Les Assises du royalisme français, repoussées à l'an prochain, seraient le bon moment pour au moins discuter l'agenda d'une rénovation monarchiste, si l'on s'accordait d'abord (?hum...) sur les quatre points suivants, sachant qu'à défaut il n'est jamais inutile de se rencontrer pour diffuser un peu d'humanité dans les relations internes au Roycoland :
(aa)- le retour du roi, probablement dans des circonstances dramatiques, ne pourra être obtenu durablement sans l'accord au moins tacite des peuples de France, à peine de les voir secourir les profiteurs du système aux abois qui tiendront jusqu'au bout les médias principaux pour appeler aux révoltes urbaines.
(bb)- une certaine "indifférence" populaire aux cris d'orfraies de la nomenklatura en péril ne peut être que l'aboutissement d'une démarche de "dénigrement raisonné¹" équilibrée par la vulgarisation d'une offre politique monarchiste lisible et applicable (du modèle présenté ici dans "le jeu du roi"? pourquoi pas?).
(cc)- l'énergie royaliste se dissout dans la division des chapelles et la dérive de militants émiettés sur tout le spectre royco, qui passent assez vite au stade de sympathisants pour finir dans le camp des nostalgiques flous. Cette situation découle de la loi de tolérance qui fait droit à toute opinion même néfaste dès lors qu'elle ne contrevient pas aux bonnes moeurs, et qui maintient donc dans des situations précaires mais semble-t-il éternelles, les sous-structures très endommagées survivant dans un décorum vide de sens et de gens.
(dd)- l'union faisant partout la force sauf en Belgique, seule la loi du lion² permettrait de concentrer les moyens du succès en appliquant la substitution totale des cadres et moyens du vainqueur aux cadres et moyens des vaincus. Aux Etats-Unis cette loi est qualifiée de "loi des dépouilles³". Elle est parfaitement légitime car elle garantit l'efficacité de la gouvernance. Mais pas chez nous. Cent quatre-vingt ans de légitimisme, cent soixante ans d'orléanisme et un bon siècle d'Action française et de providentialisme mêlés, n'ont produit que des vaincus si l'on en reste au plan de la société politique. La seule accession d'un ersatz maurrassien au pouvoir dans l'histoire (1940-1945) est "controversée", la seule imitation (Salazar), inaboutie faute d'avoir transformé l'essai par une restauration. Lequel trouvera l'agressivité nécessaire pour convaincre à défaut démolir ses contempteurs ? Aucun ! C'est sans se noyer dans le cristal de la boule le résultat que l'on peut prédire des Assises 2010, en espérant quelque part se tromper.
MAIS ! A supposer que surgisse la "divine surprise" d'un parti leader incontestable, - on pense bien sûr à un prince volontaire, formé à la physique sociale, porteur d'idées politiques et en fonds - on pourrait dérouler l'agenda politique ci-dessous :
Sept étapes :...
2010 ... 1.- Promotion la plus large du renouveau monarchiste au sein de la mouvance royaliste sur la base d'une plateforme politique simplifiée pour aider à sa propagande, par tous moyens de diffusion pendant un an.
2011 ... 2.- Inventaire des structures et organismes militants, y compris les cercles discrets de province. Le refus d'éditer les comptes sera qualifié de banqueroute de facto et les cotisants prévenus. Sinon on peut continuer à agoniser deux cents ans de plus.
2012 : 3.- Destruction complète des structures déficitaires afin que leurs vestiges n'encombrent la voie du renouveau et ne continuent à siphonner des subsides par charité chrétienne en souvenir du confort de l'échec inévitable. Option : mise en route du projet raspalien "Nous irons tous aux Kerguelen".
2012 : 4.- Récupération d'une structure viable avec sa propre équipe remotivée, ajout d'un attaché de presse expérimenté et insémination artificielle de la structure par la plateforme politique retenue aux Assises.
2013 ... 5.- Construction d'un portail médiatique et d'une agence de presse professionnelle sur crédit-relais privé. A défaut, on peut s'inspirer du portail Royal-Artillerie expliqué en long et en large au début de cette année.
2013 : 6.- Appel général exceptionnel à doubles cotisations sur la structure unique et abonnement groupé à sa presse par le moyen du portail. Sept ans de travail de propagande.
2020 : 7.- Pèlerinage à Chartres pour ouvrir le résultat de l'appel d'offres en direction des princes, après deux ans de palier de la rénovation monarchiste. Si ce palier n'est pas atteint en 2018-2019, jeter l'éponge et gagner la Patagonie.
7bis.- Catoneo, en passe de ne pouvoir lire Tintin plus longtemps, passe commande aux Ets Kuhn-Blanchard de la même charrue que celle fournie par leurs fondateurs à Chinchinatus, et saborde enfin Royal-Artillerie avant de se retirer au Castanet ! A moins que ce ne soit à l'étape n°1...
Note (1): les professionnels de la propagande trouveront un terme plus heureux. Note (2): le lion superbe et généreux qui a vaincu son adversaire lion, le tue ou le force à l'exil, et tue toute la progéniture de son prédécesseur avant que de le remplacer dans les faveurs de la lionne. C'est une loi naturelle de préservation de l'espèce que l'on peut transposer dans la perpétuation d'une idée meilleure parce que efficace, sur un espace libéré des saboteurs, au moins pour le temps de la reconquête politique. Y parvenir est moins important que d'en avoir parlé ! Note (3): succédané de l'antique loi des Opimes.
