vendredi 19 octobre 2007

Souveraineté par l'offensive

armes charles bourbon sicileEn ce jour de grève des privilèges et de manifestation du RIF à Paris, place des Victoires (?!), je mesure une fois encore la distance qui sépare le souverainisme de la souveraineté. Le pays de la Liberté-Egalité-Fraternité est bloqué sur des privilèges sociaux. D'autres veulent qu'il se replie sur lui-même. Si l'intention souverainiste est louable quant au réflexe de départ qui motive cet engagement, persister dans cette voie croyant atteindre la souveraineté est perdre son temps. Le but du souverainisme c'est le souverainisme ! C'est tout !
Nota : En décoration les armes de Charles V de Bourbon-Sicile montrant 14 nations.
Qu'avons-nous remis de souveraineté aux communautés européennes ? Il y a six champs de dévolution de compétences :
(1) la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) qui a été fusionnée avec la suivante en 2002,
(2) la Communauté économique européenne (CEE)
(3) la Communauté européenne de l'énergie atomique (Euratom)
(4) la Coopération policière et judiciaire en matière pénale dite Justice et affaires intérieures (JAI)
(5) la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC)
(6) la Monnaie unique, pour 13 pays sur 27.
...

Ce sont les domaines 2, 5 et 6 qui posent problème. La sidérurgie (1) d'un pays sans charbon ni fer n'est pas nationalisable, la coopération dans le nucléaire civil (3) ne nous enlève rien dès lors que, nous sommes une puissance atomique, les coopérations de justice et police (4), le plus souvent à notre requête (sauf Battisti), sont bienvenues entre voisins. Restent le marché commun, l'euro et l'Irak ou l'Iran.

(*2) La CEE :
En quoi participer à un grand marché de libre-échange est-il dommageable ? C'est un accroissement considérable de nos débouchés, et si des empiétements un peu stupides sur nos productions traditionnelles nous agacent il suffit de les combattre. Ou plutôt de demander à nos représentants de les combattre et de ne pas, comme trop souvent, dire oui à Bruxelles et non à Paris. Que serait devenue l'agriculture française sans les garanties de prix de la PAC ? Elle aurait été dévorée par l'agriculture des pays neufs qui débouchaient chez nous au tiers de nos coûts. Ce n'est pas toute seule que la France aurait aujourd'hui une agriculture parmi les premières du monde, des céréaliers capables d'exploiter en même temps des terres du Nouveau Monde ! Cela avec les exploitation viticoles du Chili par exemple, c'est du jamais vu depuis la fin de l'empire colonial. Ceux qui soutiennent le repliement sur "nos valeurs agricoles" n'ont jamais connu d'exploitants agricoles. L'expansion agricole, c'était le deal avec l'Allemagne. Quand d'ailleurs les protections seront abaissées, car on ne peut tenir longtemps sur ce niveau de prix très onéreux pour le budget commun, on mesurera mieux la qualité de la défense antérieure. Après, ce qui se joue à l'OMC ne fait pas partie de la "contrainte européenne" mais mondiale.

Y opposer le contrôle indispensable de nos frontières pour taxer les pirates est une foutaise acidulée pour enrober l'évidence de nos insuffisances dans d'autres secteurs, quand ce n'est pas tout bonnement masquer leur disparition, programmée par la globalisation des échanges. En économie la meilleure défense c'est l'attaque. En certains secteurs comme l'atome, la bancassurance, le luxe, le ferroviaire ou l'aéronautique nous savons faire (le cas Lagardère-EADS est un épiphénomène non révélateur). Consolidons ce qui marche et développons-nous à fond dans les domaines prometteurs, en libérant pour ce faire les initiatives, non pas en déployant des aides mais en détruisant les contraintes !
Au lieu de quoi, colbertistes jusqu'au bout des ongles, nous avons saupoudré le territoire de "pôles d'excellence" pour trois pelés et un tondu subventionnés, incapables d'émerger au niveau mondial, car c'est bien de cela qu'il s'agit. Ou c'est le garage, ou bien la Silicon Valley ; entre les deux c'est de l'argent gaspillé et surtout du temps à jamais perdu dans la compétition internationale. Mais peut-être que les souverainistes rejettent la compétition internationale (?).

(*5) La PESC :
On sent ici un réel danger et il vient surtout des Etats-Unis, non par ce qu'ils auraient à dire dans cette "communauté" (rien du tout en fait) que par l'effet de leurs actions intempestives sur le continent européen et autour. La guerre d'Irak est perdue. Le cadavre irakien attire même les Turcs qui caressent l'idée de récupérer le vilayet de Mossoul (Ninive) injustement arraché à la jeune République turque en dépit des apaisements donnés à l'Empire ottoman. Ils vont laisser en Irak un fumier sur lequel va pousser le terrorisme islamiste bien plus à l'aise entre le Tigre et l'Iran que dans les montagnes arides du Waziristan.
Vitrifier l'Iran sera d'ailleurs la pierre de touche de la résolution poutinienne à vouloir redevenir une superpuissance quoiqu'il en coûte au budget russe.

Mais pour nous, c'est bien l'affaire du bouclier ABM installé en Pologne et en Tchéquie, doublée de l'agitation orchestrée par les Américains dans le Caucase, qui est dangereuse. Pourquoi provoquer la Russie ? Ou bien l'Europe refuse ces provocations et arrête de s'impliquer derrière la Pologne dans le cirque ukrainien ou biélorusse par exemple, ou bien la PESC est un outil dangereux. La porte de sortie serait d'en user pour consolider nos intérêts énergétiques et faire face à l'arrogance de Gazprom par tous moyens économiques utiles, et nous en disposons.
Mais sortir de la PESC pour la voir déraper sans que nous n'usions de notre influence en son sein, est idiot ; les Russes nous mangeront un par un.

(*6) La BCE :
L'Europe avait trois devises de réserves. Elle en a toujours trois, l'euro a remplacé le deutschemark. La France dispose d'une monnaie de réserve ce qui ne s'était plus vu depuis la guerre de Quatorze, et les Français manipulent une monnaie valorisée sur tout le globe, qui ces temps-ci leur offre un discount légal de 40% partout ailleurs.
Que la politique de la BCE soit discutable est une autre affaire. A noter que l'Allemagne qui brise tout ses records d'exportation, n'y trouve rien à redire et que ce ne sont que les traînards de l'Eurogroupe qui rouspètent.

Qu'aurait changé la continuation du franc (souverain pour rire) ?
Avec nos déficits structurels et la lâcheté de notre classe politique, sans parler de l'ossification du secteur public, nous aurions dévalué notre monnaie chaque année à peine de voir les notations internationales nous ranger à juste titre dans la case des risques souverains. C'est d'ailleurs à l'occasion de critiques populistes d'un certain de Villiers sur l'euro qu'on mesure l'incompétence du tribun féodal dans le domaine monétaire.
Nos gouvernements ont fait des pieds et des mains pour imposer Trichet aux autres. A nous de mener la bronca pour l'en sortir et passer la serpillière.

La vraie souveraineté :
La défense de la souveraineté est une démarche de puissance, elle exige l'offensive tous azimuts, qui elle-même sera lancée sur des bases nationales assainies et durcies. Nous en sommes très loin, avec un Etat pachydermique qui étouffe littéralement la Nation et des déficits au niveau de ceux du Tiers-monde, qui lui bénéficie parfois d'une remise de dettes, mais pas nous ! Ceci pourrait être combattu si d'abord existaient les énergies pour le faire. Or, les lions fuient la France. Nos gouvernement convoquent la croissance (c'est un être sourd, la croissance) par la chemin de l'investissement et de l'innovation. Les acteurs capables d'y répondre si tant est qu'ils aient pu surmonter les oukases récurrents des "je-sais-tout" de la haute fonction publique, sont partis ou se préparent à partir. Il y a un grand ras-le-bol des élites techniques. De plus en plus nous sommes "dirigés" de loin !

