mardi 20 février 2007

Un prince au désert

prince HarryDans la série "belle infidèle" une traduction de l'article du Daily Mirror publié samedi 17 février repris par Reuters.
Selon une source militaire non dévoilée du haut commandement, le prince de 22 ans, Harry, partira pour Bassora au Sud de l'Irak à la fin du mois pour rejoindre les sept mille hommes que la Grande Bretagne y déploie. Un porte-parole de la famille royale a décliné tout commentaire au moment où le Ministère de la Défense parlait lui, de spéculations. "Aucune décision définitive n'a été prise pas même quant aux unités engagées dans la rotation" a-t-il déclaré et "lorsqu'elle le sera, le premier informé sera le parlement comme il en va normalement".

Le prince Harry est susceptible de commander un peloton de douze soldats portés sur blindés légers pour accomplir des missions de reconnaissance dans le désert. On attend du secrétaire à la Défense Des Browne qu'il annonce la nouvelle officiellement le 26 février.

Harry, dont la mère, la princesse Diana, mourut à Paris dans un accident d'automobile quand il avait douze ans est sous-lieutenant aux Blues & Royals, une unité du Household Cavalry.

Si les détails sont encore en finition, la décision est prise. Bien sûr, son statut princier a été pris en compte, mais il "verra de l'action".
Un reportage du Daily Telegraph au début du mois avait dévoilé que l'état-major avait un plan pour engager Harry sans mettre en danger sa vie non plus que celle de ses personnels.

Bien que Harry ait été montré comme un "sauvageon" par les tabloïds quand il était plus jeune, après qu'il eut avoué consommer du cannabis et boire avant l'âge, il décida de passer son brevet d'officier à l'académie militaire de Sandhurst.
Il déclarait en 2005 dans une interview : "Il est hors de question que je fasse Sandhurst et qu'ensuite je reste assis sur mon cul chez moi pendant que mes gars seront partis se battre pour leur pays".
(fin de l'article)

Le prince a tenu parole, imitant en cela son oncle Andrew, le fils de la reine Elizabeth, qui avait servi comme pilote d'hélicoptère pendant la guerre des Malouines en 1982. Compte tenu de son tempérament impétueux - il brasse dans sa fougue le sang des Stuart par sa mère - il est à prévoir des difficultés avec sa hiérarchie si celle-ci veut le cantonner à de simples promenades de santé visant à "montrer" le prince aux Arabes des marais.

Emportera-t-il un ouvrage du colonel Lawrence pour creuser la question de son environnement hostile ? Harry fera son temps à la joie comme à la peine, dans une pseudo-guerre éprouvante au mental, qui ne récompense pas le courage et n'a plus le soutien populaire de la mère-patrie. 132 britanniques ont perdu la vie en opérations.

C'est dans ces circonstances difficiles que l'on doit voir un prince, et il est réconfortant que la jeune génération Windsor donne l'exemple du patriotisme. A une époque où il n'est question - et en Angleterre plus qu'ailleurs - que de communautarisme et de défense de cultures exogènes, on salue ceux qui à 22 ans restent sur l'axe de traditions qui remontent ...... aux croisades (!). Ca décoiffe un peu dans notre France du repentir-d'abord !

On aimerait que la maison royale de chez nous pousse quelqu'un de ses cadets dans la carrière militaire, et pourquoi pas un aîné.
Ayant couru un peu le monde, je sais qu'il n'y a que deux nations qui produisent de vrais aventuriers solitaires, la française et l'anglaise. Alors ne perdons pas cette "exception" franco-anglaise.

blindé Scimitar
patrouille Scimitar et Land armée
les Scimitars en Bosnie
Description des blindés légers de reconnaissance Alvis Scimitar en cliquant sur les photos. Ce sont des matériels anciens et éprouvés. Les premiers avaient des 6 cylindres Jaguar 4L2 qui leur donnaient de la reprise. Depuis lors on les a équipés de Diesels Cummins. Ca fait plus sérieux et tente moins les jeunes pilotes !

lundi 19 février 2007

Les Cinq Cents

stylo-plumeParrainages. Comme dans toutes les grandes confédérations humaines, le prétendant, qu'il brigue l'Elysée, l'UEFA ou le titre redoutable de capo di tutti capi, doit s'abonner au consensus. Dès lors peuvent apporter leur soutien aux candidats qui les solliciteront, ceux dont les fonctions sont listées ci-dessous à l'exclusion de tous autres ; et même s'ils ne sont pas toujours les meilleurs, ils peuvent quand même risquer le poteau médiatique !
membres du parlement (assemblée nationale et sénat)
conseillers régionaux
conseillers généraux
conseillers de Paris
maires
maires d'arrondissement de Lyon ou de Marseille
élus de l'assemblée des Français de l'étranger
élus des assemblées territoriales d'Outremer
soit ... 47289 élus décomptés ce matin !

N.B. : Une candidature ne peut être retenue que si, parmi les signataires de la présentation, figurent des élus d'au moins trente départements ou territoires d'outre-mer, sans que plus d'un dixième d'entre eux puissent être les élus d'un même département ou territoire d'outre-mer (loi 62-1292 du 6 nov 62)
A mesure que s'approche la date de la remise de la liasse des parrainages au Conseil constitutionnel l'agacement des petits candidats est palpable. D'aucuns comme Nicolas Dupont-Aignan - qui devrait réunir les siens - prédisent un séisme si l'ostracisme électoral laisse, sur le banc des observateurs, des pointures comme Le Pen. D'autres comme Yves-Marie Adeline tempêtent contre ce pseudo-tour électoral à main levée qui fait le tri entre les candidats de consensus institutionnel et ceux de convictions.