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Il y a 51 ans, un régime fantoche au comble du ridicule, duquel la haute fonction publique s'était carrément coupée pour que l'infantilisme parlementaire ne l'atteigne pas, s'écroulait foudroyé par un éclair tombé à 2000 km de Paris ! La IV° République, jeune d'à peine douze ans et déjà décrépite, appelait vite son "sauveur" comme la III° l'avait fait avant elle en juin 1940 ! Mais cette fois c'était une ruse de guerre ... pour le salut de l'Empire ! Par égard pour les royalistes gaullistes qui suivent la politique française derrière une canne blanche, nous laisserons le "je vous ai compris" historique du balcon d'Alger aux explications filandreuses des godillots qui hantent toujours les caves, et nous évoquerons l'Algérie telle que l'ont ressentie bien des soldats débarqués. A tout seigneur, c'est Hélie de Saint-Marc qui nous dit "son" Algérie, et me fait souvenir des récits de veillée de mon adjoint méhariste au camp de Stetten am kalten Markt. L'un et l'autre ont les mêmes yeux qui détecte l'oreille d'un fennec à quinze cents mètres :
« Au fil des mois, nous avons appris à connaître l’Algérie, si tant est que l’on puisse maîtriser un jour les mystères de ce pays. Notre apprentissage fut d’abord physique. Je me souviens du jour où nous avons croisé, dans un murmure, les premières caravanes. Le visage figé des nomades, creusé par le vent et le dénuement, marchant avec une noblesse venue du fond des âges. C’était l’Algérie du silence et de l’absolu. Les réminiscences nous accompagnaient : « Jacob fit monter ses enfants et ses femmes sur les chameaux et il emmena son troupeau ». Les nomades portaient des tuniques bleues et le chèche du désert. Les chameaux au pas lent, les chèvres aux côtes saillantes se déplaçaient comme si nous n’existions pas. Nos opérations prolongées dans l’Algérie des montagnes nous mettaient en contact avec la pauvreté parfois moyenâgeuse des douars reculés. Dans ces régions, les colons étaient rares, l’administration lointaine, l’école absente, l’agriculture élémentaire. Les villages, écrasés par la canicule, étaient peuplés de vieillards assis contre les murs, suivant l’ombre, d’enfants mal vêtus et de femmes travaillant dur. La terre craquelée donnait un orge famélique et nourrissant mal les chèvres. Chaque été, l’espoir partait en poussière. Bien sûr, la colonisation n’était pas responsable de la pauvreté du sol, ni du climat, ni des siècles de solitude. Mais la beauté des grandes réalisations coloniales de la côte et de la Mitidja accentuait le contraste entre une Algérie privilégiée et une Algérie laissée-pour-compte. Je découvris la capitale algéroise, qui allait si profondément marquer ma vie. La ville était entièrement dédiée au ciel et à la mer. J’aimais les chemins du haut d’Alger, parmi les cyprès, les lentisques et les oliviers. Le choc visuel était doublé d’un choc sensuel : fleurs sucrées des acacias au printemps, figuiers centenaires de l’automne, pins du gouvernement général, eucalyptus de Télemly, bouquets de bananiers, seringas et magnolias de l’été, pâtisseries luisantes d’huile et de miel des vendeurs de rue, effluves de girofle, d’anis et de café venus des échoppes ou senteurs d’huile d’olive et de poivrons grillés échappées des cuisines… A Alger, la vie avait une odeur...»
On connaît la suite¹, ... le gouvernement du double langage, l'accession du cynisme au pouvoir, l'abandon programmé, puis, contre le cabrage des gens d'honneur, la logique des assassinats par la raison d'Etat, pour finir dans la frime grandiose des leçons données au Monde. Si l'on a pas mal écrit sur la guerre en Algérie, il reste à pousser les feux sur l'histoire de cette guerre dans les cercles du pouvoir français, quand bien sûr seront levés par la grâce de Dieu miséricordieux qui les rappellera, les obstacles à l'analyse de celui que certains d'entre nous et pas des moindres prirent pour Monk.
Cinquante-et-un ans plus tard, ne me restent de ce jour précis que les nouvelles crachotantes données par radio Sottens² et un silence général en ville où, dans l'attente de la Solution, beaucoup de gens bandaient le ressort de leur enthousiasme. Trois ans plus tard, j'avais déjà acheté le seau, les brosses, la peinture, et des baskets de sprint.
Note (1): le Cdt Denoix de Saint Marc, commandant le 1er REP par interim, répondra positivement au putsch des généraux Salan, Challe, Jouhaud et Zeller le 23 avril 1961. Ce sera le 3ème putsch d'Alger et le seul qui ne fut pas gaulliste (gag!). Note (2): Quand quelque chose d'important se passait, mon vieux rad-soc de grand père basculait sur radio Sottens et ne revenait à Paris-Inter que pour la bourse, car on ne pouvait mal entendre. Note (3) sur image du Djurdjura : exactement à Taouriat Ali ou Nsseur, commune de Iferhounene (Willaya de Tizi-Ouzou)
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Le massacre clanique de Bilge facilite la propagande d'un barrage formel à l'entrée de la Turquie (et des braises kurdes) dans les institutions de l'Union européenne. Ce dimanche à Berlin, le président français est venu parader au pupitre dans le cadre de la campagne d'Angela Merkel pour les élections du 7 juin prochain. Le clou de l'exposé quasiment aboyé fut la condamnation d'une Europe sans frontières qu'à y regarder de près, peu de responsables dans les institutions ne programment vraiment, mais qui court l'Opinion et les officines de contre-attaque comme une rumeur d'Orléans. Et c'est à cette Opinion, détentrice des clés des prébendes parlementaires, que s'adressent les pouvoirs allemand et français en ce pont du 8 mai.
Quand M. Sarkozy réclame des frontières, je n'en crois pas un mot pour la simple raison que l'éloignement glissant de telles frontières lui apporte une certaine distance entre les problèmes créés et son coeur de cible politique qui est l'électorat présidentiel français. On l'a vu dans l'affaire du gaz russe, la question survenue au cours de notre présidence semestrielle a été sous-traitée aux Allemands. Par contre quand le chancelier Merkel s'oppose à l'intégration de la Turquie, alors que la République fédérale est une manufacture turque¹ depuis les accords d'importation de labeur de 1961 (loi des Gastarbeiter), je suis tenté d'écouter.
