lundi 15 août 2022

Allez aux joutes !

affiche de la Saint-Louis de Sète
S'il vous reste des RTT à prendre, ne les monétisez pas, partez pour Sète ! Six jours de fête dans la cohue de la plus jeune capitale de Septimanie. Créée par Colbert en 1666 comme base navale des galères, L'Île singulière est un monde fermé sur ses codes, ses mœurs, ses coutumes, et comme l'a si bien chanté Brassens, une ville de copains inséparables. Elle s'ouvre chaque année au mois d'août pour la Saint-Louis. N'y voyez aucune souvenance du saint roi des Francimans, le nom de cette fête votive vient du calendrier, comme Toussaint ou Fet'nat, parce qu'on fête tous les Louis le 25 du mois.

Cliquez sur l'affiche, et si Calameo démarre, vous aurez le programme et les photos. Amusez-vous bien, avant qu'on ne vous coupe le gaz cet hiver. En cliquant sur la photo aérienne on entre dans l'histoire d'un port étrange à l'identité forte.

vue aérienne de Sète

vendredi 12 août 2022

Le "vai te foder" brésilien

le ministre Guedes
Dans l'A-Propos du 15 août 2008 qui ouvre ce blogue, j'avais osé une assertion digne d'Hubert Védrine à la différence près qu'il convenait, lui, que la France était certes une puissance moyenne mais d'influence mondiale. Sous la statue d'Alphonse XII, j'écrivais donc dans les jardins du Retiro au quinze-août 2008 :
« (1) La France est une ancienne grande puissance de taille moyenne, dont le prestige est mis en péril par l'affaissement moral et mental de ses peuples et par une gestion inqualifiable de sa république.»

Je crois bien avoir eu raison sur ce prestigieux penseur de la diplomatie française, et m'en désole d'autant plus que le péril annoncé est aujourd'hui bien visible : l'influence mondiale de notre pays n'est fait que de communication française sans application concrète au dehors. En fait, elle disparaît lentement et sûrement. A preuve l'absence de tout effet dans les cas suivants :
  • M. Paulo Guedes, ministre brésilien de l'économie, nous envoie officiellement "nous faire foutre" depuis Brasilia, après avoir déclaré auparavant que Mme Macron était vraiment moche ! La dispute vient du blocage des accords UE-Mercosur par M. Macron à Bruxelles au motif d'une gestion inadéquate des incendies d'Amazonie. On attend les appréciations étrangères sur les feux de Gironde, immaîtrisables faute de moyens adaptés.
  • Vladimir Poutine n'a tenu aucun compte du harcèlement téléphonique du même, jusqu'à le marginaliser en mettant au centre du jeu diplomatique Recep Erdoğan, à qui justement M. Macron fit les gros yeux en 2020 lors de la campagne d'exploration gazière en mer Egée. Le Turc, pas impressionné par les pattes Village d'Emmanuel Macron, l'homme équivoque qui épousa sa "mère", annonce reprendre les recherches sismiques avec un navire plus gros cette fois. Il se fout complètement du groupe aéro-naval français, si tant est qu'on le bouge à portée des missiles de Tartous.
  • La junte malienne, dont M. Hollande a sauvé le pays du califat, nous pisse à la raie en soutenant même que nous avons renseigné les groupes djihadistes qui attaquent leurs positions. Pis encore, elle importe de Russie un système de DCA avec radars (source Africom) qui n'est d'aucune utilité pour lutter contre l'EIGS ou le GSIM mais lui permettra d'interdire le survol de son territoire par les avions alliés, lesquels jusqu'ici n'écoutaient rien de ses menaces ; outre la protection anti-aérienne des résidences de la junte.
  • Devant l'incapacité de la France paternaliste à parer la disette annoncée, le président Macky Sall (Sénégal et UA) va à Sotchi négocier en personne le déblocage des grains et fertilisants de la Mer noire avec Vladimir Poutine, et y parvient finalement. Sergueï Lavrov va de ce pas en Egypte, au Congo-Brazza, en Ouganda et en Ethiopie ramasser les jetons des succès de la négociation directe entre l'UA et Moscou.
  • On ne reviendra pas sur le soufflet diplomatique reçu de nos alliés anglais, américains et australiens dans l'affaire des sous-marins, qui ont considéré que payer le dédit suffirait amplement à calmer les vapeurs de la vieille nation éconduite. Ce qui fut vrai. Cela ne prive pas les cerveaux du Château d'échafauder une alliance militaire dans la zone indo-pacifique avec les mêmes et l'Inde, alors qu'aucun de ceux-là ne nous y attend, le tonnage français disponible sur zone étant ridiculement faible.
  • Avant de finir, faisons la liste des aides militaires au régime ukrainien pour s'apercevoir que nous sommes très loin derrière les autres pays européens bien moins bruyants que nous, sans parler de la Grande Bretagne et des Etats-Unis ; mais il n'est de jour que nous ne donnions notre avis.
  • Dernier clou dans le cercueil de l'influence, l'inefficience totale de la France dans la solution de la crise libanaise, dont nous nous prétendons le "parrain" sans qu'on ne nous ait rien demandé. Les rodomontades de Macron sur les ruines fumantes des silos en sont restées au stade des actualités cinématographiques.
Etait-ce la faute exclusive de M. Macron ou la dérive d'insignifiance vient-elle de la tendance de fond d'un inéluctable destin ? Charles de Gaulle n'a rien réussi de probant dans les affaires étrangères, il n'a pas fait cesser la guerre du Vietnam malgré le discours de Phnom-Penh ; il n'a pas détaché le Québec du Canada ; nos relations avec l'Algérie devinrent exécrables dès le début et nous nous mîmes à dos nos voisins européens et atlantiques à force de vouloir imposer à tous notre Europe française qui sentait bon le Premier Empire. Les chimères gaulliennes disparurent avec lui. Sans doute parce que les chiffres sont têtus et, n'en déplaise aux philosophes, l'économie prime. Or, si on la classe dans les listes mondiales, la nôtre est en recul depuis la mort du président Pompidou. S'y ajoute le cancer de la Dette et les trois cancers des déficits, budgétaire, commercial et social que rien ni quiconque ne semble pouvoir résorber, sauf à déclencher une révolution des assistés. Aucun pays, si riche soit-il, ne résiste longtemps au drainage continu de sa valeur ajoutée dans le tonneau sans fond du bien-être social. Le monde nous regarde nous liquéfier, certains avec attendrissement, d'autres avec ravissement mais la plupart avec indifférence. On attend l'ultimatum des Comores, un jour wagnérisées, à "libérer" Mayotte.

