tenant compte une bonne fois pour toutes de l'impasse démocratique ?
Je nous le demande.

share


Note (1) : le lien en clair sur le Huff est [http://www.huffingtonpost.fr/daniel-soulez-lariviere/crise-pouvoir-greve_b_9374296.html] - Par ailleurs Me Soulez Larivière a sa page dans la Wikipedia, une carrière bien remplie ici.

Note (2) : Jules Moch, ministre à poigne de la Quatrième République ayant réprimé les grandes grèves de 1947 et 1948.

Note (3) : Allied Military Government of Occupied Territories, gouvernement allié des territoires européens libérés de la Seconde Guerre mondiale pour y organiser le retour de la démocratie. Grâce au général De Gaulle la France en réchappa et put ainsi mettre des communistes à de nombreux postes-clés du Gouvernement provisoire et à la tête de grands groupes nationalisés comme les Charbonnages.


lundi 29 février 2016

J'ai fait un rêve...

...qui commençait comme un cauchemar

Nos descendants nous citeront (peut-être) en parlant de nous comme "les royalistes de la dernière époque". Nous pouvons espérer qu'ils diront de nous beaucoup de bien, avec un respect amusé, c'est généralement ainsi qu'on se souvient des imbéciles heureux. Quatre mille illuminés, la foi en le roi chevillée à l'âme, qui coururent les messes commémoratives, les conférences commémoratives, les rogations compassionnelles, les kermesses littéraires pour livres d'histoire invendus. Nous eûmes des héros, de vrais héros qui donnèrent leur vie pour la cause du roi, et nombreux. Des seigneurs, des maréchaux, des capitaines, des chouans et des clercs, de quoi nourrir la mémoire de chaque semaine à l'année. Ce fut une occupation à plein temps. Et nous marchions en plus derrière des princes, de vrais princes, à nous donnés par les dynasties en attente de réanimation. Ces princes étaient tous sympathiques, avenants, près du peuple, bien mariés, totalement inefficaces mais nous les aimions. Ils se savaient tout ça et marchaient en connivence devant les quatre mille dans un jeu de relations publiques qui leur donnait des raisons supplémentaires d'exister. Nul n'était dupe, on ne prendrait pas les Tuileries ! Mais comme on le fait du cognac qui tourne dans le verre en redéposant son alcool sur la paroi, nous savions en parler des heures. Nous nous aimions comme nous étions... en loden et chèche blanc puisque la perruque poudrée avait été abrogée.

Et vint l'ouragan du chaos !

Non pas d'Orient comme on l'attendait des actualités mais d'Occident : chaos financier (clic) sinon financier (clac) ou pire (cloc) ! La rupture de régime, le changement de paradigme, n'est pas un choix délibéré, réfléchi, préparé. Cela vous tombe sur la tête comme un avion américain dans les Twin Towers de New York. L'effondrement économique et financier prédit par les savants Clic-Clac se répercutera immédiatement dans le champ politique puisque la classe politique s'est volontairement asservie aux marchés financiers qui la commandent. La démagogie de la Dette qui bétonne les positions retranchées d'une bureaucratie pléthorique explosera comme une figue trop mûre. Les virements des pensions tarderont, on paiera les fonctionnaires le 10 du mois, puis le 20, puis on fera intervenir les cellules psychologiques. Les ministres, sous-ministres, députés et sénateurs partiront en vacances chez leur maman dans le Berry profond où SFR ne passe pas ; tenue rurale et sabots, ils auront eu juste le temps de se souvenir qu'on voulait les brancher sur les Champs-Elysées. Tous biens ou services se paieront cash en liquide, puis en matières, puis en or et chocolat. Les banques fermeront. Les supermarchés fermeront. Les pompes à essence tariront. Le pays s'arrêtera.


