vendredi 14 septembre 2007

Propagande des idées

Suite de notre billet du 9 septembre 2007.

Si d'appeler à renforcer la propagation des idées royalistes sur Internet frise l'incantation gratuite du moment que la propagande de masse est considérée par certains caciques du roi comme un exercice vain, s'inquiéter publiquement de classer les idées propagées en fonction des publics ciblés et des différents étages de l'agit'prop politique vous met dans la poche un billet pour Sainte-Anne : une école de pensée au centre du Mouvement s'y emploie depuis cent ans et plus ! Sans grands résultats. J'entends la sirène de l'ambulance.

L'offre politique royaliste est spécifique, et quoiqu'en pensent les licteurs de la Vraie Foi, elle n'est pas le résidu de combustion du nationalisme intégral. On peut la résumer en quelques lignes, et voici ma définition personnelle :

Le royaliste reconnaît le roi comme la clé de voûte des trois ordres boréens dont nous évoquons rapidement les origines :

Premier Ordre : les prêtres, passeurs de l'inexplicable, théosophes, philosophes, gardiens du sceau humain qui nous distingue du reste de la Création, ou de l'Evolution (au choix). La conscience de notre périssabilité, la consolation ou la consternation de notre éternité. Chez les peuples européens, cet ordre ne commande pas au second. De nos jours ce rôle est dévolu aux intellectuels ou maîtres à penser, à ceux qui connaissent l'infinitude de l'âme, et aux Juges de tous ressorts. C'est l'ordre éthique.

Second Ordre : la société aristocratique élargie, celle des hommes libres, à la fois guerriers et propriétaires fonciers qui formeront la cité grecque à partir du VIe siècle avant notre ère, ou bien les Thing germanique et scandinave, plus tard la Table ronde des Celtes. C'est l'ordre représenté aujourd'hui par les entreprises structurées, véritables personnes morales publiques ou privées, qui normalement doivent sélectionner à leur tête les meilleurs afin d'exercer le "pouvoir de l'excellence" (aristos kratie). C'est l'ordre dynamique.

Troisième ordre : la société laborieuse et aujourd'hui démocratique qui sert de liant à l'ensemble, assurant la cohésion de ce que l'on peut appeler une nation, dont la richesse se mesure à sa diversité et à son foisonnement. Cet ordre le plus nombreux se nourrit aujourd'hui de l'espérance d'un échelle sociale accessible aux meilleurs. Il est demandeur de sens moral. C'est l'ordre qui justifie les deux premiers.

Arbitrant les Ordres, le roi en ses conseils.

On représente parfois la société hiérarchisée comme une pyramide, mais dans son amusante Encyclopédie du savoir relatif et absolue le roi des fourmis, Bernard Werber, représente la pyramide sociale posée sur sa pointe.
pyramides de Werber
La charge de responsabilité et de mise en pression gravitaire s'accroît au fur et à mesure qu'on progresse de rang en rang vers la pointe. La pyramide est stable tant que s'exercent les contre-pressions nécessaires provenant des strates responsables, que l'on peut englober sous la notion de "Bien Commun". Cessez les contre-pressions, et les rangs supérieurs les plus nombreux écrasent les étages intermédiaires, puis les étages du bas : l'ouvrage enfle puis explose pour finir en Anarchie, au mieux en démocratie d'opinions, dans tous les cas en Désordre. L'illustration est intéressante car très visuelle et on pourra la développer dans un billet à suivre pour grand public, intitulé "les pyramides de Werber".

Comment vendre de l'ordre à nos concitoyens ? Sans doute pas en convoquant des arguments sécuritaires, trop de monde se bouscule sur ce domaine très "populaire" ! Laissons les tribuns de préaux à leurs triques. Nous vendrons l'Ordre social par l'harmonie nationale, celle qui se conjugue en justice, bienveillance et pardon, valeurs chrétiennes (mais pas seulement) appartenant au premier Ordre ; valeurs que nous voudrons appliquer à "toute" la nation.

Si la bienveillance et le pardon sont des vertus d'exercice que le pouvoir traduit par la maxime "fort avec les faibles et faible avec les forts", il y a beaucoup à dire sur l'injustice systémique de notre société, non pas tant au niveau des codes ou de l'intime conviction des juges, qu'à celui de la condition inéquitable faite au plus grand nombre. Dans un entretien très libre lors de la sortie de son livre "Le passeur de miroir", le comte de Paris dénonçait à titre d'exemple l'accaparement du foncier national par l'Etat et par les organismes financiers qui le suivent, et l'asservissement des agriculteurs aux banques. Les choses se sont gâtées depuis par la généralisation de la précarité libérale.

Au plan des idées c'est pire. Dans le domaine des pouvoirs civils, on ne s'étonne plus de la dictature d'une faction produite par le système électoral républicain qui oblige à "compacter" les opinions politiques en grands partis pour pouvoir exprimer des choix, voire exercer des responsabilités. Que représente le "coeur nucléaire" du moteur de l'UMP - celui qui gouverne vraiment - rapporté à l'ensemble des formations politiques déclarées ? Quelques pourcentages ! Les sociologues commencent à décortiquer les leviers qui ont propulsé M. Sarkozy jusqu'à l'Elysée. Ils s'apercevront vite que l'équipe victorieuse a amplement joué sur l'effet démultiplicateur de ces majorités relatives organisées en poupées russes, à l'image de la construction de la holding Bolloré qui reste un cas d'école en droit des sociétés. Avec quelques pourcents sur une base très réduite vous franchissez les 50% en fin de trajectoire (100% x51% x51% x51% = 6,77% de mise initiale).

Tout cela ne fonctionne qu'à condition d'organiser les libertés, dont le foisonnement disperse les masses gérables. Or de ces libertés quelle est celle qui compte vraiment dans le domaine du ressenti : la liberté essentielle du citoyen. Au delà d'assurer convenablement sa subsistance avec, au sein de son Ordre, une égalité raisonnable des chances sur la ligne de départ, puis d'entreprendre ses activités de sa propre énergie sans contraintes autres que morales, sa liberté est de proclamer ses idées sans crainte d'être écouté, dénoncé. Des gouvernements, des dynasties même sont tombées pour n'avoir pas protégé cet exutoire naturel de l'homo sapiens, surtout en France. Cette liberté est de nos jours gravement entamée par le formatage des opinions qu'on appelle pensée unique, et la marchandisation de tous les accès à la Communication, même si Internet commence à fissurer le bloc du Fric qui s'en inquiète et cherche des motifs de contre-feu.

Mais le prince d'Orléans dénonçait aussi le désarroi moral d'une société qui a rompu avec les valeurs anciennes, même "antiques". Ces valeurs de base ne sont pas ringardes, même si certaines mises en application le sont. Avantager la cellule familiale sans attaquer l'individualité est possible. Redonner au couple homme-femme sa fonction d'énergisation vitale de la société, à l'image du couple Isis-Osiris de l'Egypte disparue, ne doit pas signaler un combat contre les orientations sexuelles d'une catégorie humaine qui participe au lien social par d'autres talents. Favoriser un rapprochement avec la sphère céleste n'implique pas que "mon dieu [soit] plus grand que le tien !".

