samedi 10 décembre 2005

Aux Suisses de la Garde

"Invictis pax per vitam fortes"
"sub iniqua morte fideles"

C'est la phrase qui orne la plaque helvétique à la mémoire des Suisses massacrés à Paris par les Révolutionnaires de 1792 et que le maire a refusé de voir visser au mur de la Chapelle Expiatoire. Certains ont l'élégance rabougrie par le racolage démocratique, d'autres font très naturellement le singe du Pont au Change, celui-ci est de ceux-là.

La garde suisse du roi de France date de Charles VIII qui créa les Cent-Suisses en 1497. Formés de mercenaires volontaires, elle fut reconnue rapidement comme une unité d'élite sur laquelle on pouvait appuyer la sûreté de l'Etat. Charles IX l'étoffa en la portant à la valeur d'un régiment, puis ses successeurs conservèrent l'idée. Louis XIII pérennisa le régiment de gardes suisses en 1616 et si l'unité des Cent-Suisses fut dès lors chargée de la sûreté intérieure du palais, le régiment participa aux campagnes militaires de la monarchie avec bravoure et réussite.
Au XVIIIè siècle, les missions des bataillons se limitèrent au service de garde. Les officiers étaient tous de haute lignée, recrutés dans le patriciat helvétique et certaines charges étaient transmissibles à leurs héritiers. Les soldats étaient braves, bien soldés et disciplinés. Casernés à Versailles, Rueil et Courbevoie, les mercenaires qui étaient de "beaux partis" finissaient souvent par s'intégrer à la population française à la fin de leur temps relativement long. On y perçut d'ailleurs l'écho des mêmes fermentations d'opinion quand, au seuil de la Révolution, le 2è Bataillon travaillé par une propagande politique soutenue, finit par se mutiner en août 1789 ouvrant la porte à la désertion des moins endurants psychologiquement. Mais la fidélité au serment reprit vite le dessus et le corps se reforma pour assurer ses missions au service de la maison du roi.

Nous sommes à l'été de 1792. La fuite à Varennes est déjà vieille d'un an, mais ses conséquences désastreuses pour l'image populaire du roi fusent comme une mèche lente sous les fondations de la monarchie. La famille royale et sa maison sont "séquestrées" depuis lors au palais des Tuileries sous la surveillance du peuple. La guerre a été déclarée à l'Autriche le 20 avril, et les esprits s'échauffent, d'autant que l'Autrichienne n'a pas la cote parmi la populace. Les souverains disposent bien de leur maison militaire, mais celle-ci n'a pu ou su empêcher l'humiliation du 20 juin 1792 quand les Sans-Culottes vinrent coiffer le roi du bonnet rouge et lui firent boire un verre de pinard à la santé du peuple.
Juillet. La patrie est en danger. Le 15 juillet sur les bords du Rhin, le duc de Brunswick qui commande l'armée prussienne, promet de «livrer Paris à une exécution militaire et à une subversion totale si la famille royale subissait le moindre outrage». La menace entraîne un sursaut patriotique. Les mouvements de volontaires traversent la France et montent vers Paris. L'indécision naturelle du roi est vite prise pour de la connivence avec l'étranger. Toutes les rumeurs de désastre attisent la fièvre ambiante et une commune insurrectionnelle se déclare à l'hôtel de ville. Il n'est ni plus ni moins question que d'arracher le pouvoir exécutif à la monarchie constitutionnelle. Sans-Culottes et Fédérés des provinces marchent sur les Tuileries précédant l'émeute qui gronde et grossit.

Mis en défense correctement, le palais peut tenir contre l'insurrection populaire armée pour l'instant de bric et de broc. Gardes nationaux et gardes suisses sont à leur poste; ces derniers montrent la résolution sereine de soldats professionnels. Ils disposent de tout suffisamment, de presque tout. Mais l'irrésolution de Louis XVI le conduit à suivre le conseil des sirènes de panique qui l'engagent à courir sous la protection de l'Assemblée législative. Louis XVI passe en revue les troupes désormais sous le commandement de La Chesnay depuis que le marquis de Mandat s'est rendu à l'Assemblée sur convocation de Danton qui l'y fera exécuter. La Chesnay n'est pas un "guerrier". Le roi obèse se déplace lentement et ne semble pas inquiet. Selon l'usage, les Suisses et les gardes nationaux fidèles crient : «Vive le roi !» Mais les artilleurs et le bataillon de la Croix-Rouge crient de leur côté : «Vive la Nation !». L'objet du serment de fidélité mythique abandonne sa garde en lui ôtant une arme indispensable dans la dotation, l'enthousiasme. C'est à partir de ce moment que la royauté va s'effondrer sur elle-même, inexorablement, en quelques heures.
Quelle idée a bien pu traverser la tête du roi pour mettre sa famille en sûreté dans l'enceinte parlementaire, alors qu'il disposait en son palais des Tuileries de la force ? Les historiens ont tous des réponses circonstanciées et atténuantes. Il n'est que de dire de ce roi, pétri de qualités, de science et de bonté, qu'il avait un défaut rare dans la dynastie : il n'était pas militaire, et pratiquement non-violent. Cela finira par coûter cher au pays qui lui se vautrera dès lors dans une violence inouïe. Comme allait le crier Bonaparte à son ami Bourrienne chez qui il buvait ce jour-là une pinte : «Les misérables ! On devrait mitrailler les premiers cinq cents, le reste prendrait vite la fuite !».
Mais c'est le roi qui s'enfuît, dégarnissant ce faisant le palais de deux compagnies de suisses pour sa garde rapprochée qui ne lui servira à rien. Hésitations, trahisons, bravoure, héroïsme, sauvagerie, tout va passer aujourd'hui. Laissons la revue Mégapsy nous raconter le reste, en accélérant un peu sa narration.

