dimanche 13 juillet 2008

Quatorze Juillet

médaillon du roi constitutionnel Louis XVI
Ce soir aux bals des pompiers et demain, les Français commémoreront la Fête de la Fédération instituée Fête Nationale par la III° République en sa loi du 6 juillet 1880. Les parlementaires avaient hésité entre deux autres journées, le 30 juin et le 4 août, pour une nocturne sans doute. Les festivités qui avaient été rodées l'année précédente à Longchamp dans une sorte de Bastille Day avant l'heure, démarreront très fort le 14 juillet 1880 ... pour chaque année ne jamais cesser depuis...

Sans retranscrire tous les débats à la Chambre sur le projet de loi, il est intéressant d'extraire le motif d'Henri Martin (de l'Institut), rapporteur au Sénat :

« [...] Cette journée-là (14.07.90), vous ne lui reprocherez pas d’avoir versé une goutte de sang, d’avoir jeté la division à un degré quelconque dans le pays, Elle a été la consécration de l’unité de la France. Oui, elle a consacré ce que l’ancienne royauté avait préparé.
sénateur Henri MartinL’ancienne royauté avait fait pour ainsi dire le corps de la France, et nous ne l’avons pas oublié ; la Révolution, ce jour-là, le 14 juillet 1790, a fait, je ne veux pas dire l’âme de la France, - personne que Dieu n’a fait l’âme de la France, - mais la Révolution a donné à la France conscience d’elle-même; elle a révélé elle-même l’âme de la France. Rappelez-vous donc que ce jour-là, le plus beau et le plus pur de notre histoire, que d’un bout à l’autre du pays, les Pyrénées aux Alpes et au Rhin, tous les Français se donnèrent la main. Rappelez-vous que, de toutes les parties du territoire national, arrivèrent à Paris des députations des gardes nationales et de l’armée qui venaient sanctionner l’œuvre de 89. Rappelez-vous ce qu’elles trouvaient dans ce Paris : tout un peuple, sans distinction d’âge ni de sexe, de rang ni de fortune, s’était associé de cœur, avait participé de ses mains aux prodigieux préparatifs de la fête de la Fédération ; Paris avait travaillé à ériger autour du Champ de Mars cet amphithéâtre vraiment sacré qui a été rasé par le Second empire. Nous ne pouvons plus aujourd’hui convier Paris et les départements sur ces talus du Champ de Mars où tant de milliers d’hommes se pressaient pour assister aux solennités&s nationales.
La fayetteNous trouverons moyen de remplacer le Champ de Mars. Un peuple trouve toujours moyen d’exprimer ce qu’il a dans le cœur et dans la pensée ! Oui, cette journée a été la plus belle de notre histoire. C’est alors qu’a été consacrée cette unité nationale qui ne consiste pas dans les rapports matériels des hommes, qui est bien loin d’être uniquement une question de territoire, de langue et d’habitudes, comme on l’a trop souvent prétendu. Cette question de nationalité, qui a soulevé tant de débats, elle est plus simple qu’on ne l’a faite.
Elle se résume dans la libre volonté humaine, dans le droit des peuples à disposer de leur propre sort, quelles que soient leur origine, leur langue ou leurs moeurs. Si des hommes associés de sentiments et d'idées veulent être frères, ils sont frères. Contre cette volonté, la violence ne peut rien, la fatalité ne peut rien, la volonté humaine y peut tout. Ce qu’une force fatale a fait, la libre volonté le défait. Je crois être plus religieux que personne en proclamant cette puissance et ce droit de la volonté humaine contre la prétendue force des choses qui n’est que la faiblesse des hommes.
Si quelques-uns d’entre vous ont des scrupules contre le premier 14 juillet, ils n’en ont certainement pas quant au second. [...] » (M. Henri Martin - 29 juin 80 au Sénat)


la Fédération par Thevenin
Y aller ou pas ?
Il serait ridicule pour quiconque de fêter la prise de la Bastille par des ivrognes, même si le sang de France est rougi de celui du ceps. Mais la Fête de la Fédération sacrait la monarchie constitutionnelle par la réconciliation ; et les Français de bonne foi pensaient en ce jour que la Révolution était à bon compte, finie. Nous savons que la tragédie n'était pas même jouée, et avec le recul confortable de l'observateur, éclairé de textes et d'analyses, nous jugeons sévèrement ce que d'aucuns prirent ensuite pour un carnaval géant. Les images crées pour l'occasion en attestent certes, mais ce fut la plus grande fête de la Nation, jamais organisée de mémoire de Français (cf. note en bas de page).

Deux cent dix-huit ans ont passé. On se souvient de Talleyrand, évêque athée d'Autun, disant l'une des messes entouré de 300 officiants, de l'attitude théâtrale de Lafayette venu sur son cheval blanc prêter serment à la Constitution au nom de la Garde Nationale de Paris, et du serment de Louis XVI, acclamé :
« Moi, roi des Français, je jure d'employer le pouvoir qui m'est délégué par la loi constitutionnelle de l'État, à maintenir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par moi et à faire exécuter les lois. »

Demain, 14 juillet 2008, un corps de troupe onusien défilera sur les Champs Elysées. En 1790, la délégation américaine était nombreuse, et défila, bannière déployée, sous les ovations des patriotes.

La journée se termina sous la pluie, mais la météo l'avait prévu :
bulletin météo d'époque


Note : La relation de cette journée historique par Diagnopsy est bien construite.


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vendredi 11 juillet 2008

Le marsupilami hongrois

le marsupilami de FraikinLa présidence française de l'Union européenne maximise le danger d'amateurisme que nous détectons depuis quelques mois et que voudrait masquer la vibration intense du pouvoir asservi aux lucarnes bleues. Que nous nous plantions sur la Libye, l'Irlande, la Colombie ou le Haut Karabagh, serait regrettable ; sur la Chine, serait grave ! C'est bien ce qui se dessine depuis la malheureuse affaire de la torche olympique à Paris.
On savait la République populaire de Chine très mobilisée sur les Jeux Olympiques et sur le symbole exotique que représentait à leurs yeux la flamme antique. Les choses ont été prises à la légère par le cabinet de Mme Alliot-Marie au faux prétexte que le corps expéditionnaire des Schtroumpfs chinois voulait s'occuper de tout. Vingt sous d'expérience aurait donné la fin du film en cas de problème sur le parcours : la faute serait renvoyée sur le pays hôte ! ...

Et le film a fait le tour de la Planète et de la Chine réunies, avec cette image médiatique de haute intensité, une athlète handicapée en décapotable, attaquée par un manifestant tibétain.
Mme Alliot-Marie n'a pas eu les mêmes réflexes que le CEMAT Cuche, ni aucun des hauts fonctionnaires qui l'entourent.

Suivra la cagade classique des ignorants, Poncelet-Raffarin vont à Pékin en bourgeois de Calais, rodomontades élyséennes exigeant des pourparlers entre Pékin et Dharamsala, ouverture du piège à loup reliant le voyage à Canossa au résultat des pourparlers, empêtrement dans les symboles et les intérêts vitaux par la confusion, prévisible quand même, des rôles de président d'une union mercantile et du pays des droits de l'homme tout à la fois. La totale !

Nos universités forment des spécialistes réputés. Certains intègrent des cabinets politiques pour y valoriser leur expertise au bénéfice du gouvernement. D'autres, les grands corps de l'Etat comme la diplomatie, les finances, la défense, etc.
A voir le peu de cas qui est fait par MM. Sarkozy et Kouchner des avis motivés qui leur sont donnés, on peut se demander légitimement si l'exercice actuel du pouvoir ne serait pas quelque super jeu vidéo grand format, où on se la pète !

