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jeudi 28 avril 2011

Revue d'équipage

Quarante-trois pour cent des électeurs convoqués ont voté pour quelqu'un au premier tour des cantonales, quand le choix était donc le plus large, à défaut d'être attrayant. Si l'on ajoute aux abstentionnistes les réfractaires au suffrage universel - ceux qui ne sont pas inscrits¹ à divers motifs, autour de 10% selon l'INSEE - ce sont 67% des gens en âge de voter qui ont refusé de jouer le jeu démocratique, soit les deux tiers ! Et pourtant les cantonales qui gouvernent l'action des départements sont les élections de proximité qui impactent le plus les conditions sociales du citoyen, même s'il ne le sait pas toujours.

On peut parler d'une fracture entre le corps social et le corps civique, malgré un accroissement global des inscriptions sur les listes électorales. Ce qui n'est pas paradoxal : veni, vidi, egredi !
Un régime, fondé sur la légitimité du Nombre, qui n'amuse pas la moitié au moins du corps civique devrait s'inquiéter et se poser la question de sa survie. A voir les joutes en petit bassin qui se déroulent quotidiennement sur l'Elorn² on comprend vite que le péril n'est pas en vue et que la lutte est lancée pour cinq ans de prébendes juteuses comme l'explique bien Yves Méra dans le 38° Lien Légitimiste. Ambassades et maroquins, commissariats à prendre et hautes autorités, coupe-files d'élus grassement défrayés en sus de l'ordinaire, tout cela tiendra bien encore cinq ans, merde ! Silence la chiourme.

On pourrait passer les pitres en revue, ça plaît généralement sur Royal-Artillerie. Commençons par le moins pire. François Hollande nous la joue au corrézien honnête, pour changer. Adepte de la social-démocratie redistributive, il nous promet 50 milliards de manne en cinq ans, à tirer le sang des pierres. L'Etat-providence étant ruiné par le principe électoral lui-même qui récompense les bien-votants à chaque fois, les pierres sont vous et moi ou plutôt l'épargne populaire que les agences de notation prennent déjà en gage de dernier ressort (comme en Argentine) pour nous maintenir les A.

Aux lisières de son camp, notre Chavez marocain braille sur les antennes comme le goret de Fualdès, espérant du boucan une prébende d'Etat que lui confiera le socialiste vainqueur pour le faire taire. Son résultat de premier tour lui dira s'il accède à la table d'hôte. Vous avez reconnu le stalinien³ chéri des médias, Jean-Luc Mélenchon, qui reviendrait ainsi à son premier emploi de lambertiste accouru au succès. Il se fait les communistes de bon coeur.

Le plus sûr d'en être est sans doute aucun Dominique Strauss-Kahn, non point pour ses compétences économiques souvent brandies sinon prouvées, mais parce que le grand courant des Vosges au flair intrompable vient de se rallier. Jack Lang a choisi le vainqueur. L'opulence de sa condition sociale le lestera-t-elle du dégoût des envieux ou de l'arrogance des ingrats ? On le saura vite dès qu'il sera déclaré... gagnant dans les dîners en ville.

Le Ubu du cirque électoral est sans doute ce pauvre Nicolas Hulot, incapable de dire trois lignes en français facile sans les lire sur un pense-bête. Il y a un peu de déclamatoire dans l'exercice et il lui est apparemment difficile de se départir du ton "Patrick Brion" qu'il nous servait dans Ushuaïa. Ses certitudes nucléaires floues sont risibles. On l'attend au débat contradictoire du tac au tac. En fait, certains ne l'y attendent pas, le sachant perdu d'avance, Cohn-Bendit en tête qui promeut le retrait négocié en sièges de députés avec Mme Aubry.

Elle, n'ira pas, dit-on, si le grand paon de Washington veut faire la roue. Solférino fait un peu souillarde à pot-au-feu, et les combines sont justement ce qui défrise le plus l'électeur. Tant pis pour lui, il n'en mangera pas, c'est tout. Bizness is bizness, tout le parti est aux marmites, une présidentielle ça se prépare ! Un mot sur le zombie de Belfort.