Quand Winston Churchill déclarait que "la démocratie était le pire régime à l'exclusion de tout autre" ne voulait-il pas signifier que la justice élémentaire ou l'équité étaient hors de portée du genre humain, pis encore d'un système forcément dominé par des castes ou des partis qui s'y retrancheraient ? Mais sauf en s'enliser dans la démocratie directe, la démocratie représentative doit être réglée pour tout simplement fonctionner. Et finalement tout est bon, même "a-" voire "i"mmoral.

La démocratie américaine, beaucoup plus sévère que la nôtre à l'endroit de ses élus, laisse la sélection des candidats aux bons soins des subsides privés que chacun saura obtenir au sein d'un cadre partisan ou non, à charge pour lui de convaincre les donateurs. Ces subsides sont généralement connus en détails. Ils proviennent de la défense étroite d'intérêts catégoriels, plus ou moins reluisants. Qu'importe, le tri est fait.

L'élection présidentielle au suffrage universel a dû s'affranchir très tôt des charlots. Puis le dispositif de 1962 s'est perverti "ad hominem" pour ségréguer le champion populiste en accroissant le nombre de parrains pour chacun. Comme cela ne semblait pas suffire, le pouvoir en place a modifié le parrainage institutionnel en parrainage d'opinion par la publication du nom des parrains de chacun. Au motif qu'il ne s'applique jamais à lui-même - sauf Canard Enchaîné - celui de la transparence.
Mais là encore, qu'importe ! Le tri est fait.

YMAManier le système démocratique ne demande aucune vertu spécifique, et moins encore d'en y chercher une sur la base d'incantations démagogiques d'un autre temps, comme l'égalité d'accès aux estrades ou la liberté de pensée porteuse de tout message même iconoclaste. A dire vrai, on pourrait s'étonner que le système fasse litière de permissions accordées à ceux qui viseraient son effondrement. Néanmoins dans ce grand monde où les nations s'observent en permanence, on ne peut faire moins que de laisser parler tout le monde de temps en temps. Surtout dans la patrie des droits de l'Homme ! Profitons en, mais la queue de trajectoire doit être parfaitement ciblée. Tous les moyens d'y placer le projectile sont valables. La voie électorale réglementaire est une voie, à péage. Il y en a d'autres. Le prétexte électoral pour faire passer des idées par exemple.

Beaucoup s'y engouffrent avec raison et talents, et parmi eux des professionnels de la préparation d'artillerie médiatique par le scandale, comme le mari d'agricultrice Bové Joseph. Qu'avec l'égalité républicaine de traitement, on accède ou pas à la campagne officielle, cette période est une chance unique chaque cinq ans, d'excaver des propositions politiques aussi saugrenues que le retour des héritiers du roi Louis XVI. Il suffit d'aguicher les médias. C'est un travail professionnel de communication. Les outils évoluent très vite.
Remarquons que l'équipe de campagne du président de l'Alliance Royale nous fait la démonstration d'aptitudes certaines à communiquer assez largement. Ce qui en comparaison peut ringardiser les manifestations émouvantes des cercles de mémoire qui s'en agacent.

Souhaitons quand même que dans le petit mois qui reste, Yves-Marie Adeline puisse effeuiller l'oie de ses plumes pour en réunir cinq cents dans sa main. Il a des choses surprenantes à dire aux Français.

plumes d'oie

lien pdf

samedi 17 février 2007

Il faut lire INSURRECTION

Insurrection n°62Absolument !
Je feuilletais mon numéro 62 dans le train ce matin en me disant que vingt pages de ce tonneau dans un journal "jeunes" ça ne courait pas les kiosques. En plus la mise en page est très pro.
Découvrons le ensemble.

On se fait d'abord une piqûre de rappel sur Joseph de Maistre. Contre-révolutionnaire doctrinal il nous rappelle que "nulle nation ne doit son caractère à son gouvernement ; au contraire elle doit son gouvernement à son caractère". Aussi n'est-il pas surprenant que l'affaissement moral des Français les maintienne dans cette sujétion aux idées lumineuses qui les éclairent comme vessies du Nouvel An Chinois. C'est l'année du Cochon d'Or. Les fondamentaux étant établis, on peut dès lors se risquer à dénoncer le ferment révolutionnaire qui lève le pain de la République jusqu'à aujourd'hui.
L'Edito, non signé, est magistral ; on veut des noms !

DonosoQui a exhumé ce texte de Juan Donoso Cortès, un descendant de celui qui brûla ses vaisseaux sur une plage du Yucatan pour forcer son destin !
" Vous serez comme des riches ..., vous serez comme des nobles ..., vous serez comme des rois ..." Ce que Proudhon avait traduit par "La démocratie, c'est l'envie".

Suivent trois pages de chroniques ouvertes par une question intéressante de PV:
"il faudrait d'abord qu'on nous explique pourquoi avec plus de deux millions de chômeurs, la France se retrouve contrainte de faire appel à de la main d'oeuvre étrangère dans des domaines aussi ordinaires que le bâtiment, l'hôtellerie-restauration, l'alimentation, la mécanique, l'agriculture ou la vente".
A quoi le blogueur de répondre qu'il n'y a pas de fatalités et que certaines provinces françaises fonctionnent sans problème avec la main d'oeuvre enracinée, à croire que les autres se sont avachies au point d'appeler les bosseurs étrangers à palier leur défaut de courage. Mais c'est une autre question.

