jeudi 10 mai 2018

À 60 ans du Putsch d'Alger


Ce dimanche 13 mai compte double, pour le souvenir du Putsch d'Alger de 1958 et pour celui de sainte Jeanne d'Arc bien sûr. Au-delà de la légende attestée par les minutes du procès de Rouen, Jeanne fut surtout un capitaine de guerre d'une rare intelligence du terrain, capable d'assimiler la tactique immédiate aussi rapidement que les vieux briscards qui l'entouraient, La Hire et Xaintrailles, Rais, Dunois. Elle sut aussi garder à l'esprit la queue de trajectoire de sa mission quand elle y inséra, contre l'avis de beaucoup, le sacre du dauphin Charles à Reims. Ce faisant, elle ôtait toute légitimité transcendée au prince de Lancastre et ralliait le maximum d'adversaires des Anglois pour les bouter hors du royaume. Cela se nomme stratégie ; pas sûr qu'à ce niveau d'expertise elle ait plu longtemps à la Cour.
S'il y a un mystère de la Pucelle, il est tout entier dans sa complète disparition sur Terre, à croire qu'elle fut emportée par les anges au Paradis, une sorte d'ascension. Bien sûr, on ne retrouva aucun reste de la crémation, mais n'apparut jamais un objet lui appartenant, sauf au Puy-du-Fou, ni l'anneau que l'évêque Cauchon lui avait pris, ni une pièce d'armure, ni l'étendard blanc, pas même une de ses épées. Quelque Chose a nettoyé la page d'histoire de tout artefact, de toute "relique", comme si l'on avait craint la naissance d'un culte. Elle ne fut d'ailleurs canonisée que cinq siècles après son supplice, ce qui fit longtemps tache sur la cappa magna des épiscopes français.
Postscriptum du 14: le Groupe d'action royaliste (GAR) a exhumé Le Ditié de Jehanne d'Arc (clic), un joyau de Christine de Pisan (1429) qu'on se plaît à réciter à haute voix.
Pierre Lagaillarde
Du Putsch d'Alger de 1958, on ne parle pas non plus en temps ordinaires. Fonder la Cinquième République sur un coup d'État militaire fait désordre dans les armoiries de la gardienne bavarde des droits universels de l'homme et du citoyen. Mais certains s'en souviennent (tititi-ta-ta), qui en éprouvent encore une grande joie, un peu de fierté, de mélancolie aussi, puisque le porteur de tous les espoirs du moment s'attela bien vite à les éteindre un par un, après en avoir garanti l'achèvement.
Il est trop tard pour raconter l'histoire de cette trahison qui épuise les nerfs. Le putsch avait déclenché une réaction populaire à l'avachissement général d'une classe politique liquidant les positions du pays les unes après les autres. Il ne fallut pas longtemps pour faire accepter au peuple qu'il avait tort de s'insurger contre le sens de l'histoire, mais pas celui de faire revenir l'Hermite de Colombey. On manipula les gens par des référendums à question double, privilégiant la lâcheté démocratique naturelle quand il s'agit d'effort. Préférez-vous garder l'argent ou développer les départements algériens ? c'était le sens des questions posées, enrobées de slogans grandiloquents comme la Paix des Braves pour impressionner Mimile. Quatre ans suffirent pour plier l'Algérie française.

L'Algérie fut larguée pour son malheur, et sans aucun remord pour les dommages collatéraux causés aux populations européennes et aux supplétifs indigènes qui s'étaient laissés enrôler. Cinquante ans d'indépendance n'ont rien apporté à sa population qui ne rêve que d'une chose : en partir ! Des lendemains dangereux s'approchent avec la succession de la momie ; pillage, spoliations et corruption de la nomenklatura n'étant plus supportables. Le printemps arabe tunisien était de la gnognotte en comparaison de ce qu'il se prépare en Algérie. Il suffit de lire régulièrement la presse locale. D'ici là, quand vous croiserez un gaulliste du canal historique, traitez-le de sac à merde, ça le surprendra !


L'Action française va marquer la journée du 13 mai par un cortège traditionnel de Jeanne d'Arc qui partira dimanche à 10 heures de la place de l'Opéra à Paris.


Courtoisie Kadou, Groupe action royaliste


mardi 8 mai 2018

Macron, un an !




Les factieux déclarés de La France insoumise affublent le président de la Vè République Macron d'une posture monarchique, à tort et à raison, mais c'est mal connaître le principe royal que de faire cet amalgame. A tort, puisque le président est littéralement créé par la Loi du Nombre d'une élection sans filtres, la plus toxique ; à raison, parce que depuis le début et "l'absence du roi", le candidat puis le président n'ont cessé de traîner à leurs basques l'ombre tutélaire du second corps du roi. Il y parviendrait presque en se départant du gouvernement des détails dans lesquels se sont noyés ses prédécesseurs, et particulièrement Nicolas Sarkozy qui restera dans l'histoire un grand débiteur de la nation pour ses frasques nationales et internationales : « orgueil, improvisation, diplomatie accaparée par les soupentes élyséennes, prix du gaz, programmes scolaires, retraites, chasse aux Roms, compassion électoraliste, suivi personnel de certaines affaires de droit commun touchant des amis, mise en accusation des juges petits pois, valse des préfets, grossièreté instinctive, confidences sur les films de Dreyer (?!)» (la liste des "détails" est de Jean Guiloineau). A l'évidence, Sarkozy l'énervé n'était pas roi. Macron serait un meilleur candidat s'il ne traînait pas le boulet d'être élu à la plus forte minorité, ce qui est contre-indiqué pour commander la levée en masse. Voir le billet récent sur Edwy Plenel.

