mardi 14 mars 2006

Les Janissaires du Roy

armes de MonseigneurLettre de Mgr le comte de Paris
A Monsieur Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris

Paris, le 3 février 2006,

Monsieur le Recteur,
Au nom des valeurs millénaires de la France, héritier des rois qui l’ont construite, je tiens à vous exprimer ma solidarité de chrétien.
Comment ose-t-on bafouer par des dessins caricaturaux ce que l’on n’a jamais imaginé, la face du Prophète Mohamed.
La honte nous saisit face à l’intolérable atteinte perpétrée contre le sentiment spirituel enfoui au cœur de chaque musulman.
Dans ce monde déboussolé, le respect du sacré aurait dû être le fondement d’un oecuménisme partagé. Des hommes de bonne volonté s’y sont déjà employés.
Ce n’est pas l’acte de quelque irresponsable qui nous détournera de notre détermination de construire une paix juste.
Acceptez, Monsieur le Recteur, l’expression de ma profonde amitié mais aussi de ma tristesse pour cette action insensée.
Bien à vous,
Très chaleureusement,
Henri, Comte de Paris


Et la question se pose de la place de l'islam dans le royaume.
On ne peut zapper la question comme on le fait à droite avec des slogans de verrouillage des portes de la cité, "stop" ! Ou pire, avec ce que l'on appelle sournoisement l'inversion des flux migratoires, qui serait une forme de déportation, en attendant quelque nettoyage ethnique sans doute. Il ne s'agit pas seulement d'étrangers musulmans qui voudraient imposer la manifestation publique et tapageuse de leur foi exotique, mais d'abord de Français musulmans qui ne désirent que vivre paisiblement la leur. Ne convoquons pas au débat les cohortes musulmanes qui sont venues nous défendre et parmi lesquelles s'est développé souvent un réel amour de la France. Laissons cela pour une autre fois.
Ils se disent cinq millions. L'administration n'en sait trop rien parce qu'elle n'a pas l'outil statistique. Combien sont-ils simplement de culture musulmane, combien de fidèles pratiquants, occasionnels ou fervents ? Qu'importe ! Les catholiques sont dans le même cas d'incertitude statistique. En fait personne ne veut vraiment savoir. Gardons ce chiffre rond de cinq millions.

mosquée de Paris
C'est une masse qui a de quoi décontenancer, dès lors que l'on exacerbe le sentiment national ou simplement le trigone agricole, chasse, pêche et traditions. Et pourtant elle est incontournable, pour partie enracinée. Ses adversaires cherchent tous les prétextes pour la combattre, le premier étant la sécularisation des préceptes religieux, en un mot l'islamisation de la société civile. Si nous commencions par regarder cela de plus près. Allons en Egypte mais comme le temps presse satisfaisons-nous du reportage d'un sociologue suisse, Patrick Haenni, qui étudia l'évolution de l'islam pendant trois ans au Caire.

Contrairement à une idée répandue en Occident, l'islam n'est pas figé dans le wahhabisme bédouin ou l'intégrisme rural. Il bouge beaucoup. Ce sont même ses défauts les plus criants qui servent de ressort à sa renaissance. La classe moyenne arabe a été choquée d'apprendre que le monde musulman était en pleine décadence et son retard sur le reste du monde quasiment irrattrapable (Rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement). A lieu d'accabler leurs traditions de tous les maux, les gens initiés à l'économie moderne, les marchands, banquiers, industriels, hommes d'affaires en tout genre, la plupart éduqués dans les universités occidentales, se sont interrogés sur les fondements originaux de l'islam en les décrassant des apports salafistes ultérieurs.

Or cet islam des origines s'avère convivial, interactif, progressiste, capable de surmonter la prédiction du clash civilisationnel et de prendre sa part de l'Universel sans avoir à l'arracher à quiconque. Pour peu que l'on s'abandonne à une honnête piété, le discours de Dieu s'éclaire et d'abord s'entend. Il suffit pour cela de petits ajustements de la vie quotidienne, et non pas de grands renoncements. On devient facilement un musulman pieux et un manager réactif sans rupture d'aucune sorte. Libéralisme et piété pour son équilibre intérieur. Car cet islam moderne est d'abord une aventure personnelle, la réalisation de soi. Il y a déconnection avec la politique idéologique portée par Nasser, encore plus avec le Djihad des fous de Dieu. On en est arrivé au positive thinking des Américains.
Foin des "califes supérieurement guidés" de l'âge d'or du Salafisme, les Lumières de l'Islam ! Abandonnées aussi les nôtres ! Voltaire et Rousseau ne leur sont d'aucun intérêt ni secours. Et le parallèle est facile avec les "born again christians" américains qui entendent Dieu chaque jour et ont réorganisé leur priorités : plutôt que l'Etat, la raison et l'égalité, le bourgeois musulman va choisir aujourd'hui la religion, l'individu, la morale, la responsabilité. Son sosie étranger, ce n'est pas l'universaliste français - ça fera mal à certains qui se prennent chez nous pour les interlocuteurs privilégiés du Proche et Moyen-Orient - mais le néo-conservateur yankee. Son inspiration, il la puise dans la littérature de management qui, empreinte de morale, contourne l'Etat omnipotent et impotent, et s’imprègne des valeurs de la culture d'entreprises efficace.

L'islam des Lumières que les Républicains français veulent acheter à travers des jardins d'acclimatation comme le Conseil français du culte musulman, va disparaître dans les coulisses de l'histoire, à peine né. Une fois encore le pouvoir est à côté de la plaque.
Nous devrions donc favoriser non pas le communautarisme (béat) de masse, mais l'essor de cet islam individuel qui a le premier avantage de se recentrer sur l'âme du fidèle et laisse de côté la sécularisation de pratiques parfois mal comprises, pour ne pas dire la subversion rampante de la nation par des intégristes en guerre contre nos coutumes sinon nos valeurs. Que nos managers, pieux musulmans, réussissent et tout le pays en récoltera les fruits. Que les salons féminins foisonnent comme au Caire ! Que l’appétit de réussir sa vie matérielle et spirituelle soit satisfait sur notre sol ! Que la morale personnelle retrouve droit de « cité » sans être enfermée dans une communauté distincte du reste de la nation, qui s'en plaindra ?

Il ne reste plus qu'à faire pareil du côté des chrétiens. Et les valeurs sulfureuses de la République seront enterrées, sans révolution dévastatrice. Et l’on pourra sans être montré du doigt, apprendre la belle langue arabe au collège comme l'avait demandé Boutros Boutros Ghali, président [heu...sorry, ex-secrétaire général) de la Francophonie.


Approfondir ?

Patrick Haenni chez L'Expansion
Al Ahram (en anglais) sur le sémillant télévangéliste islamopop Amr Khaled
Le soufisme en cliquant ici ou là.

vendredi 10 mars 2006

Pour le parti !

Sur le forum de la Restauration Nationale, Philred a poussé le cri du cœur.

« J'ai cru dans beaucoup de choses. Mon coeur se rappelle qu’enfant, les rois et les reines ont marqué nos souvenirs. Ils sont toujours présents dans le coeur de mes enfants. La monarchie est toujours à l'heure d'aujourd’hui réservée à une élite qui ne pense qu'à perdre son temps en débat et en guerre de succession, alors qu'il faut prendre le taureau par les cornes, et militer activement au sein de chaque ville, de chaque village de notre beau pays. »
« Allez donc, plutôt que de siroter le passé, parler de la monarchie et de son devenir, du bonheur de ne plus avoir de luttes partisanes, de partir ver le futur au lieu de ressasser le temps enfui. Quand va t'on ouvrir des locaux ou l'on pourra accueillir chacun des Français qui voudra passer la porte et se renseigner sur le roi ? Un voyage en Béarn et une visite dans un hôpital par an, soyons raisonnables ! Il faut un état-major soudé derrière le roi, pour rassembler tous les sympathisants. Une stratégie d'envergure nationale. Des débats. Une présence télévisée accrue. »
« La Vendée en son temps a su se battre seule et contre tous. Rendons hommage à ses hommes et ses femmes morts pour notre gloire ».


