vendredi 16 mars 2012

50 ans pour rien !


Il y a beaucoup à dire sur l'ignominie des Accords d'Evian et sur le cynisme de la délégation gaulliste à la manoeuvre de largage. Qu'on se souvienne des noms de l'infamie, Louis Joxe, Bernard Tricot, Roland Cadet, Yves Roland-Billecart, Claude Chayet, Bruno de Leusse, Vincent Labouret, général Jean Simon, lt-colonel Hubert de Seguins Pazzis, Robert Buron, Jean de Broglie, mais aussi de la strasse de Paris, celle qui fit tuer les supplétifs algériens de l'infanterie française par des ordres précis d'abandon tels que ceux du ministre des armées, Pierre Messmer, qui a salopé durablement son profil de médaille. L'histoire a commencé à juger les salauds, il faut poursuivre jusqu'au donneur d'ordres originel. L'Action Française 2000 revient longuement sur cet anniversaire des Accords dans son numéro 2836 daté du 15 mars. Nous vous y adressons.

Bibliographie utile :
  • Algérie, l'oeuvre française de Pierre Goinard, chez Robert Laffont
  • Ces maudits colons de Claire Janon, à La Table Ronde
  • Histoire de la France en Algérie de Pierre Laffont, chez Plon
  • Un Silence d'Etat - Les disparus civils européens de la guerre d'Algérie de Jean-Jacques Jordi, chez Soteca
  • Les Archives inédites de la politique algérienne de Maurice Faivre, à L'Harmattan
  • Les Combattants musulmans de l'Armée française de Maurice Faivre, à l'Harmattan
  • Les Français d'Algérie, cinquante ans après de Maurice Calmein, chez Atlantis
  • Une ténébreuse affaire - La fusillade du 26 mars 1962 de Jean Monneret, à L'Harmattan

Depuis 6 mois, je lis de temps en temps la presse algérienne en ligne qui a beaucoup écrit sur le demi-siècle de triomphes, en s'en moquant copieusement. Nous avons laissé un pays de classe euro-méditerranéenne en 1962, capable de rivaliser avec les économies voisines et doté d'une poire pour la soif, le pétrole et le gaz. Ce pays qui produisait tout sauf le hareng de la Baltique, géré normalement, pouvait caresser l'ambition de devenir le partenaire majeur du Marché commun sur tout le tiers nord de l'Afrique, bien loin devant l'Egypte et le Maroc. Il n'en est rien, et je laisse la parole au Forum des Chefs d'Entreprises (FCE) par le truchement du journal LIBERTE (édition du 15 mars 2012). Ce forum s'est réuni à l'hôtel El Araussi d'Alger les 14 et 15 mars (présentation El Watan ici). Le président du FCE, Réda Hamiani, est l'ancien ministre des PME et aujourd'hui un industriel prospère.

Clichés de la radioscopie de l'économie algérienne :

« En matière de conduite de politique économique, le tableau est plutôt sombre. L’Algérie, qui devait vaincre le chômage dès les années 1980 et atteindre le niveau de développement de l’Espagne, est loin, très loin de ces objectifs que s’était fixée la stratégie adoptée en 1966, relève le professeur Abdelmadjid Bouzidi dans sa communication, passant en revue les quatre périodes de politique économique, mettant en exergue les hésitations et les tâtonnements, fluctuant en fonction des prix du pétrole.
M. Bouzidi estime que la croissance économique de 5%, aujourd’hui, est extensive, éphémère et coûteuse. Certes, le chômage a baissé mais son traitement est social et les emplois créés sont précaires. Le professeur Bouzidi parle plutôt de politique de gestion des chômeurs et du chômage.
Abdelmadjid Bouzidi relève également l’absence de politique de l’offre. Les expériences réussies dans d’autres pays à travers le monde, révèlent, d’une façon encore plus forte, le retard que devrait combler notre pays. Chiffres à l’appui, Mouloud Hédir, conseiller au FCE, a montré le chemin qui reste à faire pour égaler les performances réalisées, en matière de croissance, des exportations de produits industriels, des politiques de diversification des exportations.
Les Émirats arabes unis ont réussi à réduire la part des exportations d’hydrocarbures dans les recettes d’exportations totales de 88,3% en 1980 à 35% en 2010. En Égypte, la part des exportations des hydrocarbures est estimée à 34,5% en 2010 alors qu’elle était de 66,7%. En Indonésie, cette part était de 75,8% en 2008. Elle n’est que de 39,4% en 2010. En Algérie, la part des exportations d’hydrocarbures dans les recettes d’exportations totales a été de 98,6% en 2010 contre 98,9% en 1980. En d’autres termes, notre économie reste dépendante des hydrocarbures.
Comment a-t-on fait pour nous retrouver dans ce piège ? Est-il normal que nous dépendions soit des énergies fossiles, soit des énergies renouvelables ? Sommes-nous incapables de produire autre chose ? Qui est responsable de cette situation ? s’interroge Omar Ramdane, président d’honneur du forum. Nous sommes tous responsables. J’ose dire nous sommes tous devenus des rentiers, tout au moins nous avons accepté la logique de la rente. C’est cette logique de la rente qui nous procure le confort matériel et intellectuel, regrette Omar Ramdane, soulignant l’urgence de sortir de cette logique. Nous avons les moyens. Nous avons les hommes. Nous avons l’aisance financière pour compter sur nous-mêmes et élaborer une stratégie de développement et de croissance et faire émerger notre pays, plaide Omar Ramdane.
Il est devenu patent aujourd’hui que les blocages dont souffre l’économie algérienne sont dus à un défaut de gouvernance : absence de vision économique, rôle non défini de la place de l’État dans la sphère économique, une administration démotivée et forcée à naviguer à vue, participation quasi inexistante des autres parties prenantes (entreprises, société civile…) dans les choix de politique économique » (selon l'article de Liberté).

