vendredi 14 septembre 2007

Propagande des idées

Suite de notre billet du 9 septembre 2007.

Si d'appeler à renforcer la propagation des idées royalistes sur Internet frise l'incantation gratuite du moment que la propagande de masse est considérée par certains caciques du roi comme un exercice vain, s'inquiéter publiquement de classer les idées propagées en fonction des publics ciblés et des différents étages de l'agit'prop politique vous met dans la poche un billet pour Sainte-Anne : une école de pensée au centre du Mouvement s'y emploie depuis cent ans et plus ! Sans grands résultats. J'entends la sirène de l'ambulance.

L'offre politique royaliste est spécifique, et quoiqu'en pensent les licteurs de la Vraie Foi, elle n'est pas le résidu de combustion du nationalisme intégral. On peut la résumer en quelques lignes, et voici ma définition personnelle :

Le royaliste reconnaît le roi comme la clé de voûte des trois ordres boréens dont nous évoquons rapidement les origines :

Premier Ordre : les prêtres, passeurs de l'inexplicable, théosophes, philosophes, gardiens du sceau humain qui nous distingue du reste de la Création, ou de l'Evolution (au choix). La conscience de notre périssabilité, la consolation ou la consternation de notre éternité. Chez les peuples européens, cet ordre ne commande pas au second. De nos jours ce rôle est dévolu aux intellectuels ou maîtres à penser, à ceux qui connaissent l'infinitude de l'âme, et aux Juges de tous ressorts. C'est l'ordre éthique.

Second Ordre : la société aristocratique élargie, celle des hommes libres, à la fois guerriers et propriétaires fonciers qui formeront la cité grecque à partir du VIe siècle avant notre ère, ou bien les Thing germanique et scandinave, plus tard la Table ronde des Celtes. C'est l'ordre représenté aujourd'hui par les entreprises structurées, véritables personnes morales publiques ou privées, qui normalement doivent sélectionner à leur tête les meilleurs afin d'exercer le "pouvoir de l'excellence" (aristos kratie). C'est l'ordre dynamique.

Troisième ordre : la société laborieuse et aujourd'hui démocratique qui sert de liant à l'ensemble, assurant la cohésion de ce que l'on peut appeler une nation, dont la richesse se mesure à sa diversité et à son foisonnement. Cet ordre le plus nombreux se nourrit aujourd'hui de l'espérance d'un échelle sociale accessible aux meilleurs. Il est demandeur de sens moral. C'est l'ordre qui justifie les deux premiers.

Arbitrant les Ordres, le roi en ses conseils.

On représente parfois la société hiérarchisée comme une pyramide, mais dans son amusante Encyclopédie du savoir relatif et absolue le roi des fourmis, Bernard Werber, représente la pyramide sociale posée sur sa pointe.
pyramides de Werber
La charge de responsabilité et de mise en pression gravitaire s'accroît au fur et à mesure qu'on progresse de rang en rang vers la pointe. La pyramide est stable tant que s'exercent les contre-pressions nécessaires provenant des strates responsables, que l'on peut englober sous la notion de "Bien Commun". Cessez les contre-pressions, et les rangs supérieurs les plus nombreux écrasent les étages intermédiaires, puis les étages du bas : l'ouvrage enfle puis explose pour finir en Anarchie, au mieux en démocratie d'opinions, dans tous les cas en Désordre. L'illustration est intéressante car très visuelle et on pourra la développer dans un billet à suivre pour grand public, intitulé "les pyramides de Werber".

Comment vendre de l'ordre à nos concitoyens ? Sans doute pas en convoquant des arguments sécuritaires, trop de monde se bouscule sur ce domaine très "populaire" ! Laissons les tribuns de préaux à leurs triques. Nous vendrons l'Ordre social par l'harmonie nationale, celle qui se conjugue en justice, bienveillance et pardon, valeurs chrétiennes (mais pas seulement) appartenant au premier Ordre ; valeurs que nous voudrons appliquer à "toute" la nation.

Si la bienveillance et le pardon sont des vertus d'exercice que le pouvoir traduit par la maxime "fort avec les faibles et faible avec les forts", il y a beaucoup à dire sur l'injustice systémique de notre société, non pas tant au niveau des codes ou de l'intime conviction des juges, qu'à celui de la condition inéquitable faite au plus grand nombre. Dans un entretien très libre lors de la sortie de son livre "Le passeur de miroir", le comte de Paris dénonçait à titre d'exemple l'accaparement du foncier national par l'Etat et par les organismes financiers qui le suivent, et l'asservissement des agriculteurs aux banques. Les choses se sont gâtées depuis par la généralisation de la précarité libérale.

Au plan des idées c'est pire. Dans le domaine des pouvoirs civils, on ne s'étonne plus de la dictature d'une faction produite par le système électoral républicain qui oblige à "compacter" les opinions politiques en grands partis pour pouvoir exprimer des choix, voire exercer des responsabilités. Que représente le "coeur nucléaire" du moteur de l'UMP - celui qui gouverne vraiment - rapporté à l'ensemble des formations politiques déclarées ? Quelques pourcentages ! Les sociologues commencent à décortiquer les leviers qui ont propulsé M. Sarkozy jusqu'à l'Elysée. Ils s'apercevront vite que l'équipe victorieuse a amplement joué sur l'effet démultiplicateur de ces majorités relatives organisées en poupées russes, à l'image de la construction de la holding Bolloré qui reste un cas d'école en droit des sociétés. Avec quelques pourcents sur une base très réduite vous franchissez les 50% en fin de trajectoire (100% x51% x51% x51% = 6,77% de mise initiale).