Hu Jintao devant le front des troupes
L'Empire chinois est une structure étatique de quatre mille ans d'âge, fondée sur une cohésion ethnique, rare dans ses proportions énormes. Nous avons eu 40 rois, ils ont eu 400 empereurs et 24 dynasties au même endroit. Le petit Chinois qui revient de l'école vit de plein pied avec ce que nous appelons nous l'Aube de l'Antiquité (son premier empereur est Huang Di qui régna selon la légende à partir de -2697). Viendront ensuite les contes historiques, les romans de chevalerie, les romans fantastiques, le théâtre, la poésie, etc. qui se succèderont et se bousculeront jusqu'à nos jours ; et il n'est pas rare d'entendre un enfant réciter une poésie trimillénaire, bien qu'en langue d'aujourd'hui !
Des racines aussi lointaines et sures créent un sentiment, voire un complexe, de supériorité imparable, d'autant que la cosmogonie qui préside à l'expansion sur place de ce peuple immense est elle aussi profondément enracinée. S'il n'est qu'un seul peuple élu, il est aussi un autre peuple communiquant directement avec le Ciel ! Le peuple Han est le Sel de la Terre, et le dernier des miséreux là-bas le sait !

Ainsi doit-on comprendre que la supériorité technologique dont l'Occident était si fier jusqu'à dernièrement ne les a jamais impressionnés vraiment, au-delà des mystères de notre inventivité, parce que cet avantage, dans l'esprit de nos pères, définitif, n'est à leur yeux qu'un décalage chronologique des développements comparés, de leur côté une pause, et que les choses du Temps vont se remettre en Ordre, très naturellement ... pour peu que le Ciel rétribue le courage du Han infatigable.

Même le pouvoir communiste actuel participe de cette transcendance nationale et, parmi tous les grands pouvoirs de la Planète, il est un des rares à gouverner sur un vecteur temps long. Le Japon est aussi de ce club.
En face d'eux, se plante l'air narquois, quelque sorte de marsupilami en mouvement perpétuel (houba, houba,..) qui dicte son fait à chacun, distribue blâmes et décorations urbi & orbi, court les parlements du monde comme un artiste de variétés les estrades, dit tout sur tout, et n'a pas l'once de culture d'un enfant chinois de douze ans.

Sarkozy à Xian
Notre problème est que le déficit de substance est si évident que mêmes les Chinois, qui ne s'intéressent pas particulièrement à la France bien que celle-ci soit persuadée de hanter leurs rêves, ont fini par l'observer attentivement pour y chercher leur avantage. Ils le trouvent toujours, surtout d'un pays impécunieux à la ramasse, qui a besoin d'eux pour survivre !

La vraie diplomatie est de faire de longues choses avec peu de moyens, c'est un art. La France y eut quelques mérites dans le passé, le marsupilami hongrois n'est tout simplement pas au niveau requis par l'Histoire.



vergennes
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mardi 8 juillet 2008

La Villa Médicis, abbaye de Thélème ?

Depuis mars dernier quelques coups d’épée dans les eaux saumâtres de l’exception française ont suffit à troubler la torpeur culturée d’une de nos plus prestigieuses institution : L’Académie de France à Rome.
Sise depuis Napoléon à la Villa Médicis, l’Académie risquait de tomber sous le joug de Nicolas Sarkozy par l’annonce officieuse de la nomination de son ancien conseiller Georges-Marc Benamou qui, pour en rajouter, avait cru bon de fanfaronner qu’il comptait profiter de ce poste pour se consacrer « à ses activités d’écriture et de cinéma », confondant, selon le favori éconduit, Olivier Poivre d’Arvor, les situations de pensionnaire et de directeur de la prestigieuse Villa.
En guise de protestation, OPd’A écrivit donc une lettre ouverte et fort convenue au président Sarkozy, publiée le 18 mars sur le site littéraire du Nouvel Obs. S’en suivi un tollé artistico-médiatique comme seuls les français savent en pondre : nos (artistes) engagés ne voulant pas être en reste, diffusèrent, contre toute attente, une pétition qui fut signée par diverses « personnalités » (sic), précédant l’intervention du fameux Lysias « haut fonctionnaire soumis au droit de réserve » qui remit fin mars le débat en selle dans Le Figaro pour voir, enfin, les anciens directeurs de l’institution y aller chacun de leur insipide indignation.

Benamou, accusé de tous les maux, de toutes les trahisons, de surcroît conseiller élyséen, est officiellement déclaré ennemi public n°1. Devant ces chantages et pressions par médias interposés, une commission présidée par Hugues Gall fut créée ayant pour mission d’étudier les différentes candidatures au poste et éclairer le choix du prince. Prince qui aurait décidément préféré qu’on le laisse faire sa petite cuisine tout seul.

Résultat : G.-M. Benamou fut finalement lâché, sans parachute doré ; les plus téméraires osant même dire que la première dame, proche des « artistes », n’y serait pas pour rien ! OPd’A quant à lui, champion lésé mais beau joueur, ayant certainement payé sa lettre ouverte au président n’a pu que féliciter le grand vainqueur de cette sordide affaire, Frédéric Mitterrand.
Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de revenir outre mesure sur cet énième couac de Sarkozy, en espérant toutefois qu’un jour il finira par comprendre que la presse, sans cesse sur ses talons, ne laissera jamais passer aucun fumet s’échappant de sa petite tambouille présidentielle.

La polémique étant close, et comme à quelque chose, malheur est bon, il résulte de ces bassesses que l’on reparle de l’Académie de France à Rome, elle qui depuis la dernière nomination, ne faisait plus parler d’elle… Alors profitant de cette accalmie pour recentrer le débat, d’aucuns ont lâché à l’Assemblée, la question qui fâche : à quoi peut-elle bien servir ? Notez qu’il fallait être de « droite » pour en sortir une pareille …
Afin de quand même répondre à la question, quatre de nos députés messieurs François Rochebloin, Michel Vauzelle, Christian Kert et Pascal Clément sont donc partis en goguette les 15 et 16 mai dernier, se rendre compte, à Rome, de la situation.
Les réponses offusquées de cette incursion gouvernementale dans les plates-bandes de la culture n’ont guère été concluantes. Hormis le prestige, la beauté du lieu et sa situation privilégiée dans les hauteurs de Rome, les arguments en faveur de la Villa sont d’autant plus maigres qu’en 68, Malraux en a supprimé le Prix de Rome, raison d’être de ce lieu créée jadis pour gratifier nos artistes les plus méritants et prometteurs d’un séjour d’étude, sur le motif, dans la ville éternelle...

Sans qu’il ne soit question ici de dresser un procès d’intention, de toute évidence, car la Villa n’est pas l’unique responsable de tous ces maux dont elle souffre, toutefois elle n’aura rien fait pour briller seule… La culture doit être hissée, tirée par le haut et vers le haut, ne pouvant elle-même donner l’impulsion suffisante pour lui faire sortir la tête de l’eau. à part pâtissent de l’éloignement de Paris et sans doute sont-ils victimes aux yeux de notre république actuelle d’un prestige estimé trop « suranné ». Or les directeurs successifs de la villa n’ont pas cherché à réclamer l’attention qu’elle méritait, mais auraient au contraire continué leur petite vie sans n’avoir jamais de comptes à rendre, se bornant néanmoins à faire le travail. Concours de négligences, statu quo.
Dès lors, l’on éprouve une certaine appréhension à penser que si Nicolas Sarkozy n’avait pris l’initiative d’exiler son encombrant conseiller à Rome, la situation n’aurait guère changé pour la Villa... Par bonheur, les oies du capitole n’ont pas failli et nos artistes qui ont le loisir de veiller, ont eu toute latitude à criailler leur légitime indignation !


Au demeurant, il est curieux de noter que le soudain intérêt porté à l’auguste institution fait coïncider la vacance du poste de directeur avec la présidence de l’Europe par la France, serait-ce là une opportunité de rendre à l’Académie sa dignité ?

Loin de l’exigence de l’Ancien Régime où le voyage à Rome était inscrit au coeur d’un projet dans lequel s’entremêlaient les intérêts de l’artiste et du Roi ayant toujours pour filigrane le service de la France, notre République qui ne peut plus guère prétendre qu’à se servir elle-même, administre, faute de gouverner. Singeant le passé sans n’en avoir jamais effleuré l’âme, l’indolence sourd de cet insignifiant pastiche, et tôt ou tard, se fait ressentir. C’est pourquoi, incidemment, le rayonnement de la France s’il peut donc encore se réfléchir sur ces lieux jugés encore prestigieux par certains amateurs éclairés, ne peut que se flétrir à la lumière du jour, privé de sa quintessence, et ternissant inlassablement l’image de la France.