On peut dérouler ainsi les chapitres et déboucher sur la synthèse institutionnelle qui met ces partitions en musique, qui ouvre le champ des libertés individuelles dans une structure sociale cohérente et éprouvée. Le schéma de l'Alliance Royale, avec l'organisation des pouvoirs régaliens et publics, ses trois ministres d'Etat et ses conseils de magistrats, a un premier mérite : celui d'exister. Sans concurrence aucune puisque les autres chapelles se méfient de tout schéma. J'en ai fait une présentation dans des billets précédents qu'on se procurera en cliquant ici.

Si l'on part du postulat que la monarchie est un régime politique avant que d'être un mode d'organisation sociale, voire une "façon de vivre", on peut rester à l'étage institutionnel en ne développant que l'explication des pouvoirs régaliens, l'affect populaire sous-jacent, sans descendre au niveau des questions sociétales. Celles-ci doivent être traitées par des partis, royalistes, qui auront le souci de défendre certaines moeurs et certaines lois du domaine public au bénéfice des catégories qu'ils représentent. Laissons à la monarchie l'essentiel et libérons le débat pour tout le reste.

Ce qui veut dire en clair qu'interférer dans la question monarchique avec la messe de Pie V, l'avortement, l'islamisme, l'euro, la chasse aux grives, le mariage des folles et l'euthanasie, c'est se tromper d'étage, et donner du pain béni à nos contradicteurs, qui sont ravis de saisir les verges qu'on leur tend. A ce propos, qu'est-il resté dans l'Opinion des discours de Jean-Paul II sur la revalorisation morale de l'espèce humaine ? Des histoires de capote ! Méfions-nous donc de l'instrumentalisation de certaines positions périmétriques par les porte-voix rémunérés de l'Establishment contre tout le reste de notre discours politique, le coeur du projet.

Cela ne veut pas dire que le spirituel doive être déconnecté de notre propagande, au contraire. La monarchie sans sa dimension spirituelle n'est qu'un miroir aux alouettes (Henri d'Orléans). Mais ne tombons pas non plus dans les bénitiers. Tout le spirituel que consomment nos neurônes n'est pas que dans l'Eglise de Rome. L'important c'est une certaine transcendance qui nous arrache à la glaise originale :

« Notre monde ne sera pas sauvé par des savants aveugles ou des érudits blasés. Il sera sauvé par des poètes et des combattants, par ceux qui auront forgé "l’épée magique" de Ernst Jünger, l’épée spirituelle qui fait pâlir les monstres et les tyrans. » (Dominique Venner)

Licteurs de la Vraie Foi, laissez un temps vos grimoires d'un siècle gros de guerres et de malheurs, et venez construire l'offre politique de demain. Vous êtes convoqués au progrès de la création continue sur les bases actuelles et futures de notre monde qui est à des années-lumière du siècle fini, à défaut de quoi vous serez comme Ruth, changés en statues de sel.
Amen.

jeudi 13 septembre 2007

Les grands orgues d'Evreux

Les 14 et 15 septembre prochains vont être les 24è journées européennes du patrimoine. Elles privilégient cette année les métiers "patrimoniaux". Mais le patrimoine n'est pas seulement le legs des générations disparues, nous devons y contribuer à notre tour. Ca tombe bien.

L'orgue de la cathédrale d'Evreux a été reconstruit magnifiquement par l'association des AMis des ORgues de la Cathédrale d’Evreux (AMORCE) et l'Etat à parité, pour un coût de 2,2 millions d'euros. Cinq grands concerts gratuits sont programmés du vendredi 14 septembre (demain soir, hâtez-vous !) jusqu'au dimanche 28 octobre. Cliquez sur les dates pour le programme. Pour info, le billet de train aller-retour Paris-St.Lazare - Evreux coûte 30,60€ plein tarif et le trajet dure 1h10, largement de quoi épuiser le dernier AF2000.







Le nouvel orgue à portes d'éclipse remplace un grand orgue hollandais un peu juste en puissance, qui a été transféré dans une église espagnole de Cantabrique en 1999, église gothique du XIIIème siècle de Castro Urdiales, un édifice dont la dimension beaucoup plus petite que celle de la cathédrale d'Evreux, devait permettre d’obtenir une audition meilleure. L’inauguration de ce grand orgue remonté en Espagne eut lieu le 24 mars 2001.

L'oeuvre du facteur Pascal Quoirin a été reçue en juin 2006 à Evreux par une inauguration administrative, un concert, suivi d'un empoussiérage général de l'édifice ; mais la véritable naissance de cet orgue commence avec la série de cinq concerts qui couronnent en majesté quinze ans d'efforts de l'AMORCE.

Les orgues de la cathédrale d'Evreux ont déjà toute une histoire.
cathedrale d'EvreuxC'est en 1549 que Gabriel Le Veneur de Tillières, évêque d’Évreux, fit don à sa cathédrale d’un grand orgue. L'instrument assuma sa fonction pendant deux siècles en suivant la courbe naturelle de son dépérissement. En 1774 l'état de la machine et du buffet était si mauvais qu'on dut lancer une réfection complète. La composition rapportée au contrat de réparation mentionnait 44 jeux, 4 claviers et pédalier. Au diable l'avarice, surtout dans une cathédrale, et pour 6000 livres on ajouta en 1776 de nouveaux tuyaux afin d'obtenir une grande machine de 51 jeux, comparable au magnifique orgue Clicquot de Poitiers.

Les horreurs passent, et en 1841, l'évêque Nicolas Théodore Olivier marque son avènement à la tête du diocèse par la construction d'un orgue de choeur. On le considéra alors comme le plus grand orgue d'accompagnement de France. Pendant ce temps, l'érosion des bois et fers faisait son oeuvre sur le grand orgue de nef un peu oublié, et en 1874, lors de la restauration des parties hautes de la cathédrale, il fut démonté, stocké, oublié, pour finalement disparaître à tout jamais.

Les guerres passent. En 1937, on transforma et agrandit l'orgue de choeur pour pallier l'absence du grand orgue d'autrefois. Mais le 11 juin 40 (quelle guigne!), un bombardement incendia des maisons entourant la cathédrale, incendie qui se propagea aux voûtes de l'édifice. L'orgue de choeur tant vanté passe à travers l'outrage.

En 1971, on décida l'achat d'un orgue d'occasion en Hollande, à Delft, en attendant une solution (ou les sous pour une solution) avant de remonter un orgue digne du lieu. Ce n'est qu'en 1990 que se créa l’AMORCE dont le but était de faire reconstruire un grand orgue de haute qualité à Evreux. La décision de donner un orgue neuf à la cathédrale fut quand même le fait de l'Etat, propriétaire de la cathédrale en vertu des lois de captation de 1905.

La signature d'une convention passée entre le ministère de la Culture, le président du Conseil régional, le président du Conseil général, le maire d'Évreux et la cheville ouvrière, Guy Le More, président de l'AMORCE, intervint en 1994. Jean-Louis Debré étant député, conseiller général et municipal, yavépuka !

