samedi 14 avril 2018

Ça phosphore dur au Kremlin !

Destroyer USS Porter en action

Cent missiles ont frappé cette nuit la filière de production de précurseurs* chimiques syriens. L'attaque a duré une heure et n'a (ou n'aurait) pas impacté de populations civiles selon les gouvernements alliés. Cette riposte promise par les Etats-Unis et la France au bombardement de Douma (Ghouta orientale) à la chlorine, a finalement été livrée dans la zone tenue par les forces du président Assad, sans engager les troupes amies provenant du Hezbollah, d'Iran et de Russie. La DCA syrienne aurait abattu un nombre indéterminé de missiles, peut-être aucun.

* En chimie, un précurseur est un composé participant à une réaction qui produit un ou plusieurs autres composés (wiki). Les engrais font de bons précurseurs, comme chez AZF à Toulouse en 2001.

A compter de ce matin, le théâtre de la Réprobation a levé son rideau et ces messieurs représentant la Russie à l'ONU de dénoncer l'insulte faite au Csar, celui qui avait garanti l'exportation après séquestre de toute la production chimique syrienne. Les mêmes ont torpillé auparavant une commission d'enquête de l'ONU sur l'origine des tirs, en même temps que l'OIAC (Organisation pour l'Interdiction des Armes Chimiques de La Haye) partait en Syrie analyser le produit et ses composants pour permettre à l'ONU de remonter aux fabricants primaires. En coupant l'herbe sous les pieds de l'ONU, la Russie pensait protéger qui ?

Cette pitrerie russe a joué en faveur de la riposte puisque les Français par leur propre renseignement et les Américains par d'autres voies avaient déjà établi avec quasi-certitude l'origine, n'attendant qu'un nihil obstat de la communauté internationale. Dans son ensemble, celle-ci approuve explicitement (comme la Turquie) ou consent sans mots dire. L'Allemagne dont l'industrie chimique a pourvu toutes les dictatures arabes des bases élémentaires, apporte son soutien verbal sans participation comme d'habitude, à la demande des concessionnaires Mercedes au Moyen-Orient. Le reste du monde ne compte pas en cette affaire, pas même la Russie qui est maintenant enferrée plus profondément en Syrie que ne l'était l'Union soviétique en Afghanistan.
Pour ce qui concerne les deux autres amis de Bachar el-Assad, on a bien compris qu'ils étaient laissés au traitement exclusif d'Israel qui a obtenu la libre pratique sur toute sa zone d'intérêts. L'Iran et le Hezbollah, malgré leurs rodomontades, commencent à être dissociés de la solution finale qui viendra bien un jour, par les effets d'un combat d'usure mené par Tsahal pour anéantir leur établissement en Syrie. L'Etat juif n'a pas le choix, son éradication étant toujours au programme de la République islamique d'Iran et de sa milice libanaise du Hezb.

La grande affaire ce matin est dans la nature des représailles russes. La paire de claques à Bachar el-Assad est aussi une gifle à Vladimir Poutine, mais l'état-major a déjà précisé que le corps expéditionnaire russe n'avait été ni prévenu, ni visé, ni touché et n'avait donc déclenché aucune contre-mesure à l'attaque aérienne des alliés occidentaux. Ceci tranche avec la rhétorique guerrière de l'ambassadeur russe à Washington et du porte-parole de Lavrov à Moscou. Mais c'est Poutine et nul autre qui doit décider du risque à prendre. On sait qu'il est plutôt prudent quand ça chauffe. A preuve, il va au Conseil de Sécurité**.
Il n'a pas réagi quand les F-16 turcs ont descendu un Soukhoï-24 au-dessus des troupes turques en 2015 ni même quand de faux mercenaires russes (Groupe Wagner) ont été tués par les avions de la Coalition. On notera que depuis le déploiement d'une brigade OTAN équipée de neuf dans les Pays baltes, le bruit a sérieusement diminué parmi les minorités russes qui comptaient sur une opération à l'ukrainienne pour se rétablir dans la situation de pouvoir antérieure à l'effondrement de l'URSS.

** PS : Le Conseil de Sécurité réuni à 11h de New-York aujourd'hui a rejeté la résolution russe condamnant les alliés occidentaux. Seules la Chine et la Bolivie ont suivi.


Sauf guerre atomique, impensable pour les beaux yeux de Bachar el-Assad, la Russie d'aujourd'hui ne peut mettre en ligne dans la durée des forces conventionnelles menaçant sérieusement l'OTAN. Reste donc à trouver à Moscou les bons éléments de langage pour sortir de l'engrenage des déclarations stériles. Ces éléments vont surprendre les idiots utiles français qui se répandent sur les plateaux pour annoncer la fin du monde. C'est plus compliqué qu'ils ne pourront jamais le comprendre.



Frégate française multi-mission Languedoc

jeudi 12 avril 2018

Quel jeu du pape en Chine ?

La diplomatie du Vatican fut toujours réputée pour la qualité du renseignement collecté, jusqu'à aujourd'hui. Quelle mouche a piqué le pape François pour lui faire croire qu'il pourrait négocier avec le ministère des cultes de Pékin (SARA) une normalisation de l'église clandestine chinoise ? Jamais le pouvoir chinois n'admettra l'allégeance d'une partie de sa population à Rome, le Saint-Siège étant considéré comme une puissance étrangère. à tous points de vue.

