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dimanche 10 novembre 2013

Le 75 Mle 1897 comme promis


Je romps le silence et rouvre le blogue pour une contribution de Royal-Artillerie à la commémoration de l'Armistice, ce que nous fîmes chaque année¹. Il n'est pas sûr que le blogue soit encore en ligne dans cinq ans pour le centenaire. Les contributions s'amassent partout dans le mouvement d'accaparement lancé par le pouvoir actuel pour masquer son incurie crasse dans les domaines économique et social. Nous avions promis l'an dernier le canon de 75 qui, dans la collection, fait le pendant du char Renault. Le voici donc sur Royal-Artillerie (normal !)



Le propre d'une arme de guerre étant de la finir, le canon de 75 Mle 1897, comme le char Renault FT1917, a conquis ses lauriers sur sa résilience aux pires conditions de combat avec maintien de ses capacités de suprématie. L'un et l'autre mettent en valeur le haut niveau technologique de l'industrie française de la Belle Epoque, un souvenir. Des armes légères ont elles-aussi convaincu leurs utilisateurs dont le fusil à répétition français MAS36 et le fusil automatique Kalashnikov AK47 russe. Nous verrons dans ce billet, successivement l'avantage technique apporté par ce canon et l'avantage tactique.

La technique du 75

On comprend bien que, le canon d'artillerie étant une arme de destruction à longue portée, le rapport capacité de choc/manoeuvrabilité est le paramètre primordial d'un canon dit de campagne, donc mobile. La contrainte de taille et de poids est donc forte ; il faut investir beaucoup d'intelligence pour y donner aussi la puissance. La destruction visée devant être opérée dans un carré précis, il importe que la mise à feu et la détonation de la cartouche n'altère pas les données de pointage, ou le moins possible, car il en va du réglage du coup suivant et in fine de la cadence de tir, et donc de la masse destructrice expédiée à destination dans le délai imparti.

Cette conservation des éléments de pointage est apportée par l'amortisseur de recul (et un peu par le frein de bouche mais c'est une autre histoire, le 75 d'origine n'en eut pas). Plus la loi de recul est longue, meilleur est l'amortissement. Ce recul long était le vrai défi. Deux ingénieurs français de l'armement, Deport et Sainte-Claire Deville, le relevèrent avec succès aux Ateliers de Puteaux en 1895.
Il s'agit d'actionner par le recul du fût un cylindre-piston hydraulique parallèle disposé en dessous, qui comprimant l'air d'un tube esclave fait frein progressif et renvoie l'énergie comprimée au fût qui reprend sa place. Ce principe est très répandu aujourd'hui dans les amortisseurs automobiles. Rosalie Lebel qui a tous les croquis, nous offre une description synthétique du principe :
« Un piston, lié au canon, coulisse dans un réservoir cylindrique rempli d'huile oléonaphte. Ce réservoir communique avec un autre réservoir cylindrique dans lequel de l'huile et de l'air sous pression sont séparés par un piston libre. Au départ du coup le canon recule entraînant le piston, l'huile est refoulée au travers d'un petit orifice, ce qui freine l'ensemble. Dans le cylindre inférieur l'huile comprime aussi l'air, dont la détente à la fin du coup va repousser le canon à sa position initiale, et qui participe aussi au freinage ». Et elle nous offre aussi le schéma :


On comprend donc que plus le cylindre est long, moins brutal est l'encaissement du choc de départ du coup par l'affût immobilisé au sol. Les canons de l'empire reculaient sur leurs roues déréglant le pointage, le canon Deport à recul élastique permet de tirer sur un affût soudé au sol par des freins de roues à abattage et une bêche de timon. Le rechargement en culasse par cartouche prête à l'emploi permet de tirer 12 coups par minutes (20 cpm théoriques), ce qui est considérable pour l'époque. On arrive à la tactique, mais signalons avant cela que notre qualité de fabrication de l'époque permettait de tirer 15000 coups avant de réformer le tube !

