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lundi 9 décembre 2019

Démocratie directe avec Rory Stewart

Dans un entretien donné au Grand Continent le 8 décembre, à l'invitation de Gilles Gressani & Mathieu Roger-Lacan, Rory Stewart a cerné le défi démocratique au Royaume-Uni mais son analyse est de pleine application en France puisqu'il y dit que « le modèle actuel de gouvernement est condescendant, insultant et infantilisant pour nos citoyens ». Rory Stewart est un diplomate anglais de grande tradition, instruit, curieux et doté d'un courage physique hors du commun qui l'a poussé au fin fond de l'Empire victorien à ses risques et périls pour seulement... comprendre ! Candidat à la mairie de Londres, on peut souhaiter aux Londoniens de faire bon accueil à l'intelligence cette fois. C'est la partie relative à la démocratie directe qui nous intéresse aujourd'hui, mais auparavant il serait très utile de lire l'entretien en cliquant ici.

Royal-Artillerie a toujours soutenu l'idée d'un grand deal entre le monarque restauré et le peuple incrédule en troquant la gestion exclusive du domaine régalien strict par le roi (en ses conseils) contre la démocratie directe aux étages de conscience civique. Si l'on exclut dans ce schéma la monarchie du domaine public, on exclut aussi le demos de l'étage national parce que ce qui marchait dans une cité-état de l'Antiquité ou de la Renaissance ne fonctionne plus dans un pays presque grand de soixante-cinq millions d'habitants (sans compter les colonies). En plus, les moyens d'information-intoxication sont devenus si puissants qu'on peut abrutir le peuple dans un sens puis dans l'autre au gré des intérêts dominants, livrant la république à la dictature des opinions éphémères. Pourquoi l'alternance est-elle systématique en France ? A cause de ce jeu de bascule des opinions, qui ne sont évidemment pas des convictions mais des réactions aux provocations astucieusement propagées par les médiats. Le quinquennat n'a vu aucun président faire son second mandat et c'est bien parti pour que M. Macron s'arrête en 2022 comme ses prédécesseurs, peut-être au milieu d'un chaos semé par les assistés de l'Etat-providence au ressentiment nourri par les insoumis professionnels qui rêvent de Septembre ou d'un grand soir.

Par contre, et nous rejoignons Rory Stewart, une démocratie directe impliquant les gens dans des réflexions concrètes est souhaitable. Il constate que le ressort démocratique traditionnel britannique fondé sur les classes sociales ne bande plus. Les grands sujets de société voire géopolitiques comme le Brexit, traversent aujourd'hui toutes les classes sociales, les divisent, les antagonisent. Elites, politiciens, hauts fonctionnaires étant mentalement corrompus, il faut repartir d'en bas, les pieds au sol. Je le cite (sans autorisation) :


« Nous ne mobilisons pas les intelligences de nos soixante-dix millions de citoyens. Cette manière de faire de la politique demeure bien trop ancrée dans les idées héritées de Rousseau, dans une conception générale, une idée qu’il y a un Peuple, que les gens expriment leur volonté et qu’ils se taisent ensuite pendant quatre ou cinq années pendant lesquelles le gouvernement met en œuvre cette volonté générale, avant de les convoquer à nouveau pour qu’ils donnent leur avis. Nous devons revenir à la notion anglaise beaucoup plus ancienne du Jury, constitué de citoyens normaux choisis au hasard non pour prendre une décision isolée, mais pour délibérer, pour réfléchir. La vérité de Paris ou de Londres, c’est que les citoyens qui sont hors du gouvernement sont intelligents, peut-être plus intelligents, plus expérimentés et mieux informés que les gens qui gouvernent. Les humains sont des animaux politiques, et à ce titre nous devons tous participer activement à notre citoyenneté et compter de façon plus effective dans nos décisions. Le modèle actuel de gouvernement est condescendant, insultant et infantilisant pour nos citoyens. Une grande partie du populisme vient de notre incapacité à inclure les gens dans une conversation adulte sur les changements pratiques.»

Emmanuel Macron a eu l'intuition de ces cercles d'intelligence populaire après la secousse du Grand Débat mais il n'a pas la capacité intellectuelle ou politique de les inscrire dans un schéma démocratique direct ; parce qu'il faut simplement ruiner tout le millefeuille actuel d'un Etat bedonnant qui se mêle de tout. Si on suit la pensée de Rory Stewart (je me demande si l'idée ne lui serait pas venue lors de ses séjours en Afghanistan), nous pourrions développer un système démocratique balayant tout l'existant. Pour ne pas reproduire l'erreur jacobine, chaque province pourrait choisir son organisation politique (d'évaluation des besoins et d'exécution des décisions). On n'a pas besoin d'expliquer pourquoi des jurés départementaux du Var, du Haut-Rhin, du Nord et de Basse-Seine aboutiront à des décisions différentes concernant l'instruction publique. Idem dans nombre de sujets qui touchent les gens au plus près, comme par exemple et dernier, les règles de permis de construire en zone inondable ou douteuse. Mais ces jurys, pourquoi pas d'arrondissement, ne seront pas voués à bâtir des salles omnisport ou des ronds-points, on pourrait les faire phosphorer sur des défis d'étage national et faire remonter leurs contributions au niveau d'un Sénat, premier conseil du gouvernement futur dans les affaires publiques hors-régalien.

La cellule de base de l'organisation de l'espace reste la municipalité avec son maire français que Rory Stewart, admiratif, a croisé sur les marchés de plein vent. A partir de là tout est à imaginer, en évitant les petites satrapies ridicules et les grandes satrapies prévaricatrices, dans un esprit de contrôle direct qui n'existe même plus dans les villes moyennes et grandes où les édiles ont la cambrure du Cid Campeador. "Les Républiques" disait Maurras. On y vient, on y vient...