FCE : 50 propositions (en écho aux 50 ans perdus), elles donnent la mesure des carences :

Mesures de relance et de soutien de l’investissement
1- Rétablir la liberté totale de l’acte d’investir : l’investissement est libre et n’est soumis à aucune autorisation ou agrément.
2- Lancer une politique de champions économiques.
3- Ouvrir de manière effective aux investisseurs privés nationaux l’ensemble des secteurs d’activité économique.
4- Créer une banque d’investissement spécialisée dans le développement de la PME/PMI dotée d’un capital équivalent à 10 milliards de dollars.
5- En matière d’investissement direct étranger, abandonner la règle 49/51 appliquée systématiquement, mais définir les branches ou les filières considérées comme stratégiques où la partie algérienne est obligatoirement majoritaire comme l’énergie, les hydrocarbures, l’eau, les banques, les assurances, les TIC, le transport, etc.
6- Au titre de la sécurité alimentaire nationale, décider d’un programme s’étalant sur sept ans et visant l’autosuffisance complète ou partielle (70 %) pour les produits suivants : céréales, légumes secs, lait et huiles.
7- Au titre des priorités de la politique sanitaire nationale, mettre sur pied un programme précis de développement et de soutien aux fabricants nationaux, visant à assurer, dans un délai n’excédant pas cinq ans, 70 à 80 % des besoins en médicaments.
8- Ériger des zones prioritaires de développement dans les Hauts Plateaux et le Sud.
9- Implanter de nouvelles zones industrielles le long de l’axe autoroutier Est‑Ouest.
10- En matière de gestion du foncier industriel, garder le système de la concession pour la seule période de réalisation des projets d’investissements : au‑delà, la pleine propriété sera la règle.
11- Accorder la possibilité, à toutes les entreprises existantes qui le souhaitent, de rééchelonner leurs dettes bancaires, avec un délai de grâce de trois années ; les agios de la période de grâce seront supportés par le Trésor.
12- Réserver aux entrepreneurs nationaux les marchés publics dont le montant n’excède pas 30 millions de dinars pour les services, 150 millions de dinars pour les fournitures et 200 millions de dinars pour les travaux.
13. Rétablir le crédit à la consommation pour l’acquisition des biens et des services produits localement.
14- Remplacer le soutien des prix de large consommation par l’instauration d’un complément de revenus au bénéfice des couches de population à faible revenu.
15- Reprendre et relancer sur une base régulière et avec l’appui des pouvoirs publics la campagne "Consommons national".
16- Mettre en place et lancer un grand programme national de développement des énergies renouvelables.
17- Encourager le retour des populations rurales qui ont fui leurs lieux d’habitation du fait du terrorisme, en portant l’aide accordée par les pouvoirs publics à un million de dinars par famille.
18- Encourager une politique du logement différente.
19- Concevoir un programme de nouvelles villes de différentes tailles (10 000, 20 000 et 50 000 habitants).
20- En matière d’exportation, fixer un objectif de 10 milliards de dollars à atteindre dans un délai de 5 à 7 ans et 20 milliards de dollars après dix ou douze années. En contrepartie, réformer en profondeur le système de régulation et d’encouragement de l’acte d’exporter.