Nous y sommes, enfin ! Les princes se téléphonent, les courtisans se téléphonent, les gens se parlent, le Grand Etat Major ne répond pas. Jacques Attali veut faire une télé, tout de suite. Les Quatre Mille attendent la révélation, le surgissement du roi d'au-delà des mers en armure tout mouillé, comme Raquel Welsh émergeant de l'océan. Le vrai roi, avec de la gueule, celui du vitrail, pas d'autres... il ne se passe rien. Enfin si, les Quartiers sont passés à l'émeute et au pillage, on sent qu'ils vont descendre en centre-ville. Garez vos blondes et dégraissez vos lames. Les princes ne se téléphonent plus, un ferry déprogrammé est quand même parvenu à Dieppe et les a tous emportés. L'Insurrection qui vient progresse et va se heurter à la Gendarmerie en tenue de campagne dont on vient de débloquer les soldes et les munitions en sous-préfecture.
La bourgeoisie est aux abris, celle qui n'a pu rejoindre les aérogares, avant ! Des armes sortent des armoires, il n'y a plus aucun sabre japonais à vendre dans les boutiques de pacotille chinoise, les dernières ouvertes ; le chaos s'installe. Des escarpes patibulaires déambulent aux carrefours. On dit que le pouvoir a quitté les palais, comme en 68, que des huissiers à chaîne hantent encore. On a fermé les lourds portails de tous les ministères et des détachements de la Garde républicaine attendent derrière comme les Suisses aux Tuileries jadis. Les Quatre Mille veillent toujours, enfin, quand ils ont terminé de faire la queue au marché noir pour du boudin aux pommes, ils attendent le roi, certains prient. C'est ce que les cadres du mouvement leur avaient expliqué. Au milieu du désordre, les Chambres réunis en Congrès à Versailles ou ailleurs rappelleront le roi et on ira tous à la Maison de la Radio. Easy !


Le Congrès semble impossible à réunir, les présidents des chambres sont partis comme en juillet 1789, la monarchie est inconnue des politiques qui cherchent plutôt l'homme à poigne qui va noyer la révolte dans le sang des mécontents et sauvera le métier ! Il est vrai qu'aucun moyen de communication de masse n'a été construit par les royalistes, leurs princes ou la Cour. Aussi ne doit-on s'étonner si la possibilité d'une monarchie n'effleure l'esprit de personne. Ce qui reste de nation prédit l'insurrection générale derrière un nouveau De Gaulle qui déblaiera les décombres du régime des privilégiés. En ville, une Saint-Barthélémy des Aliens fait la rumeur. Les quartiers arabes font appel aux cités pour tenir les retranchements. Pour la première fois, on a vu des milices chinoises à Belleville. Au milieu du bombardement médiatique des désordres, du roi, nul ne parle nulle part. Ça y est, la Tour Triangle flambe, on ne donne pas cher de l'Hôtel de Ville maintenant.

À n'avoir pas voulu se salir les idées, les royalistes restent affichés dans les mangas royalistes confidentiels et sur des sites de propagande modeste, mais ils n'existent pas dans la vraie vie. Qui sera d'ailleurs le roi ? Comme en 1873, les royalistes ne sont pas d'accord entre eux et quand chaque camp aura terminé de se distribuer les postes du futur royaume, on entendra à la radio un Louis-Bonaparte, un Gambetta, un Blum, un Pétain, un Poujade ou un Mélenchon... mais de roi, point. Finalement c'est le chef syndicaliste de la presse parisienne qui prendra les choses en main et fera donner les chars comme à Budapest en 56 : écrasez-les tous !




C'est fini. Conclusion ? Fils et filles de France, une restauration se prépare d'avance et sérieusement, en dehors des églises et des cénacles discrets. On le saura pour la prochainement fois, car il y aura une prochaine fois, mais pas avec les mêmes. Derrière les princes de la dernière époque, les royalistes de la dernière époque quitteront la scène, tête basse en se regardant marcher vers le magasin aux obsolètes où se rangent les idées perdantes de l'histoire. Plus tard viendront les autres ! Bob, Luc ou Cédric de La Faute à Rousseau ? Même pas, ils sont déjà vieux, bloqués par l'arthrite dynastique !

Une génération nouvelle de royalistes ? Pour qui ? Pour les Bourbon-Bourbon, Bourbon-Orléans, Bourbon-Busset, Bourbon-Parme, Deux-Siciles, Bourbon-Séville, Bourbon-Bhopal, Bourbon-Habsbourg ? ou pas Bourbon ? Qu'importe finalement ! La dynastie sera la queue de trajectoire du Projet après la préparation de terrain. Les autres seront devenus monarchistes par l'étude et le raisonnement, et ils s'amalgameront dans un business plan de reconquête du pouvoir, bien différent de l'exaltation du patrimoine royal qui avait prévalu jusqu'ici.