Pour prolonger l'illusion, nous cherchons à intervenir ci et là de notre propre chef à tout motif, pour exister sur la scène internationale, mais quand y sommes-nous appelés ? Tout nous montre que c'est notre président qui se propose de lui-même, comme à Beyrouth l'an dernier ou à Yaoundé, Cotonou et Bissau fin juillet. Avec tant d'insistance qu'il faut venir avec le carnet de chèques pour être bien reçu. Nous devons accepter et faire dire à nos dirigeants que la France est une puissance moyenne européenne, mais disposant d'une zone exclusive maritime très étendue, trop étendue peut-être pour ses présentes capacités de défense. Il n'est plus que temps de taire notre insupportable arrogance et de recalibrer nos moyens dans tous les compartiments diplomatiques et militaires en réduisant nos ambitions et en renforçant nos interventions dans le champ de nos intérêts de proximité et sur notre outremer. Souvenons-nous de la maxime : qui peut courir longtemps et loin avec des galoches de 44 s'il chausse du 41 ? Laissons les empires s'affronter à leur guise. Nous ne sommes plus de taille. Nous avons trois jours de munitions pour faire une guerre du modèle ukrainien. Un point c'est tout. La grandeur c'était au IVè siècle. Nous sommes au Vème, celui du Bas-Empire finissant.

mardi 9 août 2022

Une Amazon finalement !

Roman de gare estival - chapitre 6
L'affaire commence ici : Eté Première (clic).
Eté 2023

Il va sans dire que l'année se passa sur le qui-vive. Med avait trouvé un poste à la clinique publique de Neuilly et pour raccourcir son trajet, vivait maintenant sans boîte aux lettres dans la grande tour Défense 2000, perdu au milieu de plus de trois cents appartements. Alf avait pris un boulot dans un chantier fluvial à Deûlémont. Ils utilisaient l'un et l'autre leur deuxième prénom et évitaient les manifs et les trombinoscopes, surtout sur les réseaux sociaux. Arriva le mois de juillet, et le projet de voyage au grand nord avec lui. Vous n'alliez pas refaire la Croisière jaune sud-nord cette fois avec une Citroën Kergesse. La Onze, même révisée de fond en comble et à laquelle Romain-Jean avait apporté quelques watts supplémentaires et les jantes à rayons qui changeaient complètement le look, n'irait pas au cercle polaire ; non plus que vous ne laisseriez le journal numérique local faire une demi-page sur les Frenchies sympa montés chez les casques à cornes dans une décapotable septuagénaire, bien improbable sous leurs latitudes. Il fallait changer de caisse.

Volvo rouge
La maison d'enchères hollandaise Catawiki passait des coupés anciens qui avaient moins la cote maintenant que les zones de faible émission se multipliaient en Europe. L'idée sympa pour la Scandinavie serait une Amazon. Robuste, facile à réparer et à régler si on changeait les carburateurs SU d'origine par des HIF ; c'était le modèle idéal pour rouler décalé et sûr dans des consommations raisonnables. Catawiki venait de lancer l'enchère sur une 122 batave de 1965 rouge en état d'usage, un peu en dessous du standard collection. Vous vous y mîtes et huit jours plus tard vous emportiez l'enchère à 7099 euros plus les frais. Restaurée au retour des vacances, elle en vaudrait le double ou pas loin, c'était le bon plan, même si ce n'était pas la 123 plus prisée. Le week-end suivant, Alf partit la récupérer à Katwijk, et la ramena sans histoires chez Romain-Jean à Calais. Sans préparer un Paris-Pékin, il y avait quand même un minimum à prévoir pour franchir le cercle polaire. Contrôler les compressions, passer l'allumeur à vis platinées à un modèle électronique, changer la bobine, les quatre bougies et le faisceau complet par des composants blindés, vidanger tous les fluides et certainement désembouer le réservoir. Par chance, la boîte 4 n'avait pas d'overdrive qui est un nid de chagrins sur les anciennes Volvo. Les amortisseurs avaient été renouvelés par l'ancien propriétaire, il suffisait de mettre des pneus pour le nord et les Uniroyal MS étaient le meilleur compromis prix/grip. Les sièges étaient bons et le débosselage des ailes attendrait. Restait l'armement du navire et à déterminer sa route.

Pour une voiture moderne, Michelin donnait 3322 kilmomètres et trente-neuf heures de roulage pur entre Calais et Kirkenes (clic) en passant par la côte suédoise du Golfe de Bothnie. C'était le barreau posé sur la carte. L'idée n'étant pas de faire un pélerinage aux saints du pôle nord, la plus grande concentration de filles libres était au camping international d'Amsterdam, sur le barreau Michelin ou presque. Vous continueriez par la Frise et passeriez le grand pont de l’Øresund qui a donné son nom à cette série policière suédoise de haute volée, The Bridge (Bron) avec Sofia Helin (Saga) qui écrase toute la distribution et marque le cinéphile pour longtemps.