Le rapporteur de la « mission parlementaire » François Rochebloin explique de manière fort banale les problèmes nécrosant la Villa Médicis qui, en terme de chiffres représente à l’année : un budget total de 7.7 millions d’euros (dont 1.3 millions alloué à l’entretien), quarante personnes employées, pour 45 000 visiteurs à ses expositions, ce qui équivaut selon le même rapport à la fréquentation d’un musée de Province… Est-ce là le fruit du mariage de la France à Rome ?!
Les problèmes soulevés sont aussitôt dédramatisés par le rapporteur. L’heure est à l’apaisement, on édulcore le diagnostic faisant presque croire que l’Académie n’aurait pas plus de dix ans d’existence, et souffrirait donc d’une petite période de rodage nécessitant quelques mises aux points, péchés de jeunesse… Ainsi l’on caresse ses problèmes de fonctionnement, de suivi, de coopération, jusqu’à son rôle même qui est pourtant jugé problématique !

Afin de comparer avec cette séance de réconciliation à l’Assemblée Nationale, le Vice-président du Sénat dont les moquettes étouffent le moindre bruit, Adrien Gouteyron, a quant à lui dressé à la page des Débats du Monde, un portrait bien peu reluisant de la Villa Médicis. Sans partager ses conclusions, sur lesquelles nous reviendrons, le sénateur à l’avantage d’étayer son argumentaire de deux citations pour les moins explicites, permettant de voir sous une perspective plus crue les points importants qui ressortent de la mission de mai dernier.
L’une est de Renaud Camus, écrivain et diariste, lui-même ancien pensionnaire de la Villa de 85 à 87 ; l’autre, du sénateur Yann Gaillard, alors rapporteur du budget de la culture.
Durant sa résidence à la Villa, Renaud Camus couchait dans son Journal romain (éd. POL, 1987) :
« Voilà une institution qui à l’évidence ne fonctionne pas. Elle coûte cher à l’Etat et ne lui rapporte un peu de prestige que par survivance, grâce à des souvenirs très lointains qui chez beaucoup de gens, heureusement, ne sont pas confrontés aux faits. Il est certains qu’une politique de pur et bon sens, dont Dieu sait que je ne la préconise pas, la supprimerait. ».
Cela se passe de commentaire, hélas. Même constat treize ans plus tard, en 2000, lorsque le sénateur Gaillard écrivit dans son rapport :
« Voilà une académie qui n’a plus de tradition à transmettre, qui groupe des lauréats sans aucun centre d’intérêt commun (…). Qui invite, aux frais de la République, des artistes – au sens le plus large du terme – dans une capitale qui n’est plus, et depuis longtemps, un centre important de création, même à l’échelle de l’Italie. ».
A la lumière de cet autre diagnostic, nous pouvons désormais revenir sur le fonctionnement de la Villa.
Il convient de distinguer les deux missions que doit remplir l’Académie, la première dite « Mission Colbert », est la mission initiale de l’institution, elle consiste en l’accueil et au travail des pensionnaires. La seconde est plus récente, voulue par Malraux, dont elle porte le nom, elle prône l’ouverture au sens large. La « mission Malraux » qui se veut donc plus culturelle, privilégie les échanges pluridisciplinaires, les expositions, concerts et autres manifestations de ce type. Ces deux missions sont d’une certaine manière en concurrence, chacune ayant des partisans parmi les divers représentants de son conseil d’administration, et de sa tutelle.
En effet selon le décret du 21 décembre 1971 qui fixe le statut de l’Académie de France à Rome, nous pouvons constater que l’article 1 stipule qu’elle est un « établissement public national à caractère administratif doté de la personnalité civile et de l’autonomie financière, (…) placée sous la tutelle du ministère des Affaires Culturelles. ». En outre, suivant la modification de l’article 4 par décrets en 2002, celle-ci est « administrée par un conseil d’administration et dirigée par un directeur » (lui-même nommé par décret ndlr) ledit conseil d’administration comprenant hormis son président, 11 membres dont 6 fonctionnaires et « cinq personnalités qualifiées dans le domaine relevant de la compétence et de la mission de l’établissement. »…
Par conséquent l’Académie est bâtarde, ni vraiment école, ni musée. Elle oscille entre son devoir de transmission, sa réactualisation en forme de centre d’art, et les diverses influences des ministères par le biais des fonctionnaires qui y ont un pied. Sa mission et son fonctionnement ne sont guère facilités, entretenant accessoirement ce statu quo que beaucoup dénoncent.

Géographiquement et fonctionnellement lieu à part, « prison dorée », voire « forteresse », l’Académie, se serait par la force des choses isolé des autres institutions que la France compte à Rome : l’Ecole Française de Rome demeurant au Palais Farnèse et le Centre Culturel Saint-Louis dépendant de l’Ambassade près le Saint-Siège, au cœur de Rome ; chacune dépendant de ministères et de tutelles différents. Par conséquent, comment concevoir sereinement la présence française à l’étranger et en l’occurrence à Rome ? Si du reste, nous ne sommes pas même capables de créer des réseaux de soutiens et de participation entre ces divers organismes afin de resserrer et d’affirmer cette présence ?
Ce mal n’est pas celui de l’Académie, mais il est bien celui d’une France incapable de se réformer et de proposer une politique efficiente de taille à surmonter la durée des mandats de ceux qui à la tête de l’état et de son gouvernement se succèdent. La république française est à l’image de son président, ambitieuse mais mal dans sa peau. De sorte que la villa Médicis n’est qu’un des symptômes de cette exception française.

Nicolas Sarkozy qui, hier, voulait se débarrasser de son conseiller en l’envoyant à Rome, voudrait qu’aujourd’hui l’Académie soit le phare de son projet d’Union méditerranéenne… Cette nouvelle fantaisie du président n’est pourtant pas sans rappeler les propositions faites par Olivier Poivre d’Arvor. Tandis qu’il était encore prétendant au poste de directeur de la Villa, le journal Nice Matin. écrivait, «sérieusement, à ce poste-là, l'un des plus convoités dans le monde culturel européen, il y a d'excellents candidats, notamment Olivier Poivre d'Arvor, l'actuel patron de «Cultures France»; son projet de relance de la villa dans le cadre de l'union méditerranéenne voulue par le président Sarkozy, est prometteur». Et OPd’A de s’inquiéter dans sa lettre au président :
« Je pense toutefois avoir été le seul «candidat » à avoir rédigé, à la demande expresse de votre conseiller, un projet que je crois assez complet et dont j'ose espérer qu'il me restera attribué.».
Il semblerait qu’il n’ait même pas obtenue cette considération. Le patron de Culturesfrance avait le mérite de prendre la mission au sérieux allant jusqu’à parler de service public ! Ce dernier avait par ailleurs proposé un opuscule de quelques pages, sous forme d’un programme en trois points, placé sous l’égide de Fernand Braudel dont la citation : « La France se nomme diversité » est placée en épigraphe. Autant dire que le niveau de prétention est grand, trop grand...
Olivier Poivre d’Arvor est un homme de métier et de terrain. Si Culturesfrance est à bien des égards discutable, l’organisme est néanmoins présent sur de nombreux continents, aussi voudrait-il que la Villa Médicis s’engage dans la voie tracée par cet organisme soucieux : « de l’ancrage européen, du développement de la francophonie et de la promotion de la diversité culturelle dans le monde. ». Est-ce bien raisonnable ?! Alors même que la France est incapable de définir sa culture, que la Villa Médicis pose sérieusement le problème de l’Art et de la « création » Contemporain !
Ne faudrait-il pas en effet comme le conclue Adrien Gouteyron dans son intervention, proposer des Ambassades ponctuelles, « nomades », afin de coller au mieux au foisonnement de notre époque et accroître ainsi la fluidité des échanges, en créant une Villa Médicis « hors les murs » ?
Non plus, adopter ce projet reviendrait à subir la culture et la modernité. Le monde de l’art est apatride et seuls les pays émergeants proposent dans leur art une réflexion vernaculaire , leur succès est indéniable.