La reprise en main idéologique de la société de consommation chinoise par le président, à vie désormais, coupe à angle droit les vapeurs de libéralisation soufflée par les émissaires pontificaux qui échangeraient une communisation du rite romain contre la libre pratique surveillée de ses prêtres et évêques œuvrant aujourd'hui dans la discrétion (parce qu'on ne peut parler de "clandestinité" en Chine).

Peut-être le pape argentin s'inspire-t-il du concordat napoléonien en faisant prier les fidèles du dimanche pour le président Xi et le Parti ? Les positions qu'il a prises publiquement dans d'autres domaines, comme les migrations, laissent penser qu'il ne doute de rien dans une démarche caritative d'une niaiserie rare. Comment peut-il imaginer que le Parti communiste chinois soit disposé à entendre ses arguments de justice, paix et charité alors que ces valeurs sont justement remises sur étagère dans la configuration de reconquête des esprits et des territoires ?


Cathédrale de l'Immaculée-Conception à Pékin

Si on apprend aujourd'hui aux écoliers que le céleste empire fut ruiné par les derniers empereurs mandchous, on leur dit aussi que les missions chrétiennes furent imposées aux Chinois en même temps que l'opium à l'époque des traités inégaux. Par endroit, les communautés chrétiennes sont maintenant harcelées pour leur foi en Jésus "qui n'existe pas" et qui ne les sauvera ni de la maladie ni de la pauvreté, alors que le grand Président Xi en est, lui, capable. On assiste à un retour du maoïsme qui ne supportera pas une idéologie concurrente en dépit des articles de la Constitution qui encadrent la liberté de culte. Voir pour s'en convaincre l'éradication complète des Falun Gong et surtout les méthodes employées, décalquées de celles retenues pour la Révolution culturelle de 1966.

Les catholiques chinois, tant de l'église patriotique que de l'église cachée, n'ont qu'un désir, celui de pouvoir prier ensemble le dimanche, recevoir les sacrements et marquer les fêtes importantes du calendrier chrétien. Etant en demande de spiritualité, peu leur chaut finalement que la hiérarchie soit inféodée à Pékin ou à Rome. La démarche du pape s'apparente plus à une poussée d'orgueil qu'à un geste de compassion envers des communautés fragilisées qui savent, elles, ce qu'elles risquent.


Cathédrale Saint-François d'Assise de Xian


Le nonce apostolique réside à Taïpei. Le plus sûr dénouement des efforts vaticanesques sera une rupture des relations diplomatiques avec la République de Chine, le déplacement de la nonciature à Pékin, et le flicage général de toute la hiérarchie catholique révélée par l'éventuel accord. Mais sur le papier, le pape aura "sauvé" l'église clandestine chinoise et si ça foire, Sa Sainteté priera !

En attendant, relisons les circonstances-clés qui gouvernaient les hommes dans la Chine ancienne, elles sont bien éloignées des soucis romains, et pour une fois, je l'envoie en latin si jamais Royal-Artillerie était sur la liste de presse du dicastère de la communication :

Philosophi animus nihil erat cui non attenderet. Is quibus attendebat, gravissima erant tria : primum erat abstinentia ante sacrum, quia est id quo homo cum spiritualibus intelligentiis conversari se parat ; secundum erat bellum, quia est id multorum mors aut vita, regni salus aut deletio a quo pendet ; tertium erat morbus, quia est id corporum nostrorum mors aut vita a quo pendet. (Confucius)


Pélé à Cross Hill dans le Shaanxi


PS : C'est un article de Cyrille Pluyette dans le Figaro du samedi 31 mars qui a mis la puce à l'oreille du Piéton.
Envoyé spécial à Luojiang, il a titré : « Dans le Fujian, les fidèles de Rome se cachent pour prier ».

mardi 10 avril 2018

Des singes et des rois

Une anecdote montée en graines de haine sur le parvis de la cathédrale de Palma de Majorque au sortir de la messe de Pâques m'a rappelé la réflexion d'un conférencier de la Restauration nationale dont j'ai perdu le nom, qui soutenait que les monarques constitutionnels d'aujourd'hui n'ont d'autorité que celle concédée par l'opinion. D'où la mise en scène soignée de leur vie publique et les précautions morales de leur vie privée, quoique il y ait des pertes en ligne à cet égard. Le job est plus difficile aujourd'hui que sous Louis XV...

La famille royale presque au complet (il manquait les infantes de la première génération) assista à la messe pontificale de la résurrection aux îles Baléares. Un peu d'énervement entre la belle-mère et sa bru pour un cliché imprévu a déclenché les hostilités sur les réseaux sociaux espagnols et jusque sur le site français Noblesse & Royautés de Régine Salens (clic). Depuis lors, image oblige, les choses se sont calmées puisque la famille tout sourire est allée avant-hier dimanche réconforter Juan-Carlos à l'hôpital Moraleja pour le remplacement de sa rotule droite.