Il a raison, l'ami Philred. La monarchie ne reviendra pas sur le nuage de la Providence, même si cela conforterait les thèses attentistes brodées autour de pastels sulpiciens par une nostalgie légitime. Abandonnons les prophéties rassurantes (ou inquiétantes) aux exégètes de la gnose miraculeuse, ne comptons pas non plus sur le pire à venir pour ramasser des morceaux de nation que tous se disputeraient comme chiens errants, encore moins, ne participons pas à la manoeuvre de panique orchestrée par les démagogues de sous-préfecture, qui suscitent les haines communautaires et ne tiendront pas vingt minutes plus longtemps que le réveil de la Bête. Soyons intelligents !

La monarchie reviendra par le peuple

Si son retour n’est pas « déclenché » par le peuple, du moins faudra-t-il son aval … en aval ; et que le bel ouvrage emporte son adhésion. Même si « Les rêves de grandeur et de conquête sont désormais condamnés à demeurer enfouis au plus profond des cœurs et chacun garde sa vérité secrète, de crainte qu'elle ne se dissolve en poussière au contact de la réalité comme une momie exposée brutalement à l'air libre...» (Jean Raspail), il faudra quand même affronter la lumière. Sortons de nos cryptes, pâles morts des royaumes anciens !

iris
Le régime actuel a mis deux cents ans à s’implanter. Il a tissé ses réseaux de pouvoir apparent, de puissance financière et d’idéologie fondamentale patiemment, en encaissant même deux guerres mondiales dont il fut un des originateurs principaux, jusqu’à l’inéluctable déclin du pays que la Nation a voulu lui confier, sur la foi déjà ancienne de lendemains enchantés, promis par des Lumières, … bien mal lues. Ce n’est pas se hasarder bien loin que de prédire à la cause monarchique un accès d’application, seulement dans les circonstances d’une crise grave. Qui pourrait être une crise financière de l’Etat et de ses structures ancillaires, déclenchant une crise de société, elle-même questionnant la validité d’un régime vaincu par sa propre gabegie budgétaire et sa décadence morale.

L’offre de recours à la monarchie ne risque d'être entendue au niveau des instances décisionnelles, à savoir parlement (ou ce qui en restera) et haute administration, que dans la mesure où auront été réunies quatre conditions préalables :
- une capacité de résonance au projet monarchique dans l’Opinion.
- une capacité politique à instaurer des institutions exécutives provisoires dans l’heure.
- un appel immédiat à plébiscite de confirmation du changement.
- un prétendant disponible et capable.

Evitons ce disant de couper les cheveux en quatre.

Pour aboutir sur les trois premières conditions, il faudrait un parti monarchique structuré et pugnace qui se jette dans l’arène démocratique. Sa première tâche devrait être de détruire tous les préjugés véhiculés par les adversaires, et malheureusement trop souvent par les militants royalistes eux-mêmes. Mais dans le même mouvement, le parti devrait construire pour le futur, en se départant, jusqu’au Te Deum de son plein succès, des commémorations en tout genre qu'il laissera aux associations ad hoc qui le font très bien, entre amis.

Comme tout parti politique, celui-ci devrait avoir un programme, essentiellement institutionnel, visant à compacter l’Etat sur ses pouvoirs régaliens, et libérer la nation du plus grand nombre possible de contraintes, sauf à entamer l’exigence prépondérante de justice pour tous. Un article de Steppique Hebdo, « Liberté, égalité, fraternité », en dit plus long sur la décadence des vertus républicaines à réparer.

Le programme du parti devrait être raisonné, sérieux, applicable et « futuriste ». Rien à voir donc avec les délires souverainistes postdatés actuels. Ce programme doit impérativement rassembler. Il serait dans le même sens avisé de couper aimablement les ponts avec les partis de l'exclusion en éructation permanente, qui restent bloqués sur la gestion de scores invariables, obtenus de « refuzniks » nationalistes que l’on maintient habilement dans leur exaspération. On sait qu’il y en a tout au plus vingt pour cent, compressibles parfois, extensibles jamais.
Sans rédiger le programme - quelle présomption ce serait, me chuchote-t-on dans l’oreillette - disons que le parti saurait se garder des vieilles lunes en quantités innombrables dans notre monde royaliste, et vivre dans son temps et dans celui à venir ; dirigé pour ce faire par des gens capables, ayant déjà prouvé compétence et tempérament dans leur environnement professionnel.

Parce que nous sommes en terre gauloise, terre des pavois, ce parti ne pourra échapper au Chef, charismatique. Charismatique pour s’imposer aux contempteurs naturels qui surgiront de son propre bord sur des motifs imparables, de sa meilleure exégèse de la doctrine maurassienne certifiée pour celui-ci, de son brevet contre-révolutionnaire maistrien pour celui-là, pour sa proximité inégalée d’avec la pensée du prince pour le troisième, pour son ascendance mérovingienne impeccable, etc.

Quid des moyens financiers ? Question incontournable. Un parti constitué autour d’un programme de gouvernement pourrait appeler des cotisations bien plus nombreuses que ne peuvent le faire des clubs de réflexion, aussi sagaces et pointus soient-ils. S’il est des moyens accessoires à ne pas négliger pour renforcer le nerf de la guerre, les masses à réunir obligent à se préoccuper d'une large adhésion populaire. C’est affaire de professionnels et pas d’associatifs, ni d’universitaires. (désolé)

Ce parti strictement politique saurait s’entourer de "think tanks" qui perfectionneront sa doctrine appliquée – c’est la fonction de certaines chapelles actuelles -, et qui lui serviront de projecteur sur les évolutions futures de la société et du monde – ce "think tank" reste par contre à créer en dehors de la voyance "catastrophiste" !

Ce parti devrait susciter une presse d’opinion de qualité visant à une médiatisation de masse par les moyens professionnels les plus modernes. On économisera un peu sur les affiches de potache que le « veau national » n’a pas le temps de lire, pour se concentrer plutôt sur la diffusion de l'offre politique avant même de travailler au contenu, dit autrement : commencer par le plus difficile.

Démocratique, écologiste, féministe, laïque, pour la justice, la famille, le labeur, ... ? royaliste bien sûr ! Le parti du roi !

Mais le chef de parti ne peut être le « roi ».
L'incarnation du recours n’a pas vraiment besoin d’être là, au milieu du jeu politique. Même au contraire, s'il m'était demandé un avis, je privilégierai plutôt le « roi de vitrail en exil » de Jean Raspail. Mais qu'entre les poses, quand il descend du vitrail, il acquière et conforte une formation politique et économique de haut niveau. Qu’il fasse des enfants, les éduque dans l’excellence et l'amour de la charge. Qu’il protège sa famille avant de protéger ma nation.
Qu’il nous attende ! Vive le roi. Il reviendra ! Ils reviendront !

roses blanches

lundi 6 mars 2006

Au Bonheur National

Au pays de l'abominable homme des neiges, on assiste à l'évolution parallèle inversée de deux royaumes glaciaires. Et c'est très intéressant.

