samedi 29 juillet 2006

Israël, nation sans dessein

Aussi loin que je remonte dans mes entretiens avec des Juifs de Palestine, de France ou d'ailleurs, je ne peux me rappeler d'avoir entendu l'exposé d'une politique régionale d'Israël au sein du Moyen-Orient. Par contre on m'a déroulé tous les aspects d'une politique de sécurité active par la domination des voisins, séparés ou imbriqués, le parangon étant - il y a quelques années quand même - Eretz Israël de la mer au Jourdain, les populations aborigènes étant déplacées et recueillies le moins mal commodément possible sur crédits internationaux, au Sinaï et en Transjordanie. Et après ? Il ne me fut jamais répondu à cet "et après ?".

Sans doute était-il rêvé quelque "par après" retranché sur le ruisseau de l'Est, derrière un fossé stratégique et incinérateur des imprudents, derrière une ligne Maginot, mais automatique, du Golan à la Méditerranée, et à l’ombre des bunkers alignés ensuite jusqu'en Egypte dans le cas bien improbable où les vaincus voudraient reprendre pied. Et toute la frontière Sud derrière une ligne électrique Challe infranchissable. Et après ?

Après ? Cela aurait pu être le nouveau jardin d'Eden, vert et opulent. Les Arabes déportés sous les tentes parmi leurs chèvres, les fils de Sion auraient eu enfin toute l'eau de la Cisjordanie, jusqu'à pouvoir mettre les bas vallons en rizières, et profiter enfin sans intrus de la Terre Promise ! Les lieux saints auraient été la cerise sur le clafoutis par le tourisme mondial qu'ils auraient attiré. C'était un rêve d'enfant suprémaciste. Irréalisable, jamais !

L'Israël sur Chenilles est capable de vaincre chacun de ses ennemis actuels ou futurs qu'il ne fera qu'accroître le nombre de ceux qui entendent lui résister par tous moyens, y compris les pires. Le dilemme est de n'avoir aucune politique d'insertion pacifique dans sa région, et pas d'alternative philosophique à la Mécanique qui accumule les victoires nourrissant automatiquement la guerre. A continuer ainsi, des esprits avisés lui prédisent le destin de la France en Algérie. L'affaire s'est terminée par un exode ! D'autres esprits moins spéculatifs oeuvrent à cela sans interruption qualifiant cet Etat de tumeur.

Une philosophie politique d'insertion doit englober tous les atouts disponibles. Ils sont nombreux. Le génie développeur israélite ne peut se déployer complètement sans le recours à la main d’œuvre palestinienne. En retour le haut niveau d’éducation des Palestiniens, comparativement à celui de leurs cousins de la zone, tirera tout bénéfice d’une saine compétition sur les marchés, a fortiori d’alliances d’entreprises de pointe.

Mais une politique d’insertion ne peut que se fonder sur la justice d'abord, même s'il est convenu de ne pouvoir y atteindre universellement du premier coup dans un dispositif de paix, et de parfaire les premières approximations au fur et à mesure. A partir de la justice, il faut créer la confiance dans l'environnement existant.

Dans le passé, on a pu voir Israël entrer en négociation avec ses adversaires mais n'avoir aucun interlocuteur de bonne foi et se refermer comme une huître. A un autre moment ce fut la Ligue Arabe au seuil d'une négociation globale très bien préparée dont la démarche fut dynamitée par des actes terroristes. On a surtout vu descendre le raïs d'Egypte d'un avion de la RAU sur le tarmac de Tel Aviv pour venir faire la paix. En vain. La plus grosse occasion manquée par les boutiquiers de Tel Aviv.
On sait d'expérience que les protagonistes ne se prêtent aucune confiance. Il faudra donc intercaler des tiers de bonne volonté non impliqués dans la région et soutenus indéfectiblement par des puissances qui comptent. Il y en a. Mais il faut revenir au préalable incontournable : l'insertion juste de la Nation juive constituée en Etat au Proche Orient.