Mesures pour réduire le champ informel
21- Décider une amnistie fiscale en taxant à hauteur de 10 % les montants déclarés au fisc puis déposés dans les banques. L’amnistie ne concerne pas les liquidités dont l’origine est criminelle.
22- Relever le plafond du chiffre d’affaires des entreprises et activités soumises à l’impôt forfaitaire unique à 30 millions de dinars.
23- Multiplier les marchés de gros de fruits et légumes.
24- Réformer en profondeur le système de registre du commerce.
25- Moderniser et mettre à niveau le système national d’information économique et social.


Mesures pour simplifier l’environnement de l’entreprise et améliorer le climat des affaires
26- Réformer en profondeur le droit économique algérien.
27- Engager une réforme fiscale profonde.
28- Revoir le système appliqué à l’impôt sur les bénéfices en supprimant la double imposition en matière d’IBS et d’IRG qui frappe les bénéfices distribués ; le paiement de l’IBS doit être libératoire. Par ailleurs, il est proposé de ramener à 5 % le taux d’imposition sur les bénéfices réinvestis.
29- En matière de financement des entreprises, favoriser les prêts à long terme pour les projets d’investissement à maturation lente.
30- Relever le taux de rémunération des dépôts pour drainer davantage les capacités d’épargne disponibles et réduire le phénomène de la thésaurisation.
31- Changer la valeur faciale de la monnaie : 1 DA nouveau = 100 DA anciens.
32- Lever l’autorisation de la banque centrale, préalable à la mise en place des agences bancaires, de sorte à impulser le développement du réseau bancaire et à se rapprocher des normes internationales en la matière, soit une agence bancaire en moyenne pour 10 000 habitants (contre 28 000 actuellement).
33- Moderniser le régime des changes.
34- Dynamiser la bourse d’Alger.
35- Revoir le fonctionnement des chambres de commerce.
36- Lever la mesure légale qui interdit l’importation des équipements et matériels de BTP d’occasion.


Mesures d’organisation économique ou d’ordre institutionnel
37- Créer un ministère de l’économie nationale.
38- Revenir au week‑end universel.
39- Dépénaliser dans les faits les actes et fautes de gestion dans les entreprises publiques économiques.
40- Instituer la représentation des entreprises dans tous les conseils, offices, commissions ou organes de médiation ou de recours.
41- Investir massivement dans l’économie de la connaissance.
42- Simplifier et débureaucratiser la relation entre le citoyen et l’administration.
43- Mettre sur pied, dès maintenant, des passerelles entre le système de formation et le monde de l’entreprise.
44- Mettre sur pied un programme de mise à niveau d’une dizaine de grandes écoles ou d’universités nationales, avec un appui financier massif de l’État.
45- Introduire une plus grande flexibilité dans le système de régulation des relations de travail et de l’emploi.
46- Mettre en place, de manière systématique, des deadlines pour les principaux documents et/ou autorisations délivrés par les administrations et les banques.
47- Engager une réforme de décentralisation économique poussée en faveur d’administrations économiques régionales à compétence élargie.
48- Mettre en place un observatoire des échanges extérieurs.
49- Développer le dialogue économique et la concertation entre les autorités publiques et les représentants du secteur privé.
50- Instituer et mettre en place un médiateur national.

Voila, ce billet est fini. Tournons-nous vers l'avenir, et si nous ne pouvons passer l'éponge dans nos coeurs, collaborons avec les générations montantes algériennes qui remplaceront la caste dictatoriale issue de la sale guerre. Ces gérontes frappent enfin à la porte des soins palliatifs des hôpitaux français ! Place aux coeurs vaillants.



jeudi 15 mars 2012

Passer de 20% à 15% !

 

Si les sociétés de sondage d'opinion ne corrigent pas outrancièrement leurs résultats primaires, il apparaît que la candidate du Front national régresse dans les intentions de vote de cinq points depuis le début de l'année. C'est beaucoup.
On peut l'attribuer aux carences polémologiques de son équipe de campagne, si tant est d'ailleurs qu'elle l'écoute. Comme aux échecs il faut jouer deux coups d'avance. Sinon on passe aux petits chevaux. C'est le volet économique du programme qui est le maillon faible, pour ne pas dire la mine d'autodestruction, mais il y a aussi des incohérences héritées de la "famille".