Après une dénonciation de la bipolarisation forcée de notre régime essoufflé, on arrive à M. Sakorzy l'Atlante. N'est-ce pas lui tailler un manteau trop grand ? L'Atlantique c'est le mare-nostrum moderne de l'Occident. L'Occident est fondé sur des valeurs millénaires enchevêtrées dans des patries complexes. Qu'en connaît celui qui confiait une fois à Philippe de Villiers que les clochers, les villages et les champs ne pouvaient l'émouvoir ! Pas plus que l'Ecole des Fans ! M. Sarkozy est peut-être un Français de trop fraîche date pour vibrer. Mais que vient faire son "atlantisme" dans son désordre intime ? Tongue au cat.

On arrive ensuite au cirque électoral - et nous ne sommes qu'en page 6. Le système de fortifications de la classe politique institutionnelle est bien vu, de même qu'est dénoncée l'escroquerie consistant à présenter le vainqueur du tournoi comme le président de tous les Français, sur la base d'un socle électoral de vingt pour cent. Risible ! "Il est temps de siffler la fin de la récréation" dit Paul Emique. Sifflons, en permettant à Yves-Marie Adeline d'accéder aux lucarnes bleues pour dire son fait au pouvoir liquéfié actuel.

Langevain revient sur tout une page à l'inaboutissement par essence de l'utopie révolutionnaire. "Les hommes désirent une utopie, un idéal et non un régime. L'attrait, la séduction, inspirés par les grandes idées révolutionnaires sont tout à fait justifiées, et force est de constater que beaucoup ont été éblouis et le sont encore. Mais cette propagande, si elle a permis le combat, n'a jamais été concrétisée. C'est la définition de l'utopie."

L'article suivant décode les sociétés de pensées du XVIII qui ont "malaxé" les liens sociaux et politiques de la nation avec l'aide d'Auguste Cochin. On aboutit au triomphe des idéologues qui ne sauront approcher la réalité sereinement car elle est en décalage avec leur rêve et qui paniqueront très vite dans une fuite en avant toujours plus loin vers ces lendemains qui chantent. Le pourquoi de la Révolution au fond n'est pas expliqué car la justification essentielle n'existe pas. Aussi se réfugie-t-on derrière la philosophie ou le sens de l'Histoire. Un gag ! Merci Mlle Percy.

Le dossier se poursuit sur le cadeau empoisonné des Droits de l'Homme. C'est Michel Fromentoux qui s'y colle.
"Exalter un homme abstrait c'est croire que l'homme est lui-même sa propre origine et sa propre fin, c'est postuler son autosuffisance, c'est en faire une bête ou un dieu." Suit une démonstration de la caporalisation des individus nouveaux, qui aurait pu déboucher sur le concept tragique de la "levée en masse" dénoncée par Kuehnelt-Leddihn entre autres. Ce sera au prochain numéro ?

Enfin le professeur Chauvin analyse Maurras observateur de la Révolution. Il faut goûter l'explication en silence. Tout y est.

Vient ensuite une page de respiration, bandes dessinées sur la Révolution (oui encore car c'est le thème du n°62) avec présentation d'albums, Timon des Blés, Dampierre, le temps des victoires en Vendée, La Révolution Enfin ! Et une histoire de la Chouannerie dont les textes sont de Sécher.
Le dossier se referme sur le testament de Louis XVI.

Vient le grand article de Pierre Lafarge "Notre Nationalisme".
Le démontage de la supercherie nationaliste est mené au bout, pour une fois. Loin du pangermanisme fondé sur le Peuple-Dieu dénoncé par Maurras, évitons aussi la Nation-contrat de Rousseau qui est une abstraction purement idéologique débouchant sur ce fameux droit des nationalités qui a mis l'Europe à feu et à sang, pour au résultat les dissoudre dans un ensemble plus grand, tout aussi abstrait que l'Europe.
La Nation n'est qu'une communauté historique et politique naturelle qui se constate et ne se construit pas. C'est un périmètre de défense. Il préexiste, on le ressent, mais la nation peut mourir aussi. Merci Lafarge, vous revenez en deuxième semaine.
"Rien n'est jamais perdu pour qui sait entreprendre
"Et rien ne se perdra si nos propres enfants
"Recoivent le flambeau qu'aujourd'hui je défends
"Car on ne bâtit rien sur des nations en cendre."

Pour finir, presque, une tribune libre de Ludovic s'inquiétant des obsessions sécuritaires du jeune duc d'Otrante.

Le train arrive en gare. Je replie ma revue et me tournant vers mon voisin de banquette que j'avais senti intéressé, je lui offre l'exemplaire. Il le prend et sourit.

INSURRECTION n° 62
Le bimestriel des jeunes royalistes.

Le 63 va sortir.

vendredi 16 février 2007

Exécutif national

le bon roi Dagobert ...Après avoir vu la réforme de l’expression démocratique dans le schéma précédent dit « législatif », nous abordons maintenant aux rives du pouvoir central. Le projet s’éloigne un peu de celui de l’Alliance Royale mais il en reprend le principal.

En monarchie les pouvoirs sont divisés entre pouvoirs régaliens et pouvoirs publics. Les pouvoirs régaliens peu nombreux appartiennent à l’essence même de la Nation et par là même leur éventuelle dévolution partielle ne les entame pas. Ils ont rapatriables à première requête sans motif. Ils sont de nos jours au nombre de quatre : la Diplomatie, la Justice, la Sûreté et la Guerre. C’est le domaine privilégié du roi, mais on pourrait dire aussi que c’est son « ghetto » de confinement.