Royal-Artillerie s'est fait un plaisir de rédiger ce billet pour diffuser une bonne nouvelle qui réchauffe les cœurs bien au-delà de la Normandie. En ces temps de conquête maure, nous attrapons au vol toute consolation qui passe.


chiffre de Quoirin
l'orgue fermé

mercredi 12 septembre 2007

Vauban chez Lys de France

statue de Vauban

Deux conférences Lys de France le mercredi 26 septembre 2007 :

I.- Arnaud d'Aunay


"Vauban, génie maritime"
A l'occasion du tricentenaire de la mort de Sébastien Le Prestre, maréchal de France et marquis de Vauban.

Le peintre Arnaud d’Aunay est un descendant direct de Vauban. Il transcrit avec ses pinceaux et sa plume sa passion pour l'histoire. Il est l’auteur d’un carnet consacré à son aïeul : "Vauban, génie maritime".
De ses voyages, il nous rapporte des carnets exotiques comme ...
"Les Indes françaises, Pondichéry, Chandernagor, Yanaon, Karikal et Mahé"
"Au fil du Mékong, de Saïgon à Angkor"
"Napoléon : Empereur des îles, Empereur d'exil" : ce livre est le catalogue d'une exposition de ses peintures, qui se tient jusqu'au 17 septembre à la galerie André Macé, 266 rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris 8°. Il n'en oublie pas pour autant sa terre natale avec ...
"Vézelay, colline d’éternité"
"Escales d’Artistes, de Dieppe à Saint-Valery-en-Caux".

Il expose aussi jusqu’au 30 septembre à la galerie Katia Granoff à Honfleur.


II.- Père Pierre Blet, s.j.


Professeur émérite de la Pontifica Accademia ecclesiastica a publié chez Via Romana à Versailles :

"Richelieu et l'Eglise"
Le livre est présenté brièvement ici dans la colonne de droite -->.

La soirée sera passionnante.

Rendez vous à 19 h 45 précises, mercredi 26,
chez les "Soeurs de l'Enfant-Jésus du Mans"
(Salle au sous-sol)
3, rue Antoine Bourdelle, Paris XVe
M° : Montparnasse (sortie N° 12 - Pl. Bienvenue) / Duroc / Falguière
Bus : 89, 91, 92, 94, 95, 96

Entrée : 6 € (adhérent : 4 €)
La conférence sera suivie d'une vente-dédicace autour d’un verre de l'amitié.


blason LDF
Le dimanche qui suit (30/9/07) Lys de France organise une visite commentée de Saint-Louis des Invalides.

Saint Louis des Invalides
Rendez-vous 129, rue de Grenelle, Paris VIIe
M° : Invalides, Varenne, Latour-Maubourg - RER : Invalides - Bus : 28, 49, 63, 69, 82, 83, 87, 92.
Le nom du conférencier sera communiqué plus tard.

Participation : 18 € (adhérent : 16 €)

A paraître incessament sous peu La Lettre Royale de Lys de France réservée aux adhérents de l'association. D'autres rendez-vous Lys de France sont annoncés sur leur site http://www.royal-info.com/.

bandeau de la Lettre Royale de Lys de France

Bravo à Nicolas Chotard.

dimanche 9 septembre 2007

Bataille des idées

manif CPELes pouvoirs établis ne craignent en temps de paix que deux choses, les révoltes publiques surmédiatisées et la subversion tranquille de leur socle de valeurs. Certains, moins attentifs à leur pérennité qu'il ne faudrait, ne s'inquiètent que de l'une OU de l'autre. On peut comparer deux modèles actuels de gouvernement des peuples qui n'ont plus qu'un seul axe de surveillance de leur destin, le modèle chinois et le modèle français.

Le pouvoir chinois avait identifié deux dangers pour sa survie dans ce domaine très exposé à la critique de la "conscience internationale", la répression des laissés-pour-compte de la globalisation d'une part ; et d'autre part, la propagande des opinions nuisibles sur le Net.

Dans le premier cas, c'est affaire de maintien de l'ordre et la Conscience internationale qui se méfie des jacqueries spontanées, compatit en silence ; dans le second cas ils ne peuvent combattre l'épidémie que par le confinement des malades traités aux antibiotiques judiciaires, ce qui présuppose un corpus juridique adapté, mais qui peut servir de base solide à une dénonciation internationale.

Pourquoi donc l'administration chinoise tend-elle le bâton judiciaire pour se faire rosser ? Parce que la lutte des idées est prépondérante, et d'expérience, les communistes experts en bourrage de crâne et lavage de cerveau, connaissent la question sur le bout des doigts. Le désordre des esprits fut et reste le plus menaçant pour le régime, bien plus que les hiatus économiques qui jettent à la rue d'immense cohortes d'ouvriers licenciés par les combinats publics ou de paysans affamés par la cupidité des cadres locaux du Parti. Les idées peuvent coaguler parfois en grandes manifestations périlleuses pour un pouvoir bien établi et de nos jours elles se déplacent à la vitesse de la lumière. Nous ne citerons que deux noms qui font encore tousser dans les salons feutrés de la nouvelle Cité interdite de Zhong Nanhai : Tian An Men et Falungong.

manif Falungong
Tian An Men ne fut pas qu'un Woodstock estudiantin en 1989 autour de la statue en carton-pâte de la Démocratie. La fièvre de la Perestroïka toucha jusqu'aux employés des corporations d'Etat et de certains ministères qui désertèrent leurs bureaux pour aller débattre et faire la fête avec les jeunes. Il y avait partout à Pékin une odeur de Mai 68. Le Parti lui-même se fracturait car Zhao Ziyang, Secrétaire général du PCC, prenait fait et cause pour les étudiants et la Réforme ! Les hiérarques de la Longue Marche firent donc monter une division blindée de province pour écraser toute cette "chienlit". De Gaulle avait eu le même réflexe en 68 mais Massu avait refusé d'activer le plan "Bâton Bleu". Le 4 juin 1989, les chars écrasèrent les chairs mais ne purent vaincre l'esprit de Tian An Men puisqu'il faut le débusquer encore sur le Web et mettre en ligne pour y parvenir des milliers de fonctionnaires zélés.

Falungong fut bien plus grave. C'est une secte puissante qui travaille dans le champ mental. La Wikipedia vous en dit plus. L'alarme fut sonnée à Zhong Nanhai quand une manifestation pacifique entoura les ministères en 1999. Le pouvoir suprême s'aperçut que nombre de cadres moyens et supérieurs des corporations et du Parti avaient adhéré. Des cellules locales de méditation, respiration, entraide philanthropique contrevenaient au principe de la grille communiste. Là encore la dérive s'observait au plan des idées, des croyances, des émotions. La répression si elle évita la barbarie de 1989, n'en fut pas moins brutale et complète. Les adeptes de Falungong furent purement et simplement désocialisés jusqu'à la mort civile.