La réticence du parti démocrate-chrétien est provoquée par l'entrisme turc, non par le biais de la réislamisation des communautés turques expatriées, mais par l'appel à la subversion du pays d'accueil fait à la Kölnarena de Cologne devant 16000 personnes le 10 février 2008 par le premier ministre Erdogan qui disait (source Diplo) : « Je peux sentir les parfums et la sensibilité d’Anatolie que vous avez apportés jusqu’ici. Partout où nous allons, nous apportons l’amour et l’amitié. Nous n’avons rien à faire avec la haine et la violence. Je comprends que vous soyez chatouilleux quand on vous parle d’assimilation, personne n’a le droit de vous imposer ça. Vous n’êtes pas ici de passage. Les cinq millions de Turcs qui vivent en Europe ne sont pas des invités (Gastarbeiter), mais une part constituante de la société européenne.» Et d'inciter les familles à pousser leurs enfants vers l'université afin que les Turcs prennent des postes de commande et conservent leur spécificité. Le problème n'est pas tant que les Turcs prennent l'ascenseur social allemand mais qu'ils le fassent dans une optique de noyautage légal en restant indéfectiblement fidèles à leur patrie. Ce qui n'a pas échappé à Angela Merkel qui s'est fendue d'une réplique à la prussienne : « Qui possède la nationalité allemande est un citoyen sans réserve, dont la loyauté s’exerce à l’égard de l’Etat allemand. Je crois que nous devrons en discuter à nouveau avec le premier ministre turc.» C'est peut-être de ce jour que date le "niet", les projections démographiques allemandes étant extrêmement pessimistes. C'est aussi une critique de la réforme socialiste du code de nationalité opérée par son prédécesseur Shroeder et une pierre dans le jardin du ministre fédéral de l'Intérieur Schäuble qui travaille à officialiser une représentation politique des communautés turques dans le style du CFCM sarkozien.
L'Opinion allemande est sur la même longueur d'onde que l'Opinion française, c'est pourquoi M. Sarkozy est parti faire un peu de télé à Berlin. Le premier argument allemand (géographique) n'en est pas un qui masque simplement une aversion nette pour le peuple des kébabs qui grouille dans certains quartiers. L'Allemand moyen est xénophobe de construction et déteste surtout les peuplades opposées au naturalisme, au laisser-aller moral (en vacances), au nudisme² tudesque qui est une institution héritée de l'empire, à la gastronomie porcine qui est basique outre-rhin et à l'alcoolisme bon enfant de l'Oktoberfest. En fait les Turcs sont tout l'opposé des Allemands, et ne sont pas miscibles dans la "grande nation" revenue. C'est tout. Il faut dire à leur décharge que l'islamisation rampante des sociétés anglaise et française peut leur donner à réfléchir. Cherchez d'autres motifs que ce motif élémentaire dans la presse et vous risquez de tourner en rond. En revanche, notre belle patrie d'asile et droits est le cul entre deux chaises, car nous les détesterions presque autant d'après les sondages, mais ne pouvons le dire, encore moins l'écrire dans un journal, à peine de ruiner notre réputation de conscience morale universelle sans laquelle le Monde n'aurait plus d'âme. Qu'en dit l'Alliance Royale ? Les Etats européens doivent reconnaître dans l’Europe un espace naturel d’intérêt commun dans lequel ils doivent exercer leur solidarité. Beaucoup d’intérêts divergent entre les différents pays européens. La Grande-Bretagne tourne sont regard vers le Commonwealth, tandis que l’Espagne est attirée par l’Amérique latine. L’Allemagne et la Grèce entretiennent avec la Turquie des relations complètement opposées. La Pologne, enclavée entre l’Allemagne et la Russie, l’Italie au cœur de la Méditerranée, ou la Norvège postée au grand large et regorgeant de pétrole, n’ont pas les mêmes intérêts. Mais l’Europe est un espace naturel, une communauté d’intérêt, dans lequel les différents pays ont avantage à collaborer, malgré de flagrantes différences.
Dans son argumentaire fondé sur les acquits communs et intitulé "L'espace naturel européen", l'Alliance place avec juste raison l'indivision civilisationnelle en quatrième position, après la proximité géographique qui aujourd'hui est secondaire (ex. DOM-TOM), la proximité des niveaux de revenus chère à Maurice Allais mais qui n'est pas réalisée en Europe occidentale. En effet, le creuset civilisationnel est le maillon faible de la stratégie anti-turque, car volens nolens les Turcs et la cavalerie arabe ont beaucoup impacté ce domaine dans leurs conquêtes européennes en forme de pince, de l'Espagne aux Balkans, sauf à déclasser la péninsule ibérique en Afrique de l'extrême nord et à mettre les Balkans en Barbarie. In cauda, reconnaissons quand même que le Kosovo de la Chrétienté est justement cette Asie mineure que M. Sarkozy, qui séchait beaucoup de cours au lycée, exclut de notre sphère d'intérêts sans trop savoir pourquoi sur le fond ! C'est justement sans fond. Les tonnes d'arguments pour et contre s'équilibrent.
L'Alliance Royale refuse donc la Turquie à un motif assez subtil : l'image que le reste du Monde se fait de la vieille Europe n'inclut pas la Turquie qui est classée au Moyen-Orient, même si cela agace les Turcs qui ne le veulent pas ! Pour préservez une image consistante aux yeux des autres mondes, il est contre-productif d'agréger à la péninsule européenne l'Anatolie de M. Erdogan même si l'héritière de la Sublime Porte occupe encore notre bonne vieille Thrace orientale. Les Byzantins ne pouvaient imaginer l'énorme responsabilité de leur décadence. Le coup de l'image internationale est assez rusé. Imaginez-vous Jaguar faire des camionnettes ou Petrossian mettre son caviar en pack de yaourt par 16 ? Et bien, c'est pareil pour l'Europe occidentale : même bourrés, les noceurs ne se massacrent pas jusqu'au score de 44 morts ! C'est bien la preuve. Non ?
Note (1): l'Allemagne compte 2,5 millions de Turcs (à 20% kurdes) dont 0,5 million ont été naturalisés. Les liens économiques entre les deux pays sont très forts malgré la distance, l'Allemagne représentant 13% des importations turques et achetant 19% des exportations turques. Les flux financiers et les investissements industriels allemands en Turquie concernent environ 2700 entreprises teutonnes, certaines très grosses comme Daimler-Benz, Badische Aniline ou MAN. Les chemins de fer turcs sont de construction et technologie allemandes. Note (2): le nudisme est né sous Guillaume II qui prisait les combats de lutte gréco-romaine de jeunes gens en slip. Ce "naturisme" est spécifique aux Allemands. Le tour-opérateur OssiUrlaub a des vols "nudistes" à son catalogue de voyages.
