mercredi 6 septembre 2017

Rohingya, "chiens perdus sans collier" (Cesbron)


Le monde attend le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi sur l'affaire des Rohingya. Enfin, pas tout le monde ! Les Etats voisins de la Birmanie n'attendent rien d'autre que le naufrage général des barques pour noyer le poisson parce qu'ils ont tous des minorités remuantes auxquelles ils ne veulent montrer aucun exemple de mansuétude. Alors coulerait-on deux cent mille boat peoples que les yeux du sous-continent indien resteraient secs. A preuve les reportages "touchants" d'agences de presse étrangère à la zone n'y émeuvent personne. Pourquoi ? Rapport à la vie, à la mort. L'Occident ayant échappé à l'eschatologie individuelle a sacralisé la vie qui est sa propre fin, exception faite de la métempsychose hollywoodienne et du transhumanisme de la Silicon Valley. L'Orient considère la vie comme un passage entre deux états, l'éternité étant la règle dans le malheur comme dans le bonheur. Les Rohingya ont de grandes difficultés dans ce passage, mais tout naufrage dans ce monde est un seuil. C'est triste ! Et ça s'arrête là. Ceci dit pour l'absence d'émoi de l'opinion. Mais il y a autre chose de plus reconnaissable par les analystes occidentés : la géopolitique du sous-continent et l'irrédentisme musulman. Tout le sous-continent est en proie à la déstabilisation islamique ; même les Hui chinois déclenchent maintenant des émeutes pour pousser leur avantage démographique local et exiger la charia dans certaines villes comme la semaine dernière à Tangshan (Hebei) ou à Shanghaï l'an dernier. Du jamais vu, même au Xinjiang où les Ouighours sont nombreux.

Le pouvoir birman a parfaitement localisé le furoncle capable de détacher un jour la province d'Arakan (Rakhine en birman), qui depuis le début est mal attachée au pays. L'Etat Rakhine (Arakan) est dans une position malgré tout stratégique sur le Golfe du Bengale, c'est une porte d'entrée du Yunnan chinois (à travers le Triangle d'Or) et il y a du gaz dans la mer. La bande côtière est coupé du reste de la Birmanie par les montagnes d'Arakan (3000m) et aurait vocation naturelle à s'en séparer. Que l'ethnie rohingya puisse être le ferment d'une sécession ne fait aucun doute à Rangoun, d'autant plus que la pratique rigoriste d'un islam salafiste est la marque de fabrique de cette communauté depuis qu'elle s'est coupée du Bangladesh. Elle a dérivée une branche insurrectionnelle l'ARSA (Arakan Rohingya Salvation Army) qui affronte les forces de polices de l'Etat. Les précédents du Front Moro islamique de libération (MILF) à Mindanao (Philippines) comme l'Organisation pattanie unie de libération (PULO) au sud de la Thaïlande sans parler des guérillas d'Aceh (Sumatra), servent d'avertissement. Par chance l'Etat de Chin qui domine l'Arakan n'est pas musulman mais animiste et chrétien. Pour comprendre le dilemme birman il faut une carte ethnique sur laquelle, dit en passant, les Rohingya n'apparaissent pas puisque ils sont décrétés immigrés clandestins par Rangoun :

- les Rohingya occup(ai)ent le quart nord du Rakhine en rose -

Chaque nationalité a sa religion. Au résultat : 89% de bouddhistes (petit véhicule), 3% de baptistes, 1% de catholiques, 4% de musulmans, 1% d'animistes et 2% du reste. Les groupes ethniques se divisant entre Birmans 68%, Shan 9%, Karen 7%, Rakhine 4%, Chinois 3%, Indiens 2%, Mon-Khmer 2%, autres 5%. Le pouvoir central militaire a déjà eu des problèmes avec les Karen et les Shan qui ont été matés dans une sauvagerie à peine croyable. Le pays est partout difficile d'accès où les chefs locaux s'érigent facilement en tyrans sanguinaires et veulent faire de l'argent à partir de tout y compris les êtres humains ! Le contrôle des guérillas locales s'opère le plus souvent par la terreur appliquée par la soldatesque aux populations civiles censées être l'eau qui fait vivre le poisson rouge ou vert.

Aung San Suu Kyi connaît tout ça sur le bout des doigts ; elle est la fille d'Aung San, le père de l'indépendance birmane arrachée aux Anglais, et les Rohingya furent ses ennemis, supplétifs de l'Armée des Indes dans l'espoir d'un découpage à leur profit. Dans la mesure où le Bangladesh ne reconnaît pas cette ethnie comme sienne (ils ne parlent pas le bangla) il ne veut pas que l'on débonde les camps de concentration sur son territoire déjà écrasé par une démographie intenable (la Première ministre bangladaise a été très claire : que l'ONU se démerde !), la seule solution serait de déporter les Rohingya sur une île assez grande pour les accueillir tous. Cette île n'existe pas dans ces conditions mais on en parle depuis des années : il s'agirait de les déporter "temporairement" sur l'île de Thengar Char dans la baie du Bengale, l'humanitaire et les infrastructures étant assurés par les agences onusiennes... quand on en aura chassé les pirates fermement établis. On imagine bien que l'île n'est pas un cadeau de Dacca (clic), marée et mousson la noient régulièrement. Néanmoins l'idée fait son chemin, l'Indonésie projette à son tour de vider ses camps de regroupement rohingya sur une île déserte de l'immense archipel sous les mêmes conditions vis à vis de l'ONU.

L'Arakan est un abcès de fixation de l'irrédentisme musulman à connotation salafiste. Ils sont plusieurs sur les côtes de l'Océan indien à brûler le carburant idéologique fourni par al-Qaïda et le Groupe Etat islamique. Toute communauté musulmane structurée est suspecte. Celles qui disposent d'un ancrage territorial indiscutable peuvent trouver des accommodements avec les pouvoirs locaux pour autant qu'elles cessent de vouloir régenter l'espace public à leur profit. Le cas particulier des Rohingya apatrides vient de ce qu'ils n'appartiennent à personne. Où qu'ils aillent, leurs voisins les détestent. Un territoire vierge à mettre en valeur semble être la seule solution pérenne. On devrait trouver quelque terre promise parmi les îles de la Sonde. Aung San Suu Kyi est de mon avis et elle ne les gardera pas, quitte à rendre le Prix.

©Keywords

(1) Pour entrer dans les détails de la question Rohingya nous recommandons le dossier de Géo-confluences (clic).
(2) L'ARSA a décrété ce dimanche 10 septembre un cessez-le-feu unilatéral pour faciliter les opérations humanitaires, ce qui confirme l'insurrection armée, quasiment niée par la Communauté internationale hors-Asie.


Mise à jour du 14.09.2017

Alors que se précise la pression onusienne sur le Myanmar menée par la Grande-Bretagne et la Suède, la Chine qui a de gros intérêts en Birmanie sur laquelle elle compte pour développer le Yunnan, a fait savoir par la voix d'un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, que « la communauté internationale devrait soutenir les efforts de la Birmanie visant à préserver la stabilité nationale ». De son côté, l'Inde mitoyenne qui a beaucoup de problèmes avec ses Etats himalayens, soutient le gouvernement birman ; en visite à Rangoun, le Premier ministre Narendra Modi a exprimé sa solidarité contre « la violence des extrémistes » dans l'Etat Rakhine (source entre guillemets France 24). Le gouvernement birman annonce une adresse à la nation de sa conseillère d'Etat Aung San Suu Kyi pour le mercredi 19 septembre...... ce qui laisse six jours de nettoyage ethnique effectif des populations effrayées que l'on extermine parfois sur place et dont on brûle les logis pour prévenir tout retour.