Le "Pays des trésors enfouis" s'était défini depuis les années soixante comme le contrepoint parfait du Népal voisin. La vague hippie avait abordé Katmandou, et l'hospitalité légendaire du Gurkha démobilisé avait fait le reste. La ville entière s'était mise à fumer de la marijuana, les jolies filles s'allongeaient à la demande pour quelques banknotes, les hôtels louaient des bat-flancs pour trois fois rien, les restaurants servaient au menu borsch hongrois, potée auvergnate avec lasagnes à la crème en entrée, tiramisu grec en dessert, le tout sur Heineken, les routards aux longs cheveux, ruinés ou dépouillés dormaient dans les rues, s'y lavaient et déféquaient en groupe, et les rupins venus s'encanailler, montaient leur caméscope au trekking des hautes pentes pour y déposer leurs canettes en plastique. Le parangon de la démocratie élémentaire, mon cher Watson.

SM le roi du BhoutanLe Bhoutan regardait cela avec horreur et posait des barres de fer sur ses fenêtres. Pas de télévision, pas de journal quotidien à Thimphu, pas de construction hormis la réparation soignée des maisons médiévales, pas de vêture occidentale qui serre les joyeuses, et presque pas de touristes ; surtout pas les Allemandes en short !
Le roi du Bhoutan défiait l'Histoire et lançait son indicateur statistique du Bonheur National Brut comme un pied de nez élégant au FMI ; tout cela dans le but de préserver l'identité culturelle de son royaume hermétique dans la meilleure continuité.

Mais le lama perché dans son monastère des neiges sait des choses que même un roi peut ignorer : "La continuité n'est assurée que par le changement". En Occident nous avons inventé pour se faire, la roue, qui effectivement n'écrase jamais le même gravier dès qu'elle avance.

A l'occasion du règlement successoral dynastique de 2001 rédigé au fusil-mitrailleur, le Népal a manifesté son aspiration à revenir à une certaine discipline publique. Le retour de l'ordre tombait bien puisque d'une part, le nouveau roi n'était pas trop "parlement et concussion" mais donnait plutôt dans le style Frédéric II (qu'il n'a jamais connu), quand ses adversaires maoïstes prêchaient de leur côté pour le niveau moral populaire le plus élevé possible en vertu, compte tenu des altitudes pratiquées. Alors Amour, Gloire et Beauté à la maison finit par remplacer la parade vespérale, les rues devinrent calmes à la nuit tombée, calme encouragé par le couvre-feu royal, et les touristes considérés un peu comme surnuméraires. Finalement, l'hospitalité népalaise commenca à se dissiper comme les brouillards des cimes, pour avoir trop embrassé et si mal étreint. La situation déplaît aux tour-operators, et surtout aux démocrates cosmopolites qui forcent leur modèle partout, ne s'interrogeant jamais sur son échec éventuel. C'est toujours la faute à quelque chose qui est étranger au modèle sacré universel.

En face, au Bhoutan, le manque de télévision hertzienne avait été contourné par les loueurs de cassettes, et la pop culture avait commencé à entrer au moins dans les foyers, même si le folklore local garde toujours la faveur des populations très conservatrices. Le roi a décidé d'accompagner cette ouverture du royaume jusqu'à modifier les moeurs politiques d'une monarchie absolue en celles plus tendance d'une monarchie constitutionnelle scandinave. A part le climat identique, la greffe aura du mal à prendre. En effet, le peuple est partagé entre la possibilité de voir Sex In The City à la télévision nationale, et l'importation du désordre étranger qu'elle affronte ce faisant chaque jour à travers les nouvelles lucarnes bleues. Quant à sa consultation sur cent sujets qui autrefois étaient du ressort du roi en son conseil, la possibilité ne l'émeut pas vraiment, y soupçonnant des soucis qu'il ne réclame pas.

Ainsi sur des territoires semblables où vivent des ethnies cousines, voit-on d'un côté un monarque constitutionnel débordé par le jeu politicien démocratique retourner à la monarchie absolue pour tenter de sauver son pays - le parlement est dissous - de la révolte maoïste ; de l'autre un monarque absolu incontesté, tirant son régime vers une démocratisation représentative de proximité, contre le gré de son peuple. Les deux rois des neiges sont certifiés "dictateurs" par l’organisation américaine de cotation démocratique Freedom House qui ajoute ainsi l'insulte à la misère de son analyse.

"Le droit du prince naît du besoin du peuple", a dit René de la Tour du Pin. Quel est en l'espèce le besoin des peuples ? Eliminons pour la discussion le bien-être statistique qui dans nos longitudes peut être atteint la tête dans le four de la société de consommation et les pieds dans le frigo de nos espérances économiques et morales. Restons "politique".

Le besoin du peuple peut-il être défini par le meilleur Bonheur National Brut du roi Jigmé Singye Wangchouk ? Quoi de mieux ? Déjà le titre est son programme. Nous l'allons montrer tout de suite.

Les objectifs contraignants sont au nombre de quatre qui constituent les paramètres du BNB :
- autosuffisance du pays dans les domaines les plus nombreux afin de garder la main (coup de pied discret à la mondialisation et à la division internationale des productions)
- amélioration de la condition humaine
(ne pas se payer de mots, de chiffres, au résultat tout simplement)
- préservation des valeurs culturelles
(ce qui ne veut pas dire qu'elles soient figées dans une tradition immobile mais que leur évolution les conserve dans le "camp" des valeurs)
- préservation du milieu environnemental
(no comment)

Pour être atteints, ces objectifs sont dominés par des facteurs historiques au nombre de quatre :
- la paix entre et avec les nations voisines (c'est la condition sine qua non)
- une construction nationale autonome libre de toute domination étrangère afin de laisser s'affirmer l'identité politique, sociale et culturelle du pays
(le Code Napoleon n'a aucun avenir hors de France. L'universalité des valeurs est récusée)
- une religion comme pierre d'angle de l'identité nationale
(le liant national des âmes)
- des concepts étrangers importés ou non,
(pour garder une ouverture d'esprit critique en se défiant des modes)

Toute la politique du gouvernement et tous les projets de développement sont obligatoirement criblés à travers ce tamis du BNB
source : Bhutan Studies

Quand on applique le concept du BNB himalayen ligne par ligne à notre pays ouvert à tous les vents, on mesure la distance qui nous sépare encore de ce bonheur promis. Et dès qu'on appréhende le niveau d'exigences, on comprend vite que seul un régime vertueux et intelligent soit capable de le mettre en oeuvre.
Il nous faut un roi de la classe intellectuelle de SM Sigmé Singye Wangchouk, assisté des conseils avisés de ses quatre reines du bonheur national.

le roi et ses quatre épouses

mercredi 1 mars 2006

Les Trois Mousquetaires

Nous sommes à la veille d'une belle empoignade dont les royalistes français ont le secret. Rions sous les bombes.
Les sicaires bhopaliens portés sur des cygnes de Coromandel se sont posés quelque part en France ; ils visent les Bussettistes remis en selle par la querelle dynastique des branches matrimoniales légales et collatérales. On parle aussi des petites mains de fer du service action de la maison de Dreux qui auraient disparus à la frontière colombienne et progresseraient vers Caracas, à quel dessein je vous le demande. Des bruits courent à la Zarzuela quant à l'extinction des revendicateurs au béret amarante qui mangent l'honneur des isabéliens chaque matin entre deux briques crues au petit déjeuner. Et tout cela n'arrive à faire percer la Cause ni dans Closer ni chez Chazal et pas même chez Ardisson qui a pourtant la carte du club. Il manque une chaîne gothique spécialisée dans les jeux vidéo pour nous porter aux écrans. Décidément nous n'avons pas la culture de la Communication.