En France c'est pareil quoique juste l'inverse. Le souci de la révolte bruyante prime celui de la subversion intellectuelle d'autant qu'on n'en ressent aucune chez les Renseignements Généraux, à part le prosélytisme islamiste.

chien lisantLe pouvoir en place depuis le mois de mai se targue d'avoir gagné la bataille des idées, sans doute pour faire chic, car on voit bien que le corpus doctrinal sarkozien est très mince et le moteur de l'action gouvernementale essentiellement appuyé sur le ressort médiatique. C'est la bataille des médias que ce pouvoir a gagné, pas celle des idées.
Le champ des idées est curieusement déserté par tous depuis cette "victoire", comme si elles avaient péri dans le tumulte de la bataille électorale. Les quelques-uns qui en conservent ont rallié la ploutocratie au clairon et forment aujourd'hui quelque sorte de Conseil d'Etat privé du souverain. A côté de lui, ce sont des alibis sans idées préconçues qui vont au Conseil des ministres ; ces ministres sont pris en tenaille entre le cabinet Guéant qui siège à l'Elysée tranche et coupe, et ces commissions d'experts du Conseil d'Etat privé activant les meilleurs éléments du Parti socialiste ! Des idées ? S'ils n'en ont pas besoin pour l'instant, nous en avons, nous, de reste et de trop ! Il faut livrer !

N'entendant pas plus loin que l'idéologie libérale du Reader's Digest, notre chef d'Etat super-décontracté n'est pas attentif aux mouvements d'idées, contrairement au pouvoir chinois constipé et craintif qui les guette en permanence. Par contre l'insoumission corporatiste au programme de bonheur sarkozien total malgré nous le dérange, l'étonne, l'inquiète. Au premier frisson de grève ou de manifestation d'envergure, le gouvernement des alibis plie les gaules, s'excuse et reporte aux calendes, en privilégiant toujours la mise en scène de ses décisions de ne rien décider. On va le constater pour la réforme des régimes spéciaux qui sont une insulte au monde du vrai travail. Esquivons ! La fronde de la magistrature gronde, on va négocier peut-être sur une base indiciaire à la limite de la corruption sur les grilles de traitement, comme on le fait pour vendre à la FSU la réduction modeste des effectifs de fonctionnaires de l'Education nationale. Mais la vraie question est toujours "où est la caméra ?".

Après le conseil-spectacle de Strasbourg, MAM va jouer au ministère de la Police dans des baraques Algeco posées sur la place Bellecourt de Lyon. A quand les réunions de la Chancellerie à Fleury-Mérogis avec FR3 et les réunions du SGDN en immersion profonde avec le SIPA ? Pendant le déroulement du spectacle qui doit forcément durer cinq ans à peine d'effondrer toute l'entreprise, soyons sérieux, nous, poussons nos idées.

neuronesLe pouvoir craignant surtout l'insurrection du secteur protégé de 1995 qui a vaincu un des plus braves du sérail (A. Juppé), se désintéresse de la fermentation des esprits. Dans les revues on ne surveille que les photos. Il y a donc un boulevard pour le mental ! Le champ intellectuel disions-nous, est déserté par les activistes de la profession, tous les acteurs qui d'ordinaire s'y engagent sauf quelques purs, ont fui vers les prébendes. Ne restent en fonction que des universitaires qui compilent dans leur coin. Plus d'idées en débat qui encombreraient l'espace d'échange d'images ? C'est le moment d'être nous-mêmes : Avançons les nôtres !

Adroitement liées dans un souci de cohérence, l'expression de nos idées doit être "digeste" et diffusée au plus large, toujours dans le but d'acclimater la monarchie dans l'Opinion. Pour cela, il faut rédiger un schéma institutionnel bien argumenté, mais lisible par le vulgum pecus dont je suis - ce qui me permettra de juger le niveau de persuasion de la propagande - schéma que l'on portera à la connaissance du plus grand nombre. En l'état des contributions financières au mouvement royaliste, et pour son efficacité prouvée ailleurs, le véhicule désigné est Internet.

Mais Internet est un océan de possibilités. Le faisceau de communication sur la Toile doit être choisi après une analyse poussée des voies et moyens offerts par ce véhicule, analyse qui doit être confiée à un groupe de travail de vrais professionnels.

Laissons donc de côté la musculation pour le moment - le pouvoir est en phase d'acquisition de données sur tout ce qui peut se passer dans la rue - et investissons plutôt le champ mental. Dans l'histoire du mouvement il n'y a jamais eu de relais aussi puissant à disposition que celui représenté par Internet aujourd'hui. Mais si l'accès y est donné à tout un chacun, le succès n'y est promis qu'aux initiés et aux persévérants. A suivre ?
CRS

vendredi 7 septembre 2007

Deux nouveaux sites web

Charles-Philippe d'OrléansQui ne connaît Mgr Charles-Philippe d'Orléans, son sourire carnassier, ses yeux bleus aux reflets d'émeraude et sa prestance de Templier ? CPO, comme il est appelé affectueusement dans la mouvance royaliste, vient de lancer sur la Toile un vrai site de roi, dédié à son altesse certes, mais convenablement meublé de matériau utile à la Cause royale et à sa popularité.

Le plus simple est d'y courir : www.ducdanjou.com.

J'ai relevé qu'il était prévu de faire une place importante à la province d'Anjou pour sa douceur, qui est déclinée en cinq chapitres dans la colonne de gauche. Espérons que la polémique des deux ducs ne reprendra pas ses tours.

HCRLes liens partenaires sont toujours une bonne indication des implications personnelles ; il s'agit aujourd'hui du HCR - Haut Commissariat pour les Réfugiés, agence des Nations Unies pour les réfugiés à laquelle le prince a travaillé dans le passé ;

OSLl'Ordre de Saint Lazare (ressuscité) qui a beaucoup amplifié ses oeuvres caritatives depuis la prise de fonction du prince en tant que grand Maître - l'intervention en Serbie fait chaud au coeur ;

WWCenfin (pour le moment) le World Water Council, conseil mondial de l'eau créé pour favoriser une réelle mobilisation politique sur la question, ou le drame déjà, de l'eau dans le monde.


La rubrique Actualités est une ambition utile si elle nous fournit des commentaires de son altesse, et si bien sûr le webmestre la tient à jour. Au fait celui-ci s'appelle Michel Acosta et mérite nos félicitations tant nous avons attendu un site web princier de qualité professionnelle.

Le site nous fait découvrir aussi la jeune duchesse de Cadaval, Diana Álvares Pereira de Melo, que nous avions rencontrée sur The Royal Forum et qui, osons le dire, lui va à ravir.

Un forum est prévu sur le site du duc d'Anjou - je ne sais si le prince connaît les affres de ce genre d'exercice anonyme - mais souhaitons leur jolie brise.

 


Louis XVIILe second site n'a rien à voir avec le précédent.
C'est un site affectif pour maintenir la flamme du souvenir de Louis XVII, l'enfant-roi disparu dans les décombres de la Révolution française.