Sans entrer dans le débat des classes sociales, se pose la question des abdications. Tout simplement. De mémoire, ce sont les souverains néerlandais qui ont inauguré la mise à la retraite d'un monarque vieux au bénéfice d'un jeune successeur, disposant de la santé et d'une meilleure télégénie... C'est peu dire l'embourgeoisement de la fonction qui dévoile surtout que le poste et le business y attaché relèvent plus du management à la Jacques Séguéla que de la transcendance, même si dans les deux cas la Rolex est règlementaire.

Il faut maintenant se mettre à la place des titulaires : plaire ou mourir est l'affaire de tous les instants dès que l'on sort des appartements privés. Autant dire que régner aujourd'hui est sans doute sur terre le dernier job à plein temps de douze ou quatorze heures par jour... sur 365 jours. Une lutte quotidienne contre l'humeur, les humeurs, la méforme, peines et joies contenues sans jamais parler du chagrin. Il faut être chaque jour impeccable, les souverains sont guettés, épiés, vilipendés, applaudis par une foule hystérisée qui a compris son pouvoir. On peut comprendre que les réglages de leur vie familiale soient très fins et que la mise en musique des relations publiques doivent s'apprendre tôt dans une famille royale.

C'est le handicap de Letizia Ortiz, reine consort d'Espagne, d'extraction modeste mais intelligente et courageuse (Wikipedia), à qui le peuple espagnol reproche plus qu'elle n'en doit ! Et ce désamour entretient la guerre à la roture jusque dans notre République. Nous citons ci-dessous l'ire de Charles, thuriféraire quotidien du "dauphin" d'Orléans, dans un commentaire donné chez Régine Salens à propos de l'incident de Palma de Majorque :

Cette épisode navrant à l’intérieur même d’une église le jour de Pâques montre le vrai visage de Letizia, une femme autoritaire, arrogante et pas sympathique pour un sou.
Les gestes déplacés de la bimbo bombardée Reine d’Espagne envers la véritable Souveraine, celle qui incarne toujours la monarchie éternelle aux yeux des Espagnols, sont minables.
Je plains de toute mon cœur l’actuel Roi qui doit supporter au quotidien l’autoritarisme et les vilaines manières d’une épouse obsédée uniquement par sa personne et son image.
Letizia n’intéresse en Espagne que les fans de starlettes qui décortiquent à chacune de ses apparitions ses vêtements, ses chaussures, ses extensions et ses derniers délires chirurgicaux.
Ni les monarchistes ni les républicains n’ont de respect et d’affection pour cette femme auto-centrée sur elle alors que Sophie était respectée par le peuple.
Une monarchie où la Souveraine se comporte d’une si vilaine manière n’a plus lieu d’exister. En épousant Letizia, Felipe a fait une grave erreur, il le sait aujourd’hui mais le mal est fait. (Charles - 5 avril 2018 @ 8h42)

A lire ce texte, on comprend qu'un léger faux-pas (et encore !) va condamner la monarchie espagnole aux yeux des imbéciles, même si les Bourbons d'Espagne sont plus exposés que d'autres familles régnantes par l'histoire. Charles-Quint avait eu maille à partir avec les Espagnols qui le voyait comme un étranger et se soumirent avec beaucoup d'arrière-pensées. C'est depuis le triste règne de Carlos IV (1788-1808) qui prit sa position pour une rente, que les Bourbons d'Espagne rencontrèrent des difficultés similaires au sein de la nation espagnole. Ils proviennent du royaume centralisé de France et furent incités à répliquer le modèle d'origine quand c'était possible. Or, contrairement à la France, le royaume d'Espagne est une fusion de royaumes égaux dont les sujets restent fiers de leur diversité. León, Aragon, Castille, Navarre sont pairs et seules les nécessités les agrégèrent. Reste une zone méridionale apparentée à l'Afrique qui, n'ayant pas les antécédents du nord, finalement sera la plus espagnole de toutes, l'Andalousie. Pour résumer, la monarchie actuelle est fragile par construction, d'autant qu'elle a été donnée ou rendue (comme on veut) à l'Espagne par le dictateur Franco.

Si donc c'est si compliqué, la moindre des choses serait que le couple royal qui a abdiqué pour déficit du modèle moral convenu, laisse les jeunes s'organiser à leur manière et ne les encombre pas de leur participation, et caprices parfois. On ne reste pas sur scène quand la pièce est finie, surtout quand on ne peut pas applaudir le metteur en scène ni chanter Cara al Sol ! Quoique à défaut, El Novio de la Muerte fasse l'affaire. Pause :



