samedi 14 octobre 2006

Kuehnelt-Leddihn

KLCatholique autrichien convaincu de la supériorité en toute choses de la monarchie, le professeur Erik von Kuehnelt-Leddihn passera la première moitié de sa carrière aux Etats-Unis et la seconde au Tyrol. Anti-démocrate fervent et distingué, il annonçait la couleur dès le début de sa veine politique en publiant en 1943 La menace du troupeau.
Sur le tard, il livrait encore en 1990, La gauche revisitée, de Sade et Marx à Hitler et Pol Pot, deuxième édition où il remplaçait Marcuse par le chef des Khmers Rouges.
Mais la bible Kuehnelt fut son Liberté ou Egalité de 1952. Il y oppose démocratie et monarchie en déployant un argumentaire impeccable sur la supériorité de la seconde. La monarchie n'est pas fondée sur le régime de la dispute des partis qui provoque les affrontements par décompte de nombres décrétés tous égaux et classés par opinions, ce qui ruine le foisonnement de la diversité sociale, mais elle s'emboîte génétiquement dans la matrice familiale et ecclésiale de la société chrétienne. A l'opposé de la forfaiture démocratique qui au prétexte de La Liberté bride les libertés ou les supprime, le gouvernement monarchique fabrique de la liberté par essence.

"The relationship between the King as 'father of the fatherland' and the people is one of mutual love".

Erudit, le bonhomme parlait six ou sept langues et en lisait bien plus. Il fut même professeur de japonais à l'université américaine Fordham. Il s'éteignit le 26 mai 1999, dans sa quatrevingt-dixième année. Sa bio est passionnante.

Nous présentons aujourd'hui Guerre et Monarchie, un opuscule moins connu qui nous a été suggéré par un forumeur de Vive Le Roy. On peut en cliquant là télécharger l'ouvrage, par courtoisie du Ludwig von Mises Institute d'Alabama.

Le chapeau de ce long article saisit déjà par sa fulgurance. Jaillie de Socrate, la bille du flipper rebondit sur la démocratie pervertie des Grecs, pour faire un tour complet de la Rome antique entre César et Dioclétien, et finir par l'évolution naturelle de la république de Weimar en tyrannie nazie.
Même un théoricien aussi soupçonneux que Theodor Herzl considérait la démocratie comme le plus vil des régimes pour la nouvelle Sion. Ceci dit, on entre dans le vif du sujet démocratique par ... le marquis de Sade.
Fin de l'apnée.

Les Lumières mettent le feu à la Montagne des charlatans, et l'escroquerie intellectuelle qui associe liberté et égalité, principes antinomiques, débouchera sur le règne de la seconde ; on approche de l'uniformité obligatoire, sameness dit l'auteur. Dans le même mouvement, la dictature de la majorité devient celle du nombre, qui va tendre naturellement sur l'unanimité (de façade au moins), au seuil largement franchi par la Terreur, du totalitarisme. Et la guerre dans tout ça ?

La guerre moderne découle de cela en ce que la Révolution française a inventé la Levée en Masse, prédisposant aux massacres de masse. Le mirage de la Horde d'Or renaissait, on allait étendre à l'ensemble de la Nation la solidarité de la tribu et pour ce faire, égaliser les consciences, former à la technique, endoctriner à la haine. On passait de l'armée de métier, formée de gentilshommes, vaillants manants, joueurs ruinés et parfois bandits en fuite, tous d'accord pour en découdre pour la solde, aux armées de conscription, formées de matricules combattant selon le règlement.

Les monarchies voisines de la Révolution furent submergées par les masses automatiques françaises brillament déployées par Bonaparte, et durent se résoudre pour survivre à accroître la ressource dans des modèles similaires. En réagissant ainsi, on lançait par toute l'Europe le militarisme qui en moins de deux siècles allait la dévaster. Les monarques eux-mêmes prirent la pose dans un uniforme militaire !

Mais le plus grave pour les nationalités européennes fut sans doute l'endoctrinement généralisé du soldat à la haine, ciment à prise rapide des unités de combat. La guerre de territoires devint rapidement un affrontement idéologique. Les deux guerres mondiales furent vendues aux peuples de l'Ouest comme la lutte du Bien contre le Mal, le bien étant indiscutablement la démocratie. C'est en conséquence de quoi les monarchies vaincues furent aussitôt abattues et dépecées. Quatre empires furent effondrés, le prussien, le russe, l'austro-hongrois et l'ottoman. Avait-on enfin imposé la paix perpétuelle au sous-continent ? La revanche des peuples centraux humiliés et abandonnés à la démagogie, allait être terrible.

Versailles et ses traités démocratiques semaient les germes d'une confrontation certaine en Europe, et Eric von Kuehnelt-Leddihn le montre parfaitement dans un de ses raccourcis dont il a le don.
"La destruction de l'empire des Habsbourg fit de l'Allemagne le vainqueur géopolitique de la Grande Guerre. N'ayant plus à ses frontières qu'une seule grande puissance, la France, elle allait vite comprendre que ses voisins de l'Est et du Sud étaient devenus des Etats en partie artificiels, en partie indéfendables militairement. Il serait bientôt temps d'en prendre l'avantage !"

Le pire résultat des guerres démocratiques modernes est leur incapacité à se terminer par un traité de paix permettant de repartir sur un protocole de confiance. Les haines populaires ne s'éteignent pas facilement, alors que la raison prend facilement son avantage dans les maisons dynastiques, la plupart du temps internationales. On y mesure de combien l'histoire a avancé à la fin du conflit et à quel prix pour la Nation. Les termes de la paix sont faits pour être acceptables par toutes les parties, et surtout pour protéger l'avenir.

En revanche, le peuple vainqueur et "souverain" veut toucher tout de suite les dividendes de sa victoire, le vaincu mûrit sa haine plus encore. Le fossé s'élargit. L'impossibilité d'un accord "populaire" conduit ...... à l'armistice. On est bien loin des traités de liquidation du Premier empire français qui se fit entre gens de bonne compagnie et affecta peu le territoire national. De nos jours on ne compte plus dans le monde "démocratisé" les lignes d'armistice à feu couvert.

La démocratie ou le démocratisme, découle d'une idéologie gnostique qui veut sauver le monde. Jusqu'en Irak ! La monarchie a une approche familiale des questions nationales. La famille est quelque chose de naturel, qui n'a besoin d'aucune impulsion philosophique, ne crée aucune religion séculière. Les intellectuels peuvent même la juger inférieure car trop simple.

Il faut lire Eric von Kuehnelt-Leddhin. Nous avons omis certains chapitres ; dont celui qui traite du dédain avec lequel les Alliés entreprirent d'écraser sous les bombes de la Seconde Guerre mondiale toute la culture continentale au motif d'éradiquer le Mal. Mais laissons-lui la conclusion (p.38) :

"Les guerres sont indésirables en toutes circonstances. La solution idéale serait un conseil de monarques chrétiens qui contrôlerait le Globe, ayant pris conscience que du fait des progrès technologiques, chimiques, physiques et biologiques, les guerres ont acquis un caractère suicidaire. Elles menacent la survie de tout le genre humain, bien qu'il n'ait aucun dénominateur spirituel commun. Non plus que les Nations Unies ou l'Union européenne d'ailleurs ! En ce qui concerne l'U.E., elle ne peut se vanter que d'un désir économique commun à devenir plus "prospère", voire d'une défense commune contre ses ennemis extérieurs. En cela elle pourrait porter sur ses armes l'image d'un porc-épic bien gras, une bête plutôt en sécurité dans son environnement naturel, mais sans doute pas un symbole convenable pour L'Europe."

jeudi 12 octobre 2006

Socialisme royal


logo ASC

Le premier numéro de l’ASC, Action sociale corporative, vient de sortir sur un site dédié à la réflexion sociale d’Action Française. C’est un bimestriel pour commencer.
On peut télécharger le document PDF et le lire à l’écran ou l’imprimer. Il fait 1,1 mégaoctets.