Les monarchistes de la nouvelle époque seront peut-être de piètres historiens, peu portés sur les rogations et les chants scouts, mais ils seront convaincus rationnellement de la supériorité de la monarchie dans le gouvernement des hommes - sans doute à la manière de Charles Maurras - et ils sauront construire un programme politique pour un régime de rechange qui organisera tout l'étage régalien des pouvoirs, laissant tout l'étage inférieur au désordre démocratique des républiques du sus-nommé. Et surtout, ils en sauront financer la propagande par des médias de communication adaptés aux temps, larges et puissants.

Alors, quand dans l'Opinion, un jour, on entendra dire partout : "un roi ? pourquoi pas !" sera venu le moment de propulser le prince cadrant au projet, dans le sens où le définissait Le Jeu du Prince : un prince exceptionnel en compétences, disposant d'une autorité naturelle, décidé à se battre.

Et nos petits-enfants auront un roi, ou une reine. Facile !



En attendant l'aurore d'une nouvelle monarchie, l'aube, elle, ne s'éteint jamais, accueillons la dernière livraison du Lien légitimiste qui est tombée dans les boîtes ces derniers jours.


vers les archives du Lien légitimiste...

Numéro 67 - janvier-février 2016

* Editorial de Gérard de Villèle : Louis XVI : Dissonances et discordances
* Note de lecture de Phlippe de Lacvivier : La famille des Chanteurs Trapp
* Hopperies : Les élites naturelles, les intellectuels et l'État
* Economie et royauté : les errements de la croissance, par Gabriel Privat
* Alerte de Gérard de Villèle : Vers la fin de l'espèce humaine ?
...duquel article j'extrais la photo ci-dessous :



Le Lien Légitimiste
2 Le Petit-Prix
37240 La Chapelle Blanche Saint Martin

(bimestriel exclusivement sur abonnement 30€, service électronique à 10€)

share

lundi 22 février 2016

Retourner les faux

On dit souvent que le Français est très majoritairement issu de souches paysannes. C'est sans doute pourquoi il a une passion particulière pour la cause agricole et des idées pour la défendre. C'est le but de ce billet, le piéton du roi étant, lui, greffé sur la souche viticole. Je lis souvent les analyses bretonnantes de Jean-Philippe Chauvin et partage toutes ses conclusions* mais, historien plus qu'économiste, il ne perce pas suffisamment la dictature des filières. Les paysans qui barrent les routes pour le lait ou le cochon sont victimes d'un modèle économique centré sur la liberté de l'offre, liberté régulée par la punition ciblée des subsides à éclipse qu'ils reçoivent. Sans faire un cours de Génie rural, on peut distinguer deux agricultures pour demain et on va voir que les filières porcines et laitières actuelles n'y sont pas.

(*) Son dernier article sur Nouvelle Chouannerie : Des agriculteurs abandonnés par la République (clic)


L'agriculture sympa est la ferme en polyculture**


... sur laquelle subsiste une famille qui peut être nombreuse et qui sert le marché local en produits frais et contrôlables. Il y a de l'avenir sur cet axe, pour la simple raison que c'est le seul modèle anticapitaliste, et que l'argent vagabond n'y viendra pas. La demande de produits propres augmentera sans arrêt. Les prix aussi ; mais l'hypocondrie latente du mangeur lui fera accepter un surprix "qualité" qui le sauvera du cancer. Dans cette agriculture, on peut ranger toutes les niches techniques à commencer par la viticulture et les laiteries, mais aussi le maraîchage, la production fruitière artisanale et la salaison.
Ces activités ne rendent pas riches, mais permettent d'élever une famille très convenablement dans un cadre naturel. Le contact direct avec le consommateur indique les déviations à prendre pour bien continuer. C'est le vieux modèle français qui malgré tout ne peut plus nourrir les villes.

(**) Il est intéressant de s'abonner au mensuel Country qui revisite à sa façon la série "Green Acres" : CLIC !


La seconde agriculture est celle des filières.



