lundi 20 mars 2006

Le roi du quartier

Le plus grand déficit politique dont souffre la France est le défaut de notoriété de l'offre monarchique dans les cités, me disait un ami de Sarcelles.
L'intelligence, la cohérence institutionnelle et la morale publique et privée qu'exige le projet royaliste, répondent aux questions que se posent ces Français, désabusés par les joutes aussi misérables que bruyantes qui prennent tout l'espace médiatique. Surtout les générations montantes, que le système crispé sur des privilèges décadents ne veut pas, ou ne peut pas écouter. La communication de l'Etat et des partis qui le portent, vers ces catégories sociales exotiques (mais pas autant qu'on le dit à droite) a depuis toujours été déléguée à des officines subventionnées, puisant leurs codes de déchiffrement dans les facultés de sociologie, et autres sciences molles de la couille. Classifications sur plusieurs axes, traductions libres ou inversées, récupérations politiques des ligues d'opinions ou des organismes caritatifs de tous horizons et confessions. Le travail d'identification et le traitement des particularités a versé dans l'académisme le plus abscons, au point que les messages que ces catégories émettent en retour à l'intention du pays, sont canalisés presque entièrement par le moyen de diffusion ...... du rap !
Il faut lire les textes pour comprendre; du moins si on est capable de lire du rap¹. En ce cas, on apprend beaucoup plus que dans les rapports filandreux commandés par la peur de l'inconnu !

Et le CPE vint !

Tout le monde a noté que les cortèges syndico-estudiantins ont eu beaucoup de mal à enrôler les Quartiers pour pousser avec eux le "cri primal", jusqu'à aller chercher de l'effectif dans les lycées qui sont quand même en dehors de l'épure. La précarité est devenue naturelle dans ces zones, et un contrat lambda-machin est mieux que pas de contrat du tout. Ce que ne peuvent savoir les Quartiers, c'est que ce CPE simpliste avait été monté par le gouvernement pour éveiller l'intérêt des PME rétives sur l'embauche à cause d'un code du travail qu'elles ne connaissent pas à fond et qui est piégeur. Le pétard d'allumage est maintenant mouillé. Les "améliorations" nécessaires pour l'accompagner, si d'aventure il est maintenu, finiront par le tuer chez les PME qui s'en méfieront, dès lors que les conditions ne seront plus simples et limpides. Le CPE ne sera pas choisi largement par les petites entreprises comme on avait pu le penser naïvement à Matignon.
Ainsi dans tout les cas, retrait ou maintien avec modifications, le code soviétique du travail demeure intact. C'est bien ce que voulait l'Opposition à toute réforme.

Dans ce contexte à la limite de la terreur intellectuelle, et connaissant l'enjeu pour la société des jeunes, voir défiler la "relève politique française" en tête de cortèges est à mourir de rire, littéralement. Une galerie à la Daumier.
Ce que le pays compte de caciques les plus "datés", les plus ridés, les plus usés au mensonge et à la manipulation des mœurs, protecteurs des avancées sociétales qui débordent de l'ouvrage républicain comme des gargouilles moussues, fonctionnaires de la concession perpétuelle des carrières, boutiquiers syndicaux conservateurs uniques au monde, cette horde chamarrée pour l'image formant la parade des "vieux-cons" au milieu des "déjà-vieux", cette marche des morts-vivants aurait dû déclencher au moins les quolibets des jeunes "périphériques" qui n'ont au fond d'eux-mêmes qu'une envie, leur casser la gueule. Mais la police veille. Les nationalistes veillent. Les camelots du roi veillent. Pourquoi ?
Si une fonction supplétive à certain syndicat-de-la-police-en-tenue, vu son exposition très bridée, est compréhensible pour les seconds, je n'ai pas de réponse pour les derniers. Mais nul ne peut douter que cet engagement très risqué médiatiquement, n'ait été mûrement pesé et décidé dans le cadre plus large d'une reconquête de l'opinion par l'AF. Alors, on recrute, les mecs ?

Revenons à "notre" déficit de notoriété.

En quoi le jeune français des cités serait contre le roi ? J'en entends qui se grattent !
Le roi pourrait être compris comme un super-caïd. Mais ce n'est pas l'enjeu, et serait faire injure à l'intelligence.