Par sa bonne connaissance de la langue allemande, Alf avait entretemps suivi toute l'affaire de Mannheim dans la presse locale et s'était abonné à l'édition numérique du Stuttgarter Zeitung (la belle invention !). Il avait maintenant toute l'histoire. Assez classique en somme dans le chapitre du choc de civilisations. Deux jeunes turcs de la même famille, cousins germains, s'étaient épris de deux sœurs rencontrées au cours municipal d'allemand pour étrangers le soir. Elles n'étaient pas à proprement parler des professeurs de cette association mais des bénévoles qui remplissaient toutes les tâches administratives et d'organisation des cours. Les deux garçons venaient de Thrace, d'un clan de marchands versés dans le commerce international d'urée, et eux-mêmes étaient destinés à travailler dans les bureaux de l'antenne allemande de la firme turque. Les jeunes gens se fréquentèrent pendant un an puis les familles décidèrent de conclure un beau mariage double ; les parents des filles étaient de respectables fonctionnaires des Voies navigables. Le facteur déclenchant était, ne le cachons pas, la beauté et la blondeur des fiancées bien avant leur niveau d'études juste correct. Grand mariage bruyant à Mannheim, voyage(s) de noces en Anatolie et sur la Mer noire jusqu'à Trébizonde, super-appartements sur la Maximilianstrasse, le bonheur carton plein, et beaucoup de bon argent dépensé. Sauf que ! Le journaliste en charge de l'affaire devait être un copain de Thilo Sarrazin et ne manquait aucune occasion de proposer au lecteur l'incompatibilité d'humeur entre deux systèmes éducatifs si différents qui ne pouvaient s'assembler que dans une "tutelle occidentale", ce qui au XXIè siècle n'était plus accepté dans l'espace turcique, même en Thrace. Ce n'était point tant les jeunes maris qui étaient en cause que leur famille, moins avancée sur le chemin des libertés féminines et de l'égalité des chances que n'en montraient les apparences de la vie courante. Les femmes ne portaient pas de foulard, les hommes de misbaha, mais mentalement la propagande incessante pour une réislamisation de la Turquie avait réveillé un fonds patriarcal ancien.

Med avaient des exemples de ruptures franco-africaines, toutes faites dans le même moule. L'étudiant lauréat ramenait au pays sa conquête française, blonde toujours, et une fois le "butin" promené par toute la parentèle, il prenait une épouse dans la coutume de la tribu pour se reproduire. Certaines faisaient leur deuil d'un amour romanesque en attendant que jeunesse se passe, d'autres, affolées de voir la leur s'enfuir dans une cage ethnique et qui pis est, matriarcale souvent, trouvaient la fente dans la palissade et par le consulat rentraient au pays. Il n'y avait d'expérience aucun autre endroit où réussir un mariage de la diversité que dans le pays de l'épousée, à la stricte condition que les familles ne s'en mêlent pas. Le drame de Mannheim cochait toutes les cases du crime annoncé.

la blonde

Le crime venait d'abord d'un machisme exacerbé au sein de familles vite hostiles sur fond de valeurs incompatibles. Un an avait passé et les familles turques ne voyaient pas arriver d'enfant, de garçon surtout. Les époux furent encouragés à se donner plus de mal, mais quand au bout de dix-huit mois il s'avéra que toutes les positions, sauces pimentées et tisanes stimulantes ne donnaient pas de résultat, il fut admis chez les Turcs que les épouses étaient stériles, et commença à s'insinuer dans la lézarde de la défiance qu'ils s'étaient fait posséder par la famille allemande avec des épouses défectueuses. Puisque bien sûr, au stade le plus avancé de la civilisation orientale, un mariage n'était que de procréation. Ne l'entendant pas de cette oreille, les beaux-parents conduisirent leurs filles chez le meilleur gynécologue de la place, qui après des examens approfondis déclara qu'elles avaient tout pour concevoir, porter et faire naître un enfant. Ce qui incita leurs parents à dépasser un peu le sens des convenances en déclarant tout de go aux parents des garçons que ceux-ci étaient mal montés ! Et que le plus simple était de consulter de leur côté. Ce qui s'avéra être une injure grave, un Turc ne pouvant pas être infirme sur ce plan. Deux ensemble, moins encore ! Il y aurait eu d'autres solutions comme l'insémination assistée mais c'était attenter à l'honneur du nom. La négociation du style chevillard aurait dû commencer là, mais poussés par leur bon droit, les parents allemands attisèrent la dispute de cent façons et surtout avec ce soupçon de supériorité qui fit la réputation de la race dans la campagne de France. Mais fait étonnant quand même, ce ne furent point les maris qui réagirent - le doute avait germé quand même dans leur cortex - pas plus que leurs pères respectifs, trop abasourdis par l'évidence, mais les oncles des époux, excédés des rires et quolibets qui fusaient dans leur dos quand ils passaient au café serrer des pognes ou au kiosque jouer, alors que jusque-là leur autorité naturelle dans la communauté imposait plutôt un silence respectueux. Entretemps, les filles prirent leur distance avec une ambiance de plomb et, va savoir ce qu'il se passa dans leur tête, filèrent en direction du sud jusqu'au camping ombragé de la Tamarissière qu'on leur avait conseillé en Agde quand elles louèrent les vélos. Une carte postale de vacances mal dirigée et elles furent repérées. Les oncles descendirent pour les remonter et les tenir serrées dans le genelev privé de la Maximilianstrasse. Les choses durent tourner plus mal encore en cage, puisque deux séides furent commandés pour laver l'honneur de la famille, sur place ! Les quatre individus interpelés n'étaient pas les maris et leurs pères mais les oncles et les tueurs à gages. De quoi tenir la page jusqu'à la Toussaint.

Dans la mesure où les agents actifs dans le double assassinat étaient sous les verrous, vous comprîtes alors que vous ne risquiez plus grand chose en restant un minimum prudents. L'Amazon filait un bon 120 sur l'autoroute en direction de la capitale internationale de la beuze. Vous vous étiez donné trois jours pour faire votre marché, en oubliant volontairement que vous seriez choisis et pas l'inverse finalement. Le plus simple à l'arrivée serait de commencer par laver la voiture qui en avait bien besoin. L'eau attire !