Il a le grand mérite de n'avoir pas versé dès l'abord dans l'une ou l'autre thèse relançant le mystère du jeune dauphin de France, quoique un chapitre soit dédié à cette question. Le site est très complet en illustrations et présente des fiches biographiques de son entourage familial.
On aurait pu pousser l'idée plus loin en incluant les fiches de ceux qui décidèrent de son enfermement au Temple et de son (ou ses) geôliers.

La partie évoquant en 19 chapitres la vie du dauphin est particulièrement réussie.
Le site est amélioré régulièrement. Sa charte graphique privilégie la douceur et sa navigation est très commode.

Allez-y voir sans tarder : Louis XVII roi-martyr.free.fr.
Bravo à Gentil Dauphin (il se reconnaîtra).

 


encre d'Isabelle des Ch.

Je profite de ce billet pour évoquer un blogue de philosophie et peinture, autrefois titré Huiles et Encres, et que j'ai mis en lien permanent sur Royal Artillerie au début de cette année :

Cliquez-là : Isabelle des Charbinières

Par la sobriété de présentation et pour le fonds exploité, c'est un grand site du World Wide Web.
Il y manque les clés de diffusion propres à l'Internet, mais sans doute cela viendra-t-il avec l'affluence des lecteurs. Elle le mérite amplement.

C'est tout pour aujourd'hui.

mercredi 5 septembre 2007

L'Inquisition facile

Bernardo Gui du Nom de la RoseLa reconquista raspalienne passe-t-elle par une intensification de la sylviculture ? C'est ce que nous conseillons aux Croisés nouveaux, après une lecture attentive des riches heures de Bernard Gui, le dom Bernardo du film Au Nom de la Rose qui acheva jadis la conquête des âmes égarées en Languedoc sans chercher à gagner celle des coeurs, et dont on réédite cette année le Manuel.

L'Inquisition tire son nom de sa capacité à avoir recours à la procédure inquisitoire, procédure extraordinaire inconnue du droit romain. Un tribunal classique ne pouvait pas se saisir spontanément d'une cause: il ne pouvait intervenir que pour répondre à une plainte au civil ou une dénonciation au pénal. Au contraire, un tribunal d'Inquisition pouvait examiner d'office (au sens littéral) toute question ressortissant à son domaine de compétence, sans avoir besoin d'être saisi par un tiers. Ce pouvoir fut attribué pour permettre d'examiner rapidement et efficacement tous ceux qui pouvaient être soupçonnés d'hérésie. Le pouvoir inquisitoire était un pouvoir exorbitant, susceptible d'être employé abusivement, et donc refusé aux juridictions classiques (source Wiki). L'Inquisition deviendra vite un Etat dans l'Eglise.

A la décharge du projet inquisitorial du saint siège, on peut relever que la préservation de la foi, dans une époque excessivement mystique et autant obsédée par son salut que celle-là, était du même ordre que la préservation de la santé physiologique aujourd'hui. L'hérésie était combattue non pour elle-même mais pour sa contagion "mortelle" au corps sain des fidèles. Les hérétiques à bas bruit n'étaient finalement pas inquiétés appliquant d'avance la maxime "pour vivre heureux vivons cachés".

Grand inquisiteur à Toulouse de 1308 à 1323, Bernard Gui fut chargé de purger la région des vestiges du catharisme qui refusait de disparaître sous les cendres de la croisade des Albigeois. Le traité de Meaux établi par la reine-mère Blanche de Castille en 1229, à part le dépeçage du Midi entre le roi de France et le pape, n'avait donc pas atteint le but fixé à l'origine. Frère Prêcheur de langue d'oc et comprenant donc le patois des Cathares, Vaudois et autres bégards déviants et béguines, tous du cru, rigoureux dans ses enquêtes, implacable dans ses sentences quoique piètre théologien, il remporta son challenge par une organisation efficace et une opiniâtreté infatigable. C'est le modèle de l'inquisiteur sévère, loyal et droit, appuyant la procédure sur une maîtrise savante de son art. Ce modèle parviendra jusqu'à nous et sera utilisé quand les circonstances exigent d'aboutir. Ses fils spirituels s'appellent Auss..., (censuré) et ses principes gouvernent encore nos juges d'instruction, capables de faire avouer n'importe quoi à n'importe qui, comme nous l'ont montré des affaires récentes. La procédure en vigueur de nos jours reste d'ailleurs qualifiée d'inquisitoire !

Les Belles Lettres ont republié en 2006 son Manuel de l'Inquisiteur (édition bilingue français-latin) dont la lecture vous consume aussi vite que le doute canonique vous saisit. Pourtant le grand Bernardo sut jouer de la peur qu'il inspirait en restant froid et distant, plus que des affres de la Question promise aux nuques raides, qu'il jugeait stupide pour obtenir témoignages honnêtes et aveux sincères. On le reconnut intègre et "juste" par rapport au Codex pontifical, ce qui lui valut la mitre des mains de Jean XXII. Des 647 prévenus qui passeront sur la sellette il n'en "brûlera" que 45 dont 3 par contumace !

Exercez-vous à l'inculpation des sorciers ou aliens de votre entourage comme suit :

Inspirez !
Interrogatoire des sorciers, devins et invocateurs des démons :

Au sorcier, devin ou invocateur des démons inculpés, on demandera la nature et le nombre des sortilèges, divinations ou invocations qu’il connaît, et qui les lui a enseignés.

Item, on descendra dans les détails, prenant garde à la qualité et conditions des personnes, car les interrogatoires ne doivent pas être les mêmes pour tous. Autre sera celui d’un homme, autre celui d’une femme. On pourra poser à l’inculpé les questions suivantes : que sait-il, qu’a-t-il appris, à quelles pratiques s’est-il livré à propos d’enfants victimes d’un sort ou à désensorceler ?

Item, à propos des âmes perdues ou damnées ;
Item, à propos de voleurs à incarcérer ;
Item, à propos d’accord ou de désaccord entre époux ;
Item, à propos de la fécondation des stériles ;
Item, à propos des substances que les sorciers font absorber, poils, ongles et autres ;
Item, à propos à propos de la condition des âmes des défunts ;
Item, à propos de prédictions d’événements à venir ;
Item, à propos des fées, qu’on appelle « bonnes choses » et qui, à ce qu’on dit, vont de nuit ; Item, à propos de des enchantements et conjurations au moyen d’incantation, de fruits, de plantes, de cordes, etc. ;
Item, à qui les a-t-il enseignées ? De qui les tient-il ? Qui les lui a apprises ?
Item, que sait-il de la guérison des maladies au moyen de conjurations ou d’incantations ?
Item, que sait-il de cette façon de récolter les plantes, à genoux, face à l’orient, et récitant l’oraison dominicale ?
Item, qu’en est-il de ces pèlerinages, messes, offrandes de cierges et distribution d’aumônes qu’imposent les sorciers ?
Item, comment fait-on pour découvrir les vols et connaître les choses occultes ?
Item, on fera notamment porter l’enquête sur ces pratiques qui sentent une superstition quelconque, l’irrespect, l’injure vis-à-vis du sacrement du corps du Christ, vis-à-vis du culte divin et des lieux consacrés.
Item, on s’enquerra de cette pratique qui consiste à conserver l’eucharistie, à dérober aux églises le chrême et l’huile sainte ;
Item, de celle qui consiste à baptiser des images de cire ou autres ; on demandera la manière de les baptiser, quel usage on en fait et seuls avantages on en retire.
Item, on interrogera le prévenu sur les images de plomb que fabriquent les sorciers ; mode de fabrication et emploi.
Item, on lui demandera de qui il tient tous ces renseignements ;
Item, depuis combien de temps il a commencé à user de telles pratiques ;
Item, quelles personnes et combien sont venues lui demander des consultations, en particulier pendant l’année en cours ;
Item, lui a-t-on antérieurement défendu de se livrer à ces pratiques et de n’en plus user désormais ?
Item, a-t-il récidivé malgré cette promesse et abjuration ?
Item, croyait-il à la réalité de ce que les autres lui enseignaient ?
Item, quels bienfaits, présents ou récompensés a-t-il reçus pour ses services ?"