En ce second jour mémorable de grève générale des régimes spéciaux j'ai déjà l'ulcère d'ajouter qu'un peuple dont une si grande partie de la population active défend des conditions avantageuses et inégalitaires au simple motif qu'elle a la sensation de "travailler", est un peuple de veaux dont les ressorts brisés doivent être renouvelés.
Comment, je vous le laisse deviner, mais il y a urgence à modifier l'éducation donnée à nos enfants et à purger le système des théoriciens du loisir éternel.

Instrumentaliser la souveraineté pour gagner des positions politiques est en outre une escroquerie si l'on cultive le jardin stérile du souverainisme. Ou bien ces politiciens sont sots. Il semblerait en effet que le dogme simpliste et populiste soit absolument obligatoire dans cette grave question.

A la manoeuvre on retrouve des hommes politiques très discutés.
Chevènement qui a montré une faible résilience mentale en démissionnant de son poste de ministre de la Défense en pleine guerre - une première ! - s'est trouvé un champ de manoeuvre moins risqué dans la statue de commandeur du souverainisme de salon, les estrades l'enrhument.
Les autres, Myard, Villiers, Dupont-Aignan, montrent toujours une forte indépendance d'esprit jusqu'aux dernières semaines de la législature pour se ranger en colonne-couvrez dans la cour de la cantine UMP quand filtre l'odeur de la soupe au choux.
Seul Paul-Marie Coûteaux tient sur l'axe - il faut le dire et l'en féliciter - et jusqu'ici avec une sincérité parfaite de démocrate pur et dur. D'ailleurs le souverainisme est une défense ardente de la démocratie et du référendum.

Hormis celui-ci, les princes du souverainisme français sont des carriéristes d'abord, des pros du préau, prospérant sur la démocratie représentative à l'insu des gogos républicains ou royalistes. J'ai oublié charitablement le Menhir de Montretout qui est maintenant rangé des voitures, un détail ; quant à l'inéfable concussionnaire corse, il vaut mieux rester calme et boire frais comme dirait Borloo.

On pourrait me rétorquer que les européistes ne sont pas mieux, ce qui serait assez terrible pour les souverainistes qui défendent nos "valeurs éternelles". C'est vrai aussi que le clan des fuyards d'Hervé Morin rebaptisé Nouveau Centre est un nid de crapules. Mais nous n'avons pas à venir dans ce concours.

Le traité simplifié de Lisbonne prévoit pour la première fois une procédure de retrait de l'Union européenne pour les pays le désirant. Chiche !

Nous sommes en guerre mondiale qui ne dit pas son nom. Ne perdons pas du temps avec des vieilleries comme l'autarcie ou le malthusianisme. Pas nous, Français ! Nous sommes une nation de bien autre chose qu'un ramas de trouillards. Sinon à quoi sert-il ... de vouloir remettre un roi demain ?

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mercredi 17 octobre 2007

Le lien "stratégique"

Je n'ai pas l'habitude de présenter les sites liés au présent blogue, ils se présentent eux-mêmes si l'on clique dessus, et avec la fonction "Snap" le passage de la souris sur le lien indique s'il est actif. Mais la règle exigeant l'exception qui la confirme, je vous présente aujourd'hui le lien dedefensa.org de Liège.
C'est une structure Web plus aboutie qu'un blogue ou qu'une lettre électronique, entièrement dévouée aux questions de défense, et qui use d'une précision de langage toute militaire.

dedefensa.org
Accueil :
* En 1985, naissance de la Lettre d'Analyse de defensa & eurostratégie(Context en anglais), en 1999 au tour du site dedefensa.org.
* Nous définissons nos engagements à la manière des "antimodernes": «Celui qui peut dire "nous modernes" tout en dénonçant le moderne.»
* Le réseau joue un rôle critique crucial des forces déstructurantes qui sont la cause de la crise de notre civilisation : nous participons à cette bataille de l'information et de la perception avec notre grille de lecture du postmodernisme (le virtualisme).
* La logique de notre engagement nous soutient avec fermeté et constance.

D'accord, vous n'avez rien compris. Ils se déploient dans une explication mieux à propos que vous lirez en cliquant ici.
...

C'est Philippe Grasset la cheville ouvrière. Il est lui-même analyste, journaliste indépendant, chroniqueur, écrivain. Cela n'empêche en aucun cas les publications d'avoir des appréciations politiques marquées. Et marquées comme il faut. J'ai adoré sa défense et illustration de Joseph de Maistre.

Philippe Grasset est un Français de 60 ans. Pied noir algérois rentré en France au début de 1962.
Bac philo, 3 ans dans la pub à Paris puis, fin 1967, expatriation à Liège, débuts dans le journalisme.
De 1967 à 1985, journaliste au quotidien national La Meuse-La Lanterne essentiellement dans les chroniques de politique extérieure et de sécurité.
Première tentative dans l’univers de la “lettre d’information” en 1978-1980 (Definter pour Défense Internationale).
Journaliste indépendant (chômeur ?) en 1985, lancement de de defensa Lettre d’Analyse, le 9 septembre 1985.

Le "Maistre" le voici :
Ayant fait référence à Joseph de Maistre dans une de ses chroniques, il suscita l'étonnement d'un lecteur abasourdi de lire pareilles vieilleries comme la transcendance de l'histoire dans une analyse moderne, à quoi il lui fut répondu, sur un mode savoureusement trrranscendantal à la Dali ... :

Cher lecteur(s), la condition d’un intérêt quelconque et enrichissant pour la méthodologie maistrienne, c’est de ne pas chercher à la comprendre (à l’expliquer) mais de l’utiliser après l’avoir ressentie comme juste par intuition et éventuellement reconnue par expérience. Ce que, manifestement, vous faites et ce qui fut, à notre sens, la démarche initiale de Joseph de Maistre.

Qui est-il ce Maistre? Un érudit aux opinions tranchées et à la plume superbe, mis au placard de la démonisation par la sotte et indigne intelligence française qui tient les rênes du pouvoir, de ses ors et de ses privilèges depuis des siècles et des siècles, et qui représente nécessairement le parti de l’étranger en France (des adversaires de Jeanne aux collabos de Hitler, aux staliniens du type “Il ne faut pas désespérer Billancourt”, aux libéraux partisans des “bombardements humanitaires” du Pentagone d’aujourd’hui). Maistre est l’archétype de la hyène puante et réactionnaire, du “salopard” sartrien avant l’heure.

Cela dit, la vérité est que Maistre fut, avant la Révolution, une lumière de la maçonnerie (entrée en 1773), qu’il délivra un Mémoire superbe, resté célèbre, au Grand Maître de son ordre, le duc de Brunswick. Puis il y eut la révolution. Comme Chateaubriand, autre libéral bronzé au feu de la médiocre et sanglante folie humaine, Maistre devint anti-révolutionnaire, papiste, réactionnaire, protecteur des royautés légitimes. Cela dit (bis), il creva la faim comme tout homme de belle vertu non référencée qui se respecte. Nommé ambassadeur du Roi de Piémont (dont il était le sujet) auprès du tsar Alexandre le libéral, c’est lui-même qui, à Saint Petersbourg, entretenait chichement son ambassade, sur ses maigres deniers, crevant de froid parce qu’il ne pouvait acheter du bois pour l’âtre froide, recouvert d’un manteau pour écrire ses dépêches diplomatiques sublimes dont le roi du Piémont se foutait du tiers comme du quart. Le roi de Piémont oubliait de lui servir ses gages. Allez donc parler de cette anti-rente de la liberté de l’esprit à nos intellectuels anti-sarkozystes et aux autres, les antiaméricains de salon comme les pro-sarkozystes et pro-américains des mêmes salons, — bref, à tous nos intellectuels installés, le cul au chaud…
Passons cette polémique pour vous dire que ce qui nous passionne chez Maistre, d’ailleurs comme chez Chateaubriand, c’est sa perception intuitive de la transcendance de l’Histoire. Maistre n’explique pas cela, il en est habité et il est observe le monde à la lumière de ce feu intérieur.