(la suite au prochain numéro)

samedi 6 août 2022

CMRDS moins 15

Que vous remontiez du sud ou descendiez du nord, la route de Roanne est la nationale 7. En convoi c'est plus roulant que la départementale pittoresque, sauf s'il pleut. A moins de venir à deux déjà sur la machine, pensez à baisser vos cale-pieds, des anges gardiens peuvent monter en croupe rejoindre le camp de l'Action française qui en a bien besoin, l'actualité du pays étant devenue un vrai champ de mines pour quiconque s'attelle à penser la reconstruction du pays.

cale-pied moto

Jusqu'ici, l'épure était simple. La méchante République, encrassée de strates administratives redondantes et dispendieuses, captées par les fonctionnaires et leurs proxénètes de la haute bourgeoisie au moyen de la supercherie démocratique, visait à accroître les biens de l'oligarchie par tous moyens, dussent-ils convoquer au succès de l'entreprise la désintégration de la nation. La succession de politiciens de rencontre remontés du fond du tonneau des diplômés en sciences molles au bénéfice de La Casta promettait le déclin inéluctable du pays, le plus beau du monde toujours. L'Action française, et toutes les chapelles royalistes après elle, ne promeuvait d'autre issue au désastre annoncé que la remise en état de l'Etat sous la forme traditionnelle d'une monarchie fédérative active et sociale avec pour clef de voûte une famille royale permanente en laquelle puiser le roi (ndlr: ou la reine) par succession héréditaire. Sauf que...
(1) Le pays est en danger
(2) L'Etat monarchique n'est pas défini
(3) Les prétendants ne sont pas crédibles
(4) Le mouvement royaliste n'est pas organisé pour l'assaut

Nous pourrions faire dix pages sur chacun des quatre points cités et d'ailleurs ce blogue ne s'en est pas privé dans le passé. Limitons-nous à quatre paragraphes concis :

(1) Le pays est en danger d'abord parce que le Trésor est vide, ou mieux dit, a été vidé pour satisfaire aux revendications des classes victorieuses aux élections. Gouverné par des puceaux n'ayant jamais travaillé autrement que pour passer des concours d'improductifs, tout son tissu industriel a été bradé laissant insuffisamment de valeur ajoutée pour couvrir l'essentiel des besoins nationaux et le rendant incapable d'équilibrer (c'est un euphémisme) sa balance commerciale. Etranglé par la crise énergétique, menacé dans ses possessions ultramarines, le pays aux caisses vides est dans une situation assez grave pour mettre au second plan toute réforme des institutions. L'urgence prime la forme du régime.

(2) L'Etat monarchique n'est pas défini par le mouvement monarchiste pour qu'on puisse le présenter aux gens sous un angle fonctionnel de manière intelligible. Jusqu'ici la promotion de ce régime (répoussé dans le passé par la nation) s'applique d'abord à la réforme des "valeurs" alors qu'il s'agit dans l'urgence actuelle de privilégier une approche mécaniste démontrant la supériorité de la gouvernance alternative face à chacun des défis. Nous attendons toujours l'explication de cette carence didactique chez les chapelains. Ou autrement dit, quand allons-nous décider d'intéresser les gens à notre projet en offrant des solutions concrètes et compréhensibles, amalgamées dans un dispositif cohérent de gouvernement de la nation. Commencer par le projet de séparation des domaines régalien et public proposé par Royal-Artillerie est-il stupide ?

(3) Les prétendants ne sont pas crédibles parce qu'aucun n'est préparé au gouvernement quotidien des affaires d'un pays 3.0 et tous agissent par imitation de ce qu'ils voient dans les cours européennes régnantes, ce qui ne nous servira à rien. Nous avons besoin d'un roi en armure à cheval et pas dans le char à bœufs. Prendre à notre compte (c'est une formule) les affaires publiques du jour au lendemain suppose d'en avoir prévenu quelqu'un qui réunisse les compétences d'un chef d'Etat d'aujourd'hui, avec le bagage, le tempérament, la résilience, la vitesse de décision, la capacité à auditer son exécutif. Mettre un roi dans le poste de président du modèle 58-62 de la Vè Constitution ne suffira pas à sauver la France de la noyade dans l'état de calamités où elle est plongée. Ceci n'empêche pas de montrer du respect aux descendants des dynasties passées qui ont fait de la France un pays bien supérieur à celui d'aujourd'hui, rapporté aux autres et à l'époque considérée. Mais, malgré l'affection que nous leur portons, leur hérédité, comme les dépositions anciennes, ne leur crée aucun droit particulier à gouverner. Désolé d'être aussi sec mais... !

(4) Le mouvement royaliste n'est pas organisé pour l'assaut, s'il le fut jamais. Contrairement aux cellules trotskystes par exemple, aux aguets de toute insurrection populaire (les gilets jaunes des rond-points par exemple), les chapelles royalistes sont des cercles d'études doctrinales et historiques, composés d'étudiants non encore immergés dans les réalités d'une vie professionnelle, ou de retraités libérés des contraintes de résultat. La tranche d'âge active y est peu représentée, celle qui connaît par exemple la gestion par objectifs, sauf par des enseignants qui, le plus souvent pour ne pas dire toujours, n'ont jamais été exposés au feu des risques entrepreneuriaux qu'il vaut mieux ressentir qu'imaginer, si l'on veut manager le domaine régalien au XXIè siècle. On mesure à l'évidence cette carence dans la gouvernance erratique de M. Macron.