Expirez !

Sentences de B. GuiLa procédure inquisitoriale étant de droit entièrement écrite et archivée au greffe épiscopal, le livre des 636 sentences promulguées avec certitude par Bernard Gui en 940 instances inquisitoriales est disponible en deux volumes reliés aux Editions du CNRS pour la modique somme de 250€, 5% étant reversés au souvenir des suppliciés. Le livre ne tombe jamais des mains et fera de vous un Parfait hibou.

Si le bûcher vous purifiait et surtout vous évitait l'Enfer à la Jérôme Bosch, on pouvait dire que les tribunaux de la sainte Inquisition étaient pavés de bonnes intentions : la rédemption par séparation de l'âme rachetée et du corps perdu. Mais avant d'en arriver à ces extrémités, les hérétiques "bénéficiaient" d'une gamme de peines non létales.

Les peines n'en étaient pas, on parlait plutôt de pénitences. Pendant le "temps de grâce" accordé sur un territoire donné pour confesser son hérésie, les sanctions étaient diverses et allaient de la fustigation pendant la messe, aux pèlerinages expiatoires, ou à l’entretien obligatoire d’un pauvre, voire au port de la croix jaune d’infamie sur les vêtements selon la mode d'alors.
Le pratiquant avéré d'une déviance réprimée qui s'était converti avant l'échéance du Temps pouvait quand même être incarcéré, soit au "mur large" dont on avait de bonnes chances de réchapper sans cholestérol, soit au "mur étroit" dans ce qu'il faut considérer comme des oubliettes, les oubliés sortant des statistiques. Les fugitifs, les relaps et les entêtés risquaient le feu et le savaient.

Il n'en demeure pas moins que certains inquisiteurs furent de véritables fées du foyer, comme le dominicain Robert le Bulgare, Parfait apostat, qui, connaissant bien ses anciens codisciples, ordonnait des feux d'enfer, tels celui de la Charité sur Loire à 50 bûchers et celui de Provins où 183 martyrs furent brûlés après une rafle au marché de la ville (1239). Le prémontré Conrad de Marbourg qui s'était fait une spécialité des lucifériens, atteignit des scores enviables en Allemagne, jusqu'à se faire assassiner dans une embuscade. Ce fut le premier dépêché d'une longue série.

T.D.
En pratique, pour faire un bon bûcher il faut se lever tôt et quérir le bois mort dans la forêt profonde où s'entend le coucou. Mieux encore la sapinière qui fleure la résine matutinale. Compter quatre stères pour une sorcière, six pour son ogre de mari. Les enfants se chargeront de la paille avec le renfort de quelques ânes et des cailloux pour ne pas se perdre.

La poix d'enduction est la substance visqueuse indispensable à la prise, on la commercialise sous le nom de poix-résine. La noire est plus chère que la blanche d'un sou. Les surplus sont exportables vers les saloons américains où l'on triche aux cartes. Soyez perfectionnistes et rajoutez de la poudre de charbon de bois au chaudron quand il est tiède, et un zeste d'amadou. Si vous êtes dans un bon jour, enduisez la chemise de lin du supplicié de soufre dont la combustion facile l'asphyxiera sûrement. Les arômes sont onéreux et ne serviront à rien, la fumée de chair calcinée emportant l'ambiance. Evitez une chaise sous le vent pour chanter vos psaumes pendant l'incinération.
Sous réserve d'aumône de la part des affligés vous serez enjoints parfois à étrangler l'impétrant ; prévoyez une petite cordelette de soie cirée pour suffoquer le vilain en lui passant le capuchon.

La cérémonie fumigatoire est décrite dans les ouvrages catholiques de la bibliothèque vaticane à laquelle je dois vous renvoyer, n'ayant obtenu encore les copyrights idoines du saint Office, de crainte peut-être que son dernier Motu Proprio tridentin n'entraîne ses contempteurs à en faire des tonnes sur cet art ancien de l'ardeur dans la propagation de la foi.
5...4...3...2...1 : ignition !

instance inquisitoriale
Fides suadenda non imponenda

L'Inquisition fut abolie en 1846 !

mardi 4 septembre 2007

Maroc une monarchie en évolution

Le royaume chérifien est une monarchie constitutionnelle dont la construction s'apparente par bien des traits au schéma monarchique privilégié par l'Alliance Royale. Les élections législatives du 7 septembre prochain sont l'occasion de décortiquer le fonctionnement d'une démocratie adaptée au monde arabe.

Le cadre institutionnel marocain est à la fois autocratique, démocratique et féodal pour obtenir un équilibre, instable bien sûr, mais maintenu par d'infimes ajustements,
De bas en haut nous obtenons le système suivant :

Le Makhzen ou charpente féodale du pays :
C’est « la structure traditionnelle de pouvoir au Maroc fondée sur la pyramide vassaux-suzerains, exprimée dans des cérémonies rituelles et dans l'exaltation d'une tradition marocaine. Gouverneurs, premiers khalifas du gouverneur, pachas, caïds forment la structure politique. Il existe une structure économique parallèle. Bien que les esprits forts appellent à rompre avec ce système « d'un autre âge » cette conception verticale de l'autorité imprègne l’ensemble de la classe politique. La clé de voûte du Makhzen est le roi !

Il serait bien avisé de n'entendre point les « lumières » qui partout ailleurs ont ruiné le pouvoir monarchique et ont abaissé les peuples dans une souveraineté de carton-pâte dont se moquent les puissants, déresponsabilisés en titre mais libres de tout contrôler en sous-main.
Les modernes invoquent une mentalité archaïque et des réflexes d'un autre âge comme si le Temps était abonné au progrès perpétuel. Les exemples abondent autour d'eux, et particulièrement dans le monde arabe, qui leur démontrent que les avancées démocratiques, ne sont pas un gage de bonheur sauf à considérer qu'elles ouvrent les vannes des subventions internationales. La démocratie à l'occidentale ça se vend aussi.