Mise à jour du 19.09.201

Le Conseiller d'Etat Aung San Suu Kyi ferme aujourd'hui la séquence sauvage mais sans doute à peu d'effets sur le terrain. L'armée tient les postes frontières. Qui fera les listes de retour dans les camps de réfugiés ? Quels critères seront validés ? Le problème reste entier et maintenant que la Dame de Rangoun a parlé, la communauté internationale peut lâchement passer à autre chose. Voici l'allocution officielle :


 

lundi 4 septembre 2017

Une simple remarque aux chapelles


Que les chapelains se rassurent, nous ne parlerons pas d'argent. Ouf ! Nous allons parler de communication. Ah, quand même ! Ben oui, aux jours d'aujourd'hui il ne sert à rien d'avoir raison tout seul dans son galetat et de l'écrire dans son carnet intime pour que change le monde. Internet a propulsé les idées de tout un chacun sur la planète par le vecteur des blogues, les groupements d'intérêts ou d'opinion en font autant par le moyen de sites en ligne, Partout on diffuse beaucoup, ce qui ne veut pas dire que l'on communique si bien que ça. Les supports internétiques royalistes sont moches, souvent empoussiérés, à l'exception de... il y a si peu d'exceptions. Chaque taulier se contente de mettre en ligne comme on étendrait du linge sur la corde du jardin pour croire sa mission de propagande accomplie. En fait nul ne percute vraiment l'Opinion. Prenons l'exemple du camp Maxime Real del Sarte de l'Action française où se pressent chaque année des contributeurs de qualité pour apporter la bonne parole aux militants royalistes.

Il n'y a pas de vrai plan de communication au sein du CRAF organisateur. Lors de la préparation de l'édition 2017, le site officiel ne donnait pas accès facilement aux éléments basiques (dates, prix, programme) et il valait mieux passer par les algorithmes de Google pour faire monter la page pertinente à l'écran, ce qui est très décevant quant aux capacités de communication. Pendant le camp, il y eut quelques efforts méritoires d'Antoine Berth sur Twitter pour relayer les conférences, mais le réseau n'est pas un support d'affichage, juste un tapis roulant d'informations et réactions. La vie du tweet est très courte.

La semaine qui suit le camp d'Ailly aurait pu être consacrée à la mise en page et diffusion des interventions magistrales, en privilégiant l'écrit qui est beaucoup plus maniable que la vidéo amateur. A part trois brèves qui publient trois questions (factices) à trois intervenants, le site du CRAF ne donne rien de plus à lire de ce camp d'été (pour l'instant). En plus l'accès aux questions n'est pas direct, il faut deviner que dans la barre de navigation c'est l'onglet "Vie du mouvement" qui est la porte d'entrée vers un autre onglet de rang 2. Vous l'avez ici directement par la vignette noire "Questions" ci-contre. On est au niveau du blog rose de Skyrock ! Donc après le CMRDS, on ne communique pas, on digère ! A croire que (censuré)...
Passons au matériau.

Depuis sa création ou pas loin, le blogue Royal-Artillerie a promu chaque année le camp Maxime Real del Sarte. Pour ce faire, le blogue utilise le flyer du CRAF s'il existe, sinon il doit créer des images plus ou moins suggestives suscitant des clics vers la page ad hoc de l'Action française ; certaines années, le Piéton s'est fendu en plus d'un ou deux billets. A noter en passant qu'il n'y a jamais eu de remerciement d'aucune sorte de la vieille maison, même sous une forme cavalière du style "salut! sympa!" à l'exception d'un eurosceptique désabusé qui fit rebond de Maurras à moto, l'an dernier. Le Piéton ne recherchait pas non plus de reconnaissance.

S'il y avait une équipe de communication active dans cette chapelle - et c'est vrai pour toutes -, elle fabriquerait des fenêtres d'accès intégrables sur les blogues amis, royalistes ou pas. Seraient bienvenus au minimum une bannière (avec deux dimensions pour coller en tête ou en pied de site), deux ou trois vignettes attrayantes avec des tailles de caractères permettant les compressions, pour intégrer dans les sidebars de blogues. Plus compliqué serait une vidéo de présentation (sans speaker playmobil, de grâce, c'est démodé).

Pour bien montrer de quoi on cause, voici quelques vignettes simples de filles crées par Royal-Artillerie à cette occasion - une équipe affûtée aurait fait mieux sans forcer. Il y en eut aussi mais plus funèbres, pour la retraite au flambeau de Louis XVI ; même problématique. On va malgré tout commencer la liste par un flyer CRAF très réussi pour 2016 :

Affiche_CMRDS2016



fille canon





Les sites d'Action française ne sont pas les seuls à pâtir d'amateurisme dans le domaine de la propagande, le parti de l'Alliance royale, la réunion des cercles légitimistes, les fédérations provinciales de toute obédience, le mouvement bourbonien, les "groupements individuels" aussi, sont complètement dépassés sur ce plan ! Mention rectificative pour le Groupe Action royaliste* qui est dans un réel effort d'affichage de ses activités et pour le site La Couronne** qui promeut la maison d'Orléans avec talent ; et dans un autre genre, le Conseil en l'espérance du roi*** qui publie quotidiennement à gros débit sur une maquette mono-couloir qui malheureusement bride sa diffusion.

Quand donc les chapelles royalistes découvriront-elles la communication professionnelle destinée au plus grand nombre ? C'est ici que le principe adjudanesque prend toute sa vertu s'il est médité par des gens qualifiés qui privilégieront le choc du discours iconographique à l'inondation tiède des avis de supériorité, en gardant à l'esprit le souci d'atteindre le plus grand nombre directement et indirectement par les relais d'informations extérieurs au microcosme :


En faire peu !

Le bien faire !

Le faire valoir !


* GAR
** La Couronne
*** CER

samedi 2 septembre 2017

Codex#04 - dossier AF

La revue CODEX parle de l'Action française (AF) dans son opus #04 (clic). Ceux qui connaissent l'AF de l'intérieur n' y apprendront rien, les autres en sauront presque tout, ce qui peut signifier que le défi a été relevé.

L'organisation du dossier de 53 pages est très réussie, pédagogique. Les contributeurs à cet exploit sont, outre les maquettistes maison, Jacques Prévotat, Olivier Dard, Jean-Yves Riou (directeur de la publication), Priscille de Lassus (rédactrice en chef), Christian Sorrel, Florian Michel, Antoinette Castelnuovo et François Huguenin. C'est bien le dernier qui agace. Après son pavé de sept cents pages chez Perrin (L'Action française - Synthèses historiques 2011), Huguenin se garde bien de contredire son assertion première : "l'AF est morte", même si je suis presque d'accord que l'héritage a été stérilisé par les caricatures de maurrassiens qui ont présidé aux différents journaux des années 1960 à 1990.

L'AF serait donc morte mais le Maître ne le serait pas du tout, même si l'édition renâcle à publier ses textes. Il faut dire que la rhétorique maurrassienne est difficile à assimiler pour le grand public d'aujourd'hui qui achèterait les bouquins.