A côté de ceux-là on trouve les pouvoirs publics représentés par des ministres sous la direction d’un Premier ministre. Ces pouvoirs publics sont soumis au contrôle du parlement.

Si les pouvoirs régaliens et publics procèdent de chaîne de responsabilités différentes, ils ne sont pas pour autant étrangers les uns aux autres dans leur exécution. Ils cohabitent dans les mêmes structures ministérielles, la proximité des hommes palliant les effets parfois néfastes de la compétition aux marges du champ de manœuvre.
Comment s’articule l’exécutif ? Voici le schéma :

schéma exécutif
Note : le diagramme format plein est disponible par mail

Il y a sept personnages aux commandes de cette belle utopie : le roi, le garde des Sceaux, le président du Sénat, le président de l’Assemblée nationale, le président de la Cour des Comptes, le Premier ministre et le Ministre d’Etat. Ensemble ils forment le Conseil Privé du roi qui les réunit à son initiative.

Les deux chambres, hormis les règles d’élection réformées comme on l’a vu précédemment, fonctionnent comme aujourd’hui. N’ayant à débattre que de pouvoirs publics, il n’est plus nécessaire de maintenir les mesures autoritaires de sauvegarde que sont les articles 16 et 49.3 de la Constitution. L’Assemblée vote les lois, le budget et sanctionne le Premier ministre. Le Sénat révise les projets de loi et les corrige, le dernier mot revenant à l’Assemblée. Les ordres du jour des chambres sont établis par le gouvernement mais modifiés pour accroître la proportion de textes d’origine parlementaire.

Le garde des Sceaux acquiert dans ce schéma une fonction plus importante. Il est nommé par le roi à la présidence du Haut Conseil dont les attributions regrouperaient celles du Conseil d’Etat et du Conseil constitutionnel. Le Conseil supérieur de la Magistrature est sous sa tutelle et bénéficie de ses moyens administratifs.
C’est au départ une chancellerie qui traite de la conformité constitutionnelle des textes, traités, alliances et dévolutions. Au quotidien elle prépare la promulgation par le roi des lois votées par le parlement.
Le mode de désignation de ses membres est à décider. Le Haut Conseil dispose d’un budget propre. Le garde des Sceaux est ministre « permanent » de la Justice.

Des quatre pouvoirs dépendant du roi, le Ministre d’Etat en gère trois sous l’autorité hiérarchique du Premier ministre : la diplomatie, la guerre et la sécurité. Les ministères gérant ces domaines sont dirigés désormais par des secrétaires d’Etat.

Le ministre d’Etat est nommé par le roi. Sa mission est une planification stratégique des voies et moyens de sauvegarde et de développement du pays. Ses domaines d’action, outre la diplomatie classique, touchent à la sûreté des approvisionnements et des routes commerciales. Le ministre d’Etat dispose d’un cabinet propre staffé par des experts. Il n’a pas de budget propre et utilisent les ressources administratives des ministères sous sa tutelle.

Le pouvoir régalien de la Sécurité est exercé par un Secrétariat Général de la Police Nationale dépendant du ministre d’Etat. Il utilise les ressources du ministère de l’Intérieur actuel.

Idem pour les armées. Le pouvoir régalien de la Guerre est exercé par un Secrétariat Général de la Défense Nationale dépendant du ministre d’Etat, et utilise les ressources du MDN actuel.

Le Premier ministre est nommé par le roi à chaque législature, il demande la confiance de l’Assemblée. Le Premier ministre conduit les affaires intérieures françaises et ne rend de comptes qu’au parlement qui peut le censurer. Il tient conseil hebdomadaire de son gouvernement, arbitre les conflits d’intérêts, décide des projets de lois et promulgue les décrets relatifs au domaine des pouvoirs publics. La charge de gestion du pays est répartie entre les ministères, tous égaux.
Le Premier ministre entretient chaque semaine le roi de ses travaux, en écoutant conseils, remontrances et encouragements, qui nonobstant ne le lient pas.

Comme nous l’avons vu, quatre ministères sont mixtes : le ministère de la Justice dépend pour son fonctionnement du Premier ministre mais obéit au garde de Sceaux, son ministre en titre ; les ministères de l’Intérieur, des Affaires étrangères et de la Défense, pareillement, mais ils obéissent au ministre d’Etat. Leurs budgets participent du budget général du gouvernement et sont donc votés par le parlement.

Les ministères du gouvernement déconcentreront une partie de leurs prérogatives vers les services provinciaux de leur domaine de compétence dans chaque préfecture comme aujourd’hui. En cas de conflit de compétence, la règle sera de porter le différend devant le conseil régional qui arbitrera en dernier ressort.

Reste … le roi.
Il est le chef de l’Etat et le chef de la Nation, et à ce titre le chef des Armées.
Il dispose d’un cabinet politique sur budget gouvernemental qui l’assiste dans ses fonctions et du Conseil Privé formé des sept plus hauts personnages de l’Etat.
Son budget propre ou liste civile, pourvoit aux débours de sa Maison qui comprend outre sa famille, la Garde, l’état-major particulier et ... le Secret du roi (un peu de romantisme ne nuit pas).