Malaga 2016


La vraie question est de savoir si la fonction est entamée par le marketing. Les monarques constitutionnels incarnent la nationalité, conseillent le gouvernement, arbitrent les crises politiques et pour certains, promulguent les lois. L'effet d'un scandale (il n'y a pas eu de scandale à Palma de Majorque) se mesure à l'aune de l'indulgence dont bénéficie naturellement le titulaire. On a bien vu lors de l'accident mortel de Diana Spencer que le capital de sympathie des Anglais pour la reine Elizabeth II avait fondu parce qu'elle n'avait pas pris en compte l'émotion populaire en laissant flotter haut les couleurs britanniques sur ses palais. Elle dut rapidement amener l'oriflamme et organiser des obsèques royales comme si l'ex-princesse était toujours sur le payroll de la Firme.
En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, elle était devenue une reine hypocrite sans cœur, préservant les égarements extra-conjugaux du prince de Galles condamnés déjà par l'opinion, à un point tel qu'aujourd'hui encore il y a consensus au Royaume-Uni pour passer le sceptre à son petit-fils William au prétexte que Charles sera trop âgé à la mort de la reine, et que sa nouvelle épouse ne convient pas, ayant été la maîtresse du prince marié et co-responsable du désastre Diana Spencer. En fait, ses sujets reprochent à la Reine d'avoir provoqué par son indulgence filiale les frasques amoureuses de Diana qui, dans une famille de riches rastacouères qu'elle n'aurait jamais dû fréquenter, l'ont conduite à la tragédie du tunnel de l'Alma.
En Espagne, l'accident de chasse à l'éléphant du roi Juan-Carlos, ajouté à son vagabondage extra-conjugal (le roi aux 5000 maîtresses, a-t-on écrit), l'ont conduit à l'abdication par retournement de l'opinion. En Suède, Charles XVI Gustave fut un moment en difficulté à cause de sa vie de playboy - il accéda à vingt-sept ans ; il s'est rangé des voitures ensuite mais ses pouvoirs ont été diminués entretemps au Riksdag par manque de sérieux du titulaire !



Quand on milite pour le retour du roi en France, ce n'est pas pour installer le meilleur management possible de l'image royale sur papier glacé. Militer est une démarche rationnelle, construite patiemment, qui promeut les avantages explicites d'un autre régime politique. L'affect populaire qui sous-tend la conversation permanente du monarque et de ses sujets est souvent négligé à ce stade, même si le charisme du champion est mis en avant entre deux démonstrations définitives. Et pourtant c'est un élément essentiel de la restauration du roi parce que la conversion du pays ne pourra éviter le plébiscite, avant ou après. Le fameux sacre de Reims ne pourra se faire sans lui, et même à regret, le roi devra avoir la gueule de l'emploi.

Si nous laissons vieillir tranquillement notre "prince de Galles à nous" au milieu des aquarelles et des ordres de chevalerie recréés, observons que les jeunes prétendants en lice soignent leur image familiale jusqu'à parfois se mettre eux-mêmes en scène, comme le font à Dreux les Vendôme. A cet égard, Anjou est plus économe de relations publiques et protège de près ses trois enfants. Comme la reine Letizia le fait avec ses deux filles !

C‎eci nous éloigne un peu de la lieutenance du Christ sur terre et ses écrouelles, mais sauf désintégration du noyau atomique, c'est un monarque constitutionnel du modèle boréal qui risque un jour de régner en France. Certains en seront dépités, d'autres penseront que c'est un bon début, plus nombreux seront ceux à y voir un achèvement. Alors attention, messires, au déficit d'image et gardez-vous de vos amis !



L'ainat et ses enfants à l'école

lundi 9 avril 2018

La ZAD des chats et des souris

Juste une photo pour illustrer l'évacuation de la "zone à défendre" de Notre-Dame-des-Landes aujourd'hui par la gendarmerie mobile. Pour en savoir plus, il faut se reporter aux commentaires autorisés puisque force restera à la loi comme l'ont dit le premier ministre et son ministre de l'Intérieur. Bien de mes concitoyens aimeraient que l'on mette autant d'énergie à lever les entraves au travail décidées par les syndicats du secteur monopolistique pour la défense d'intérêts catégoriels et privilèges de la soviétisation du pays survenue après la Libération. On peut rêver !




jeudi 5 avril 2018

Où l'on reparle des chemins de fer


Les dernière mises au point du premier ministre Philippe sur la réorganisation de la Société nationale des chemins de fer français signale un certain entêtement à faire porter l'effort sur la partie au détriment du tout. A résumer le projet de diktat, le rail français sera ouvert à la concurrence (il l'est déjà) ; le statut à vapeur cesse pour toute embauche ; la société restera dans le domaine du capitalisme d'Etat ; la nationalisation de la dette sera conditionnée par la refonte de l'organisation actuelle qui la crée. C'est clair et libéral, européen en diable, mais notoirement insuffisant, et c'est l'objet de ce billet.

Nul ne voit le plan d'ensemble des transports en France, plaque-tournante de l'Europe occidentale. A la décharge de ce gouvernement, avouons qu'un Etat impécunieux, endetté jusqu'au cou et soviétisé depuis soixante-dix ans, aurait bien du mal à financer un plan de transports puisqu'il faut semer un peu avant de récolter. Le domaine ressortit à l'écologie et je m'étonnes que le parti Europe-Ecologie-Les Verts n'en ait pas fait un cheval de bataille plus fougueux que la transition énergétique qui, elle, finira par dévoiler la supercherie des éoliennes et des voitures électriques pour serrer sur les conséquences de choix idéologiques mal étudiés. Faisons une pause avec une vidéo de rentabilisation du rail :


Il n'y a que quatre vecteurs de transports, un peu comme les quatre éléments de la cosmogonie chinoise : l'air, l'eau, la route et le rail. Jusqu'ici le libéralisme ambiant a laissé faire les intérêts catégoriels croyant, ce faisant, sacrifier aux rites de l'Ecole autrichienne, alors que les vecteurs n'appartiennent pas aux acteurs de transports. Les compagnies de chemins de fer en faillite ont été nationalisées en 1937 et dix mille kilomètres de voies promis au déferrage : le rail dès lors devint bien national. L'air, n'en parlons pas, les canaux et les ports furent tous construits sur crédits publics et administrés par les services de l'Etat depuis toujours, même avec des délégations d'exploitations aux chambres de commerce et d'industrie qui sous-traitent derrière à des sociétés de compétences. Quant à la route...