C'est un modèle adapté à la consommation de masse, d'autant plus pertinent pour accompagner la métropolisation de l'espace qui est en train de s'imposer. Ce que produit l'agriculture des filières et une matière première qui doit franchir un ou plusieurs stades de transformation pour atteindre le consommateur. Or les manifestations que nous voyons tous les jours nous indiquent qu'elle fonctionne en régime d'offre. J'allais dire bêtement. Les producteurs font tourner leurs exploitations et se présentent sur le marché pour écouler les matières premières. A partir de là tout leur échappe. C'est le plus mauvais modèle et pourtant le plus ancien, quasiment médiéval. Mais curieusement, c'est celui qui dès l'après-guerre fut poussé par le Génie rural, adossé au Crédit agricole qui suppléait au défaut de capital par des prêts gagés sur le travail. La seule pompe qui fonctionne au bénéfice de tous sur une filière agricole est la pompe aspirante. Le transformateur au contact du marché de consommation organise les productions intermédiaire et primaire, la filière n'ayant qu'un seul patron : le client final. Dans ce modèle, le transformateur passe des contrats d'approvisionnement (un peu comme dans le raffinage pétrolier). Certes, en période de surproduction il est plus avantageux pour lui de venir sur le marché spot, mais on peut le contraindre de diverses façons comme en compliquant les marchés spot ou en y raréfiant l'offre. Le Cadran de Pleven fut le boulevard d'accès des transformateurs à la mise en coupe réglée des producteurs porcins ! Si le transformateur n'a plus de place de marché global où agir hors-contrat, cela devient très difficile pour lui de gérer les approvisionnements qui lui sont indispensables à faire tourner l'usine. Renverser le modèle prendra du temps, mais l'impulsion est déjà donnée dans certains segments comme la volaille.


Cowgirl


Si on veut être complet (j'ose), il existe une troisième agriculture, mais qui n'impacte pas vraiment la crise agricole, motif de ce billet : c'est l'agriculture commerciale internationale qui fournit le marché mondial en denrées de base. Celle-ci n'a besoin ni des soins de l'Etat, ni même de la surveillance de Bruxelles même si elle en accepte les subsides. Elle est réglée par un cadran spécial commun à tous, chaque spécialité a le sien, qu'il soit à Paris, Londres ou Chicago (voir la carte). Les productions tropicales sont mieux connues (café, cacao, soja) mais nous y sommes aussi pour les blés meuniers, l'orge, le maïs-grain, le houblon, le colza etc... que nous appelons les "grandes cultures". Cette agriculture est forcément capitalistique, elle est organisée en groupements puissants capables de faire plier des Etats ; elle livre par bateaux complets et contribue plus à nos exportations que la filière automobile ! Les ministres qui se succèdent à Paris n'en comprennent pas toujours les tenants et aboutissants. C'est un métier relativement fermé, un peu comme le bitume, l'urée ou les pistaches.




Terminons du côté obscur de la force.

Les acteurs de marché pointent souvent du doigt la "grande distribution" et ils ont bien raison. La grande distribution dont la centrale d'achat la plus emblématique du secteur est celle des Leclerc, manœuvre toujours à la limite de la rupture de ses ressources. Pour avoir le prix final le plus bas possible, il faut acheter le plus bas possible, mais pour conserver de la ressource - i.e les couillons qui se lèvent tôt - il suffit de payer le "juste prix" un poil plus haut que le prix auquel on se suicide. Et si les paysans sentent bien cette politique délibérée contre leurs intérêts, les ministres qui se pavanent sur les foires ne s'en occupent pas. C'est au choix : ou bien ils sont bêtes, ou bien ils sont complices. Ne donnons pas de mauvaises idées, mais parfois, faire passer la justice de Laguiole résout bien des conflits. Une agriculture de filière renversée en "pompe aspirante" devra passer en force sur la grande distribution en clouant ses chauves-souris sur la porte des granges.


En résumé (?!), l'indice de bonheur brut du paysan est dans la ferme de proximité ; mais il peut aussi se réaliser comme maillon premier d'une filière de produits transformés qu'il intégrera complètement. Le paysan du Crédit agricole est foutu. Quand on fera les comptes, on y réintégrera le prix de la sueur avant de tirer les soldes. Après, on pourra parler de tout ça à Bruxelles. Si la conséquence première est de diminuer d'inutiles subventions : on y fera de l'audimat.


share


lundi 15 février 2016

Fabius chevauche le sphinx

A l'enseigne du sphinx, dort la gérontocratie. De plus en plus de pouvoirs lui ont été remis par les échelons subalternes, contents de se défausser plutôt que de gouverner. Y accède aujourd'hui, l'apparatchik chic Fabius, de chez Fabius & Fabius, antiquaires jadis du Boulevard Haussmann. Même s'il s'en défend, cela nous aura valu l'exclusion des œuvres d'art des calculs d'assiette soumise à l'ISF. Tant mieux.

