vendredi 7 décembre 2018

Le VXB170

La star de l'émeute qui ne dit pas son nom sera sans conteste l'automitrailleuse sans mitrailleuse VXB170, un transport de troupe des années 70 produit par Berliet pour la Gendarmerie nationale, à défaut d'avoir été retenu par l'Armée de terre qui lui préféra le VAB de Renault. La bête accuse son âge au premier coup d'œil et on connaîtra demain son comportement au feu comme on disait en 14. En attendant voici le descriptif et un bref résumé de ses origines.


Dans les années 60, les armées cherchent un transport de troupes plus moderne et agile que le VTT chenillé bâti sur un châssis d'AMX13, et la mode du Pacte étant aux roues, l'état-major veut des roues. Passons sur le cahier des charges. Les compétiteurs étaient alors Creusot-Loire avec la succursale SAVIEM de la Régie Renault, Panhard racheté par Citroën en 1967, qui produisait l'excellent EBR (passez voir ce chef-d'œuvre de l'ingénierie militaire française en cliquant ici) et Berliet avec ce VXB composé à partir d'éléments de la chaîne camions militaires. Le Panhard M3 (dérivé de l'automitrailleuse AML) est recalé. L'Armée choisit le VAB amphibie plus volumineux qui offre une diversité d'armement plus grande. Ce modèle est arrivé au bout de son obsolescence en Afghanistan, plancher perçable par un IED, armement de tourelle non télé-opéré, on est en train de le remplacer par un nouveau modèle Nexter/Arquus (Volvo), le VBCI à huit roues.

Si Panhard trouve des débouchés en Afrique où il écoulera 1200 transports armés M3, il reste à récompenser Berliet pour ses efforts. On lui commandera 155 unités pour la Gendarmerie qui s'en servira finalement assez peu en France ; par contre en Corse et en outremer ces véhicules rendront service, surtout avec la lame frontale de déblaiement.
Mission parisienne : pour autant qu'on le sache, ils seront engagés dans l'ouverture de barricades et dans le transport de groupes d'intervention en zone de caillassage.
Ce sont aussi des cibles d'exploits individuels. On en a vu brûler un sur une barricade de zadistes à Notre-Dame-des-Landes. La politique "zéro mort" de M. Castaner a ses limites quand l'équipage au complet est encerclé dans la boîte. Nous les "autorisons" moralement à se défendre avec leurs armes individuelles sans mollir ou téléphoner avant à la salle de contrôle.



Caractéristiques (compilation Army Recognition)
- dimensions : 6m175 par 2m50.
- poids : 10,7 tonnes à sec
- blindage de 7mm contre la munition d'infanterie du défunt Pacte (on ne dira pas ce qui le traverse), plancher anti-mines AP
- cinématique : V8 Diesel Berliet de 7 litres et 170ch attelé à une boîte présélective 6-vitesses (comme une Wilson) et transfert-réducteur
- vitesse de croisière : 85km/h
- Service : 1 conducteur, 1 chef (tourelle), 9 effectifs
- configuration : les VXB amenés à Paris ne sont pas armés mais disposent de "mortiers" à lacrymogène.



jeudi 6 décembre 2018

L'État c'était moi Junior !


Dans la brume des gaz toxiques et en présence de nombreux gilets jaunes, la flamme du soldat inconnu a été ravivée samedi dernier à l'Arc de Triomphe par le général Moreaux. La photo est de Laure Boyer (HL). Mardi soir, toujours à 18h30, c'est le comte de Paris qui, à la demande du général Dary, a procédé à ce geste du souvenir ininterrompu depuis le 11 novembre 1923. La nation demeure, l'Etat, c'est moins sûr.

Si le président Macron s'est pratiquement bunkérisé avec sa cour dans le Château, les responsables de l'ordre se sont multipliés dans les auditions parlementaires pour nous dire finalement que des manifestations inédites (illégales) ne sont pas répertoriées dans Le Manuel du parfait préfet de police et qu'en l'absence de toute procédure réglementaire, l'intelligence de substitution convoquée dans le dispositif n'avait pas suffi. Les éventualités de samedi prochain n'étant pas plus inscrites dans ce putain de manuel, on ne peut que craindre une aggravation des auditions parlementaires.