L'Action française n'est pas morte aussi longtemps que des esprits critiques s'en revendiqueront. Entendons que toute l'AF ne réside pas dans les structures déclarées en préfecture, il y a des maurrassiens partout, jusque récemment à la Maison Blanche¹. Disons aussi qu'on ne peut la résumer, comme le font certains bien imprudemment, aux Camelots du roi et à la vente à la criée du journal. Colloques et conférences se succèdent à Paris et dans les trois métropoles provinciales où des équipes restent actives (Lyon, Bordeaux, Marseille). Le niveau des intervenants ne permet cependant pas d'emplir des amphithéâtres, peut-être parce que le projet déroulé ne se démarque pas assez clairement du projet frontiste. L'AF s'est embourbée dans la même ornière que le Front national : le souverainisme obtus ; elle a l'avantage de disposer des ressources intellectuelles pour s'en arracher, ce qui fait défaut au parti Le Pen ou à Dupont-Aignan.
(1) Steve Bannon est maurassien et raspalien, mais pas un "saint".

Répétons ici que l'objectif réel du changement de paradigme devrait être l'optimisation à outrance de nos dépendances et non pas de les rompre, ce qui est impossible et stupide à soutenir. Recentrons-nous sur la monarchie sociale et fédérative comme la présente, par exemple, Jean-Philippe Chauvin dans son blogue Nouvelle Chouannerie. Défendons la priorité budgétaire du régalien et la désétatisation du sociétal. On ne peut que souhaiter une édition didactique en visuels de ce projet monarchique porté par le Groupe Action Royaliste, et de trouver les moyens nécessaires à une large diffusion...
Ce qui manque au royalisme français c'est une offre politique claire, lisible, compréhensible, propagée sur tous les segments de l'opinion. S'en remettre au roi n'y suffira pas !



Ce numéro de CODEX contient une perle rare : l'exposé des travaux de Michel Pastoureau, rare spécialiste de l'histoire des couleurs. Dès l'entame le lecteur est capturé par la dérive des couleurs depuis l'Antiquité, et pour une fois on découvre quelque chose d'inédit. L'autre sujet passionnant est l'histoire des Juifs de la papauté d'Avignon. Le prochain numéro (#05) est consacré à Luther et sa Réforme. Abonnez-vous au quatre numéros annuels, 60 euros pour 720 pages, papier glacé, quadrichromie, vous ne le regretterez pas, sinon allez au point-presse près de chez vous (clac).


lundi 28 août 2017

Faut-il croire aux Lumières de l'islam ?

Amis lecteurs, il est difficile de terminer ce mois d'août sans évoquer l'empreinte islamique en Europe occidentale. Les opérations de terrorisme ont déclenché une foule d'analyses, commentaires, proclamations courageuses ou hypocrites. N'allons pas nous y frotter, d'autant que nous surprendrions certains qui n'ont pas fait les troupes de marine.
C'est l'occasion d'actualiser un long article paru il y a douze ans sur Steppique Hebdo et centré autour de Tariq Ramadan. Il n'y a rien à retirer aujourd'hui au texte de 2005, mais l'on peut constater aussi que le Frère-philosophe n'a pas progressé sur sa zone d'effort, la France, à tel point que ça énerve beaucoup Hani Ramadan qui se refait la cerise sur l'islamophobie. En fait on est passé du voile au hijab ! Comment dès lors rendre l'islam sympathique, préalable indispensable à la subversion, quand dans la rue les couteaux hurlent Allahou akbar et que foncent les voitures sur la foule ?

Ramadan cherche depuis quinze ans à revêtir la toge du réformateur, le chef de file de la cohorte des Lumières de l'islam contemporain ainsi que les convoquent à l'indispensable aggiornamento les collaborateurs français et autres idiots utiles de la bobosphère. Il a demandé sa naturalisation au projet peut-être de s'inscrire au Collège de France. Trêve d'ironie, voici quelques sourates édifiantes choisies au hasard parmi celles que monsieur Ramadan veut discuter avec ses coreligionnaires et avec nous par la même occasion.


Sourate 2, v. 223 : "Vos femmes sont un champ de labour pour vous. Venez-y comme vous voulez."

Sourate 2, v. 282 : "Faites-en témoigner par deux témoins d'entre vos hommes; et à défaut de deux hommes, un homme et deux femmes d'entre ceux que vous agréez comme témoins, en sorte que si l'une d'elles s'égare, l'autre puisse lui rappeler".

Sourate 4, v. 3 : "Il est permis d'épouser deux, trois ou quatre, parmi les femmes qui vous plaisent, mais, si vous craignez de n'être pas justes avec celles-ci, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez. Cela afin de ne pas aggraver votre charge de famille."

Sourate 4, v. 11 : "Voici ce qu'Allah vous enjoint au sujet de vos enfants : au fils, une part équivalente à celle de deux filles… Ceci est un ordre obligatoire de la part d'Allah, car Allah est, certes, Omniscient et Sage".

Sourate 4, v. 15 : "Celles de vos femmes qui forniquent, faites témoigner à leur encontre quatre d'entre vous. S'ils témoignent, alors confinez ces femmes dans vos maisons jusqu'à ce que la mort les rappelle ou qu'Allah décrète un autre ordre à leur égard".

Sourate 4, v. 34 : "Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu'Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu'ils font de leurs bien. Les femmes vertueuses sont obéissantes, et protègent ce qui doit être protégé, pendant l'absence de leurs époux, avec la protection d'Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d'elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand !"

Sourate 4, v. 38 : "Les hommes sont supérieurs aux femmes par le fait qu’Allah en a élevé plusieurs au dessus des autres".

Sourate 4, v. 43 : "Ô vous qui croyez, si vous êtes malade ou en voyage, si vous avez été en contact avec vos excréments ou que vous ayez touché une femme et que vous n'ayez pas d'eau, recourez à du sable avant de prier".


Le sémillant philosophe se fend d’une proclamation d’incertitude quant au châtiment des pécheurs dans les sociétés islamiques contemporaines. Il était temps qu’une autorité aussi reconnue que Nicolas Sarkozy mette la lapidation des femmes sur la table, à défaut d’y déposer une femme lapidée, outrecuidance interdite en convivialité mais plus parlante. Ramadan utilise dans ce texte fondateur (c’est du moins le destin qu’il lui souhaite) le mot de « contorsions ». On verra vite qu’il est docteur es contorsions.

La rédaction vous offre, malgré la hausse du papier qui détruit la presse libre, l’intégralité de la livraison du prophète suisse, parce qu'elle mérite qu'on s'y attarde avant de réviser la loi de 1905 et faire droit aux revendications communautaires.


L'Appel de Genève

(a) Introduction


De façon régulière les sociétés majoritairement musulmanes et les musulmans du monde sont confrontés à la question de l’application des peines liées au code pénal islamique. Que l’on se réfère à la notion de la « sharî’a » ou, de façon plus restrictive, à celle des « hudûd »[1], les termes du débat sont aujourd’hui déterminés par une question centrale dans la discussion entre les ulamâ’ et/ou entre les musulmans : qu’est-ce qu’être fidèle au message de l’islam à l’époque contemporaine ? Au-delà de ce qui est exigé de chacun, dans sa vie privée, qu’est-ce qui est requis pour une société qui se définirait comme « islamique »* ?
(*) TR est donc bien sur un objectif de changement de paradigme et non pas sur celui de l'intégration

On sait qu’il existe plusieurs courants de pensée dans le monde islamique et que les désaccords sont nombreux, profonds et récurrents. D’aucuns, une minorité, exigent l’application immédiate, et à la lettre, des hudûd car selon eux cette application est le préalable indispensable pour qu’une « société majoritairement musulmane » soit vraiment considérée comme « islamique ». D’autres, partant du fait objectif que les hudûd se trouvent effectivement dans les textes de référence (le Coran et la Sunna[2]), considèrent que l’application des hudûd est conditionnée par l’état de la société qui doit être juste et, pour certains, « idéale » et donc que la priorité est la promotion de la justice sociale, de la lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme etc. D’autres enfin, eux aussi minoritaires, tiennent pour absolument caducs les textes relatifs aux hudûd et estiment que ces références ne doivent plus avoir leur place dans les sociétés musulmanes contemporaines.