Paris - 9 mai 09 - Le 14° dalaï lama est invité le 6 juin à Paris par son premier magistrat pour recevoir la médaille de la Ville de Paris. Normalement cette décoration distingue des personnalités ayant contribué significativement au rayonnement de la capitale française ou ayant réalisé quelque chose d'extraordinaire à son bénéfice. M. Delanoë qui, à l'image de ses prédécesseurs est "propriétaire" de l'Hôtel de Ville, puise dans la cassette à médailles selon son bon plaisir comme un président de la III° République. Ainsi manifeste-t-il en chemin ses propres opinions et tout à la fois les récompense, jusqu'à désigner dans ses faveurs un pontife religieux d'une contrée lointaine avec laquelle la ville de Paris n'a ni attaches ni traditions.
Est-ce pour renforcer son ami Pierre Bergé dans sa lutte contre la confiscation du recel de bronzes pillés lors du sac du Palais d'Eté, ou tout simplement pour faire l'intéressant ? Que vient donc faire le dalaï lama hypermédiatique dans le schmilblick parisien ? De l'audience, chère médème, de l'audience pour la Guêpe de Bizerte malmenée par la liquéfaction de projets un peu pharaoniques de la précédente mandature et de l'explosion des taxes qu'elle a causée ! Alors, "faisons la une pour pas cher avec l'Océan de sagesse, et les emmerdes du petit reître que nous allons déclencher nous profiteront de surcroît".
Les relations franco-chinoises ont beaucoup souffert de la maladresse du ministère de l'Intérieur totalement "innocent" dans le traitement en voirie de la question tibétaine et surtout des rattrapages calamiteux du cabinet noir de l'Elysée. Nos postures de "grande puissance" font sourire les Chinois qui sont "au front" en permanence et connaissent très bien nos faiblesses et nos forces. Ça leur réussit pas mal : nous sommes allés à Canossa !
Dans une déclaration du 7 mai - juste au début du pont sacré - le porte parole du ministère des Affaires étrangères Mao Zhao Xu a tonné : « Nous demandons au gouvernement de la ville de Paris d'arrêter toutes les actions qui s'immiscent dans les affaires intérieures de la Chine et de ne pas faire encore les mêmes fautes sur la question du Tibet. Je voudrais aussi indiquer que les relations bilatérales ont été remises en orbite à travers des efforts communs. Nous espérons que nos deux pays pourront surmonter les obstacles et promouvoir le développement de relations sino-françaises saines et stables. » Si ce n'est pas faire la leçon, je n'y comprends rien. A ce jour, aucune réaction publique du Quai d'Orsay, directement visé par les Chinois même si la mèche est allumée par l'Hôtel de Ville, n'a été diffusée par les agences.
Nous ne reviendrons pas sur le fonds de la question tibétaine, sauf à rappeler que le Tibet ne sera jamais indépendant. Nous et les Tibétains de la diaspora ne pourront profiter d'aucune opportunité, et chaque jour qui passe, la sinisation de la province himalayenne avance comme un rouleau compresseur que rien ne freine ou freinera parce qu'il y a un milliard de Hans derrière tout ça, qui sont d'accord de bonne foi avec leur gouvernement. Même s'il est des voies et moyens intelligents pour soulager les Tibétains de la pression chinoise, il nous paraît simplement utile de dénoncer ce qui nous regarde, savoir la puérilité de prébendiers précaires qui jouent de leur irresponsabilité statutaire pour encombrer ad libitum les flux économiques indispensables à nos industries et à nos banques, de leurs émois fabriqués dans un but politicien, ou simplement pour se hausser !
En pleine crise économique, soyons sérieux ! Il est plus important de serrer les coudes pour protéger autant que faire se peut nos emplois et nos usines, que de proclamer à la face du monde notre irrésistible propension à dire le droit d'ordre et pour compte tout tiers empêché ! Je ne sais comment y parviennent si bien nos voisins anglais, allemands et italiens qui n'ont pas d'écoles du niveau exceptionnel de l'ENA. Il semblerait qu'ils ne mélangent pas les genres et ne partent pas en mission commerciale d'Etat quand ils prospectent la Chine. Du moins s'ils le font parfois, restent-ils discrets, et disposent en revanche des professionnels compétents sur la zone d'effort de manière permanente. Car à vouloir prendre l'avion du Président et tout le diable diplomatique son train pour partir signer des contrats, nos industriels marquent leurs projets de l'emblème de la caravane politicienne, et ne peuvent ensuite s'étonner d'être impliqués malgré eux dans les chicayas politiques droitdel'hommesques.
Et si nous profitions de l'Europe et de sa liberté de circulation pour importer leurs diplomates, voire quelques industriels !
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Ce jeu de l'oie n'a que cinq cases utiles et tant d'autres qui ne servent à rien. Pour une fois, nous jouerons sur les cases qui s'ouvrent vers l'avenir pour imaginer un royaume revenu. Un royaume ? Ni grand, ni petit, c'est d'abord un prince en famille et son projet, un pays et ses landes, ses montagnes, ses rivières à mouche, ses vignes, ses prés où des vaches languissent des trains, ses blés qui ondulent, un peuple apaisé qui s'occupe de ses propres affaires, la glycine en terrasse, et tout au bord, la mer et ses mouettes pour rêver d'ailleurs. Un royaume ? C'est une patrie tranquille, « cette quantité de terre où l’on peut parler une langue, où peuvent régner des mœurs, un esprit, une âme, un culte. C’est une portion de Terre où l’âme peut respirer » (Charles Péguy) ...
Quitte à mourir sous les pierres, nous avons brisé le tabou pour jouer au roi (de pique) et déroulons ci-dessous pour meubler un long après-midi férié une proposition institutionnelle qui ne se prend pas pour une solution, car au bout du bout il n'y en a sans doute pas dans l'environnement actuel et les circonstances probables qui le suivront. Que les chapelains me pardonnent, je cours au tronc et ne le ferai plus ...