Elle ne servirait à rien pour essentiellement deux raisons, soutenues par deux compagnies de mousquetaires de couleurs différentes.

La Compagnie "argent et or" est organisée verticalement par des empilements nombreux qui se perdraient dans les nuages si le temps n'était si beau. Elle a lu dans les livres qu'un des soucis permanents de la Providence est de réparer le manque à régner dont pâtit feu le royaume de France et de Navarre, pour peu que le tapage de rosaires nombreux et puissants indisposent suffisamment les aiguilleurs du Ciel pour qu'ils y mettent un terme, en abondant au tonneau de nos imprécations. Et le Grand Monarque arrivera dans une étable par un petit matin froid sur le plateau de Langres, entre deux vaches laineuses ! Qu'est-il besoin de se préoccuper de l'Opinion dès lors que le miracle aura eu lieu. La Providence qui va jusqu'au bout de ses idées, ne pourra s'arrêter en chemin et touchera-t'elle dix ans plus tard de sa grâce, les coeurs de tous les Français. Par millions, ils marcheront vers Reims en acclamant le lieutenant du Christ revenu. On attend ! Repos, vous pouvez fumer.

La Compagnie "noire" se moque le la compagnie "sable et or" et de ses fanfreluches, perruques poudrées de troisième mi-temps, épées à glands et bottes chiées sur la cheville. La compagnie noire enfile l'uniforme lazariste à croix de zarmac mais sous la cape grise du carbonaro. Elle ne se déplace que le soir et porte le loup. C'est une compagnie d'affût. Si elle maintient le moral de ses effectifs par des campagnes nocturnes d'engluement des ponts d'autoroute voire des abribus, elle privilégie des taquetiques d'aubaine qui ont fait autrefois le succès d'autres unités retranchées comme elle ; et elle sourit d'avance, sans crampe de la mâchoire, ... à la chance. Tout l'état-major force son destin à travers une procédure que nous résumerons par "la main initiée dans le gant idiot".
Il ne s'agit pas moins que de bourrer les partis politiques qui ont pris la peine de se constituer en investissant beaucoup de bonne idées et de mauvais argent, par des moudjahiddines du roi intégralement convaincus du nec plus ultra maurrassien. A l'occasion, ceux-là dont on espère qu'ils seront positionnés en temps et en heure à l'endroit où se prendra la décision furtive d'installer Monseigneur, devront jeter hors du nid les oeufs du propriétaire pour faire éclore les leurs par le principe du coucou. Il suffit d'attendre la crise qui va tout vous prouver. Repos, vous pouvez fumer.

La troisième compagnie - il n'y a pas de septième - est la Compagnie "bleue". Elle refuse d'inscrire la Communication sur la liste des 7 péchés capitaux. Est-elle partie du mot de Chateaubriand pour lequel "les événements font plus de traîtres que les opinions", pour se défier de la tactique précédente ? Qu'importe, elle privilégie la réflexion de Pierre Boutang qui - de mémoire - disait que le droit du roi naît du besoin du peuple. Ce faisant, la compagnie "bleue" vient de décider de partir à l'assaut de l'Opinion, la fleur au fusil de ses convictions.

Yves Marie Adeline, capitaine de la compagnie bleue, a donc décidé de grimper l'échelle de la tranchée profonde de nos certitudes pour apporter au plus grand nombre de ses concitoyens une offre politique inédite.

Le roi tout simplement


Son délégué de Charente Maritime le dit en peu de mots : "Il est temps de réconcilier les Français autour de leur histoire. Dans une famille, c’est lorsque le Père disparaît que les enfants se déchirent. En monarchie, le roi ne meurt jamais. L’Alliance Royale se propose d’unir nos compatriotes autour d’un nouveau projet qui redonne l’espoir à la France, sa place en Europe et celle de l’Europe dans le monde".

Et les chapelles concurrentes de froncer le nez, et leurs cassandres inlassables, de répéter qu'il vaut mieux faire bouillir les idées magiques dans une petite marmite, et bien choisir qui doit la boire, plutôt que lancer une immense soupe populaire dont on ne sait qui la goûtera !

Comment imaginer d'obtenir le retour du roi par une autre voie que la voie démocratique ? Quand bien même des circonstances exceptionnellement graves privilégieraient-elles le recours à un arbitre suprême tel le prince, encore faudrait-il s'attendre, passés les premiers orages, que ce nouvel Etat doive au minimum être plébiscité par la population, à défaut de quoi, les fermentations gauloises traditionnelles emporteraient l'ouvrage dans une guerre d'opposition qu'on peut prédire violente, si ce n'est même une guerre civile dont se régalent par avance l'immense cohorte de ceux qui n'ont déjà plus rien.

Le site de l'Alliance Royale est construit autour d'un argumentaire de campagne très fourni. Formons le voeu de l'enrichir de nos contributions les meilleures dans le souci de convaincre le lectorat que son meilleur bouclier est le roi. Il faut que ce peuple désorienté sache hiérarchiser ses urgences et privilégier ce premier besoin qui, s'il était satisfait, lui apporterait les premières réponses capables de bloquer le déclin et calmer son désarroi. Le reste est programme.

Alliance Royale
APPEL AUX BONNES VOLONTES

Le président de l’Alliance Royale, annoncera sa candidature à la prochaine élection présidentielle et vous convie mardi 7 mars
à une conférence de presse
Accueil 9h30, début de la conférence 10h00 précises
25 rue du Docteur Lancereaux
Paris VIII
Métro ligne 9 St Philippe du Roule
Parking souterrain Haussmann-Berri


Cette candidature permettra de donner une ampleur jamais vue depuis 1974 à la propagande royaliste. En effet, dès lors qu'un candidat obtient 500 parrainages d'élus, l'État prend à sa charge l'impression et la diffusion des bulletins de vote, des professions de foi, des affiches et la pose de celles-ci. Ce qui veut dire que TOUS les Français sauront qu'il y a une alternative royale à la République et que TOUS les Français pourront prendre connaissance de nos propositions institutionnelles.

Mais pour cela, il faut réunir 500 signatures d'élus, principalement de maires. L'Alliance Royale a besoin de vous pour l'aider à réunir ces 500 parrainages. Si vous êtes un élu, si vous connaissez des élus, si vous voulez vous investir dans ce travail en allant démarcher les maires de votre département, prenez contact avec Christophe Paillard, chargé de la coordination de campagne : 17@allianceroyale.fr .

Nous remercions d'avance les volontaires qui se feront connaître.


Fin du communiqué de l'AR.
Bonne chance, nous ferons notre possible.

samedi 25 février 2006

Adeline raconte Marie-Antoinette

couverture du livreYves-Marie Adeline publie un ouvrage sur la reine méconnue, Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine, décapitée par la Convention le 16 octobre 1793 à l'âge de 37 ans.
En cinq actes inspirés des propos de Marie-Antoinette notamment pendant sa détention, l'auteur nous fait partager l’intimité d’une reine demeurée digne et lucide jusque dans la mort. Une vraie leçon de courage et de maintien dont l’intensité dramatique anéantit la légende dorée révolutionnaire.

Marie-Antoinette
Yves-Marie Adeline
Éditions de Paris
18€


L'école de la République s'est efforcée de noircir le portrait pour se faire pardonner le crime abominable de son exécution. Politiquement la monarchie était à bas quand Louis XVI dut monter à l'échafaud le 21 janvier 1793. Qu'était-il besoin de s'en prendre à la reine, n'avait-elle pas expié ses péchés dans les tourments de sa captivité ? Pour apaiser la populace ? On n'apaise la populace qu'en chargeant à mitraille. La dignité qu'elle montrera jusqu'au dernier jour sera la meilleure plaidoirie en sa faveur. Ces gens n'étaient pas du même monde et ne pouvaient se comprendre. La République s'est souillée à jamais par ses torrents de sang.