Un mot des thuriféraires actuels du RIC et des révocations au caprice des foules : ces gens utilisent la magie d'une démocratie rêvée pour établir leur pouvoir à travers leurs sectionnaires, qui fliqueront tout le pays à la recherche de leurs adversaires réels ou désignés, et les feront taire, comme ont su s'y prendre leurs grands aînés. Mais ce sera un autre sujet qui parlera de les réduire.

Pour finir, le mouvement royaliste serait bien inspiré de creuser la question d'une démocratie directe à échanger contre l'extraction du domaine régalien de la dispute politicienne. Et de le faire ex-nihilo, sans chercher systématiquement le raccord avec le passé dont la connaissance reste utile néanmoins. C'est plus dur, je sais.

Quatre billets de Royal-Artillerie ont déjà parlé de Rory Stewart. On peut les sélectionner en cliquant ici.

mercredi 12 novembre 2008

Éthique d'infanterie

patrouille
Entre ces deux photos il y a deux embuscades dont une très meurtrière sur les circonstances desquelles nous revenons plus bas. L'heure des Rambos est passée !
patrouille
Le corps expéditionnaire français n'est pas en mission pour Paris-Match ou VSD mais pour défaire la Pieuvre et réprimer l'insurrection afghane qui la sert. C'est une besogne : revenons donc au règlement de combat de l'infanterie et travaillons proprement, en se gardant des quatre péchés capitaux du colonel Royal que l'on trouve dans son livre "L'Ethique du Soldat Français" : ...

- la perte de repères qui conduit aux comportements déviants ;
- l'orgueil ou le désir de gloire qui conduit à la faute ;
- la peur qui conduit à l'aveuglement ;
- la vengeance qui entretient la haine.

(1) La perte de repères est possible si la finalité de la mission s'estompe au bénéfice de l'impulsivité. Un certain recul psychique des cadres est à cultiver pour hiérarchiser les valeurs surtout dans des opérations complexes menées en zone de population.
(2) L'orgueil est le plus souvent guéri par la blessure sur faute d'orgueil et le désir de gloire ne commence qu'au grade de capitaine.
(3) La peur est maîtrisable par le drill en acquérant les bons réflexes quand tout se brouille.
(4) La vengeance manifeste une faiblesse mentale, et en pays de vendetta comme l'Afghanistan, elle est particulièrement néfaste pour l'image en ce qu'elle met le soldat qui s'y abandonne de plein pied avec le terroriste.

Appliquons donc le code éthique et cultivons une certaine modestie dans un pays dont nous ne comprenons aucune langue : il ne s'agit plus désormais de faire des crânes pour impressionner la rue Saint-Dominique et le Faubourg Saint-Honoré, ni d'avoir Ben Laden dans l'alidade et l'y maintenir en attendant l'ordre de stop qui ne viendra pas, mais d'honorer sa mission. Par exemple en Kapissa : la stérilisation des vallées de Nijrab, Tagab, Kapisa et Afghanya sur le piémont de l'Hindou-Kouch, accès alternatifs depuis la zone tribale pakistanaise vers Kaboul ; à partir de deux bases avancées à Tagab et à Nijrab ; c'est tout.

mirador de Nirjab
On patrouillera largement mais avec circonspection sous protection acier le plus loin possible (même si les Américains font pareil), avec des appuis (feu et air), en montrant de la considération à la population locale sans être naïf, et en gardant l'oeil sur les crêtes pour y déceler les cailloux qui bougent. L'important est ici de blinder des accès tactiques importants pendant un temps donné, en ramenant à la fin tout le monde à la maison. J'espère que pour y atteindre la chaîne hiérarchique a été renouvelée, vue l'accumulation d'insuffisances du commandement.

Pour avoir servi comme appelé au "front¹" (il y a longtemps) dans une unité sous-équipée par le ministère Pompidou mais engagée du second jour (129°RIM), je fus de ceux qui applaudirent à la professionnalisation des armées - sans doute aussi parce que je haïssais le principe de la levée en masse prémices des massacres que nous avons commémorés hier. Aussi fus-je surpris par les circonstances dramatiques de l'embuscade du 18 août 2008 qui mirent au premier plan des tacticiens de caisse à sable à qui l'on avait confié des vies professionnelles, mais peut-être plus encore par la seconde du 18 octobre où, engagés à trois contre un (dixit l'EMA), nous avons laissé un poste Milan aux pouilleux !
Ce n'est pas tant l'abandon du poste de tir en parfait état de marche avec 2 missiles(!) qui est grave que la preuve de sa non-protection ; sans compter le trophée offert aux insurgés qui excellent dans la guerre psychologique.
Ces messieurs forts en thème devraient étudier la technique pachtoune d'embuscade qui a fait ses preuves contre les Soviétiques en cliquant ici.