Si le roi par principe est au-dessus de la mêlée, le président par construction est en mêlée. Mais Macron a ceci de particulier, qu'il ne s'est pas appuyé sur un parti parlementaire existant duquel il aurait fait évoluer les codes à son bénéfice comme Mitterrand à la SFIO, mais qu'il a créé un véritable mouvement de fond pour le porter à l'Elysée sans avoir à récompenser les caciques de la prébende institutionnelle. Sachant que la Constitution l'y obligeait, le parti fut créé ex-nihilo pour les élections législatives dans le sillage de la victoire, profitant à plein de la loi Jospin d'inversion du calendrier. Et la République en Marche passa sur le ventre de tous. La manœuvre était audacieuse mais limpide dans son exécution ; elle a plu !

Macron donne effectivement l'illusion monarchique, plus proche peut-être du modèle napoléonien, mais il y a loin de la coupe aux lèvres, sauf à boire la ciguë si d'aventure la révolte anéantissait la réforme comme s'y attèlent par l'agitation permanente les partis révolutionnaires (LFI comprise qui appelle une VI° République). Qu'en pense la nation ?


Au seuil de sa deuxième année, Emmanuel Macron est à 50% de popularité dans l'opinion. Le journal Libération a fait une petite étude là-dessus (clic). Le centre de gravité de l'acquiescement s'est déporté vers la droite, ce qui ne fait pas les affaires des nouveaux Républicains, déjà passablement étrillés aux législatives et entamés sur leur propre droite par des partis intransigeants comme le Front national ou Debout la France. Ce parti sans doctrine (ce n'est qu'une écurie de campagne électorale) peut se casser en trois morceaux, une partie se ralliant au gouvernement Philippe-Lemaire-Darmanin, une partie entrant dans un mouvement de droite dure à créer (certains attendent Marion Maréchal Le Pen), le reste devenant le canal historique étroit d'une tradition obsolète qui n'a pas su convaincre.
C'est la déception de la gauche du mouvement d'opinion macronien qui est surprenante et souligne la stupidité des électeurs : comment l'initiateur des réformes emblématiques du Code du Travail sous le quinquennat de François Hollande pouvait-il entendre les positions socialistes de défense des avantages acquis anciens et dépassés par le monde qui court ? D'ailleurs on conviendra que les syndicats professionnels se retrouvent largués en rase campagne par les partis politiques à l'exception du petit groupe d'insoumis qui crie plus fort que ses effectifs ne l'y autorisent. Le travail de conception et de législateur est dès lors assuré par le brain-trust des syndicats réformistes comme la CFDT et l'UNSA (SNCF) qui ce faisant, se valorisent aux yeux de leurs mandants, quand d'autres se ridiculisent dans leurs crispations d'un autre siècle.

Si les réformes passent (retraite universelle et formation professionnelle surtout), la méthode Macron aura dynamité la physique sociale de ce vieux pays arcbouté sur des conquêtes sociales devenues insoutenables dans l'état des finances publiques et paritaires. Par contre, il est à prévoir que la dynamique internationale s'épuise, la France n'étant pas au rendez-vous de l'Europe sérieuse dans ses comptes publics, et ne pouvant de ce fait démultiplier un regain de puissance à travers elle. On reviendra à l'empreinte très classique de la France en Afrique et au Proche Orient, deux croix lourdes et dispendieuses, sans bénéfice autre que la gloire fanée d'un empire disparu.

Je ne crois pas m'avancer beaucoup en disant que Macron a mangé cette année son pain blanc, mais qu'il reste le meilleur représentant du pays à l'extérieur, c'est en dire long sur les autres !


lundi 7 mai 2018

8 mai 1945 - victoire du jazz !


George Patton
La capitulation de Reims marque la victoire définitive des thalassocraties anglo-saxonnes sur les "empires du milieu" et pour ce qui nous concerne, l'extinction du concept de "France seule".

Nous avions ressenti en 1918 que l'engagement des Sammies à nos côtés avait démoralisé les armées du IIè Reich à tel point qu'émeutes et mutineries avaient fusé partout chez l'ennemi ; nous avions vaincu le boche qui ne voulait plus se battre, mais en alliance déjà ! Quoique sous notre commandement puisque Foch était généralissime commandant en chef des forces alliées du front occidental. En 1945, rien de tout cela, nous n'avons pas vaincu le Hun, il fut battu par d'autres, nous fîmes l'appoint, équipés et armés par les Etats-Unis. Nous perdîmes ainsi notre indépendance, gouvernés pour longtemps par la grande sœur américaine, même si le grand illusionniste Charles de Gaulle parvint à nous faire croire le contraire.

Moralité : il faut gagner les guerres que l'on déclare, on n'a pas d'excuses !

Et l'Amérique, dont on avait apprécié les orchestres noirs sautillants en 1918, envahit alors l'Europe occidentale de sa fameuse way of life dont le jazz fait partie. On roulait américain, fumait américain, buvait américain et dansait américain.