Socialisme royal c’est peut-être vite dit. Loin du prêt-à-porter matérialiste épuisée, c’est de corporatisme qu’il s’agit, au sens privilégié par l’empirisme organisateur des pères de l’Action Française. Et oui, ça vient de sortir, ça n'arrête pas d'être nouveau, même si on n'en a pas encore parlé à la télé !

Qu’y trouve-t-on ?

Sous une citation de La Tour du Pin «Le travail n’a pas pour but la production de richesses mais la sustentation de l’homme » et un chapeau de Firmin Bacconnier définissant le royalisme social il y a presque cent ans, la première livraison a l’ambition de faire découvrir les bienfaits du corporatisme à travers la critique des systèmes idéologiques courants qui se disputent l’ouvrier !

Le premier article, signé Jean-Philippe Chauvin, remet l’économie au service des hommes et milite pour l’ingérence du Politique dans la loi du marché. Le phénomène le plus grave étant actuellement la carence quasi-totale des états dans la maîtrise de la Globalisation, le rédacteur insiste sur la pertinence du périmètre national pour fonder une confrontation pugnace contre le capitalisme effréné qui piétine tout. La Nation nous dit-il, est la première protection sociale et le plus vaste des cercles communautaires à mesure humaine et historique, qui offre des solidarités fortes en son espace souverain au-delà de la diversité professionnelle ou culturelle qui la compose.

Est-ce l’espace adapté aux réalités de l’heure ? Peut-être, mais il faudra le prouver dans un billet complémentaire.
Pour le moment le Politique semblerait plutôt à côté de la plaque en ce qui concerne la globalisation. Avec un peu de recul on s’aperçoit que la compétition économique mondiale privilégie les acteurs émergents aussi, autant que les vieilles puissances industrielles se maintiennent sur des positions très disputées pour des motifs louables certes, mais qui engloutissent le disponible exigé par les secteurs de pointe et l’innovation, qui resteront longtemps les seules vraies chances de survie de nos nations. Le Politique est donc convoqué à exprimer d’abord devant le peuple certaines vérités qui fâchent pour convaincre la Nation d’investir massivement sur le futur au lieu de reculer pied à pied en attendant une impossible embellie. Seul un pouvoir pérenne est capable de convaincre car il sera plus crédible s’il invoque les atouts laissés ce faisant à nos enfants.


Le second article est de Stéphane Blanchonnet. Il disqualifie le Parti Socialiste pour résoudre la question sociale française. Le rappel historique de la vocation internationale des socialistes se heurte tout de même au désenchantement actuel des militants qui brûlent ce que leurs cadres avaient adoré, à peine d’en avoir jamais vu les fruits. Le code du travail international socialiste a le même avenir en dehors de nos frontières que le modèle social français. Invendables!

Ainsi la crispation nationaliste actuelle du PS consécutive au refus de la Constitution européenne Giscard, est-elle naturelle en période électorale, et faute d’arguments, la défense du faible et de l’opprimé est passée aux mains de la Gauche sinistre qui fera illusion longtemps encore sur des slogans éculés. Je crois que le PS n’était pas à proprement parler la bonne cible ; l’ouvrier ne les écoute plus. La clientèle du parti est complètement renouvelée.


Un troisième article nous parle de l’économie sociale en coopérative. Il est signé Philippe Kaminski. C’est l’expert. Il choisit pour conduire le lecteur le ton de l’Encyclopédie et ça passe très bien. On démarre à l’adjectif « coopératif » selon Bescherelle aîné pour en arriver bientôt à la première « société de coopération », les Pionniers Equitables de Rochdale, firme anglaise fondée en 1845. Ce fut un succès financier retentissant, et nous aurions aimé que M. Kaminski délaye un peu le face-à-face actionnaire-consommateur au sein de la société.
Le second modèle est allemand, une société de crédit mutuel, en vrai ! Le succès fut également au rendez-vous puisqu’en 1882 on comptait déjà 1875 sociétés de ce type. Le modèle coopératif foisonna dans tous les domaines et déborda largement jusqu’au Etats-Unis. En France il fallut attendre 1848 pour que l’idée soit à la mode. Ce mouvement a de beaux restes. Il faut lire l’article.

En décembre paraîtra le deuxième bulletin de l’Action Sociale Corporative par les mêmes voies. Nous sommes impatient de voir le volet social renforcé dans la doctrine royaliste. Il y manquait un peu malgré les germes semés par des revues de qualité comme le Lys Rouge.
D’autres d’ailleurs sont tout autant impatients, qui posent déjà la question de transformer le bel essai de la première livraison en fondant un syndicat ASC.

Ils vont pulvériser les faux frères du prolétariat agrippés à la mangeoire publique, puisque le corporatisme s’autofinance naturellement !

Monarchie populaire ?
L’ASC est plein cadre. Bravo !

fusain au marteau-piqueur



Un site corporatiste récent à visiter dans la même veine que l'ASC :
La croix, les lys et la peine des hommes.

mardi 10 octobre 2006

Invalides, chaise vide

église des Invalides
Le 24 septembre 2006 était célébré le 300e anniversaire de la consécration de l’église Saint-Louis des Invalides sous la présidence du chef d'Etat-major de l'Armée de terre, l'office étant célébré par Mgr Le Gal devant une assistance nombreuse et recueillie.

Reportage complet des Manants du Roy en cliquant ici

Chacun a noté l'absence très visible de la Maison de France, malgré invitations relancées comme le souligne Portemont dans son article.

Si quelque chose n'est pas net au royaume de Danemark selon Marcellus, il semblerait que chez son alter ego nec pluribus impar on soit retombé en enfance, à se demander ce qu'en penserait le maître d'oeuvre original s'il nous regardait de là-haut, lui qui est à l'origine de la grande division de sa Maison.
Les relations entre les branches les plus affichées de la dynastie des Bourbon participent du jeu de cache-cache sur le manège enfantin où l'on se dissimule à l'autre dans la diagonale du pilier central. On n'observe que ce qui dépasse devant ou qui traîne derrière sans jamais voir complètement le camarade. L'un s'avance et jette un regard en coin, l'autre recule la tête, on ne lui voit plus que les pieds. Mais tout le monde tourne à la même vitesse !

Personne n'aime faire la liste des gracieusetés échangées au motif qu'elle bénéficie aux adversaires de la Cause. Partisan de Dagobert III, à défaut, de Childéric IV, je m'y autorise en doublant quand même la paire de gants, avec l'espoir secret que le ridicule finira par tuer le procès permanent des uns aux autres.

On peut s'agacer du retour d'affection de l'aîné des Bourbon d'Espagne pour le trône de France quand il se sut défavorisé en Espagne. Mais cet intérêt subit pour des espérances bien plus virtuelles que celles abandonnées au moment, aurait pu être considéré ici avec humour. L'humour est un levier puissant. Au lieu de quoi nous vîmes la branche résidente (d'autres la nomment cadette) courir les "lits de justice" pour s'enregistrer Bourbon, dénier des titres anciens à nul effet, et pour finir, singer les excès des aînés en courant aux ducatures de courtoisie jamais ou déjà portées, puis aux capes des ordres chevaleresques, afin de se faire pièce réciproquement.

