lundi 16 février 2009

L'aimantation atlantique

étoile OTANLe petit dossier OTAN de 2 billets en aura finalement 3. Les réactions provoquées par l'Etoile polaire sur les forums royalistes sont décevantes (pour moi) par la faible remise en cause des sourates souverainistes. L'OTAN, c'est le Mal sur un continent sans menaces, c'est un procédé d'aliénation des vieilles nations par l'Etat-Monde, la globalisation grise, l'allégeance, etc. jusqu'au complot maçonnique contre le roquefort...? Un forumeur avoue avoir réfléchi sur l'évidence que les pays entrent dans l'OTAN et n'en ressortent pas, sans parvenir à se faire une religion. Essayons ...

La rupture gaulliste (1966) c'est un peu comme les 35h. Notre analyse ne souffrait pas la critique - les contradicteurs étaient le parti de l'étranger, des traîtres - mais nul ailleurs jamais ne nous suivit sur le sentier escarpé de l'Aventin. Les Français avaient la vérité révélée sous le boisseau gaulliste et ne la partagèrent pas car personne autour d'eux n'était assez intelligent pour la leur demander !
A la mort de Franco (1975), l'Espagne bénéficiait d'accords de défense avec les Américains qui d'une certaine façon garantissaient le régime. Ils se portèrent cependant candidats à l'OTAN, parce que c'étaient des imbéciles. La France frisa du nez ; sauf sur le Jura, elle était dès lors cernée de frontières OTAN sans qu'on ne lui demandât rien.
Offrez au Maroc qui bénéficie d'accord du même type avec les Etats-Unis, d'entrer dans l'OTAN et vous aurez la réponse-telex sous 24h : oui ! Ils ont déjà la base US Africom à Ras Dari (Tan Tan) et n'éliminent aucune hypothèse atlantique.

Après la chute du Mur (1989), les Tchèques, les Polonais et les Hongrois se jetèrent dans l'OTAN avant même de soumettre leur candidature à l'Union européenne. De parfaites andouilles !
En 2004, les 3 pays baltes sont entrés malgré une très forte minorité russe en Lettonie et Estonie. Inconscients ! La Slovaquie pareil. La Roumanie et la Bulgarie en firent autant, otanisant complètement l'accès nord aux Détroits ; des fous !
Ne restent en Europe que quelques pays hors-OTAN : L'Irlande, les neutres scandinaves (SUE¹, FIN¹) , l'Autriche¹ (mais la Slovénie s'est ralliée), la Suisse, le Vatican, San Marin, Andorre et Monaco, sans oublier la Moldavie, la Transnistrie et d'autres pays des albums d'Hergé ! Vont venir dans quelque temps la Croatie et la Macédoine, celle-ci espérant y régler son différent avec la Grèce.

Salzburg
Outre le fait qu'ils pensaient se protéger des foucades russes et intégrer un dispositif réactif contre des menaces naissantes sur le Croissant Vert, les pays ralliés ont aussi cherché la mise à niveau de leur armée, et d'abord celle des règles d'engagement et des procédures de guerre. Venant la plupart du Pacte de Varsovie, ils savaient la valeur tactique de la cohésion des blocs mécaniques, la vitesse acquise par l'intégration des codes, mais soupçonnaient seulement la supériorité des initiatives libérées au contact-feu sur les procédures soviétiques figées, ainsi que les guerres du Proche-Orient le leur avaient appris. Un mystère à percer. L'impossibilité de s'offrir chacun dans son coin un système d'acquisition de cibles performant s'ajoutait aux avantages du ralliement. Au total c'était franchir un seuil technique vers un niveau de puissance qui leur avait longtemps paru inaccessible et dont la mise en oeuvre leur avait fait peur. La colonne 'inconvénients' restait vierge. La participation à une défense européenne autonome n'était pas même discutée.

insigne BFADéfense européenne
Le mépris que Chirac avait montré aux pays de l'Est dans l'affaire d'Irak ne fut pas pour rien dans le maintien de leur réticence. Les Anglais pour leur part n'étaient intéressés que par la composante "marine" et "missiles". Ils s'en éloignent aujourd'hui malgré les résolutions du sommet franco-britannique de Saint-Malo (décembre 1998). Le président Chirac voulait monter une force réactive paneuropéenne de 60.000 hommes, mobilisable en soixante jours ; il est apparu en 2008 que le projet n'avait pas beaucoup avancé, mis à part le lancement de l'Eurocorps². En réalité c'est un quartier-général permanent (effectif : 1000) actionnant une brigade multinationale de 5 pays sur abonnement (BE, ESP, FRA-DEU, LUX) qui font du soutien, et commandant la Brigade³ franco-allemande de Mitterrand-Kohl, qui vaut une division d'infanterie légère (5000h).