Les insurgés sont estimés à dix mille tout au plus. La porte de la Cour Royale, on ne sait par quel ordre, s'est ouverte devant l'avant-garde de l'insurrection composée des Marseillais, des Fédérés bretons, de Gardes nationaux des Gobelins, de canonniers du Val-de-Grâce, tous conduits par Westermann qui gesticule sur un petit cheval noir. Ils arrivent jusqu'aux grilles qui forment le vestibule du château en criant aux défenseurs «Frères, rendez-vous, venez avec nous » Ils mettent en même temps en batterie six pièces abandonnées sur les côtés de la cour. Quelques Suisses jettent leurs cartouches par les croisées. Un certain nombre de gendarmes se retirent, au cri de « Vive la nation ! »
Bien encadrés, habitués à une discipline stricte, la plupart des Suisses, quoique le départ des deux compagnies qui ont accompagné la famille royale à l'Assemblée les ait fort réduits, sont encore capables de résistance. Certains sont aux fenêtres avec des gentilshommes volontaires, d'autres ont été massés sur les marches du grand escalier qui descendant des appartements et de la chapelle débouche dans le vestibule. Protégés par une espèce de barricade, le fusil en joue, ils attendent l'attaque.
La horde de Santerre s'est avancée au pied de l'escalier. L'alsacien Westermann, en allemand, parlemente avec les Suisses. Recourbant leurs piques dont ils font des crochets, des insurgés attirent quelques gardes par leurs buffleteries. Les officiers suisses commandent alors de tirer. Un feu bien réglé prend en enfilade cette masse grouillante où chaque coup fait plusieurs victimes. Dès la première décharge les morts jonchent le pavé; les survivants fuient à toutes jambes vers la porte Royale. Cent vingt Suisses, conduits par les capitaines Dürler et Pfyffer, s'emparent de quatre pièces de canon, déblaient la cour et, pénétrant dans le Carrousel, tirent à mitraille sur les Marseillais, peloton de tête des insurgés. Fauchés presque à bout portant, ceux-ci évacuent la place.
Mais le gros de l'émeute, les forces des faubourgs, arrive en colonnes par le quai. Vers dix heures, ce qui reste des Marseillais a rejoint et la bataille recommence. Les Suisses dès lors sont entre deux feux. Ils manquent de munitions. Les insurgés les repoussent avec des pertes sévères et, cour après cour, les forcent à se replier sur le château.
L'Assemblée, avertie par plusieurs émissaires, suit les péripéties de la lutte dans une extrême agitation. Dans son désarroi, elle use son temps en résolutions vaines. Elle met la sécurité des personnes et des propriétés sous la sauvegarde du peuple de Paris ! Elle envoie des commissaires pour « calmer » le dit-peuple. Tout cela au bruit de la mitraille. Des gardes nationaux armés entrent et annoncent faussement du reste - que le «château est forcé ». La foule pénètre à leur suite dans l'Assemblée, criant à la trahison des Suisses, à la perfidie du roi.
Louis XVI, pressé par de nombreux représentants d'arrêter le massacre, écrit deux lignes sur un bout de papier: « Le roi ordonne aux Suisses de déposer à l'instant les armes et de se retirer dans leurs casernes. » Le maréchal de camp d'Hervilly s'offre à porter ce billet aux Tuileries. Il se réserve d'ailleurs d'en faire « l'usage qu'il jugera le plus avantageux », c'est-à-dire qu'il ne le transmettra que si les Suisses ont vraiment le dessous. Ce d'Hervilly commandera plus tard l'expédition de Quiberon. Nu-tête, sans armes, d'Hervilly se glisse à travers les rues et court jusqu'au Carrousel. Habits bleus et rouges confondus jonchent le sol. Une fumée épaisse emplit les cours. Au mépris des balles, d'Hervilly rallie les Suisses et veut d'abord continuer la résistance. Mais les patriotes ont déjà envahi le château par la galerie du Louvre. D'Hervilly constate, et exhibe alors l'ordre du roi. Il fait battre la retraite par les tambours qu'il peut trouver. Une partie des Suisses gagne le jardin et arrive au Manège, ayant perdu au passage la moitié de son effectif. D'autres qui sont restés à l'intérieur du château s'y défendent avec un tranquille héroïsme jusqu'au complet épuisement de leurs munitions. Après quoi ils sont égorgés.
Un petit détachement, marchant en bon ordre sous un feu terrible, parvient à gagner la place Louis XV (la Concorde). Là les Suisses sont entourés par la gendarmerie à cheval ralliée aux émeutiers, conduits à l'Hôtel de ville, interrogés vaguement et massacrés. Partout où ils tombent, la plupart des cadavres sont dépouillés et mutilés avec un acharnement obscène par d'affreuses harpies dont les premières sont apparues aux 5 et 6 Octobre et qui vont accompagner désormais chaque « journée » de la Révolution. Les émeutiers à cette heure ont conquis le château. Ceux des aristocrates, des serviteurs du roi qui n'ont pu fuir, sont tués et jetés par les fenêtres. Ne survivront que quelques femmes de la reine et quelques gentilshommes qui seront conduits à la prison de l'Abbaye.