Créées par l'empire romain, continuées par les rois qui les bordèrent de platanes en prévision des motocyclistes du futur, redressées par les Ponts & Chaussées que le monde nous enviait, puis doublées d'autoroutes sur fonds publics ou emprunts d'Etat, elles sont, quelque soit le régime de concession, nationales ! A part, vos ancêtres, aïeux, parents, vous et moi dans la plus complète indifférenciation, elles n'appartiennent à aucun groupe privé.
Tous ce domaine étant public, construit et payé sur fonds publics, il n'y a aucune raison que leur utilisation n'en soit réglée par la puissance publique, libre ensuite à chaque acteur à mieux s'en servir que son concurrent. Ca c'est le vrai libéralisme : sois meilleur !

En résumé, l'utilisation des réseaux de transports ne peut être anarchique comme aujourd'hui, les dommages créés par l'usager étant laissés au tiers propriétaire, nous tous. Nous n'allons pas dérouler ici le programme des transports en France pour les trente années à venir, chacun à sa place, mais j'ai le souvenir d'une conférence d'Alfred Sauvy à Toulouse dans les années 60 où il était question d'organiser déjà le grand bordel du déplacement des gens et des biens.

Quelques pistes quand même pour nourrir les dîners en ville :
*ferroutage obligatoire par la loi au-delà d'une certaine distance de camionnage
*barreaux de transport entre métropoles densifiés et multimodaux
*mise au gabarit international des canaux et création systématique de lignes maritimes de cabotage
*juste-à-temps à combattre (mais comment, c'est un prochain débat)
Et surtout, il faut tout lancer en même temps et ne pas échelonner le programme d'un vecteur après l'autre. Un peu de fermeté sur le blocage éventuel des axes sera également nécessaire, ou du bon usage des bulldozers pour dégager les autoroutes.

Au lieu de quoi le gouvernement de Monsieur Macron s'enferre dans une "politique d'autocars" (autre idée du petit jeu) en pointant du doigt la gestion catastrophique de la SNCF dont le patron ahuri se maintient à poste malgré tout, alors qu'il faut tout prendre en compte. Si l'homme nait bon comme le croyait Rousseau, on peut présumer que les chefs syndicaux d'un QI supérieur à celui de l'ineffable Martinez entreraient de plein pied dans la réorganisation d'ensemble des transports en France parce que l'intérêt général serait prégnant à chaque réunion. Le débat technique pourrait durer deux ans. Et sans aller jusqu'à faire bloc avec l'exécutif, pouvoir et partenaires sociaux montreraient un front soudé à la Commission européenne qui dénoncera vite une napoléonisation des pratiques. Ceux bien sûr qui bloqueraient le débat au bénéfice d'intérêts catégoriels de l'ancien monde seraient livrés à la vindicte populaire comme connards attardés. La liste est prête.


Pour terminer, une carte d'intelligence des autoroutes de la mer :



lundi 2 avril 2018

Deux notes au lundi de Pâques

Pour que Rocket-Man sorte le train blindé et aille à Pékin, il fallait un besoin pressant de soulager les entraves mis par les Chinois à la nucléarisation de la péninsule coréenne. Il n'est pas besoin d'intercepter le trafic télégraphique mais simplement les statistiques disponibles, ce que le Financial Times s'est empressé de faire (c'est l'heure des pros !) aussitôt le tyran revenu sur ses bases :
Au premier bimestre 2018, la Chine n'a exporté que 350 tonnes d'essence en Corée du Nord, soit presque rien comparé au premier semestre 2017 où sont sorties de Chine 81316 tonnes d'essence.
Pour le charbon et l'acier, ce n'est pas meilleur : de décembre à février 2018 rien n'est sorti de Chine (zéro) alors que les exportations au premier semestre 2017 atteignait 51762 tonnes. Pour l'acier on parle de 514 tonnes seulement au premier bimestre 2018 contre 90660 tonnes au premier semestre 2017.

Certes il y a la contrebande. Mais la mise sous séquestre par l'ONU de bateaux nord-coréens, indépendamment du pavillon sous lequel ils naviguent, l'entrave sérieusement : 28 navires sont touchés et 21 compagnies de commerce maritime voient leurs comptes bloqués, et pas des moindres quand on relève dans la liste Huaxin Shipping, Shanghai Dongfeng Shipping et Weihai World Shipping Freight !
A noter également que le traitement de la question nord-coréenne relève de la stratégie d'Etat et qu'il n'en faut pas beaucoup pour charger les contrebandiers d'atteinte à la sûreté nationale, ce qui se traduit en clair par une balle dans la nuque sur la place du marché à 11 heures !