Contrer cette technique de combat participe d'une préparation basique qui commence par le renseignement, renseignement acquis par ses propres moyens, à un certain coût. Le 18 août toute la vallée d'Uzbin était dans le coup ; tout au moins "savait". Les interprètes se sont éclipsés avant l'ouverture de feu et les hommes de Sper Kunday se sont armés et ont renforcé les rebelles au crépuscule dès qu'ils ont vu que le combat traînait en longueur ! Les observateurs expliquent d'ailleurs ce paradoxe de victimes uniquement femmes et enfants dans les dommages collatéraux provoqués par un appui-feu trop débordant, par le fait que les hommes sont dehors à tirer avec les insurgés.
Quatre missiles Milan ont saccagé le village de Sper K. plus tard.

un jeune afghan, un soldat
La vieille technique coloniale d'immersion pour être informé est périmée, autant que celle de vouloir pacifier un territoire en montant des groupes d'autodéfense dans chaque collectivité locale. Les calculs américains convoquant 200000 hommes pour "tenir" le pays sont puérils. L'Afghan des campagnes penchera du côté du plus fort avec la conviction innée qu'il est lui-même le sel de cette terre. Les questions islamiques sont secondaires ; « un Afghan, quel qu'il soit, se sentira toujours plus proche d'un taliban que d'un soldat international » ; on est ici en plein débat patriotique !
Si les populations urbaines, leurs élites éduquées, les marchands et leurs enfants comprennent qu'une ouverture au monde garantit un mieux-vivre, les populations rurales, accablées de misère et d'arriération clanique - on dénonce comme taliban le village voisin détesté, un jour de noces -, obéissent au réflexe de xénophobie pour mettre leur malheur à compte d'autrui sans chercher à voir plus loin. Qu'y verraient-ils ?

rory stewartC'est bien pourquoi les recommandations d'un Rory Stewart à mettre le paquet derrière l'ANA² et les gouverneurs provinciaux sonnent juste. Arrivera finalement ce que les Afghans voudront. On ne peut pas "dresser" un peuple de 33 millions de montagnards. Il n'en demeure pas moins que nous sommes en Afghanistan pour protéger la France du terrorisme islamiste en participant à la destruction des foyers afghans et pakistanais (bientôt) et pas pour y importer la démocratie comme a voulu nous le vendre l'Administration Bush.

Nous nous battons pour les tours de La Défense, pas pour la réélection d'Hamid Karzaï. Ceux qui réclament notre retrait sont irresponsables ou, sans enfants, vivent dans un trou perdu de la Creuse. Ces gens nous haïssent à un point qui ne nous laisse d'autre choix que de les exterminer ... mais dans les règles codifiées.
Le colonel Benoît Royal dédicace son code éthique ce mercredi soir jusqu'à 20h à la Librairie Julliard, 229 boulevard Saint-Germain (M° Solferino). L’ouvrage (124p. chez Economica Ed., 18€) démontre, à travers une vingtaine de témoignages inédits, tour à tour émouvants, surprenants, voire dérangeants, que l’enjeu de l’éthique du soldat au combat n’est rien moins que le jugement de l’opinion publique internationale et par conséquent que la légitimité des opérations elles-mêmes. Nécessité de presse fait loi.

Note (1): Ligne Dortmund-Munich des FFA, forces françaises d'Allemagne
Note (2): Armée Nationale Afghane


patrouille VAB


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vendredi 13 novembre 2009

Quitter Kaboul ?

Karl EikenberryAu jeu de cartes des Sept Familles, celui que j'aime le plus de la famille "America" c'est le "whistleblower". Le mec tout seul tout droit qui siffle l'alarme au milieu de la cour ! Et là-bas personne ne le dégomme au fusil à lunette comme ici. Dans l'affaire d'Afghanistan, il s'appelle Eikenberry, lieutenant-général ambassadeur des Etats-Unis à Kaboul. Il vient de dire publiquement à Barack Obama que le pays de résidence était pourri jusqu'à l'os, l'os étant Hamid Karzaï. Et il en connaît un rayon le bougre puisqu'il fut dans la coopération américano-afghane à Kaboul de septembre 2002 à septembre 2003 (OMC-A)¹, puis lors d'un second tour, exerça des responsabilités au plus haut niveau pendant un an et demi comme chef des Forces combinées. Ses états de service ont motivé le choix du Département d'Etat comme ambassadeur à Kaboul car il connaît à fond les conditions de coopération avec les structures afghanes. Malgré un faciès très affirmé, ce n'est pas le casque à boulons, il parle couramment le chinois et fut licencié d'histoire chinoise de l'université de Nankin. Mais adepte du parler franc, son avis brutal est comme un coup de boule au commandant en chef McChrystal qui réclame quarante mille GI's pour gagner la guerre d'Algérie. Eikenberry dit "zéro".

Robert GatesLors du huitième conseil de guerre du 11 novembre à Washington, quatre options étaient sur la table du président. Une chose est sûre puisqu'elle a été dite par le "ministre de la défense" Robert Gates à l'issue du conseil, le président a demandé qu'on pousse l'étude d'une cinquième option : le désengagement et une stratégie progressive détaillée.
Nul ne sait s'il prendra sa décision, pour finir la guerre en Afghanistan, ou pour arbitrer une dispute envenimée à Washington entre les analystes froids derrière Jo Biden, le vice-président, qui jugent le dossier pourri par les Afghans eux-mêmes, et les va-t-en-guerre du Pentagone qui raisonnent en termes de brigade : une brigade ! Ça va mal ? deux brigades ! Ça va mal ? trois brigades ! Ça va toujours mal ? Pas possible ! On lui demande de 10000 à 40000 hommes supplémentaires pour tenir les infrastructures utiles en province, et repousser les talibans dans les grottes. De l'avis des opérateurs impliqués sur le terrain, c'est le boulot de l'ANA (Armée nationale afghane), la coalition pouvant apporter la logistique et l'appui-feu.
Mais pourquoi voudriez-vous que les soldats réguliers risquent leur solde à la pointe du fusil si des "croisés" se chargent de tout le boulot dès que c'est difficile. D'un autre côté, si les talibans mettaient au tapis une ou deux compagnies ANA, le recrutement s'en ressentirait. Cet imbroglio faisait jusqu'ici l'affaire du cabinet Karzaï qui n'avançait surtout pas plus vite que les crédits de paiements internationaux, et vaquait à ses propres affaires plus souvent qu'à son tour. Il pourra se retirer riche.