Pour le roi, je veux !
Un système, dès lors qu'il est juste, efficace, intègre et fiscalement moins coûteux ; s'il permet en plus l'épanouissement des libertés d'entreprise, libertés culturelles, un accès réel à la démocratie directe de proximité qui assure ainsi l'écoute attentive de ses administrés ; ce système, si en plus il met en avant des valeurs de morale et de justice, et supprime le "parlementarisme ridicule" qui fait pouffer toute la cité au bénéfice d'une représentation digne, ce système peut être reconnu comme une grande avancée. L'image d'un pouvoir personnalisé, fort et juste.

Justice, trois fois citée dans ce paragraphe, parce qu'à la base de toute offre politique populaire il faut répondre à cette première revendication qui monte des Quartiers. Or le régime actuel fait chaque jour la démonstration du contraire quand il exacerbe la lutte des privilèges acquis par l'émeute et laissant ce faisant foisonner les injustices. La gestion de pompiers que les gouvernements successifs nous montrent, consiste à creuser la construction républicaine de niches d'avantages en tous genres, correspondant chacun à la prise en compte d'un mécontentement catégoriel à une date donnée. Cette disposition factieuse devient vite à l'usage une des pierres de fondation de la société, à la conservation desquelles s'activent les bénéficiaires de tous ordres, bloquant toute remise en cause, même en simple intention. C'est une énorme rigolade que les conservatismes les plus ringards défrayent la chronique sociale de la Vè République, alors que ce modèle de régime naquit et fut accepté comme un moteur de tous les progrès. Deux cents ans de morts tournent dans leurs tombes.

La justice que l'on doit aux citoyens, ce ne sont pas les codes-pavés civil, pénal, administratif, social et fiscal, maniés par des comptables ou des cuistres qui sont obligés de se spécialiser dans les sous-codes pour y comprendre quelque chose. La vraie justice que le peuple peut ressentir n'est que l'application d'une gestion de bon père de famille. Ce n'est pas un terme de Bourse !
Courte définition oubliée : le bon père de famille va donner un peu plus d'attention et de moyens à celui de ses enfants qui a moins de prédispositions que les autres. Il exigera aussi un rendement supérieur à ceux qui ont été mieux dotés par le sort. La parabole des talen(t)s. Ceci est justice.
Dans ce régime, si par exemple au nom d'une meilleure égalité des chances un dispositif réglementaire concentre plus de moyens sur une couche défavorisée, cela participe de la gestion de bon père de famille qui est une noble cause acceptée par tous les autres au sein d'une nation solidaire, et non pas du clientélisme qui dévoie la démocratie jusqu'à la pourrir.

Alors pourquoi ne pas vendre le roi aux banlieues ?

Il s'agirait pour y parvenir que la doctrine politique soit popularisée, ce qui entraînerait un décapage en profondeur pour éliminer les scories passéistes dont la découverte braque souvent le novice qui s'instruit. Connaissons le pays réel vrai et non rêvé. Commémorons un peu moins en dehors de la société d'aujourd'hui ; attendons le roi pour attaquer l'exégèse complète des Lois fondamentales ; mettons le traité d'Utrecht dans la poche et l'agonie du comte de Chambord avec ; retardons l'exaltation des vertus de la monarchie absolue ; attendons que le pape nous parle à nous, pour convoquer la doctrine sociale de l'Eglise dans nos débats.

Définissons avec des mots simples dans des paragraphes-blocs, la république locale, un modèle social digne, l'Etat régalien compact, les libertés générales, la souveraineté nationale intelligente d'optimisation, la fonction publique efficace, la pérennité du pouvoir suprême, la fiscalité universelle citoyenne, la déprofessionnalisation du modèle social, etc.
Et si en plus, les "gens" étaient convaincus d'être aimés de leur souverain, la position deviendrait ... inexpugnable !

Et des Quartiers monteront à l'assaut de La Prébende les jeunes cohortes bigarrées du roi de tous les Français. De vraies chances pour la France. D'ailleurs roi et raïs, c'est la même racine, non ?

Note (1): Pour le rap, s'adresser au secrétaire général du Centre royaliste d'Action française qui sous le heaume gallois en connaît un sacré rayon. Comme quoi...


BREAK ! Pour changer de Cherubini....




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