Première case : UN PRINCE, UNE IDEE D'expérience, la cohérence d'un projet politique ou industriel est acquise plus sûrement s'il est mouliné par une seule personne qui au long de son élaboration s'oblige à garder une distance critique (?!), remisant l'ouvrage au tiroir s'il en doute, pour reprendre plus tard ses travaux de broderie, sans exclure bien sûr des consultations. Un prince est formé dès son plus jeune âge à l'approfondissement du projet monarchique dont il va hériter. Si la convergence d'esprits différents y atteint parfois, elle n'aura jamais la cohérence instinctive d'un projet individuel. L'autre intérêt d'un projet "autocéphale" est d'éviter, s'il est besoin de le publier, d'aboutir à une somme d'épaisseurs impossible à vendre au commun des mortels pour le salut de leur intelligence. Dans monarchie, il y a "mono" : il n'est pas bon que le prince s'en remette tout entier à ses conseils, car vient un moment, un instant où il devra trancher sans se tromper et vite. Autant dire qu'en l'état du paysage politique royaliste, j'ai des doutes sur la préparation et ne puis les lever par absence d'un projet public à jour, le dernier, fruit des réflexions du défunt comte de Paris, date de 1949. En attendant la mise à jour, parce que nul chef d'Etat ne peut faire l'impasse d'un programme politique au XXI° siècle, nous constatons deux graves imperfections du régime actuel.
Deuxième case : DEUX ATTENDUS... (1) Une "organisation" démocratique n'existant pas dans la nature sauf chez les lemmings, notre démocratie représentative est tordue dans ces procédures de telle façon qu'elle privilégie la victoire d'un camp aux fins de gouverner l'autre, sans entraves ni souci de représenter le pays réel. Les élus du système électoral ne représentent jamais plus des deux tiers des citoyens et pas la moitié des résidents. Ainsi 40 à 50% de la population n'est pas "tenue" d'obtempérer aux conseils ou injonctions d'un système qui les ignore. Si la crise s'aggrave, nous verrons ce que cela veut dire, après les défilés unitaires de la semaine passée.
(2) La social-démocratie du bonheur national illimité a ouvert sous nos pieds le gouffre des déficits dans lesquels vont se ruiner les générations montantes. Si l'on comprend que ce n'est pas une question de choix politiques successifs mais plutôt l'aboutissement d'une dérive démagogique intrinsèque à la démocratie qui récompense les catégories ayant porté le vainqueur au pouvoir au détriment des vaincus et dont l'alternance n'annule jamais les avantages distribués, le régime n'est pas réparable. Il est fondamentalement pervers. Ces deux gros défauts étant postulés, au milieu de quelques autres, trois principes peuvent être précisé pour y remédier.
Troisième case : TROIS PRINCIPES La monarchie n'est pas l'ennemie de la démocratie, elle a l'ambition de ne pas leurrer les citoyens en les embringant dans des disputes fabriquées d'avance par la caste au pouvoir, mais de les faire décider dans leur cercle d'intérêts.
(1) Le citoyen (ou le résident) doit avoir son mot à dire sur les politiques publiques à l'intérieur de son périmètre de conscience politique. Si chacun a le sien, qui peut varier dans le temps, on peut trouver une circonscription médiane raisonnable à équidistance des capacités individuelles de tous. Les anciens "états" ne sont pas si loin de la vérité. A l'époque moderne, la conscience dans l'espace de l'arrondissement départemental est un fait vérifiable.
(2) Le gouvernement des hommes doit favoriser la croissance du bien commun dans la réalisation des ambitions légitimes de chacun selon ses talents. Son environnement doit l'y prédisposer : la mise en sécurité, la police des moeurs, la facilitation des échanges participent de cet objectif.
(3) La permanence du cœur essentiel du pays est la condition de base pour que ses habitants gardent leurs repères importants et agissent en sûreté. Le paramètre chronologique de la monarchie permanente donne naturellement un rajeunissement périodique d'un gouvernement pérenne, tout en garantissant une amélioration de cet héritage qui passe de roi en roi. Du moins indique-t-il une forte propension d'y parvenir.
Quatrième case : QUATRE POUVOIRS L'essentiel des fonctions d'un Etat est rassemblé dans ce que l'on appelle encore aujourd'hui en République ses "pouvoirs régaliens". Ils sont au nombre de quatre, et doivent être protégés des disputes partisanes nées du débat démocratique, a fortiori de sa dérive endémique, la démagogie :
(1) UNE JUSTICE UNIVERSELLE C'est le fondement de l'Etat. Aucune justice de classe comme aujourd'hui n'est acceptable longtemps parce qu'elle provoque un jour la révolution et le déchaînement de la barbarie qui va avec. Nous avons déjà donné.
(2) LA POLICE DES MOEURS La paix civile est une condition incontournable du Principe n°2. D'où que proviennent ses effectifs, la police doit être efficace, réglée et impartiale. C'est une fonction essentielle de l'Etat, son visage quotidien, qu'il faut se garder de décentraliser, à la merci de satrapes territoriaux.
(3) UNE DIPLOMATIE L'imbrication transnationale des économies et des intérêts oblige à réunir au-dessus de la mêlée le faisceau des axes majeurs et déterminants de la politique étrangère du pays entre des mains expertes, et donc les retirer de celles du pouvoir éphémère issu du parlement qui agit trop souvent selon l'effet médiatique attendu (ex. Turquie, Thibet, Palestine, Sri Lanka!). Les grandes diplomaties persistent sur des axes majeurs nationaux. La France a une grande tradition qu'il serait sot de diluer dans des intérêts communautaires flous.
(4) LA GUERRE C'est l'ultima ratio de l'Etat. Dans nos sociétés modernes, la guerre n'est engagée qu'en cas de péril avéré. Ce n'est pas au moment où celui-ci se dévoile qu'il est permis de s'y préparer. La capacité d'une défense est proportionnelle à la puissance de son attaque. Ces choses se construisent avec du temps, au-dessus des affaires partisanes, et la conception doit être concentrée sur le succès brutal d'une guerre ouverte. Dissuader l'ennemi s'obtient plus vite par le vecteur de la peur. L'état actuel de nos forces armées et les complications insensées de leur projection, font toute la démonstration de la pertinence de notre propos qui rejoint l'inquiétude d'observateurs bien mieux placés. Le président et la nation sont à découvert.