Aussi, contre tout bon sens, il faudrait, suivant OPd’A, s’occuper, avant même de développer la francophonie, de l’ancrage européen. Mais, quel ancrage ? Et pour quelle Europe ?


Le dernier grand projet culturel d’envergure en Europe fut la Contre-Réforme, celle-ci s’harmonisant par ailleurs avec le renouveau culturel romain. Et, c’est dans cette Rome, capitale de l’Ancien Empire, et Siège du pouvoir Papal, que l’Académie de France fût créée, facilitant à l’élite artistique française de puiser à la source.
Rome n’était donc pas une fin, c’était un palier qui permettait aux différentes cultures européennes d’accéder à des sommets, dont les productions qui en témoignent sont encore les orgueils de tous les musées du Monde ! Et le renom de la Villa Médicis se construisît sur une certaine mentalité et un rapport étroit à l’Histoire. Ainsi, la grandeur des artistes qui y ont séjourné se bâtît dans la transmission et l’assimilation des antiques et des anciens maîtres, de la Renaissance notamment, desquels ils se nourrissaient ; ce faisant, ils s’arrimaient à l’Histoire.
S’il pouvait y avoir de l’orgueil, une certaine morgue voire dans l’Art qui suivi, globalement, jusqu’aux Impressionnistes, la formation commençait toutefois au plus bas de l’échelle, se poursuivant par l’enseignement des Maîtres, la venue à Rome étant une distinction, la récompense.

Qui à présent conserve cet esprit d’humilité inhérent à la reconnaissance des Maîtres, et que serait la vanité même de l’Art sans l’orgueil de les dépasser ?

Actuellement, l’instantané fait loi, il y a une rupture avec ce passé : il n’y a plus de tradition à transmettre comme le dît le sénateur Gaillard. Et aujourd’hui les artistes sont désormais des « créateurs ». La notion même, d’une épouvantable immodestie marque explicitement la rupture et le reniement. Les créateurs se détachent de toute tradition de tout lien, ils se désengagent de l’Histoire.
Olivier Poivre d’Arvor, qui avait eu l’intelligence de citer en exergue Fernand Braudel, ne semble pas avoir perçu toute la complexité de l’œuvre du grand historien, qui en 1923, sous les conseils de son maître Lucien Febvre allait faire de la Méditerranée, le principal protagoniste de sa thèse d’histoire. Febvre lui écrivit ceci :
« Philippe II et la Méditerranée : beau sujet. Mais pourquoi pas la Méditerranée et Philippe II ? Un autrement grand sujet encore ? Car entre ces deux protagonistes, Philippe et la Mer Intérieure, la partie n’est pas égale ». Braudel soutiendra sa thèse de plus de mille pages en 47 après l’avoir, en grande partie, écrite en captivité ; il la remaniera en 66.
Si le projet « géohistorique » de la Méditerranée est fort intéressant, il n’en demeure pas moins que l’on se demande comment un directeur de la Villa Médicis, en poste 3 ans seulement pourrait se consacrer à une telle œuvre ! Braudel qui avait limité son champ d’action de 1550 à 1600 (période correspondant grosso-modo au règne de Philippe II d’Espagne), y consacra une bonne partie de sa vie! A imaginer la Méditerranée sous le spectre du multiculturalisme et en considérant qu’une politique ne dure jamais plus d’un mandat, le projet est utopique, à moins d’en bâcler le travail de recherche, de fond et se borner à une politique reposant sur l’évènementiel, arrivant grossièrement à l’enseigne d’un vulgaire festival… Décevant, pour le moins.

L’ambition française est toujours mal placée. Et l’Union Méditerranéenne voulue par Sarkozy est loin de ne faire que des heureux, et les projets sempiternellement placés dans une perspective européenne et multiculturelle. La France comme « projet » est soigneusement évitée. Elle s’efface devant cette projection de sentiments et de générosité malhabile, reliquat d’une mauvaise conscience à l’égard des autres, et de leurs cultures.
Personne n’attend de la France qu’elle s’érige tel un Malraux en thuriféraire des autres cultures, non bien sûr, l’on attend de la France qu’Elle soit, avec un orgueil à sa mesure. Car c’est sans nul doute le plus beau cadeau qu’elle pourrait offrir à cette Europe pour laquelle elle voudrait tant s’investir et pour cette mer, ce creuset civilisationnel qu’aura été la Méditerranée.
L’Europe mérite une autre France.

« Connais-toi toi-même » était inscrit sur le temple de Delphes. Il est primordial que la France se souvienne de ses liens avec l’Italie. L’Académie de France à Rome est la mémoire vivante de cette Europe où les traités et les alliances pouvaient se concrétiser par des unions. Ces mariages au sens large du terme, scellaient le temps d’un règne, et peut-être plus, les destinées de royaumes. Il nous est difficile par exemple, d’imaginer aujourd’hui le Prince Charles épouser le chancelier allemand Angela Merkel à des fins diplomatiques… Et pourtant malgré ses nombreuses guerres intestine, l’Europe fonctionna ainsi jusqu’à ce que les "nations" prennent les devants sur les monarchies et finissent par cimenter la haine dans la boue des champs de bataille qui jalonnèrent la première moitié du XX° siècle.

La France et l’Italie, « Rome » ont un destin particulier ; nous y sommes entrés en conquérants et nous en sommes revenus avec des artistes, un grand ministre, des Reines. Nous avons une histoire commune, de telle manière que la Maison de Médicis acquît de Louis XI le privilège d’ajouter des lys de France sur l’un des tourteaux figurants au chef de leur blason...

Rendons à la Villa Médicis, et à Rome une présence française digne de ce nom. Aussi, bien que n’approuvant pas le projet qu’il a proposé, je laisserai malgré tout le mot de la fin à Olivier Poivre d’Arvor qui écrit dans la présentation de son projet cette analyse à résonance presque capétienne, en espérant que le futur directeur de l’Académie, Frédéric Mitterrand saura la faire sienne :
« Pour que l’image d’une maison qui serait la retraite de Thélème devienne effectivement celle d’un établissement, à la fois singulier mais au cœur des grands réseaux européens, au centre des débats de son temps, capable, dans ses domaines de compétence, de créer l’actualité, enraciné dans l’histoire mais assoiffé de modernité. Pour que la Villa retrouve l’intensité du projet politique qui fut à l’origine de sa fondation comme la raison de ses transformations majeures. ».



lundi 7 juillet 2008

8 juillet - Fort Carillon

carte des lacsDemain on commémorera le 250° anniversaire de la bataille de Fort-Carillon gagnée par Montcalm sur Abercrombie à Ticonderoga (pointe du lac Champlain de l'Etat actuel de New York).
Cette bataille de la Guerre de Sept Ans, première guerre mondiale sans le nom puisque menée simultanément sur trois continents, est méconnue en France parce qu'elle n'empêchera pas la perte ultérieure du Canada et que ce fut une bataille de retranchements et non un dispositif élégant de manoeuvre en rase campagne.
Cette bataille mit en lumière la polyvalence technique et la détermination de l'Infanterie de Louis XV, le courage indomptable des Canadiens, mais aussi la vaillance inégalée de l'infanterie écossaise chargeant avec fureur au son des cornemuses en marchant sur ses morts. Les 3800 hommes (indiens compris) de Montcalm brisèrent l'assaut sur Fort Carillon de 16000 britanniques qui y perdirent 2000 hommes.

Le général Abercrombie (c'était Lord Howe le tacticien, mais il mourra le 7) avait constitué la plus forte armée régulière d'Amérique du Nord à partir du corps expéditionnaire (les Tuniques rouges) et des volontaires des Provinces :
Le 27th Foot, The Inniskillin Regiment à Lord Blakeney
Le 42nd Foot, The Highland Regiment (Black Watch) à Lord John Murray
Le 44th Foot au Général Abercrombie
Le 46th Foot au Lieutenant Général Thomas Murray
Le 55th Foot à Lord Howe
Le 60th Foot,1er et 4ème bataillons du Royal American
Le 80th Foot, (Gage Light Arm’d Infantry)
Les 4th and 17th compagnies du Royal Artillery
Les Independent Companies de Rangers du Major Robert Rogers
plus 17 régiments "américains" qui ne firent pas beaucoup parler d'eux le 8 (désolé).

