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vendredi 13 janvier 2012

Mélenchon de Tanger à K.


Je suis entré par hasard hier soir au marathon politique de Pujadas, le bonzaï catalan de la 2, pour être secoué par les éructations du candidat Jean-Luc Mélenchon en pleine agression de son contradicteur. J'allais zapper le vacarme quand j'aperçus au second plan la ravissante Clémentine Autain qui faisait pot de fleur. J'ai donc tout entendu.
Et rien appris. A l'exception de taille que le candidat avait un vrai programme complet, aux propositions imbriquées et bloquées comme un Rubik'sCube. Problème, le Rubik'sCube ne roule pas bien sur un tapis de premier tour. Les sondages lui donnent entre 6 et 8% des intentions de vote. C'est peu récompenser l'effort.

Le candidat Mélenchon n'esquive aucune question en filant la bande comme ils le font tous, mais l'affronte et encadre sa réponse concrète dans le projet de société qu'il porte. Ceux qui ont une bonne mémoire auront terminé l'émission télévisée avec l'image d'un monde très différent du nôtre, mais cohérent et fondé sur le bon sens populaire. Les autres achèteront le petit livre rouge de Mélenchon, L'humain d'abord, paru chez Librio (94p. 2€), l'auteur a dit savoir écrire.
La construction virtuelle de sociétés parfaites est une occupation de longue date chez l'espèce humaine. C'est un travail d'horlogerie à la portée des esprits fins et patients. Quand il s'agit de communisme, le tempo de l'ancre est donné par l'égalitarisme tempéré de générosité. Dans le Dictionnaire universel¹ de Maurice La Châtre, saint-simonien sincère proche de Proudhon et de Blanc, paru à l'aube du Second Empire, à l'article "Communisme" (néologisme) il est écrit que ...Le communisme n'est pas autre chose que la constante aspiration des faibles, des déshérités et des philosophes humanitaires vers l'égalité sociale, but qu'ils ont toujours poursuivi sans l'atteindre, comme victimes d'un perpétuel mirage [...] le communisme est l'absorption des intérêts individuels dans l'intérêt social. Il n'y a pas contrat, accord des membres; d'un autre côté, le régime établi n'est ni accidentel ni éphémère... et la suite fait deux colonnes grand format. Pendant la Commune, La Châtre s'attaquera à la traduction du Capital de Karl Marx.
Nous savons depuis lors que si les dictatures communistes ne sont pas éphémères, l'homme imparfait n'est pas adapté au "meilleur des mondes". Il recherchera inlassablement son intérêt propre, fût-il rentable ou minable mais sien. Le levier actif de l'espèce est cet intérêt-là. Il convient donc d'organiser nos sociétés en utilisant ce comburant de l'intérêt individuel que le communisme nie. C'est le libéralisme ; qui mène au capitalisme, lui-même déviant facilement vers la financiarisation des espaces sociaux si on n'y prête garde. Prenons en compte la perversité de l'homo economicus dans le tracé des libertés publiques, mais ne coupons pas le moteur, ce que le programme du Front de Gauche fait.

Deux choses peuvent éveiller l'intérêt d'un royaliste dans les idées de Mélenchon, la fin de l'élection présidentielle au suffrage universel et la régionalisation des solidarités économiques.
(1) Il dénonce après d'autres l'obscénité du cirque électoral et l'abaissement du niveau des débats par la médiacratie complice des pouvoirs dans l'abrutissement des masses. Parlementariste, il propose à la Constituante de la VI° République qu'il appelle de ses voeux, de revenir à l'élection du président par les chambres en congrès. C'est une voie d'accès à la royauté du modèle nord-européen, si le pays décide de pérenniser une référence nationale vivante et représentative au dehors, de meilleure qualité que les vainqueurs douteux de la foire d'empoigne actuelle, mal élus et pressés d'établir leur famille.

(2) La régionalisation des solidarités économiques se calque sur le modèle allemand. C'est au niveau provincial que l'on peut reconstruire des tissus industriels en intégrant par filière les acteurs essentiels, capitalistes, banques, recherche & développement (universités), groupes de production, sous-traitants, syndicats territoriaux et services ancillaires. Au niveau national, il y a trop d'intervenants, d'arrière-pensées et surtout le frein des bureaucraties de planification arrogantes dans leur distance au réel et jalouses de leur pouvoir.

En fait, on aboutit à un régime politique proche de l'organisation allemande. Né à Tanger, Jean-Luc Mélenchon finit le parcours à Kiel² !

- un cas d'école -


Ayant rendez-vous sur la chaîne AB Moteurs, j'ai attendu l'heure sur la Chaîne parlementaire où sévissait Franz-Olivier Giesberg qui recevait Nicolas Dupont-Aignan. Le jour et la nuit. Rétif aux évidences chiffrées, abonnés à tous les poncifs populistes du temps, déconnecté de l'actualité économique alors que c'est son arc de campagne, le candidat brachycéphale fut inutile au débat.

Notes:
(1) Le La Châtre de 1852 était un gros dictionnaire bon marché édité par fascicules aux abonnés, qui avait l'ambition de remplacer tous les volumes qui encombraient les bibliothèques nationales (sic) et servir à l'instruction publique à domicile.
(2) Clin d'oeil au titre de Maurras, Kiel & Tanger.


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