cul de lampe épée

Le Camp Maxime Réal del Sarte qui ouvre dans quinze jours au Château d'Ailly (42), a son utilité dans la construction du laboratoire intellectuel de chacun, en lui fournissant les bases essentielles à son propre enrichissement, lequel exigera quand même du travail personnel par la suite. Il ne débouchera pas sur l'essaimage de cellules de combat politique mais il ne tient qu'à certains courageux, bien au clair dans leur tête et adaptés aux réalités du pays (le vrai pays réel), de s'y mettre en durcissant les sections régionales sous une coordination centrale dont les compétences sont dès à présent disponibles et ne demandent que des moyens, les idées étant là. Les moyens ?
De l'argent... de l'argent... de l'argent !
On n'en sortira pas sinon.

jeudi 4 août 2022

La crise de nerf chinoise

Mrs Pelosi
La visite à Taïpei de Nancy Pelosi, speaker de la Chambre des Représentants de Washington (ndlr: Royal-Artillerie s'adresse aussi aux enfants grands), a agi comme révélateur des difficultés intérieures dans lesquelles se débat le pouvoir actuel chinois. Sa réaction carrément hystérique laisse comprendre que l'inconfort enduré n'est pas dans les seules questions stratégiques. Mme Pelosi ne s'est pas privée de le faire remarquer. L'économie est affaissée par l'intrusion de plus en plus profonde des commissaires politiques du parti communiste dans les entreprises, même moyennes, au moment où les enjeux industriels et commerciaux exigent une réactivité qui est maintenant sous contrôle (et pas par la strate la plus intelligente du parti). Ne parlons pas de la caporalisation des universités sous contrôle qui augure mal de l'avenir de la recherche en Chine. L'épargne des ménages, si importante dans la mentalité chinoise de prévoyance, est parfois investie dans des spéculations mal maîtrisées qui ont levé au Henan une forte contestation de petits clients, réprimée avec une violence disproportionnée par les nervis du parti. La promotion immobilière de masse qui a séquestré de gros acomptes de clients sur plan, est partout en péril (une source francophone). On parle en milliards de renminbis. L'emploi industriel stagne partout ou régresse, laissant à découvert une masse d'ouvriers mécontents, pas encore convertis aux coups d'accordéon du capitalisme sauvage, et qui peuvent précipiter en une révolte du type Boxers. Tout celà à trois mois du XXè Congrès du PCC où Xi Jinping doit s'affirmer ou disparaître (une autre source francophone mais payante).

On sait, malgré tous les efforts de la censure d'Etat, que le groupe informel des Shanghaïens est vent debout contre la politique d'arrogance internationale. On sait que le premier ministre Li Keqiang et le personnel politique attaché à lui sont contre le bridage de l'économie domestique au motif de contrôle resserré du développement dans la vieille tradition de dirigisme qui a échoué partout ailleurs. Mais deux points sont (à mon avis) plus dangereux pour l'avenir de Xi Jinping - complètement défoncé au culte de la personnalité - c'est la gestion catastrophique de la pandémie Zéro-Covid et l'échec de la politique étrangère basée sur la revanche des nations opprimées par l'Occident. Aucun pays étranger ne coopère de bon cœur avec la Chine populaire. Les relations sont de pur intérêt et le plus souvent par l'achat des décideurs (la liste est trop longue), ou par contrainte géopolitique.

Par exemple, parmi les pays de l'ASEAN, aucun pays (sauf le Cambodge survendu par Hun Sen) ne collabore volontairement. Même le Laos communiste doit lutter contre la sinisation du fleuve Mékong. La captation de la Mer de Chine méridionale interdit toute fraternité, des pouvoirs sûrement, mais des peuples encore moins. Les Chinois sont apparentés à des pirates. L'intrusion chinoise en Afrique à coup de milliards se heurte aux fondamentaux que nous connaissons bien. Si les intérêts des présidents divergent de ceux de la Chine, comme en Angola, tout le plan de conquête est ruiné en trois coups de queuillère à pot. En fait les établissements chinois en Afrique sont aussi fragiles que pompeux et ils constituent un futur butin pour les classes politiques montantes. Plus grave, pour le ministre des affaires étrangères, est la cagade du Pacifique. Fort d'accords plus ou moins extorqués aux dirigeants des îles Salomon, les loups guerriers de la diplomatie chinoise se sont mis en tête de passer des accords avec tous les autres Etats de l'Océan pacifique, et furent si sûrs d'eux qu'ils montèrent un gros raout aux îles Fidji pour officialiser leur entrée fracassante dans l'arrière-cour des alliés. Pas un Etat n'a signé dès lors qu'il fut clair que la Chine populaire deviendrait le meilleur partenaire dans la sûreté des atterrages et pour le contrôle social des populations. Ça n'a pas tardé puisque aux Salomon le gouvernement vient d'officialiser la censure préalable de la presse publique comme en Chine populaire. L'Australie qui a senti sur la joue le vent du boulet s'est sortie les doigts, comme les autres nations de la région. Une (re)fraternisation des nations éparses de l'Océan pacifique est en cours après qu'elles ont mesuré l'enjeu stratégique de l'espace maritime qu'elles représentent ensemble pour des méga-puissances de la taille de la Chine.

Reste les routes de la Soie. Le projet va de pair avec le China Dream qui n'est rien moins que le retour de la souveraineté chinoise sur toutes les marches de l'empire du Milieu. Aparté: le Turkestan oriental appelé Xinkiang n'en faisait pas partie, mais on se rattrappe avec les îles de la Mer de Chine et le Tibet en oubliant l'Amour (on l'a déjà dit). Le plus gros effort du projet One Belt One Road était de parvenir à livrer l'Union européenne en traversant toute l'Asie centrale en train. Des infrastructures considérables ont été financées dans ce but ainsi qu'un parc de matériel roulant impressionnant. L'inversion de flux provoquée par la guerre d'Ukraine contre laquelle Pékin n'a rien dit, s'ils ne l'ont pas involontairement encouragée en s'affichant solidaires de Poutine à la fin des Jeux d'hiver, entame gravement la rentabilité du projet. Pareil pour le passage du nord-est qui devait acheminer des vraquiers chinois et internationaux vers les ports européens de l'arc atlantique : la situation potentiellement conflictuelle de l'océan arctique rehausse les primes d'assurance à un niveau rendant l'alternative peu intéressante. Nul doute que des opposants à l'autocrate à demi-fou - qui a fait inscrire sa pensée dans la Constitution - susciteront des doutes quant à ses compétences au prochain congrès. On sait qu'en fils de prince, il n'a pas fait d'études.