Il nous serait utile qu'une petite association du Protocole et des Sceaux se mêle de certaines choses, limite le poids des enjoliveurs, et freine les emportements de nos princes aimés, qui dans le registre "m'as-tu vu" commencent à dériver un peu vers la roture parvenue. Ceci nous éviterait ici les adoubements tchèques de chevaliers de fantaisie d'un Ordre éteint - il suffisait de téléphoner au Vatican pour prévenir les fou-rires - ; là, l'entrée à l'office nuptial du fiancé chamarré comme à Dysneyland, au bras de sa maman dont le sépare sa propre épée. Elémentaire et pourtant le détail est significatif d'une rupture dans l'instruction - ce qui est grave dans le système monarchique ; plus encore, nul dans l'organisation ne lui demanda de permuter. Glissons.

Les royalistes souffrent de cette dispute dynastique quand ils ne s'y épuisent pas. Les branches concurrentes sont de la même grande famille et nous souhaiterions qu'à leur niveau il soit possible de faire mentir l'adage qui veut que l'on ne se chamaille bien que chez soi. Alors messeigneurs, rajoutez, de grâce, un soupçon de modestie à votre naturelle élégance et partagez un instant nos doutes.
L'un "prétend", l'autre "est", un troisième y "pense", un quatrième se "sacrifierait", selon la lecture que chacun soutient des lois fondamentales d'un royaume disparu corps et biens il y a deux siècles. L'histoire ne nous donne aucune indication sur la meilleure façon de réparer une rupture de régime aussi longue, et d'aucuns se disent in petto qu'une dynastie battue trois fois en soixante ans et plus encore si on amalgame toutes ses branches, se grandirait peut-être dans la sérénité de son Aventin. Si ce n'est pas diable possible, embrassons-nous Folleville et gardons le sourire car nous sommes filmés.

Oui, filmés, depuis que des partisans du roi mouillent leur chemise pour remettre le régime monarchique en selle, tout au moins le réacclimater au départ dans l'esprit des gens de ce pays, en attendant de pouvoir le populariser avec les moyens nécessaires.
Que l'attitude de tous, et celle des militants de terrain d'abord, prenne en compte la difficulté de cette démarche de notoriété d'une cause oubliée, perdue, voire incongrue. Ce qui ont la fibre du débat de conviction savent combien il est difficile de discuter sérieusement de royauté dans la France d'aujourd'hui. Or le peuple dont l'attention peut être captée par certaines manifestations, est convoqué à ce débat. En exergue de la couverture des Epées on lit que "Le droit du prince naît du besoin du peuple". Il est permis de penser qu'il soit appelé à méditer cette maxime un jour ou l'autre, si l'aventure d'une accession royale se précisait. Au moins pour le prier de rendre la souveraineté que la Nation lui a confiée plusieurs fois dans l'histoire moderne.
Epargnons ceux qui s'y collent en surveillant l'impact médiatique de notre affichage, nos absences ici, nos présences là, nos déclarations ici, etc.

Nous privilégions l'institution monarchique parce que nous sommes convaincus que ce régime est supérieur à tous autres pour continuer notre Nation dans le peloton de tête des nations tout en préservant le Bien commun. Le prince en est la cheville ouvrière, la clef de voûte, la cerise sur le gâteau, mais tous ses termes présupposent ici l'essieu, là la voûte, ici le gâteau. C'est la pérennisation de l'institution qui compte pour ce pays plus que la perpétuation d'une dynastie. En soi, le prétendant n'est pas une condition préalable ou dirimante, mais le roi si ! Même si l'institution est construite et réglée pour passer en douceur sur les cahots d'un règne "sous la moyenne".

Les qualités propres au souverain faciliteront ou freineront le gouvernement du pays dans les domaines essentiels qui relèveront de sa compétence, et il est à souhaiter que le premier revenu montre des aptitudes à l'excellence pour convaincre et régner naturellement. Mais le principe doit se suffire à lui-même et laisser passer les rois, sinon à quoi bon ?
Cherchons, disent certains, le leader exceptionnel et charismatique qui va arracher le pays au déclin et restons en là ! Gallois, Lauvergeon, Blanc, Royal ?

Nous, nous voulons une monarchie fédérative, populaire et successible qui dure sur son axe.
Le roi sait faire. C'est prouvé ! Mais le principe d'abord !

mercredi 4 octobre 2006

Mixité des régimes politiques

Dans son excellent blogue de campagne, le candidat aux présidentielles Yves Marie Adeline pose la redoutable question du "régime mixte".

« Les trois formes (de gouvernement) monarchie, aristocratie et démocratie, les Grecs les appelaient "les formes pures". A chacune de ces formes correspondait une "forme corrompue" : respectivement, tyrannie, oligarchie et démagogie. Ils estimaient que si l’une de ces formes était laissée sans contrepouvoir, elle dégénérait immanquablement vers sa forme corrompue.
La solution qu’ils préconisaient consistait à mettre ensemble les trois formes, de sorte que chacune donne le meilleur d’elle-même, et que le poids des deux autres empêche le pire d’en sortir. C’est le principe du “régime mixte”. »


L'histoire nous montre que tous les régimes même les plus démocratiques, créent leur "aristocratie", plus ou moins dérivée du modèle antique. Dans le même temps elle nous apprend que la confrontation des ambitions de ces deux pôles du pouvoir réel, monarchie/aristocratie, est fréquente et moins équilibrante que ne le disent les grimoires, et quelquefois fatale au deux.

En situation de puissance, les pouvoirs concurrents se corrompent dans la capture réciproque de l'espace nécessaire à l'exercice de leur droit ; sans qu'il soit nécessaire qu'ils soient en situation de monopole. La destruction du Moyen Age est un exemple :

Le Moyen Age, le mal jugé, fut peut-être le seul temps où les principes sociaux naturels apportés par les Barbares ruraux dans l'empire citadin romain vécurent en équilibre avec les principes quasiment antagonistes proclamés par l'Eglise catholique ascendante. La symétrie des pyramides fut la tentative d'organisation et de cohabitation la plus remarquable qui renouvela la face de l'Occident.
La morale des envahisseurs était fondée sur l'amour des champs et l'indépendance de l'homme. Ils conquirent une civilisation fondée sur la ville et la collectivisation des moeurs, et conservèrent le pouvoir essentiel hors d'elle tant ils s'en méfiaient. Le réflexe anti-cité perdure au sein des vieilles familles féodales françaises.

Hélas l'Eglise ayant conquis tout son espace, voulut asservir les âmes, et le message évangélique muta en une effroyable tyrannie qui décima par fatwa des populations entières comme on le raconte de la croisade des Albigeois.

Le roi affirma son despotisme qu’il jugeait éclairé. Arbitrant entre les ambitions de deux autres pouvoirs selon les forces respectives en présence, il devint un politique oublieux de sa fonction christique aussi vite que l'Eglise se mêlait du siècle. Il aurait dû suffire qu'il parlât pour régler son royaume. Mais le charme était usurpé depuis Pépin le Bref.

La bourgeoisie toujours à marée montante, et sa fraction anoblie, fermentèrent dans l'accaparement fébrile des signes de leur influence et furent incapables de transmettre la liberté qui les avait fait éclore. Elles réglèrent le champ civique par des codes minutieux qui enserraient l'individu dans une norme, et qui pis est, le présumaient pêcheur ou coupable.