L'homme fut un premier de la classe, fort en thème et bien noté. Parcours sans faute finalement - Normale Sup, agreg de lettres, Sciences Po, ENA, Conseil d'Etat - trahi deux fois à son insu : le sang contaminé et le Rainbow Warrior. Mais comme dit de lui André Santini : « Il fait penser au peintre Sisley. Le style parfait mais les idées fort courtes ». C'est ce manque d'imagination qui l'a barré de plus hautes responsabilités. Fabius, finalement scolaire, n'a survécu dans le microcosme que par un pouvoir de nuisance affûté. Souvenons-nous du "non" au référendum constitutionnel européen contre le courant majoritaire du parti socialiste ; également du fracas de la TVA sociale contre Sarkozy. Son image pâtit aussi de sa participation au cabinet Ayrault après avoir traité le candidat Hollande de "fraise des bois". Dans la fonction de ministre des affaires étrangères il s'est trompé sur la pérennité de Bachar el-Assad comme avant lui Bernard Kouchner s'était trompé sur celle de Nouri al-Maliki à Bagdad, avec les mêmes conséquences désastreuses dans l'un et l'autre cas.

Le bilan diplomatique

La droite nationaliste lui reproche son positionnement contre Vladimir Poutine en Ukraine orientale et sa haine de Bachar el-Assad en Syrie. La roublardise du Russe en a fatigué d'autres et la mise au tapis de l'avion malaisien lui est créditée, indiscutablement. On retrouve ce cynisme croisé du binôme Lavrov-Poutine dans l'appui-feu donné à l'armée régulière syrienne contre tous les rebelles, qui bizarrement épargne au sol les positions du Da'ech. On peut vomir. Quand on fera le compte des victimes du psychopathe alaouite et sa manière de les tuer, certains de nos parlementaires seront très gênés d'être allé lui baiser l'anneau. Dans l'un et l'autre cas, la France ne peut pas agir seule, faute de moyens matériels suffisants dans l'acquisition de cibles et dans la logistique carburants. Elle agit donc en coalition et doit composer. C'est le rôle d'une diplomatie. A noter que le Canada qui ne veut plus composer, se retire du théâtre d'opérations syro-irakien à la fin du mois.

Le gros reproche demeure quand même l'abandon des Chrétiens d'Orient. Certes ces communautés aborigènes étaient toutes baassistes puisque la dictature laïque du parti Baas en Irak et en Syrie faisait rempart à la furie musulmane. Le co-fondateur du parti, Michel Aflak, était un nationaliste chrétien. Il a donc été difficile d'arracher les Chrétiens à leur destin, mais en faire porter le chapeau à la France est assez dégueulasse. Qu'a fait pour eux la grande thalassocratie chrétienne américaine - in God We trust : Rien. Qu'a fait le nouveau csar de toutes les Russies, protecteur de l'Orthodoxie ? Pas grand chose, et très tard. Alors s'il est exact que la politique arabe de la France s'est perdue dans le merdier syrien, elle ne fut pas la seule. Incapables d'ailleurs de protéger le Liban, les services du Quai devraient actualiser leurs postures morales pour ne pas faire naître de faux espoirs. A noter qu'au début de l'affaire syrienne Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, avait refusé de porter secours aux Chrétiens avant qu'ils n'aient basculé dans le camp de la rébellion. Ce qui fut impossible à beaucoup.

Dans le dossier iranien, Laurent Fabius a montré une rigidité surprenante, mais un peu moins si l'on sait qu'il était premier ministre quand l'immunité diplomatique internationale permit à l'organisateur iranien des attentats de Paris de prendre l'avion. Sa position tranchée contre le mercantilisme américain dans la négociation nucléaire avec Téhéran, a montré que la France ne s'alignait pas, ne se couchait pas. Il faut le lui reconnaître, même si la bombe des mollahs n'est que repoussée à vingt ans. Et nous n'avons payé aucun prix de cette "indépendance" contrairement au refus d'obstacle sur la guerre d'Irak, parce que Laurent Fabius ne l'a pas instrumentalisée à sa propre gloire comme l'aurait fait un Villepin ou un Sarkozy. Nous n'avons fâché personne dès lors que nos positions étaient fondées sans grandiloquence, ni arrière-pensées protogaullistes.