On le voit, les avis sont divergents et les positions souvent tranchées sans que nous puissions dire que les arguments respectifs, sur ce sujet précis, soient vraiment explicites et explicités. A l’heure où nous écrivons ces lignes, alors que le débat de fond à l’intérieur des sociétés musulmanes est quasiment absent et que les positions demeurent très vagues, voire souvent nébuleuses, des femmes et des hommes subissent l’application de ces peines vis-à-vis desquelles il n’y a pas de consensus parmi les musulmans.

Pour les musulmans, l’islam est un message d’égalité et de justice. C’est par fidélité à ce message que nous ressentons l’impossibilité de rester silencieux devant une application aussi injuste de nos références religieuses. C’est aussi pourquoi la parole et le débat doivent se libérer et ne pas se satisfaire de réponses générales, gênées, et parfois alambiquées. Ces silences et ces contorsions intellectuelles sont peu dignes de la clarté du message de justice de l’islam.

Au nom des sources scripturaires musulmanes, au nom de l’enseignement islamique et au nom, enfin, de la conscience musulmane contemporaine ; il y a des choses à dire, il y a des décisions à prendre.


(b) Ce que dit la majorité des ulamâ’

Tous les ulamâ’ (savants) du monde musulman, d’hier et d’aujourd’hui, et dans tous les courants de pensée, reconnaissent qu’il existe des textes scripturaires qui font mention des châtiments corporels (Coran et Sunna), de la lapidation des femmes et des hommes adultères (Sunna) et de la peine capitale (Coran et Sunna). Il s’agit là du contenu objectif des textes que les ulamâ’ n’ont jamais discutée.

Les divergences entre les ulamâ’ et les divers courants de pensée (littéraliste, réformiste, rationaliste, etc.) tiennent essentiellement à l’interprétation d’un certain nombre de ces textes et/ou aux conditions de l’application des peines relatifs au code pénal islamique (nature des infractions commises, témoignages, contextes sociaux et politiques, etc.) ou, enfin, plus globalement et plus fondamentalement à leur degré de pertinence à l’époque contemporaine.

La majorité des ulamâ’, à travers l’histoire et jusqu’à aujourd’hui, est d’avis que ces peines sont bel et bien islamiques mais que « les conditions exigées » pour leur application sont quasiment impossible à réunir (notamment en ce qui concerne la lapidation) : elles sont donc « presque jamais applicables ». Les hudûd auraient surtout « une vocation dissuasive » dont l’objectif serait d’établir la gravité, dans la conscience des croyants, des actions entraînant de tels châtiments.

Qui lit les livres des ulamâ’, qui écoute leurs conférences et leurs sermons, qui voyage à l’intérieur du monde islamique ou côtoie les communautés musulmanes d’Occident entendra forcément, et invariablement, cette formule de la part des autorités religieuses : « ... presque jamais applicable ». Elle permet à la majorité des ulamâ’ et des musulmans d’échapper au cœur de la question sans donner l’impression d’être infidèle aux sources scripturaires islamiques. L’autre attitude étant celle d’éviter la question et/ou de garder le silence.


(c) Ce qui se passe sur le terrain

On aurait aimé que cette formule « presque jamais » soit comprise comme une garantie pour protéger les femmes et les hommes vis-à-vis de traitements répressifs et injustes ; on aurait souhaité que les conditions stipulées soient entendues comme une invitation à promouvoir l’égalité devant la loi et la justice entre les êtres humains par les gouvernements et les législateurs qui se réclament de l’islam. Or, il n’en est rien.

En effet, derrière un discours islamique qui minimise les faits et arrondit les angles, à l’ombre de ce « presque jamais », des femmes et des hommes sont châtiés, frappés, lapidés et exécutés au nom de l’application des hudûd et ce sans que la conscience des musulmans du monde entier ne s’émeuve outre-mesure. On fait comme si l’on ne savait pas, comme s’il s’agissait de trahisons mineures aux enseignements islamiques. Or, comble d’une injustice aggravée, ces peines ne s’appliquent qu’aux femmes et aux pauvres, doublement victimes, jamais aux riches, aux gouvernants ou aux oppresseurs. En sus, des centaines de prisonniers n’ont droit à aucune défense digne de ce nom : des sentences de mort sont décidées et exécutées à l’encontre de femmes, d’hommes, voire de mineurs (opposants politiques, trafiquants, délinquants, etc.) sans que les accusés n’aient pu avoir le moindre contact avec un avocat. Après avoir accepté le flou dans nos rapports aux sources scripturaires, nous démissionnons devant la trahison du message de justice de l’islam.

La communauté internationale a également une responsabilité majeure et manifeste devant le traitement de la question des hudûd dans le monde musulman. La dénonciation est sélective et opère selon le calcul et la protection des intérêts géostratégiques et économiques : un pays pauvre, d’Afrique ou d’Asie, essayant d’appliquer les hudûd ou la sharî’a fera face à des campagnes internationales de mobilisation comme nous avons pu le voir récemment. Il n’en est pas de même pour les pays riches, les pétromonarchies et/ou les pays considérés comme « alliés » que l’on dénonce timidement, ou pas du tout, malgré une application constante et connue de ces peines à l’encontre des segments les plus pauvres ou les plus fragilisés de leur société. L’intensité des dénonciations est inversement proportionnelle aux intérêts en jeu. Une injustice de plus.


(d) La passion des peuples, la crainte des ulamâ’

Pour qui voyage dans le monde islamique et côtoie un tant soit peu les musulmans, un constat s’impose : partout les populations manifestent un attachement à l’islam et à ses enseignements. Cette réalité, en soi intéressante, peut se révéler troublante, et carrément dangereuse, quand la nature de cet attachement est quasiment passionné, sans grande connaissance ni compréhension des textes, avec peu ou pas de distance critique quant aux différentes interprétations des savants, à la nécessaire contextualisation, à la nature des conditions requises, voire à la protection des droits des individus et à la promotion de la justice.