Sous les coups d'une royauté jalouse poursuivant un projet hégémonique, d’une bourgeoise cupide avançant "le nez dans le guidon", et d’une sécularisation du champ d’action des prêtres qui propagea des vertus artificielles à l'espèce, le Moyen Age passa de l'adolescence à la décrépitude sans atteindre ses promesses.
Seule la vieille noblesse d'épée tint parole.

La dynastie qui liquida l'héritage fut certainement horrifiée de la queue de trajectoire de son projet. Comme le dit si bien en son temps le sage de Massanne, " les Capétiens accomplirent l'oeuvre de destruction du Moyen Age lentement, patiemment, quelquefois à regret ; sortis des entrailles de la Féodalité, un pressentiment secret leur disait que cette oeuvre était un suicide. 1789 se chargea de le leur prouver".
Les réparations qui suivirent le séisme révolutionnaire ne pouvaient rebâtir un édifice aussi patiemment ruiné par les pouvoirs précédents surtout en les confiant aux mêmes. Les portes s'ouvrirent en grand sur la ruée démocratique. "La démocratie c'est l'envie". Nous le mesurons quotidiennement. Des trois pouvoirs le plus neuf et le plus ardent à s'imposer, s'avère aujourd'hui le plus corrompu. CQFD. Il va s'effondrer à son tour.

Comment retrouver cette harmonie perdue sans se laisser dévorer par l'avatar le plus courant de la démocratie, la démagogie qui fait rage ? En privilégiant dès le départ UN pouvoir suprême. N'écimons pas la pointe de la pyramide pour en élargir le siège à des concurrents.
L’Eglise ayant disparu corps et biens de l’épure, grâce à Dieu sans doute ; l’aristocratie en situation d'émigration intérieure devant être broyée par la roue de notre déclin ; il ne restera que le roi.

Dagobert le second



A condition qu'il soit indiscuté ce roi, dans ses pouvoirs strictement essentiels et qu'il laisse la bride sur le cou aux pouvoirs subalternes dont la dispute sera organisée par une charte. On atteint là à la définition indispensable des pouvoirs régaliens qui doivent être à la fois peu nombreux et jamais partagés. Pour les écrouelles ...... on verra plus tard.

Dans une autre livraison nous aurons peut-être l'occasion - en réponse à M. Adeline ? - d'énoncer les pouvoirs régaliens dévolus au roi, qui sont nécessaires à la perpétuation de notre Nation.

jeudi 28 septembre 2006

Qui gouverne en démocratie ?

Un forumeur du Renouveau Français (ça vient de sortir, je crois) passait cette semaine le message ci-dessous chez Vive Le Roy.

"Une pub' du Gouvernement a attiré mon attention tout à l'heure en écoutant les infos. C'est celle dans laquelle une charmante dame demande à ce que les citoyens fassent appliquer la loi sur le handicap, favorisant une plus grande accessibilité.
C'est un très louable projet, mais également un signe patent de l'incapacité du régime à faire appliquer une loi ! Les citoyens élisent des représentants, leur déléguant des pouvoirs, et ces mêmes représentants chargent les citoyens de faire un boulot qu'ils leur ont délégué...."


Il est donc temps de mettre sur la nappe le pâté d'alouette-au-cheval de la démocratie française qui comme on le comprend, fonctionne avec un zeste de démocratie représentative dans un océan de démocratie populaire. Les pères de la démocratie lumineuse du XVIIIè doutant que le peuple réunisse ses intérêts particuliers en intérêt général, se sont échinés à construire une démocratie à étages, privilégiant justice et raison. Las ! Le gouvernement doit en appeler à la rue pour faire appliquer les lois promulguées par lui-même. A chacun son tour, l'Opposition en appelle aussi à la rue pour contrer les mesures gouvernementales qu'elle ne peut combattre au parlement. Légalité, légitimité sont devenus chez nous des mots creux. Le peuple est souverain. Manifeste-t-il un comportement de lemmings ? Qu'importe ! il est souverain !

modèle de bouffonA quoi servent dès lors les parlements, chambre de débat ici, de réflexion là, et de choix politiques toujours ? A rien ou peu de choses, nous diraient les Suisses qui lui confient le goudronnage de routes, l'encaustiquage des planchers de la confédération ou le graissage des téléskis, mais jamais rien d'essentiel. Les députés s'occupent ce matin de la castration des molosses.
Dès que l'on fait dans le sérieux, l'Helvète choisit lui-même. C'est la démocratie directe !
Il vient de saisir le taureau par les c...... cornes pour tempérer le tsunami migratoire, en se payant à l'unanimité des cantons, deux lois populaires simples d'application. En énoncer les termes ne dévoile aucun génie politique sauf celui d'une mise en application aisée, ce qui manque le plus à nos cabinets énarchiques.

Du pays, qui en mille ans d'histoire a inventé le chocolat et le coucou, on pouvait attendre une thèse sur la fraternité universelle régulée par les places libres à la cantine nationale. C'est exactement ça :
Grosso modo la loi sur les étrangers fait la différence entre européens et non européens et durcit les possibilités de regroupement familial pour ces derniers ; elle scrute les mariages mixtes, limite l'entrée des «cerveaux» extra-européens, et simplifie les contraintes à l'expulsion des récalcitrants par leur détention.

La seconde loi traite des requérants d'asile. L'administration devient inaccessible aux personnes démunies de pièces d'identité (élémentaire, mon cher Watson), et elle est autorisée à prendre langue avec le pays d'origine des immigrants. L'aide sociale est coupée aux personnes dont l'entrée sur le territoire a été refusée par les autorités. C'est du brutal.
Le peuple le plus confiné d'Europe a oublié un peu vite que son confort est aussi le fruit du travail de petites mains dociles venues d'ailleurs, sans parler des mandats Western Union que les gardes pontificaux adressent à leurs familles chaque mois !

La loi suisse d'asile n'est pas "eurocompatible" déclare Bruxelles, mais comme la Confédération ne fait pas partie de l'Union, elle a le droit de n'en faire qu'à sa tête ! La leçon populaire helvétique est-elle transposable en France ? A priori non. C'est un pays riche, enclavé et bien défendu, capable d'assouplir ses moeurs pour profiter du grand marché européen, jusqu'à la limite non franchie de son "helvécité". La Suisse nous montre comment pourrait réagir chaque pays européen au sein d'une confédération des nations. Finalement nous ne profiterons pas de l'exemple, l'Etat jacobin européen est lancé sur ses rails et a acquis sa vitesse propre. Il remet une constitution sur le métier (il a droit à 99 fois !), et vient d'agréger la Roumanie et la Bulgarie à l'escadre, ce qui ajoute un peu au camp des mendiants et diminue celui des clandestins.

Mais le sujet était la démocratie populaire.
Le virus est profondément incrusté dans les cellules politiques, quelque soit le bord. A gauche Ségolène Royal crée un programme présidentiel par osmose des avis de blogueurs sur son site dédié à la campagne. Les élus verts revendiquent la légitimité des saccages anti-OGM par la désobéissance civique. A droite, le ministre-candidat Iznogoud réfute les critiques sur la séparation constitutionnelle des pouvoirs par l'assentiment tacite à son égard qu'il a décelé chez les Français. Et c'est donc très normalement que l'Etat en appelle au peuple pour faire plier les élus sur les rampes publiques où pourront rouler les décapotables des handicapés. C'est une définition du contre-emploi en politique.