Le site dedefensa.org est très riche, une vraie mine d'informations et analyses sur tout ce qui est stratégique. Ses archives sont volumineuses, la navigation assez aisée compte tenu du matériau accumulé. Nous vous laissons découvrir tous les sujets de l'actualité brûlante, en gage de quoi nous vous offrons ses trois dernières analyses gratis pro deo :

La France qui flotte
La politique iranienne de la France est une chose étrange. Ses effets sont étranges. On peut sans aucun doute y retrouver certains aspects contradictoires de ce que nous nommions, dans un autre texte, le 22 septembre, “la quadrature de Sarkozy”. Le seul aspect de cette politique qu’on peut juger compréhensible, — ce qui ne signifie pas nécessairement justifiée, ni avisée, — c’est la logique qui l’a conduite, qui est une logique bien française (bien cartésienne). La suite ici.

Rafale et paroles de ministre
« F-35 versus “Rafale” » Un lecteur : Comment appréciez vous (avec votre clairvoyance habituelle) la sortie incroyable, la semaine dernière, du ministre français de la défense contre le “Rafale”, au vu de ce qu'est en train de devenir le programme F35. N'était-ce pas au contraire le moment de dire que le “Rafale” est supérieur sur beaucoup de point, non seulement à ce que sera le F35, mais à d'autres avions américains, sans mentionner l'Eurofighter? Mais peut-être que M. Morin a le jugement faussé par des influences que nous aimerions connaître.» (Les Manants ont repris l'info). La suite ici.

Histoire de l'histoire américaniste
L’extrait de l’ouvrage en composition que nous présentons, l’ouvrage lui-même, constitue une tentative de révision de l’histoire officielle. Celle-ci, l’histoire officielle, est servie (comme on “sert la messe”) par ceux que nous nommons en général “les historiens assermentés”. Il s’agit de ces historiens qui ont sacrifié aux exigences d’une vie réglé par les consignes et la fortune d’une vie sociale et mondaine imposée par le système, le sens et la substance de la mission qu’est la fonction pour nous sacrée d’historien. Pour “les historiens assermentés”, le catéchisme existe et il n’y a pas de mystère dans l’histoire. Au contraire, pour nous l’Histoire est d’abord un mystère. La suite ici




Quatre livres ont été publiés par Philippe Grasset :
*La drôle de détente, 1978
*Le regard de Léjov, 1989
*Le monde malade de l’Amérique, 1999
*Chronique de l’ébranlement, 2003

Ph.Grasset_Chronique
PH.Grasset_Monde malade


Mais vous ne pouvez pas partir sans avoir lu son Groupe de crétins congénitaux devant l'énigme russe. On y est en plein !

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lundi 15 octobre 2007

Bonald, l'autre monarchiste

au MonnaD'une vieille famille parlementaire rouergate, il naquit au château du Monna sur la commune de Millau (Aveyron) le 2 octobre 1754. La famille de Bonald y demeure encore et je crois qu'ils ont une chambre d'hôte pour les lecteurs d'ambiance (voir avec francoise@bonald.org) ! Formé chez les Oratoriens, Louis-Gabriel servit aux mousquetaires du roi avant de rentrer au pays épouser sa promise, une Guibal de Combescure, vieux patronyme aveyronnais. On saisit mieux le ressort philosophique naturel de Bonald si on connaît l'Aveyron et son terroir méridional, le Millavois. En 1785 il est maire de Millau. Le cahier de doléances municipal de 1788 ne réclame pas de viaduc.

Partisan de la réforme des moeurs et des lois, il est réélu maire cinq ans plus tard, jusqu'à ce que les débordements révolutionnaires et la vente des biens nationaux ne lui indiquent que la Révolution est chargée de haine et de cupidité. Il quitte ses fonctions départementales, prend ses deux fils et part rejoindre l'armée de Condé en 1791.
Il restera six ans en Allemagne puis en Suisse après la démobilisation, où il publiera sa Théorie du Pouvoir politique et religieux (Constance 1796). Le texte est en ligne sur le site de l'université de Québec (cf. infra). On en goûtera ce paragraphe sur Benjamin Franklin et la jeune république américaine :
...

Une vérité incontestable est que toutes les républiques, anciennes ou modernes, grandes ou petites, ont dû leur naissance à l'ambition du pouvoir. L'oppression n'a jamais été qu'un prétexte. En Amérique, quelques droits modiques sur le thé servirent de prétexte, à défaut d'un motif plus grave ; et pour payer cette boisson malsaine quelques sous de moins, l'Amérique fut dépeuplée, fut ruinée, la guerre s'alluma dans les deux mondes, le sang humain coula à grands flots ; et le grand homme, qui n'exposait sa vie qu'au danger des indigestions des dîners de Paris, s'applaudissait des progrès de l'incendie qu'il avait allumé ; et tandis qu'il riait en secret de la sottise des peuples, il s'extasiait en public sur l'énergie républicaine et les progrès de l'esprit humain. On ne contestera pas sans doute que la démocratie française ne doive sa naissance à l'ambition réduite à inventer les prétextes les plus absurdes, lorsque les intentions bien connues du malheureux Louis XVI, et les dispositions non équivoques de tous les ordres de l'État ne permettaient pas d'alléguer des motifs.

Et celui-ci à suivre que nous devrions savoir par coeur aux temps d'aujourd'hui :
Dans toutes les révolutions il y a un dessous de cartes, qui n'est pas toujours connu, parce que les meneurs périssent souvent dans les troubles inséparables de la révolution, et emportent avec eux leur secret que des événements ultérieurs auraient dévoilé. Cependant les effets arrivent, parce que l'impulsion est donnée ; mais le voile reste sur les causes, et la foule imbécile, qui ne les soupçonne pas, imagine du merveilleux pour expliquer les effets.

On le savait peu républicain malgré un premier enthousiasme, on s'en assure en lisant cette étrillage du régime honni :
On ne leur dit pas que la guerre la plus heureuse compromet la félicité d'un roi et la prospérité de son État ; et que, dans un État populaire, la guerre la plus malheu­reuse ouvre des chances favorables à l'ambition des chefs, et préserve l'État du danger plus grand des divisions intestines....
La soif de l'or a remplacé la fureur des conquêtes, et la fièvre dévorante qu'il allume est devenue le principe de l'existence des républiques et du caractère national de leurs citoyens. Hors d'état d'étendre leur territoire, elles ont tout fait, tout bravé, tout souffert, pour étendre leur commerce ; le commerce est devenu la seule affaire de leurs gouvernements, la seule religion de leurs peuples, le seul sujet de leurs que­relles. Entraînées par ce délire universel, les administrations les plus sages n'ont vu de puissance que le commerce, de richesses que l'argent, de prospérité que le luxe : et l'égoïsme, les besoins factices et immodérés, l'extrême inégalité des fortunes, comme un chancre dévorant, ont attaqué les principes conservateurs des sociétés. La guerre présente a révélé à l'Europe l'étendue et la gravité du mal. L'intérêt a paru le dieu de l'homme, et ce dieu a exigé en sacrifice toutes les vertus. Si l'univers est son temple, son sanctuaire est dans les républiques : étrange destinée de ces gouvernements, qui semblent n'exister que pour détruire l'espèce humaine, ou pour la corrompre !