Sur la question des hudûd, on voit parfois des engouements populaires espérant ou exigeant leur application littérale et immédiate parce que cette dernière garantirait le caractère désormais « islamique » de la société. En effet, il n’est pas rare d’entendre des musulmanes et des musulmans du peuple (éduqués ou pas, et le plus souvent démunis) appeler à une application formaliste et stricte du code pénal (dans leur esprit, la sharî’a) dont ils seront eux-mêmes souvent les premières victimes. Lorsque l’on étudie ce phénomène, on comprend que deux types de raisonnement motivent généralement ces revendications :



1. L’application littérale et immédiate des hudûd rend légalement et socialement visible la référence à l’islam. La législation, par sa rigueur, donne le sentiment d’une fidélité à l’injonction coranique qui exige de respecter rigoureusement le texte. Au niveau populaire, on a pu voir dans les pays africains, arabes, asiatiques voire occidentaux, que c’est la dureté et l’intransigeance même de l’application qui lui octroie une dimension islamique dans la psyché populaire.
2. Les critiques et les condamnations de l’Occident alimentent en retour le sentiment populaire de fidélité à l’enseignement islamique selon un raisonnement antithétique, simple et simpliste : l’opposition farouche de l’Occident est une preuve suffisante de caractère authentiquement islamique de l’application littérale des hudûd. Certains s’en persuaderont en affirmant que l’Occident a depuis longtemps perdu ses références morales et est devenu tellement permissif que la dureté du code pénal islamique, qui sanctionne les comportements jugés immoraux, est par antithèse la seule vraie alternative « à la décadence occidentale ».

Ces raisonnements formalistes et binaires sont fondamentalement dangereux car ils revendiquent et octroient une qualité islamique à une législation non en ce qu’elle promeut, protège et applique la justice mais parce qu’elle sanctionne durement, et visiblement, certains comportement en contraste et en opposition avec les lois occidentales perçues comme moralement permissives et sans aucune référence à la religion[3]. On voit aujourd’hui que des communautés ou des peuples musulmans se satisfont parfois de ces types de légitimation pour soutenir un gouvernement ou un parti qui appelle à une application de la sharî’a comprise comme une application littérale et immédiate des châtiments corporels, de la lapidation et de la peine de mort.

Nous pouvons observer une sorte de passion populaire dont la caractéristique première est la volonté de répondre à divers types de frustrations et d’humiliations par une affirmation identitaire qui se perçoit comme islamique (et anti-occidentale) mais qui n’est pas fondée sur la compréhension des objectifs des enseignements islamiques (al-maqâsid) ni des différentes interprétations et des conditions relatives à l’application des hudûd.

Face à cette passion, beaucoup de ulamâ’ restent prudents de peur de perdre leur crédibilité auprès des masses. On observe une sorte de pression psychologique exercée par le sentiment populaire sur l’élaboration juridique des ulamâ’ qui devraient normalement être indépendants afin d’éduquer les populations et proposer des alternatives. Or, c’est le phénomène inverse qui s’observe aujourd’hui : la majorité des ulamâ’ craint de confronter les revendications populaires parfois simplistes, peu savantes, passionnées et binaires de peur de perdre leur statut et d’être considérés comme trop compromis, pas assez stricts, trop occidentalisés, pas assez islamiques.

Les ulamâ’, qui devraient être les garants d’une lecture profonde des textes, d’une fidélité aux objectifs de justice et d’égalité et d’une analyse critique des conditions et des contextes sociaux, se voient entraîner à accepter soit le formalisme (application immédiate non contextualisée), soit le raisonnement binaire (moins d’Occident, c’est plus d’islam), soit enfin ils se cachent derrière des formules qui les protègent sans apporter de solutions aux injustices quotidiennes que subissent les femmes et les pauvres (« ce n’est presque jamais applicable »).


(e) Un statu quo impossible : notre responsabilité

Le monde islamique traverse une crise très profonde dont les causes et les aspects sont multiples et parfois contradictoires. Les systèmes politiques du monde arabe sont le plus souvent verrouillés, la référence à l’islam est le plus fréquemment instrumentalisée et les opinions publiques sont soit muselées soit aveuglément passionnées (au point d’adhérer, voire même de revendiquer, l’application la plus répressive et la moins juste de la « sharî’a islamique » et des hudûd.

Dans le domaine plus circonscrit de la question religieuse, nous pouvons observer une crise de l’autorité accompagnée d’une absence de débat interne entre les ulamâ’ des différentes écoles de droit (et de pensée) et à l’intérieur des sociétés et des communautés musulmanes. Il en résulte une diversité d’opinions qui, si elle est en soi acceptée en islam, tourne aujourd’hui au désordre le plus général faisant coexister les avis juridiques islamiques les plus opposés et les plus contradictoires dont chacun revendique son « caractère islamique » à l’exclusion de tout autre. Devant ce chaos juridique, les populations et les musulmans ordinaires finissent par être plus motivés par des « impressions de fidélité » que par des opinions fondées sur le savoir et la compréhension des principes et des règles islamiques (ahkâm).

Il faut regarder la réalité en face. La quadruple crise des systèmes politiques fermés et répressifs, de l’autorité religieuse éclatée et aux exigences contradictoires et des populations qui n’ont pas accès à l’instruction et sont emportées par une fidélité aux enseignements de l’islam plus passionnée que réfléchie, ne peut légitimer notre silence gêné, complice et coupable lorsque des femmes et des hommes sont châtiés, lapidés ou exécutés au nom d’une application formaliste et instrumentalisée des sources scripturaires de l’islam.

Il en va de la responsabilité des musulmans du monde entier. C’est à eux de relever le défi de la fidélité au message de l’islam à l’époque contemporaine ; c’est à eux d’en dénoncer les déficits et les trahisons où qu’ils aient lieu et par quelque autorité ou individu musulmans que ce soit. Une tradition prophétique rapporte : « Aide ton frère, qu’il soit injuste ou victime d’une injustice. » Un des Compagnons demanda : « Envoyé de Dieu, je comprends comment aider quelqu’un qui est victime d’une injustice, mais comment l’aiderais-je si c’est lui qui est injuste ? » Le Prophète (PBL) répondit : « Empêche-le d’être injuste, c’est ainsi que tu l’aideras. »[4]

C’est ainsi la responsabilité de chaque ‘âlim (savant), de chaque conscience, de chaque femme et de chaque homme, où qu’elle ou il se trouve. Les musulmans occidentaux se cachent parfois derrière l’argument que l’application de la sharî’a ou des hudûd ne les concerne pas car ils n’y sont pas obligés « en situation de minorité »[5]. Ils gardent donc sur la question un silence gêné et souvent lourd. Ou alors ils expriment une condamnation à distance sans chercher à faire évoluer les choses et les mentalités. Or, ces musulmanes et ces musulmans, qui vivent dans des espaces de liberté politique, qui ont la possibilité d’accéder à l’éducation et au savoir, ont - au nom même des enseignements islamiques - une responsabilité majeure pour tenter de réformer la situation, ouvrir un débat de fond, condamner et faire cesser les injustices perpétrées en leur nom.


(f) Un appel, des questions

Compte-tenu de toutes ces considérations, nous lançons aujourd’hui un Appel international à un moratoire immédiat sur les châtiments corporels, la lapidation et la peine de mort dans tous les pays majoritairement musulmans.

Considérant que les avis des savants ne sont ni explicites ni unanimes (voire même sans claire majorité) quant à la compréhension des textes et à l’application des hudûd et que, de surcroît, les systèmes politiques et l’état des sociétés majoritairement musulmanes ne garantissent pas un traitement juste et égalitaire des individus devant la loi ; il est de notre responsabilité morale et religieuse de demander à ce que l’on mette un terme immédiat à l’application des hudûd que l’on assimile faussement à la « sharî’a islamique ».