Non content de partager la Nation entre adversaires plus ou moins irréconciliables même dans les décisions de bon sens, la démocratie représentative d'étage national avoue que sa légitimité est entamée par l'exercice de la démocratie spontanée, et que finalement tout cela doit se régler en conciliabules d'arrières-salles comme on l'a vu pour le défunt Contrat Pour l'Emploi. Plus récemment les exagérations parlementaires (137000 amendements sur GDF-Suez) ont été réglés non par une quelconque procédure de sauvegarde du sérieux de l'institution, mais par tractations personnelles entre le président de l'Assemblée nationale et le chef du groupe socialiste qui finit par mesurer le discrédit politique qu'il avait déclenché dans l'opinion.
Finalement a-t-on besoin de deux démocraties concurrentes ? La représentative et la populaire ? Le Suisses ont répondu à leur manière en hiérarchisant par l'usage les domaines de compétence. A nous d'en faire autant mais pas forcément de même, en privilégiant la démocratie locale qui est complètement confisquée au-delà des municipalités, et en divisant l'étage national entre un exécutif de pouvoirs régaliens limités et complets comme en dispose la coutume de la Vè République, et un parlement dédié aux conseils, voeux, remontrances et approbation périodique de la charge fiscale. On y verrait plus clair.

Il faut une règle du jeu d'acception générale entre les acteurs politiques et la Nation. Sinon l'Etat sonne creux.

jeudi 21 septembre 2006

Cours de coup

Dans l'ordre d'entrée en scène ...
Thaksin Shinawatra, premier ministre issu du parti berlusconien "Les Thaïs aiment les Thaïs"
Sonthi Boonyaratglin, général musulman commandant l'armée de terre, nommé par le palais.
Bhumibol Adulyadej, roi septuagénaire de Siam, à poste depuis 60 ans.

L'environnement ......

Le chef du gouvernement, un milliardaire convaincu d'affairisme et de népotisme, a décuplé le mécontentement général en vendant pour 1,9 milliard de dollars son empire dans la téléphonie mobile à Singapour sans payer de taxes en Thaïlande. Après des élections anticipées, en avril, si frauduleuses qu'elles durent être invalidées, l'oligarchie se cramponnait. Les manifestations réclamant son départ se succédaient quotidiennement.
En réponse aux désordres fomentés dans le sud du pays par l'irrédentisme islamique, le roi Bhumibol, contre l'avis du premier ministre, avait nommé un général musulman à la terre de l'armée de terre, pour se donner les meilleures chances de réduire la rébellion.
Malgré une croissance de 5% le spectacle de l'oligarchie arrogante développait les frustrations de tous ordres et la société thaïlandaise était devenue instable. La fenêtre d'opportunité était brève : le premier ministre Thaksin Shinawatra partit parader à l'Assemblée générale de l'ONU. Qui va à la chasse ...

Le Déroulé ......
(courtoisie du quotidien The Nation de Bangkok )

Mardi 19
08:00 Thaksin Shinawatra depuis New York convoque une téléconférence avec tous les chefs militaires à Government House Aucun ne se déplace !
Le général Sonthi Boonyaratkarin, chef de l'armée de terre, déclare que la convocation est précipitée. La rumeur court la capitale qu'un coup d'état se prépare.
12:00 Après avoir terminé la téléconférence sur webcams avec Thaksin, plusieurs membres du gouvernement interrogent les journalistes sur la réalité de la rumeur qui les a atteint eux aussi.
18:30 Les Forces spéciales de l'armée de terre font mouvement depuis Lopburi et entrent dans Bangkok. Le général Prem Tinnasulalonda, président du Conseil Privé, sollicite une audience auprès de SM le roi, au motif officiel d'une cérémonie de récompense pour un certain Bau Kittiyakala.
18:55 La Thai News Agency rapporte que Thaksin reviendra à Bangkok ce jeudi au lieu de vendredi.
20:00 191 policiers reçoivent des fusils d'assaut M16 en préparation d'une mission anti-émeute.
21:00 Les Forces spéciales précitées arrivent au quartier général de l'armée de terre à Bangkok. Des internautes postent des messages sur pantip.com demandant s'il y a un coup d'état (ils en ont eu 17 en 70 ans).
21:10 Le camion de la chaîne TV Channel 5 qui appartient à l'armée, arrive au quartier général de Bangkok.
21:30 TV Channel 5 annule ses programmes et diffuse des chants patriotiques monarchistes. Les journalistes encore à Government House disent que la situation est normale mais des bruits courent que le vice premier ministre Chidchai Vanasatit et le ministre-général de la défense Thammarak Isarangkun ont été placés en garde à vue. Au même moment on apprend que Panthongthae, le fils de Thaksin, a quitté la Thaïlande pour la Grande Bretagne.
21:40 Un commando de la police arrive à Baan Chansongra, la résidence de Thaksin.
22:00 Les chars de l'armée prennent position à Bangkok sur le pont Makkawan Rangsan Bridge et sur l'avenue Rajdamnern Ave.
22:10 CNN rapporte la situation à Bangkok.
22:20 Thaksin déclare l'état d'urgence au téléphone depuis New York. Il délivre aussi deux ordres, l'un transférant Sondhi de son poste de chef de l'armée de terre au cabinet du premier ministre, l'autre nommant le général Rungroj Mahasaranond chargé de crise d'ordre et pour compte.
23:00 Le Conseil de la réforme gouvernementale (Administrative Reform Council = ARC) livre une première déclaration sur le réseau télévisé, annonçant que les forces armées et la police nationale ont pacifiquement pris le contrôle de Bangkok et des zones adjacentes. Des soldats investissent l'immeuble Shinawatra Building de la télévision iTV ainsi que la résidence de Thaksin.
23:15 Des soldats établissent une barricade d'acier sur Sri Ayudha road et sur Rajdamnoen road.
23:50 L'ARC délivre une deuxième déclaration (il y en aura 13) expliquant les raisons du coup d'état, en citant la désunion nationale et la corruption omniprésente. L'ARC déclare avoir prévu de rendre le pouvoir au peuple rapidement.