voltige ANASans doute Eikenberry a-t-il discuté le coup avec Rory Stewart (résident permanent du Foreign Office à Kaboul) et celui-ci l'a convaincu s'il en était besoin, que les tribus n'accepteraient d'autre joug que le joug afghan, fut-il encore suffisamment lourd pour les dissuader de le repousser. La stratégie de la tâche d'encre a bien marché en Irak, mais dans leur plaidoyer pro domo, ses instigateurs américains ont minimisé le rôle de la reconstruction de l'armée irakienne qui y a beaucoup aidé, autant d'ailleurs que l'achat des chefs sunnites.
La seule réponse possible à la résilience talibane est d'accroître les moyens d'enrôlement (des soldes plus attrayantes) et ceux de formation d'une Armée nationale afghane digne de ce nom, et fière d'elle-même avec de l'artillerie, des blindés et un peu plus tard des hélicoptères ; même si on doit garder derrière la tête que l'Afghanistan Etat-nation n'existe qu'en temps de guerre et qu'il se liquéfie dès la paix revenue.

La France, puissance coloniale de référence, au même titre que la Grande-Bretagne, sait bien que le mitage du pays avec des petites garnisons ne sert qu'à se faire couper le bout des doigts. Ça fait mal. Elle sait aussi que le maître du jour n'est pas celui de la nuit, et que la complicité ethnique est le meilleur liant d'un peuple chez lui. Et finalement aussi, que l'homme est un grand comédien devant l'Eternel, qui jouera le rôle imposé pourvu qu'il lui rapporte un peu, et sera même capable d'en jouer trois différents sur deux tours de cadran.

La vraie cible est al-Qaïda. Avec le renfort effectif du Pakistan qui a décidé de bouger contre les "étrangers"² au Sud-Waziristan, que l'Amérique se venge donc, et que nous rentrions tous ensuite. L'Afghanistan n'est pas notre jardin. Il faut en convaincre le président américain qui semble aussi peu préparé à l'international que ses prédécesseurs.

talibans sur un piton

Note (1): Office of Military Cooperation-Afghanistan
Note (2): Tous les faciès non pachtounes, non tadjikes ou non hazaras




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mercredi 7 octobre 2009

Lettre ouverte pour rire à Mr. Obama

Gal McChrystalSi vous ne savez pas quoi faire en Afghanistan, Mister President, écoutez attentivement le sénateur John McCain, et décidez le contraire ! Ça marche à tous les coups.
Du renfort, vous n'en aurez jamais assez dans une guerre asymétrique où les populations jouent successivement tous les rôles de la guerre, paysan paisible, victime des rebelles, moudjahid, victime des réguliers, collaborateur, délateur, guide ou agent double... et pourtant c'est ce que les commandants d'opérations réclament inlassablement depuis qu'on leur a mis le téléphone, à défaut d'imaginer une autre lutte que le combat réglementaire d'infanterie.
Les anciens qui conquéraient des continents inconnus faisaient des courriers mensuels relatant leur progression, ne sachant s'ils seraient un jour lus, sinon mouraient sur place !...

Le truc le plus utilisé était de repérer les renards dans la savane. On les attrapait et les constituait en meute de chasse à courre d'ordre et pour compte. Ils avaient vite fait d'exterminer les lapins et autres faisans, et on les bombardait tirailleurs avec la chéchia, le pantalon bouffant, une pipe et de vrais souliers pour se déchausser chez les putes - la classe !

Stanley McChrystal qui vous demande 40000 hommes est dans une logique de pacification du territoire par mitage et de confinement des purs et durs dans des coins reculés. Les vieux « coloniaux » européens vous diront que c'est une gageure. Les Russes de Medvedev au contraire approuveront. Courez-y ! Trois jours de trekking avant les chutes de neige vous montreraient amplement l'impasse, mais vous n'avez pas le temps bien sûr. Les GI's l'auront !

US base BAgram
Par contre écoutez Jo Biden, même s'il vous en coûtera de suivre la proposition d'un « simple » vice-président. Il veut pulvériser al-Qaïda et mettre le paquet sur les FATAs pakistanaises, quitte à les niveler pour les mettre un jour en culture. Tomates à ketchup, piments à Tabasco ! De la démocratie, des droits, du pavot, il n'a cure. Ce n'est pas bien pour les gens qui en bavent là-bas, mais vous ne détenez pas la commission céleste vous chargeant de leur bonheur, d'autant plus que le Dieu régnant sur ces montagnes se dit plus grand que le vôtre comme le pense le révérend Jeremiah Wright dans son délire télévangéliste : « America's chickens are coming home to roost ». Vengez-vous et partez.
Ça n'a que trop duré.

au Chinook
Et si vous avez de trop grands remords, choisissez trois provinces pachtounes sous la coupe de chefs fiables et développez-les avec eux comme vous le suggère Rory Stewart du Foreign Office et quelques-autres sur zone depuis plus longtemps que le général McChrystal.
En quittant, suicidez Karzaï, il souffrira moins ensuite.