Cet appel se double d’une série de questions fondamentales adressées à l’ensemble des autorités religieuses islamiques du monde et ce quelles que soient leur tradition (sunnî ou shî’î), leur école de droit (hanâfî, mâlikî, ja’farî, etc.) ou leur courant de pensée (littéraliste, salafî`, réformiste, etc.) :


1. Quels sont les textes (et quels sont leur degré respectif d’authenticité reconnue), qui font référence aux châtiments corporels, à la lapidation et à la peine de mort dans le corpus des sources scripturaires islamiques circonscrites à ce que les spécialistes appellent les hudûd ? Quelles sont les marges d’interprétations possibles et sur quels domaines se sont exprimés les points de divergences (al-ikhtilâf) dans l’histoire du droit islamique et jusqu’à l’époque contemporaine ?

2. Quelles sont les conditions (shurût) stipulées pour chacune des peines par les sources elles-mêmes, le consensus des savants (al-ijmâ’) ou par des savants isolés à travers l’histoire du droit et de la jurisprudence islamiques (fiqh) ? Quelles ont été les divergences quant à la stipulation de ces conditions et quel type de « circonstances atténuantes » ont été parfois élaborées par telle ou telle autorité religieuse à travers l’histoire ou dans les différentes écoles juridiques ?
3. Le contexte socio-politique (al-wâqi’) a toujours été considéré par les ulamâ’ comme une des conditions de l’application des hudûd mais son importance est telle que cette question exige un traitement particulier (et la participation aux débats des intellectuels, notamment ceux qui sont spécialisés dans les sciences humaines). Dans quel contexte est-il aujourd’hui possible de penser appliquer les hudûd ? Quelles seraient les conditions requises en matière de système politique et d’application de la législation générale : liberté d’expression, égalité devant la loi, éducation populaire, état de la pauvreté et de l’exclusion sociale, etc. ? Quels sont, dans ce domaine, les points de divergences entre les écoles de droit et les ulamâ’ et sur quoi reposent ces désaccords.


L’étude des ces questions doit être de nature à clarifier les termes du débat en ce qui concerne les latitudes interprétatives offertes par les textes en même temps qu’une prise en compte déterminante de l’état des sociétés contemporaines et de leur évolution. Cette réflexion intracommunautaire exige de fait une double intelligence des textes et des contextes dans un souci de fidélité aux objectifs du message de l’islam : sur le fond, elle doit nous permettre de répondre à la question de savoir ce qui est applicable (et selon quelles modalités) et ce qui ne l’est plus (compte tenu des conditions requises impossibles à réunir et de l’évolution des sociétés s’éloignant immanquablement de l’idéal requis).


Cette démarche, de l’intérieur, exige de la rigueur, du temps et la mise sur pied d’espaces de dialogue et de débats nationaux et internationaux entre les ulamâ’, les intellectuels musulmans et à l’intérieur des communautés islamiques puisqu’il ne s’agit pas seulement de rapport aux textes mais également aux contextes. Dans l’intervalle, il ne peut être question d’appliquer des peines qui ne pourront qu’entériner des approximations légales et des injustices tel que c’est déjà le cas aujourd’hui[6]. Un moratoire s’impose donc pour permettre un débat fondamental qui se déroule dans la sérénité et sans jamais servir de caution à l’instrumentalisation de l’islam.

Il faut que cessent immédiatement toutes les injustices légalisées faites au nom de l’islam.


(f) Entre la lettre et les objectifs : la fidélité

D’aucuns comprennent, et comprendront, cet appel comme une incitation à ne pas respecter les sources scripturaires de l’islam. Demander un moratoire serait aller contre les textes explicites du Coran et de la Sunna. Or,il s’agit exactement du contraire : tous les textes qui réfèrent au domaine du droit exigent d’être lus en fonction des finalités qui les justifient (al-maqâsid). Ainsi parmi les finalités essentielles et supérieures, on trouve stipulées la protection de l’intégrité de la personne (an-nafs) et la promotion de la justice (al-‘adl). Or, une application littérale des hudûd, non contextualisée et sans le respect des strictes et multiples conditions énoncées, et qui se présenteraient comme une fidélité formelle aux enseignements de l’islam, peut en être, dans les faits, une trahison puisqu’elle peut produire, selon le contexte, de l’injustice caractérisée.

Le calife ‘Umar ibn al-Khattab a bien établi un moratoire lorsqu’il a décidé de suspendre l’application de la peine touchant les voleurs pendant l’année de la famine. Le texte coranique est pourtant des plus explicites mais l’état de la société rendait son application littérale injuste : on aurait châtié de pauvres gens dont le vol potentiel aurait eu pour seul objectif de chercher à survivre en situation de pauvreté absolue. Au nom donc de la finalité de justice exigé par le message global de l’islam, ‘Umar ibn al-Khattab a décidé de suspendre l’application d’un texte : la fidélité à la littéralité de ce dernier aurait signifié l’infidélité et la trahison de cette valeur supérieure de l’islam qu’est la justice. C’est au nom de l’islam et dans la bonne intelligence des textes qu’il a suspendu l’application d’un de ces textes. Le moratoire trouve ici un précédent historique de première importance.

La réflexion et les réformes nécessaires dans les sociétés majoritairement musulmanes ne pourront venir que de l’intérieur. C’est aux musulmanes et aux musulmans de prendre leurs responsabilités et de mettre en branle ce mouvement qui ouvre au débat et au dialogue intracommunautaire tout en refusant que des injustices continuent à être légalisées et appliquées au nom de l’islam, c’est-à-dire en leur nom. Une dynamique endogène est impérative**.
(**) La Réforme exclurait donc la participation des chercheurs (savants) non musulmans qui sont les plus en pointe sur l'aggiornamento de l'islam d'occident avec en ligne de mire la protection de la laïcité sociale, mais la proposition sélective braquerait l'université française, d'où la remarque ci-dessous.

Cela ne veut pas dire que les questions posées par des intellectuels ou des citoyens non musulmans doivent être disqualifiées, au contraire. Toutes les parties doivent apprendre à se décentrer et se mettre à l’écoute de l’autre, de ses points de références, de sa logique et de ses espérances. Pour les musulmans toutes les interrogations sont les bienvenues, de la part de leurs coreligionnaires ou des femmes et des hommes qui ne partagent pas leurs convictions : il leur appartient ensuite d’en faire le ferment et le dynamisme de leur pensée qui, de l’intérieur, sera la mieux à même d’être fidèle à l’exigence de justice de l’islam en tenant compte des exigences de l’époque contemporaine.


(g) Conclusion

Cet appel à un moratoire immédiat sur les châtiments corporels, la lapidation et la peine de mort est exigeant à plus d’un titre. Nous en appelons à la prise de conscience de chacun pour qu’elle/il se sente concerné par l’instrumentalisation de l’islam et le traitement dégradant auquel sont soumis des femmes et des hommes dans certaines sociétés majoritairement islamiques au cœur d’un silence complice et d’un désordre généralisé quant aux avis juridiques en la matière. Cette prise de conscience implique en aval :

- Une mobilisation des musulmans ordinaires à travers le monde appelant les gouvernements à décider un moratoire immédiat sur l’application des hudûd et à l’ouverture d’un vaste débat intracommunautaire (critique, raisonnable et argumenté) entre les ulamâ’, les intellectuels, les leaders et les populations.

- L’interpellation des ulamâ’ pour qu’ils osent enfin dénoncer les injustices et les instrumentalisation de l’islam dans le domaine des hudûd et qu’ils appellent, au nom même des textes islamiques et à leur fidélité, à un moratoire immédiat suivant ainsi l’exemple de ‘Umar ibn al-Khattab.