Tout cela ne fonctionne qu'à condition d'organiser les libertés, dont le foisonnement disperse les masses gérables. Or de ces libertés quelle est celle qui compte vraiment dans le domaine du ressenti : la liberté essentielle du citoyen. Au delà d'assurer convenablement sa subsistance avec, au sein de son Ordre, une égalité raisonnable des chances sur la ligne de départ, puis d'entreprendre ses activités de sa propre énergie sans contraintes autres que morales, sa liberté est de proclamer ses idées sans crainte d'être écouté, dénoncé. Des gouvernements, des dynasties même sont tombées pour n'avoir pas protégé cet exutoire naturel de l'homo sapiens, surtout en France. Cette liberté est de nos jours gravement entamée par le formatage des opinions qu'on appelle pensée unique, et la marchandisation de tous les accès à la Communication, même si Internet commence à fissurer le bloc du Fric qui s'en inquiète et cherche des motifs de contre-feu.

Mais le prince d'Orléans dénonçait aussi le désarroi moral d'une société qui a rompu avec les valeurs anciennes, même "antiques". Ces valeurs de base ne sont pas ringardes, même si certaines mises en application le sont. Avantager la cellule familiale sans attaquer l'individualité est possible. Redonner au couple homme-femme sa fonction d'énergisation vitale de la société, à l'image du couple Isis-Osiris de l'Egypte disparue, ne doit pas signaler un combat contre les orientations sexuelles d'une catégorie humaine qui participe au lien social par d'autres talents. Favoriser un rapprochement avec la sphère céleste n'implique pas que "mon dieu [soit] plus grand que le tien !".

On peut dérouler ainsi les chapitres et déboucher sur la synthèse institutionnelle qui met ces partitions en musique, qui ouvre le champ des libertés individuelles dans une structure sociale cohérente et éprouvée. Le schéma de l'Alliance Royale, avec l'organisation des pouvoirs régaliens et publics, ses trois ministres d'Etat et ses conseils de magistrats, a un premier mérite : celui d'exister. Sans concurrence aucune puisque les autres chapelles se méfient de tout schéma. J'en ai fait une présentation dans des billets précédents qu'on se procurera en cliquant ici.

Si l'on part du postulat que la monarchie est un régime politique avant que d'être un mode d'organisation sociale, voire une "façon de vivre", on peut rester à l'étage institutionnel en ne développant que l'explication des pouvoirs régaliens, l'affect populaire sous-jacent, sans descendre au niveau des questions sociétales. Celles-ci doivent être traitées par des partis, royalistes, qui auront le souci de défendre certaines moeurs et certaines lois du domaine public au bénéfice des catégories qu'ils représentent. Laissons à la monarchie l'essentiel et libérons le débat pour tout le reste.

Ce qui veut dire en clair qu'interférer dans la question monarchique avec la messe de Pie V, l'avortement, l'islamisme, l'euro, la chasse aux grives, le mariage des folles et l'euthanasie, c'est se tromper d'étage, et donner du pain béni à nos contradicteurs, qui sont ravis de saisir les verges qu'on leur tend. A ce propos, qu'est-il resté dans l'Opinion des discours de Jean-Paul II sur la revalorisation morale de l'espèce humaine ? Des histoires de capote ! Méfions-nous donc de l'instrumentalisation de certaines positions périmétriques par les porte-voix rémunérés de l'Establishment contre tout le reste de notre discours politique, le coeur du projet.

Cela ne veut pas dire que le spirituel doive être déconnecté de notre propagande, au contraire. La monarchie sans sa dimension spirituelle n'est qu'un miroir aux alouettes (Henri d'Orléans). Mais ne tombons pas non plus dans les bénitiers. Tout le spirituel que consomment nos neurônes n'est pas que dans l'Eglise de Rome. L'important c'est une certaine transcendance qui nous arrache à la glaise originale :

« Notre monde ne sera pas sauvé par des savants aveugles ou des érudits blasés. Il sera sauvé par des poètes et des combattants, par ceux qui auront forgé "l’épée magique" de Ernst Jünger, l’épée spirituelle qui fait pâlir les monstres et les tyrans. » (Dominique Venner)

Licteurs de la Vraie Foi, laissez un temps vos grimoires d'un siècle gros de guerres et de malheurs, et venez construire l'offre politique de demain. Vous êtes convoqués au progrès de la création continue sur les bases actuelles et futures de notre monde qui est à des années-lumière du siècle fini, à défaut de quoi vous serez comme Ruth, changés en statues de sel.
Amen.

2 commentaires:

  1. "Construire l'offre politique..."

    Mais où ? Qu'est-ce que les mouvements royalistes constitués ont à offrir ? Lorsqu'on les contacte, leur projet est déjà bouclé. Leur fait-on une remarque, que ce sont des cris d'orfraie.

    Vos analyses, qui atteignent au style et à des fulgurances lucides quant à l'avenir, s'annulent après deux phrases parce qu'elles tentent de croiser, de marier l'effort de réfléxion sur une monarchie possible et débarassée comme je le souhaite sans arrêt de ses visions passéistes, avec ce que l'évolution du monde contemporain offre de plus scandaleux : l'ultra-Libéralisme, la dilution des notions dans le Grand Marché Unique, la négations des véritables valeurs humaines, etc. !

    Ce n'est pas en courant derrière les pantins sinistres du système que peut se trouver la solution !!

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  2. Savez-vous ce qu'est la realpolitik ?
    L'auteur ne sait pas chevaucher de chimères.
    Le roi est à replacer dans un pays imparfait mais réel.
    Le Grand Marché (la mondialisation peut-être ?), l'ultra-libéralisme (tout libéralisme est ultra), la négation des vraies valeurs humaines (qu'entendez-vous là ?) sont des faits.

    Que le projet vise un assainissement ultérieur des moeurs politiques et sociales, sans doute, mais il faudra commencer par le pays réel.

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