Prenons le cas de l'euro dont le Front veut s'affranchir et voyons comment le projet est-il reçu. Les épargnants, dans une large classe d'âge de 50 à 90 ans ou plus, n'échangeront pas leurs avoirs libellés en euromarks contre de nouveaux eurofrancs. Les plus anciens ont vécu le temps des dévaluations du dimanche et savent que la monnaie nationale n'a jamais fait carrière hors des frontières. Ils en parlent aux plus jeunes. Ils ont aussi connu un contrôle des changes nord-coréen pour pallier le déficit de confiance des Français en leur monnaie. Cela suffit pour en dissuader beaucoup de donner leur voix à un candidat qui brandit pareil fanion que sortir de l'eurozone. Si elle passe, elle le fera c'est sûr !

Autre proposition un peu galvaudée
Le programme de blindage des frontières leur semblait plutôt sympathique, tant sur le plan des intrus que du dumping commercial. A creuser un peu, ils doutent. Aucun économiste sérieux ne vient sur ce registre et les mêmes mesures proposées plus adroitement par M. Sarkozy, qui obtient plus de retour médiatique sur ce plan, sont critiquées dans le détail où se niche qui vous savez. Si le blindage sarkozien, certes praticable, est de nulle efficacité, que dire de celui de Mme Le Pen qui est à l'économie ce que M. Jourdain est à la prose ? L'accession d'aubaine du Front national aux affaires (c'était possible à 20% d'intentions au premier tour) allait-elle déclencher une dévaluation de 20 à 25% de la nouvelle devise, l'ostracisme européen, un renchérissement insupportable des taux d'emprunts hebdomadaires, annuler d'avance tout concours du FMI (comme pour la Hongrie) ? Faut-il "mourir" pour des idées, se disent certaines gens plus à l'aise que d'autres.

Des soutiens scabreux
Après que M. Jean-Marie Le Pen ait, comme SAR Sixte-Henri de Bourbon-Parme, soutenu le défunt Guide libyen - il en avait fait autant pour Saddam Hussein - la famille a apporté son soutien aux Assad de Syrie, à des motifs filandreux sur la préservation d'une cohabitation des cultes, mais surtout parce que ces braves gens affrontent l'ire anglo-américaine. Tous les jours les écrans déversent hélas des images tristes, parfois poignantes, sur la guerre civile de Syrie, et c'est demander beaucoup à l'électeur lambda de surmonter son écoeurement pour le salut de la géopolitique frontiste.
Que ces gens, fréquentés jadis par le pouvoir parisien, soient fréquentables dans un bain de sang me laisse perplexe, et les électeurs sûrement autant.


Finalement, le drainage des intentions de vote frontistes entamé par le président-candidat fonctionne pour le moment. Le hold-up est à portée. Il est en plus capable de se contredire dans la même semaine avec une conviction telle qu'elle emporte l'adhésion des niais, ceux qui en démocratie font le succès. Oublier la bêtise commune dans l'élaboration des programmes est une erreur de débutant, mais oublier l'épargnant est plus grave dans une optique de conquête du pouvoir. S'il ne s'agit que de revendre son succès entre les deux tours (comme M. Mélenchon) c'est autre chose.




Revue de sondages récents :

SOFRES (12 mars): 16% contre 17% le 27 février
CSA (5 mars): 15% contre 17% le 20 février
BVA (3mars): 14% contre 15% le 16 février
IPSOS (3 mars): 17,5% cvontre 16% le 25 février
LH2-Yahoo (3 mars): 15% contre 14% le 18 février

mardi 13 mars 2012

Le retour des taxeurs


Même Le Figaro, la Pravda du Faubourg, a du mal à suivre la guerre des taxes, son lectorat hyper-sensible à l'impôt, faisant partie de cette moitié de Français qui en paient.
La chasse au scoop que mènent les équipes de propagande des candidats ne s'embarrasse d'aucun frein au déconnement ni de morale, dès lors que l'effet est obtenu : grimper dans ces pétaings de sondages qui servent à dire aux électeurs ce qu'ils pensent (Coluche)!
Quand l'énarque Hollande surtaxe les hauts salaires avec la seule ambition de faire parler de lui à sa gauche - il a explicitement convenu que la mesure n'entrerait pas un euro dans les caisses publiques - le président-candidat, un ancien ministre du Budget, invente le lien nationalité-fiscalité. L'ange est dans les détails, à lire bien, la taxation d'office ne serait appliquée qu'aux exilés fiscaux volontaires et non pas aux expatriés en mission. En clair, on va vers un décret Johnny Halliday ou anti-Gstaad. Les ONG d'optimisation fiscale vont réétudier la question, vidant l'éventuelle loi de tout effet. Mais M. Sarkozy aura fait deux points de mieux.