Nous ne ferons pas la leçon à M. Castaner qui a la charge écrasante de Schrameck en 34, même s'il a fait des pieds et des mains pour entrer dans le costume de Clemenceau, et nous lui donnons acte d'avoir compris que s'il fallait sortir les fusils de la Garde pour réprimer l'émeute, les kalashnikov de la banlieue descendraient sur Paris dans les deux heures qui suivraient. Ceux qui appellent l'armée contre des pavés sont des imbéciles. Mais si le dispositif de protection des pôles institutionnels était percé, il serait coupable de ne pas s'y opposer par un feu roulant. On ne va pas refaire du Louis16, vous dit un royaliste. Souhaitons que les ordres soient clairs, sans filtres, circonvolutions ou précautions de langage. Sinon c'est Varennes !

Ceci étant dit, le ressenti de terrain fait comprendre que les revendications prosaïques des barrages avec lesquelles le gouvernement tente de ruser lamentablement, ont cédé le pas à quelque chose que les gens n'avouent pas spontanément, autrement que par des quolibets sans danger : c'est la détestation viscérale du (trop) jeune président qui se la pète et de son entourage de minions complètement hors-sol. Le bruit obtenu par le voyage éclair au Puy est un marqueur de cette dégradation. Emmanuel Macron est assez intelligent pour avoir compris que le socle de 17% du corps électoral au premier tour de l'élection présidentielle l'obligerait à conquérir la légitimité nécessaire à la mise en œuvre de réformes de fond dont le pays a besoin, même si en vérité il ne les attend pas vraiment. Mais le succès indéniable qu'il a obtenu immédiatement sur la scène internationale lui a prouvé sa légitimité au plan extérieur, poussant dans l'ombre des problèmes à résoudre plus tard, dont celui de la légitimité intérieure. Enivré de succès, il s'est laissé conseiller des gestes techniquement avisés mais politiquement désastreux, envers la haute bourgeoisie qui l'avait porté au pavois. Puis le melon n'a cessé de grossir, et les échotiers du microcosme ont répandu partout les mots assassins qu'il laissait échapper pour être "dans le coup" jusqu'à la traversée fatale de la rue pour trouver un emploi ! Mais il y avait eu bien pire avant.

(cliché Sipa Press)
Il y a autre chose qui attise la haine. C'est cette provocation permanente de prendre la pose avec de jeunes noirs à demi-nus qu'il met en scène au bénéfice de quoi, on se le demande, Têtu n'étant pas encore nationalisé. Des photos équivoques à l'Élysée lors de la Fête de la musique ont pu agacer. L'image du gamin sympathique fort en thème ayant fait un mariage d'amour peu commun a dérivé vers celle d'un narcissique pathologique qui casse les codes presque par plaisir comme un enfant ses jouets. Ce que l'on passe à un grand ancien qui, l'âge venant, relève un menton mussolinien pour compenser l'arcure de son dos, on ne le passe pas à un gamin de 39 ans qui débute en démocratie. Quoiqu'il arrive demain, je persiste à croire que c'est l'international qui l'a perdu. Et qui maintenant se venge de lui. Paris en feu sur les écrans télé du monde a eu raison de son aura. Il est devenu subitement un président français empêtré dans des difficultés insurmontables dans un pays grevé de dettes, structurellement en déficit, avec une économie atone plombée par une balance commerciale épouvantable. A quoi s'ajoute l'inanité de toute promesse de réformer demain pour adoucir ses interlocuteurs puisque l'insurrection est avérée et que la révolution menace. Réformer, quand ?