Cinquième case : CINQ VERTUS Le combat monarchiste de Royal-Artillerie est quelque part décalé par rapport au combat royaliste en ce qu'il ne convoque pas les "valeurs sociétales" au débat, ce qui lui vaut des bordées d'insultes parfois mais plus souvent un certain ostracisme. Glissons ! Dans ce combat cybernétique, on se contente d'imaginer "pour de rire" une organisation de l'essentiel afin de pousser dans ce pays le cadre institutionnel capable de libérer le peuple d'une pseudo-responsabilité qu'il ne peut assumer, pour le laisser organiser librement ses propres moeurs selon les étages de pertinence que l'on retiendrait ; législation nationale, coutumes locales, droits catégoriels, privilèges. Le combat royaliste en revanche est fait autant sur les valeurs que sur le principe du prince. De nos jours, on associe les royalistes au "pouvoir fort", à la xénophobie, au folklore provincial, à l'intégrisme catholique, au combat pro-vie, au loden, aux privilèges désuets et au scoutisme traditionnel. Rien de vraiment répréhensible, mais quand même bien plus hégémonique que notre modeste épure.
Il n'en demeure pas moins que le système monarchique convoque aussi certaines valeurs d'exécution. La morale qui devrait conduire l'exercice d'un pouvoir monarchique non invasif peut se décliner en cinq "valeurs" : les quatre vertus pythagoriciennes et une cinquième souvent dévoyée en solidarité clientéliste par les pouvoirs : la charité.
(1) La prudence convoque la réflexion, le jugement et in fine l'action. C'est une méthode tactique qui se méfie de beaucoup de miroirs et d'abord des sondages. (2) La justice applique les droits élémentaires de la personne humaine ; règle le devoir de contribution à la vie commune en proportion des capacités de chacun ; oblige à l'établissement des lois du Bien commun qui seront acceptées par les justiciables au motif de vivre ensemble. La citoyenneté commence à l'acceptation de cette "dévolution" personnelle. (3) La force requiert la volonté, la résilience et la persévérance ; elle se modère par la magnanimité et la patience qui sans elle ne sont rien. (4) La tempérance s'exprime par la sobriété des moeurs princières, la modestie devant le projet vivant de la monarchie qui roule, et une certaine pureté intellectuelle et morale pour baliser le jugement. (5) La charité cherche à aimer son prochain par l'esprit d'indulgence et de miséricorde dans une fraternité d'espèce. Après la justice, elle est le second support de l'être.
Une monarchie indépendante des factions démocratiques (presque absolue), recentrée sur ses quatre pouvoirs régaliens durcis, stricts, et exercés selon la loi des cinq vertus, remplirait-elle le contrat ? Sera-t-elle facilement compréhensible des non-initiés majoritaires dans l'Opinion ? La question est ouverte si l'on veut convaincre plus largement qu'aujourd'hui.
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Demain, anniversaire de la capitulation du Reich millénaire signée à Berlin le 8 mai 1945. Tout le monde connaît l'histoire de la bataille de Berlin qui atteignit des sommets de courage et de cruauté. On sait moins que dans les rangs des derniers défenseurs du III° Reich, se trouvaient des soldats français, en nombre, qui se battirent jusqu'à la dernière heure et au-delà, à tel point que les historiens reconnurent leur surprenante pugnacité dans ce baroud d'honneur.
Le Reich était vaincu comme tous les empires qui veulent survivre par hégémonie, l'extension des conquêtes ne pouvant se rémunérer que par des territoires riches. Or l'Eldorado (mines, céréales, pétrole) que représentait l'Union soviétique n'avait pu être capturé. A l'inverse l'Italie, les Balkans, la Grèce ne lui apportaient rien de plus qu'une exposition en fenêtre du Sud et un étirement de ses lignes de front. L'affaire était entendue ...
Chiens de guerre ou fachistes convaincus, les Français du Reich répondirent à leur serment, et ont à leur manière expié leur mauvais choix dans une fidélité au contrat qui étonna jusqu'aux généraux allemands, enfermés comme eux dans la capitale ravagée. Ce sont ces gens de la 33° Waffen SS Grenadier Division Charlemagne dans la bataille de Berlin que nous évoquons cette année, pour la simple raison que le rédacteur, alors jeune sous-bite de l'infanterie, rencontra l'un d'eux pendant son service militaire en Allemagne, un qui parla. Mais ce billet n'est pas son récit dont nous n'avons conservé en mémoire que deux choses :
*son ironie quant à notre collaboration franco-allemande moderne ;
*sa certitude d'avoir choisi le « camp surhumain¹ » : l'Allemagne seule vainquit toute l'Europe continentale, il fallut plus de la moitié du Monde pour l'abattre.
(1) Dans Les Epées, Roger Nimier fait dire au milicien Sanders que «l'Allemagne en 1944, fut le grand lieu de rencontre des desperados de l'Europe. Toute l'ivresse d'une défaite éclatante et méritée s'est présentée devant nous... ».
Toute l'histoire des SS français de Berlin tourne donc autour du 1er Bataillon du 57° Régiment de la Division Charlemagne qui le 11 mars 1945 après avoir tenu 48 heures décisives dans l'enfer de Körlin (Prusse), perce les lignes russes à Dievenow (Dziwnów) emmenant avec lui cinq mille réfugiés poméraniens, sous le commandement du capitaine¹ Henri-Joseph Fenet. Celui-ci âgé de seulement 25 ans y gagnera une croix de fer de première classe.
La division Charlemagne fut levée en Allemagne pendant l'été 44 à partir d'unités éparses de la Collaboration comme la LVF du front de l'Est, les Franc-gardes de Darnand, la Sturmbrigade SS Frankreich, les volontaires français de la Kriegsmarine. Elle fut inscrite au tableau d'unités le 11 novembre 44 avec un effectif de 7260 hommes, alors que les Alliés parvenus aux Vosges attaquaient la Trouée de Saverne !