Alors, dans le même mouvement que le vôtre, nous Français, rapatrierons nos gars qui auront bien mérité de la croisade. La ballade nous aura permis de remettre nos unités à niveau, qui jusque là se déclassaient dans des oeuvres de charité.
Merci.


pompom girls à Bagram
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mercredi 23 juillet 2008

Le "8" en Afghanistan

A la demande de nos alliés, la Task Force française "Chimera" dite TF700 est en cours de déploiement à Bagram (Afghanistan). Il est prévu qu'elle soit alignée courant août. La prise de commandement sous l'égide de l'ISAF a eu lieu le 20 juillet à Forward Operating Base Morales-Frazier. Le colonel Jacques Aragones a reçu la responsabilité de la Kapissa. La TF700 est constituée du 8è RPIMa de Castres porté sur VAB et dispose de blindés légers du 1er REC servis par des chasseurs du 4è de Gap. Une composante déminage du 17è Génie parachutiste de Montauban et un appui feu du 35è Artillerie parachutiste de Tarbes complètent les renforts. En octobre cinq Buffalo américains d'ouverture d'itinéraires rejoindront le bataillon.

soldats français en patrouille
L'état-major reconnaît que "c'est un secteur très sensible, très difficile, car il s'agit d'un couloir d'infiltration vers la capitale, qui permet de déborder à pied ou à moto l'axe principal passant par Jalalabad". Le secteur est coupé en tous sens et doit être travaillé "à la main" par des formations de chasse. Seule une tactique dynamique de harcèlement peut payer car le vilain est rusé ; les résidents sont estimés à la valeur d'une compagnie...


Depuis l'empire des Indes ...
Vingt-cinq mille guérillas fondamentalistes pourrissent la vie de la république islamique d'Afghanistan ; on les désigne sous le nom impropre mais accepté de Talibans, qui veut dire en pashto « étudiant en théologie ». Le territoire, montagneux et enclavé, est aussi grand que la France augmentée des terres qui forment la rive gauche du Rhin. Chacun connaît l'histoire de ce pays imprenable depuis le massacre du 44°Foot (Essex) à Gandamak en 1842. Rien n'y fit, les états-majors se pensent chaque fois supérieurs à leurs prédécesseurs surtout s'ils furent vaincus. Ainsi les Anglais, après 40 ans de disputes incessantes sur les frontières escarpées de l'empire, remirent-ils le couvert en 1878 ; et le 27 juillet 1880, perdirent à Maïwand le 66°Foot (Berkshire) et le 1°Grenadiers, avant de revoir la plaine de l'Indus. Leur politique de contention de l'Empire russe sous son flanc sud avait paradoxalement réussi à dégoutter le Csar d’y venir.

carte impériale anglaise
Les Soviétiques nullement impressionnés par l'Histoire, mirent les doigts dans la porte en 1973 puis avancèrent en 1978 une force mécanique considérable pour y perdre plus d'acier (par la faute des missiles US Stingers) que la petite industrie afghane ne pouvait transformer.
Viendront bientôt les Américains, décoiffés par la destruction de leur prestige à Manhattan un certain onze septembre. Après l'aplatissement des montagnes de Tora Bora en 2001, et la traque par les forces spéciales d’un petit millier de vilains, éparpillés sur tout le front Est par l’artillerie lourde, ils choisirent le renseignement électronique et le scalpel laser pour les excaver le plus proprement possible eu égard aux collatéraux. L’enthousiasme est retombé, la guerre n'est pas un jeu vidéo, ils y sont encore, et nous avec eux.

Cinquante-trois mille***** soldats de 40 nations étrangères battent aujourd'hui villes et campagnes pour en vain briser le cercle vicieux : « développement rural pour gagner les populations et obtenir la sécurité du territoire indispensable au développement rural » ! Les vieilles puissances coloniales connaissent ce cercle par coeur. Tout cela ne servira à rien. Alors ? Les Français vont renforcer leur corps expéditionnaire de 1600 hommes déjà, le portant à 2300 hommes par solidarité envers leurs alliés dans le besoin. J’approuve ! Il faut savoir être à la peine sans la gloire parfois.

carte physique d'afghanistan
Le premier réflexe des états-majors d'un théâtre subverti est de demander des renforts pour tenir plus de territoire. Pourquoi élargir la zone d'efforts inefficaces ? Vous n'y comprenez rien, vous dira-t-on. Pourtant la propension classique en phase d’occupation est bien de miter la zone et de surveiller tous les villages et chemins. Il est bien connu de nous tous que les maîtres du jour ne sont pas ceux de la nuit, d’où la vanité du dispositif. L'Indochine, l'Algérie, puis le Vietnam pour les Américains, ont bien expliqué le processus imparable de l’alternance quotidienne. On ne peut vaincre une insurrection que si l'on parvient à la concentrer.
Tous les officiers américains en poste là-bas connaissent Na-San (Tonkin) et ...... Dien Bien Phû. Mais dans la dernière guerre coloniale techniquement gagnée, ils savent aussi que l'effectif militaire était d'environ 400.000 hommes dès 1957 en Algérie, soit 1,1 homme par kilomètre-carré utile* contre 0,14 h/km² en Afghanistan. Si la technologie a progressé depuis, la différence reste importante. Autant dire que la stratégie "contre-insurrectionnelle" en l'état est vouée à l'échec, ce que confirme les agences de renseignement occidentales, du moins anglaise, allemande et française.

pucelle du 8Sept cents de nos meilleurs soldats arrivent quand même en Afghanistan.. D'aucuns craignaient qu'affectés sur la carte à la province de Kapissa au nord-est de Kaboul pour écoper l'infiltration des Talibans depuis le Pakistan, ils ne descendent assez vite dans la région de Kandahar où les Britanniques sont à la peine, ne tenant plus les routes la nuit, au point que des mauvaises langues généralement bien informées les soupçonnent d'avoir noué des contacts informels avec les crapules. Notons que la route qui mène de Kandahar au barrage stratégique de Kajaki est fermée même de jour sur 40 kilomètres, interdisant d’apporter les quatre transformateurs de 30 tonnes chacun à la centrale électrique qui tourne au ralenti !
Malgré les revers britanniques au Helmand, il est prévisible que les Français n'y descendront pas car ils auront fort à faire au N.E. où les mortiers de 120 du RAP viennent de donner de la voix : il vont être déployés exactement face à la "mère" des problèmes afghans : Les FATAs !