Ce monde allié s'éloigne de nous depuis l'arrivée au pouvoir de présidents très typés, moins cultivés* que d'habitude, plus démagogiques aussi. Avec Donald Trump on atteint un sommet d'inélégance et de brutale... efficacité ! Nos dirigeants sont déroutés par la franchise du nouveau pouvoir qui leur sort les quatre vérités en leur montrant la porte de sortie : vous voulez vous gouverner ? Commencez, connards, par vous défendre en augmentant vos dépenses militaires, le baby-sitting de l'Europe s'achève !
(*) Cela ne s'applique pas à Barack Obama

Les valeurs américaines s'estompent au profit du profit et des intérêts immédiats de l'Union. Prenons-en de la graine, construisons notre autonomie, réarmons, et cessons de nous tortiller dans des postures diplomatiques vaines. Si Trump parvient à dénucléariser la péninsule coréenne, c'est un siècle d'archives des chancelleries qu'il faudra jeter au feu. Gouverner avec des couilles, ne pas se leurrer par lâcheté, éviter les emboîtages de solutions en poupées russes, aller droit devant, se battre s'il faut, voila le concept nouveau ! Appliqué en 1936, lors de la remilitarisation de la rive gauche du Rhin, il aurait sans doute évité la seconde guerre mondiale et le déclassement de l'Europe qui en fut la plus durable conséquence.


Pour commémorer la victoire de 1945 contre l'Axe, voici donc une bonne heure de Stan Getz au saxe et Chet Baker à la trompette, mais vous pouvez couper quand vous voulez. Le top ! Enjoy !



lundi 30 avril 2018

Vive les étrangers !


Camerone, c'était il y a 155 ans
Cent quarante-six nationalités,
solidaires dans l'épreuve,
un exemple d'intégration !

dimanche 29 avril 2018

Et si Edwy avait raison ?



Dans le débat à trois "contre" Macron, le journaliste militant Edwy Plenel que l'on ne présente plus, contestait la légitimité du président élu sur le faible score obtenu au premier tour de l'élection d'avril 2017, où celui-ci n'avait recueilli que les suffrages de 18% des électeurs inscrits, le second tour ne comptant pas puisqu'il affrontait la candidate d'extrême droite (ndlr : comme Chirac en 2002 qui était parti d'un socle de premier tour à 14%/inscrits).

Dans un article publié dans Telos, Gérard Grunberg doute que Plenel ait accepté le régime de démocratie libérale, lui préférant le modèle trotskiste où la loi du Nombre est totalement appliquée ! Car c'est du fondement même de la démocratie qu'il s'agit. Ses défenseurs amalgament toujours démocratie et libertés alors que la démocratie est un régime politique, le pire à l'exclusion de tout autre, aurait dit Winston Churchill. C'est aussi un régime à options selon le degré de maturité de l'électorat que l'on cherche par tous moyens à contourner. Mais sur le fond, c'est bien le Nombre qui compte !

Les démocraties illibérales et certaines dictatures cachées derrière des élections à un tour-un candidat que Plenel a connu, ont de fait une totale légitimité par le Nombre obtenu de force. Mais les démocraties libérales de M. Grunberg sont capables d'obtenir cette légitimité du Nombre à travers le lavage de cerveau du corps électoral par le Quatrième pouvoir quand la classe politique et ses patrons parviennent à l'absorber. On ne peut que féliciter les médiats de presse qui parviennent à diffuser hors de l'orbite officielle et Mediapart en fait partie.

Churchill avait-il raison ? A voir l'état du monde, ce n'est pas si sûr, les démocraties libérales sont à la remorque, et quand l'une parvient à infléchir la marche à la falaise, c'est qu'elle a triché avec la procédure comme Donald Trump que Cambridge Analytica a fait gagner contre la totalisation favorable à Hillary Clinton, en retournant 70000 voix dans deux Etats décisifs. Mais le candidat de Cambridge était quand même meilleur que l'autre.

Voici donc l'article de Gérard Grunberg (sous licence Creative Commons) :

Gérard Grunberg
Edwy Plenel a toujours détesté la démocratie libérale. Il a toujours été un révolutionnaire trotskiste. Cette haine de la démocratie libérale, il nous en a donné récemment, face au président de la République, une nouvelle illustration en niant la légitimité démocratique qu’elle donne aux élus de la nation. Emmanuel Macron ne disposerait pas d’une telle légitimité pour appliquer son programme compte tenu des conditions dans lesquelles il a été élu. Ce n’est pas la première fois que l’extrême-gauche développe ce type d’arguments.

Rappelons-les. D’abord Plenel ne prend en compte que les résultats aux inscrits et non aux suffrages exprimés. Certes, les deux types de calculs ont leur intérêt, mais, dans les démocraties libérales, le candidat élu est celui qui a eu le plus de voix. C’est sur cette règle simple que repose sa légitimité. Le mode de calcul choisi par Plenel lui permet de cumuler les abstentionnistes avec les voix des autres candidats et de diminuer ainsi le score du candidat élu afin de montrer qu’il n’est pas en réalité majoritaire et qu’il n’a donc pas une pleine légitimité. Mais il aura beau nous répéter qu’il a toujours calculé les résultats électoraux de cette manière, cela ne changera rien aux règles en vigueur dans notre république pour désigner nos gouvernants.

Plenel nous explique ainsi que Macron n’a obtenu au premier tour que 18% des inscrits. On pourra lui répondre qu’il n’en est pas moins arrivé en tête et qu’il a ainsi été qualifié pour le second tour. Or, lors de ce second tour, il a obtenu les deux tiers des suffrages exprimés. Entre les deux tours, le nombre de ses voix est passé de 8,6 à 20,7 millions. En outre, la participation a été importante, les deux tiers des électeurs ayant voté. Certes, calculé sur les inscrits, le score d’Emmanuel Macron est de 44%. Rappelons cependant que lors de la première élection présidentielle, en 1965, le général de Gaulle avait été élu avec la même proportion d’électeurs inscrits.