Ce billet expose le gouvernement du pays, il ne le critique pas ! Mais sera-ce si différent de l’Etat que nous laisse le président Chirac ? Oui et non ! … on verra ultérieurement, à l'occasion.


jeudi 15 février 2007

Expression démocratique du royaume

je cherche à comprendre YMAVotre blogue se propose gaillardement de visualiser un schéma étatique qui pourrait accompagner l’instauration d’une monarchie nouvelle. Ce travail est fondé sur le projet politique de l’Alliance Royale, mais il ne saurait en aucun cas l’engager que ce soit dans l’articulation des pouvoirs respectifs, a fortiori dans les explications que nous avançons librement.

Ce premier volet traite de la démocratie courante. Un second entrera dans le schéma de l’Etat central.
Chacun a compris que le système représentatif actuel a échoué dès lors qu’il éjecte à sa périphérie presque la moitié de la Nation. Savoir comment on en est arrivé à cette situation cocasse dans la patrie des Droits de l’Homme est un autre dossier.
Mais on remarque que les partis institutionnels se sont retranchés derrière des dispositifs électoraux qui sont autant de murailles de protection de leurs mandats, au motif vaseux de dégager des majorités de gouvernement, appelés couramment députés-godillots.

Le concept étant d’approcher le plus près possible de la représentation complète des opinions de ce pays, on ne peut accepter plus longtemps ces sortes de haras officiels que sont devenus les partis auto-proclamés de gouvernement. Essayons donc de faciliter l’expression des choix politiques du citoyen.

Le citoyen est double : son individu porte des idées, des croyances et depuis longtemps beaucoup d’incroyances, dont l’expression publique est respectable tant qu’elle n’offense pas … etc. etc. Le même citoyen est un rouage social capable d’agrégation au fil de ses intérêts économiques. Le dispositif écoute les deux composants du citoyen.

La première instance de débat est le conseil municipal ou de pays ; il est la photo la plus fidèle de l'électorat de sa circonscription.

Le rouage social ira rejoindre un collège électoral qui va corporatiser les fonctions économiques. Les quatre collèges pourraient être les Salariés, les Entrepreneurs, les Familles et les Collectivités territoriales de base. L’individu s’exprimera lui, à travers des représentants de son choix que nul barrage n’éliminera d’entrée. On va donc porter au seuil du pouvoir les intérêts et les idées.

Mais voyons d’abord le découpage politique du territoire. Il faut veiller à ne pas tout chambouler. La circonscription élémentaire restera la commune, qui se groupera avec d’autres en pays homogènes pour une meilleure gestion des investissements et services publics. Cela se fait déjà, mais la recherche d’économies dans un pays endetté passe aussi par une optimisation de ses dépenses à la base.
Les communes appartiennent à une région. On supprimera les conseils généraux et leurs cantons, mais pas le département ni les arrondissements qui resteront les circonscriptions d’action publique les mieux adaptées, à équidistance entre les contraintes locales et les exigences de développement de la province. Le département est aussi une bonne circonscription électorale. L’arrondissement perdra cette fonction.
En attendant de futures réformes dans un cadre plus vaste, la région restera ce qu’elle est, en pouvoirs et compétences, mais elle atteindra sa maturité en choisissant son exécutif.

Comment se règle dès lors l’expression démocratique de la Nation ? Voici le schéma qu’on appellera « législatif » :

schéma législatif
Note : le diagramme format plein est disponible par mail

Chaque collège élit un député par département à l’Assemblée nationale, soit 4 x 100 département = 400 députés. Nous économisons ce faisant 177 députés, ce qui est important pour réduire le train de vie de la république. L’assemblée représente désormais pratiquement l’ensemble des fonctions sociales de la Nation.
Les partis ne seront certes pas supprimés mais on peut espérer que les députés exécuteront les mandats confiés par les électeurs au lieu de gérer en priorité comme aujourd’hui, l’avenir du parti qui les investit ! Surtout si les mandats électoraux sont impératifs.

On conserve le bicamérisme en renforçant la fonction de réflexion de la chambre haute. Le Sénat est déconnecté des territoires pour cause de décentralisation, et élu au suffrage universel à la proportionnelle intégrale pour représenter toutes les opinions d’importance du pays. 200 sénateurs, c’est le chiffre que financent les Etats-Unis pour leur démocratie. A notre échelle nous devrions en rester là.

Le Conseil Economique et Social est supprimé. Ses prérogatives d’analyses et conseils sont réduites et transférées aux régions selon leur bon plaisir. Elles peuvent aussi s’en passer.

Restent donc les conseils régionaux.
Ils réunissent deux types de conseillers dont la répartition ne doit pas modifier sensiblement les équilibres actuels. Une partie des conseillers sera élue comme aujourd’hui mais en réduisant leur nombre de sièges, afin de faire de la place pour les députés départementaux des collèges sociaux qui siègeront également au Conseil régional. Le but est d’obtenir une cohésion de la représentation politique de la Nation et éviter l’arrogance de la chambre de Paris.

La région devient une entité politique majeure affermissant ses prérogatives réglementaires et fiscales, et élisant son exécutif : un véritable intendant qui s’appuie sur le réseau préfectoral et sous-préfectoral actuel.

Il ne reste plus qu’à gouverner le pays. C’est que nous verrons dans un prochain billet avec le schéma « exécutif ».

jeudi 8 février 2007

Le prince et la gnose

Quand le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt, dit le mandarin ! Mais celui qui est allé sur la lune déjà, regarde le sage en souriant ...