Il faut revenir sur cette "curiosité" si l'on veut comprendre la suite des évènements :
FATAsLes FATAs (Federally Administered Tribal Areas) sont un legs de l'empire des Indes britanniques suite aux deux guerres anglo-afghanes perdues par lui. Dans l'impossibilité de tenir durablement les montagnes coupées de cols en tous sens (le plus célèbre est la Khyber Pass), les Anglais traitèrent avec les chefs pachtounes. Ils troquèrent leur ralliement à l'Empire et la charge de surveiller la frontière afghane contre une réelle autonomie et l'entière liberté de mœurs et de droit coutumier, la charia. A la division de l'empire de 1947, les traités antérieurs furent abrogés et les tribus gagnèrent leur totale indépendance ; mais le jeune Pakistan, confronté au même problème de sûreté que l'ancienne puissance impériale, renouvela les accords. Le sanctuaire des contrebandiers, voleurs de grand chemin, bandits d'honneur, fondeurs de canons à fusil et trafiquants d’opium continua donc ; l'armée pakistanaise n'y entra pas !
La seule avancée, du fait de la forte cohésion tribale, fut la mise en place des FCR (Frontier Crimes Regulations) qui établirent des punitions collectives appliquées tribu par tribu afin de renforcer l'autorité des chefs de village ! Les sept agences pakistanaises locales qui gèrent les FATAs, sur le modèle des agences indiennes du Far West, fondent leur justice sur les FCR et les administrent par un réseau dense de maliks (juges de paix coutumiers comme nos cadis). Le dispositif permet de garder un œil sur la région, sans plus.

labours
Quand l'armée américaine fit exploser le régime taliban de Kaboul fin 2001, ceux d'entre eux qui purent gagner ce "no whiteman's land" furent ainsi sauvés. Les mœurs arriérées, l'illettrisme et la misère noire des peuples furent le terreau de la résurgence d'al-Qaïda et de ses redoutables dialecticiens. Les offensives pakistanaises de 2005-2006 au Waziristân, aidées par le renseignement électronique américain, ont échoué à capturer les méchants. Finalement il y eut transaction au niveau du commandement opérationnel qui encaserna ses effectifs. Si les chefs pachtounes concèdent à mots couverts qu'ils tolèreraient une incursion « vengeresse » des Américains, si (1) elle ne ciblait que Ben Laden et al-Zawahiri, et (2) qui réussirait leur éradication (c'est le sine qua non), ils font comprendre aussi qu'ils combattront à leur manière toute autre forme de "pacification" des FATAs.

Au Pakistan Islamabad branle dans le manche ...
Depuis la constitution du gouvernement démocratique de coalition à Islamabad il y a cinq mois, la situation, déjà mauvaise sous Musharraf, a sensiblement empiré. Comme l’avait très bien vu le marchand de bois philosophe Bernard Henri Lévy lors de son enquête sur la décapitation de Daniel Pearl, le Pakistan détient la clé d’une terrible énigme atomique ; et vient d’être convaincu depuis d’avoir miniaturisé une arme nucléaire exportable. Cocagne ! les magouilles de cabinets occupent tout l'espace des couloirs ministériels et les négociations ouvertes avec les représentants des FATAs sous la pression américaine ne peuvent aboutir car totalement impréparées par le gouvernement. Les nouveaux maîtres sont occupés à se répartir les honneurs. Les minutes de la dernière réunion interministérielle du 4 juillet à Islamabad sont un catalogue de vœux qui va du recrutement de policiers au brouillage des fréquences de radio FM ! C'est contre cette indolence et cette incompétence que le général Musharraf avait fait jadis son coup d'état !
Pendant ce temps, la fermentation islamiste du type le plus dur métastase par toutes les tribus, et se crée sous nos yeux la vraie Base* arrière d'Al-Qaïda, avec sa logistique, ses nœuds de communication, ses centres de formation et mobilisation. Le stade des petites madrassas radicales est dépassé depuis longtemps ; le bec de la pieuvre grossit et durcit.

RafaleCe n'est pas avoir le mauvais œil de dire que notre bataillon ne changera rien à la situation actuelle, même s'il capture cinquante moudjahidine. Pourtant il est indispensable de réduire l'écoulement des assassins par les cols pakistanais et de mesurer le flux car c'est un bon paramètre pour estimer la vigueur d'al-Qaïda. Si comme nous le verrons plus bas, la seule activité militaire de notre responsabilité doit être la lutte anti-terroriste, elle s'exercera presque complètement sur la frontière occidentale des FATAs. C'est là que nous positionnons le 8°RPIma, en attendant une solution (improbable) au Pakistan.

Séquencer les priorités ? Il faut tout faire ensemble dans les deux pays, Afghanistan et Pakistan : faire ouvrir les FATAs au développement, à défaut, développer visiblement les provinces situées à leur périphérie pour susciter l'envie de lessiver la crasse islamiste et accéder enfin à ... la lumière, ce progrès tant décrié le soir à la lampe à huile.
Le fleuve Indus à l'Est offre une force hydroélectrique considérable, le Baloutchistan au Sud est riche de charbon qui par les temps qui courent vaut de l'or.
Les Américains qui veulent décider de tout, devraient-ils basculer leurs moyens d'Irak au balcon des FATAs ? Hélas, malgré la réitération d’une demande officielle de départ des troupes coalisées émise par le gouvernement de Bagdad, l'Administration Bush n'inverse toujours pas ses priorités en dégageant immédiatement des moyens humains et surtout financiers pour les affecter au développement économique rapide du Pakistan malade.

