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mardi 29 janvier 2013

Jusqu'à Tombouctou, le sans-faute

Vitesse avec un poil de précipitation fait mieux qu'une résolution onusienne, et nous ne serons pas cruels envers les états-majors chamarrés de la CEDEAO qui n'en peuvent plus de se réunir dans les grands hôtels ; leur foie y survivra-t-il ? Sans qu'il soit besoin de connaître les plans du ministère de la Défense, le mouvement en tenaille épousant la boucle du fleuve Niger, la séquence de capture des pistes d'aérodrome, le chargement en sac à dos d'unités africaines relativement plus motivées que celles qui errent dans Bamako et surtout la cadence des opérations successives, tout démontre la parfaite maîtrise tactique avec des moyens somme toute limités, certains obsolètes (comme les tankers C135 de 40 ans d'âge).





Au grand étonnement des alarmistes de profession (toute la presse mainstream) les vaillantes colonnes de narco-terroristes-islamisés ont abandonné le projet de "libérer" un pays grand comme le Texas avec de l'armement de récupération dont on disait tant de bien dans les salons parisiens. Mais c'est Sarkozy, chère médème, qui a armé Al Qaïda au Maghreb islamique en foutant le feu en Libye ! Sans démentir un trafic d'armes, on ne peut que constater que les affûts russes quadruples de 23, les mitrailleuses russes de 14.5 et les SAM7 n'ont pas souvent aboyé. Il faut dire aux benêts qu'il ne suffit pas de tirer sur tout ce qui vole, faut-il encore pouvoir recommencer derrière, ce qui est déjà moins sûr quand on se démasque aux yeux de l'équipier en seconde passe. La discrétion devenant la règle numéro un de survie, et par pénurie d'essence aussi, les pick-ups ont été abandonnés pour fuir de nuit sans le marqueur thermique du moteur chaud.

Le plus déçu est sans doute "l'explicateur en chef" Tariq Ramadan qui avait islamisé le conflit pour pouvoir philosopher dessus et nous dire combien nous étions téméraires. Il a retourné sa thèse pour décrire aujourd'hui la ruée vers l'Or noir du Sahel (clic!). C'est évidemment plus vendable à l'opinion internationale que d'appeler à résipiscence les bandits qui écrivent des versets du coran sur le turban pour faire chic et maltraitent physiquement jusqu'à la mort les populations en défaut de piété, après les avoir outragées par le saccage de leurs lieux saints. Au vu et su de tout le monde, cela nécessite une petite restriction mentale en tête de la déclaration précitée dont la rédaction faux-cul est impayable : « L’idéologie et les pratiques des réseaux et groupuscules salafi jihadistes et extrémistes sont à condamner de la façon la plus ferme...». Il en fait tout un paragraphe et l'on ne peut que lui conseiller de vendre sa condamnation définitive au gouvernement islamiste de Tunis ou à celui du Caire ! C'est plutôt là qu'il y a matière à sévir. Peut-être que, comme à l'accoutumée, la version arabe est moins radicale !

ERC90 Panhard-Sagaie
Reste l'affaire de Kidal (voir la carte). Le MNLA touareg (Mouvement national de libération de l'Azawad) est entré dans la ville désertée par les freux d'Ansar Dine, leur cousins du chameau, ainsi que dans les villes de Tessalit et d'In Khalil plus au nord. Fortifiant leurs positions de négociation ils acceptent de participer à la chasse mais refusent d'ouvrir la porte aux forces maliennes, coupables d'exactions antérieures. On a effectivement noté des "dérapages" dans les villes libérées ces jours-ci. Tenant compte qu'une partie des sections d'Ansar Dine a changé de camp choisissant les vainqueurs, Kidal peut devenir rapidement un abcès de fixation de nos forces, non par une résistance inconsidérée des nouveaux propriétaires qui ne tiendront pas deux jours, mais plutôt par l'implication même involontaire des unités au contact en faveur de l'une ou l'autre des parties montées sur leurs ergots. Les Touaregs n'ont pas laissé tomber la revendication d'indépendance qu'ils pourraient maintenant rétrograder au niveau d'une simple autonomie, vu le "bordel" qu'ils ont mis en attaquant les postes maliens l'an dernier. Secondement, ces gens aussi beaux soient-ils sous l'objectif, n'ont jamais été capables de tenir à distance les colonnes terroristes avec lesquelles ils ont fait une alliance d'aubaine comme de vulgaires receleurs. On entre donc là dans la dispute régionale indémerdable. Il faut rentrer !