Après cet exploit de Körlin, coûteux en pertes et salué par Himmler en personne, le général de brigade francophilophoneGustav Krukenberg relève les Français de leur serment. Sur les mille volontaires revenant de Poméranie - la division engagée comptait plus de 7000 hommes -, quatre cents abandonnent et sont mobilisés dans les unités du génie civil. Reconstituée à Neustrelitz fin mars, la moitié du bataillon de volontaires combattants est dirigée sur Berlin car on ne dispose que de neuf camions en état de marche. Le Sturmbataillon Fenet est formé de quatre compagnies réduites plus une compagnie d'honneur et représente 360 hommes sur 600 volontaires. Le 25 avril l'objectif est l'aéroport de Tempelhof de l'autre côté de la capitale. L'approche éprouvante, ralentie par les ennuis mécaniques et les destructions, se termine à pied. Le Sturmbataillon de la SS Charlemagne est la dernière unité nazie à entrer dans Berlin avant bouclage.
Ils y retrouvent la 11°SS Panzergrenadier Division Nordland dont Krukenberg prend le commandement. La Nordland est formée d'engagés danois et norvégiens, et Fenet complète son tableau de jeunes aspirants frais émoulus de la SS Junkerschule de Bad Tölz. Après un répit en forêt de Grünewald, le Sturmbataillon Fenet est engagé à Neukölln, secteur C au sud-est de Berlin. Ce secteur C affecté à la Nordland est celui qui tient la plus forte pression soviétique. Ils engagent immédiatement les Russes, épaulés par quelques panzers de la 11ème, mais les Russes s'accrochent au sol et gardent leur position en dépit de la perte de trente chars et de plusieurs canons antichars. En cette journée du 26 avril, la moitié des Français est mise hors de combat.
Fenet, dont le poste de commandement est installé dans l'Hôtel de Ville, est blessé au pied (comme en 40), ce qui l'oblige à commander son bataillon en chaise à porteurs (littéralement) ! Le reste du bataillon est dirigé sur la Hermannplatz, et l'adjudant Hennecourt avec sa section de commandement est laissé en arrière pour récupérer les attardés rescapés.
Pendant la nuit du 26 au 27, les quatre compagnies sont reformées à effectif très réduit et renforcées de quelques Hitlerjugend. La 1ère compagnie de Labourdette remonte à Templehof qui est tombé la veille aux mains des Russes. La deuxième compagnie (Michel) n'a plus de chef ; la quatrième non plus, qui sera commandée par un prince russe, l'aspirant Protopopoff. La troisième est aux ordres de l'adjudant Rostaing², issu de la LVF. Ces trois débris de compagnie s'installent dans la brasserie Thomas Keller et Fenet accompagné de son officier d'ordonnance Douraux vont aux ordres. Ils ne les prendront de Krukenberg que dans la journée du 27 dans les sous-sols de l'Opéra sur la Unter den Linden. Krukenberg commande sa "brigade" depuis un wagon désaffecté éclairé aux bougies de la station "Stadtmitte". Sous son commandement se battent toutes les nationalités³, Lettons, Suédois , Hollandais, Espagnols, Danois, Français et même des Suisses plus trois anglais, sans oublier des Allemands quand même. Il s'agit dès lors de former des petits groupes de combat rapproché anti-char. Les Français quittent leur cantonnement et rejoignent l'Opéra Comique par les tunnels du métro. Autant dire qu'on sent la fin d'un monde.
La nuit du 27 avril, les Russes massent des chars près de la place Belle-Alliance afin de forcer l'accès au bunker de la Chancellerie, et deux de leurs pelotons ont percé sur la Wilhelmstrasse avant d'être détruits non loin du bunker. Dès l'aube, les groupes français et la compagnie de commandement de Wilhem Weber n'auront de cesse d'attaquer les blindés russes, et s'organisera alors un terrible concours de scores individuels. C'est un véritable combat mano a mano à bout portant de l'infanterie contre l'arme blindée. Au total, de ce moment jusqu'à la reddition, on "accordera" 62 chars détruits au Sturmbataillon Fenet !
Si les groupes SS sont vite désorganisées par le combat de rue au milieu des ruines, sous les bombardements d'artillerie et le napalm, la camaraderie aura toujours le dessus et personne ne sera abandonné sauf mort.
Si on peut appeler ça une ligne, les Français tiennent leurs postes entre la Wilhemstrasse et la Friedrichstrasse, commandés par Fenet et par le lieutenant allemand Weber, surnommé Zyklon(!) par ses soldats. La nuit du 28 se passe à attendre l'assaut de l'infanterie russe. Celle-ci progresse à côté des chars qui ont pour mission de détruire au canon les immeubles afin d'ensevelir les tireurs embusqués sous les décombres. C'est aussi une guerre de caves.
L'adjudant Roger Riberto, les sergents Lacombe, Couturier, ancien pompier de Paris, et Boural (qui finira dans les Ordres après-guerre) attaquent au pistolet et à la grenade les Russes retranchés dans les sous-sols. L'équipe de Riberto en tuera cinquante.
Mais la poussée russe est irrésistible et leur infanterie – qui carbure à la vodka - coule autour des positions françaises comme de l'eau. Fenet évacue son PC et masque sa retraite par des incendies, pour se réorganiser au carrefour de la Puttkammerstrasse. En fait sur la carte, ils n'ont cédé que cinquante mètres ! Leur position est pilonnée au mortier de 120 et malgré un dernier assaut de chars inabouti, la nuit du 29 avril tombe sur leurs positions certes méconnaissables mais conservées.
Le bilan est sévère surtout parmi l'encadrement qui a toujours montré l'exemple : on compte de nombreux tués comme les aspirants Billot et Lemaignan, et de nombreux blessés graves comme les aspirants de Lacaze, Boulier, Frantz et les sous-lieutenants Berthaud et Labourdette.
La nuit du 29, Berlin est en feu. L'air chaud saturé de poussières de gravats et de chairs brûlés est irrespirable. Le 30 avril s'ouvre par un bombardement massif aux orgues de Staline, le vacarme des explosions est presque insupportable. Un prisonnier ukrainien indique à Fenet que l'assaut général ultime sera donné le lendemain 1er mai.
Effectivement l'infanterie accompagnée de chars attaquent pendant la nuit du 30 et si la percée d'un T34 dans le dispositif du Sturmbataillon est stoppée, les positions françaises sont débordées au point que Fenet fait reculer tout le monde de 100 mètres en échelle de perroquet jusqu'à la Prinz-Albrechtstrasse où ils investissent les caves (il n'y a plus rien debout en surface). Le repli ne sera terminé qu'au soir c'est dire l'imbrication d'un combat intense.