StewartSans avoir l'outrecuidance de donner des conseils stratégiques, il est quand même autorisé d'explorer quelques chemins de traverse. Dans Time Magazine de cette semaine, Rory Stewart, diplomate de formation résidant à Kaboul, en ville, juge que l'option militaire est le mauvais choix parce que "l'Afghan", qui n'existe tel quel hors de son clan qu'en affrontant les étrangers, est allergique à la force militaire extérieure. En outre le peuple, au plus profond de son cœur, est complètement saturé de guerre quels qu'en soient les motifs, et penchera vers celui qui lui promettra d'en finir au plus vite.
Stewart préconise de diminuer l'intensité du conflit en se retirant des provinces insurgées et en développant les autres, non pas directement car ce volontarisme fait perdre la face au pouvoir légal de Kaboul, mais à travers les gouverneurs régionaux qu'il faut faire sélectionner par le gouvernement, en fonction de leurs capacités personnelles et de leurs projets de développement.

Soyons réalistes. Libérer les populations du joug islamiste des Talibans et de leurs alliés al-qaïdistes implique-t-il de "vendre" dans le package (1) la démocratie obligatoire et (2) la lutte anti-pavot ?

Dans un brillant exposé, le professeur Lafrance de l'université de Montréal soutenait que la démocratie était un bien lourd fardeau pour un peuple :
"C’est un fardeau qu’il faut assumer à chaque jour car il faut prendre le risque de faire des choix et accepter qu’un mauvais choix se retourne contre ceux qui l’ont pris. Il est beaucoup plus facile de laisser le grand officier d’un clan, d’un état ou d’une église prendre ce risque en lui abandonnant le pouvoir du choix. Et pourtant, ce risque, ce fardeau, c’est la pierre que chacun apporte à la construction de la cité. Cet effort quotidien implique un long apprentissage dont une intervention extérieure ne saurait faire l’économie. La démocratie, ça s’apprend. Cela ne s’impose pas."

pachtounistan
Comment peut-on "former" à la démocratie un peuple terrorisé par une guérilla qui barre les routes et "trie" les voyageurs, pénètre de nuit dans les habitations pour récolter vivres et argent, vérifie tous indices de collaboration comme une simple canette de PepsiCola, pose mines et bombes sans égard aucun pour la population civile, et au bout du compte taxe la production agricole imposée par elle-même, disposant ce faisant du numéraire indispensable à sa liberté de mouvement ? Et puis, transformer une nation de trente-deux millions d'âmes aussi typée que la nation afghane n'est pas à la portée de l'Occident. Seuls les Afghans y parviendront peut-être, éventuellement, un jour ! Soyons réalistes.

Pour la lutte contre le pavot, il faudrait peut-être faire la part du feu et expliquer aux bonnes âmes prohibitionnistes de chez nous que nous devons défendre l'Occident contre des soldats courageux et cruels, susceptibles de se procurer à bon compte des détonateurs atomiques et de réussir des attentats d'envergure n'importe où. Les Afghans n'ont pas la fibre prohibitionniste et ne se saigneront pas aux quatre veines pour le rachat des drogués occidentaux. En comparaison de quoi la santé des épaves humaines qui se piquent chez nous convoque certes toute notre commisération mais restera secondaire dans l'ordre des priorités. S’il faut vraiment planer sur ce mondo cane, revenons à l’opium traditionnel du Lotus Bleu et de Malraux, c'est zen !

La pyramide féodale ?
gaminEn Afghanistan comme dans les FATAs, il n'est possible de lutter contre la subversion du territoire que par l'émergence d'un pouvoir concurrent plus fort, capable d'ancrage à des racines populaires profondes. Aucun substitut moderne à la pyramide traditionnelle d'essence féodale ne fonctionne. C'est archi-prouvé. Les provinces qui décollent sont celles qui sont bien gouvernées localement dans un "système féodal éclairé". Au plan national, l'ANA (Armée nationale afghane) monte doucement en effectifs et qualité mais avec quatre-vingt mille hommes elle ne peut tenir tout le pays. Il faut donc décentraliser aussi la sécurité où c'est possible.

On combattra l'insurrection par le développement visible des provinces qui l'acceptent, et en exacerbant le différentiel de richesses disponibles ainsi établi. Le prestige des administrateurs afghans sera un exemple fort pour les autres. Inutile d'insister à Kandahar ou au Helmand, l'insurrection détruira tout. Il faut segmenter le pays (à la chinoise) et trier les provinces admissibles au développement.

Dans cette veine, nous devons nous préoccuper d'abord de la réputation de l'Etat afghan, ne pas le circonvenir et mettre le paquet sur la formation des fonctionnaires - depuis le postier de base et le garde-champêtre - car le déficit de compétence et d'intégrité est abyssal. Exemple : pour leur trouver un modeste salaire on a nommé par endroit des instituteurs illettrés !

Il est plus facile de bâtir une banque centrale, des casernes, des murs d'école et des routes qu'un Etat ramifié. Ces structures superposées au territoire sont attribuées aux étrangers plein aux as qui partiront un jour, tandis que les services publics de base, staffés par des agents qualifiés, comme la santé de proximité, l'instruction publique, les utilités de base (égouts, électricité, téléphone), outre qu'ils impactent immédiatement le quotidien des gens, rehaussent aussi le prestige du drapeau national plus sûrement qu'un défilé à Kaboul, bannières au vent ! Le micro-développement de masse est porteur d'image beaucoup plus qu'on ne le croit dans nos pays gavés.