La Chine a sorti les longues queues de billard. Elle montre qu'elle règle à sa guise l'oxygénation du régime de Pyongyang et qu'il ne faut pas trop pousser sur les droits de douanes à l'importation aux Etats-Unis. On est dans le grand jeu. Trump est au pied du mur, sera-t-il de taille ? Quand il hésite sur le traité sud-coréen, ces messieurs de Pékin s'activent dans une juteuse coopération avec le petit tigre dont l'industrie hypertrophiée peut équilibrer les atermoiements de certains pays occidentaux qui cherchent à protéger leurs emplois.




Pâques

La grosse manifestation du désespoir des Gazaouis contre leurs conditions d'existence imposées par le blocus israélien en réponse à la résistance du Hamas s'est soldée par quinze, seize, dix-sept... morts et mille ou quinze cents blessés dans leurs rangs. Les pétochards en frontière protégée ont tiré à balles réelles parce qu'on leur jetait des pierres et des bouteilles d'essence. Il n'en faut pas beaucoup aujourd'hui pour que Tsahal chie au froc. Ce n'est pas cette armée de Marie-Louise fébriles qui gagnera une nouvelle guerre des six-jours. L'infanterie juive a tourné en armée d'occupation et c'est un poison dans lequel elle a perdu son âme parce qu'il est un ferment de haines recuites, réciproques, insolubles.
Les justifications brandies par le gouvernement de Netanyahou, comme quoi leurs soldats ont identifié des activistes palestiniens dans la foule, sont misérables. Ouvrir le feu contre des pierres, pendant le temps de la Pessa'h en plus, il fallait oser... mais c'est à ça qu'on les reconnaît.

Rien n'arrêtera plus la jeunesse palestinienne, surtout celle concentrée dans le camp clos de Gaza. C'est bien plus que leur légitimité que les Juifs israéliens vont perdre, mais le soutien moral du reste du monde. Ils s'en foutent, me dit-on dans l'oreillette. Alors, qu'ils n'attendent pas de pleurs de commisération de l'étranger si ça tourne mal. Il ne reste plus que l'Europe à endosser son soutien sur le souvenir de l'Holocauste, mais jusqu'à quand ? La réprobation de façade des années noires se lézarde, il n'y a plus d'écho européen aux revendications israéliennes sauf dans les communautés juives qui, ce faisant, se marginalisent. Aveugles à ce point, c'est sidérant.

Postscriptum du 6 avril 2018 :
Marche du Retour de ce vendredi à Gaza : 10000 protestataires, 1000 blessés, 7, 8, 9, 10 tués palestiniens (selon le New York Times).


jeudi 29 mars 2018

Brèves du jeudi

Dans la dispute anglo-européenne du Brexit le pragmatisme légendaire des Rosbifs est en défaut sur la question irlandaise. Une carte nous montre la frontière tourmentée qui sépare, aujourd'hui virtuellement, la République d'Irlande et la province anglaise d'Irlande du Nord.

Les populations irlandaises refusent une frontière classique en dur (hard border) qui entraverait le commerce insulaire et la circulation des gens. Cette abolition de la frontière physique est l'effet le plus notable de l'Accord du Vendredi Saint de 1998 (vingt ans demain). Ni le Royaume-uni ni la République d'Irlande ne participent à l'espace Schengen pour, entre autres, éviter la mise en place d'un contrôle des passages de voyageurs entre eux-deux. Pour que le Brexit effectif ne change rien, il faut que l'Irlande du Nord demeure dans le Marché commun et partage les règles de libre-échange édictées. C'est le souhait exprimé localement lors du référendum coupable en donnant une majorité de 56% au maintien dans l'UE.

A ceux qui dénoncent une frontière "européenne" au milieu du North Channel coupant l'Ulster de la Grande Bretagne, on ne peut que répondre que les situations particulières tant économiques que fiscales existent déjà à l'Île de Man en Mer d'Irlande justement, et dans les îles Anglo-normandes, sans parler de Gibraltar. Est-il si difficile de créer un statut économique et fiscal nord-irlandais préservant la souveraineté de la couronne anglaise ? Les opinions politiques sont si divisées au Royaume-Uni sur la conduite à tenir qu'on peut soupçonner une politisation du débat, très éloignée des réalités.


Autre cagade de la semaine, la Catalogne ! Inutile de raconter les péripéties grotesques au parlement de Barcelone, on est toujours en retard d'une nouvelle qui annulera les précédentes. Mais le Dalaï Lama Puigdemont s'est fait rattraper par la Feldgendarmerie du IV° Reich dont les grand-pères ont combattu dans la Légion Condor ! Il va finir dans les geôles fachistes de la Fiscalia espagnole comme Oçalan, le leader kurde embastillé sur l'île d'Imrali, le château d'If turc.

Il ne viendra à l'esprit d'aucun catalan de cesser cet opéra-bouffe d'une indépendance impossible et refusée par l'Union européenne qui en détient les clefs. Dans ce registre, les nationalistes corses montrent beaucoup plus de talent en avançant masqués derrière des procédures indolores, à notre avis insignifiantes mais électoralement lisibles et approuvées.