Le dernier voyage

Sans doute Fabius est-il plutôt un joueur de revers que de premier service. Il a partout "réagi". En revanche, il a montré des dons d'administrateur pugnace lors de son passage au Quai où les réformes ont été appliquées à la hache sans trop de concertation syndicale. La maison est en ordre ! Il va beaucoup s'ennuyer au Conseil constitutionnel (clic), élégamment certes, mais sans possibilité de libérer ses aigreurs, à défaut de pouvoir exercer son "autorité". Cette place est devenue la plus élevée de notre République depuis qu'on en redoute les jugements ; en fait, une Cour Suprême à la française, politisée. Saura-t-il résister aux manipulations de l'exécutif comme le lui recommandera Jean-Louis Debré lors de la passation de pouvoir ? Celui-ci, juge de profession, quitte l'institution quelque peu amer. Alors que dans ses vœux de 2016, il était resté dans l'onctuosité des corps constitués, passant la porte une dernière fois, il dénonce les "lois de plus en plus bavardes, mal fagotées car prises sous la tyrannie de l’instant et sans la rigueur qu’elles avaient jadis". Avec l'armée de rédacteurs énarques forant des tunnels rhétoriques où l'on ne voit jamais le jour, il y a matière à rêver de clarté au sens classique : "ce qui se conçoit bien s'énonce clairement".

Mais le Conseil constitutionnel est aussi une prison politique. On y enferme les ambitions. C'est bien pourquoi l'ancien président Sarkozy n'a jamais voulu y siéger. Autant que leurs compétences et leur sûreté de jugement seront utilisées, les neuf sages restent dans une posture d'immobilité, une posture de momies qui fait dire à beaucoup : mourrez, nous nous chargeons des restes ! Hollande y enterre un concurrent pour 2017.





share

lundi 8 février 2016

La dépression mentale de l'Europe est allemande

 

Jusqu'à l'affaire de la grande migration arabe, l'Allemagne, conduite par la chancelière de Prusse, servait à tout. Modèle socio-économique, père-fouettard des gouvernements de danseuses impécunieuses, ultime recours contre les appétits russes, partenaire massif des Etats-Unis jusqu'à midi, refuge des diplômés européens sans travail ! Sans même trop comprendre le fond de son raisonnement, on avait pris l'habitude de suivre l'Allemagne. Dans tous les ministères du continent on savait promettre tout et n'importe quoi aux mécontents en sachant qu'in fine, il faudrait rechercher le nihil obstat de Berlin, avec l'arrière-pensée parfois d'obtenir son refus. Le centre de gravité des décisions communautaires s'était peu à peu déplacé de Bruxelles à Berlin - l'affaire du GREXIT le démontra.

Certains, lassés de voir les pays latins patauger avec plaisir dans leur gabegie endémique, votaient pour une fédération économique germanique autour d'un euromarc délesté des dettes nationales impayables du Sud ! Sur cet axe inédit, et au prétexte d'harmonisation fiscale, il s'était même tenu une réunion importante des ministres des finances de la zone euro germanophone, le 13 mars 2013 à Berlin. Mais d'autres s'étaient tenues plus discrètement les années précédentes à Luxembourg, Bâle, Vaduz et Vienne. Une sorte de fédération germanique commençait à se dessiner qui pourrait agréger des pays d'arrière-cour comme la Tchéco-Slovaquie et jusques aussi loin que la Finlande.

2016 : nous sommes loin de l'anschluss économique. La décision irréfléchie et minoritaire de la Chancelière d'ouvrir sans aucune limite ses guichets aux requérants d'asile politique et économique a braqué contre elle tous ses voisins. Voir la Scandinavie fermer ses portes au flux migratoire arabe en dit plus long qu'un grand discours au Parlement européen. L'Allemagne merkélienne a dynamité l'Europe dans son logiciel de soft-power. Amis récents ou adversaires historiques, tous comptaient sur Berlin pour maintenir une cohésion des nations vers une fédération puissante, prospère et pacifique. Ils déchantent. Effrayées de se voir dépossédées de leurs façons de vivre, se mettent en congé de consensus la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et même l'Autriche complètement débordée. Se taisent les pays sous perfusion chronique comme les quatre nations balkaniques (GR, RO, BG, HR) mais le ton monte aux Pays-Bas aussi ! Et comble de malheur pour l'Union se désunit le Royaume-Uni ! Le BREXIT est la grande affaire de l'année. La licence d'importation en aveugle de migrants en masse par l'Allemagne a rechargé jusqu'à rabord les chaudières de l'euroscepticisme anglais.