De toutes manières, à l’inverse de la lettre et de l’esprit des institutions, ce n’est pas selon Plenel le second tour de scrutin qui est décisif pour asseoir la légitimité du nouveau président. Selon un raisonnement particulièrement spécieux il explique que la victoire au second tour n’a pas de réelle signification dans la mesure où, par un pur accident, Macron était opposé à une candidate d’extrême-droite. Dans ces conditions cette victoire facile ne donnait pas de légitimité au nouveau président pour appliquer son programme car les électeurs – 20 millions rappelons-le – avaient voté davantage contre Le Pen que pour lui. On pourra lui répondre que le fait qu’ils se soient déplacés pour voter Macron plutôt que s’abstenir signifiait que leur proximité à ce dernier était plus grande que leur proximité à sa concurrente. Mais son raisonnement permet à Plenel de considérer que ce second tour ne compte pas véritablement. D’où son choix de ne retenir que le premier tour et son résultat sur les inscrits – les fameux 18% – pour évaluer la légitimité véritable du président élu. Un tel score ne lui donne pas, selon Plenel, une légitimité suffisante pour appliquer son programme. On pourrait objecter au fondateur de Mediapart, en nous situant de son propre point de vue, qu’un récent sondage de l’IFOP pour Paris-Match, Sud Radio et CNEWS (Le regard des Français sur la première année d’Emmanuel Macron à l’Elysée) du 18 avril montre que si l’on refaisait aujourd’hui l’élection présidentielle de 2017 (en remplaçant Fillon par Wauquiez) le score au premier tour de Macron sur les inscrits serait de 27% au lieu des 18% de l’an dernier. Mais il est à parier qu’une telle progression, bien que significative, ne serait pas encore suffisante à ses yeux. Il se garde bien cependant de nous dire à partir de quel score le président élu disposerait d’une réelle légitimité.

Lorsqu’Emmanuel Macron lui a fait justement remarquer qu’il avait obtenu aux élections législatives de juin une majorité absolue avec son allié le Modem qui confirmait la légitimité obtenue par son élection, Plenel, jamais à court d’argument, en a sorti un de derrière les fagots : victoire normale car le président élu « rafle la mise aux élections législatives ». Oubliant qu’en 1988, François Mitterrand, largement réélu, n’avait pas disposé, lors des législatives qui eurent lieu dans la foulée de l’élection présidentielle, d’une telle majorité, ce qui compliqua fortement l’action de Michel Rocard et de ses successeurs à Matignon. Quoi qu’en dise Plenel, il s’est bien agi en 2017 d’un second verdict du suffrage universel qui confirmait le premier et donnait au nouveau président les moyens politiques d’agir et la légitimité pour appliquer son programme.

Questions sur le fond

Ici apparaît le désaccord de fond entre nous et le toujours-trotskiste Plenel. Dans un véritable système de démocratie pluraliste, avec des élections libres et non faussées, un candidat ne peut généralement pas, lors d’un premier tour et même d’un second tour, rassembler une majorité absolue des électeurs inscrits. Dans ces conditions, dans l’optique plénélienne, aucun élu ne disposera jamais, sauf rarissimes exceptions, d’une réelle légitimité pour appliquer son programme. Seules les démocraties illibérales permettent d’atteindre de tels scores. Plenel devrait donc dire clairement qu’il rejette le système politique des démocraties libérales au motif que ce type de régime ne donne jamais pleine légitimité aux élus. Mais alors quel type de régime politique donnerait selon lui aux gouvernants cette légitimité que les démocraties libérales ne peuvent leur accorder ?

Cette question, Emmanuel Macron n’a pas pu lui poser le 15 avril bien que Plenel ait insisté sur l’égalité de statut des trois personnages assis autour de la table. Non ! Le président n’était pas à égalité avec les deux compères. Non pas seulement du fait du ridicule et orgueilleux refus de Plenel de considérer que le président de la République n’était pas tout à fait un Français comme les autres, mais surtout parce qu’Emmanuel Macron ne pouvait se battre avec eux à armes égales. En particulier, alors que Plenel, adoptant la posture d’un homme politique et non pas d’un journaliste, accusant plutôt qu’interrogeant, mettant le président en demeure, à coup d’injonctions, de répondre à ses accusations plutôt qu’à ses questions, le traitant comme un suspect plutôt que comme l’élu des Français, se comportant avec lui comme un véritable opposant politique, le président ne pouvait l’attaquer comme tel puisqu’il se présentait comme un journaliste. Il ne pouvait donc pas lui poser la question centrale qu’il aurait pu lui poser dans le cadre d’un véritable débat politique : par quels moyens et procédures, dans le régime politique qu’il souhaite voir s’instaurer à la place de notre régime politique, une force politique pourrait acquérir la pleine et entière légitimité lui permettant d’appliquer son programme. Une révolution populaire ? Et ensuite ? Quel type de pouvoir ? Nous aurions pu alors comparer les différents régimes politiques qui existent dans le monde et le type de légitimité populaire qui est celle de leurs dirigeants.