Au même moment, Le Bruit-et-la-Fureur exige un salaire maximum en entreprise, vidant ainsi les projets précités de toute assiette. Va-t-il négocier ce point crucial de résoviétisation de notre espace économique avec le candidat socialiste entre les deux tours ? Gag !

M. Rocard, bien calé au dossier de l'Aventin, est agacé par une campagne électorale qui surfe sur l'écume de choses triviales sans aborder la trame du drame. Or l'illuminati de Conflans-Sainte-Honorine - International Advisory Board, Friends of Europe, Terra Nova, Collegium international éthique scientifique et politique - voit notre avenir en noir, bien loin des couillonnades de préaux de ces messieurs. La vieille Europe est définitivement vieille au seuil de la sénilité, sa croissance - la vraie potion d'Astérix des programmes électoraux - sera nulle (ou bidonnée), par l'effet du renchérissement des matières premières et ressources raréfiées arrachées à la planète par les masses émergentes, si ce n'est pas la guerre.
Réagir ? Construire une société qui gratifie «les valeurs authentiques» et donc renonce au travailler plus ; chercher le bonheur ailleurs qu'au travail. Rocard rejoint ses bases d'origine, nous dit Eric Le Boucher dans Les Echos, pour souhaiter «une autre société, moins marchande, tournée vers le temps libre». La question à vingt dollars est de trouver les ressources pour faire manger tout le monde trois fois par jour dans une société qui prendrait le hamac pour emblème.
Easy, mec !

Taxer les derniers récalcitrants qui travaillent !



Note à l'attention des studieux :

Le Club Praxis n'attend pas l'embellie pour proposer une réforme fiscale de fond.
Cinq principes et neufs propositions sont déroulés sur le blogue de Turgot. Voici les 5 principes, les 9 propositions (tiens, tiens, encore un nonagone) sont accessibles en cliquant en fin de note :
Objectif : réduction des dépenses publiques mais sans arbitraire dans un cadre fiscal cohérent et optimal, qui interfère le moins possible avec la croissance économique.
- principe de clarté du champ d’action de l’Etat
- principe de justice fiscale
- principe de simplicité
- principe de stabilité
- principe de transparence
Vers le blog de Turgot...

dimanche 11 mars 2012

Anniversaire de Tōhoku



C'est aujourd'hui l'anniversaire du grand tsunami nippon. Le spectacle fut rare, grandiose, déjà terrifiant. Vomie du ventre de la mer, la vague de limon envahit les terres dans un long hennissement à la vitesse du cheval au galop. Au ressac, on découvrit d'immenses champs d'allumettes - les oeuvres des hommes comme du petit bois - et comprit que dans la vase laissée, gisaient plus que des souvenirs ou la peine séculaire des gens, des milliers de morts enfouis vivants.
Le séisme de Tōhoku, tel qu'il sera nommé dans la communauté scientifique avec un amplitude de 9.0 sur l'échelle logarithmique, lèvera une vague moyenne de 10 mètres et selon la nature des fonds marins, des pics à 38 mètres comme à Mikayo. Un cube d'eau de mer de 38 mètres de côté fait 56.000 tonnes !
Glissez mortels, n'appuyez pas !

Impassible, digne, les joues mouillées du mauvais temps et de larmes, la vieille nation s'est dressée tout au long de la côte pour toiser le désastre. Pas d'hystérie, ni pillage, aucun désordre ni vindicte, ils ont posé les pieds au sol et se sont tus.
C'était sans compter l'arrogance technologique qui avait disposé le refroidissement des réacteurs nucléaires à Fukushima au ras de l'eau, au bord de la fosse du Japon.

N'attendant rien d'une bureaucratie débordée au seuil de la panique - comme à Kōbe en 1995 - les humains se sont baissés et mis au travail. Et l'empereur vint partager leur chagrin. Quelle intensité dans l'échange compassionnel entre le Kinjō Heika du chrysanthème et son peuple déférent. Nous vîmes combien était attendue sa venue dans les hangars de fortune et les hôpitaux. On put saisir alors ce que signifiait incarner une nation, même sans vertus thaumaturgiques spectaculaires. Ils avaient mal à l'âme avant tout.
Dans leur malheur, les Japonais ont cette chance d'avoir quelqu'un à aimer.