Courtoisie L&F Funcken Ed.Casterman


La tactique du 75

Outre son "immobilité" d'axe, le canon Deport dispose d'un dispositif de pointage en site et hausse très précis qui dispense d'une visée à vue directe, celle-ci restant possible. Le tir peut donc être réglé par un observateur déporté ou avancé qui, lui, voit l'impact et communique ses corrections. A la limite, le canon peut tirer de n'importe où pourvu qu'il y accède avec son caisson à munitions.



La batterie de 75, hippomobile au départ, est formée de deux voitures.
Une voiture-canon (avec 24 coups - photo ci-dessus) et une voiture-caisson de 96 coups, dont les trains-avant reprennent le vieux principe de dissociation des trains de Gribeauval ; ils sont détachables pour la mise en batterie mais le train-avant reste attelé pour sortir de batterie sans retard. Ils mobilisent douze chevaux (2x6) pour s'affranchir des mauvais chemins, mais peuvent se déplacer avec huit seulement sur route carrossable. Pendant la guerre, on les tractera derrière des camions ou dans des bennes.

On voit donc qu'une batterie réglementaire à quatre pièces de 75 Mle 1897 dispose d'une puissance de 480 coups livrables à 8 kilomètres à la cadence de 50 coups/minute, ce qui justifie amplement la définition de canon à "tir rapide". La mise en batterie prend une minute, le pointage autant. Le canon rapide de 75 Mle 1897 est aussi une batterie rapide.
Le premier engagement de ce canon fut réalisé par le corps expéditionnaire français en Chine lors de la révolte des Boxers. On en vendra à tout le monde, sauf à la Prusse (?!) mais le III° Reich en prendra beaucoup en 1940 qu'il redéploiera en Russie et sur le mur de l'Atlantique.

Courtoisie Rosalie Lebel


Les liens utiles sont en bas de page. Nous ne pouvons terminer sans rendre un hommage appuyé aux millions de soldats tués, cassés, gazés, mutilés et aussi rescapés de la Grande Boucherie. D'aucun bord qu'ils furent, ils y allèrent de "bon cœur" au début du moins, prouvant en cela un attachement sincère à leurs valeurs, coutumes et terroirs ; et pour certains venus des antipodes, une indéfectible fidélité à leur serment. Puis vint vite le terrible éclaircissement des rangs et l'enthousiasme mécanique le céda à la peur au ventre, les bourdonnements d'oreille, le cœur au bord des lèvres ; mais toujours vaillants, ils sortirent de la tranchée, à l'assaut d'une tranchée d'en face pareille à la leur, jour après jour, dans la boue et la pourriture, la glace ou la sueur, au milieu des cris, des pleurs, des vociférations, sous le fusant de l'obus coup parti.
Profond respect.

Il y eut aussi l'arrière qui tint bon. Honneur aux femmes de France.

L'an prochain, si nous faisons un billet le 4 août 2014, nous chercherons à comprendre le ralliement de Charles Maurras à l'Union sacrée, et nous briserons là.



(1) Billets du 11-novembre antérieurs :
2012 - Le char Renault FT1917
2011 - Onze au cube
2010 - Nous nous souvenons
2009 - Onze novembre 2009
2008 - Onze novembre 2008
2007 - Onze novembre
RA n'avait pas fait d'articles sur le 11-novembre dans les années antérieures à 2007


Aquarelle de Pierre Comba


Sources :
http://canonde75.free.fr/intro.htm
http://basart.artillerie.asso.fr/article.php3?id_article=345
http://rosalielebel75.franceserv.com/canon-campagne-75.html
http://www.materielsterrestres39-45.fr/fr/index.php/artillerie-legere-de-campagne/15-france-artillerie-campagne/393-canon-de-75-modele-1897
http://canonde75.free.fr/canonsmodifies.htm
affut de bord 1 : http://jemepromaisne.free.fr/75/75-1.jpg
affut de bord 2 : http://jemepromaisne.free.fr/75/75-2.jpg
DCA : http://aldfs.bb-fr.com/t44-canon-de-75-mle-1897-sur-plateforme-puteaux-mle-1915



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