LDB (1754-1840)L'oeuvre du vicomte de Bonald est aboutie, naturelle, sincère et après accoutumance, bien écrite. Loin de l'image de tradicatho contre-révolutionnaire ennuyeux dont l'affublaient les jaloux, le théoricien fut convoqué à la Pratique sous la Restauration ! Absolutiste et gallican, ne le nomma-t-on pas le Bossuet du XIX°, Bonald théorisa une forme de monarchie refondée sur la loi divine primordiale. Les jeunes militants attachés à la monarchie absolue de droit divin, le vrai modèle classique, trouveront en Bonald tout le pain dont ils sont affamés. Son oeuvre est volumineuse, sans compter tous les articles publiés sous l'Empire et après par le Mercure de France ou le Journal des Débats. A noter que l'Empire recherchera inlassablement son appui ; même le roi de Hollande, Louis Bonaparte, le suppliera d'éduquer ses enfants, mais il gardera longtemps ses distances avec le nouveau régime lui prédisant une fin tragique.

Voici la liste bibliographique retenue par l'Académie française, où il succéda à Cambacérès en 1816 :

1801~Du traité de Westphalie et de celui de Campoformio
1815~Réflexions sur l'intérêt général de l'Europe
1817~Du pouvoir, du ministre et du sujet dans la société
1817~Pensées sur divers sujets et discours politiques, 2 vol.
1818~Mélanges littéraires, politiques et philosophiques, 2 vol.
1818~Observations sur un ouvrage de Mme de Staël sur la Révolution
1818~Recherches philosophiques sur les premiers objets des connaissances morales, 2 vol.
1818~Du divorce au XIXe siècle (suite à la loi Bonald de 1816)
1821~Législation primitive considérée par les lumières de la raison, 3 vol.
1821~Opinion sur la loi relative à la censure des journaux
1825~De la chrétienté et du christianisme
1826~De la famille agricole et de la famille industrielle
1830~Démonstration philosophique du principe constitutif de la Société
1843~Œuvres complètes en 16 volumes.


Peut-être un peu psychorigide, il se retire de la dispute politique en 1830 à l'avènement de qui vous savez auquel il refuse le serment, et meurt au Monna d'une crise d'asthme dix ans plus tard (23 9bre 1840). Un de ses fils sera Primat des Gaules ultramontain, fervent supporter de la révolution de 1848 puis du Second Empire !

Quand on a épuisé ses ouvrages, il reste encore ses Pensées avec lesquelles nous allons terminer en vrac. C'était d'ailleurs un apôtre du verbe : "l'Homme pense sa parole avant de penser sa pensée"

L'homme a plus de prévoyance à mesure qu'il a moins de mémoire.

Un recueil de pensées ressemble à ces lignes militaires trop étendues que l'ennemi peut percer en mille endroits.

Dans une société bien réglée, les bons doivent servir de modèle et les méchants d'exemple.

L'homme n'est riche que de la modération de ses désirs.

A un homme d'esprit, il ne faut qu'une femme de sens ; c'est trop de deux esprits dans une maison.

Les bibliothèques, ces cimetières de l’esprit humain, où dorment tant de morts qu’on n’évoquera plus.

Il y a des gens qui ne savent pas perdre leur temps tout seuls : ils sont le fléau des gens occupés.

Il faut, quand on gouverne, voir les hommes tels qu'ils sont, et les choses telles qu'elles devraient être.

Dans les crises politiques, le plus difficile pour un honnête homme n'est pas de faire son devoir, mais de le connaître.

L'irréligion sied mal aux femmes; il y a trop d'orgueil pour leur faiblesse.

La littérature est l'expression de la société, comme la parole est l'expression de l'homme.

Les hommes qui, par leurs sentiments, appartiennent au passé et, par leurs pensées à l'avenir, trouvent difficilement place dans le présent.

On ne devrait assembler les hommes qu'à l'église ou sous les armes; parce que là, ils ne délibèrent point, ils écoutent et obéissent.

Depuis l'Evangile jusqu'au Contrat Social, ce sont les livres qui ont fait les révolutions.

Dieu commande à l'homme de pardonner, mais en prescrivant à la société de punir.

Premiers sentiments, secondes pensées, c'est, dans les deux genres, ce qu'il y a de meilleur.

L'obéissance doit être active pour être entière, et la résistance passive pour être insurmontable.

L'homme n'existe que par la société et la société ne le forme que pour elle.

Les gens qui aiment la dispute devraient ne disputer que sur ce qu'ils ne peuvent jamais éclaircir ; alors la dispute serait intéressante, parce qu'elle serait interminable. Mais disputer sur l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme, la vie future, etc., ce n'est pas la peine. Il n'y a qu'à attendre.

L'homme naît perfectible, l'animal naît parfait.


Ecrits sur l'Europe aux Ed. de ParisOn trouve ses bouquins sur les quais, dans les brocantes et des rééditions chez des libraires ouverts au mouvement. Bonald est aussi en bibliothèques publiques.

Quelques textes accessibles en ligne :

- Du pouvoir, du ministre et du sujet dans la société
- Législation primitive
- L'Université de Québec a mis en ligne d'autres textes intéressants.
On peut bien sûr en trouver d'autres en furetant sur InterNet ou dans les bibliothèques en ligne des chapelles.

Louis de Bonald, l'autre penseur monarchiste,
mais de drapeau blanc seulement !

NON EST POTESTAS NISI A DEO


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samedi 13 octobre 2007

Islamisation rampante ?

belle du M'zabDans la barre commerciale de la Cité Rose voisine (c'est son nom), il y avait depuis longtemps une dent creuse où s'étaient succédés un réparateur de téléviseurs, un marchand de zizigougous, un fripier moitié laine tout coton, un bazar keeling de montres en or plaquées à l'acide 1 micron, un squat de cocacoleurs nocturnes et j'en oublie, tous calés sur les horaires du supermarché en tête de barre, qui d'ailleurs a la propriété du parking commun. Personne n'a su tenir longtemps dans ce local un peu maudit dont le pas-de-porte s'était effondré de découragement.

Alors est arrivé le Mozabite !
...

Fruits, légumes en devanture, promotions d'oignons et pommes de terre en gros, olives en seau, denrées sèches en vrac et en sac (riz long ou cassé une et deux fois, couscous fin et extra-fin), sodas, conserves de poisson, pois cassés, beaucoup de sodas, que des sodas, pas de pinard !
La réserve du fond a été reclassée en surface commerciale, les stocks de denrées servant de support de présentation des produits offerts à la vente. La vraie boutique du M'zab, il y manque les outils en fer doux et les chambres à air !

Après le comptoir de caisse encombré de tirages et grattages, deux cabines téléphoniques sur cartes prépayées, rachetées je me demande à qui, mais aux PTT bien sûr qui les trouvaient trop moches avec leur lourde porte de chêne verni protégeant les confidences de l'usager, et au fond là, tout le fond, un petit cybercafé avec 5 pupitres ... et la machine à café, dès fois que !

Ouvert de 8h à 22h, tous les jours, même le vendredi, sur une course-relais patron - papi - femme à voile - fils de 11ans - patron : les stakhanovistes de la distribution arabo-berbère ont en plus le sourire de ceux qui engrangent. Cherchez l'erreur ?

Ils osent gagner leur vie simplement en passant la journée à vendre biens et services dans leur boutique, parlent avec du monde, sont aimables toute la journée, connaissent le quartier et s'entraident. Où sont les contraintes dès lors que vous avez pu organiser votre espace et votre temps à votre guise, et si dans le cas présent vous avez le démon du bavardage en vous, et cette irrésistible attirance pour autrui qui révèle le bon commerçant ?

La famille tourne en équipe sur 100 heures par semaine et remplit une vraie fonction sociale. Il existe à Hong Kong une chaîne "Seven-Eleven" qui a franchisé le concept. Sans doute viendront-ils fédérer bientôt les aventures individuelles de l'épicerie-bagne. C'est de l'humour, des Chinois on en a trop déjà et qui bossent beaucoup trop en plus, les salauds !