Epargnons-nous le feu des décisions et complaisances malheureuses du départ, les délires sionistes et ce postulat de terres vacantes au retrait de l'Empire ottoman. Laissons également de côté la Feuille de Route du président Bush qui a la curiosité d'être une route sans aucune destination, sauf à longer un Mur !

Israël a le droit d'être là, non par le droit historique au retour - quels massacres si on l'appliquait globalement au monde entier - mais par le droit du plus fort au moment de la négociation, principe éternel n'en déplaise aux Lumières, et aux ligues qui les étouffent comme du lierre.
Nonobstant, le droit de toute nation de se constituer en Etat est limité par le droit identique et réciproque de toute nation voisine. Il y a donc forcément guerre ou partage. A commencer par la terre nourricière et l'eau. Tant qu'Israël n'aura pas consenti à partager les nappes phréatiques qu'il capte, il n'y aura pas d'issue. La question étant essentiellement technique et non une posture de gloire ou d'honneur, on peut raisonnablement croire aboutir sur ce chapitre. Ce partage sera aussi la preuve tangible qu'Israël a le projet de terminer son insertion dans la région pacifiquement.

La terre nourricière porte des hommes et ne sert qu'à cela. L'espace en débat est vraiment limité et ne pourra satisfaire toutes les ambitions, que ce soit pour les Juifs de coloniser chaque lieu dit dans Bible, pour les Palestiniens de ramener tous les leurs, réfugiés dans des camps autour d'eux, encore moins pour reprendre le foncier qui leur appartenait il y a plus de cinquante ans. Même si de chaque bord on laisse de côté les hystéries religieuses, c'est sur la répartition de l'espace que la négociation se fragilisera. Certes on aboutira à des compromis bancals permettant de signer un texte in fine, mais l'exiguïté de la terre promise à chacun sera la braise chaude d'un futur incendie. Nous parjurant de la promesse de ne point remonter aux débuts de la Question juive, il est quand même utile de revenir à la Palestine britannique d'avant-guerre. Et l'on s'aperçoit qu'elle a tout pour réussir, et d'abord l'espace. En voici la carte:
Palestine historique
Du moins n'en gardons-nous que la partie utile puisque nous n'avons pas l'intention de "contenir" l'empire mésopotamien en pleine débandade, ni le royaume séoudien des sables en situation précaire. La carte de la vraie Palestine correspond à la terre promise historique ! Youppie ! (c'est involontaire)
Elle déborde sur la Transjordanie ? Certes, mais ce nom est récent, et le Cis/Trans une création du Foreign Office pour administrer plus commodément des districts déparés par la faille du Jourdain. Si l'on comble le Jourdain, on obtient l'espace nécessaire. Finalement cela revient à retourner la Cisjordanie pour sa plus grande partie au royaume hachémite, et annuler le lâche abandon du roi Hussein à qui personne n'en demandait tant. Mais à condition que le royaume veuille bien se transformer en monarchie réellement parlementaire afin de prendre en compte les intérêts et surtout les espérances de la population la plus nombreuse, les Palestiniens. La reine est déjà palestinienne.

Armes de JordanieLe roi Abdallah II est donc la clef, et ce faisant il se constituera une légitimité historique bien supérieure à la couronne de fer blanc qui avait été vendue à son grand-père par le Bureau indien de sa gracieuse Majesté.
Sachant l'extension territoriale possible, on pourrait dès lors soulager certains pays de leurs camps de réfugiés, permettre des ajustements de frontière à l'Ouest pour contenter certaines communautés juives, et partager l'eau équitablement. S'il y a un peu plus de place, tout devient possible. Ce n'est pas de bon vouloir qu'il est ici question, mais de vouloir forcer le destin. Le concours terrorisme aveugle-représailles massives ne peut durer plus longtemps.

L'histoire peut convoquer des désastres par obstination.
Il ne resterait plus alors que la Carinthie !!!

Une bonne synthèse de la "création" du pouvoir arabe sur les restes de l'épopée turque : http://www.solidariteetprogres.org/spip/article.php3?id_article=2111

2 commentaires:

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