Le roi, la reine et le petit dauphin vont partir pour le Temple après avoir erré dans Paris. La monarchie s'est effondrée sur sa Garde !

In memoriam.

vendredi 9 décembre 2005

A Charlotte Corday


Quoi ! tandis que partout, ou sincères ou feintes,
Des lâches, des pervers, les larmes et les plaintes
Consacrent leur Marat parmi les immortels,
Et que, prêtre orgueilleux de cette idole vile,
Des fanges du Parnasse un impudent reptile
Vomit un hymne infâme au pied de ses autels ;

La vérité se tait ! Dans sa bouche glacée,
Des liens de la peur sa langue embarrassée
Dérobe un juste hommage aux exploits glorieux !
Vivre est-il donc si doux ? De quel prix est la vie,
Quand, sous un joug honteux, la pensée asservie,
Tremblante, au fond du coeur, se cache à tous les yeux ?

Non, non. Je ne veux point t'honorer en silence,
Toi qui crus par ta mort ressusciter la France
Et dévouas tes jours à punir des forfait.
Le glaive arma ton bras, fille grande et sublime,
Pour faire honte aux dieux, pour réparer leur crime,
Quand d'un homme à ce monstre ils donnèrent les traits.

Le noir serpent, sorti de sa caverne impure,
A donc vu rompre enfin sous ta main ferme et sûre
Le venimeux tissu de ses jours abhorrés !
Aux entrailles du tigre, à ses dents homicides,
Tu vins redemander et les membres livides
Et le sang des humains qu'il avait dévorés !

Son oeil mourant t'a vue, en ta superbe joie,
Féliciter ton bras et contempler ta proie.
Ton regard lui disait : " Va, tyran furieux,
Va, cours frayer la route aux tyrans tes complices.
Te baigner dans le sang fut tes seules délices,
Baigne-toi dans le tien et reconnais des dieux. "

La Grèce, ô fille illustre ! admirant ton courage,
Épuiserait Paros pour placer ton image
Auprès d'Harmodius, auprès de son ami ;
Et des choeurs sur ta tombe, en une sainte ivresse,
Chanteraient Némésis, la tardive déesse,
Qui frappe le méchant sur son trône endormi.

Mais la France à la hache abandonne ta tête.
C'est au monstre égorgé qu'on prépare une fête
Parmi ses compagnons, tous dignes de son sort.
Oh ! quel noble dédain fit sourire ta bouche,
Quand un brigand, vengeur de ce brigand farouche,
Crut te faire pâlir, aux menaces de mort !

C'est lui qui dut pâlir, et tes juges sinistres,
Et notre affreux sénat et ses affreux ministres,
Quand, à leur tribunal, sans crainte et sans appui,
Ta douceur, ton langage et simple et magnanime
Leur apprit qu'en effet, tout puissant qu'est le crime,
Qui renonce à la vie est plus puissant que lui.

Longtemps, sous les dehors d'une allégresse aimable,
Dans ses détours profonds ton âme impénétrable
Avait tenu cachés les destins du pervers.
Ainsi, dans le secret amassant la tempête,
Rit un beau ciel d'azur, qui cependant s'apprête
A foudroyer les monts, à soulever les mers.

Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée,
Tu semblais t'avancer sur le char d'hyménée ;
Ton front resta paisible et ton regard serein.
Calme sur l'échafaud, tu méprisas la rage
D'un peuple abject, servile et fécond en outrage,
Et qui se croit encore et libre et souverain.

La vertu seule est libre. Honneur de notre histoire,
Notre immortel opprobre y vit avec ta gloire ;
Seule, tu fus un homme, et vengeas les humains !
Et nous, eunuques vils, troupeau lâche et sans âme,
Nous savons répéter quelques plaintes de femme ;
Mais le fer pèserait à nos débiles mains.

Un scélérat de moins rampe dans cette fange.
La Vertu t'applaudit ; de sa mâle louange
Entends, belle héroïne, entends l'auguste voix.
Ô Vertu, le poignard, seul espoir de la terre,
Est ton arme sacrée, alors que le tonnerre
Laisse régner le crime et te vend à ses lois.

André Chénier (1762-1794),
merveilleux constantinopolitain,
arraché trop tôt à l'affection des muses,
par la Connerie en bottes de fer.


Charlotte Corday
Charlotte Corday fut inhumée à 25 ans au cimetière de la Madeleine le 18 juillet 1793, après les gardes suisses des Tuileries, le roi Louis XVI, mais avant la reine Marie-Antoinette.

jeudi 1 décembre 2005

Ces Français oubliés

Lettre électronique du comte de Paris, novembre 2005
publiée par l'Institut de la Maison Royale de France.

blason de l'IRMF

En ce onze novembre, espérons que ce soit vraiment l'armistice et non pas simplement une trêve dans le chaos de nos banlieues.
Afin d'éviter que le sang ne coule, que la révolte ou même la révolution ne s'installent durablement, ayons le courage de constater que toutes les politiques menées jusqu'à ce jour en ce domaine ont échoué. Les habitants des banlieues sont au bord du colaps. Le drame n'est pas loin.