épicerie arabe
Sur le parking de la barre je méditais du coin de l'oeil en feuilletant mon journal, sur l'islamisation rampante convoquée par notre propre paresse, quand je notais que venait de s'installer nuitamment au bout de la barre, dans le local d'un maître-teinturier parti à la retraite, une boucherie musulmane. Non, le quartier n'est pas musulman, et la boucherie n'est pas hallal. Le choix de viande y est apparu vaste, surtout en agneau et boeuf britanniques, et les prix tenus très serrés puisque c'est en fait une chaîne de chevillards marocains qui ouvre ces boucheries partout où ils décèlent des populations à famille nombreuse.
8h - 20h, même le dimanche ! Des fous !

Les Dessouches ne peuvent pas lutter puisque ces entrepreneurs ne jouent pas le jeu de la civilisation des loisirs sur crédit d'Etat ! Je suggère qu'on leur envoie des inspecteurs du Travail protégés par le GIGN, afin qu'ils rentrent dans le rang de la fainéantise générale, croulent sous les charges et disparaissent par le ferry de Marseille ! Non mais dès fois ! Qu'est-ce à dire ?

L'émoi des Français de terroir est légitime à constater cette colonisation d'une partie de la distribution et des services de proximité. Les Balkaniques ont raflé les échoppes de retouches après avoir monopolisé la manche à l'accordéon-musette. Mais ne devrions-nous pas nous poser la vraie question ? Notre paresse ne favorise-t-elle pas la prospérité des courageux. Que reprocher aux étrangers qui débarquent et travaillent dur dans des activités que nous n'assurons plus ? Qu'ils ne sont pas intoxiqués comme nous à la perfusion des 35 heures. Mon voisin arménien tire le fil à coudre de 9h du matin à 7-8h du soir sans coupure à midi, on ferme ensemble !

Le prolétariat a conquis de haute lutte l'amélioration de ces conditions de travail, tant et si bien qu'il ne reste par endroit que les conditions et plus de travail du tout ! Dans un monde dur pour les gens ordinaires, moyennement instruits, peu qualifiés, médiocres, lumpen-monde, où le muscle est mis en concurrence par toute la planète, on peut accepter que certains qui n'ont que leur courage (et des dettes) dérogent aux règles pour simplement s'en sortir.

Dans ma ville natale en province, préfecture de moyenne importance éloignée de la trépidante métropolis, des blacks ont ouvert au carrefour du faubourg une épicerie de nuit qui travaille. Crèvent les principes et les syndicalistes gras s'il faut sauver des familles, d'où qu'elles soient et de chez nous surtout bien sûr !

Que ce soit les Mozabites, les Arabes et autres Bamilékés qui décident d'entrer dans ce nouveau schéma est une autre affaire, pas d'hier non plus ! Le travail si décrié dès qu'il excède les règles établies permet la survie de nombreux foyers, même au noir. Où sont-ils pendant ce temps les fiers Gaulois ? Ils ne sautent pas même les moukères pour boucher le trou démographique !

Ils défilent pour les avantages acquis et la rente
et se plaignent ... qu'il "y en a trop"


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vendredi 12 octobre 2007

Guevara l'ingérant

Vue de loin la légende de l'argentin Ernesto Ché Guevara est impeccable. La révolution ayant triomphé à Cuba, il est en charge de l'industrialisation d'un pays arriéré dédié à la canne à sucre puis le travail fini, pose le cigare et décide de cloner le modèle ailleurs, part en Afrique soutenir le jeune sauteur congolais Kabila qui est un cancre, revient en Amérique latine pour soulever les Indiens et finit en Bolivie dénoncé par un Français. Est-il vraiment parti de Cuba pour bâtir sa légende ? Ou fut-il convaincu d'aller exercer plus loin ses talents ? Etait-il ce pur guérillero ?

L'Express a réuni des témoignages qui donnent l'une des clés de l'énigme. Cliquez ici.
...


Ernesto Guevara pensif
La légende du Ché est celle d'un révolutionnaire impitoyable et juste, mais il ressort de tous les témoignages et analyses que le personnage était très complexe, cultivé, asthmatique, très intelligent, à la fois compassé vers autrui par sa formation de médecin, et dévoré par une cruauté intrinsèque qui le laissait présider à l'éradication sanglante de ses ennemis et de beaucoup d'innocents qui croisaient son chemin. Mais peut-on faire et du sentiment et la Revolucion, reste la bonne question.
Le livre de Jung Chang et Jon Halliday, Mao, l'histoire inconnue, nous indique que ces grands hommes faisaient peu de cas de l'espèce humaine, travaillée comme un matériau qu'on prend, pétrit selon le programme, méprise et jette s'il résiste. Les paysans chinois sont morts par millions pour des conversations arrosées entre Staline et Mao, fin 1949.

Le départ de Cuba du comandante résiderait tout simplement dans l'incompatibilité d'humeurs entre son approche maoïste de la Révolution mondiale et l'approche pragmatique des Soviétiques, qui se satisfaisaient du partage du Monde entre eux et le Grand Satan capitaliste, les Etats-Unis d'Amérique. Vous pouvez écouter son discours d'adieu de la Havane en cliquant ici. Sans oublier qu'il n'est bon nulle part d'être le second d'un leader maximal tout en gardant son franc-parler. Raùl Castro qui, lui, fut le véritable ogre, restera tapis dans l'ombre de son frère, jusqu'à la délivrance actuelle.

Vingt millions de personnes dans le monde détiennent un T-shirt à l'image du Ché. Il s'en imprime quelques-uns de plus ces jours-ci et les hagiographes communistes tirent des numéros collectors. Au sens anglais, on forge la légende.

Avec Ché Guevara, on touche du doigt le matérialisme au sens premier qui "gère" les peuples par masses quasi-indivises. Bien des conscrits cubains de la dictature Batista furent abattus pour simple port de l'uniforme bleu. L'individualisation des peines était une perte de temps en procédure. On classait les prévenus arbitrairement dans une catégorie artificielle, et si cette catégorie était éradicable, on fusillait.

Notre grande Révolution française qui se veut la mère de toutes les révolutions, en fit autant. On assassinait une caste, voire une sous-classe, un uniforme. Mais ceci est-il le privilège des matérialistes ou existe-t-il des prédispositions dans l'ADN humain ? Les Japonais réinventèrent Tamerlan et se mirent à tailler du Chinois à Nankin comme on irait au débroussaillage. Ils impressionnèrent d'ailleurs les officiers de liaison nazis ! La leçon fut entendue et appliquée en Russie par la Waffen SS. Dénoncée et excavée de l'histoire où l'avaient enfouie les anciens combattants, elle resservit pour les Croates puis pour les Serbes qui renouèrent avec la barbarie médiévale à Srebreniça. Les Noirs du Darfour furent taillés en pièces par la cavalerie musulmane à chameau comme à la grande époque de la Conquête.

En ostracisant les responsables politiques et militaires, notre époque se bat pour que les divergences politiques ou de moeurs ne conduisent pas à ces massacres, et d'abord en séquestrant leurs avoirs bancaires et en interdisant de Grands Magasins leur femmes trop grasses. Fait-on assez ? Pas assez, mais le bras armé de la répression est malgré tout retenu en Birmanie, au Kurdistan, au Pakistan, et les fusillades d'hier cèdent la place à de simples emprisonnements dont on peut un jour réchapper, comme en Chine, en Iran, voire en Corée du Nord.

La (bonne) conscience universelle est utile dès lors qu'elle démultiplie la force de l'ingérence légitime dans les affaires atroces d'un Etat violent. Atteinte intolérable à la souveraineté comme le déclare l'ambassadeur chinois à Washington au Congrès qui va médailler le Dalaï-lama ? Atteinte souhaitable à l'arrogance chinoise.