On en arrive à l'actualité tragique française. Notre billet de lundi dernier (Boxe !) a fait le tour de l'affaire de Trèbes. L'Etat par son président a eu les mots justes et tout a été bien fait. Il n'en va pas de même pour l'assassinat de Madame Knoll à Paris dont l'horreur a suscité une émotion légitime mais aussi des récupérations politiques indignes, contre le vœu de son fils Daniel qui a fustigé les participants à la Marche Blanche de mercredi en ces termes : « Je pense qu’aujourd’hui toute la France aurait dû être unie. Peu importe de quel parti on vient, je m’en fous... Je pense qu’il y a des gens bien partout, dans toutes les religions, tous les partis, toutes les couleurs de peau. Et il y a des abrutis, et chez nous aussi il y a des abrutis. Je le reconnais et je ne leur donne pas raison. Tout le monde aurait dû défiler dans le calme ».

Madame Knoll
En cause le CRIF, qui est de toutes les récupérations au bénéfice du sionisme israélien dont toute critique est amalgamée à de l'antisémitisme (n'est-ce pas monsieur Valls ?). Nul ne comprend que cette agence carrément étrangère puisse décider de bannir du cortège les représentants de millions de Français au motif si léger de l'extrémisme. Anathème ridicule !

En cette année d'autodafés virtuels (Maurras, Céline) où l'on purge la littérature de l'entre-deux guerres de textes antisémites, on se garde bien de montrer du doigt l'origine des assassinats anti-juifs de notre époque et de prendre les mesures de rétorsions qui s'imposent contre la mouvance antisémite d'importation qui revendique son islamité. Ilan Halimi, Sarah Halimi et Mireille Knoll mériteraient qu'on appelle chat un chat.

Les personnalités musulmanes en France sont économes de leurs condamnations et coupables de ne prendre aucune décision d'interdiction d'accès à leurs mosquées d'individus convaincus d'une haine inextinguible à l'endroit de la communauté juive (et des mécréants aussi). Mais à cause du conflit israélo-palestinien, il faut que soient bien séparés l'anti-sionisme et l'anti-sémitisme. En même temps qu'on met les imams devant leurs carences inexcusables, on doit mettre le CRIF à raison en dénonçant l'amalgame pervers qu'il promeut pour défendre ses patrons. Notons que l'Union des mosquées de France avait demandé à ses ouailles de participer à la Marche blanche.

Ce sera tout pour aujourd'hui.

mercredi 28 mars 2018

Une comédie burlesque interminable

Le renard et le chat de Pinocchio
L'expulsion massive de diplomates russes par la plupart des grandes démocraties occidentales signale au Kremlin, puisqu'il en est encore besoin, que les actions disruptives de ses services extérieurs sur la zone OCDE ont atteint les limites de la patience diplomatique.
La liste est longue des opérations étrangères de déstabilisation à la seule gloire du petit Csar, la Russie n'en retirant aucun bénéfice, si elle n'est pas en train de décrocher sérieusement par suite des blocus et sanctions mis en place par l'Occident fatigué des mensonges qui ne cachent évidemment rien.

Le faisceau d'expulsions est assez bien réalisé. Tous les pays de l'Union européenne ne sont pas dans le coup, et même le pays hôte des institutions, la Belgique, n'a décidé qu'une expulsion de pure forme. La moitié seulement procède pour le moment. Certains pays au contact comme les pays baltes et la Finlande expulsent symboliquement un seul diplomate, annihilant une réponse musclée. La dispersion des réactions ne permet pas de globaliser les contre-mesures, il faut que Lavrov traite les 28 un par un ! Enorme travail en perspective auprès de gens qui n'en pensent pas moins et sont tous las des pitreries et dénis qui fleurent bon l'ancien temps.

Outre-atlantique, les Etats-Unis réduisent à néant les importants moyens russes du consulat de Seattle (Wa) et purgent la délégation onusienne ; le Canada, partenaire obligé des Russes sur l'Arctique, expulse aussi et refuse trois accréditations. Sur l'Arctique encore, la Norvège qui a une ZEE importante dans l'océan polaire et une frontière terrestre avec la Russie marque le coup, ainsi que le Danemark, autre partenaire incontournable par le Groenland et verrou de la Baltique. Tout ceci fait beaucoup sur la zone très sensible du pôle nord.

A remonter le temps, on voit que la décrédibilisation du triumvirat Poutine-Lavrov-Medvedev remonte à la déstabilisation de la Géorgie après que celle-ci ait envoyé des troupes en Irak combattre Saddam Hussein, se rangeant donc dans le Camp du bien. Appuyé sur les enclaves rebelles abkhaze et ossète,le Kremlin a mis le souk en Mer Noire orientale, comme il y est parvenu en Mer Noire occidentale avec la Transnistrie. Evidemment la poudre répandue n'attendait que l'allumette ! On la gratta en 2008 et tout était prêt dans le tunnel de Roki. Puis ce fut l'invasion de la Crimée par des troupes anonymes en véhicules désimmatriculés, et l'infiltration du Donbass ukrainien par des soldats russes partis en permission au soleil avec leur canons de campagne ! La Russie n'y est jamais pour rien et toute action est sanctionnée d'un référendum en sa faveur.