En utilisant les soupiraux des immeubles (surtout celui du RSHA*), les derniers Français au nombre de trente - c'est tout ce qu'il reste des 360 hommes du bataillon chargé à Neustrelitz - retarderont la progression de l'infanterie russe mais Krukenberg devra abandonner la station Stadtmitte dans la nuit du 1er mai après avoir décoré le sergent Eugène Vaulot de la croix de fer de chevalier pour son huitième char russe.
Lors d'une tentative de percée pour sortir de la nasse vers le nord-ouest selon les ordres du commandant de place Weidling, le général Krugenberg sera capturé avec quelques hommes de la division Charlemagne, Vaulot sera tué en traversant la Spree. Note (*): RSHA = Office Central De Sécurité Du Reich (Himmler)
A l'aube du 2 mai, le calme est revenu. Il se passe des choses étranges près du Ministère de l'Air à côté duquel le Sturmbataillon est retranché : on voit des drapeaux blancs sur des voitures qui passent et parfois des fraternisations distantes entre soldats allemands et russes ; ça sent la fin de l'histoire !
Un ogre vient d'en manger un autre. Il n'a plus faim !
Fenet, maintenant seul avec une vingtaine de rescapés, cherche à rejoindre le Ministère de l'Air qui est une position plus sure construite en béton armé. Ignore-t-il que Hitler est mort depuis deux jours et que le général Helmuth Weidling commandant la place a capitulé la veille. Le règlement de combat obscurcit-il son jugement ? La bataille semblant finie, il cherche plutôt une solution. En chemin, ils croisent un détachement soviétique qui les contrôlera sans les arrêter. Il décide alors de retourner au Ministère de la Justice prendre des ordres. Avec une vingtaine de Baltes de la 15°Waffen-SS qu'il trouve là abandonnés au milieu des ruines, il décide de percer avec eux vers Pankow. Par une bouche d'aération, ils descendent dans le métro qui s'avère infesté de Russes, jusqu'à la station Potsdamerplatz où il choisissent d'attendre cachés le cessez-le-feu qui ne devrait pas tarder, si tant est qu'il n'ait pas été déjà déclaré à leur insu. Ce qui est la vérité.
A ce moment toutes les défenses lourdes de la ville se sont rendues, les deux forteresses berlinoises ont capitulé après le suicide de Goebbels, de même que la citadelle imprenable de Spandau qui tint jusqu'au dernier moment comme un coin dans le bouclage russe, permettant à beaucoup de quitter l'enfer.
Découverts dans le métro par une patrouille russe, Fenet et ses hommes sont faits prisonniers et soignés. Quelques jours plus tard, Fenet sera "abandonné" par les Russes à la porte de l'hôpital où son pied avait été réparé, et il décidera de rejoindre la France dans un convoi du STO. Condamné à vingt ans de travaux forcés, sa peine est commuée en conditionnelle en 1949. Fin.
L'aspirant de la Coloniale, Henri Joseph Fenet, deux fois blessé devant Verdun en juin 1940 et croix de guerre, croix de fer de chevalier, sera libéré en 1949 et mourra de ses souvenirs dans son lit à Paris le 14 septembre 2002.
Quand on réfléchit cinq minutes, on ne peut qu'être étonné du chevillage des convictions de ces soldats qui firent leur métier jusqu'au bout de la fin du Reich, sans se poser (apparemment) aucune autre question que militaire. Par ricochet, on comprend mieux le refus d'obtempérer d'un Brasillach qui partageait des convictions semblables et chevillées pareillement à son âme, convictions qui lui permirent d'affronter le peloton d'exécution.
Sans en faire un éloge déplacé, ces gens font aussi partie de l'histoire de France. Ils viennent de toutes les couches sociales et de tous les bords politiques jusqu'à être l'échantillonnage assez fidèle d'une population, résumée à ses effectifs finalement ...courageux. Quelques restes feront bientôt l'Indo !
Repos ! Vous pouvez fumer.
Note (1): Les grades de la Waffen-SS sont différents dans leur appellation de ceux de la Werhmacht
- Grades SS inscrits dans l'article :
*capitaine = Hauptsturmfüher
*général de brigade = Oberführer
*adjudant = Oberscharführer
*lieutenant = Obersturmführer
*aspirant = Standartenoberjunker
Note (2): Pierre Rostaing écrira "Le prix du serment" aux Editions du Paillon.
Note (3): Les divisions de volontaires (freiwilling) et « volontaires désignés » étrangers des Waffen-SS autres que la Nordland et la Charlemagne sont les suivantes :
- Estoniens : 20°SS
- Lettons : 15° et 19°SS
- Galiciens : 14°SS
- Hollandais : 23°SS Nederland et 34° SS Landstorm Nederland
- Croates : 13°SS Handschar et 23°SS Kama
- Ukrainiens : 14°SS
- Albanais : 21°SS Skanderbeg
- Hongrois : 25°SS et 26°SS Hunyadi
- Flamands : 27°SS Langemarck
- Wallons : 28°SS Wallonien
- Russes : 29°SS et 30°SS
- Cosaques : 15°SS Kosaken-Kavallerie-Korps
- Italiens : 29°SS
- Biélorusses : 30°SS
Lys de France vous convie à une visite-conférence au château de Versailles le dimanche 17 mai sur le thème Fastes de cour et cérémonies royales . Belle présentation de l'exposition en cliquant ici. C'est M. Alexandre Loire, secrétaire général de l'association Louis XVI, ingénieur et historien, qui conduira le groupe Lys de France. La visite commencera par une galerie de portraits de Louis XIV à Charles X en divers habits, du manteau de sacre au costume de novice du Saint-Esprit. Vient ensuite la cérémonie du sacre royal, les ordres royaux et autres distinctions accordées au mérite. Le thème final aborde l'influence de la mode sur le costume de cour au XVIII° siècle quand l'habit ne sert souvent qu'à parer le vice et à couvrir le corps d'un faquin. L'habit noble usurpé, son symbolisme se dévalorisera.
Rendez-vous dimanche 17 à 14:45 à la grille d'or du château. - Ticket à 25€ - 22€ pour les adhérents aux Lys; - gratuit pour les moins de 18 ans; - s'inscrire en adressant son chèque à :