- Promouvoir l’éducation des populations musulmanes pour qu’elles dépassent les mirages du formalisme et des apparences. L’application de mesures répressives et des châtiments ne rend pas une société plus fidèle aux enseignements islamiques : c’est bien plutôt sa capacité à promouvoir la justice sociale et la protection de l’intégrité de chaque individu, femme ou homme, pauvre ou riche, qui détermine sa fidélité authentique. La norme en islam, ce sont les droits que l’on protège et non les peines que l’on inflige (qui ne peuvent être que l’exception fortement conditionnée).

- Ce mouvement de réforme de l’intérieur, par les musulmans et au nom même du message et des textes de référence de l’islam, ne devrait jamais faire l’économie d’être à l’écoute du monde environnant et des interrogations que l’islam suscite dans l’esprit des non musulmans : non pas pour se plier aux réponses de « l’autre » ou de « l’Occident » mais pour chercher, dans son miroir, à rester, mieux et plus constructivement, fidèle à soi.


Nous appelons toutes celles et tous ceux qui adhérent aux termes de cet appel à se joindre à nous et de faire entendre leur voix pour que cesse immédiatement l’application des hudûd dans le monde musulman et qu’un débat de fond s’instaure sur la question. C’est au nom de l’islam, de ses textes et de son message de justice que nous ne pouvons plus accepter que des femmes et des hommes subissent des châtiments et la mort dans un silence gêné, complice et finalement lâche.

Il est urgent que les musulmanes et les musulmans du monde refusent les légitimations formalistes des enseignements de leur religion et se réconcilient avec la profondeur d’un message qui invite à la spiritualité et exige l’éducation, la justice et le respect du pluralisme. Les sociétés ne se réformeront pas par des mesures répressives et des châtiments mais par l’engagement de chacun à établir l’Etat de droit, la société civile, le respect de la volonté populaire et une législation juste garantissant l’égalité des femmes et des hommes, des pauvres et des riches, devant la loi. Il est urgent de mettre en branle un mouvement de démocratisation qui fasse passer les populations de l’obsession de ce que sanctionne la loi à la revendication de ce qu’elle devrait protéger : leur conscience, leur intégrité, leur liberté et leurs droits.

A Genève, le 18 mars 2005
Tariq Ramadan



Notes : [1] Concept qui signifie littéralement « les limites ». Dans le langage spécialisé des juristes musulmans (fuqahâ’), le terme renvoie à l’ensemble des peines qui relèvent de l’application du code pénal islamique.
[2] Traditions prophétiques : textes qui rapportent ce que le Prophète de l’islam (BSL) a dit, fait ou approuvé durant sa vie.
[3] Dans les pays musulmans eux-mêmes, les lois que l’on perçoit comme « empruntées de l’Occident » sont souvent interprétées comme des instruments utilisés par les gouvernements dictatoriaux pour tromper et, en fait, légitimer leur caractère autocratique et, plus sournoisement, pour promouvoir l’occidentalisation culturelle et morale de la société.
[4] Hadîth rapporté par al-Bukhârî et Muslim.
[5] L’argument est faible et dangereux car il cautionne implicitement l’application des hudûd dans le contexte actuelle des sociétés « en terre d’islam »
[6] Nos doutes, en toutes circonstances, doivent bénéficier à l’accusé selon une règle universelle du droit (constitutive, dès l’origine et sur la base des sources scripturaires, de la tradition juridique islamique)


Synthèse brève du piéton du roi :

A la fin de cette lecture, beaucoup d'entre-vous sont perturbés. Est-ce la voie pacifique pour intégrer un islam rénové en Europe ? Faut-il discuter sur ces bases avec les musulmans de bonne volonté ? Faut-il comprendre que "Paris vaut bien une messe" et que l'Europe en voie d'islamisation exige l'aggiornamento de la doctrine prophétique pour y réussir la conversion du plus grand nombre. La normalisation de la condition féminine est incontournable. C'est plus que transparent. C'est habile. Ramadan ne parle d'ailleurs que de la révision des codes sociétaux. Mais douze ans après, l'appel solennel au moratoire sur les lapidations, mutilations et décapitations n'a pas été entendu dans la oumma. Au lieu d'adopter la séquence transformiste qui donnera l'illusion d'une intégration réussie dans nos sociétés, les couteaux sont sortis des cuisines où l'on n'utilise plus que des bouteilles de butane pour frire ! Les activistes islamiques ont au contraire durci leur approche de la conversion des infidèles, à défaut pensent s'en passer en les expédiant en enfer. Tariq Ramadan et les modernes sont en échec sur toute la ligne. La voie pacifique est bouchée, le général égyptien Abdel Fattah al-Sissi qui est au cœur de l'orage, a choisi l'affrontement ouvert.

Comme tout monothéisme l'islam est fondamentalement hégémonique et son aggiornamento ne gommera pas son essence profonde. Libre d'inonder le territoire, il s'appropriera la société aux prétextes moraux d'un retour à la pudeur et au respect d'une nature créée. Les arguments libertaires ne tiendront pas longtemps surtout quand ils sont portés par des pourrisseurs de l'âme humaine, le dévergondage occidental autorisera le réarmement moral, et l'islam pourrait bien s'engouffrer dans la brèche. La France laïque est la principale terre de mission, placée par la géographie au cœur du continent, bénéficiant d'une image "droits" dans le monde entier, et subissant le désintérêt républicain pour les spiritualités. Sa conversion (hypothétique) serait un coup de tonnerre sur la planète et favoriserait celle de tous les autres.

Tariq Ramadan, apôtre du double langage, aurait pu nous subvertir par l'intelligence - car il est très intelligent - si n'avait paru Soumission de Michel Houellebecq, construction romanesque qui a défloré la démarche subtile que vous avez sans doute comprise à la fin de votre effort de lecture. Merci.



lundi 21 août 2017

Actualité et illusion capétiennes

Le Camp 2017 Maxime Real Del Sarte commence aujourd’hui au château d’Ailly (près de Roanne) avec pour thème l’avènement du projet capétien pour la France. Si comme le proclame l’Action française dans son annonce, le projet capétien ordonne la souveraineté et la civilisation françaises pour garantir le bien commun, l’affaire est de grande audace et il faudra une forte jeunesse militante pour le porter ; l’école de pensée de la vieille maison est la seule équipée intellectuellement pour promouvoir ce redressement de plus en plus urgent. S’il s’agit de renouer à l’occasion le fil dynastique coupé par le comte de Chambord, il y a méprise, c’est tout l’objet de cet article de rentrée.

L’éloignement des vacances m’a créé un flash : inutile de creuser, il n'existe pas de rois souterrains, ou bien ils ne remontent jamais en surface. Où que l'on cherche, les vieux rois* n'ont pas d'héritiers, juste des descendants, parfois empêtrés dans des manteaux trop grands. On ne naît pas "roi de France", on ne le devient pas par acclamations ni par la désignation d’un aréopage d’historiens complaisants, seule l'onction crée le roi Très-Chrétien en France. C'est carrément spécial, même un agnostique endurci comprend cela. La multitude devait assimiler la verticalité céleste du pouvoir et craindre son roi autant que son Dieu. Douter de l’Un entamait l’autre. On ne devine à ce jour aucun prétendant en capacité de ramasser l’étendard, surtout que nul ne saurait où aller le prendre. L'embourgeoisement des maisons princières a consommé leur antique grandeur, le de jure est une falsification de partisans. Quand « Le Mort saisit le Vif » si la main du mort ne trouve que le vide, on entre au néant et les compteurs sont réinitialisés**. Les rivages du renouveau sont en vue.