Pour faire bon poids, l'armée et la marine russes manœuvrent en permanence sur la Baltique orientale et en Mer blanche, obligeant les riverains à une surveillance de tous les instants dès fois qu'il prendrait aux Russes l'idée de découdre leurs écussons dans la nuit. La chasse russe vole en permanence sans transpondeurs dans les couloirs internationaux, obligeant les pays riverains à monter voir. Les bombardiers stratégiques russes descendent sur l'Atlantique-Est au large des côtes de Norvège, Ecosse, Irlande, Bretagne, Galice et Portugal pour tester régulièrement les réactions des chasses OTAN*. Personne ne comprend le but de tout ce bruit, sauf à imaginer une sorte d'enfantillage à usage personnel. L'argent public serait mieux placé dans l'industrialisation d'un immense pays, riche en ressources minières, qui est obligé d'importer la plupart des biens manufacturés de consommation courante.
(*) Le Secrétaire général vient d'expulser sept membres de la mission permanente russe auprès de l'Alliance atlantique en Belgique et refuse trois nouvelles accréditations. Il en reste tout de même vingt à poste.

Le bombardier Tu-160 teste l'OTAN régulièrement

Passons sur l'expédition de Syrie après quand même avoir signalé que la tactique russe n'a pas changé depuis Grosny. Dans son livre de conversations avec Poutine, Oliver Stone fait répéter deux fois le nombre de frappes aériennes de l'aviation russe en zone rebelle : entre 70 et 120 par jour, sept jours sur sept (cote 123), ce qui est ingérable en actions ciblées mais possible en tapis de bombes aveugle comme en Tchétchénie. Ajouté aux barils de poudre de l'aviation alaouite, les civils syriens n'ont qu'à bien se tenir. Au résultat, les zones rebelles ont été les plus visées, les zones du "califat" beaucoup moins, n'en déplaise aux poutinolâtres.

S'ajoute à cela l'immixtion dans les élections démocratiques aux Etats-Unis et sans doute ailleurs (Macron l'a reproché publiquement à Poutine lors de sa visite au château de Versailles), en plus des tentatives répétées d'effraction dans les systèmes informatiques d'occident, même s'ils ne sont pas les seuls dans ce dernier cas. Déstabilisation globale de toute la sphère d'influence russe, espionnage à tous les étages, il faut être bien prétentieux pour croire que ces comportements puissent durer longtemps ! La riposte diplomatique occidentale est aussi une humiliation puisque le Kremlin ne peut dépasser une réciprocité de façade, car de l'Occident et de la City de Londres la Russie a bien besoin, qui savent faire la part entre le pouvoir central et les peuples de la Fédération.

Le pouvoir russe, embaumé à la méthode Coué, va un jour se réveiller surpris de constater que le monde ne l'attend pas et ne montre aucune frayeur au défilé des missiles de la revanche. La guerre économique, la vraie, se joue ailleurs que dans le complexe militaro-industriel.
Or la Russie ne fabrique rien par elle-même sauf des armes ; le reste, elle le fait faire sur son sol plus qu'elle ne le fait ou l'importe et son indépendance en souffre. Il n'existe aucun produit russe dans les supermarchés d'Europe occidentale ; elle ne vend rien de notable sauf des hydrocarbures, des métaux, du charbon et du poisson. Mais comme ses exportations sont valorisées par les bourses étrangères de matières et denrées et qu'elle compte sur elles pour nourrir sa population, elle est otage des cours mondiaux comme un pays d'Afrique et donc de sa propre facturation, plus qu'elle n'est en position de menacer ses clients. Malgré les sanctions, son premier partenaire commercial est encore l'Europe même si la Chine monte en gamme. Si le pipe vers l'Ouest se tarissait, ce ne sont pas les pays d'Asie centrale, la Chine, l'Iran (ou le Venezuela) qui prendraient la suite, ils sont déjà pourvus.

Le Kremlin n'a de réel pouvoir que de nuisance, et c'est cela que l'Occident lui renvoie publiquement à la figure aujourd'hui dans ce vaste mouvement de ras-le-bol, sans crainte de représailles coûteuses ! La communication occidentale commence à dissocier ostensiblement le pouvoir politique de la société civile, c'est un mauvais présage qui ne peut qu'inquiéter les kagébistes d'autant que des intérêts économiques puissants sont en jeu en Russie même, intérêts que le Kremlin contrarie. On a déjà vu ailleurs des dictateurs balayés par l'oligarchie, l'argent achète tout, même la Tcheka. Aussi le Kremlin va-t-il faire monter les œufs en neige dans l'opinion russe pour faire applaudir sa partition théâtrale d'une résistance à l'encerclement fasciste comme en 41. Mais il y aura bien quelques citoyens soupçonneux pour se demander à quel motif le monde entier ou presque leur en veut tellement, alors que chaque voyage à l'étranger leur prouve le contraire ! Les civils russes sont bien accueillis partout ; les oligarques aussi.




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