La quatrième fille de l'impératrice d'Allemagne arrive à 14 ans à la cour de Versailles en 1770 pour épouser le timide et très instruit dauphin Louis Auguste qui n'en a que 16. Versailles est presque le contraire de Schönbrunn, c'est encore un théâtre grandiose. Sa mère lui adresse ses recommandations, le 4 mai 1770.
« Vous voilà donc où la Providence vous a destinée de vivre. Si on ne s'arrête que sur le grand établissement, vous êtes la plus heureuse de vos soeurs et de toutes les princesses... Du dauphin je ne vous dis rien ; vous connaissez ma délicatesse sur ce point ; la femme est soumise en tout à son mari et ne doit avoir aucune occupation que de lui plaire et de faire ses volontés. Le seul vrai bonheur dans ce monde est un heureux mariage ; j'en peux parler. Tout dépend de la femme, si elle est complaisante, douce et amusante».

L'épousée prend l'appartement de la Reine et se soumet à l'étiquette royale pour laquelle à son âge on ne peut avoir tant de goût. Elevée en famille chez Marie-Thérèse de Habsbourg, elle n'aura de cesse de rechercher l'intimité de sa propre cour qui deviendra vite une coterie. Est-elle délaissée par son époux, pas exactement, mais pour des raisons cliniques qui ne sont de son fait, elle devra attendre onze ans avant d'accoucher. Ces difficultés matrimoniales et sa quasi-rupture d'avec la "grande" Cour la laisseront exposée aux fermentations dynastiques qui empestent l'atmosphère, et les libelles pires que des mazarinades viendront bientôt courir les cabinets où l'on glousse. Provence s'en réjouit, s'il n'en fut pas l'originateur, et il est dommage pour sa trace dans l'histoire, que le futur Louis XVIII, roi intelligent, se soit prêté à ces vilenies. Du duc d'Orléans qui s'y mit aussi, on n’attendait pas moins. Il poursuivra son entreprise de destruction de la monarchie absolue jusqu'à accabler sa descendance d'une tache indélébile.
« Nous sommes, écrit-elle en 1775, dans une épidémie de chansons satiriques. On en a fait sur toutes les personnes de la Cour, hommes et femmes, et la légèreté française s'est même étendue sur le Roi. Pour moi, je n’ai pas été épargnée. On m’a très libéralement prêté les deux goûts, celui des femmes et celui des amants ». La naissance du premier dauphin en 1781 déchaînera la pire haine, qui éclaboussera à dessein le comte d'Artois, jeune frère de Louis XVI.

Louis XVI se passionnera pour ses mécaniques et la géographie. La reine en gardera une certaine prévention à l'égard de l'éducation trop poussée pour écrire un jour à la marquise de Tourvel :
« On a toujours accoutumé mes enfants à avoir grande confiance en moi et, quand ils ont eu des torts, à me le dire eux-mêmes. Cela fait qu’en grondant, j’ai l’air plus peinée et affligée que fâchée. Je les ai accoutumés à ce qu’un oui ou un non prononcé par moi est irrévocable ; mais je leur donne toujours une raison à la portée de leur âge… Mon fils ne sait pas lire et apprend fort mal, mais il est trop étourdi pour s’appliquer. Il n’a aucune idée de hauteur dans la tête, et je désire fort que cela continue: nos enfants apprennent toujours assez tôt ce qu’ils sont ».

Marie-Antoinette à 29 ansLa reine qui oublie trop souvent qu'elle est La Reine, vivra entre ses Cabinets, Hameau et Petit Trianon parmi ses amis. Remarquable épistolière, elle laissera une volumineuse correspondance qui nous fait comprendre qu'elle avait reçu une excellente éducation classique et française à Schönbrunn. Sa mère lui fait ses remontrances qu'elle ignore, bien qu'elle l'assure en retour de son affectueuse obéissance. Ceci dévoile aussi un caractère dissimulé et intrigant qui lui portera tort.

L'affaire tourne mal comme on sait. Mais elle écrira jusqu'au bout, et la cruauté des situations exacerbera sa frénésie de plume jusqu'à se plaindre à la fin, que la Convention lui ait retiré plume et papier.

Des Tuileries elle écrit "politique" à son ami le comte Axel de Fersen.
« 19 avril 1792,
Les ministres et les jacobins font déclarer demain au roi la guerre à la maison d'Autriche, sous prétexte que par ses traités de l'année dernière elle a manqué à celui d'alliance de cinquante-six, et qu'elle n'a pas répondu catégoriquement à la dernière dépêche. Les ministres espèrent que cette démarche fera peur fera peur et qu'on négociera dans trois semaines. Dieu veuille que cela ne soit point et qu'enfin on se venge de tous les outrages qu'on reçoit dans ce pays-ci ! Dans ce qui sera dit-on se plaint beaucoup des procédés de la Prusse, mais on ne l'attaque pas.
»

Après l'envahissement des Tuileries par les Sans-Culottes, encore à Fersen.
« 21 juin 1792,
J'existe encore, mais la journée du 20 a été affreuse. Ce n'est plus à moi qu'on en veut le plus, c'est à la vie même de mon mari. Ils ne s'en cachent plus. Il a montré une fermeté et une force qui en a imposé pour le moment, mais les dangers peuvent se reproduire à tout moment. J'espère que vous recevez de nos nouvelles. Adieu. Ménagez-vous pour nous, et ne vous inquiétez pas sur nous.
»

Dans l'adversité, elle se bat avec énergie, désordre et imprudence quand son époux, accablé, passe au stade d'une contemplation de sa dignité dans l'au-delà. Le testament de la Noël 92 est un d'abord plaidoyer du roi destiné au concierge du Ciel. Elle, redeviendra une épouse pieuse conservant jusqu'au bout ce soupçon de frivolité et d'impertinence qui faisait à la fois son charme et nourrissait l'agacement de ses adversaires. Elle tiendra tête au procureur qui la somme de répondre à l'accusation d'inceste. « «Si je n'ai pas répondu, c'est que la nature se refuse à une pareille inculpation faite à une mère». Et se tournant vers le public, la réplique fameuse :
«J'en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici ».
Les tricoteuses en seront remuées; pas assez cependant pour la sauver de l'épilogue tragique.

mardi 21 février 2006

Les Droits (10 à 17)

Le faisceau des Droits 10 à 17 de la Déclaration de 1789 forme un corpus pré-législatif de niveau constitutionnel. Etant rédigé par une assemblée constituante, le contraire serait surprenant. C'est peut-être cette partie qui a le plus vieilli. Les droits énoncés pour l'épanouissement naturel de l'être humain en société, auraient dû être complétés des devoirs de cette société nouvelle à l'endroit de la Nation, pour satisfaire aux besoins divers et multiples de chacun, et des devoirs de chacun au maintien de la Société. Sans doute l'homme "naturellement" bon n'avait-il à l'époque aucun besoin autre que l'admiration de ses droits.
Il est utile cette fois d'évoquer le motif de chacun de ces articles.

Article 10 - Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi.