Le marquis de Montcalm était moins bien loti mais déterminé :
Le Régiment de La Reine, 2ème bataillon
Le Régiment de Guyenne, 2ème bataillon du baron de Dieskau
Le Régiment Royal Roussillon, 2ème bataillon du colonel d’Haussonville
Le Régiment de Béarn, 2ème bataillon
Le Régiment de Languedoc, 2ème bataillon
Le Régiment de Berry, 2ème et 3ème bataillons
Le Régiment de La Sarre, 2ème bataillon
Les Compagnies Franches de La Marine
400 Miliciens canadiens du Chevalier de Lévis
L'abbé Piquet, aumônier des Récollets
250 Hurons

Laissons maintenant parler l'Histoire (Université d'Ottawa) :

marquis de MontcalmLa péninsule de Carillon consiste en un plateau rocheux, bordé de terrains bas qui côtoient, à gauche le lac Champlain et, à droite, la rivière la Chute. Le fort, délabré en 1758, s'élevait près de la pointe sud-est; il n'occu­pait pas l'endroit le plus élevé du plateau; à l'ouest, en avant du fort, le terrain, après une légère déclivité, remonte graduellement et atteint sa plus grande hauteur à environ un demi-mille de la place; puis il s’abaisse encore, de manière que le plateau est couronné d'une crête qui le traverse entièrement, entre les deux pentes très raides conduisant aux terrains bas. Montcalm était au fort en­touré d'environ 3.500 combattants. Devant lui, la rivière la Chute, longue d'environ 4 milles, descendait du lac George, bondissant en ra­pides écumeux. Ce lac, mesurant 36 milles, s'étendait jusqu'aux ruines de William-Henry, où se dressaient les tentes de 15.400 Anglo-américains. Abercrombie avait de l'artillerie, une flotte nombreuse et, pouvait ainsi fondre sur les troupes de son rival, d'un moment à l'autre.

Lord HoweLe général français n'hésite point à déter­miner que c'est sur les hauteurs de Carillon que se décidera la campagne; la bataille sera livrée sur la crête, et non sur les terrains bas qui avoisinent le fort (ndlr : situé au mauvais endroit). Le 1er juillet, le marquis va prendre l'offensive : laissant à Carillon le second bataillon de Berry, il éta­blit son camp, à deux milles, au moulin à scie de la Chute; au-dessus de la cascade se trouvait un pont reliant les deux rives, où il dispose des bataillons. Cette manoeuvre retarde les mouvements des ennemis jusqu'au 5 du mois. Le 4, Montcalm résolut d'envoyer un détachement à leur découverte, confiant 130 volontaires, faute de Sauvages, à l'enseigne Langy-Montégron; la troupe s'embarqua, le soir, sur le lac George. Le lendemain, elle rapporte la nouvelle de la marche de l'avant-garde, conduite par Bradstreet et Rogers. Ordre est donné de passer la nuit en armes au bivouac et de poster des pi­quets sur les bords du lac George pour éclairer le débarquement des ennemis. M. de Langy et M. de Trépézé sont envoyés avec 300 hommes occuper la Montagne-Pelée, à l'ouest, devant retraiter sur Carillon par la rive gauche et les éclaireurs de Bourlamaque par la droite. Le matin du 5, les 900 bateaux, les 15 chaloupes, les radeaux d'artillerie, paraissent sur le lac et abordent le soir à la Pointe-du-Sabbat pour débarquer, à l'aurore du 6, à l'embouchure de la Chute.

les Ecossais à Ticonderoga
M. de Montcalm envoie ordre aussitôt au sieur de Pontlevoy à Carillon de tracer les retranchements et les abatis sur la crête choi­sie et désignée, tandis que débarquaient les Anglais sous le feu des tirailleurs français; ceux-ci retraitent vers le campement de la Chute, rompant le pont du Portage et celui situé au-dessus de la cascade. Vers le nord-ouest, M. de Langy se perd un instant dans la forêt, au moment où, ayant rallié sa troupe, les postes avancés de l'ennemi s'avancent, masqués par les taillis. Lord Howe tombe mort dans une contre-attaque des Français invisibles dans les bois, qui furent contraints de retraiter sur la Chute. Le 7, Abercrombie rappelle ses éclaireurs au lieu du débarquement; mais, le soir, son armée, campe sur l'emplacement occupé par Montcalm durant les six jours précédents, qui l'avait quitté pour courir sur les hauteurs de Carillon et activer en hâte la défense. Le retranchement, en troncs d'arbres superposés à la hauteur de huit pieds, suivait les si­nuosités de la crête ou plateau et se dessi­nait en angles sortants et rentrants se protégeant les uns les autres; la gauche, très escarpée, s'appuyait à la rivière la Chute; la droite, en pente douce, aboutissait à la plaine conduisant au lac Champlain. Chaque batail­lon travaillait au poste qu'il devait occuper durant l'engagement. Le revers du retranchement fut garni de troncs d'arbres renversés dont les branches taillées en pointes faisaient fonction de chevaux de frise. En avant, le terrain, à une grande distance, fut couvert d'arbres abattus, qui devaient intercepter la marche et briser l'ordonnance des bataillons ennemis. Le soir même du 7 juillet, l'ouvrage de défense était à peu près complétée; aussitôt paraît le capitaine Pouchot avec 300 réguliers et, le lendemain matin, M. de Lévis et M. de Sénezergues avec 100 autres. Les bataillons se hâtent d'achever les abatis, quand, vers 10 heures, on aperçoit l'avant-garde légère et à midi et demie, toute l'armée anglaise débouchant sur Carillon dans un ordre admirable.

fort Carillon
Les troupes françaises quittent la hache du bûcheron pour le fusil. Le major Rogers et son infanterie, les bateliers de Bradstreet ouvrent un feu de tirailleurs, pendant que les Provinciaux se déploient de gauche à droite et, passant dans les intervalles, les réguliers s'engagent dans l'abatis en masses rouges. Au-dessus des retranchements silencieux on­dulent les drapeaux français. Le général se tient au centre, tête nue et habit bas, ayant Lévis à sa droite et Bourlamaque à sa gauche : trois lignes de blancs uniformes bordent le retranchement, chaque bataillon ayant en arrière ses grenadiers et ses piquets en or­dre de bataille, prêts à porter secours. M. de Montcalm a défendu de tirer un seul coup sans son ordre. Les colonnes anglaises avan­cent, au son des instruments écossais et au pas de charge, à travers l'enchevêtrement de l'abatis, et touchent bientôt aux retranche­ments de la gauche, avec la consigne d'enlever la position à la baïonnette. Pas une balle de tirée, quand retentit soudain le mot : Feu ! En un clin d'oeil, 3.000 fusils vomissent la mort dans les rangs ennemis; vaillants et hésitants, les réguliers anglais se ressaisissent de la surprise; grenadiers, Montagnards (highlanders) se pressent, enjambant les troncs, se meur­trissent aux branches tranchantes, essuient la fusillade française, tirent eux-mêmes à travers les retranchements et, finalement reculent en s'écriant que « la position est imprenable ».