Revenons sur l'affaire de Taïwan. Nous en avons parlé beaucoup ces dernières années (voir le libellé "taiwan"). Si la coterie de Tonton Xi en avait dans le pantalon, elle n'organiserait pas une parade navale tous canons dehors autour de l'île rebelle mais plus simplement, elle capturerait les îles nationalistes à portée de fusil de ses côtes. Il faut quand même qu'il y ait un sérieux doute de succès pour se priver d'une victoire aussi emblématique. Quelles sont-elles ces incongruités stratégiques ?

Quemoy (Kinmen), l'archipel de Matsu et Wuchiu Yu entre les deux, sont des possessions taiwanaises à quelques encâblures de la côte chinoise, qui datent de la fin de la guerre civile. Le problème est peut-être que l'écrasement ou l'incinération des habitants (car on ne voit pas l'Armée populaire de libération se lancer dans un combat au corps à corps) soulèverait un profond ressentiment contre Pékin chez les populations de la province maritime du Foukien qui sont les mêmes que les insulaires. Une carte vaut mieux qu'un long discours et les articles de la Wikipedia sont très bien faits. Relire pourquoi pas Le scandale de Quemoy. Pas besoin d'épiloguer, ça saute aux yeux !

Détroit de Taïwan
Tout ce que vous vouliez savoir sur Quemoy sans jamais oser le demander c'est par ici ; sur les Matsu c'est par là, et pour les Wuchiu ici aussi.

Au final, Xi Jinping n'a pas grand chose de décisif à apporter au XXè Congrès du parti, sauf l'emprisonnement d'opposants au motif de prévarication, des armées augmentées et rénovées, des promesses de grandeur et un futur qui chante. Cela risque de ne pas suffire après dix ans de pouvoir impartagé et la ruine du plan "un pays, deux systèmes" par la répression de Hong Kong. D'où l'agitation désordonnée pour faire croire à une menace extérieure prégnante justifiant sa politique tous azimuts de desserrement des fers de l'oppression occidentale à laquelle il veut croire. Wang Yi, ministre des affaires étrangères, vient d'annuler sa rencontre avec son homologue japonais au prétexte d'un communiqué désobligeant du G7. La diplomatie chinoise patauge et s'énerve. L'hystérisation n'est peut-être qu'à ses débuts.

mardi 2 août 2022

Les Ninja de Langley

Ayman Mohammed al-Zawahiri est mort de neurasthénie sur son balcon de Kaboul où il prenait le frais en attendant le châtiment divin. Car on ne peut raisonnablement croire que le "penseur" d'al-Qaïda, celui qui a monté tous les gros coups, à commencer par l'attaque des tours jumelles de New-York et du Pentagone de Washington, n'ait pas anticipé pendant une seconde de temps le repérage satellitaire américain de la CIA qu'il avait aux trousses depuis 2002.

drone Reaper

Les circonstances de la liquidation du chef suprême dans sa villa sécurisée d'Abbottabad en 2011 ne laissaient aucun doute sur les capacités de l'agence à acquérir ses cibles. L'homme le plus prudent et le plus informé de la sphère terroriste ne pouvait l'ignorer. C'est ainsi qu'il avait pris l'habitude de sortir fumer une clope (ndlr) sur le balcon quand la brise de l'aurore descendait sur la ville à ses pieds. Qui attendait-il à 6h15 du matin ?

On saluera le luxe de précautions limitant les dommages collatéraux à rien ou epsilon, en remplaçant le combo "lumière et chaleur" par deux Flying Ginsu amenés à portée par un drone Reaper, les lames hachant menu tout ce qu'elles rencontrent en bas. Les fondamentalistes afghans ont trahi leur promesse de lutter contre le terrorisme international, promesse signée le 29 février 2020 à Doha (Qatar), en hébergeant à Kaboul dans une "villa sûre" le leader le plus corrosif du même terrorisme international. Nul doute que leurs réclamations sur tel ou tel point des accords de paix ne soient jamais prises en considération par les Etats-Unis ni par leurs alliés dans la cagade afghane. Quoique, à voir tout ce que perd la société afghane depuis la Libération, nous pouvons croire que nous avions quand même apporté quelque chose à ces peuples. S'il y eut de nombreux conflits entre tradition et développement - BREAKING : je m'interromps cinq minutes pour regarder sur CTi Taïwan le C-40C de Nancy Pelosi (82 ans) atterrir à Taïpei (02.08.2022-22:45 heure locale) ; un doigt d'honneur dans le cul de Xi Jinping - Oui... les avancées sociales en Afghanistan ?

Elles concernent surtout le développement de base par la réhabilitation des services publics avec les infrastructures idoines (écoles, postes, gares, banques, aéroports, rails, routes), l'électrification et le déploiement d'une administration sur le territoire au plus loin possible en profondeur (c'est elle qui pliera en premier sous la poussée des talibans). Mais c'est la libération du sexe jadis faible qui en sera l'emblème dans tous les pays du monde, même et surtout là où les femmes musulmanes sont opprimées.

Les filles feront des études, qu'elle pourront pousser jusqu'au troisième cycle ; et les garçons aussi, qui rencontreront des professeurs de meilleure valeur. Les femmes iront travailler le matin dans toutes sortes de services et guichets comme chez nous, et même comme pilote d'avion de ligne ou de liaison (Top Gun). Les clubs de sport se multiplieront (boxe féminine aussi) et des emplois en tout genre seront offerts par les administrations renaissantes et l'économie ragaillardie. On comprend la stupeur et la douleur d'une population ramenée brusquement à l'âge du bronze.