Chevènement trouve que le potage socialiste manque de sel. Il a, croit-il, un créneau à lui quant à la disparition de l'euro, la fortification de notre économie contre la mondialisation, l'exaltation des valeurs révolutionnaires intègres, CERES oblige. Drapeau, instituteurs et gendarmerie c'est de quoi le vieux pays a besoin. On n'en doute pas, mais qui confierait la charge suprême à un fuyard ? Il ne résiste pas au stress des responsabilités. Mûr pour les Hespérides, il prendra quand même 2% à quelqu'un, rien que pour exister dans le jeu. Il devrait bien regarder avant de traverser aux clous.

A droite, c'est la lutte aussi. Contrairement à l'analyse courante, je mise sur un pacte Sarkozy-Borloo pour éteindre les chances des foireux du centre droit, Morin et Bayrou, et pour contrer Fillon François qu'ils détestent. Borloo sera-t-il le premier ministre d'un Sarkozy reconduit ? Sous cette ultime condition, je mets vingt dollars sur oui, car l'animal est brillant et de la même eau de source que le Hongrois à grosse montre, en plus diplômé quand même.

La course au FN que mène Copé sur instructions du château n'aboutira que si le Menhir ne disparaît pas du paysage politique. Il est encore le lest dans la montgolfière de Marine Le Pen, et capable d'éructations fatales au projet de notabilisation de sa fille. Si Copé veut gagner, il lui faut provoquer le vieux fachiste qui ne pourra pas se retenir. Voir l'exclusion de Gabriac (salut nazi etc.) qu'il récuse sans qu'on ne lui ait rien demandé. Mais il faut régler fin, afin de refaire un 21 avril et ne pas devenir le Jospin de la farce.

Reste le Front donc. Ses dénonciations sont bien vues, ses obsessions un peu usées, mais son programme est... primitif. Il lui faudrait convaincre un peu plus largement que les beaufs pour transformer un bon résultat de premier tour au troisième (législatives), et ce sera très dur au moment de détailler un projet de gouvernement. Nous aurons l'occasion d'y revenir.

Alors que les défis sont bien plus graves que les questions récurrentes de pouvoir d'achat et de chômage - trois déficits, dette colossale à servir, atonie économique, addiction aux assistances, surpopulation aux guichets sociaux - la classe politique s'est vautrée dans la corruption morale et souvent pire. Erigée en caste - la mission de représentation populaire est devenu un métier, comme en Afrique - cette nomenklatura retranchée s'est coupée des Intouchables. Eux le savent... et leur esprit fermente.


Conclusion
On voit donc bien que dans cette période cruciale pour la démocratie, la remise en cause du système actuel archi-failli n'est pas prise en compte par les concurrents qui vont aux starting-blocks. Cette prévention des deux tiers du corps civique à l'égard de la classe politique n'est pas affrontée. Des esprits rusés affirment que le taux de participation à la présidentielle sera de toute façon élevé, les médias se chargeant naturellement de la propagande sans qu'on ne leur demande rien. Vrai, à la réserve près que les gens iront au sweepstake plutôt qu'au scrutin, en ce sens que l'affaire devient un jeu sur lequel d'ailleurs chacun devrait pouvoir parier, comme à Londres. Les élections à suivre la présidentielle qui seront moins ludiques confirmeront le désamour des gens pour le cirque du suffrage universel. Le modèle commence à être contesté, mais que mettre à sa place ? Les gens ne savent pas répondre, preuve que nous avons beaucoup de travail de promotion à faire en commençant par les institutions, avant les "valeurs".

Royalistes, que faisons-nous ?

Note (1): http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/Rapports_no11_web.pdf
Note (2): c'est le fleuve côtier de Landerneau
Note (3): cf. Malliarakis qui explicite la posture
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4 commentaires:

  1. Pas assez, pour sûr !

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  2. Peut-être sortir de la trilogie Messe-Galette-Jeanne ? OK je sors :)

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  3. Pourquoi ne pas renforcer l'Alliance Royale qui se collette aux vrais problèmes et propose un projet institutionnel fini. C'est le seul parti royaliste dans le concret.

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  4. C'est vrai que les commémorations n'apportent rien de tangible en recrutement de militants.
    Autant prendre une démarche politique classique en offrant un programme de réforme institutionnelle assimilable par le plus grand nombre et soutenu par de vrais arguments techniquement défendables.

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