Toute diplomatie est ingérence, c'est affaire de doigté. Hélas, le locataire actuel du Quai d'Orsay n'en a pas.

train blindé de batistaPour finir, on retiendra que lorsqu'ils descendirent de la Sierra Maestra les troupes de Fidel Castro n'étaient pas plus nombreuses que celles du Cid Campeador et qu'elles plièrent les supplétifs locaux de l'Amérique lourdement armés. La bataille de Santa Clara ne fut pas gagnée sur les ondes, ni par un soulèvement populaire, mais les pieds au sol, par de jeunes professionnels courageux qui attaquèrent le train blindé de l'armée régulière ! A méditer !

Viva la contra-revolucion !


mercredi 10 octobre 2007

Confusion d'étages politiques

chevalier 9° bannièreTout royaliste est quelque part un chevalier. On lui reproche souvent de combattre des dragons de son imagination ou de chevaucher des licornes alors que le monde réel semble moins l'intéresser. Et pourtant, ils sont nombreux parmi nous ceux qui aux heures ouvrables ont fait une croix sur les chimères et autres monstres de grimoires, libre à eux de rêver aux princesses esseulées quand se lève la lune. Mais jusque là et s'ils militent, ils sont soumis à la réalité de ce bas monde.

Notre société si imparfaite soit-elle doit être prise à bras le corps dans sa totalité si l'on veut aboutir un jour à faire revenir un roi à la tête de ce pays, parce que le roi sera celui de tous.
Aussi est-il à mon sens inutile de convoquer son champion aux lices sarrasines pour qu'il explose les armées du Prophète avec Excalibur, les chargeant sur Pégase ! Le pays s'est beaucoup modifié en quarante ans, et si on peut légitimement exiger un coup d'arrêt nous évitant de rejoindre la Ouma, il est vain de croire au retour des caractéristiques démographiques antérieures. Faudra faire avec !
...

Restons dans le concret du pays réel. Evitons les tribuns de préaux qui nous promettent la croisade, comme les enfants d'Astérix qui nous poussent vers le camp des Saints. Dans cette lutte pour la souveraineté et l'identité nous nous sommes mis dans un coin ; il faut s'en extraire car nous avons vocation à être de tous les partis, au-dessus d'eux mais sans le dire, et à inventer l'identité voire les identités des Français du XXI° siècle.

Commençons par être nous-mêmes en pleine cohérence, non seulement pour nous comprendre entre nous mais surtout pour éviter plus tard les casseroles, quand nous émergerons au grand jour médiatique. Etre soi-même c'est d'abord refuser le mimétisme, le faux-semblant, le toc, et sans doute remettre en cause le fameux "compromis nationaliste" qui a viré au prétexte pour nous déguiser en nervis du dojo et faire le service d'ordre de manifestations oecuméniques. Etre soi-même c'est d'abord défendre les valeurs intrinsèques de la monarchie en les clarifiant pour mieux les banaliser, sans qu'il soit nécessaire d'attraper au passage toutes les causes apparentées à notre combat, même si nous les soutenons à côté de notre engagement royaliste. Cohérents, nous devons connaître l'offre politique en cours et infuser la monarchie au goutte-à-goutte dans toutes les strates et compartiments sociaux, vendant cette merveilleuse construction institutionnelle même chez les Maures qui ne seront pas les derniers à nous rejoindre, à la surprise de beaucoup.

Le droit du prince naît du besoin du peuple, de tout le peuple, ce qui doit être martelé au sein même de nos organisations qui ont parfois une fâcheuse tendance rhétorique à l'aristocratie et à la distance. Ce peuple, ces peuples doivent être compris avant que d'être guidés vers des valeurs sociales rénovées et garanties dans un schéma institutionnel de libertés. Ainsi chaque analyse politique passe par le carrefour de la démocratie. Les royalistes sont démocrates, obligatoirement ! Les "libertés en bas" impliquent le foisonnement démocratique à tous les étages de la conscience citoyenne ; l'Anarchie plus Un, dit-on pour rire. Ceux qui ne comprennent pas cette exigence première du royaume doivent s'inscrire à des partis bottés et dégager le champ militant royaliste. Ils l'encombrent.
On votait beaucoup sous l'Ancien régime dans une imbrication de pouvoirs foisonnants que nous appellerions aujourd'hui un vrai b.... Ce n'est qu'à partir du niveau des parlements que l'on ressentait une certaine cohésion programmatique, insuflée par des ministres supérieurement intelligents. La remise en bon ordre, l'outrance de privilèges désuets et le souci d'équité tardèrent, trop. Le caporalisme révolutionnaire puis bonapartiste a balayé le gentil désordre en simplifiant sa tâche par l'égalitarisme forcené et tout le monde fut finalement immatriculé, sans espoir de retour au b... ! On parle de nous pucer et de ficher nos humeurs en séquences numériques !

tract soleil alliance royaleBien sûr nous ne reviendrons pas à la diversité précédente que nos citoyens refusent, mais établissons les bases d'une vraie démocratie sincère et équitable, en bridant les appétits des professionnels de la "représentation" qui s'y reproduisent et mangent sur la Bête du berceau à la tombe. Le projet de l'Alliance Royale que nous avons développé dans ce blogue lors de la campagne présidentielle d'Yves-Marie Adeline est une base solide pour une démocratie représentative proche du pays réel. La question des collèges électoraux et l'articulation entre les hémicycles nationaux et régionaux sont à creuser sérieusement.

Il n'en reste pas moins que les pouvoirs de l'étage régalien doivent être préservés du sain(t) désordre démocratique et exécutés dans la durée et l'expertise requises par un environnement international de plus en plus technique et complexe. C'est déjà un peu le cas dans la République d'aujourd'hui où la diplomatie et la guerre dépendent de l'Elysée. Tout démontre que ce domaine réservé va s'accroître dans l'avenir, surtout quand on voit le rallye actuel de la classe politique vers les commissions de réflexions déconnectées des structures partisannes classiques. Lorsque les Jack Lang, Claude Allègre et autre Régis Debray ou Jacques Attali auront rejoint les cabinets du domaine réservé, nous serons au seuil de l'extraction des pouvoirs régaliens du champ démocratique populaire. Nous aurons donc avancé sur notre axe. Acceptons-en au moins l'augure !

Dans ce contexte, chacun comprend que soumettre au suffrage universel les questions diplomatiques est relativement osé sinon scabreux. Si le choix de les poser à tous flatte chaque électeur en lui laissant croire à son pouvoir de discernement, l'opinion commence aussi à se sentir le jouet de factions politiques préoccupées d'en découdre bien avant que de s'inquiéter du bonheur du souverain peuple. L'affaire du traité constitutionnel est exemplaire. Quand Tony Blair décida de soumettre la mouture giscardienne au référendum, notre grand couillon sympa se sentit obligé de n'en pas faire moins. Sauf que le premier avançait une carte diplomatique à effet-retard alors que notre président s'enfonçait dans une procédure réelle de démocratie directe avec un score impressionnant et préalable de mécontents et un premier ministre aussi nul qu'infatué. La bataille des éléphants socialistes d'un côté, les rancoeurs gaullistes historiques de l'autre, la roupétance nationaliste là, l'exaltation d'une république bonapartiste ici, l'imposture libérale du Medef, et les caricatures danoises de Mahomet, tout concourut à la réunion d'une moitié de peuple de bric et de broc plus quelques-uns pour dire NON ! Et la règle du jeu voulant que la quantité soit la raison en démocratie, on inscrivit dans le marbre le refus de l'Europe, pas moins !