Emmanuel Macron porte une part de responsabilité dans cette affaire car il n’a pas précisément mesuré cette inégalité réelle entre les trois protagonistes de l’émission. Une inégalité en sa défaveur clairement assumée par Plenel qui a élégamment défini cette émission comme « un entretien d’évaluation un an après le contrat d’embauche ». Plenel se donnait ainsi le droit de décider si ce « contrat » serait ou non renouvelé, incarnant ainsi à lui seul la véritable légitimité populaire. Mais à quel titre ? Celui de son appartenance au courant historique trotskiste qu’il n’a cessé de revendiquer ? « Le trotskisme comme expérience et comme héritage fait à jamais partie de mon identité, non pas comme un programme ou un projet, mais comme un état d’esprit », déclarait-il en 2001. C’est alors la conception de la légitimité politique produite par cet « état d’esprit » qu’il faudrait que Plenel nous expose un jour clairement (article publié par Gérard GRUNBERG sur Telos le 23/4/2018 (clic).

Si la légalité du résultat des élections présidentielles n'est pas en cause, la légitimité des "vainqueurs" est au moins douteuse, ce qui pourrait les brider dans leurs tentatives de réforme des codes sociaux. Dans le cas d'Emmanuel Macron, la légitimité à réformer est toute entière contenue dans le programme de campagne électorale à l'issue duquel il a été légalement élu. Remettre en cause les nombres ne modifiera ni sa perception ni sa trajectoire personnelle. Tout ceci n'est que pure spéculation dans un pays où tout l'État est à refaire, mais ça fait un billet de plus sur Royal-Artillerie !


lundi 23 avril 2018

Macron en Amérique

Emmanuel Macron et son épouse seront chez George Washington ce lundi soir 23 avril pour répondre à l'invitation de Donald Trump. Le programme est serré, comme Macron les aime, et vous pouvez le consulter ici.

Courtoisie de Paris-Match
La presse américaine cherche à comprendre la relation amicale entre les deux hommes que tout oppose. L'article de Lauren Collin dans The Newyorker (clac) résume assez bien ce paradoxe que seul un pragmatisme poussée aux limites du raisonnable peut expliquer du côté français. Il faut maintenant faire un peu de géostratégie pour éclairer notre relation aux Etats-Unis.

Comme le dit Hubert Védrine souvent, la France est plus grande dans les yeux étrangers qu'elle ne toise dans les yeux des Français. Mais elle a aussi ses limites dans ses capacités militaires qui renforcent ou diminuent ses propositions et tantôt ses menaces. Par son histoire, la France est un des pays emblématiques de l'Occident avec la Grande Bretagne et les Etats-Unis. A ce titre, elle participe donc de sa décadence depuis le reflux des anciens empires, reflux définitivement terminé par la résurrection du plus vieil empire du monde, la Chine.

La Chine est le panda de quatre cent livres dans un coin de la pièce des négociations internationales, partie prenante ou pas. Tout se décide en fonction d'elle, rarement avec elle, souvent contre elle. Sauf accident social ou financier toujours possible, la taille de l'ours à l'horizon de vingt ans a de quoi faire peur. En face d'elle, l'Europe est devenu le "pays des vieux". Jadis primordial dans les sciences pures et appliquées, mère des guerres et des lois, elle est surpassée dans tous les compartiments du jeu mondial sauf... dans les parfums, la bière, l'aviation civile, les paquebots de luxe, les satellites, les missiles et les canots Riva. Prenons quelques exemples de ces dépassements en côte : le rail à grande vitesse est désormais chinois ou japonais, le moteur essence haute compression est japonais, la robotique est japonaise, le développement informatique est américain, la sidérurgie est chinoise ou coréenne, les armes d'ultra-pointe sont américaines. L'Asie du Sud-Est et orientale n'ont plus besoin des produits ou savoir-faire européens dans des pans entiers de l'économie qui vont du BTP, à l'automobile, du traitement des eaux aux énergies durables, de la construction navale aux nouvelles techniques de communication, sans parler de ce qui fut longtemps un fleuron européen : les universités. Les leurs ont dépassé les universités britanniques et allemandes. Seul bémol, la caporalisation des études supérieures en Asie bride la créativité alors que le désordre européen la stimule.


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Certes l'Europe ne disparaît pas, mais elle n'impressionne plus le reste du monde. Elle est perçue d'abord comme une destination de voyages inoubliables et un centre de production de biens sophistiqués typés "Europe" mais pas nécessairement vendables partout. Même aux Etats-Unis, qui furent longtemps friands de qualité européenne, on n'attend rien de l'Europe actuelle sauf du vin. Aussi Macron aura bien du mal à convaincre Trump de le suivre en quelque domaine que ce soit, car si l'Europe pèse peu dans l'esprit du mogul newyorkais, la France n'est qu'une partie de ce "peu". La relation Europe-USA dans l'univers mental de Trump est avant tout commerciale sinon uniquement. Il regarde les tableaux (d'une seule page) fournis par le Département du Commerce et surligne les postes où l'Amérique perd. Par camaraderie, les autres questions soulevées par le président français seront écoutées poliment et renvoyées aux experts. Reste la stratégie :

Les nœuds gordiens sont l'accord nucléaire iranien qui menace Israël et la mise en tension russe qui défie le Pentagone. Le reste ne concerne pas la France dans l'esprit des conseillers de Trump. Sur ces deux points, les présidents se sont mis d'accord pour saigner le poulet et effrayer le singe qui observe dans l'arbre ; et le poulet c'est le régime assadien qui sans doute va dérouiller au maximum quels que soient les ronds de jambe diplomatiques à l'ONU. Le bombardement occidental des installations chimiques supposées n'avait d'autre but que d'annuler le syndrome Obama de surintellectualisation des conflits. L'Occident tape désormais autant qu'il parle. Si Obama avait tapé en 2013, Poutine n'aurait jamais envahi la Crimée. Au fait, où en sont les représailles russes promises par Lavrov ? Les Russes tchatchent et tapent des pieds, pas plus ! L'autre singe est la théocratie obsolète de Téhéran que tous laissent s'épuiser en Syrie et au Yémen en attendant une révolution qui l'abattra. C'est le Levi's 501, le hard rock et le Coca Cola qui ont miné le mur de Berlin. Pareil en Iran.