Les vieux rois sont morts d’être devenus des hommes. La tradition franque les avaient élevés au rang de demi-dieux (Ases) qui se laissèrent pousser les cheveux comme le leur avaient appris les moines à la lecture de l'ancien testament. Sous la guenille mortelle de la brute résidait le corps astral de leur éternité. Pure magie, mais de haut niveau ! Plus de mille ans passèrent, les rois finirent d’eux-mêmes par douter et disparurent, emportant l'éternité avec eux ; il nous en reste leurs chroniques et des souvenirs reconstruits.

Louis XV par Welper (ca.1770)
Le dernier grand roi de tradition chez les aînés de France fut le Bien Aimé. Il se maintint au-dessus des lois morales et politiques de son siècle, absolument. Sur le tard malgré tout, il avait saisi l’impérieuse nécessité de réformes profondes comme en réclamaient tous les économistes depuis Vauban. Sa mort ouvrit l'époque des hésitations d'une race affaiblie conduite au dais par les lois fondamentales d’un royaume finalement anachronique. La nation et le roi allaient divorcer (dès avant la Révolution), l'un ne comprenant pas l'autre et l'autre ne reconnaissant plus l'un comme son tout. La suite ne fut que soubresauts d'un modèle à l’agonie qui implosa en 1873 pour disparaître à jamais. Le projet capétien s'est terminé inachevé par construction interne. Aucune rupture de paradigme n’a permis d’exposer l’offre politique monarchiste depuis lors. Ses propres lois l’ont tué. Le projet dans ses objectifs reste une ambition louable qui ne peut être portée par ceux qui s’en réclament propriétaires sans autres titres que de naissance, pour lesquels nous avons déjà payé cher.

Nous parlons de familles déposées (certaines plusieurs fois) dans l'incapacité de se rétablir par elles-mêmes et - c'est un secret - n'y tenant pas plus que ça dès qu'on leur parle de s'y mettre pour de vrai. Les descendants acceptent la coagulation de supporters autour des aînés de branche qui agrègent une cour avide d'honneurs que le régime en place ne leur donnera pas. On fait des comtes, on nourrit l'audience de proclamations avantageuses du prince en charge – le rappel de sa légitimité dynastique est incontournable dans chaque texte même le plus anodin. Mais reclus pour l'été, loin du tapage, le royaliste de toujours mesure l'étendue de la supercherie mondaine ; ces personnalités, même sympathiques, n'ont pas la carrure requise ni les espérances financières qui la suppléeraient pour faire aboutir un projet de ré-instauration de la monarchie. C'est donc perdre son temps avec eux, flouer les lecteurs pour notre part, tromper son monde pour ceux qui appellent des cotisations dans ce seul but.

On peut les comprendre aussi, nos princes. Leurs mœurs plébéiennes et le modeste cursus de chacun – à la notable exception du défunt prince Alphonse d’Espagne (1936-1989) – leur laissent deviner que la presse opposée au projet monarchique ne mettrait pas trois jours à les abattre s'ils manifestaient publiquement une volonté de reconquête du pouvoir. Ne leur donnons pas de gages en y abondant ! C’est mort de chez mort ! On peut reprendre tout de zéro, mais il reste les objectifs « capétiens » qui ont, eux, survécu aux rois. Ainsi les participants au camp pourront suivre (clic) des lectures sur la philosophie post-moderne (Bousquet), la culture française (Stalker), la vraie place de la France dans le monde (Saint-Prot), une nouvelle politique française en Afrique (Lugan), la guerre économique qui ne dit pas son nom (Harbulot), le coup d'état des juges (Meuse) et le populisme et ses dérives par le président du comité directeur de l'Action française, Stéphane Blanchonnet ...

(Table de Winchester)

Dorénavant le blogue Royal-Artillerie parlera de cent choses, des objectifs capétiens et des rois, et plus rarement des « princes en attente ». Il est temps de mettre les pendules à l'heure de l'avenir, ils n’y sont pas inscrits, ça m’a sauté aux yeux à l’insu de mon plein gré. Vienne un jour le roi nouveau !


(*) Aussi étonnant que cela paraisse, l'expression est de Nicolas Sarkozy qui chercha un moment à se mettre en perspective comme plus tard s'y essaiera Emmanuel Macron.

(**) C’est la thèse interruptive de Sixte-Henri de Bourbon Parme exposée ici.

vendredi 18 août 2017

Fini de rire !

Les vacances s'interrompent définitivement. Barcelone, l'une des trois capitales de Méditerranée occidentale est touchée de plein fouet. Pas de yakafokon sur Royal-Artillerie - reportez-vous sinon aux déclarations des politiques en charge de notre "éducation" - simplement, que la guerre commence !


Remontons la pendule : en 2007, Nicolas Sarkozy, parfaitement conscient des antagonismes mortifères entre les riverains nord et sud de la mer méditerranée, lançait un appel conjointement avec l'Espagne et l'Italie pour une Union méditerranéenne (cf. le dossier UPM). La perception de la fracture était réelle et partagée par nos voisins. C'était le bon moment pour lancer les dés, sauf que Sarkozy n'avait déjà plus de limites à son rêve du retour de Bonaparte aux Pyramides, et englobait sur l'épure la Turquie délaissée par une Union européenne outrée, l'Egypte pour faire le poids et Israël pour plaire à ses sponsors. Angela Merkel y vit un affaiblissement de son imperium continental et noya le projet dans les tuyaux d'une usine à gaz qui descendait depuis la Laponie jusqu'aux sources du Nil. L'intuition sarkozienne était la bonne, la réalisation handicapée par son sur-moi.

C'est une union du bassin occidental de la Méditerranée qu'il faut construire en envoyant ch... les observateurs aux pieds secs, dont l'Allemagne. Sur la rive sud du bassin, il n'y a qu'un Etat disposant d'une économie, c'est le royaume chérifien. L'Algérie est un Etat sans économie (le pétrole n'est qu'une rente) et la petite Tunisie joue le rôle du roseau de la fable. On comprend tout de suite que c'est l'Algérie le problème, mais comme la disparition de la momie va déclencher une révolte civile d'ampleur, l'occasion se présentera de reconstruire sur du solide avec la bourgeoisie d'affaires locale ou avec celle expatriée chez nous et autour.
A défaut, la vague migratoire nous submergera et nos politiciens de pissotière retourneront sept fois dans la bouche la déclaration qui va bien au milieu des ruines, avant d'embarquer sur le Massilia !

Quant à combattre l'islamisme, entrer carrément dans le vif du sujet sinon quoi d'autre ?
En attendant l'ouverture des hostilités, de tout cœur avec les familles des victimes, et tous nos encouragements aux blessés des attentats islamistes de Barcelone et de Cambrils.

En attendant, on fera son profit du billet de l'Algérien Kamel Daoud publié sur Amazigh24 (maroc) après l'attentat en cliquant ici.


Lundi prochain, le blogue redémarre en écho du camp Maxime Real del Sarte de Roanne sur l'actualité et l'illusion capétiennes. Ce sera un peu dur comme rentrée mais certaines choses doivent être dites. A bientôt donc.

lundi 7 août 2017

Carte postale

Digue de Saint-Vaast-la-Hougue, le fort au fond

La tour de tatihou par Vauban



Le cliché "cliché"

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