Cette question institutionnelle ressortit exactement au domaine régalien. Même si beaucoup plus d'électeurs qu'on ne croit ont pris la peine de lire les textes au lieu de s'en remettre aux docteurs de la Loi habituels, la synthèse des dispositions était, de l'avis de constitutionalistes, hors de portée de l'électeur moyen informé. Ce gap de compétence signale l'escroquerie démocratique. Le référendum chiraquien fut détourné en un jeu politicien, qui a mis en péril le fonctionnement du Conseil européen de Bruxelles dans une période historiquement dangereuse. Son échec ou son succès ne peuvent être sacralisés, pas plus que l'issue du référendum de Maastricht - un match Mitterrand-Séguin - ou celle du référendum de Pompidou sur l'intégration du Royaume Uni qui fut une énorme bêtise.
Convoquer le peuple au choix pour l'abuser ou le forcer dans un sens est une escroquerie. Même De Gaulle, initiateur de la formule dès son retour au pouvoir, usa et abusa du procédé par les questions doubles et la menace du quitte-ou-double. Il finit d'ailleurs sur un "quitte !".

Soyons cohérents. Le domaine régalien que nous déclinons en quatre chapitres, Justice, Sûreté, Diplomatie et Guerre, est sur le point de sortir du schmilblick populiste. Prendre au même moment la remorque de Paul Marie Coûteaux pour défendre le résultat de l'escroquerie démocratique de mai 2005 n'est pas exactement sur un axe de cohérence pour un royaliste ; et cela nous sera un jour reproché.

Au lieu de quoi il y aurait intérêt à rebondir sur ce raccommodage sarkozien qui met en évidence à la fois la pusillanimité de l'électorat qui deux ans plus tard a porté au pouvoir les européistes convaincus et affichés, en plaçant trois d'entre eux en tête de suffrages lors du premier tour de la présidentielle d'avril 2007, et ensuite l'extrême complexité du gouvernement de l'Europe qui oblige à sortir de cette impasse par n'importe quel moyen, même douteux. La vulgarisation diplomatique est plus difficile que la vulgarisation scientifique car tout ne peut être révélé. L'exigence d'expertise et compétence est patente. Nous, royalistes, avons la réponse à la question qui risque bien d'être posée bientôt puisqu'il y a des signes.

bloc-notes de PM Couteaux
Que le traité simplifié soit pour certains une mauvaise chose est une question d'opinion, espérons informée. Mais parce que la sacralisation du choix populaire de mai 2005 est portée en bannière de tête de cortège alors que le procédé relevait de l'escroquerie démocratique, je n'irai pas manifester le vendredi 19 octobre à 18h place des Victoires à Paris (M° Bourse sauf grèves) sous la bannière de monsieur Coûteaux. Je ne vais pas me faire que des amis, mais n'ayant aucune responsabilité capitulaire, il me reste la liberté de dire et contredire. Merci d'avoir lu jusqu'ici et de donner votre point de vue ci-dessous.

lundi 8 octobre 2007

Classe "Affaires"

armoiries louis 18 de la caisse des dépôtsVu du blogue, les armoiries de la CDC disposent-elles en 2 et 1 les fleurdelis
des Bourbons ou des pigeons ? Je crois que je vais passer rue de Lille me faire
une religion sur le subliminal de la communication de voirie !

Comme un cadavre dont les effluents ne cesseraient de passer le bois de la bière, la Chiraquie se décompose lentement et tache le caveau de la République. Les affaires sont les affaires dans tous les sens du terme. On savait les casseroles rangées en batterie inoxydable par des juges réputés acharnés, qui surgiraient au petit matin chez M. Hariri, quai Voltaire, demandant à voir le locataire du meublé. Finalement, ce n'est plus une batterie, c'est toute l'usine d'emboutissage qui est offerte.
...

Peu nous châlent les confusions de porte-monnaie de la mairie de Paris, les notes de bouffe(sic) extravagantes du couple corrézien, les virements et les amitiés nippones faisandées. Les remugles d'égout remontent de cette pénible affaire Clearstream-EADS. Un scénario de pieds-nickelés qui dévoile maintenant une caisse noire chez l'avionneur, selon M. de Villepin soi-même. Qui aurait pu le croire ? La République des copains et des coquins n'était-elle pas enterrée ? La morale une exigence de tous les matins avant d'avaler son banania ? Que disions-nous à la tribune des Nations-Unies contre les mensonges et turpitudes évangéliques des Texas Boys ? L'intelligence et l'honneur étaient à Paris.

Las, pendant les travaux d'excavation de la vérité la vente de poisson pas frais continue. Le fils Pasqua (PPP) revient de Tunisie où il se terrait depuis sept ans avec dix millions de rétrocommissions. Il est libre de mouvements sous caution en petites coupures. Et l'on reparle de la SOFREMI, lancée par Pierre Joxe en 1986, et instrumentalisée par Pierre Falcone - un nom de polar d'espionnage - jusqu'à mouiller jusqu'au cou le fils de Mitterrand Papamadi ! Falcone rentre aussi.

Qui ne voit que Noël Forgeard est une créature du cabinet politique chiraquien plus qu'un industriel, lui qui a passé le plus clair de son temps à mafiater d'ordre et pour compte au lieu de tenir les usines.

Quel courage ce monsieur Breton d'oser dire devant la commission sénatoriale que la Caisse des Dépôts et Consignations bénéficie du privilège d'indépendance exécutive, privilège accordé par le parlement, ce qui implique celui-ci dans la même ironie, et Quick Burger en sus pour faire les manchettes. Français vous détenez Quick Burger !!! Tout cela pour nous affirmer les yeux dans les yeux que l'achat d'actions EADS par la CDC concomitant à la vente d'action par Lagardère, n'était pas un rachat.
Et d'en remettre un coup en expliquant que le pronostic lucide de l'Agence des Participations de l'Etat décrivant quelques mois avant la panique boursière, EADS comme une mauvaise aventure à la corbeille, n'était pas parvenu aux étages responsables de la rue de Lille. Les prend-il tous pour des benêts ? Non pas, c'est du théâtre, tout le monde jusques et y compris nos paisibles sénateurs sont au moins informés que la vague d'opprobre peut fragiliser des amis, des amis qu'ils ont peut-être perdu de vue après qu'ils aient métastasé par tout l'appareil d'Etat, mais qui ont leur nom dans le répertoire téléphonique. Or des amis il en faut pour durer, et qu'ils restent discrets. Pas comme M. de Villepin.

Concrètement, le contribuable a payé les actions pourries de monsieur Lagardère fils deux fois le prix qu'elles devaient valoir quelques jours après la transaction, l'intervention de la CDC ayant sans doute entraîné aussi un rallye sur cette valeur. Il faudrait décortiquer la semaine avec le logiciel boursier de La Tribune (que je recommande en passant).

M. Lagardère n'est pas clair, du moins en ses conseils. Il devient l'ami encombrant du nouveau président de la République, après avoir été l'ami nécessaire et encombrant du maire socialiste de Paris dans les deux affaires des Jeux Olympiques et du Racing Club du Bois de Boulogne. Il encombre beaucoup. Nous voilà bien revenus aux connivences étroites du Second empire et de la Troisième. Si la bourgeoisie n'est plus vraiment brumairienne, si nous n'avons plus de canal à creuser, elle parasite toujours autant le chêne de l'Etat avec un avantage sur le gui, elle ne meurt pas avec lui quand il tombe !

Dans un excellent article d'Insurrection de ce mois-ci, PV Latortue - c'est un nom de pirate qui lui vient d'ancêtres boucaniers - a démonté la réforme fiscale impossible du gouvernement Fillon. Le clientélisme obligatoire en démocratie représentative qui pousse à la satisfaction de besoins catégoriels, s'accorde mal de l'équation d’intérêt général qui dans une société d'égoïstes bloquée comme la nôtre, est à somme nulle. Sauf banqueroute, ce que l'on donne à l'un est arraché à l'autre, ou préempté sur ses enfants.