L'article vise essentiellement à banaliser l'expression de la foi des Réformés. C'est le complément de l'égalité de traitement qui depuis la révocation de l'Edit de Nantes a disparu. Les opinons évoquées ne sont précisées finalement que pour les croyances religieuses. On ne parle pas d'opinions politiques, philosophiques ou scientifiques, on le devine, c'est tout. On arrive vite à "l'ordre public".
De nos jours c'est le motif le plus fréquemment invoqué pour interdire une manifestation publique d'opinion. Et cet article fonde plus la répression des idées dès lors qu'elles sont diffusées, que la liberté. Cet article est obsolète, il doit être réécrit. Belle empoignade en perspective.

Article 11 - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

Cet article est le prolongement de l’article 10. Il abolit d'abord la censure et proclame la liberté des idées et de leur diffusion, sous la contrainte expresse qu'elles soient conformes aux idées admises par le pouvoir politique au sens large. Cet article fonde parfaitement les lois de prêt-à-penser qui ont fleuri ces dernières années. Il y a matière à réécriture du texte à la lumière du modèle social que la monarchie voudrait retenir. Le droit de penser est inaliénable. La manipulation des esprits est condamnable. On bute sur un choix car la libre communication doit s'équilibrer de la protection des valeurs humaines fondamentales, et des besoins intrinsèques de l'espèce. De longs débats à attendre.

Article 12 - La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique; cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux à qui elle est confiée.

Ce texte précèdera la création de la Garde Nationale par le marquis de La Fayette sous la forme d'une milice populaire. Elle se distingue ainsi des forces armées proprement dites qui sont professionnelles et destinées à la protection de la nation aux frontières du pays. Il n'y rien à retrancher de nos jours, il s'agit des forces de police et de gendarmerie.

Article 13 - Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable; elle doit être également répartie entre les citoyens, en raison de leurs facultés.

On crée dès maintenant une imposition universelle au pourcentage des revenus pour payer les soldes des forces de l'ordre. Les privilèges abolis le 4 août précédent ne sauraient ressurgir. De nos jours ce texte devrait être englobé dans un article de citoyenneté fiscale. Les exemptions que le clientélisme républicain a distribué au fur et à mesure des vociférations catégorielles entament largement l'universalité de cette nécessaire contribution, au point que les classes dites défavorisées peuvent ressentir tout affrontement avec les forces de l'ordre comme celui du bas peuple contre les milices bourgeoises, vu que ces catégories ne sont pas imposables. Le rejet d'une partie des citoyens de la communauté fiscale est peut-être une des pires inégalités modernes; elle les "déclasse". L'article est bon, il doit être de pleine application.

Article 14 - Les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée.

C'est la tradition fiscale républicaine qui est instaurée par ce texte. Le citoyen consent l'impôt dans une enveloppe budgétaire et veille à son utilisation. De nos jours il y a loin de la coupe aux lèvres. Outre que l'impôt n'est pas universellement réparti (cf. supra), le citoyen par sa représentation ne décide quasiment plus rien et n'en contrôle pas plus, même si certains progrès ont été faits pour les grands comptes sociaux. Le pouvoir exécutif a tout en main. Quand ont été reconduits d'autorité les dépenses de fonctionnement et le service de la Dette, il ne reste aux députés que quelques miettes à disputer pour la galerie des badauds. L'exécution des budgets est analysée par la Cour des Comptes et son rapport annuel est publié. Il n'est pas contraignant. Et la représentation nationale dans laquelle on puise les responsables de l'exécutif n'a que peu de courage ou de facilité pour contraindre ceux qui exécutent les budgets à s'y tenir. La bureaucratie a dévoré la liberté budgétaire des citoyens. L'article doit être adapté, en l'état il est trop loin du fonctionnement réel de l'Etat moderne.

Article 15 - La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration.

Cet article détruit le sentiment d'impunité naturelle du bureaucrate protégé derrière le mur des "règles". Ce texte doit être gravé en lettre d'or derrière chaque guichet de nos administrations. On peut sourire à l'urgence de lutter contre la concussion qu'ont montré les rédacteurs de 1789.

Article 16 - Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution.

C'est l'article de Montesquieu. Les moeurs politiques de l'époque laisse penser qu'on évoque la séparation de l'exécutif et du législatif. L'entité garante des droits n'est pas finalisée. Il s'agit surtout pour l'Assemblée de contrôler l'exécutif. Le texte ne voulant pas dire plus, et faisant bel effet, il reste en l'état.

Article 17 - La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.

Il est amusant de voir la protection des propriétaires, le plus souvent bourgeois, arriver en queue de la Déclaration, comme un codicille. Il faut dire que la notion de propriété était âprement discutée sous l'Ancien régime dans l'enchevêtrement du droit romain emphytéotique et de la loi barbare des fiefs, tenures, etc. Source de disputes parfois sanglantes, on met à plat la relation de l'homme au sol sur la base du droit sacré à posséder. Le droit de l'occupant originel. L'inviolabilité condamne de saisir des terres par la force. Ce tout nouveau principe fonde le droit que nous utilisons aujourd'hui, après l'éclipse des élucubrations communistes qui heurtaient l'atavisme naturel à posséder.
Le droit inviolable et sacré est tout de même limité par l'intérêt général. C'est l'expropriation d'utilité publique, bien connue aujourd'hui. L'article est à conserver tel quel.


Dix-sept articles et pas une fois n'ont été évoqués les besoins essentiels de l'homme et ses devoirs primaires, qui seraient la contrepartie que la Société et l'Etat qui l'organise doivent à l'individu en contrepartie de son acceptation du moule social défini par ces droits, d'une part ; et de l'autre, les devoirs de chacun pour maintenir fraîche et pimpante la Société qui l'accueille.

Le premier besoin est celui de la satisfaction des besoins initiaux de l'espèce humaine. Manger et dormir à couvert.

C'est très bref. On voit les ravages de la misère, sans se douter de l'ampleur qu'ils peuvent prendre si une crise mondiale nous frappait. Or ces besoins ne sont nullement assurés ; l'Etat et la Société peinent à subvenir aux besoins de quelques milliers de pauvres déshérités, et les associations caritatives de tous ordres aussi. Des lois contraignantes doivent être édictées en application de ce besoin fondamental. La liberté de mourir au ruisseau n'est pas une liberté comme les autres.

Le deuxième est celui de la sécurité du citoyen.

L'article 2, le seul qui parle du droit de sûreté, autorise à se constituer en association politique pour la conserver; pas plus.
L'Etat a le devoir non seulement de veiller à la sécurité des citoyens mais de la garantir. Si la sécurité des frontières est facile à appréhender, la sécurité quotidienne est plus floue. Cette exigence de garantie est un peu étrangère aux soucis des forces de l'ordre qui n'acceptent de contrainte que l'obligation de moyens. Ce devoir de sûreté s'il était prééminent aux lois de circonstances, obligerait le législateur à s'interroger au moins sur l'augmentation ou la diminution de sûreté qu'entraînent les dispositions qu'il crée.

On laissera de côté le besoin de prospérité que certains voudraient avantager. Pour notre part, elle ressortit du domaine privé car elle doit être le résultat d'un effort. A la Société de ne pas la punir en exagérant sa mise à contribution.

Le troisième est un devoir de "chaîne et trame" du tissu social.

Celui de maintenir au meilleur niveau économique et moral la cellule sociale de base que tout citoyen peut choisir de fonder dans cette Société, qui compte réellement sur cette cellule irremplaçable pour y déléguer ses ambitions d'éducation, et de protection. C'est la famille. La destruction de la famille devrait être condamnée.

Le quatrième est un devoir de solidarité.