Avec la fleurdelis de Louis XVI peut-être ? (courtoisie ABC News)

Restent les sujets chics. Du climat, les néo-cons n'ont cure et Trump n'y comprend rien. Les menaces de guerre commerciale par les droits de douane ne sont pas prises au sérieux à la Maison Blanche, d'autant que ses adversaires les plus convaincants sont des universitaires sans pétrole. Trump a décidé d'exiger beaucoup pour une exemption des nouveaux droits comme en fait l'expérience Shinto Abe qui rentre bredouille des Etats-Unis.
Quelle voie reste-t-il à Macron pour rapporter quelque chose à son retour ? Le nihil obstat sur une défense européenne. Bien sûr, les Américains assortiront leur bénédiction probable d'un privilège de fournitures d'armes (comme c'est le cas aujourd'hui) et donneront des apaisements aux anciens pays du bloc soviétique qui sont à fond contre la fermeture du parapluie atomique américain. A ceci près, que la chancelière allemande a parlé ces jours-ci de l'Alliance atlantique comme d'un joyau précieux à soigneusement préserver. Que voulait-elle dire à son visiteur ? Qu'elle était contre un détricotage de l'OTAN ? Si Emmanuel Macron ne rapporte rien de neuf dans la relation transatlantique, il ne rapporte rien du tout. Enfin, au fond ! Car sur la forme, les communiqués ronfleront de bonne humeur et d'avancées "historiques".


vendredi 20 avril 2018

Il y a 150 ans naissait Charles Maurras

Courtoisie des Amis du Chemin de Paradis


Il y a cent cinquante ans aujourd'hui, naissait à Martigues le Rosemary's Baby des ligues morales et juives. Charles Maurras (1868-1952), élève brillant en lettres classiques, allait révolutionner la physique sociale comme il aimait appeler la politique. De son enfance la Wikipedia dit tout. Aussi ferons-nous l'économie de cette évocation en retranscrivant (sans la vingtaine de notes) le premier chapitre de la biographie de l'encyclopédie en ligne (clic pour la lire in extenso) :

En 1868, le 20 avril, naît à Martigues, au n°13 du quai Saint-Sébastien, Charles Marie Photius Maurras, en Provence. Il est le second fils de Jean Aristide Maurras (1811-1874), percepteur, ayant des convictions libérales, et de Marie-Pélagie Garnier (1836-1922), profondément catholique. Ce couple de condition assez modeste se fait apprécier par les aides qu'il prodigue aux plus pauvres. Quelques mois avant la naissance de Charles, ils ont perdu leur premier fils, Romain, âgé de deux ans.
En 1872, la naissance de François Joseph Emile (source) permet d'agrandir la famille. La famille Maurras s'est installée à Martigues au XVIIe siècle ; elle était originaire du pays gavot (Haut Var), au sud de Gréoulx, près de Saint-Julien-le-Montagnier. En 1873, Charles est mis à l'école communale : sa famille est étonnée par sa vivacité, ses dons et sa capacité à réciter l'histoire sainte et l'histoire romaine mais il est réprimandé quand il rapporte du provençal à la maison. Charles Maurras écrira que s'il lui était donné de revivre une période de sa vie, ce serait sa petite enfance. Le 3 janvier 1874, il devient orphelin de père. À six ans, Charles part vivre avec sa mère et son petit frère à Aix-en-Provence. En octobre 1876, Charles entre en classe de huitième au collège catholique, à Aix-en-Provence, rue Lacépède. À la fin de la septième, il obtient onze prix et pendant quatre ans, il remporte le premier prix de latin. En 1879, promu « élève d'honneur », il reçoit le premier prix d'instruction religieuse mais ce n'est pas un élève sage et il a souvent des sautes d'humeur. Malhabile en mathématiques et en anglais, le latin et le grec le ravissent. Au collège, il se lie avec Xavier de Magallon, auquel le lie une passion pour la poésie et Alfred de Musset, puis il s'enthousiasme pour Frédéric Mistral.

À quatorze ans, il est, soudain, atteint de surdité, cela dégrade aussi ses capacités vocales. Désespéré, le jeune Charles voit s'effondrer tous ses projets, dont celui d'entrer à l'École navale comme le père de sa mère. L'abbé Jean-Baptiste Penon, futur évêque de Moulins et premier latiniste et helléniste du diocèse, propose à Mme Maurras d'aider son fils et celui-ci dira que cette offre spontanée fut la grande bénédiction de sa vie. L'abbé Penon donne des cours particuliers au jeune Charles, ce qui lui permet de revenir parfois au collège pour des cours de rhétorique et philosophie. Alors que Maurras est en révolte contre sa surdité, la lecture de Pascal, qu'il assimile au dolorisme, contribue à lui faire perdre la foi. La perte de la foi et sa surdité le désespèrent et le conduisent à une tentative de suicide qui échouera et n'est connue que par des témoignages indirects.