Mercredi 20
00:39 L'ARC délivre une troisième déclaration annulant la constitution, le cabinet des Sceaux et la cour constitutionnelle.
01:24 L'ARC délivre sa quatrième déclaration disant qu'en l'absence de premier ministre, le pouvoir passe au chef de l'ARC. La déclaration prévoit que là où il n'y a plus de ministre ce sont les secrétaires permanents qui prennent en charge leurs ministères respectifs.
08:00 Le porte-parole de l'ARC annonce que le général Sonthi fera une déclaration à la télévision à 9 heures. Il annonce aussi que les stations de télévision peuvent reprendre leurs programmes normaux mais la plupart continuent à relayer les signaux de Channel 5, sauf iTV qui diffuse son programme de nouvelles du matin.
08:50 Les fonctionnaires permanents et les recteurs des universités convergent vers le quartier général de l'armée pour faire leur rapport à l'ARC. Khunying Jaruvan Mainthaka, le président de la Cour des Comptes (auditor-general) adresse un pouce levé aux journalistes en entrant.
09:16 Sonthi apparaît à la télévision à côté du chef de la police nationale et des commandants des autres forces armées pour une conférence de presse de 4 minutes. La première partie de sa déclaration est similaire à la première déclaration de l'ARC. Il dit que l'ARC a dû se saisir du pouvoir pour résoudre les problèmes causés au pays par le gouvernement de Thaksin. . Après que Sonthi ait terminé de lire sa déclaration, un porte-parole annonce que le pool TV est démonté et que chaque station de télévision reprend ses programmes normaux.
09:50 Une source à New York dit à la radio que Thaksin hésite à partir pour l'Angleterre.
10:00 Sondhi Limthongkul, un responsable du parti PAD (People's Alliance for Democracy) adversaire de Thaksin, annonce que la manifestation prévue dans la soirée est annulé, et remercie le chef de l'armée de terre d'avoir monté ce coup d'état.
10:15 Chamlong Srimuang, un autre responsable du PAD, passe devant le quartier général de l'armée en taxi. Les gens l'applaudissent et le taxi continue sa route.
10:40 Un porte-parole de l'ARC annonce sur le pool TV qui se maintient, la cinquième déclaration invitant les étudiants à prendre part aux réformes politiques. Le porte-parole indique que le général Sonthi attend de recevoir leur part à l'ARC leurs suggestions.
10:42 Un porte-parole de l'ARC lit la sixième déclaration de l'ARC annonçant que l'ARC se soucie des problèmes des agriculteurs et étudie les moyens de les aider, ce qui rend inutile toute manifestation de leur part pour le moment.
10:45 Un porte-parole de l'ARC lit la septième déclaration de l'ARC proclamant que les rassemblements politiques de plus de cinq personnes sont interdits. Le porte-parole lit également la huitième déclaration de l'ARC qui menace de mesures drastiques à l'encontre de tout commerçant qui amasserait denrées et marchandises.
Un porte-parole lit ensuite la neuvième déclaration de l'ARC annonçant que l'ARC adhèrera aux traités des Nations-Unies et à ceux des autres organisations internationales, aussi bien qu'elle développera et entretiendra de bonnes relations avec les autres pays.
10:46 Un porte-parole de l'ARC lit la dixième déclaration de l'ARC annonçant qu'elle recherche la collaboration des mass media pour présenter au public des nouvelles et des informations exactes.
10:52 Un porte-parole de l'ARC lit un ordre du général Sonthi adressé au ministère de l'information et des technologies de la communication, de vérifier et censurer toute diffusion d'informations pouvant affecter le travail de l'ARC.
10:58 L'ARC délivre sa onzième déclaration pour nommer les membres du conseil comme suit :

1. Le commandant suprême, le général Ruangroj Mahasaranon, devient Premier conseiller de l'ARC.
2. Le commandant en chef de l'Armée de terre, le général Sonthi Boonyaratglin, devient président de l'ARC.
3. Le commandant en chef de la Marine, l'amiral Sathiraphan Keyanon, devient vice-président de l'ARC.
4. Le commandant en chef des Forces aériennes, le maréchal de l'air Chalit Pookpasuk, devient second vice-président de l'ARC.
5. Le préfet général de police, le lieutenant-général Kowit Wattana, devient troisième vice-président de l'ARC.
6. Le secrétaire général du Conseil national de sécurité, le général Winai Phatthiyakul, devient secrétaire général de l'ARC.

13:00 Chalard Worachat, figure emblématique des droits constitutionnels, et plusieurs autres personnes, sont arrêtées pour rassemblement de plus de cinq personnes.
13:15 L'ancien premier ministre du parti Thai Rak Thai, le parti de Thaksin, Surapol Kiartchaiyakorn, est aperçu en fuite à bord d'un véhicule militaire vers l'aéroport Chiang Mai Airport par des soldats.
13:30 L'adjoint au préfet général de police, Priewphan Damapong, beau-frère de Thaksin Shinawatra, va de lui-même au rapport devant le chef de la police nationale, en conformité avec l'ordre reçu de l'ARC.
14:00 Le leader de l'ARC, le général Sonthi a dit à des diplomates étrangers une heure auparavant qu'un gouvernement civil serait nommé pour gérer le pays dans les deux semaines.
14:30 Thawee Kraikupti, ancien premier ministre du parti Thai Rak Thai, proteste contre le coup d'état au Monument de la Démocratie. Il est emmené par des soldats.
15:00 Une source militaire annonce que 15 camions de soldats en armes arrivent à Bangkok en provenance du camp de Pawai.
Sonthi répond aux questions des journalistes lors d'une conférence de presse et leur dit qu'une constitution provisoire sera rédigée sous deux semaines. Après quoi un cabinet sera formé qui passera une année à rédiger une nouvelle constitution de Thaïlande.
Sonthi dit aussi que la nouvelle Commission électorale a été dissoute en même temps que la constitution a été abolie.
16:55 L'ARC publie une déclaration demandant aux agences de la fonction publique, aux entreprises d'état, aux écoles, aux banques et à la bourse de Bangkok d'ouvrir leurs portes normalement jeudi 21.
18:00 Environ 100 soldats du 26è Bataillon de cavalerie de Phechabun arrivent à Pathum Thani avec dix tanks et dix camions. Il se déplacent sur la route Rangsit-Nakhon Nayok et atteignent le check point de Pathum Thani tenu par 7 chars. Après une courte discussion, le convoi de 10 tanks et 10 camions continue sur Bangkok.
19:00 Un porte-parole annonce que Sonthi a été nommé président de l'ARC sur invitation de sa majesté le roi.
19:04 L'ARC publie son ordre n°7 pour se diviser elle-même en quatre divisions pour répartir les responsabilités. Les quatre divisions sont l'ARC proprement dite, le secrétariat, la division du conseil, la division des affaires spéciales.
19:10 L'ARC publie l'ordre de maintien du conseiller d'état Khunying Jaruvan Maintaka à son poste. L'ordre supprime le conseil d'état mais maintient Jaruvan ainsi que les disposition du décret SAC.
19:29 Un porte-parole de l'ARC déclare que l'ARC n'a imposé aucun couvre-feu et que chacun peut vivre sa vie habituelle.
21:45 L'ARC publie l'ordre de venir au rapport au quartier général de l'armée pour l'ancien ministre de l'environnement Yongyuth Tiyapairat et pour le chef de cabinet de l'ancien premier ministre, Newin Chidchop, jeudi midi !
22:00 L'ARC délivre sa treizième déclaration pour maintenir en vigueur la nouvelle commission électorale, afin qu'il soit procédé normalement aux élections locales et à celle des conseils.

Jeudi 21
09:11 L'Agence France-Presse rapporte depuis Singapour que le bath thaï a ouvert en hausse sur les marchés asiatiques, recouvrant la plupart du terrain perdu mercredi. Le bath est à 37.5150 contre dollar en hausse sur les 37.68 de mercredi.
10:35 Des soldats arrivent à la maison de l'ancien ministre de l'environnement Yongyuth Tiyapairaj dans Chiang Rai's Mae Chan district pour le repérer, mais la maison est fermée et il est introuvable.
11:00 Le PAD, parti du People's Alliance for Democracy, annonce qu'il cesse d'exister dès lors que son but de renverser le gouvernement Thaksin a été atteint.
11:45 Le chef de cabinet de l'ancien premier ministre, Newin Chichob, se présente au rapport de lui-même à l'ARC. Il arrive au quartier général en voiture et baisse la vitre pour saluer les journalistes, mais il est hué par les gens présents, qui crient "Dictator" et "Corruptor".
13:00 L'ancien ministre de l'environnement,Yongyuth Tiyapairat, se présente de lui-même à l'ARC.
13:40 La voiture de Newin sort en trombe du quartier général de l'armée sans qu'on sache s'il est dedans ou pas.
14:00 Newin confirme au portable à un journaliste de The Nation qu'il est détenu par l'ARC.
14:25 Le vice premier ministre déposé, Somkid Jatusripitak, rentre d'un voyage en France. Il confie aux journalistes qu'il n’a rien décidé encore pour son avenir politique.