D'ici aux élections européennes, le rôle de guide suprême de l'Eurozone est terminé, les critiques à l'endroit des parlements étrangers qui ne lui plaisent pas sont terminées, le soutien des amis qui fermaient un œil sur la mauvaise gestion française est terminé. On va sauver partout les apparences parce que le séisme français pourrait connaître des répliques dans plusieurs pays malmenés et qu'il ne faut jamais insulter l'avenir, mais le donneur de leçons est mort. Mark Rutte savoure la réalisation de son pronostic. Et moi, j'avais voté Macron !

mercredi 5 décembre 2018

La Libye de monsieur Salamé


Si vous pensez que depuis l'expédition punitive en Libye que Bernard-Henry Lévy commanda à Nicolas Sarkozy, ce pays qui n'en est pas un est devenu un bin's sans nom, inextricable, inexplicable, écoutez Ghassan Salamé (le père de Léa) et tout ce que vous vouliez ignorer de ce pays sans jamais oser y penser va surgir devant vous en toute intelligence.
L'agence française d'information internationale télévisée nous dit qu'il a pour mission de ramener la stabilité dans un pays secoué par la violence depuis 2011, année de la chute du colonel Khadafi. Représentant le secrétaire général des Nations Unies en Libye, Ghassan Salamé a accordé un entretien exclusif à France 24, dans ses bureaux de Tripoli. S'il reconnaît qu'il ne peut pas "faire de miracle", il estime que le pays avance sur la bonne voie et que de grands progrès ont été faits, contrairement au dénigrement diplomatique à la mode occidentale. Personnalité culturelle arabe reconnue et primée, sa page Wikipedia (clic) est particulièrement fournie (CNRS, Sciences Po, Francophonie...) et sa carrière remarquable explique l'acuité de l'analyse qui se surajoute à la propension levantine à négocier. Place au maître, écoutez bien ce n'est pas long, pas assez long :



lundi 3 décembre 2018

Cercle Audace

Le Cercle Audace est un collectif de professionnels pour l'alliance des Droites, dont la formule actuelle vient d'être lancée ce 26 novembre par la directrice de l'ISSEP, Marion Maréchal herself !
Le Cercle n'est pas pour autant un perdreau de l'année. Constitué en aspirateur d'entrepreneurs au profit du Front national après l'élection présidentielle, l'association a vite compris que sa zone de chalandise était trop étroite pour aboutir à quelque chose de significatif dans la gestion du nouveau Rassemblement national et s'y faire entendre. On est donc passé au cercle classique à large bande passante qui cherche à recruter tout ce qui n'est pas à gauche parmi les professionnels attentifs à la politique. Au vu de l'insurrection qui vient, comme on dit à Tarnac, le positionnement est tout à fait pertinent.
Si le RN se montre indisposé par cette concurrence, il pèse peu sur ce segment de marché pour ne pas dire rien. L'intention des chefs de la chose est d'aimanter la limaille des commerçants, petits et moyens entrepreneurs sur des réflexions de bon sens, vers des objectifs raisonnés loin des idéologies automatiques de la nomenklatura aux affaires. Il faut aller sur le site du Cercle en construction, lire par exemple les 10 propositions ciblées pour en saisir la couleur en cliquant ici, puis d'écouter Marion Maréchal qui dans son discours encadre les travaux sans le dire. D'aucuns regretteront qu'elle n'ait pas proclamé sa candidature à la présidentielle de 2022 lors de cette inauguration, mais sans doute aurait-elle nui au rallye des droites qui maintenant peut se faire. Ecoutons-la, c'est clair, direct, pensé, bien dit, un esprit délié à la française pendant quarante-cinq minutes :


Quel avenir pour les Droites ?





dimanche 2 décembre 2018

La Saint-Austerlitz

Les contestataires ont tagué hier l'Arc de Triomphe érigé par Jean-François Chalgrin en mémoire des soldats du Premier Empire. « Vous ne rentrerez dans vos foyers que sous des arcs de triomphe » avait dit Napoléon aux troupes victorieuses le lendemain de la bataille d'Austerlitz. Notre monde ne respecte rien depuis longtemps déjà. Malgré tout, la flamme du soldat inconnu a survécu à l'émeute du 1er décembre, preuve qu'il y avait un soupçon de crainte des morts sous les bas fronts. On n'ose imaginer le niveau de décadence que nous avons atteint quand cinq mille gardes mobiles ne peuvent tenir le Triangle d'Or parisien ; qu'en sera-t-il quand les "quartiers" de la banlieue se soulèveront ? Mais sourions, c'est la Saint-Austerlitz qui nous fait souvenir que nous fûmes jadis une grande nation !








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