Le premier volet de l'échec de la politique des banlieues concerne l'Education Nationale. Qu'elle soit laïque ou confessionnelle, l' école devrait avoir pour vocation première de forger des êtres humains, de former des citoyens libres et responsables capables de s'assumer et de s'insérer dans la vie du pays.
Or depuis que les voitures brûlent, que les écoles partent en fumée et que le tissu économique de nos villes se désagrège, pas une seule fois je n'ai entendu prononcer les mots d'enseignement civique...
Une chose est vraie, bien que cela puisse paraître ridicule de nos jours, c'est que toute véritable politique doit être fondée sur des règles éthiques et ce dans toutes les sphères de la vie politique, y compris l'économie.
Or notre société qui se dit libre et civilisée se comporte vis à vis des faibles, des déshérités, des pauvres, des chômeurs, pire encore que du temps de la colonisation. L'appétit du pouvoir politique ou économique est devenu le seul moteur de l'ambition. On assiste alors au développement de tous les fanatismes, de toutes les escroqueries, à la prolifération des mafias, au manque généralisé de tolérance, mais surtout... à l'absence dramatique d'écoute envers autrui, cette écoute qui devrait être le début de l'amour du prochain et celui du respect de la dignité de l'autre. Le civisme c'est cela. En langage moderne; nous dirions fraternité et solidarité.

Le deuxième échec concerne un manque total de vision de la politique de la Famille en France. Qu'on le veuille ou non, que cela plaise ou non, il faut affirmer le rôle prépondérant de la Famille dans toute société. Elle peut-être comparée aux diverses cellules du corps humain. Elle a un rôle de cohésion entre les générations et devrait pouvoir être un atout primordial dans l'éducation des enfants. Mais si les parents eux-mêmes ne sont pas, ou ne se sentent pas intégrés, quel soutien peuvent-ils apporter à leurs enfants ?
En effet, il est urgent d'aider la Famille et de la protéger. Ainsi, sur le terrain, le logement est un point d'ancrage, encore faut-il que ce soit un véritable logement et pas un taudis ou pire encore... Toute la politique de l'urbanisation est à revoir. Il est urgent, gauche - droite confondues dans une même volonté, qui existe certes, mais éparse, de dégager un plan Marshall, un Grenelle, peu importe le nom pour l'avenir.
Cet engagement devra être tenu quelque majorité qui gagne demain ou après demain. Car la politique de la ville et celle de l'aménagement du territoire, son corollaire, sont par essence des politiques à long terme. Ce long terme doit pouvoir être garanti aux Familles. Cela fait partie de l'espoir.

Mais pour sauver du désespoir près de dix millions de Français, pour effacer la haine de leur coeur, il faudra revoir totalement notre copie économique. Laissons de côté idéologies et théories, tentons ensemble avec bon sens d'inventer l'avenir pour que nombreux soient les Françaises et les Français qui puissent trouver enfin du travail. Ce n'est pas la mondialisation qui résoudra de nos jours le drame du chômage ; en revanche, je rends hommage à l'immense bonne volonté et même à la volonté de ceux qui, par le moyen d'associations, soutiennent les jeunes et les aident à trouver un dynamisme dans un présent si difficile et pour un futur meilleur.
Il va donc être nécessaire pour les décideurs politiques mais aussi pour les acteurs économiques, syndicats ouvriers, agricoles et Medef de se concerter, d’oublier tout égoïsme sectoriel et de dépasser certains privilèges pour se mettre au service de la France et de ces trente pour cent de Français oubliés sur le bord de la route.
Car la seule vraie politique, la seule digne de ce nom est celle qui est au service du prochain, au service de la communauté, au service des générations actuelles et futures.

Alors, seulement alors, les "Français-oubliés" pourront être fiers d'eux-mêmes et de leur contribution au développement de leur pays, celui dans lequel ils sont nés, celui qu'ils ont choisi : la France.

Henri, Comte de Paris, Duc de France

Henri comte de Paris

lundi 21 novembre 2005

Monarchie Populaire (Leonidas)

Louis XVIII a-t'il dit qu'il fallait "royaliser la nation et nationaliser la royauté" ou fut-ce Descazes, qu'importe.... Il le disait dans une optique bien précise, pour faire coaguler l'aristocratie et la bourgeoisie, sans trop se soucier encore du Quart-état, le peuple. Mais viendront bientôt les Trois Glorieuses (Juillet 1830) et la révolution ouvrière de février 1848. Le peuple devra être compté. Les anciens rois savaient la force du lien affectif et y répondaient plus ou moins adroitement par un souci de protection des gens ordinaires contre l'arrogance des grands. Louis XVIII Mais l'amollissement des moeurs politiques de l'aristocratie concurremment à l'exaltation des droits populaires jusqu'au fameux bon sauvage de Rousseau, avaient lancé ceux-ci et ceux-là vers le carrefour des collisions dont on saurait tirer parti du côté de la classe moyenne en plein développement. Le peuple prendrait un jour conscience de la manipulation démagogique au moment où le bouclier royal serait abaissé et en conclurait qu'il ne devrait compter désormais que sur lui-même. Ce fut la vraie naissance du sentiment républicain. 1848, IIème République. Le capital de sympathie dont bénéficie encore le régime républicain, malgré ses turpitudes, trahisons et déroutes, vient de là. Il n'est pas innocent d'entendre vanter encore de nos jours la constitution de la Seconde République. Sachons déjà que la monarchie n'est rien sans soutien populaire. En fait elle n'a aucun sens sinon.

Leonidas nous livre un bouquet de réflexions sur le sujet.