Celui pour tout citoyen de concourir à la sûreté générale de la Nation. Les modes de concours peuvent être divers et surtout complémentaires. Si des lois ont été édictées en ce sens dans un passé plus guerrier qu'aujourd'hui, il est convenable que cette solidarité due à tous les autres sont gravée dans le marbre constitutionnel.
Il est inadmissible qu'une fraction importante des habitants du pays se déclare hostile à la nation elle-même. Ceux-là n'y ont pas leur place. Du moins devraient-ils s'attendre à ce qu'ils soient privés de leur citoyenneté et des droits qu'y attachent la Déclaration et les lois de protection sociale.


Epilogue
Les penseurs politiques comme Maurras refusaient cette Théologie des Droits. "Il est impossible qu'un animal aussi sensible, aussi triste, aussi vulnérable que l'homme, une fois placé sur l'autel intérieur que lui érige la dogmatique libérale, ne se croie pas, neuf fois sur dix, le créancier de ses semblables et de l'univers, au lieu que le plus misérable est au contraire leur débiteur à l'infini ! Cette illusion de la créance sur la société ne peut être qu'encouragée par l'absurde métaphysique des Droits."

Ne nous disputons pas, la revendication annoncée est certaine. Mais qui oserait en 2006 démonter la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, article par article ? A l'impossible nul n'est tenu, fut-il le roi ! D'ailleurs Louis XVI en avait bien compris l'inéluctabilité. Contentons-nous de la compléter de l'essentiel.

lundi 20 février 2006

La raison et le coeur

un transept de calcaireLe millénaire capétien (1987) et la résurgence du mouvement légitimiste en la distinguée personne du prince Alphonse de Bourbon et de son jeune fils, Louis-Alphonse, rencontra un écho véritable dans la Nation au point que bien des édiles soutenus même par la Présidence, déclarèrent une sincère affection à l'endroit de la tradition capétienne. Cette réaction inattendue des milieux politiques surprit même par son ampleur la "contre-révolution" littéraire, mais conduisit à une exacerbation des antagonismes entre les maisons rivales. Quelle pitié en ces temps propices à la communion ! Au milieu des réactions les moins prévisibles, pour prévenir d'autres avanies, et le schisme définitif, un "pur" se leva des ruines de Fontevraud tel un nouveau Bernard l'Ermite, pour prêcher l'union et la croisade sous toutes bannières. Il aurait dû prévoir une année sans guerre chaque trois ans, comme on le fit au Moyen Âge, d'un jour par semaine sans étripage. Il édicta une charte en forme de protocole de paix des mousquetaires. Les rouges d'Orléans, les blancs d'Anjou, les bleus de Parme, les verts de Deux-Siciles, et puis les jaunes de la Providence, les pourpres de Berry et les noirs du connétable du bout du monde. Le texte en est très beau. Il est dommage qu'il ne s'applique qu'aux troupes et pas aux princes eux-mêmes. Mais a-t'il in petto l'ambition d'y parvenir, l'avenir nous le dira.
Charte de Fontevrault Fidélité-Unité royale
Parce qu'il faut prier comme si tout dépendait de Dieu et agir comme si tout dépendait de nous (Lyautey); Parce que ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous sépare; Parce que le temps passé par les royalistes à se déchirer les uns les autres est du temps gaspillé qui pourrait être mieux consacré. Les signataires de la Charte s'engagent : 1- à rester fidèles au service du prince et de sa descendance qu'ils ont choisi en leur âme et conscience ; 2- à s'abstenir de toute querelle dynastique qui ne saurait qu'être préjudiciable à la restauration monarchique en France ; 3 - à mettre en valeur, au besoin en les suscitant, les actions communes entreprises par tous les royalistes soucieux de l'avenir du trône de France ; Pour ce faire, les signataires présents et à venir de cette Charte se réuniront le plus souvent qu'il leur sera possible au coeur du jardin de la France, à l'ombre de l'abbaye royale de Fontevraud. Lors de cette réunion, d'où toute discussion dynastique sera bannie, nous apprendrons à vivre ensemble et à faire de nos différences des richesses. Il n'y a qu'un seul but, mais il y a plusieurs chemins : Fontevrault est l'image du but unique, nos fidélités différentes mais complémentaires sont les chemins qui nous y conduiront. La Charte de Fontevrault est héritière, au même titre que les autres mouvements royalistes, de la tradition royale, parce que chrétienne, de la Monarchie française. Pour son compte, elle entend assumer, avec une volonté farouche, cet héritage : D'où l'appel qu'elle lance aux royalistes d'avoir, avant toutes choses, à se comporter en chrétiens en mettant en application dans leur vie politique ces deux commandements issus du Pater : a) pardonner les offenses faites par les militants qui servent un autre Prince que le nôtre, b) s'en remettre à Dieu du point de savoir qui doit régner sur le trône de France; Que la Volonté de Dieu soit faite sur le trône comme au Ciel. le 25 août 1988, en l'abbaye royale de Fontevraud Ce sont les engagements 1 et 2 (cf. supra) qui coincent. Que le prince veuille la querelle pour en finir au nom du bien de la France, et le conjuré est parjure. La charte serait d'application si les maisons royales avaient elles-mêmes passé un protocole d'accord sur la préséance du mieux placé au moment d'une imminente restauration/instauration avec quelques règles décidées à froid, à la fois pour juger du meilleur placement, et pour organiser le lendemain afin que ne sourde aucune revanche. On me fait signe que c'est beaucoup demander. Au lieu de quoi, ..., nous en resterons là de nos aigreurs. L'engagement troisième est obligatoire dans ce modèle d'exercice mais incite plutôt à la contemplation. Normal dans une abbaye. On ne peut invoquer que trois principes pour réclamer "la préséance".
Le Doigt de Dieu ; La Loi des Hommes ; La Force du Nombre.
Seule l'absence de choix dynastique dispenserait de passer en revue ces trois principes. Laissons Dieu se gratter le menton du doigt. Il s'interroge dans doute aucun, et son vicaire plus encore qui est maintenant si proche de nous. La Loi a le grand défaut d'être multiple et formée - que nos saints rois me pardonnent - de bric et de broc, tant qu'il suffit de mettre tel aspect ou coutume dans l'ombre et au moment d'avancer tel autre dans la lumière, pour tout changer du résultat. C'est un ouvrage humain. Comme il n'est pas correct de convoquer notre Père céleste trop attentif à fumer ses havanes, à décider pour nous du jour et de l'heure matutinale où son élu doit réchapper d'un duel dans les formes, sur une contre-allée du parc de Saint-Cloud, je ne vois d'autre solution que la préséance par acclamations, nourries par l'enthousiasme. Un contributeur rémanent de l'excellent site de textes Vexilla Regis - cliquez sur ce nom dans la colonne de droite - a dit quelque chose de très juste et un peu ahurissant. Voici la partie "utile" de son texte, qu'il me pardonne de zapper toute la partie "flirt" : "Je ne crois pas que le retour nécessaire de la monarchie puisse se faire ni par la raison, ni par le droit, ni par quoique ce soit de rationnel. Je crois qu'il n'est possible que par le cœur. Le Prince doit séduire, c'est sa seule arme. Il doit séduire ceux qui auront quarante ans dans une ou deux décennies". (Paul Turbier - 9.12.00) Dans la préparation d'un tract pour une commémoration unioniste du 21 janvier en 2006, votre serviteur avait tenté de forcer un texte privilégiant la recherche de l'amour du peuple pour son souverain, dans un paragraphe militant qui aurait pu s'intituler "le roi meilleur bouclier du peuple". La phrase exacte était de mémoire : "un roi, nous aurions au moins quelqu'un à aimer". C'est la souvenance ancienne d'un cri des Halles que mon père avait entendu lors d'une manifestation de l'AF d'avant-guerre et qu'il m'avait transmis. Il traduisait l'élan affectif, irraisonnable, du soutien à la personne du roi. Au cours de l'histoire, il s'est souvent manifesté. Resurrexit ! Ainsi rejoignant M. Turbier, s'il n'a pas changé d'avis depuis, je m'autorise à porter certaine limite à l'influence de la doctrine raisonnée aussi impeccable soit-elle dans sa philosophie, et met sous le boisseau mais sans les brûler, nos chères lois fondamentales, et propose aux princes de CONVAINCRE. Pas nous, archi-convaincus, malades de convictions, au seuil de la frustration. Convaincre les autres. Tous ceux qui ne savent pas mais déjà ne croient plus dans le régime de fous qui descend le toboggan de notre déclin dans la joie et la bonne humeur. Ceux-là, je peux bien sûr leur décliner les avantages de ma monarchie capétienne, ils en conviendront vite, dès qu'ils auront évacué les préjugés les plus courants, mais je n'aurais pénétré que leur esprit. Et l'homme n'est pas fait que de cela; on dirait presque "de moins en moins". Mais si apparaît de temps en temps comme une éclipse, un prince qui leur parle, les comprend, les réconforte et leur passe la certitude qu'il les aime, alors mon intervention mécanique raisonnée sera formidablement "boostée". Ce prince doit aussi, mais pas dès les premières fois, leur montrer l'avenir vers lequel on les conduit, et proposer des axes, voire des solutions, mais dans le souci constant d'une bonne assimilation du message. Alors naîtra l'intérêt, croîtra l'envie de voir, viendra l'enthousiasme, et celui qui l'aura suscité, aura la préséance. Définitivement. Les défis sont assez énormes si l'on est éveillé. Sommes-nous au seuil de quelque bouleversement qui déjà nous dépasse ? Personne ne sait, tout le monde le sent ! Un peu comme les éléphants du Siam qui "entendent" dans leurs pieds le craquement d'un lointain séisme. Si les princes doivent parler, c'est maintenant, tout de suite et plus souvent.