La lune est cet astre féminin que les antiques appariaient au soleil, source de toute vie, leur permettant d'attendre chaque nuit sauf quelques unes, le retour du jour rassurant. L'homme, grand complicateur pour se désennuyer peut-être, inventa aussitôt qu'il eut un auditoire moins sot que le chasseur de mammouth lambda, la genèse de toutes ces belles choses inexplicables au moment. Quant aux brutes, on les convertit aux dieux tonitruants qui seuls pouvaient leur faire peur et les rabattre vers quelque intercesseur onéreux.

dieu celteLa démographie de l'espèce multiplia les mythes bienveillants ou vengeurs, l'imaginaire collectif exigeant qu'ils soient réglés par une histoire propre et recueillis dans des canons religieux, parfois frustres, parfois très élaborés. Plusieurs parvinrent jusqu'à nous. C'est un peu normal dès lors que le hasard de la Dérive des continents nous a placé au finistère de l'Europe comme la cage de football visée par tous ceux qui vont vers le soleil couchant.
La trinité hindoue, les baals de Phénicie, le culte solaire égyptien, le polythéisme foisonnant des Celtes, premiers occupants du territoire, la tradition chrétienne a tout ramassé, comme le dit un jour le prince Henri d'Orléans.

Mais c'est la religion hittite, que l'on n'attendait plus, qui resurgit maintenant. Elle vient du bon endroit, l'Asie mineure, berceau de "notre" monde.

Elle transpose aux yeux des croyants les forces mythologiques qui président à l’ordre de l’univers, et règle les relations de l’humanité avec elles. Les dieux-Soleil des Cieux répondent aux dieux-Soleil de la Terre. La plus importante de ces puissances créatrices est la déesse-Soleil d'Arinna qui transcende la déesse-Terre de la souche indo-européenne. Une divinité consort de moindre importance qui l'aide bien, l’Eau. Ces puissances doivent être vénérées pour attirer leur bienveillance. Chaque village a possédé ces propres lieux de cultes, ses propres divinités, sa mythologie enracinée dans le terroir, ses fêtes votives et rogations.
Mais très surprenant est le syncrétisme hittite qui a phagocyté tous les dieux conquis avec leurs vaincus. Mille dieux au moins, dit-on. C'est une religion aspirante, oecuménique, new age ! Ca marche toujours !
Notre mythologie moderne s'appelle écologie. Mais il y a écologie et Ecologie.

Chez Occulture(*), le prince avait précisé lors de la parution de son excellent roman, Le passeur de miroir (Ed. du Châtelet, 2001) :
" Nous, êtres humains, participons à la création, au cosmos ; c'est cela que j'appelle « l'écologie divine ». Et c'est de cela que je voudrais que soit faite une véritable politique [...] La véritable écologie ne peut être que divine, c'est-à-dire trouver notre point d'harmonie par rapport à l'univers que nous avons pour mission de gérer."
L'entretien complet est archivé sous le titre "Le Roi revient".

thème astral d'Henri d'Orléans
Le basculement annoncé de l'axe magnétique terrestre qui l'inquiète beaucoup à ce que j'ai lu, accompagne-t-il l'inversion du Chiffre ? :
" Les enfants de la bête portent le chiffre 666. Ceux-là s'amusent à véhiculer de fausses paroles ou des images virtuelles. Heureusement, tous ne seront pas atteints par le chiffre maudit. Il est vrai aussi que toutes les ondes négatives, soumises au pouvoir de la bête, disparaîtront au moment même où le chiffre s'inversera [...] Je ne crois pas au hasard. Les évènements commencent à inverser le sens de l’Histoire. Mais je vous dirai qu'il m'arrive souvent des signes qui me sont donnés et ces visions concernent tout particulièrement la France."

Dans ses voeux 2007 aux Français, le prince Henri revient sur son thème favori de l'écologie divine. Il la fonde sur cette tradition spirituelle née des premiers âges : " Depuis l’origine des temps, les textes sacrés de même que les contes et les mythes nous parlent un seul et même langage. Par le truchement des paraboles, des archétypes, les contes initiatiques ne cessent de nous indiquer la voie pour que la vie soit harmonieuse et pour que l’humanité accède à la royauté de l’homme."

Sur ces prémonitions dont il nous honore, Mgr Henri d'Orléans quitte les lices du tournoi politique et la rhétorique d'une restauration monarchique en désignant mardi dernier son favori dans la course présidentielle, celui que tous les sondages propulsent vers la charge suprême, M. Sarkozy.

Celui-ci portera-t-il le souci du prince ? Moins sûr et pourtant !

Altermondialiste adversaire des organisations internationales qui gèrent la macroéconomie avant de s'inquiéter de l'homme, écologiste fervent qui ajoute le volet mystique de "Gaia" au grand oeuvre du XXIè siècle, le prince est un homme de convictions, écouté, qui veille à la pérennité de la Maison de France. Avec l'adoubement royal du 6 février, nul doute que le champion bonapartiste passera haut la main sur le ventre de ses compétiteurs. Pour le moins devra-t-il s'inquiéter de comprendre l'essence même de l'écologie divine, à peine d'entendre un jour au détour d'un salon le fameux "qui t'a fait roi ?".