Monarchie populaire !
Pour réconcilier le pays réel et ses défenseurs


À travers les dernières élections présidentielles, et plus encore le référendum du mois de mai dernier, la République et les partitocrates se sont vus administrer coup sur coup deux camouflets spectaculaires.
Jamais le divorce entre pays légal et pays réel n’a été signifié de manière aussi claire par les Français. Pourtant, sans modèle alternatif prégnant (les partis contestataires, droite nationale en tête, se refusant à remettre en cause les fondements républicains), ces claques sont immédiatement ravalées au rang de simples mouvements d’humeur des électeurs. Et la valse du petit partage du pouvoir entre (au pire) des escrocs et (au mieux) des complices, peut dès lors tranquillement reprendre. Le traitement réservé au refus du Traité constitutionnel européen illustre parfaitement cette situation. Les commentateurs y ont immédiatement décelé un non de droite, ou un non de gauche, répondant totalement au schéma d’hémiplégie mentale imposé. Et les politiques se trouvèrent trop heureux de voir dans ce refus LEUR victoire, ou d’y stigmatiser la défaite de tel ou tel. Chacun se refusant à constater une évidence : l’existence d’un NON français, au sein duquel se mêlent les idées d’identité et de souveraineté, de justice sociale et de refus de la mondialisation. Mais il était bien trop urgent de diviser à nouveau la nation…

L’existence même de la France est aujourd’hui hypothéquée. Celle-ci se voit remise en cause et menacée à sa base comme à son sommet.
L’Etat centralisé ne parvient pas à apporter une réponse mesurée et sereine aux revendications régionalistes, confinant parfois au séparatisme, qui émergent un peu partout. La technostructure parisienne subit la réponse à deux cent ans de mépris et de négation des identités charnelles et des réalités provinciales. D’un autre côté, un communautarisme d’essence extra européenne (se basant sur un fondement ethnique et/ou religieux) met en péril la matrice même de la nation française. Si nous ne sommes pas de ceux qui crient à la négation ou la destruction des liens communautaires au nom de l’émancipation individuelle, nous ne pouvons pas pour autant accepter que des solidarités et des liens se nouent sur des bases contraires à notre tradition et se nourrissent d’un antagonisme à l’encontre de la France et des Français.
La France se voit aussi menacée par le haut. L’Union Européenne vient chaque jour imposer son poids et ses obligations bureaucratiques à des Français qui ont déjà bien du mal à supporter la confiscation de leurs libertés locales et populaires par l’Etat. Là où l’Union Européenne devrait assurer un cadre rassurant et épanouissant aux citoyens des pays membres (économie, défense, immigration extra européenne), elle ne leur offre qu’instabilité et insécurité. Et que penser d’une structure institutionnelle qui se rêve de plus en plus comme une super-nation, et se refuse pourtant à se définir clairement comme le démontre pour notre plus grand malheur l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie. Non, définitivement, l’Union Européenne ce n’est pas (encore ?) la civilisation européenne. On se situe, quoi qu’il en soit, bien loin du principe de subsidiarité. Enfin, rongées par un mondialisme hérité en droite ligne des principes de 1789, comment la République française ou l’Union Européenne pourraient-elles bien défendre notre économie et nos emplois face à l’agression permanente de la mondialisation et de la spéculation sans frontières ?

Nous le constatons, la fracture est bien là. Le divorce entre pays légal et pays réel est consommé et il n’a jamais été aussi vrai que la France se défait sans Roi !
Face à une crise identitaire, une crise sociale et une crise institutionnelle, l’alternative monarchiste apparaît comme un recours porteur de solutions concrètes et d’espoir.

Pourtant…

Pourtant, alors que le constat royaliste peut se vérifier à tous les niveaux de la société, nos idées sont raillées ou caricaturées.
Une distribution de tracts en appelant au retour du Roi suscitera le plus souvent l’indifférence ou un sourire gentiment moqueur nous renvoyant au rang d’une secte de doux dingues. Si une réaction agressive est provoquée, ce ne sera jamais en fonction de ce que nous sommes et de ce que nous prônons mais plutôt par un réflexe conditionné de réduction ad hitlerum de toute velléité traditionnelle, nous plaçant de fait dans le camp des vilainsfachospasbeauxdextrêmedroite.

Soyons clairs, je ne dis pas qu’en France il n’y a plus de monarchistes. J’affirme en revanche que ceux-ci sont sans prise sur le réel, sur le pays réel. Constat amer pour ceux qui s’en réclament pourtant les porte-parole et les défenseurs.

Combien de mécaniciens monarchistes ? Combien de jeunes apprentis royalistes ?

Louis Philippe Trop souvent notre combat s’identifie à un « milieu ». Et quand des idées deviennent un milieu, cela s’appelle un ghetto. Combien de jeunes voient dans l’engagement royaliste la simple continuation de leurs activités du week-end en rallye ou dans leur troupe scoute ?
Loin de moi l’idée de critiquer les familles de tradition. C’est notamment à travers elle que l’idée monarchique a pu se maintenir vive depuis deux cent ans. Que leur résistance au totalitarisme républicain soit saluée. Néanmoins, notre sphère d’influence ne peut se résumer à un royalisme héréditaire et à un milieu aux codes sociaux très marqués. Si en 1793, le soulier de la résistance contre-révolutionnaire était, de la Vendée au Comté de Nice, le sabot de bois, il n’y a en revanche aucune raison que les royalistes de 2005 ne se chaussent que de Sebago ou de Paraboot… Cette image du sabot de bois nous rappelle d’ailleurs que l’immense majorité de ceux qui refusèrent d’abjurer leur Foi et leur Roi étaient des paysans et des sans-titres. Je ne suis pas certain que ce soit des minets, des jeunes cadres dynamiques ou des RoyBo (Royalistes Bohêmes) qui ramèneront le Roi sur son trône.