plan du Ft Carillon
Pourtant le général Abercrombie, qui se tient au moulin de la Chute, envoie l'ordre de renouveler l'assaut. Aussitôt, des masses de guerriers rendus furieux par le carnage se précipitent à travers les mêmes obstacles, tombent, se relèvent, s'embarrassent dans les branches aiguës, foulent aux pieds morts et blessés, crient, jurent et s'avancent vers les hauteurs meurtrières, l'espace de sept heures continues; mais ils sont impuissants à forcer la barrière qui les sépare des lignes françaises. Le brave Bourlamaque a une omo­plate brisée et cède le commandement à M. de Sénezergues. M. de Montcalm volant du centre à la gauche et à la droite communique partout son ardeur et détache ses aides de camp. M. de Lévis arrête et brise à droite la quatrième colonne d'assaut britannique. Au sud-est, les volontaires des sieurs Bernard et Duprat empêchent le débarquement de soldats montant des barques et destinés à contourner les retranchements; le canon du fort Carillon retentit aussitôt et deux barques sont coulées à fond dans leur fuite. Vers cinq heures, deux colonnes anglaises tentent sur la droite un effort désespéré, ce sont les Montagnards écossais qui se battent avec une froide ténacité; ils franchissent l'abatis, avan­cent au pied du retranchement. Les Français crient : À droite, tirez à droite ! M. de Lévis voit le danger sans frémir et Montcalm accourt avec ses grenadiers. Les Montagnards tombent par centaines, les blessés criant aux autres de marcher en avant; leur major Duncan Campbell s'affaisse frappé à mort. Soudain, à l'extrême droite, Lévis s'écrie : En avant, Canadiens ! Ils sont commandés par les officiers de Raymond, de Saint-Ours, de Lanaudière, de Gaspé. M. de Lévis reçoit deux balles dans son chapeau et M. de Montcalm combat comme le dernier de ses soldats. Les valeureux Ecossais, décimés et sanglants, reculent pour reformer deux colonnes, attaquent le centre, puis la gauche; ils se fusillent même dans la fumée; ce qui jette la confusion dans leurs rangs. A 7 heures, l'armée anglaise est en pleine retraite vers la Chute, laissant près de 2.000 morts qui gisent au pied de si fragiles retranchements. Sur la droite, le sol est jonché des cadavres du ré­giment écossais.
Source : Louis LE JEUNE, «Bataille de Carillon», dans le Dictionnaire général de biographie, histoire, littérature, agriculture, commerce, industrie et des arts, sciences, mœurs, coutumes, institutions politiques et religieuses du Canada, Vol. I, Ottawa, Université d’Ottawa, 1931.

victoire de carillon
Les Anglais eurent environ 3.000 tués et blessés. Les Français eurent 104 tués et 273 blessés, dont une proportion importante d'officiers tués (ci-dessous) et le triple blessés :
La Reine : Lt. Dodin ; La Sarre : Cne De Moran et Champrodon et Aide-major Mineraye ; Royal-Roussillon : Cne Ducoin ; Languedoc : Cne de Fréville, Lt. Parfouru ; Guyenne : Cne Patrice, Lt. Saint-Vincent ; Berry : Cne Le Brème, Lt. Emeric, Lt. Châteauneuf ; Béarn : Lt. Pons, Enseigne Douay ;

Un site bien fait sur la Guerre de Sept Ans en Amérique en cliquant ici


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vendredi 4 juillet 2008

Réarmons, maintenant !

Ce billet est le troisième d’une séquence commencée au Livre blanc 2008 de la Défense nationale, et continuée par la décoloration otanienne de la Politique étrangère de sécurité commune de l'Union européenne :
1.- Du Livre blanc de Morin
2.- PESD in NATO


réarmement mental
3.- Des ambitions françaises pour le semestre sarkozien, nous reconsidérons celle d'une défense commune. A moins que la défense ne soit là que pour faire sérieux dans le chapitre "Com", je doute qu'avec une réduction affichée de nos forces, même virtuelles, et un tassement de nos budgets militaires, nous nous essayions à convaincre les partenaires majeurs de nous suivre dans cette resucée de la CED. Et pourtant, lorsqu'on interroge les peuples d'Europe occidentale, le premier projet qu'ils souhaiteraient voir aboutir est celui d'une défense commune européenne, qui trahit un réel besoin de protection physique. Encore une fois il y a loin de l'Opinion aux Gnomes, tétanisés sur la consolidation de leurs prébendes ! ...

Mais une défense n'est pas que l'addition de moyens nationaux et la construction d'une pyramide organisationnelle, même si les généraux ne s'intéressent qu'à elle. Sauf à la remettre dans les mains de soldats-mutants commandés par supercalculateur, une défense commune est d'abord servie par des peuples qui méritent d'être défendus et qui s'estiment tels !
Le second point important : une défense doit préparer le pays à la guerre totale même si le terme est devenu un gros mot qui ne désigne plus les ministères éponymes. Toute autre défense que la guerre est une escroquerie passible de ligatures au bois de mitraille. Nos grands esprits feraient mieux de s'en souvenir qui ne parlent que de gérer les crises.

Jean_II Mériter d'être défendu, survivre à une intention de guerre totale, à sa déclaration ouverte, n'est pas corrélé à la puissance des escadres, mais passe par un autre gros mot : le réarmement moral. Ce réarmement doit assurer notre survie, mais facilitera grandement l'adhésion des autres pays européens pour l'instant très dubitatifs quant à notre combativité nationale. Ils suivront la France "éternelle" - celle qui tout compte fait suspendit sa course à la mort de Louis XV -, moins sûrement celle de M. Sarkozy et jamais celle de Chirac-Ganelon ni de Napoléon Premier l'Envahisseur.

Réarmement moral ?
Certains s'agitent déjà sur leur chaise aux prémices de l'épuration ethnique préalable, en souvenir de la cohésion animique du peuple gaulois prenant d'assaut les fascines de Gergovie. Ils perdent leur temps, le danger n'est pas dans les yeux de l'ex-étranger résidant ici mais dans notre propre irrésolution à promouvoir l'essentiel de la "race".
Réarmer moralement oblige à réassimiler les valeurs patriotiques de base qui elles-mêmes, au-delà d'une saine nostalgie, convoquent les vertus de la "race française", cette race unique au monde, qui n'est pas un type physique primitif (déçus ?) mais un type moral et culturel, précipité séculaire de qualités enviées par tous les autres, qualités dressées ensemble par l'exercice d'une langue mathématique rare, avatar moderne du grec original. Peut-on énoncer ces vertus ? Pas simple mais ce blogue étant gratuit on me pardonnera d'en oublier :

CameronLa première vertu (pour Royal-Artillerie) est le courage (ou force). Aux temps anciens la pire des calamités dans une progéniture mâle était la couardise. En mêmes temps la furia francese était redoutée car imprévisible et dévastatrice.
Le sport est le vecteur le plus complet du courage, il doit être enseigné à tous qu'ils y réussissent bien ou moins bien. Le peuple n'est pas que la pépinière des champions mais il est bon que les participants en côtoient. L'émulation ultérieure sous la pression de conditions anxiogènes comme on les rencontre à la guerre, déclenchera la mémoire de comportements collectifs positifs, comme d'initiatives individuelles héroïques. De la bravoure, il en reste assez dans l'ADN culturel pour la multiplier.

La deuxième vertu est moins gauloise que la première et participe de l'instinct du loup qui ne doute pas que la horde organisée soit supérieure à une plus grande meute groupée mais pas commandée. C'est l'obéissance revenue du vieux fond "franc" qui recèle ce réflexe d'organisation pyramidale de l'autorité. Celle-ci commence de s'exercer naturellement à la maison puis à l'école, en se gardant de tomber dans l'autoritarisme qui est l'autorité des sots. L'ancien service militaire faisait office de piqûre de rappel ou de session de rattrapage. Mais puisqu'il n'est pas possible de le restaurer, il conviendra de lisser cette "rééducation" sans camp, tout au long du parcours scolaire. Messieurs les maîtres, à vos verges ! Aschieri a ses crampes libératrices.

Denis DiderotLa troisième vertu est la plus française, la plus classique et si elle ne participe que de loin aux combats, elle est indispensable à l'estime de soi et au prestige du groupe : c'est l'esprit français ! La finesse spirituelle, l'art de dresser les silhouettes et de faire vivre le mot heureux, la profondeur pénétrante aussi des réflexions, une analyse déliée des phénomènes, cette vitesse prodigieuse de synthèse, cette manière élégante de l'exprimer et une gaîté de conclusion ! On devrait réintroduire la Rhétorique exercée dans les quatre dernières classes du secondaire. Nous ne sommes ici en compétition avec personne sauf les morts. Mais quelle force intérieure, et communicative en diable ! Les tenants de la francophonie dressent-ils l'oreille ? Qu'ils y aident !