vendredi 17 février 2006

Les Droits (1 à 9)

Les Droits de l’homme sont décriés dans une partie de l’opinion au motif qu’ils n’insistent pas autant que nécessaire sur les Devoirs qui devraient les équilibrer, et pour quelques-uns parce qu’ils font l’impasse sur les Droits divins.

Il est intéressant de les lire à la lumière du Projet monarchique et de dire en quoi ils doivent être ou ne pas être amendés ; les supprimer serait impossible sauf à contrevenir à la charte des Nations Unies, ce qui nous est impossible avec l’unique porte-avions dont nous disposons l’été. Voici les articles 1 à 9 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, acceptés par le roi.

déclaration de 1789
Le préambule qui fonde l’autorité de la jeune Assemblée nationale et constate l’existence de droits naturels inaliénables n’a qu’une valeur historique. Son évocation de l’Etre Suprême a des relents maçonniques qui font aujourd’hui sourire, et plus encore depuis la loi de séparation des églises et de l’état. Les droits n’ont besoin d’aucune béquille, les appuyer sur la constitution ou les opposer aux pouvoirs exécutif et législatif est superfétatoire dès lors qu’ils sont fondamentaux et prédisposés. Pour le sérieux de ce qui suit, il conviendrait de s’en défaire puisqu’il n’est nul besoin d’annoncer les Droits.

Article premier - Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

C’est la seconde phrase qui est un peu énigmatique. Si ce n’est plus la naissance qui fait le rang social, on conçoit qu’il soit préférable de laisser le pouvoir entre les mains de personnes cultivées et formées à cet effet. La porte étant entrouverte au despotisme éclairé des élites, laissons cet article en l’état.

Article 2 - Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression.

L’article 2 légitime toute construction partisane de défense des quatre droits fondamentaux, énumérés précisément. Le corpus législatif est fait pour encadrer ces droits des devoirs réciproques, on y revient plus bas ; laissons cet article en l’état.

Article 3 - Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.

L’article 3 énonce la primauté de la Nation, collectivité indivisible et perpétuelle. Cet article pose le principe de droit public de désignation du titulaire de la souveraineté publique. C’est la démocratie. La conséquence pourrait être qu’aucune personne ne puisse exercer le pouvoir sans avoir été expressément mandatée par la Nation. Ceci souffre déjà d’innombrables exceptions, la plus évidente étant l’indépendance arrogante de la bureaucratie qui a pris le pouvoir en France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour sauver de la déconfiture un Etat autrement livré aux caprices d’un pouvoir exécutif-législatif en pleine débandade.
Cet article devrait donc être « actualisé » afin de bien distinguer l’étage de souveraineté, et ceux de subrogation sans qu’il soit nécessaire de les préciser.

Article 4 - La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui: ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.

Autrement dit, la liberté de chacun s’arrête où celle des autres commence. Des limites sont posées à chacun dans le respect d’autrui. La chose est entendue, même si elle est d’application délicate. Acceptons ces billevesées et conservons l’article.

Article 5 - La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.

Cet article annonce les limites des contraintes que l’on peut légalement imposer aux citoyens. En ce sens c’est L’Article fondateur de la liberté individuelle. Mais il déclasse aussi les us et coutumes et tous interdits traditionnels au rang de curiosités historiques, ce qui n’est pas inutile dans une époque de brassage des traditions qui voit la Nation par endroit subvertie de mœurs allogènes. C’est un bon article.

Article 6 - La loi est l'expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. Tous les citoyens, étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.


On sent dans les trois premières phrases un fumet de démocratie directe qui a dû enchanter nos amis suisses quand le général Brune est venu le leur vendre en 1798 (en fait ils attendront leur constitution de 1848 pour avoir le referendum). A noter que les dispositions de cet article s’adressent au citoyen et pas à l’ensemble de la population. Un citoyen est déjà à jour de ses impôts. Il en faudrait peu pour que l’article devienne répressif. Par ailleurs si l’on veut bien considérer que la démocratie directe est le régime le plus juste et honnête dans les circonscriptions de conscience du citoyen, cet article est d’application obligatoire à ce niveau de choix politique. L’accès universel aux emplois et dignités n’est pas nouveau, même si les guérillas républicaines conduisent à la construction de réseaux en tous genre qui édictent leurs propres règles de succession, en infraction avec le principe énoncé. L’article doit être de complète application.

Article 7 - Nul homme ne peut être accusé, arrêté ou détenu que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu'elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires doivent être punis; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la loi doit obéir à l'instant; il se rend coupable par la résistance.

L’article annonce un code pénal et un code d’écrou. On aperçoit déjà quelques devoirs du citoyen, le moindre n’étant pas d’obtempérer. L’article par les « ordres arbitraires » condamne aussi les services privés de police à compétence publique, les polices parallèles, les milices, comme on les voit foisonner par moment pour s’éteindre au premier scandale sanglant. Cet article est conservé. C’est le code pénal qu’il faut lire.

Article 8 - La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée.


Cet article vise l’utilité sociale et la proportionnalité des peines. Il vise aussi les juges et leurs convictions ; aussi intimes et sûres soient-elles, elles ne peuvent justifier de condamnations autres que celles prévues dans les textes. C’est un bon article.

Article 9 - Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.

Ici on fonde le principe de la présomption d’innocence. La détention préventive n’est pas un châtiment arbitraire et anticipé comme l’exige trop souvent la vindicte publique. Il est à notre sens dommage que l’Habeas Corpus ne puisse carrément remplacer cet article.

Nous reviendrons plus tard sur les articles 10 à 17 qui peuvent être considérés comme les principes fondamentaux.

(à suivre)

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