L'Eurocorps comme la BFA se sont entraînés dur, ensemble, pour obtenir enfin ... une certification OTAN. Ces deux unités gigognes sont mobilisables maintenant au sein de la Force de réaction rapide atlantique (NRF) qui monte en charge régulièrement. La France va prendre son commandement "Marine" à Lisbonne. L'Eurocorps sait monter des missions à la carte de type gendarmerie au sein de projets ONU comme EUFOR Bosnie, EUPOL Macédoine, FIAS (Kaboul), EUFOR (Congo), EUFOR (Tchad). Son état-major a été intégré 2 fois dans un EM OTAN (Sarajevo et Kaboul) mais l'expérience ne fut pas poursuivie plus que théoriquement.

Ce projet de défense européenne (expliqué dans la PESD) qui vise à doter la diplomatie européenne d'un bras armé donc menaçant, va se renforcer des contributions suivantes dont la moindre n'est pas la dernière citée, ce qui devrait vous faire toucher du doigt la vanité du projet : AUS, GRE, ITA, POL, ROU, TUR, et in cauda venenum... USA ! Les Canadiens ont deux officiers au QG de Strasbourg.
L'embryon européen de défense est donc officiellement² défini "OTAN". Quand l'Eurocorps ira-t-il à Gaza protéger les infrastructures construites à fonds perdus par l'Union européenne ? Voila une vraie question. Vous savez la réponse.

écusson EurocorpsTant qu'il ne s'agit que de missions d'interposition, de protection de camps de réfugiés, de gendarmerie, les gouvernements européens se flattent de montrer la bannière étoilée et les états-majors y gagnent des primes, des médailles et de l'avancement. Les résultats sur le terrain ne sont que de peu d'importance comme on le voit au Congo ou au Darfour. Si la menace s'obscurcit jusqu'à les mettre en péril, les nations européennes feront bloc à partir du schéma intégré atlantique et, dans l'état de pénurie des crédits budgétaires, n'auront peut-être pas les moyens de nourrir un second état-major qui serait le site miroir d'un petit SHAPE. L'Eurocorps, engagé en tant qu'unité autonome dans le dispositif atlantique, est peu probable. Au mieux délèguera-t-on à son état-major certifié une mission particulière, et peut-être pas sur un secteur du front. Ses règles d'engagement seront les mêmes que celles des autres états-majors OTAN et il relèvera de l'autorité de SACEUR, le commandant en chef américain de Mons.
Comme toujours le révélateur c'est la guerre. L'OTAN incorpore donc un commandement supplémentaire, l'Eurocorps, matérialisé au sol par la Brigade franco-allemande. Le reste est pour déclamer aux pupitres.

Effectivement les Européens ne voient leur défense européenne qu'insérée dans l'OTAN qui reste pour la quasi-totalité d'entre eux la seule garantie crédible. Est-ce pour exemplifier cette évidence que le président Sarkozy et le chancelier Merkel ont déploré le piétinement du projet européen en des termes qui ne laissent aucun doute ?
04.02.2009 - « A notre grand regret, le partenariat stratégique entre l’OTAN et l’UE n’est pas à la hauteur de nos attentes, en raison de désaccords qui persistent entre certaines nations », écrivent-ils avant de rejoindre Munich au début du mois, mais sans préciser leurs griefs.
La Conférence de Sécurité de Munich n'a pas levé ce doute, l'attention générale étant captée par le réchauffement des relations entre Washington et Moscou, as usual.

drapeau
Le billet suivant essaiera de cerner l'inexistence de la menace sur le continent eurasien, et les raisons de notre retour. A vendredi.


Note (1): la Suède est venue dans une mission Eurocorps au Congo et l'Autriche a une participation symbolique en Afghanistan ; la Finlande programme un renfort à Kaboul.
Note (2): site de l'Eurocorps
Note (3): site de la BFA




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