Le 12 mars, la grande île de Hongshu a avancé de 2,40 mètres vers l'Océan pacifique.





samedi 10 mars 2012

Fillon pas trop démocrate


Au "Déjeuner de la Femme" à Matignon jeudi dernier, le premier ministre Fillon qui compte les jours, a fait une belle table de femmes à la page. Il a ouvert son coeur à Mme Maherzia Laâbidi, sa voisine de droite attifée comme une bonne moldave mais vice-présidente Ennahda de l'Assemblée constituante tunisienne.
Face à Roselyne Bachelot qui tweetait sans relâche et pas loin de Nadine Morano au supplice de rester assise, il dut se contrôler, mais chaque mot pesé et sous réserve de confirmation par l'intéressé qui ne la donnera pas - il a déjà donné avec les pratiques sémitiques archaïques - il a dit ceci :

« Ce que la France a essayé d'apporter au monde, c'est cette idée que la République n'est pas la démocratie. La démocratie, c'est la loi du plus fort. La question, c'est comment on fait vivre la République !» (alerte Le Figaro-Rovan)

On croirait du Tocqueville dans la tyrannie de la majorité. En décapitalisant la république, finirons-nous par avoir raison sans qu'aucun ne tire pour nous les marrons du feu ?
Je le crains tant nous sommes ailleurs.

vendredi 9 mars 2012

Le crime du clivage

Il est un procédé dont usent les partis majeurs de gouvernement dans une élection présidentielle, c'est de briser l'électorat en deux morceaux presque égaux, pour à la fin l'emporter de justesse à 50 plus un. Cliver est la consigne. Le président en fonction ne s'en cache pas, qui a décidé de rompre l'ouverture et de constituer un bloc de droite homogénéisé. Il y est du matin au soir : "on va faire du gros rouge qui tache" répète-t-il à son équipe.
Exit les propositions passerelles comme le mariage des folles (car il faut l'être un peu pour songer au mariage juste avant l'Ecroulement), l'exaltation du jeune communiste Guy Môquet, les zonzons, Blum, Jaurès, les zozos missionnés, les nègres qui font le clown blanc, le casting "Enfants de la Télé"; on va taper dans le programme de zinc bien beauf, dose pour grand malade. On appelle ça le terrain des valeurs. Ouste le régalien qui rassemble, on passe au sociétal qui clive. Ainsi au soir du 6 mai, une moitié de la France aura perdu et détestera l'autre. Chapeau ! Un corps coupé en deux ne survit pas.

La tête haute et le cul en arrière, l'impétrant gravira les marches de la Bonbonnière, ébloui par les reflets du soleil sur les sabres de la Garde. Mais pour faire quoi ? Préparer les élections législatives ! C'est à plein temps, chère Médème, la République.

François Bayrou a tout à fait raison de dénoncer les "naufrageurs" qui enfument l'Opinion de mesures de progrès social hors de portée de nos finances, hors de portée d'une croissance rêvée, hors de portée des conditions de la concurrence mondiale en voie d'agravation. Nos comptes publics sont intenables et l'autisme de la classe politique, complètement omnibulée par la défense de ses positions patrimoniales, fait peur. Attend-t-on de contempler la Grèce renouer avec son africanité ptolémaïque sous la seule industrie du soleil, pour prendre conscience du Mensonge. Il n'est pas d'avenir à un Etat cumulant les déficits primaires publics et commerciaux. « Si un pays est en déficit primaire, il s’enfonce dans la dette et ne peut se mettre en défaut (et donc cesser, au moins pour quelques années, de contracter des prêts) qu’en licenciant immédiatement une partie de ses fonctionnaires et en cessant de financer en partie armées, prestations sociales, écoles et hôpitaux » (Jacques Attali).

Avec une croissance zéro ou epsilon, tout l'ouvrage électoral de quelque bord qu'il soit, va s'effondrer. L'occupation majeure des gouvernants - malheur aux volontaires désignés - sera chaque semaine de faire l'échéance chez France-Trésor. Que se passera-t-il dans le pays d'une société "clivée" ? Ayant expérimenté de longtemps l'incivisme d'une frange significative de la population habituée aux feux de camp, de joie, de détresse, au feu tout simplement, subodorant la réaction des "chasseurs" et déplorant l'assuétude de la majorité au silence peureux, le chaos est à portée.

Seul vaudrait un programme de rassemblement fondé sur des vérités indéniables, portées par des ouvreurs au-dessus de la mêlée, comme la Cour des Comptes et l'Insee. Où est-il ce programme ? Plus fort, j'entends pas !