Note (*): Occulture n°12 - printemps 2001 sous le titre Le roi revient

mardi 6 février 2007

Le 6 Février d'Eugène

Concorde du 6-Février
A l’origine du 6 Février 34 se trouve l’exploitation par la presse et les mouvements nationalistes de l’affaire Stavisky révélée en décembre 1933. Le Beau Sacha avait fait émettre par le Crédit municipal de Bayonne 200 millions de bons de caisse sans consolidation. La révélation du scandale qui mouillait ses protecteurs, son suicide à trois balles à Chamonix le 8 janvier et les soupçons de refinancement du parti radical au pouvoir, font de cette affaire d’escroquerie un scandale politique d'ampleur. Mais l’affaire Stavisky est plus un prétexte que la cause unique du 6 février 1934. Les temps sont durs, le ciel est bas. La crise de 29 n'en finit pas d'agonir.

Les Etats-Unis ont largué l'étalon-or en 1933 et le 30 janvier 1934 ils vont dévaluer le dollar de 41% ! Des barrières douanières fleurissent pour sauver ce qui reste, le dumping est la règle, le Commonwealth décrète la préférence impériale. C'est du chacun pour soi. Mais Hispano-Suiza lance quand même cette année-là à Bois-Colombes sa nouvelle K6, ce sera le seul signe d'optimisme avant longtemps.
bouchon de la K6
L'embargo sur l'or (décrété dès 1933 aux EU) précèdera bientôt des sorties monstrueuses de métal jaune de France (quatre milliards en trois semaines en mai 35).
A ce moment il y a collision entre les désastres industriels et son cortège de mises-à-pied, la spéculation en tous genres élevée au rang d'activité lucrative et mondaine, la complicité active et passive de la classe politique où sévissent concussion et prébendes à tous les étages. En face d'elle, un peuple désabusé mais pas résigné.

Extrait de presse du 7 février : « Dans la décomposition rapide du régime capitaliste, ils étalent toute leur ignominie. Ils sont tous dans les scandales de corruption, députés et sénateurs, magistrats et policiers, ministres et hauts dignitaires de l'Etat bourgeois. L'indignation des masses est puissante, irrésistible et hier les cliques fascistes qui se sont groupées au vu et au su des gouvernants ont pu entraîner une nombreuse petite bourgeoisie irritée. Le gouvernement "démocratique", sa Chambre "de gauche", ses socialistes dont la faillite lamentable a contribué à l'éclosion et au développement de ces groupes militaristes, sont les vrais responsables.» (L'Humanité du 7 février 34)

La goutte d'eau minuscule qui fit déborder le vase de la Corruption s'appelle Raynaldy, garde des Sceaux ! C'est la révélation d'un énième scandale mettant en cause cette fois la Chancellerie qui donne le signal. Me Eugène Raynaldy démissionne le 27 janvier. Le cabinet Chautemps qui bénéficiait de connivences dans l'appareil judiciaire tombe aussi sec. Le beau-frère de Chautemps était procureur général et on savait qu'il avait freiné des quatre fers le procès Stavisky. On soupçonnait également Camille Chautemps des pires préméditations en conclusion du scandale.

Qui était ce Raynaldy ?
Eugène RaynaldyAvocat (1869-1938) né à Rodez, il sera élu député radical de l'Aveyron en 1918, réélu en 1924. Il devient ministre du commerce du gouvernement Herriot en 1924-25. Il entre au Sénat en 1930 et n'en sortira que les pieds devant. On ne connaît pas de traces de son passage aux affaires, mais est-ce sans doute de n'avoir pas bien cherché. Son passage au gouvernement Chautemps par contre sera bref (2 mois) mais décisif !

Edouard Daladier est appelé sur le champ à former le nouveau gouvernement. Le limogeage du préfet de police Chiappe pour complaisance à l’égard des ligues est-il le détonnateur ? Les ligues nationalistes (Action française, Jeunesses Patriotes, Solidarité Française) mais aussi les Croix de Feu du lieutenant-colonel de La Rocque, l’Union nationale des Combattants et l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC) d’obédience communiste, appellent à manifester le 6 février contre la Chambre.

La manifestation – il n’y a ni défilé unique ni unité d’action – dégénère rapidement. Des affrontements sanglants opposent manifestants et forces de l’ordre. 15 morts et 1435 blessés ont été dénombrés. Les Croix de Feu, qui tiennent la rue de Bourgogne n’investissent pas, sur ordre de leur chef, le Palais Bourbon à l’intérieur duquel Daladier obtient la confiance. On trouvera le récit détaillé de la journée sur le site de l'Action Française en cliquant LA

Le 6 Février produira un choc considérable. Daladier à peine arrivé démissionne et laisse la place à l’ancien président de la République, Gaston Doumergue, qui forme un gouvernement d’Union nationale.

Un coup pour rien ! Maurice Pujo explique très bien cela. Cliquez ICI.

Epilogue : La capitale du Rouergue n'ayant pas eu beaucoup d'hommes politiques, la municipalité dédiera la place de Rodez la plus haute en altitude, à Eugène Raynaldy. Après tout il a participé à l'Histoire à sa façon.

jeudi 1 février 2007

Changing the Guard

blason anglais
En ces temps de campagne présidentielle si l'on réclame le roi, on suscite outre la surprise deux réactions. Soit "votre" roi ressemble aux rois démocratiques du Nord ou d'Espagne, et ça coûte cher pour inaugurer les chrysanthèmes, soit il a des pouvoirs réels comme le président actuel de la République, et alors la dérive monarchique de notre régime va aboutir à la tyrannie dès lors qu'il n'est plus réglé par l'élection.
On mesure la parfaite méconnaissance des monarchies scandinaves et anglaise, laissons de côté la maison d'Espagne qui a recouvré le pouvoir dans des circonstances spéciales.