Cette nuit les forums de discussion sur Internet sont actifs en Thaïlande. Discutez avec eux

La finition ......

Le ménage politique est en cours, il vise essentiellement les caciques du parti berlusconien TKT (Les Thaïs aiment les Thaïs) qui sont pratiquement tous en fuite, mais pas seulement. Des concussionnaires notoires de l'administration sont mis au placard en attendant d'être évalués.

Petite analyse ......
L'importance du mécontentement populaire a créé les conditions préalables de la nécessaire neutralité du peuple.
Sachant le roi extrêmement soucieux des peines endurées par les Thaïs sous le gouvernement de l'oligarchie libérale, s'il n'est pas indiqué qu'il ait été mis dans la confidence, il est évident qu'il a été informé dès le départ du coup d'état et sans doute des limites à atteindre. Le roi est prévenu à 18:30 aussitôt que les Forces Spéciales sortent de leur caserne. Quand le coup est achevé le lendemain à 19 heures, le roi adoube son général musulman chef de la junte provisoire. Les troupes arborent les rubans jaunes de la monarchie du Siam depuis la première heure. Vu l'engouement des Thaïs pour leur roi, l'affaire est terminée.

Les rapports faits par des touristes et des expatriés convergent sur la paix civile apparente, et sur une satisfaction populaire évidente. Parallèlement l'administration et les gouvernements locaux après un hoquet, se sont remis au travail, avec peut-être moins d'empressement à réclamer des gratifications de leurs administrés. Vive la décentralisation.

Par le roi l'Etat demeure, la Nation continue.


le char et les rires

mardi 19 septembre 2006

Le pape a ses raisons que la raison ...

TincqHenri Tincq, horrifié que le pape ait renversé la tasse tiède de la tisane oecuménique de son prédécesseur, nous inflige cent lignes de bien-pensance pour corriger le saint-père dans Le Monde de ce soir. Pas moins ! Il rage d'être ringardisé par un pape aux idées claires qui déteste rien plus que le syncrétisme compassé et convenu de toute la presse catholique de masse. Benoît XVI a des idées sur le dogme, sur la pourriture doctrinale de l'Eglise, sur le silence de Dieu ! Alors qu'il faudrait qu'il parle sexe et sida, mariage des curés, ordination des femmes, pour qu'on puisse vendre de l'audience ! Ce pape est "contre-productif" ; il nous ruine !

Un paragraphe dans cette longue tartine que vous pouvez avaler en cliquant ici : admirez le choix des mots et leur densité dans le texte :

"Plus que d'inexpérience, c'est de méfiance qu'il faut parler à propos de ce pape. Son secrétaire d'Etat, numéro deux de la Curie, chargé de la diplomatie vaticane, a été volontairement recruté, contrairement à tous les usages de la maison, en dehors du sérail des diplomates de métier. Benoît XVI a préféré se rassurer en choisissant un autre proche théologien, le cardinal Tarcisio Bertone, qui fut son complice à la congrégation de la doctrine de la foi."
L’article est illustré de la pire photo du pape que l’on ait dénichée aux archives.

Manque de chance pour le cuistre titulaire de la chaire catholique au Monde, il est des voix dans la Oumma qui s'élèvent aussi pour saluer la lucidité de notre saint-père. Incroyable mais vrai ! Il faut les dénoncer dare dare à l'islam satellitaire de contrôle théologique que nous signale le journaliste parisien, afin que les nervis de l’orthodoxie sévissent à leur endroit !

MeddebL'écrivain tunisien Abdelwahab Meddeb se fend d'un article courageux dans le Nouvel OBS qui mérite un coup de chapeau pour prendre ainsi son lectorat à rebrousse-poil.

Extrait : "Dans son discours de Ratisbonne, le pape a touché du doigt les germes de ce que j'appelle dans mes ouvrages "la maladie de l'islam", qui est aussi la base de l'islamisme. La question de la violence dans l'islam est une réalité. Quand le pape a évoqué le rapport très étroit de cette religion avec la violence, il a dit la vérité, même s'il ne faut pas séparer l'islam de la raison. J'aurais souhaité qu'un imam ouvert et éclairé se saisisse de son discours pour ouvrir le débat, en reconnaissant que Benoît XVI avait en partie raison. Car il n'y a pas une seule et unique doctrine islamique, mais des textes qui méritent un débat et une analyse. Le monde musulman aurait besoin de se confronter à une effervescence intellectuelle. Au lieu de cela, il n'a réagi que par l'indignation." (18.09.2006)
Le reste de ce remarquable article en cliquant ici.

Ainsi donc la pape, dans l'obscurité de l'université de Ratisbonne, aurait ressenti quelque chose d'essentiel dans le bouillon des fermentations islamiques, quelque chose de "non-raisonnable". Qui de bonne foi aurait vraiment besoin du bagage papal pour comprendre que l'islam est une communauté ouverte à tous les excès, et où la raison dispose d'un tout petit strapontin sans voix au chapitre. Les manifestations hystériques de la Rue arabe mais pas seulement elle, montrent bien que la raison n'a aucune place dans le débat.
Le silence obsédant des autorités religieuses sur le Onze Septembre, comme les manipulations tardives de l'opinion à propos des mauvaises caricatures danoises, donnent plutôt le sentiment que les instances de contrôle suivent le courant du moment, par application de la politique du chien crevé au fil de l'eau. On accompagne ainsi la pire des guerres civile en Irak - les détails vous hérissent les cheveux sur la tête - dans l'attente du vainqueur auquel il faudra bien se rallier si l'on veut persiter à pontifier sur le coran.

Et pourtant l'islam c'est autre chose !
Une grande civilisation engloutie que l'on transforme peu à peu en cancer redoutable, au point de devenir l'ennemi numéro un de la planète ! Le Moyen Orient est observé par le reste du monde, et l'islam déjà ressenti comme un grave danger en Extrême-Orient. Son prosélytisme est mis partout sous surveillance. A l'instar du dicton sur la monnaie, on devrait dire que le mauvais islam a chassé le bon.

Le prétendu fondamentalisme médiéval du wahhabisme est un recul sévère de la condition humaine, qui se nourrit de la misère des peuples abandonnés de leurs dirigeants politiques, à défaut de la fragilité mentale de laissés-pour-compte.

Il faut cependant ne pas tomber dans le manichéisme bushien, et affiner notre approche, sinon déjà les termes de notre confrontation à cette lame de fond qui pourrait se lever dans le Croissant Vert. Il faut étudier l'islam dans toutes ses chapelles pour favoriser l'islam de paix. Il existe. Le soufisme en fait partie.

Ne tombons pas dans le piège de la dénonciation globale qu'on nous tend. Encore moins dans celui de la flagellation, n'en déplaise à Petit Tincq qui déjà se couche sous le chat à neuf queues dont il sent la morsure avant même de le recevoir.
Pauvre de nous avec de pareil experts !

samedi 16 septembre 2006

Une diplomatie en bloc

Ministère des Affaires Etrangères

Les clés de partage du monde fini changent à chaque décennie. Le prestige ne suffit pas à conserver des positions avantageuses, surtout quand il est entamé par la médiocrité des dirigeants de passage. Les nations s'observent et se classent entre elles sur des critères neutres comme leur masse de production, l'étendue de leurs territoires, leurs richesses intrinsèques ou leurs rentes de situation, leurs forces armées, leur capacité à rallier autour d'elles d'autres nations, leur savoir, leur histoire.