Le continent désaimanté risque de voir se rompre les amarres britanniques, avant peut-être la désintégration du Royaume-Uni lui-même. Souvenons-nous que la Grande Bretagne accéda au Marché commun en compagnie de ses meilleurs clients apportant un renfort certain. S'agrégeaient ainsi à l'Europe continentale : la Norvège pétrolifère, le Royaume-Uni avec la City de Londres et l'Ecosse pétrolifère, le Danemark avec les zones de pêche des Féroë et du Gröenland, et la colonie financière anglaise qu'est l'Irlande républicaine.

Le départ éventuel du Royaume-Uni ou BREXIT peut disloquer toute la zone de la Mer du Nord. La Norvège ne ratifia pas jadis mais s'intégra dans l'Espace économique européen comme la Suisse ; elle n'aura pas à en partir formellement ; l'Islande a claqué la porte en 2013 ; les Danois votent régulièrement contre l'immixion des lois européennes chez eux ; seule l'Irlande ne peut pas arracher la perf, quoique les investisseurs de poids y soient plutôt nord-américains ! Nul ne sait ce qu'adviendront les relations déjà tumultueuses entre l'Angleterre et l'Ecosse (républicaine). De ce désordre ne naîtra rien de bon pour nous, sauf à faire battre des nageoires les otaries souverainistes. Le BENELUX collera plus solidement encore à l'Allemagne rhénane dont il assure les débouchés par ses ports du Range Nord. Les trois pays baltes et la Pologne rechercheront la protection des Etats-Unis, la Suède et la Finlande chercheront à s'accommoder de la nouvelle donne géostratégique et revivifieront peut-être leur neutralité. Il est difficile de prévoir. Si l'on excepte les pays de l'Est de peu de poids, on en revient à la définition de départ de la Communauté européenne avec les six pays fondateurs auquel s'agrégeraient la Tchéquie, l'Autriche, la Slovénie et la Croatie et la péninsule ibérique qui n'a pas de solution de rechange, sauf si l'évolution climatique la soudait au Maroc : douze en tout.

La France pourra-t-elle en retirer quelque avantage ? De par sa position centrale en Europe occidentale et son ouverture sur quatre mers, elle aurait un coup à jouer. Mais elle n'a plus les moyens de faire fructifier aucun rebattage des cartes et ne saurait comment mettre au pot. Après 35 ans de socialisme, elle est devenue un pays moyen aux semelles de plomb, stipendié par les preneurs de bons du Trésor et gouverné par le principe de précaution. Elle n'a de marge de manœuvre que celle concédée par les super-puissances en rémunération de son alignement ou de son silence. Finalement, la main française dans le gant européen fut un essai intelligent, trop intelligent pour la classe politique aux affaires. Repliée aujourd'hui sur ses défis domestiques, incapable d'affronter le mammouth le plus gros d'Europe qu'elle est obligée de nourrir, elle est désormais à la merci de tiers. Ira-t-on jusqu'à dire avec Michel Onfray qu'elle est à la merci de la bombe islamique (clic)? Doit-on craindre en réaction une Saint-Barthélémy géante d'un peuple affolé par les reculades et la démission de tous les pouvoirs. C'est le premier souci de MM. Hollande, Valls et Cazeneuve : un pogrom islamique français ! Un incommensurable bond en arrière dans la-patrie-des-droits-de-l'homme, qui ferait tache d'huile dans toute l'Europe !

Le projet européen (le seul finalement que nous avions) s'estompe dans des complications inextricables ; comme le disait Christian Vanneste la semaine dernière : « L’Europe ne fait plus l’Histoire, elle la subit » ; le couple franco-allemand a divorcé dès que l'Allemagne a acquis sa majorité le 3 octobre 1990 ; nos propositions européennes ne sont écoutées par personne ; notre modèle socio-économique français est la risée du monde ; nos comptes publics sont exécrables et le gouvernement s'en fiche qui ne regarde que sa perpétuation ; en plein état d'urgence, le pouvoir supprime l'accent circonflexe !

Il aura suffit que l'Allemagne ne soit plus le "grand frère" qu'on imitera à la fin pour nous sauver, pour que le mental du pays s'effondre. Des réactions xénophobes prennent le pas sur le coup de balai politique nécessaire. La classe politique à la ramasse croit-elle tenir le haut du pavé jusqu'en avril 2017 ?


Danger ! Il y a danger



(rédigé à Paris, le 6 février 2016, jour du PEGIDA)

Articles les plus consultés