En guise de cours du soir, vous irez passer dix bonnes minutes à comprendre comment on gagne une élection nationale sur le Blog de Turgot, où Bertrand Lemennicier nous propose une démonstration magistrale.

mercredi 7 mars 2012

M. Sarkozy pour rien

 

En attendant mon fils qui rentrait d'une réunion de corpo en province, j'ai patienté en regardant Des paroles et des actes sur la chaîne publique FR2. Hésitant entre le candidat virginal qui se laisse provoquer sur sa vie privée et le président madré qui prend une posture de vieux routier de la fonction, M. Sarkozy, bien que pugnace, n'a convaincu que les croyants, c'est à dire son propre bord politique.
Or la mesure des intentions de vote pratiquée par tous les instituts d'opinions l'oblige à capter des voix bien au-delà de sa famille politique pour vaincre le socialiste le plus nul de la décennie, mais qui surfe sur un rejet général du président sortant. En ce sens, M. Sarkozy a perdu sa journée d'hier. Tel qu'en lui-même, Laurent Fabius s'est montré sarcastique et peu précis, avec un ton professoral à dessein, qui faillit dégonder l'impassibilité forcée du candidat UMP, mais au final ne l'entama pas beaucoup.

La presse d'aujourd'hui déroule ses analyses superficielles, formules, mimiques, bons mots, et nous en resterons pour notre part aux remarques pertinentes de Franz-Olivier Giesbert en fin d'émission : « Vous sentez vous coupable du désastre actuel des finances publiques ? ». Et le journaliste de se moquer un peu de ce débat d'aveugles qui ne veulent voir dans leur dos la montagne déstabilisée qui menace de s'effondrer sur eux. La République est en faillite, avait dit François Fillon en prenant les commandes, et le rappeler au candidat n'eut d'effet que de noyer le poisson.
Cinq ans plus tard, elle est toujours et plus que jamais en faillite, et le programme réaliste de réduction de la dépense publique, présenté par celui-là même qui a aggravé terriblement les comptes, ne l'est plus, si c'est le même qui s'en charge. Elémentaire, mon cher Watson ! D'ailleurs n'est-ce pas la question la plus souvent posée ?
Pourquoi feriez-vous demain ce que vous ne sûtes ou pûtes faire hier ?

L'alternative entre MM. Hollande et Sarkozy est une calamité pour notre pays, mais elle résulte d'un régime génétiquement malade de la peste socio-démocratique, un épithète de la lâcheté civique.
Avec ces gens, on va taper !

vendredi 2 mars 2012

Des divergences à l'échec


Dans le numéro 842 des Inrockuptibles (18 janvier 2012), le comte de Paris Henri d'Orléans disait sa lassitude envers les factions royalistes qui, pour capter toute son attention, barrent l'accès des forces vives du pays au prince. Elles s'imposent comme l'unique médium entre lui et le peuple, jusqu'à mieux savoir que quiconque quoi dire et taire en public. Il est aussi des "secrétariats" qui débitent des avis ou communiqués de leur propre allant, comme celui qui sert de relais au prince Louis de Bourbon et dont les cuirs sont parfois réjouissants.
Derniers barrages en date, d'un côté, le Cercle de l'Œillet blanc refuse l'épouse du comte de Paris à la messe, de l'autre côté, le secrétariat de l'Institut Duc d'Anjou rejette d'emblée la demande faite au prince par l'excellent trimestriel La Toile pour un article sur le développement durable. L'a-t-on consulté ? j'en doute. Le storytelling de sa biographie publiée sur le site institutionnel dévoile une certaine autonomie de la Cour dans sa créativité.

Ca fait deux siècles que dure le cirque royaliste pour le résultat que l'on sait. Positions effondrées, invisibilité, pénurie d'argent, querelle dynastique et divisions subalternes, éclosions fantaisistes de sous-groupuscules divisibles, ridicule de certaines postures.
Au centre, la piste ! S'y sont de tout temps pavanés les dresseurs de prétendants à la chambrière, qui à défaut d'impressionner les pères firent courir les fils. Et voilà que l'Institut de la Maison de Bourbon accapare l'orphelin, désobéissant aux conseils de sa mère qui lui disait de s'en méfier ; et voici la Restauration nationale qui prend fait et cause pour le jeune prince Jean, disqualifiant le vrai prétendant d'Orléans au motif de moeurs coupables à leurs yeux, et ignorant superbement le lignage qui désigne François. Puis le Bourbon déploie ses ailes et monte son propre club promotionnel, comme son alter ego d'Orléans qui reprend les choses en main dans son parti et devient patron. Le piéton veut bien dispenser son distingué lectorat du paragraphe interminable qui devrait suivre, contant par le menu l'affranchissement des titulaires de leurs chaînes courtisanes... pour aller à la conclusion.