La place qui est prise par l'un l'est aux dépens de l'autre ; on le voit prosaïquement dans la course à l'énergie que nous font subir les empires émergents. Dans ce grand partage la place de la France décroît proportionnellement à sa démographie relative, sa production, sa force. Le constat déjà ancien amena les responsables politiques à créer le concept de la main française dans le gant européen pour rattraper aussi longtemps que possible les effets de notre déclassement mondial. La manoeuvre a réagi aux commandes autant que nos partenaires l'acceptaient. Elle a finit par gripper avec l'imbécile élargissement de la Communauté européenne qui a dilué les nerfs et le sang de l'Union en important des obsessions extérieures aux intérêts légitimes de la péninsule occidentale. Finalement on risque bien d'aboutir à une sorte d'AELE bureaucratisée. Que d'efforts pour arriver si peu loin !

Sans verser dans le ralliement que M. Régis Debray suggère dans son excellent ouvrage "L'édit de Caracalla", dans lequel il demande la citoyenneté étasunienne pour tous les Occidentaux, nous constatons que nous ne ferons plus rien de notable seuls aujourd'hui ; hormis de l'agitation médiatique qui ne trompe que les militants les plus convaincus des partis au pouvoir, et les rationnaires de notre diplomatie. Les trois domaines de prédilection que nous avons choisis dans le volet précédent sont donc le droit international, l'environnement et la francophonie. Essayons de les articuler et de les promouvoir sur le vaste monde. Nous observons que s'ils sont universels par vocation, ils ne sont pas hégémoniques par essence. On peut donc introduire ce triptyque dans un concept d'alliance sans déclencher les hostilités.

Contrairement aux assertions un peu rapides de Monsieur Coûteaux, la politique de bloc est puissante en elle-même. Corrélativement elle démultiplie la puissance relative de chacun de ses participants qui doivent y exercer leurs talents et y impliquer leurs ressources. Certes elle abaisse un peu les orgueils nationaux, mais est-ce si grave ?
Par contre la politique de bloc vise à garantir la survie des nations qui le composent dans un monde hyper-compétitif qui va devenir peut-être une foire mondiale d'empoigne. Ne dit-on pas que si la Chine et l'Inde décrétaient devoir atteindre le niveau de vie occidental il faudrait une seconde planète Terre pour les satisfaire ? Quelqu’un a-t-il entendu ces deux empires nous rassurer en affirmant qu'il n'en était pas question pour eux ?
Alors faisons bloc !

Quel bloc ? Nous n'avons qu'une alternative : soit le bloc atlantique tel qu'il est dessiné par l'Alliance atlantique, soit le bloc européen en travaux. Tout autre choix est contreproductif en termes de puissance. Quels sont-ils quand même ?
Un bloc latino-maghrébin ou méditerranéen, l'Union latine ? Elle n'accèdera pas à l'étage de puissance nécessaire.
Un bloc franco-africain ? Outre le fait que nous n'avons plus les moyens financiers de ce leadership, nous risquons d'être engloutis par le continent noir.
Un bloc franco-russe, avec quelques autres peut-être ? C'est un rêve russe que de fédérer une grande partie du sous-continent occidental en lui offrant ses ressources énergétiques et l'espace. La clé du problème serait l'Allemagne , serait-elle disposée à renverser un jour ses alliances en amenant la France avec elle ? J'en doute fort depuis sa réunification.

Revenons aux deux premiers.
Nous faisons partie du bloc atlantique mais de manière déshonnête, en profitant de la protection offerte car nous sommes au coeur géographique du dispositif, mais en instrumentalisant notre différence dans divers chantages à l'exception. Ce n'est pas exactement un comportement d'allié. Il eut mieux valu en 1966 rompre carrément et sortir de l'organisation diplomatique; mais on savait déjà qu'à échéance nous allions disparaître des écrans internationaux sauf à nous jeter dans les bras de l'URSS. Notre position actuelle - un pied dedans un pied dehors - est ridicule et nous dessert, car à chaque fois que l'Alliance est convoquée à la résolution de questions sécuritaires, il y a toujours un ordre du jour alternatif à celui que les Français pourraient souhaiter. cf. le Liban, on a coupé radio-Paris pour se brancher su radio-Rome.
A noter que dans ce bloc atlantique, les trois domaines que nous avions choisis (sans demander la permission à personne) sont viables, développables et in fine rémunérateurs.

Voyons maintenant le bloc européen.
Le soft power a ses limites d'autant qu'il ne s'exerce apparemment que par élargissement de l'Union. On phagocyte nos problèmes après entropie des moeurs de l'intrant. Si elle veut être entendue au-delà des questions agricoles, l'Europe doit pousser ses dents, et se faire craindre. On arrive vite au dilemme de la défense européenne qui n'est perçue par aucun pays de la même façon. Sauf la France et la Belgique paraît-il. Le coin le plus profond dans le projet est celui des pays de l'Est. Ils n'ont aucune confiance pour leur sécurité dans les grands pays européens, et se sont groupés sous le parapluie américain aussitôt qu'il leur fut possible sans déclencher de réactions fatales d'une Russie subitement assiégée. Ce sont de vrais alliés des Américains. Ils ne croient pas que les quatre pays occidentaux de la Vieille Europe mettent jamais les moyens d'une défense inexpugnable sur la table. Le destin tragique du Liban vient de le leur rappeler. Nous avons tous pleuré l'arme au pied !
On peut dire, je crois, que pour les deux générations montantes, une défense européenne de niveau mondial, et en conséquence, un bloc européen puissant, n'aboutiront pas. Sauf pour la France à vouloir persévérer dans le rôle du Guignol des traboules, il faut donc retourner au bloc atlantique.

L'administration Bush n'est pas éternelle à la différence du gouvernement Chirac qui risque bien de se continuer avec M. Sarkozy. Le bilan des huit années du clan Bush-Cheney sera forcément débiteur. Aurions-nous été moins véhéments dans notre opposition à la guerre jusqu'à froisser profondément l'Amérique, que nous pourrions déjà en retirer quelques avantages moraux. Le gain moral dans un domaine - ici celui du droit international et de la perception des fermentations arabes - est toujours un bon levier applicable au domaine voisin - par exemple l'environnement et le réchauffement climatique. Ayant eu raison dans le premier cas, nous serions écoutés plus attentivement sur le second. Il suffit de rester ... docte et ne pas s'envoler dans un remerciement d'académicien quand on parle devant l'Assemblée des Nations Unies contre notre allié de référence. Le comble de l'avanie gratuite.

Nous devons revenir au bloc atlantique sans arrière-pensées, non pour y faire valoir nos différences ou notre exception française - quelle foutaise - mais pour contribuer à la promotion des trois domaines de prédilection, sous notre marque ! C'est faisable. Deux de ses domaines sont d'ardentes obligations universelles, le troisième, la francophonie, sera la récompense de notre industrie diplomatique. C'est à notre portée budgétaire. Nos partenaires accepteront que nous jouions dans ces compartiments. Dans quinze ans nous aurons recouvré le lustre diplomatique que nous n'aurions jamais dû laisser ternir dans des compromissions peu dignes de notre histoire et de notre rang.
Appelons l'imagination au Quai d'Orsay. Ca urge !


NATO works, something else might not

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