Certains petits reporters, comme Geoffroy Antoine chez Bld Voltaire qui passe sur CNews, se vautrent dans l'antiaméricanisme primaire en ne voyant d'autre issue à l'intervention occidentale en Afghanistan que le retour des talibans aux affaires et leur réarmement. Mais ce sont avant tous, les politiciens afghans désignés par la Loya Jirga et la hiérarchie militaire afghane qui ont trahi leurs peuples en détournant les moyens de défense du pays à leur profit, moyens considérables mis à disposition de l'ANA par les Occidentaux. Oui, cela nous a coûté très cher, mais il est minable de soutenir que c'était en pure perte. La mission civilisatrice était largement acceptée dans les couches pacifiques de la population. L'erreur - parce qu'il y a bien une couille dans le potage quelque part - est de n'avoir pas su instrumentaliser la dynastie des Mohammedzaï (Barakzaï), dont le dernier roi, Zaher Shah, était très respecté ; auquel on substitua le gauleiter Hamid Karzaï, un Popalzaï de la tribu pachtoune d’Ahmed Shah Dourrani (1722-1772), fondateur de l’Afghanistan. S'il avait des références, il n'avait pas l'aura qui en impose jusqu'au fond des montagnes.

Faute de vouloir en dire plus, le nez dans son parjure, le pouvoir à Kaboul dénonce l'intrusion d'un drone et in petto la pratique de l'assassinat ciblé qui menace ses chefs. Certains qui se croient plus forts que nous peuvent maintenant mesurer la valeur de la signature afghane à l'aune de la preuve, et accessoirement la furtivité de la menace qui "plane". Les Chinois s'inquiètent déjà de la merde islamiste qui risquent de remonter le corridor du Wahkan s'ils y passent une route de la soie comme c'était prévu au moment des effusions sino-afghane, quand Pékin prit le départ cahotique américain pour une victoire chinoise. Ils vont déchanter et réduire les transferts. A quoi sert-il d'acheter à prix d'or des gens sans aveu ?

Ce soir, champagne pour fêter la dispersion d'al-Zawahiri le funeste, mais surtout pour féliciter Mme Pelosi de n'avoir pas écouté les sirènes du sans-couillisme et les menaces en papier mâché de Pékin. On lui savait de la pugnacité. Ceux qui l'ont connue ou ceux qui la suivent savent qu'elle n'a pas un tempérament à avoir peur du bruit.

l'avion de Pelosi se pose à Taïpei

lundi 1 août 2022

Où l'on s'achète une minerve !

Roman de gare estival - chapitre 5
La nouvelle se déplace au nord.

ferryboat

Rentrés comme prévu au Quinze Août, Alf repartit du Plessis-Robinson et continua sur Calais où un ancien copain du collège technique avait un garage réputé en anciennes et ferait une révision complète de la Traction à prix d'ami, à la seule condition d'être cité dans le magazine Autoretro où paraîtrait la voiture au printemps prochain. L'autoradio Radiomatic - il n'en restait que la façade - balançait ses fréquences dans des haut-parleurs modernes et Alf s'en mettait plein les oreilles avec la capote fermé pour cause de mauvais temps. Après Noailles, il chargea sur la nationale un jeune couple d'Anglais trempés qui remontaient au ferry de Calais. Quand fut épuisé le sujet sur la voiture super-sympa mais qui consommait beaucoup sans doute, Alf sut qu'ils avaient passé leurs vacances sur le lac Léman. Quelle idée ! Puis ils étaient remontés par la Bourgogne, évitant Paris et sa faune urbaine, les rats, les voyous et la merde des chiens. Alf ne relança pas, sachant qu'ils décrivaient aussi la banlieue de Londres comme à Seven Sisters. Le garçon était plutôt beau pour un Rosbif et la fille semblait à côté de lui un en-cas. Mais comme sa plastique commençait à souffrir des nuits à bières, on sentait qu'elle s'y était faite. Alf comprit très vite qu'il n'y aurait pas de conversation, surtout au premier barrage de CRS protégeant la côte des routiers double-usage. "Les Français avaient créé le problème migratoire transmanche en ne retenant pas les faux réfugiés désireux de passer en Angleterre et en fermant les yeux sur les passeurs". Inutile de leur expliquer qu'en France, le migrant était une culture, au même titre que le maïs ou le canard gras, et que rien ne changerait jamais, ni de ce côté du Channel ni de l'autre. Il les mena aux bureaux de l'embarcadère qu'ils pénétrèrent sans se retourner, et reprit la route du littoral vers chez lui, mit la cassette de Wilson Pickett et monta le son :
Mustang Sally (au casque).

Les vacances étaient terminées depuis une quinzaine. S'ils n'avaient pas fait tant que ça de photos, ils avaient passé du bon temps, avec de super-nanas décoincées qui plus est, et montraient un bronzage très classe moyenne supérieure. Alf avait repris son poste de dessinateur industriel dans un chantier naval de Calais et Med était retourné dans sa clinique. La titine était sous housse chez Romain-Jean qui allait la préparer cet hiver pour le reportage d'Autoretro. Il était envisagé de lui ajouter des watts comme à l'époque avec un compresseur Constantin, mais aussi un visco-coupleur de ventilateur de chez Rover pour réduire le couple perdu, une culasse Speed (pas facile à trouver) et sans doute de vraies jantes à rayons pour mieux refroidir les tambours de freins. Mais le premier travail était d'ouvrir la boîte de vitesses dont la seconde sautait, obligeant à tenir enclenchée la queue de vache avec le genou. Ça n'était pas la tringlerie. Sur la carrosserie, on ferait juste un polish pour la garder dans son jus, Alf et Med s'en chargeraient en venant un samedi au garage. Le programme était simple et abordable. Alf rentrait le vendredi soir chez ses parents à Zutkerque pour faire un peu de jardinage le week-end, son linge et ballader le terre-neuve le long de la rivière. Parfois il montait un hameçon à sa canne d'ado et allait pêcher au coup quand il ne pleuvait pas. A Calais, il avait son pub et des copains de zinc et comme toute sa classe d'âge à Calais, il sautait à l'occasion des Anglaises qui venaient sur le continent faire des courses. Une vie réglée de célibataire en somme.