En 1884, il se raccroche progressivement à la vie et est désigné par ses maîtres, avec quelques-uns de ses amis et condisciples, pour donner des conférences organisées au collège du Sacré-Cœur : Charles Maurras y prononce sa première conférence, qui est aussi son premier texte publié, sur saint Thomas d'Aquin étudiant et lecteur de l'Université à Paris. La même année, il est reçu – avec mention – à son premier baccalauréat, en 1884, où il excelle en latin et en grec. Il approfondit alors ses lectures philosophiques, s'intéresse à Hippolyte Taine et Ernest Renan qui, pourtant éloignés des milieux cléricaux, remettent en cause l'héritage révolutionnaire et les vagues d'idéalisme qui ont conduit plusieurs fois la France à la défaite et à la Terreur depuis la Révolution. En 1885, après un échec au second baccalauréat en juillet du fait d'une copie de philosophie jugée trop thomiste, Charles Maurras est admis en novembre de la même année avec la mention Bien : il est reçu premier en sciences et en philosophie. L’abbé Penon incite Charles Maurras à monter à Paris car il souhaite l’introduire dans les revues et journaux qu’il connaît, ce qui amène la famille Maurras à quitter Martigues et à s'installer à Paris le 2 décembre 1885. (source Wikipedia)





Père du "nationalisme intégral" raisonné, l'influence de Charles Maurras sera considérable dans les milieux intellectuels jusque vers les années trente, et le colloque convoqué demain à Marseille par l'Action française (voir l'affiche ci-contre) va dérouler toutes les facettes du personnage. Cette influence sera bridée mais pas éteinte, à travers la condamnation de l'AF par le pape Ratti en 1926, puis le long feu du 6 février 34 et à la fin, par l'enfermement idéologique de Maurras sous le régime de Vichy. Le mouvement royaliste peine encore à se relever de cette période d'entêtement qui n'a pas de plus sérieux motif que celui de la fidélité à son œuvre propre. La terre avait tourné, imperceptiblement pour Maurras, mais de beaucoup pour le reste du monde. L'œuvre de toute une vie ne pouvait être remise en question à l'âge de 75 ans ! D'où bien sûr, la "divine surprise" au lancement de la Révolution Nationale du maréchal Pétain qui reprenait moult mesures de la physique sociale du Martégal.

Ce décalage horaire fut maintenu après-guerre par les repreneurs du journal d'opinion (retitré Aspects de la France), mais celui qui est considéré comme l'héritier, le normalien Pierre Boutang, s'en défiera et cherchera à remettre la roue en marche en faisant évoluer le concept maurrassien. Sa production littéraire de haut niveau sera augmentée de son journal hebdomadaire La Nation française pendant douze années. Boutang est mort en 1998, l'évolution semble s'être arrêtée avec lui. Depuis cette date, on commémore*, on célèbre, analyse, utilise, voire instrumentalise, mais on ne fait pas fructifier le butin ; il n'y a plus beaucoup de créativité chez les continuateurs de l'Action française, comme si le legs était parfait en soi et inattaquable. Il faut dire que plonger dans l'océan Maurras demande des capacités d'endurance intellectuelle qui peuvent dissuader d'en remettre une couche avant d'avoir touché le fond.

*Après le retrait de Maurras du livre des commémorations nationales pour 2018 par la ministre belge de la Culture, dix des douze membres du Haut comité ad hoc ont démissionné.


Que reste-t-il de Charles Maurras dans l'opinion ?

Si le nom de Maurras n'imprime pas chez les gens de la rue, ses idées perdurent dans la société française, détachées de leur créateur. L'antiparlementarisme d'abord, qui a transformé la procédure référendaire en une menace térébrante de l'Exécutif contre les Chambres ; la souveraineté gauloise récupérée par le Front national dans sa version simplifiée ; une diplomatie autarcique excluant les coopérations durables, la France seule, une utopie qui a du succès chez les eurosceptiques de gauche comme de droite.

Curieusement, la monarchie n'est pas spontanément associée à l'œuvre de Charles Maurras. Est-ce pour cette raison que la maison d'Orléans ne délégua personne à ses obsèques bien que l'Action Française l'ait sortie de l'attique aux fleurs séchées en rationalisant une restauration des rois ? L'ingratitude est la marque des peuples forts, disait une autre Charles ; cela s'applique-t-il aux princes incapables de se rétablir par eux-mêmes ? On ne les entend pas beaucoup en cette année de commémoration de l'œuvre d'un homme qui les a hissés sous les feux de la rampe et a consacré sa vie à leur retour sur le trône de France.

A vouloir pousser la rationalisation d'une restauration pratiquée dans les circonstances du moment en mixant intelligemment contraintes socio-politiques, dépendances et liberté de manœuvre de ce pays, on aboutit à un profil de candidature relativement éloigné de celles proposées (assénées ?) aujourd'hui par les maisons princières. Stop ! diront certains ; on ne rappellera pas le roi avec le meilleur marketing du marché mais avec...

Avec quoi ?