Nous avons démontré trois choses entre vingt :

(1) les terroristes islamisés n'ont pas la peau plus épaisse que le soldat lambda et quand ils ne peuvent plus montrer leur courage à battre des populations sans défense, ils détalent comme des péteux, quitte à se venger plus loin sur d'innocents nomades. Insaisissables, on ne peut les finir que par la technique du Waziristan, le drone armé. Que les pays voisins y réfléchissent !

(2) l'armée malienne est à reconstruire de fond en comble. Incapable de conserver aucun point d'appui dans le Nord, elle y retourne dans nos chariots passer ses nerfs sur des suspects, jusqu'à faire des exemples. Ceci n'augure rien de bon pour l'administration prochaine des chefs-lieux de cercle (préfectures) si la population se sent menacée. On se demande jusqu'à quel point cette armée pourra profiter de la formation militaire promise par nos alliés européens si en plus elle prend le melon de la "victoire".

(3) les armées voisines, sauf du Tchad et du Niger, sont de parade ; moins peut-être les troupes de l'avant que les états-majors, parce que la situation les met au pied du mur aux yeux de leur gouvernement. L'accumulation des réunions préparatoires, les atermoiements techniques cachent mal le défaut d'enthousiasme. Le travail offert n'est pas glorieux ; il ne s'agit que de tenir les villes, de patrouiller les pistes et de faire du renseignement de base auprès des populations dispersées pour prévenir la réinfestation du territoire par les freux ; si tant est qu'il en reste. Ce qui pose des responsabilités sur les épaules de l'Algérie et de la Mauritanie qui doivent impérativement fermer l'étau.





Fin de partie
Passant le commandement des places aux unités de la CEDEAO, nous n'avons plus rien à faire au Mali. A la CEDEAO de demander maintenant des appuis-feu aux pays africains convenablement équipés, mais ce serait normalement à l'Algérie de faire ça, sortir de son stupide autisme quand il s'agit de sa frontière sud. Certains en Afrique noire ont de l'artillerie puissante¹, d'autres de vrais avions². Pour la surveillance du territoire en altitude il est probable que les Etats-Unis laisseront leur satellite allumé et que les Bréguet Atlantic2 de l'OTAN se relaieront.
Ramenons donc nos gens sur nos bases de départ, renvoyons les moyens lourds en métropole et observons la traduction en actes des résolutions courageuses et définitives de la CEDEAO et de l'Union africaine.

A ce compte seulement, le président Hollande aura réussi un coup de maître, ce qui nous aidera un peu pour rénover la collaboration franco-africaine car il ne passera plus pour le bleu-bite de la réunion.


(1) l'Ethiopie ou l'Angola par exemple
(2) l'Afrique du Sud a des Gripen suédois
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2 commentaires:

  1. Le président par interim Dioncounda Traoré a remis les pendules à l'heure à Addis Abeba au sujet des brutalités dans la reconquête :
    « Et parce que la peur a changé de camp, voici que des voix crient à la croisade contre l’islam. Voici qu’elles ramènent notre combat pour la liberté, la dignité et la paix à une guerre par procuration de l’Occident contre des musulmans sans défense. Qu’on nous dise pourquoi personne n’a entendu ces voix, au moment où le Mali, pays musulman à 95%, avait besoin de la compassion et de la solidarité de ses frères en islam . Qu’on nous dise où étaient les donneurs de leçons qui n’ont pas entendu les sanglots de la petite Aïcha violée, comme beaucoup d’autres sous la menace des armes ? Qu’on nous dise où étaient ces donneurs de leçons le jour où un couple victime d’une justice inique et expéditive était lapidé à mort soi-disant pour adultère ? Où étaient donc ces voix lorsqu’à Aguel Hock, des soldats de l’armée régulière malienne étaient égorgés par dizaines voici un an ? Qu’on nous dise, comme l’ont rappelé les oulémas de notre pays dans une belle unanimité, où étaient ces donneurs de leçons, quand par milliers, les Maliens étaient jetés sur les routes de l’exil et de la privation, de la misère et de la désolation ? Où étaient-ils ceux qui crient aujourd’hui à l’holocauste quand les conquérants, de leur justice humiliante et mutilante, coupaient les bras de notre jeunesse, détruisaient les écrans de télé, écrasaient les écouteurs de téléphone et décrétaient que le football était haram ? Qu’on n’ajoute pas, de grâce, l’injure à la blessure ! (source L'Indépendant du 29 jan 2013).
    Tariq Ramadan doit avoir les oreilles qui sifflent.

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  2. Fabius et Le Drian sont d'accord avec... le Piéton du roi.
    Il va acheter un chapeau plus grand.

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