S’appuyant sur nos forces, il faut désormais insuffler au royalisme un nouvel esprit de conquête, de reconquête, en partant d’un postulat simple : pas de Monarchie populaire sans peuple !

Pour cela il s’agit d’opérer une véritable « révolution culturelle » au sein de la famille monarchiste. Il s’agit ici, en 2005, de réinventer certaines modalités d’action et de repenser certains schémas. Un peu d’audace, que diantre !

S’adresser au peuple c’est lui parler de ce qui le concerne. Il faut en finir avec des réflexes frileux (j’ai très envie de dire bourgeois !) qui nous entraînent trop souvent à prendre « de la hauteur » en débattant de beaux et grands concepts, tout en nous refusant à prendre en compte des problèmes en prise directe avec la vie de nos compatriotes. Je le dis sans rougir : les royalistes se doivent d’être présents sur le terrain de l’immigration et des questions sociales. Crier « vive le Roi » et asséner de belles démonstrations intellectuelles ne suffit pas à sensibiliser les Français à l’idée royale. Encore moins à leur prouver que nous sommes à leur côté. Pour tirer des constats lisibles par nos compatriotes, il faut partir du constatable : « Problème concret > lié à la République, comme idéologie et/ou comme institution > recours au Roi ». Nos activités doivent se concentrer autour de cet effort pédagogique, amener les gens au royalisme à partir de leurs problèmes les plus concrets et quotidiens. Elaborer un corpus adapté à cette dynamique devrait être au cœur des activités des différents cercles de réflexion et de travail de la galaxie monarchiste.
Certains argueront que ce travail en direction de la masse est réservé à ceux pour qui le militantisme de terrain reste un référent fort, et qu’eux travaillent à l’imprégnation et la formation d’élites conscientisées. Tout d’abord, ce serait se méprendre que de penser que l’action au sein du peuple se limite au triptyque « collage-tractage-boîtage ». Ce serait mésestimer les possibilités énormes offertes par le domaine culturel et l’engagement associatif. Ensuite, il convient de se demander quelle serait la possibilité d’action de ces royalistes, placés à des postes de direction de notre société, sans soutien populaire, sans préparation des esprits ? Rompre avec une certaine impuissance, c’est tout le sens de notre propos.

Pour toucher le pays réel, prenons acte du réel. Pour paraphraser Lénine « Faisons de la cause du peuple, la cause de la Monarchie, et la Monarchie sera la cause du peuple ».

À tous ceux que l’idée d’une évocation de l’immigration ferait frissonner, je répondrai que l’illustre homme qui fut à l’origine de la dynastie des carolingiens est entré dans la légende en stoppant les Maures à Poitiers.

Prendre acte du réel, c’est aussi constater les méfaits de notre belle Education nationale sur la jeunesse de France. Je ne m’attarderai pas ici sur un catalogue de ses perversions idéologiques, mais ne pointerait du doigt que l’état d’acculturation généralisée dans lequel elle laisse nos compatriotes. Il faut alors s’interroger sur notre discours (au sens littéral du terme) et la façon dont celui-ci peut-être reçu et perçu. Trop souvent, dans notre activité militante ou nos formations, nous sombrons dans un autisme absolu que nous ne pouvons percevoir mais rend totalement opaque à nos contemporains notre positionnement. Il convient de constater le niveau général, en particulier sur le plan historique, est d’y adapter un argumentaire rénové, à la fois facilement compréhensible et assimilable. Sans cela, le royalisme restera la doctrine des bac+2, et le domaine des cercles d’étudiants…

Les Français ont besoin d’intemporel, de permanent et d’un idéal supérieur. La Monarchie porte en elle une force mobilisatrice extraordinaire. Une communauté s’appuyant sur une méthode repensée et un corpus doctrinal redécouvert sera à même d’œuvrer au retour du Roi.

La France est les Français souffrent, ils nous appellent. Sachons les entendre, sachons leur répondre.

Et si la Monarchie populaire de demain passait par un royalisme populiste aujourd’hui ?

Léonidas, ViveLeRoy, octobre 2005


Deux remarques :

(i) Les royalistes ne proviennent pas tous des classes favorisées. La distance avec la monarchie augmente avec la réussite sociale, sauf engagement intellectuel précoce. L'accumulation capitalistique ou la course aux prébendes publiques ne s'accommodent pas d'un souci "populiste".

(ii) Le "totalitarisme" de la République n'est pas avéré. A preuve la présente publication. Il n'est pas utile de diaboliser un adversaire à qui on pourrait reprocher surtout sa mollesse et sa pusillanimité.

Le roi est le meilleur bouclier du peuple ! Dites-le lui !

mardi 15 novembre 2005

La Crise Triple


Le pays se réveille sonné par dix-neuf nuits d'émeutes "nationales". Etat d'urgence soft model pour trois mois, couvre-feux circonscrits, et des dizaines de millions d’euros de destructions. Tout le monde est usé, casseurs, policiers, politiques et blogueurs.