Les rois du Nord sont plus "puissants" que ne l'imaginent les Français. En cause chez nous le substrat national de violence, qui en temps de guerre s'épanouissait dans la furia francese, et qui conduit à déconsidérer ici tout pouvoir qui ne s'appuie pas sur la force. C'est le réflexe stalinien du "pape sans divisions". Quel est donc ce Chef qui ne peut à sa guise me mettre en prison, faire charger ses cohortes sur mes remontrances bruyantes, espionner ma vie dans ses moindres recoins, et me guider par la loi dans mes opinions ? Moins que rien ! se dit le veau national. D'où l'expression passée dans le langage courant, "avoir autant de pouvoir que la reine d'Angleterre". Et bien commençons par là !

Sans faire un cours constitutionnel sur la monarchie britannique, rappelons que le souverain anglais occupe trois fonctions. Il est le chef de l'Etat britannique et à ce titre préside le Commonwealth ; il est le chef de la nation anglaise ; il est le gouverneur de l'église anglicane.

Le souverain chef d'Etat assume une fonction constitutionnelle en légitimant la politique générale du gouvernement choisi par les Communes. C'est le discours du Trône qui ouvre les sessions parlementaires convoquées par le roi.
Le souverain assume aussi une fonction de représentation. S'il visite assez fréquemment les pays étrangers où il dispense des conseils de bonne gouvernance, le chef d'Etat reçoit les missions diplomatiques, les lettres de créances des ambassadeurs, et les délégations étrangères dans son palais. On peut comprendre qu'on n'y parle pas que de gastronomie. Surtout en Angleterre.

La fonction de chef d'Etat la plus discrète n'est pas la moins importante. Il reçoit chaque semaine le premier ministre en tête-à-tête politique pour échanger leurs idées ; le souverain y exerce ses droits : "the right to be consulted, the right to encourage, the right to warn". Cet "exécutif informel" est complètement illisible par les Français qui manquent d'accoutumance au débat d'idées qu'ils transforment en rixe verbale.
On peut déjà dire que la fonction de chef d'Etat britannique n'est pas neutre.

La seconde charge assumée, chef de la Nation, est de loin la plus importante. Comme elle ne s'inscrit pas dans les minutes d'une constitution sauf pour la justice où il est considéré comme la "source primaire" du Droit, nous ne la voyons pas.

Le souverain est le point de convergence de l'identité nationale. Quel que soit le document de nationalité que vous ayez en poche, votre acceptation à Buckingham ou votre bannissement donne ou retire votre "anglicité". Le patron de Harrod's en sait quelque chose.
Le souverain incarne aussi par l'unité de sa personne, l'unité de la Nation, et justement parce qu'il est délivré du gouvernement quotidien du pays, il surmonte les divisions politiques et les fractures sociales.
Il incarne enfin par sa propre attitude la fierté britannique.

Elisabeth 2Selon son tempérament, il ajoute au sentiment de continuité de l'Etat la diffusion d'une considération certaine pour le service public qui agit en son nom, On Her Majesty's Service, et pour les forces armées dont il reste le chef.
C'est enfin le souverain qui distribue honneurs et récompenses civiles et militaires. L'effet est sans doute plus fort d'être distingué par le chef de la Nation que par un politicien de rencontre sous le regard mort d'une mariane en plâtre exhibant de gros seins !

Le système de gouvernement monarchique tire sa force de ce qu'il sépare les devoirs officiels du chef d'Etat de la vie tumultueuse des partis politiques. La stabilité institutionnelle est assurée par la pérennité incarnée dans son roi (ou reine) qui préside au carrousel des cabinets démocratiques.

Le journaliste Bagehot écrivait au XIX siècle : "The nation is divided into parties, but the crown is of no party. Its apparent separation from business is that which removes it both from enmities and from desecration, which preserves its mystery, which enables it to combine the affection of conflicting parties ". Les deux étages sont bien distincts et il est assez étonnant de constater que la charpente féodale que nous évoquions dans ce blogue l'an dernier, a survécu en Grande Bretagne au milieu d'un foisonnement de libertés civiles gérées démocratiquement. Ce sont ces libertés que notre République, obsédée par sa survie, ne peut pas produire.

S'ajoute à ces fonctions officielles de la couronne, des charges de bienfaisance qui sont universellement appréciées. Toute la famille royale est mise à contribution dans ce domaine. Observant le rôle de la famille royale, Bagehot avait bien perçu l'intérêt de la pipolisation en disant : "A family on the throne is an interesting idea also. It brings down the pride of sovereignty to the level of petty life."

Pour enfoncer le clou, nous rappellerons que le budget public de la maison de Windsor est bien moins onéreux que celui de la présidence française. Si l'on y ajoute l'orgie financière des campagnes quinquennales, il n'y a pas photo.

Un mot sur ces rois du Nord. La monarchie anglaise a été le modèle sur lequel ont évolué les monarchies hollandaise et scandinaves. Les principes exposés ci-dessus s'appliquent donc. Et moins qu'en Grande Bretagne encore le régime monarchique n'y est discuté. Disons mieux, il y est énergiquement défendu dès qu'il est contesté par un étranger. Attention à la raclée si vous débinez la famille royale locale en fin de soirée au pub.

Saurions-nous revenir en France à un régime naturel avec cette part d'affectif derrière laquelle le peuple court ? Le socialiste Guy Mollet en avait caressé l'idée, paraît-il !


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