La quatrième vertu est le sens de la justice dans l'honneur, au pays de la Loi. La "race française" n'est pas répertoriée dans l'Histoire pour son goût des massacres, des représailles, de la force aveugle, même si elle y a pris quelquefois sa part. Cela tient d'abord au respect inné de la Loi, mis à mal ces temps-ci par la faiblesse de la réaction publique au désordre. Il convient de restaurer l'ordre préalablement à la justice, et que dans l'esprit citoyen la Loi retrouve le caractère sacré qu'elle eut autrefois, dès l'école primaire. L'exaltation du Droit et l'Honneur qui préside à sa défense, tempèrent la fougue, quand nous l'aurons retrouvée, et laissent l'esprit clair pour réussir les choix délibérés sous tension. C'est une condition de pertinence de l'analyse préalable et d'applicabilité de la synthèse, c'est aussi le bon détonateur du dévouement.

candélabre aux 4 vertusPeut-être que ces quatre vertus seront débinées par les tenants de l'existentialisme et de la recherche individuelle du plaisir, mais le réarmement moral s'il est contré par une corporation à des motifs idéologiques devra être précédé du désarmement de cette catégorie rétive ou néfaste. "Kerguelen Sex & Sun Paradise" vient d'ouvrir sa première agence à Paris ; faisons-y des réservations pour d'autres !
Aucune des vertus citées n'est une "valeur" sociétale, pour la simple raison qu'elles sont de piètre renfort dans le réarmement moral visant une situation de guerre, et ne participent que d'un choix collectif plus ou moins assumé en fonction des préférences ou dérives du temps. De même la foi religieuse peut être d'un grand secours dans les périls mais comme elle est une grâce, la forcer conduit à se leurrer sur la réaction finale qu'elle devra déclencher chez le croyant au feu. Aussi la laisserons-nous à la sphère intime.

Après le premier choc mécanique d'une guerre vraie, il n'y aura que trois suites à écrire : notre capitulation, notre complète victoire, un résultat indécis. C'est le troisième cas qui nous intéresse car le plus probable. Les ondes du choc pénètreront tout le pays qui, soit se redressera sous l'outrage, soit attendra dans la stupeur la manifestation d'un recours comme l'Histoire le lui suggèrera. Pétain, De Gaulle ? Le désarmement actuel laisse pencher pour Pétain. Mais si le pays se redresse, à prouver donc que ses vertus fondamentales sont intactes, il sera capable de phagocyter l'adversaire comme nous le fîmes souvent depuis l'aube des temps, lequel deviendra fier d'entrer parmi la race "conquise". Nietzsche disait de la France qu'elle est une matrice capable de digérer ses envahisseurs, mais c'était en 1886.

Repoussons par hypothèse l'éventualité d'une guerre ouverte à vingt ans, il reste moins d'une génération pour un réarmement moral, tendu vers le retour d'une certaine discipline nationale, dont la définition la plus courte est de risquer la vie mortelle de l'individu pour sauver la vie immortelle de la communauté populaire. Vingt ans c'est peu, et d'ici là aurons-nous eu la capacité de reconstruire l'armée matérielle qui nous fait défaut aujourd'hui ?

L'aube le cède à l'aurore, avant le soleil les lis montent au mât, et les cors d'harmonie appellent l'âme de la Nation sous les armes.
Rions sous les bombes ! C'est gratuit !



pucelle 1-RPIMa
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mercredi 2 juillet 2008

Le semestre européen

Nicola SarkozyLa présidence française de l'Union européenne commence. Le gouvernement Fillon de M. Sarkozy a pleinement déclaré ses ambitions, qui pour le moins nous apparaissent osées. Non parce qu'elles risquent la TVA majorée mais parce que c'est lancer le bouchon un peu loin que de vouloir en six mois graver l'avenir dans le marbre … du moins en temps de paix. Le président français va-t-il dramatiser jusqu’au seuil de la guerre (des communiqués) pour pousser son avantage, si vous en voyez un ?

La présomption d'aboutissement s'est évanouie avec l'échec de la ratification irlandaise du Traité de Lisbonne, car le délai mesuré pour exercer ce pouvoir « semestriel » va être grignoté par la Commission et son président de droit divin, anxieux de rafistoler l'ouvrage qui assure le viager de leurs positions juteuses. Les institutions européennes et les termites qui les habitent resteront la priorité de Bruxelles, n'en déplaise à l'Elysée, lequel a reçu déjà son "avertissement" de modération dans ses cinq objectifs (immigration, énergie, climat, défense et agriculture), crime de lèse-majesté dans cet appel à modestie qui se paiera plus tard ! JM BarrosoIl va falloir cependant que la Commission accepte sa subordination au Conseil européen à peine d’être dynamitée par les principaux gouvernements nationaux à l’échéance du mandat de Barroso dont la versatilité dialectique en fonction de son interlocuteur du moment est raillée.

Aussi dès l’extinction de la Tour Eiffel étoilée d’or, voilà la Pologne, la Tchéquie et la Suède qui remettent le traité en cause, l’Espagne qui veut bloquer toute régulation supranationale de l’immigration et tout plafonnement de la fiscalité pétrolière ! On n’a pas fait deux jours ! Si l’on ajoute l’Allemagne qui interdit à tous que la BCE soit critiquée, on voit que nous sommes mal partis.

J’ai laissé de côté l’Union française pour la Méditerranée qui se limitera en 2008 à son lancement du 13 juillet et à la mise en place de fonctionnaires internationaux soit au Caire soit à Tunis ; si tant est que les deux tiers au moins des pays arabes se présentent. Le seul projet qu’elle puisse porter est celui de la dépollution générale de la mer, à condition que les riverains du Nord paient les installations d’épuration au Sud, études locales, dépenses d’administration et commissions comprises. Si les crédits annuels européens de fonctionnement se tarissent, les vannes de la pollution resteront ouvertes.

Les points à mes yeux importants sur lesquels la France peut réussir, sont le climat et l’agriculture. Depuis que les pays travaillés autrefois par les partis écologistes reviennent à la pertinence des centrales nucléaires, seule production d’énergie neutre sur le climat, les industries européennes d’ingénierie atomique retrouvent des couleurs. Officialiser ce mode énergétique au plan européen nous rendrait service, en même temps qu’il serait labélisé aux yeux du monde entier pour élargir nos voies d’exportation. Il y a beaucoup d’argent à gagner par un secteur où nous sommes bons !
centrale électrique atomique
Le second ouvre la question de la PAC. La crise alimentaire mondiale rebat toutes les cartes : le déversement de denrées européennes subventionnées sur les pays pauvres détruit leurs cultivateurs moins productifs et pas du tout aidés. Le président de la CNUCED déclarait récemment que « l'abolition des subventions agricoles dans les pays riches est essentielle pour trouver une solution durable à la hausse des produits alimentaires », et le secrétaire général Ban Ki-moon estimait « qu'il est temps pour les nations les plus riches de repenser leurs programmes démodés de subventions agricoles qui pénalisent de façon disproportionnée les pays pauvres et contribuent à l'urgence actuelle ».
silos de seine et marne
La tentation chez Sarkozy sera d’attendre que les Etats-Unis lui montrent leurs cartes. Je crois plutôt que si l’Europe avance seule ou avec quelques autres sur un programme mondial d’alimentation durable, les Etats-Unis, s’ils n’ont pas rejoint rapidement avec Obama, devront supporter alors seuls toute la charge des revendications du Tiers-monde et des empires émergents, avec en prime une terrible stigmatisation de leur diplomatie : démocratisation forcée, commerce forcé, famine forcée !

Quels que soient les différents que l’on puisse afficher à l’endroit de Sarkozy – c’est vrai qu’il est très agaçant dans son immodestie et ses effusions kouchnériennes sur talonnettes - on doit souhaiter que dans ces deux domaines il réussisse pleinement. Les agriculteurs français sont parmi les meilleurs du monde et peuvent exporter leurs talents et faire la soudure partout où c’est nécessaire ; l’industrie nucléaire et le BTP français sont capables de produire en série des centrales très performantes.


centrale sous l'orage
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mardi 1 juillet 2008

Lys de France à La Roche-Guyon

donjon larocheguyon
Dimanche prochain, rendez-vous à 11h à l'église troglodyte ND de l'Annonciation de Haute-Isle (95780) sur la D913 qui va de Meulan à Vernon, sur la rive droite de la Seine.