Le discours du président de la République de lundi n'était pas plus attendu qu'il était convenu, se limitant à passer en revue les faits et les causes sur un ton compassé. Cela faisait un peu soirée "Connaissance du Monde" à l'Alcazar de Tulle. La crise est donc triple :
"C'est une crise de sens, une crise de repères, c'est une crise d'identité. Nous y répondrons en étant fermes, en étant justes, en étant fidèles aux valeurs de la République".
Oui, triple, puisque depuis Descartes tout va par trois dès qu'un Français explique quelque chose. Faites un test.

Sens ? moral, civique sans doute. Repères ? familiaux, religieux peut-être (le gros mot est lâché). Identité ? française, évidemment. La conseillère à prompteur Claude Chirac ne s'est pas foulée quand elle a fait sa rédaction de certificat d'études. C'est vrai qu'on ne le passe plus et ça se voit ! Zappons le reste, tout le reste, les douze minutes qui ont suivi le triptyque de présentation. Il est des textes dans lesquels, avec l'habitude, on peut précéder le récitant. Le discours du chef de l'Etat était de ceux-là.
Dans Le Figaro du 14 novembre Guy Sorman publiait son opinion sous un titre accrocheur "C'est l'Etat qui a brûlé". Un passage entre autres retient mon attention : "En somme, l'Etat est nu, mais il ne le sait pas ; la classe politique réfugiée dans ses palais du XVIIIe siècle et, dans deux arrondissements de Paris, assistés d'une haute fonction publique à son image, fort peu représentative, plus que jamais occupée à ses querelles internes, a pour principal objectif sa propre survie. Pendant ce temps, la France – réelle – brûle. Notre police étant efficace, on ne doute pas que le feu sera éteint et que tout reprendra comme avant car l'autisme d'Etat n'est pas plus curable que celui des enfants".
En effet l'Etat ne comprend plus rien à la Nation. Jean de FranceNos princes, sont-ils plus réceptifs ? Car ils commencent à faire nombre ceux qui se sont démontrés à eux-mêmes que la monarchie est le meilleur régime politique par la pérennité de l'axe d'effort au plus haut sommet de l'Etat, par les libertés les plus larges concédées aux étages subalternes, et parce que le roi à lui tout seul est le meilleur bouclier du peuple.
Mais cette lutte politique doit aboutir un jour à faire un roi ! Qui prétend donc à l'écrasante charge de roi ? Et que nous dit-il ou nous disent-ils de cette faillite du régime républicain qui a fait verser la nation au fossé ? Je n'en ai pas la moindre idée.

Crise de sens : le sens moral est une agriculture familiale et scolaire. On ne peut dire que le régime présent veuille le détruire, au contraire il souhaiterait qu'il encadre plus étroitement les velléités contestataires à son endroit. Le sens moral peut être revivifié facilement si les enceintes de son apprentissage sont préservées.
Le sens civique en monarchie n'est que l'amour du roi. Tout le reste en découle naturellement. C'est relativement plus facile qu'aujourd'hui. L'incivisme disparaît; il s'appelle alors délinquance.

Crise de repères : la famille est l'objet de toutes les attentions "novatrices" d'une catégorie sociale auto éclairée qui a décidé du progrès individuel après avoir défendu le sens de l'Histoire, hors de portée désormais. La famille est un corset vieillot et bourgeois qui bride les élans existentiels des individus et leur liberté inaliénable de faire ce que bon leur va. Le seul problème est qu'on n'a pas encore trouvé de cellule de remplacement qui tout à la fois produise de l'être humain, fasse la couveuse, puis la serre de pousse, fournisse de l'acquit et expulse à l'arrivée un produit normalement fini, destiné lui-même à créer ensuite une cellule identique pour recommencer l'histoire de l'homme. La Société, l'Etat, et même la Religion, ont été disqualifiés comme substituts à la famille. Mais on n'a de cesse de la remettre en cause par tous les biais possibles. Le dernier est cette mascarade de l'homosexualité productive.
L'autre repère défunt serait-il la religion ? Qui suis-je, où vais-je ? A vrai dire, c'est la retraite en bon ordre des églises, de toutes les églises qui se sont enfuies vers l'humanitaire de proximité ou lointain, à défaut vers le happening racoleur de cultes débridés qui n'ont plus grand chose à voir avec l'inquiétude de l'âme. Et même si l'islam dont on parle beaucoup, veut faire encore illusion, il est miné aussi par la laïcisation des moeurs et des esprits. Peut-on ressusciter le repère religieux ? Pas sans remettre en place les écoles confessionnelles. Et le piège se referme : qui peut souhaiter islamiser une partie du système éducatif général ? Donc ce repère est à la société ce que le sodium est à l'eau; il y brûle.