Il n'en va pas moins que la partie immergée du Makhzen, essentiellement économique et fatalement corruptrice, altère le principe traditionnel et représente un foyer d'infection dangereux pour le régime, qu'il serait utile de nettoyer de pratiques impopulaires. Cela enlèverait un argument très répandu aux tribuns de quartier comme aux critiques plus chics, qui dénoncent le Makhzen comme la cause de biens des maux, ce qui évite aux seconds de citer les coupables qu'ils connaissent. Chez nous ils accuseraient la météo !

La Justice:
Le pouvoir judiciaire est contrôlé par la Cour suprême qui siège en six chambres :
chambre civile
chambre de statut personnel et successoral
chambre pénale
chambre administrative
chambre sociale
chambre commerciale.
Chaque Chambre est sous l'autorité d'un président et peut être subdivisée en sections. L'appareil judiciaire est composé de 68 tribunaux de première instance, 22 cours d’appel, 7 tribunaux administratifs, d'un tribunal militaire permanent, d'une cour spéciale de justice, et de tribunaux consulaires qui jugent les litiges commerciaux.

Si la justice marocaine n'a pas une réputation scandinave pour son impartialité voire son honnêteté, elle constitue un corps soudé par les privilèges concédés, pour ne pas dire arc-bouté sur un corporatisme outré. En ce sens elle exerce à sa manière un contre-pouvoir vis à vis de tous ceux qui gravitent autour d'elle. Des améliorations sont possibles (humour).

Le Pouvoir Législatif est du modèle bicaméral :
Deux chambres composent donc le parlement marocain :

I.- La Chambre des représentants (notre Palais Bourbon) qui offre 325 sièges de députés élus au suffrage universel direct pour 5 ans à la proportionnelle au plus fort reste, par un scrutin de liste. 295 députés sur listes locales, 30 députés sur listes nationales. Le scrutin majoritaire a été abandonné lors des dernières élections (2002) pour des raisons évidentes, que nous montrent la composition de la chambre sortante :
- 50 USFP, 48 Istiqlal, 42 PJD (islamistes), 41 RNI, 27 MP, 18 MNP, 16 UC, 12 PND, 12 FFD, 11 PPS, 10 UD, 7 MDS, 6 PSD, 5 Al Ahd, 4 ADL, 3 GSU, 3 PRD, 3 PML, 2 FC, 2 PED, 2 PDI, 1 CNI.

La loi stipule que « Aucun parti politique ne peut être fondé sur une base religieuse, linguistique, ethnique où régionale, ou d’une manière générale sur toute base discriminatoire ou contraire aux Droits de l'homme. ». Ne nous leurrons pas, mais c'est quand même préférable aux lois théocratiques appliquées ailleurs. Parmi les députés il y a 38 femmes (soit 13 % des députés, proportion semblable à celle de l'Assemblée nationale française).

Ne peuvent postuler aux urnes que les partis ayant déjà obtenu 3 % des voix en 2002. À défaut, chaque nouveau candidat doit rassembler 500 signatures pour la liste nationale et 100 pour les circonscriptions locales. Cerise sur le gâteau : 20 % de ces signatures doivent provenir des élus et les 80 % qui restent de personnes inscrites sur les listes électorales.
Si les pouvoirs du parlement sont constitutionnellement moins importants que ceux donnés au parlement français, on s'aperçoit que dans la vie politique réelle ces chambres fonctionnent comme les nôtres, par questions au gouvernement et commissions permanentes, et n'ont pas plus qu'ici l'initiative des lois.

L'émiettement obtenu par le scrutin proportionnel exige la formation d'une coalition pour obtenir un gouvernement. Curieusement les députés marocains comme leurs homologues israéliens, italiens ou anglais y parviennent, ce qui dénote une maturité plus avancée que celle manifestée par les députés français dans leurs exercices d'obstruction par amendements, les chahuts de potaches ou les fameux claquages de pupitres. Certains ont conscience de leurs responsabilités, d'autres pas.

II.- L'autre chambre est celle des Conseillers qui sont 270, pour les 3/5è, élus régionaux et pour les 2/5è, élus provenant des structures professionnelles et des organisations de salariés, Elle est élue pour 9 ans sur collèges restreints et renouvelable par tiers tous les trois ans. C'est un hybride entre notre Sénat et notre Conseil Economique et Social.

L'Exécutif:
Il est principalement détenu par le Palais, c’est-à-dire le roi en ses conseils, et administrativement par le gouvernement. Le premier bras du pouvoir est appuyé sur le Makhzen, le second bras sur le régime parlementaire que nous venons de voir succinctement.

Le roi cumule fonction politique et fonction religieuse ce qui lui confère des pouvoirs très étendus. Il règne et gouverne : l’essentiel du pouvoir politique demeure entre ses mains. Il nomme et révoque le Premier ministre qu'il choisit où bon lui semble, peut dissoudre les chambres, et même suspendre la constitution... Il est aussi le chef des armées. Le pouvoir royal s’inscrit dans un cadre parlementaire très largement formel : les conseillers du roi forment un véritable gouvernement parallèle qui n’a aucun compte à rendre.
Le roi dispose du relais des « super walis » (les missi dominici) qu'il a nommé dans les grandes régions.

La tête du pouvoir marocain est littéralement « absolue »? Mais pour être honnête cela ne préjuge ni des qualités humaines ni des compétences des conseillers. En ce sens la fonction ne peut s'exercer durablement dans une certaine médiocrité et l'on a assisté à des frictions sévères entre la vieille équipe du roi défunt et la nouvelle composée de quadra plein d'idées. L'absolutisme exige un très haut niveau qualitatif pour perdurer. Des améliorations sont possibles (humour).

Les ministres du gouvernement sont, en principe, choisis par le chef du gouvernement. En réalité depuis 1956, ce choix a toujours été de la prérogative du souverain. Pour la première fois en 1998, le roi s’était contenté de ne nommer que les titulaires des ministères régaliens : Justice, Intérieur, Affaires étrangères, Affaires religieuses et Défense.

Comme chez nous les élites politiques parlent de nouvelle constitution, une constitution qui établisse que c’est au gouvernement, fort du mandat du peuple, de gérer les affaires de la nation, un gouvernement qui serait comptable de son action devant le Parlement, et non devant le Cabinet noir du palais. Ils demandent que les députés puissent un jour discuter de la liste civile du roi, du budget de l’armée et de toute chose qui a trait à la vie de la nation marocaine en restant tout de même respectueux de l’institution monarchique qui reste le vrai ciment de la nation. Rien que de très classique, comme en Espagne, la monarchie européenne sous leurs yeux,

Les esprits moqueurs sont allés jusqu'à dire que le roi gouverne quand le Premier ministre se contente de régner. Un peu comme avec Sarkozy ici !

Il sera intéressant pour les royalistes de voir évoluer cette monarchie proche de chez nous, Le Maroc est un pays ami de la France que nous comprenons assez bien depuis l'épopée de Lyautey dont on publie ces temps-ci une biographie signée Benoist-Méchin.

samedi 1 septembre 2007

Quand au vent du déclin ...