Les disputes, à se prendre à la gorge parfois, sont vaines à deux motifs. A l'intérieur de la sphère royaliste elles ne servent que d'exutoire à un dépit de notoriété de la cause que chacun défend, et aucun ne changera d'idée. Pourquoi se disputer sur la couleur de la mer ? A l'extérieur, les arguments des uns et des autres passent à cent coudées au-dessus de l'attention disponible de l'Opinion, car ils apparaissent gratuits ! A quoi servirait-il au peuple de prendre parti ? La paix d'Utrecht pour les mieux informés n'eut pour effet tangible que la cession du rocher de Gibraltar à la couronne britannique. Le reste est... bidon aujourd'hui pour  le vulgum pecus.

Et si on parlait des institutions, une minute ?
Faut-il un troisième motif de déshérence de la cause royaliste, c'est le décalage entre l'offre institutionnelle des différents partis ou agences (comme on disait jadis) et la perception qu'a l'Opinion du rôle d'un roi (ou d'une reine d'ailleurs). La distance est grande. Le roi du sondage BVA-Alliance royale ne désignait pas un touche-à-tout fébrile à la Sarkozy ou quelque César génial, mais un roi digne et populaire, du modèle visible dans l'actualité. Très peu d'organes royalistes comblent ce fossé entre les dogmes et leur défaut de perception, et le Rassemblement démocrate pour la monarchie de Jean-Marie Wante est l'un de ces happy fews. Qu'il en soit salué. Ce n'est quand même pas pour rien que les princes donnent leur avis. Mais si, mais si ! Après la monarchie hors-sol, on veut nous vendre la monarchie sans-prince. Que disent-ils et pourquoi leur avis est-il convergent ?

Louis de Bourbon part sur une monarchie constitutionnelle à l'espagnole dans ses interviews, en faisant le projet de rassembler jusqu'aux républicains. Et Henri d'Orléans est, on ne peut plus, clair :
« Dans une royauté moderne, soit constitutionnelle et parlementaire, un Premier ministre gouverne, les Assemblées légifèrent et le roi règne. C'est le cas en Grande-Bretagne, en Espagne, en Belgique, dans l'Europe du Nord... Pourquoi régner, et comment ? Parce que le roi incarne l'identité de la nation, qu'il doit demeurer accessible à tous, qu'il ramasse en sa personne l'histoire et les racines du pays. Il est aussi là pour tempérer les excès des uns et des autres, droite ou gauche. L'homme politique ne peut plus rêver de toute puissance : il a un souverain au-dessus de lui ».

Pourquoi convergent-ils ? Ce sont des hommes responsables qui peuvent être appelés à assumer une charge écrasante, aussi convoquent-ils leurs fidèles au "possible" afin qu'au bout du bout, il ne puisse pas être dit en cas d'échec que l'affaire n'était pas jouable parce qu'utopique. La monarchie constitutionnelle du modèle éprouvé dans ce siècle est un projet faisable. En fait, ils y croient !

Si les royalistes étaient conséquents, ils devraient s'en tenir là, apprendre par cœur la formule du comte de Paris et travailler sur ces axes. Au lieu de quoi, on fouille greniers et grimoires à la recherche d'un monde disparu dans ses codes non écrits, plaquant sur le pays des dogmes déconnectés des réalités, mais avec la certitude perverse que la perte de temps de ces travaux de vulgarisation d'idées échouées ne portera de toute façon aucun préjudice à une cause il y a longtemps perdue. C'est de l'autoprédiction. Je tue le projet pour constater qu'il est mort. A dire vrai, et je voulais le faire dans le billet des 1001 nuits, depuis dix ans que mes activités professionnelles relâchées m'ont permis de revenir à la promotion de la cause monarchiste, j'en serais presque à partager l'avis des princes : le problème, c'est les royalistes !




La solution n'est pas ailleurs que dans la prise de commandement du mouvement par le prince. Le "royalisme" ce n'est que ça, finalement. La publication d'une note hebdomadaire d'Henri d'Orléans sur le site du CRAF est une contribution enrichissante, mais surtout positionne le prince au bon endroit. A bon entendeur, salut.


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