Med fut réveillé en sursaut par le téléphone bien qu'il soit onze heures mais c'était un samedi. Alf appelait de chez ses parents. Il avait la Voix du Nord dans les mains avec un titre en page 3 qui lui glaçait le sang. Il parlait à mi-voix.
- Ecoute ça :
Crime d'honneur à Mannheim au Bade-Wurtemberg, titrait le canard avec une photo d'un immeuble entouré de voitures de patrouille et d'ambulances. La police est intervenue la nuit dernière dans un immeuble de la Maximilianstrasse à l'appel de voisins effrayés par des cris de terreur apparement féminins provenant du dernier appartement. L'équipe d'intervention renforcée dut fracturer la porte pour trouver deux femmes dans la trentaine baignant dans leur sang sur le tapis du salon. Quatre hommes furent appréhendés comme témoins dans l'immeuble, dont un qui tentait de gagner le toit, mais qui ne sont pas connus des services de la police criminelle. D'après les témoignages recueillis à proximité par les correspondants du Stuttgarter Zeitung, il pourrait s'agir d'un crime d'honneur, vu l'appartenance communautaire de la famille. Les premiers éléments divulgués sur les victimes indiquent qu'elles étaient originaires de la Sarre.
Suivait des considérations sur les statistiques de criminalité dans un district plutôt calme...

Un blanc au bout du fil. Med était suffoqué et ne disait rien. Au bout d'un moment Alf brisa le silence pour dire que d'une certaine façon, c'était écrit : des Turcs ne laisseraient pas passer ça et le petit du camping ne s'était pas trompé. Vous sûtes instinctivement que vous étiez aussi des cibles ; si l'honneur de la famille turque avait été ruiné, c'était en partie de votre faute. Alors vous échafaudâtes les prémices d'un protocole de sûreté qui commençait par ne pas se rencontrer déjà, pour éviter que l'un ne mène à l'autre. Le plus sûr était de quitter les logements présents au cas où une enquête de voisinage par des malfaisants ne démarre à la Tamarissière ou autour. Le bureau du camping avait les adresses et la photocopie des cartes d'identité. Ainsi Med se fit à l'idée de quitter le Plessis-Robinson pour Paris intramuros et Alf prit un petit triplex rue de la Monnaie à Lille, qui était déjà dans ses intentions en location-vente. Ils avaient la chance d'être restés célibataires mais chacun de son côté prévint sa parentèle qu'il partait en mission à l'étranger sans possibilité de le joindre. Si les explications ne suffisaient pas, ils étaient près à se fâcher avec les leurs. Il y avait aussi le reportage à venir dans Autoretro. Ils étaient indentifiables bien plus facilement par la Onze décapotable de couleur marron que par aucun autre signalement précis. Il fallait annuler et arrêter les frais chez Romain-Jean. Comment le prendrait-il ? Surtout si la meilleure précaution était de ne pas l'informer du pourquoi pour éviter la dissémination, lui qui était en ce moment identifiable par la voiture garée chez lui. Mais à la fin du mois, Alf fit une rencontre utile.

Un pote d'un pote était turc (ou kurde). Quand un soir au pub la conversation avait roulé sur la civilisation toujours archaïque de la Turquie populaire et sur les crimes d'honneur chez les paysans d'Anatolie. Alf apprit sans que les autres ne le sussent qu'il devait être mort à cette heure. Le protocole de vengeance communément admis voulait que l'amant soit sacrifié le premier, si possible sous les yeux de la femme adultère, laquelle devait tourner de l'œil pour faire bonne contenance avant que d'y passer à son tour. A distance, on pouvait rapporter à l'épousée les glaouis du défunt comme preuve de l'exécution. S'ils étaient encore vivants il n'y avait que deux raisons probables : soit ils étaient restés introuvables mais alors pourquoi priver les "coupables" de la douleur du spectacle promis en les égorgeant les premières ; soit les maris les considéraient comme des pigeons innocents qui auraient été séduits par leurs femmes dévergondées. Faudrait peut-être continuer à réfléchir... Chacun avait retrouvé un boulot correct ; un nouveau logement sympa ; ils décidèrent de s'en tenir au plan une année encore et jusqu'après les vacances de l'an prochain. Le mieux d'ailleurs n'était-il pas de les passer en... Norvège ? A Kirkenes, les Turcs ne vont jamais à Kirkenes. Et les Russes non plus maintenant.

Kirkenes harbour
(la suite au prochain numéro)

vendredi 29 juillet 2022

Demandez le programme !

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programme de conférences
programme de conférences
  • DU 21 AU 28 AOÛT A ROANNE (Loire)
  • M. François Marcilhac, éditorialiste à l'Action française
  • M. Christophe Dickès, docteur en histoire et vaticaniste
  • Me Benoît Dakin, avocat honoraire du barreau de Dieppe
  • M. Henri Bec, magistrat honoraire, président de la Restauration nationale
  • M. Bernard Lugan, maître de conférences des universités
  • M. Jean-Baptiste Donnier, professeur, directeur de thèses, droit privé et sciences criminelles
  • M. Philippe Mesnard, éditorialiste à Politique Magazine
  • M. Marc Savina, professeur d'histoire
  • M. Jean Gugliotta, président de la Fédération royaliste provençale
  • M. Hilaire de Crémiers, directeur de la publication à Politique Magazine
  • M. Antoine Scherrer, professeur de philosophie
  • Me Charles Millon, ancien ministre de la Défense

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