Autrefois première des moyens, demain qui sait, perdue parmi la foule statistique, la France maintient sa trajectoire descendante malgré les appels à la rupture du président élu, rupture essentiellement médiatique, à compter les couvertures des hebdomadaires qui vantent depuis neuf mois ses insoupçonnables talents dans tous les kiosques.

L'inflation démagogique de propositions échevelées mais populaires a sérieusement plombé le redressement économique et moral du pays si l'on observe les reculades et annulations en tout genre qui sont désormais dans les tuyaux sauf à cambrioler le FMI, à commencer par notre politique de défense dont les crédits seront sabrés sans retenue puisqu'on ne trouvera nulle part l'argent nécessaire aux autorisations de programme données hâtivement par l'équipe précédente. MAM a commandé aux Etats-Unis les catapultes du second porte-avions, le "Jacques Chirac", la veille de son départ des Armées. Va-t-on les compenser en champagne ?

Contrairement à ce que pouvait laisser croire l'exercice de bateleur que monsieur Sarkozy réussit parfaitement au côté de Jean-Claude Juncker avant les vacances, c'est bien vers 2012 qu'on a repoussé l'assainissement de nos finances publiques, 2012 ça veut dire "un jour peut-être". Nos amis de l'Eurolande nous en ont fait le reproche de manière très franche et la presse du complexe militaro-industriel ne vous en a rien dit. Mais hors-frontières les amateurs français sont montrés du doigt de la même façon que nous le faisions nous-mêmes du cabinet Berlusconi !

Le redressement est-il impossible en l'état ? Sans doute ! Nous sommes trop intellectuels et nous nous gavons d'analyses quand d'autres synthétisent naturellement et prennent le taureau par les cornes sans frémir. L'Allemagne de Gerhard Schröder s'est trouvée dans les mêmes déséquilibres convergents que nous, jusqu'à 1500 milliards d'euros de dette publique (1200 chez nous), avec en plus le fardeau de la réhabilitation de ses provinces orientales. Les réformes du système social furent brutales et nul n'a vu d'émeutes contre cette politique du fer rouge dans la plaie. Le chancelier Merkel a continué sur sa lancée, majoré sa TVA de trois points (19% aujourd'hui), et mis en application des économies drastiques à tous les étages. Il y a du résultat. Il y a toujours du résultat quand l'Etat est courageux. Excédent budgétaire au premier semestre ou pour le moins l'équilibre revenu cette année, et fort excédent commercial vers les zones globalisées en pleine croissance (73 milliards au même premier semestre contre 51 pour toute l'année 2006). Aparté : l'euro fort ne les gêne pas.

Le partenaire français a perdu 15 milliards d'euros sur la même période et son déficit public sera fortement aggravé par les cadeaux fiscaux que l'équipe au pouvoir doit concéder à ses sponsors. Le manuel du savoir-vivre stipule qu'on ne peut accepter un cadeau de 22000 dollars la semaine à Wolfeboro sans renvoyer l'ascenseur au généreux donateur, à l'occasion. On peut comprendre aussi que l'Allemagne n'ait plus de temps à perdre avec les "sauteurs" français, l'axe Paris-Berlin est plus que jamais une foutaise pour les Allemands qui ont de bien plus grandes ambitions. Idem d'ailleurs pour la Grande Bretagne qui trace sa route et ne regarde pas derrière elle pour s'appitoyer sur le déclin français qui l'avantage pour le foncier du Périgord ; mais nous en parlerons une autre fois.

Avions-nous le choix en mai ? Le challenger, d'après ce que nous en livrent les brûlots récemment lancés par Claude Allègre et par Marie-Noëlle Lienemann, est la plus parfaite des nullités politiques, une gravure de mode défraîchie avec un tempérament bureaucratique de pisseuse. J'ai ouï le dernier discours de Melle, et fermant les yeux je m'imaginais à l'ouverture des comices agricoles par le sous-préfet de Saint-Amand Montrond avant guerre (la grande). Les larges extraits de ces pamphlets complaisamment diffusés par la presse nous assurent que la peste était pire que le nicholéra.

Les gens vont-ils un jour suspecter le régime politique en vigueur de leur fabriquer ce genre d'alternative médiocre ? Et même sans se focaliser sur le second tour de la présidentielle, l'inventaire des candidats qui ont pu déboucher au premier laisse à croire que la machine républicaine excrémente sans vergogne des trognes fabriquées pour le petit écran, cachant des crânes vides, fors l'ambition. On irait jusqu'à se réjouir que de nombreux pouvoirs soient dévolus à l'administration supranationale non élue où les compétences priment les combines de partis qui dégagent ici des candidats inadaptés. Pour la monnaie, c'est sûr : entre les mains de la chiraquie et de son succédanné actuel le franc libre serait au niveau du bath siamois. Mais à voir le taux de confiance dont bénéficie le président après ses frasques estivales, son investissement médiatique inlassable (pour lui), les reculades de son gouvernement, et son goût immodéré pour les aventures diplomatiques, on sait que le veau national ne fera pas tout seul l'analyse de notre affaissement général tant que son codevi est abondé des fruits de la redistribution.

Les critiques sont méprisés sous le terme de "déclinologues" et les thuriféraires de l'oligarchie aux manettes laisse croire que tout finit toujours par s'arranger, même mal. Le déclin n'est que relatif, et tout entier relatif à nos classements internationaux. En ce sens il est avéré ! On descend régulièrement les barreaux des échelles, sans exception. Les ressorts mentaux sont brisés et les gens "n'y croient pas", mais on nous persuade du contraire. Vieille méthode Coué !

Comment dès lors exploiter cette situation, malgré tout regrettable, pour les convaincre que nous avons besoin d'excellence au niveau des pouvoirs essentiels et pas seulement de pugnacité et de vribrionnance?

Communiquer plus largement sur des schémas institutionnels simples, applicables sans révolution ni tabula rasa et destinés à barrer la voie d'accès aux pouvoirs essentiels pour les réserver aux professionnels.

La question reste quand même de savoir quel sol nous allons percuter en fin de trajectoire car notre propagande ne la ralentira pas. Sera-ce du sable, du rocher, ou la mer profonde ? Je ne crois pas au pire car que je fais le pronostic que les autres pays d'Europe ne laisseront pas disparaître le plus beau d'entre eux, une mine touristique et gastronomique inégalée mondialement, au coeur du continent, à moins qu'ils ne se le partagent, à défaut le colonisent. C'est un peu pour ces raisons que nous devons nous méfier d'une décentralisation trop poussée et d'un régionalisme centrifuge.

Le recours a-t-il un programme de la trempe de celui des chanceliers allemands ?
Les Gracques vont-ils parler, eux qui disent tenir le graal sous le boisseau ?
Le recours a fait voter Sarkozy ! A titre personnel. En a-t-il d'autre ?
Les Gracques sont encore pour quelque temps républicains.

cendres

Quand au vent du déclin les cendres se soulèvent,
En heureux tourbillons vers les cieux bien aimés,
L'âme reste jonchée des désirs et des rêves
Que la flamme a mordus mais n'a pas consumés.

Avec Charles Maurras acceptons en l'augure

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