Forcément la paix a minima indispensable ne sera pas obtenue par les voies démocratiques dans aucune région. Les gens d'ailleurs n'en ont cure ! Il faut intéresser les chefs de tribus au développement de leur coin et les pousser à se fédérer par provinces sous un chef de clan ou un gouverneur. En fait, reconstruire la pyramide féodale qui n'a pas complètement disparu. Il est fâcheux que le « bon choix » ait disparu : SM le roi Zaher Shah est mort en 2007. Proclamé Baba (père de la nation) lors de la Loya Jirga**** de 2002, un titre assez peu distribué dans l’histoire afghane, il eut été la clef de voûte idéale !

Les Afghans livrés à eux-mêmes auront-ils la volonté de s'en sortir et de chercher quelque possible bonheur de leurs peuples ? Cette quête est leur affaire, dès lors que nous laissons cette fois ce qu'il faut à disposition. Dieu ne nous a pas investi d'une mission spéciale comme le croient les Evangélistes américains derrière leur pupitre d'acajou ciré.

Tout jusqu'ici n'est pas vain !
ecoliereOn ne doit quand même pas passer sous silence les résultats des efforts de la communauté occidentale en Afghanistan depuis la chute des Talibans. A des bonheurs divers, la crasse islamiste a été enlevée où nous avons pu : le Bazar mythique de Kaboul a été rouvert, les mœurs ont été pacifiées, l'adduction d'eau a été généralisée au plus loin possible, les égouts ont été rénovés, les décharges contrôlées, le courant électrique a été amené dans des milliers de villages qui ont été restaurés sur crédits étrangers directs bypassant la "taxation" officielle - ce fut une erreur de canal d'accès -, des dispensaires ont été ouverts presque partout malgré l'absence d'infirmiers, et on peut téléphoner sur presque tout le territoire. Mais, le plus beau : Six millions de gosses sont retournés à l'école.

Pour que la reconstruction soit solide, il faut de l'humilité, du temps et une clef de voûte à l’arc des piliers. La démocratie occidentale, toute à ses échéances électorales, a-t-elle du temps de reste ? Je ne sais. L'humilité n'est pas non plus l'apanage de nos dirigeants obsédés de "communication" jusqu'à faire "coucou" de la main dès qu'ils voient un attroupement.

Ce n’est peut-être pas si exaltant de participer à la résurgence d’un monde ancien mais laisser la situation actuelle empirer comme nous en préviennent tous les stratèges, peut nous causer de grands dommages. Et puis, ce monde n’est pas à notre botte, laissons-lui sa chance de progresser ultérieurement, car le Village Global restera toujours un village, et les meilleures ambitions naissent parfois de l’envie. Quant à la clef de voûte, c'est aux Afghans et à eux-seuls de la poser.

Si le dispositif général est à redéployer intelligemment, la lutte contre al-Qaïda ne doit s'essouffler d'aucune façon, qu'elle dure un an, deux ans ou dix ans. La traque doit être confiée aux OPS soutenus par un renseignement renforcé ; le seul but utile n'étant pas de les capturer pour Guantanamo mais de les abattre. Demander l'ordre de stop par radio quand vous tenez Ben Laden dans l'alidade, comme cela se serait produit deux fois chez les forces spéciales françaises, est vraiment surréaliste.

kaboul
Le Quai serait bien inspiré de promouvoir au sein de l'Alliance atlantique ce dispositif de spécialisation de la guerre sur l'anti-terrorisme et de provincialisation des pouvoirs au mérite, avec le développement foisonnant assorti. En osant sacrifier certains principes utopiques comme une démocratie populaire en pleine guerre subversive ou l'égalité des sexes, nous pourrions risquer la paix.

Le pouvoir en place ici est-il au niveau requis pour construire un dispositif complexe qui tienne debout hors des tabous ? Je vous laisse répondre, mais il ressort des déclarations des deux candidats à la Maison Blanche qui seront l'un ou l'autre le décideur ultime, qu'on n'en prend pas le chemin :
McCain comme Obama misent beaucoup sur l'ANA dont le premier voudrait doubler les effectifs sur fonds internationaux. Dans l'illusion qu'ils entretiennent d'une réussite de la pacification irakienne - l'un bascule les brigades US libérées d'Irak en Afghanistan, quand l'autre bascule les fonds redevenus disponibles. La déclaration de McCain sur l'Afghanistan prouve, si le doute persistait, qu'il n'a même pas le niveau de Georges W. Bush. Seul Obama a compris qu'il fallait mettre vraiment le paquet sur le Pakistan. Il est même prêt à mettre deux brigades de plus pour nettoyer préalablement la zone ! Mais confier le bouclage et la purge des FATAs à une coalition OTAN-Pakistan comme il le rêve, me semble présomptueux. Il faudrait pour y parvenir acheter tout le monde au prix fort, jusqu'à peut-être l'état-major de Ben Laden (?!)
Ce sont des choses qui se font en Asie.



Note* : Le Sahara représente 84% de la superficie algérienne.
Note** : Al Qaïda veut dire : La Base.
Note*** : ANA : Armée Nationale Afghane
Note**** : Loya Jirga : Grand Conseil des Anciens, que nous appellerions ici assemblée des pairs.
Note***** du 23.07.08 : la première édition du billet décomptait un peu rapidement, et à notre étonnement d'ailleurs, 88000 hommes, mais certaines forces américaines (originellement hors NATO) étaient comptées deux fois chez la source. Sorry !



un homme
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