De grandes réformes sont néanmoins possibles avec les Français, avec beaucoup de pédagogie certes, si une précondition est remplie : celle d'une justice équitable, faisant litière de la morale de La Fontaine : "selon que vous serez puissant ou misérable ...". Or nous en sommes très loin !
On aurait pu s'alarmer que des inculpations de corruption de ces dernières décennies aucune sauf celle de Carignon à Grenoble, n'ait jamais donné lieu à de la prison ferme, même seulement deux mois ! La liste des hommes politiques inculpés est très longue. Les non-lieux aussi, sans parler des amnisties. Très peu ont dû lâcher la cocarde tricolore de pare-brise ; mieux ils se pavanent dans les hémicycles et sur les tréteaux comme des gorets et déclament que leur réélection provenant du seul jury souverain en République, le populaire, annule de facto les jugements antérieurs ! Daumier revient !

Sont-ce les conditions matérielles lamentables de l'institution judiciaire qui sont en cause ? Sans doute plus que les directives de la Chancellerie qui se veulent habiles. Il n'en reste pas moins que nommer à la tête du ministère de la Justice un simple juriste de faculté, frais émoulu de l'Ecole de Bordeaux sur titre, aussi charmant soit-il que Mme Dati, n'est pas le signal d'un retour des plaideurs sous le chêne de Vincennes. Notre justice, en l'état de déréliction où nous la laisse la Chiraquie, a besoin de pointures.
chêne de saint Louis

vendredi 5 octobre 2007

L'information contre l'entropie

globe en ruineNos sociétés humaines sont complexes, incertaines et fragiles à force de sophistication. Avant de les faire évoluer vers la recherche du Temps perdu mythique ou du Bien Commun, si vous préférez, il convient de les connaître à fond pour les régler dans leur propre réalité. Cette mise en ordre du Réel ne passe que par l'Information, à son tour extraite du système observé par une dépense d'énergie. Pour les royalistes maurrassiens c'est l'effort de l'empirisme organisateur ; des trois mots c'est "effort" qui est un peu déficient.

Au début de l'observation, tout système humain est en incertitude ; c'est son état le plus probable, au sens mathématique. Le nier conduit à plaquer sur une réalité complexe voire inorganisée, une grille d'analyse préfabriquée et polyvalente destinée souvent à simplifier le travail d'explication. C'est une erreur grossière dans la démarche de connaissance puisqu'à partir d'elle et de toutes celles qui sont menées au-delà d'elle, se construisent des réalités artificielles qui vont s'emboîter à leur tour dans des constructions plus vastes et tout aussi "fabriquées". On aboutit in fine à une idéologie déconnectée du monde vivant, tendue vers une utopie par définition hors de portée. Des Etats un moment puissants ont été construits ainsi.
...

Il m'arrive quelquefois de me disputer sur des forums contre les réalités rêvées par certains, engoncés dans des schémas parfois simples que l'on superpose les uns aux autres pour donner une consistance à l'ensemble décrit. Le "rêve" le plus fréquent est celui de la re-christianisation de l'Europe au motif que le siècle sera religieux à peine de disparaître, selon un opiomane fameux, le plus fou celui de l'avènement divin d'un roi de vitrail. Je ne souscris à l'un et à l'autre que lorsque j'ai le cafard. Mais comme il se passe toujours quelque chose dans la galaxie royaliste, il est vite chassé. La dernière distraction nous arrive de la Réunion où l'arrière-petit-fils aîné prétendu et caché du défunt comte de Paris s'aligne au sweepstake des prétendants, en concurrence directe des lignées illégitimes de Busset et Bhopal. Zap !

Comprendre un système humain (ou autre) c'est donc extraire de l'information utile pour révéler ses principes d'organisation ou d'inorganisation. L'information n'est acquise qu'au prix d'une énergie. Une énergie noble activée depuis un système lui-même extérieur au système observé et dirigée vers lui. Cette énergie est qualifiée de noble parce qu'exceptionnelle. L'information qui accroît la mise en ordre des choses en le révélant, est exceptionnelle en ceci même qu'elle arrache momentanément le système à l'entropie par l'ordre, état précaire lui-même exceptionnel. On constate tous les jours à quel point l'information, la vraie, celle de valeur, est un état exceptionnel que tout concourt à combattre, à disjoindre, à atténuer par le vacarme du désordre.

En revanche tout ce qui est capté sans énergie c'est du bruit. Il est souvent prépondérant. Pis encore, l'information qu'un système fournirait spontanément vers l'extérieur ne peut être acquise qu'au prix d'une fraction d'énergie noble perdue au dépens du système ; et pour les philosophes j'ajouterais que l'entropie universelle ou vulgarité des états aurait alors augmenté. Quel est le désordre ?
C'est le "bruit" émis en continu par le système, le buzz médiatique des vanités de ce monde, le foisonnement de la médiocratie, l'abêtissement par le racolage de chaînes télévisées comme TF1 qui ne connaissent aucun cran trop bas sur la crémaillère mercantile. Le "bruit" de multiple origine qui désorganise et limite la qualité de l'information, est la manifestation la plus sensible du désordre, qui donc correspond à des niveaux croissants d'entropie vers l'état le plus vulgaire. La cacophonie d'un concert de klaxons régi par les réactions aléatoires de conducteurs irrités est un phénomène physique hostile à l'information, comme le bruit photonique des grandes agglomérations amoindrit la qualité des observations au télescope.
L'art du journaliste consiste justement à contourner ce "bruit", à contenir et effacer de son travail les agents physiques destructeurs de l'information, et tous les faux-semblants.
Pas si simple.

Deux autres choses tant qu'à y être. Transport et temps de l'information.

crieur de presseL'information créée se transporte pour se transformer en propagande, sinon l'exercice est solitaire et stérile : une information morte, révélée un jour futur peut-être par l'archéologie. Nous avons déjà évoqué les vecteurs multiples de cette information. Il y a la presse d'imprimerie, la presse électronique, les faisceaux de blogues, les conférences, séminaires et universités d'été. Nous n'y reviendrons pas aujourd'hui parce qu'une amélioration sensible de cette propagande a eu lieu récemment par la diffusion de journaux électroniques bien faits (L'ASC, Insurrection) et la montée en qualité des blogues royalistes militants. Il y a encore du chemin avant le Nirvana, mais la pente grimpe vers demain ! C'est l'essentiel.

Outre l'énergie nécessaire à sa création et à son transport, l'information consomme du temps. On arrive ici au concept de puissance appliquée qui se définit depuis toujours comme l'énergie consommée pendant l'unité de temps. Certes quand l'information repose, morte, au fronton d'un édifice ou sur les rayons d'une bibliothèque, la puissance nécessaire à sa révélation semble nulle, quoique l'immobilité de cette information y applique la loi de la détérioration de toute chose sur une période donnée. L'en préserver demandera une certaine puissance, peu d'énergie sur une très longue période. Mais quand l'information est vivante, elle circule au prix d'un certain écoulement du temps.

Aussi sans entrer dans la programmatique politique et pour ceux qui ne veulent pas "mourir royalistes mais sujets", il faut tenir compte de cette fuite, et dans l'exercice de la propagande se fixer des objectifs datés. C'est ici que le concept de l'accession d'aubaine est contre-performant car l'aubaine n'étant ni sûre ni prévisible, la propagande qui l'entoure ne subit aucun stress et finit en eau tiède. A quoi bon dès lors dépenser une énergie noble pour révéler une information structurante d'ordre, la porter par les meilleurs vecteurs, pour l'exposer sans intention de s'en servir un jour donné. Malgré l'effort méritoire la démarche est passive, on charge la mangeoire et on recharge à mesure que se consomme le foin. Jusqu'à quand ?

En résumé, l'énergie employée à créer de l'information est une énergie de niveau noble parce que la connaissance qu'elle engendre anoblit le système qu'elle structure, et freine l'entropie universelle, cet affaissement global vers la vulgarité. Investissons dans cette énergie mais allons jusqu'au bout de l'épure en mesurant son efficacité, les yeux grand ouverts.

Prâna, énergie universelle


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