Après la messe, pique-nique au bord de la Seine à La Roche Guyon. On apporte son panier et sa bouteille de Bordeaux, mais l'association offre le kir champagne. Ceux qui craignent les mouches (c'est l'emblème de Haute-Isle) pourront faire vivre le commerce guyonnais, trois restos y étant ouverts : une brasserie classique, une crêperie et une pizzeria.

A 15:00 commence la visite guidée du château de la Roche Guyon adossé à la falaise qui l'a accouché. Il est la propriété de la famille de La Rochefoucauld depuis 1659, et plus chargé d'histoire que lui ne se trouve pas facilement. A tel point que pour satisfaire à la curiosité populaire, on a créé un Etablissement public de coopération culturelle regroupant le Val d’Oise, la commune, le Parc naturel régional du Vexin français et l'État. Pas moins ...

Vieille place française au confluent stratégique de la Seine et de l'Epte, l'abbé Suger décrit le lieu dans tout son dénuement militaire au X° siècle :
« Sur un promontoire que forment dans un endroit de difficile accès les rives du grand fleuve de la Seine, est bâti un château d'un aspect effrayant et qu'on nomme La Roche-Guyon; invisible à sa surface, il est creusé dans une roche élevée; la main habile de celui qui le construisit a coupé, sur le penchant de la montagne, et à l'aide d'une étroite et chétive ouverture, le rocher même, et formé sous terre une habitation d'une très vaste étendue. »
Les architectes continueront l'ouvrage pour aboutir à ce que nous voyons aujourd'hui.

La Rocheguyon
Le château, pivot de défense au seuil du duché, résista aux Normands et aux Anglais, et finalement accueillit l'état-major du maréchal Rommel en 1944
L'article de la Wikipedia est bien fait.

La journée se poursuivra jusqu'à Rosny-sur-Seine (78710) pour visiter le "château de Sully". Il fut la propriété du Duc et de la duchesse de Berry qui y vécut jusqu'à l'exil de 1830. Le petit duc, futur comte de Chambord, s'épanouira dans cette propriété jadis magnifique jusqu'à l'âge de 10 ans.
Le château vendu par la duchesse après l'échec du fameux soulèvement chouan, passa de mains en mains et connut bien des vicissitudes. En 1999 il a été préempté par l'Etat qui le restaure et l'a remis à un propriétaire privé pour un projet de relais-château, formule qui assurera son entretien.
Prévoir une bonne carte routière.

chateau de Sully
Le pot de 18h permettra d'échanger les cartes de visite et signifiera la dislocation. La journée est à 20€ mais gratuite pour les moins de 16 ans.

Inscrivez-vous dare dare par courriel sur le site Lys de France ou dès aujourd'hui en postant votre chèque à :

LYS DE FRANCE
BP 80434
75327 PARIS CEDEX 07




blason LDF
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dimanche 29 juin 2008

21ème Lien légitimiste

armes de FranceLe 21° Lien est paru. Douze pages d'excellente facture comme sait les faire la communauté légitimiste. J'ai été scotché par le long édito "L'Histoire et nous ..." de Jacques Rolain qui est un travail de sous-solage des Annales compactées par l'Officiel du spectacle républicain. On y extrait quelques belles pierres enfouies ; je vous en cite trois qui se passent de commentateur.

Culture de la démocratie populacière : « Se met de plus en plus fréquemment en avant une agitation sociale qui prétend conditionner la vie politique au mépris de toutes les représentations et délégations électives tant prisées de nos démocrates pointilleux ».

Venin de la repentance :
« On a fait bon marché de l'oeuvre civilisatrice de la France, de la Belgique, de l'Allemagne, du Portugal ou des Pays-Bas, proclamant la nocivité intrinsèque de la colonisation et en évacuant avec dégoût et contrition les aspects positifs qu'elle eut , [...]chacun pouvait jouir de la paix, de l'alimentation, de l'irrigation, de l'administration, des écoles, des hôpitaux, de l'accès à la diversité des cultures »...

Commentant le discours de SS Benoît XVI au Comité pontifical des Sciences historiques :
« Dans le cadre de cette conception des études historiques il est toujours bon et souvent très utile, sinon nécessaire, de revenir pour créer les perspectives d'avenir au fondement des valeurs, qui sont aussi formatrices de convictions et inspirations d'engagements et d'action ».

En interlude, les trois pages sur La Varende, une chronique qui dure, se lisent d'un trait. J'y apprends toujours quelque chose. En écho au livre récent de Gouguenheim au Mont-Saint-Michel, Jacques Heers revient sur la fable arabe de la conservation des textes grecs et latins pour nous confirmer que Byzance fut la source majeure de la transmission du savoir antique.

le jeune Duc de Bordeaux
Je me suis fort amusé à lire l'histoire de la donation du château de Chambord au jeune Duc de Bordeaux fondée sur deux textes, l'un de Desternes et Galland à la Nouvelle Revue en 1902, l'autre du prince Sixte de Bourbon-Parme dans Le Correspondant en 1911 ; les Parme hériteront de leur oncle qui leur légua Chambord en 1883. Je ne fus pas trop surpris d'apprendre que dès l'an III de l'Usurpation, le domaine légalement acquis fut séquestré par la Justice au profit du nouvel Etat. Un premier appel de la duchesse de Berry à la cour de Blois invalidant la décision du tribunal de Bracieux, le souverain interjeta lui-même appel au motif savant mais nauséabond que le domaine offert par souscription publique à l'héritier jadis du trône était Bien national, et devait donc revenir à l'héritier de droit du moment. La captation de l'héritage des Condé ne pouvait leur suffire ; ils voulaient tout ! L'Histoire s'est vengée quand un des descendants décida de manger la baraque dynastique avec la gouvernante !

Hans-Rudolf MerzQuelle belle surprise de voir Gérard de Villèle venir (à son insu) sur ma marotte helvétique : deux belles colonnes sur la tradition démocratique suisse et sa pratique exemplaire. Comparée au spectacle des décombres institutionnels français, la démocratie de nos voisins mériterait une analyse approfondie de nos penseurs politiques qui passent leur temps à "tordre" l'expression naturelle du peuple par des constructions électorales scabreuses et des barrières de protection de ce qu'est devenue la classe politique française : un syndicat unifié de sortants. En passant, belle devise du ministre des Finances de Berne dont nous devrions faciliter l'immigration choisie, à défaut, le carrément kidnapper : "L'Etat doit rester svelte". Un meilleur réglage de la TVA permettra d'augmenter le PIB de 0,3 à 0,8%, soit un revenu supplémentaire par famille de 100 à 700 francs suisses. J'adore cette minutie horlogère dans l'analyse des complications. Il faut mettre l'ENA à Genève ou à Neuchâtel !

La dernière page est consacrée à la crise de l'Action française. Sanlis qui connaît bien toute l'affaire, prend des précautions pour ne pas ajouter au tumulte. femmes d'AFIl pivote sur des déclarations anciennes de Guy Augé, qui questionnait déjà certaines ambiguïtés du nationalisme canal historique. Déclarer que « le fameux compromis nationaliste se soit invariablement fait aux dépens de nos valeurs » pourrait choquer un royaliste non légitimiste, mais si l'on va au fond de la réalité, on est forcé d'en convenir. Le rapprochement opéré avec les cadres du CERES socialo-jacobin, renforcé d'un soutien public au Saint-Just de la Mitterrandie, dont la voiture prend à Paris sa rue de résidence dans le sens interdit pour rejoindre aisément son HLM de luxe, et qui nous fait de ronflants discours de civisme, contrevenait aux fondements mêmes de l'offre politique monarchiste. Son initiateur en fut indirectement puni à titre posthume puisque c'est le "CERES" qui fit l'éloge funèbre de circonstance pour ses obsèques à la Madeleine.

Il manque à cet article qui se termine sur la visite à l'Elysée du Duc d'Anjou pour la croix du père de la Morandais, la photo où notre athlète de prince serre la main du petit reître, qui fait quand même bonne figure.

On me dit dans l'oreillette que Louis a fait faire subrepticement un métré laser des lieux et les a trouvés petits et pompadouriens. Nous sommes rassurés, il ira à Vincennes où abondent les chênes centenaires.

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