En regardant où pointe l'index de la Providence ? En fouillant dans les lois fondamentales du royaume disparu ? En dénonçant les traités de paix internationaux (guerre de succession d'Espagne, Congrès de Vienne...) ? Ça ne va pas le faire, puisqu'on s'y essaie en vain depuis 170 ans et que la société française le refuse. Après une si longue rupture, il n'y a plus de "légitimité" qui tienne. L'histoire classe les rois de France par race, première race, deuxième race etc. parce que le continuum a chaque fois été rompu, même pour un temps relativement court. Alors cent soixante dix ans ou plus de deux siècles jusqu'à l'Ancien régime font un sacré bail !!!

La monarchie rationnelle tient debout sans prétendants, même si un prince de qualité exceptionnelle aiderait à sa promotion. Elle a besoin d'un monarque (roi ou reine) mais pas de cabris qui sautent en criant : le trône, le trône ! Quand la démonstration sera faite de la pertinence d'un retour à la monarchie au XXI° siècle et qu'elle aura été largement explicitée dans la société, le temps sera venu d'incarner le concept : soit par appel de candidatures devant les Chambres en congrès, par le Sénat seul, soit par un coup d'État de l'aristocratie républicaine menacée, ou par un putsch du 2ème Étranger :)

On me dit dans l'oreillette que les prétendants en cour ne feront pas le poids. Assez d'accord ! Ils ne sortiront pas du hamac de la rente dynastique sans peine et ceux qui misent toutes leurs billes sur eux, les perdront ; deux fois ! Les billes et l'estime des princes, qui leur reprocheront à la fin d'avoir troublé pour rien leur quiétude et leur projet de carrière dans les "honneurs" de la République.
[......]






Charles Maurras fut inhumé dans le caveau de famille à Roquevaire (B.du R.) et son cœur dans le jardin de la maison du Chemin de Paradis à Martigues. Une pensée aujourd'hui pour le repos de son âme agitée :

Donne lui, Seigneur, de reposer en paix dans ce tombeau jusqu’au jour où Tu le réveilleras, pour qu’il voie de ses yeux éblouis la lumière qu'il niait, pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il.






Amen !




dimanche 15 avril 2018

Indignations hypocrites

La Russie est entré dans le concert des nations développées, le ridicule n'y tue plus. Après le dernier bombardement allié en Syrie, le président Poutine a stigmatisé les frappes comme « un acte d'agression contre un état souverain engagé dans la lutte contre le terrorisme, en violation des normes et des principes du droit international (sic)». Chacun a pu sourire au souvenir de la capture de la Crimée et de la conquête du Donbass sur l'Ukraine, facilitées par les reculades du président Obama.

Hua Chunying, la langue de bois de rose
Mais c'est de Chine que la réaction la plus perverse provient sur la même affaire syrienne. Si l'usage de la force dans les relations entre Etats est condamnée, les services diplomatiques précisent qu'il s'agit des Etats souverains, reconnus par les Nations Unies et disposant des canaux diplomatiques ouverts pour régler leurs problèmes. La définition exclut donc implicitement Taïwan. Le raidissement idéologique du pouvoir chinois laisse attendre un coup de chasse-mouche du soit-disant président de la République de Chine comme prétexte à l'envahissement de l'île, vitrine dérangeante d'une Chine libre et prospère.

Le règlement pacifique de la question syrienne a été entravé plusieurs fois par le veto de la Chine ou de la Russie au Conseil de Sécurité qui essayait de mettre Bachar el-Assad sous pression pour l'amener à composer à la conférence de Genève.

L'étape décisive à venir est celle de la reconstruction du pays. Certes des escarmouches auront encore lieu dans la zone d'Idleb pour finir les salopards au sarin, mais c'est la reconstruction qui sera le facteur déclenchant de la solution finale. Pour une raison simple : l'argent n'est pas du côté d'Assad et de ses alliés combattants. Le seul pays sympathisant et riche à la fois, la Chine, ne va pas s'engager dans le bordel du Proche-Orient, même si elle est capable de soulager son allié historique, la Perse, pour lui permettre de participer, elle, à la reconstruction contre des conditions améliorées de fourniture d'hydrocarbures. L'argent sonnant et trébuchant est en Occident et dans la péninsule arabique. La Russie n'en a pas, la Turquie ne misera rien sans compensations territoriales renforçant la sécurité de sa frontière arabe et éliminant les factions kurdes. Tous les autres grands pays arabes (Irak, Egypte, Algérie) sont raides !

On y verra plus clair dans leurs intentions en clôture de la réunion de la Ligue arabe convoquée à Dammam (Arabie séoudite) aujourd'hui pour son 29ème Sommet.


Mais à s'occuper des autres, il faut aussi parler de nous. Si la France veut revenir à la table du règlement de la question syrienne comme au temps de Sykes et Picot, il va falloir blinder à la hauteur de nos présomptions de grandeur. Et là, ce n'est pas gagné en l'état de nos finances, sauf à discuter avec les Rothschild ! Finalement, c'est encore une histoire de fric à la fin.


Postscriptum :
*16 avril 2018 : La Russie et la Syrie ont refusé l'accès de la mission OIAC à Douma (Ghouta orientale), zone contaminée par une ou des bombes chimiques, au motif de sécurisation des axes routiers.
*17 avril 2018 : Les traces d'arme chimique disparaissent rapidement et ce mardi 17 avril la mission est toujours bloquée hors-zone (source).
Après le véto russe au Conseil de Sécurité sur l'enquête ONU, il n'est besoin de rien d'autre pour légitimer les représailles occidentales, les compères russe et syrien se comportent exactement comme s'ils étaient à l'origine de la bombe chimique.

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