Crise d'identité : c'est le gros morceau. Avoir une carte d'identité ouvrant à la totalité des droits de la Nation et exigeant peu de devoirs en retour, et vivre consciemment ou pas, volontairement ou pas, en apartheid. Personne n'a prononcé le nom qui convient à ce que nous avons vu : SOWETO.
Il n'est plus question, de mesures généreuses, de plans Borloo médiatiques, ou même de Tapie Le Retour (ce sont des copains); c'est toute la base sociale et économique de la Nation qui doit bouger. Et on doit s'y mettre tout de suite, car pour paraphraser le premier ministre Erdogan à l'époque où il n'était que chef de parti : les ventres des femmes des Quartiers sont les casernes des soldats de l'émeute. Tout est à remettre à plat, si possible sans casser ce qui tient encore debout - on est assez bas déjà !
Le problème numéro un de la crise d'identité est la discrimination basique ou la prévention de faciès à l'embauche opérée par les PME et l'Artisanat. Or ce sont les réservoirs d'emploi les plus importants et ceux qui recrutent le plus largement dans les compétences offertes par les Quartiers, qui sont justement ségrégationnistes.Les groupes industriels comme les banques d'ailleurs, ne discriminent pas. Certains secteurs de distribution spécialisée comme les composants électroniques ne discriminent pas non plus. Mais quand on aura vaincu les réticences, les refus-réflexes, on aura quand même un trou de trois millions d'emplois dans le paysage. Donner ici, c'est prendre là. C'est une dispute à somme nulle. Plutôt que de gémir comme il le fait sur des crises qu'il n'a pas vu venir ou qu'il n'a pas voulu prévenir par calcul électoral, notre vieux président ferait mieux d'abandonner son modèle social "post-soviétique" sclérosé hérité des années cinquante, qui enferme l'innovation et la créativité dans un carcan qui nous fait moquer par le reste du monde. Brisons les chaînes réglementaires défendues par les prébendiers de la République et l'establishment-nomenklatura reconvertie. Si avant de sortir les pauvres immigrés de l'épure de nos problèmes, on commençait par exemple à exiler les syndicalistes gras aux Kerguelen, on relancerait presque automatiquement la création d'emplois comme on y parvient ailleurs. C'est bien ce qu'a réussi Margaret Thatcher au Royaume-Uni quand elle a dynamité les Unions. Dès l'instant, le pays s'est mis à grimper comme une mongolfière qui aurait rompu ses amarres. Car la vraie réponse à la crise d'identité, c'est bien sûr l'intégration de tous les "nationaux" dans le secteur marchand, c'est la création d'emplois pérennes par des entreprises nouvelles sur des créneaux nouveaux, labourés inlassablement dans une liberté nouvelle d'entreprendre et de gérer. Ce qui est pour la France une Révolution.

C'est pourquoi, on peut attendre des princes qui prétendent à la charge de roi, qu'ils nous rassurent sur les perspectives économiques qu'ils donneraient à la France. Louis de Bourbon Car au delà des témoignages, du patrimoine, des traditions, des lois fondamentales, ou des oeuvres caritatives, ce qui compte dans les soucis du peuple c'est l'économique.

mercredi 2 novembre 2005

Monseigneur Louis au Pré Catelan

L'Institut de la Maison de Bourbon publie le "remerciement" de Mgr Louis-Alphonse de Bourbon au cocktail donné en son honneur au Pré Catelan le 26 septembre dernier à Paris.

DISCOURS PRONONCE PAR MGR LE PRINCE LOUIS DE BOURBON

Louis 20Chère Grand-mère, Monseigneur le Nonce Apostolique, Monsieur le Duc, Messieurs les Ministres, Messieurs les Généraux, Madame et Monsieur les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

Pour prolonger l'invitation officielle qui nous a été faite hier de commémorer la Fondation de l'Institution des Invalides par mon aïeul le Roi Louis XIV, vous avez eu la délicate attention d'organiser cette réception en notre honneur.
Soyez-en infiniment remerciés, vous Monsieur le Duc et Cher Cousin malgré le deuil si cruel qui vous accable, pour l'avoir organisée, et vous tous chers amis pour être présents. Cette réception permet, pour la première fois depuis notre mariage, à ma Chère Epouse, la Princesse Marie-Marguerite, de rencontrer officiellement ceux qui demeurent attachés à la royauté et à ce qu'elle a donné à la France tout autant qu'au principe de continuité que j'incarne.
Que nous incarnons désormais tous les deux.
La réunion chaleureuse de ce jour est ainsi, pour la princesse et pour moi-même, une réunion de famille.
Elle l'est à plus d'un titre.
Tout d'abord parce que, autour de nous deux, notre Famille de Bourbon est présente:
- Notre Chère Grand-mère en premier lieu. Sa place est primordiale. Elle fait et, je le souhaite, fera encore longtemps le lien entre les générations, lien si nécessaire pour maintenir vivante la mémoire de notre dynastie;
- Nos cousins Bourbons de Parme qui sont souvent, en mon nom et, désormais,en Notre nom, présents dans de nombreuses manifestations liées à l'évocation de la royauté française.
- Enfin je veux citer mon Cousin le duc de Séville qu'un contretemps de dernière minute a empêché d'être parmi nous comme il le fut lors de notre mariage et alors qu'il y tenait tant pour marquer l'union entre nos deux rameaux dynastes de la branche aînée de la maison de Bourbon.
Réunion de famille aussi parce que, Monsieur le Duc et Cher Cousin, autour de vous et du Conseil d'Administration de l'Institut de la Maison de Bourbon, il y a les Présidents ou les responsables de l'ensemble des associations qui participent, chacune à leur place et selon sa vocation, au maintien de la tradition en France.
Enfin, réunion amicale avec les si nombreux représentants de l'Eglise, des familles, de l'Ordre Souverain de Malte, de la diplomatie, de l'administration et des affaires publiques, de l'économie et de l'entreprise, des arts et des lettres qui ont répondu à cette invitation. Ils forment la société française pour qui tradition et mémoire sont synonymes d'espoir et d'avenir. Cette conception de la société est celle de notre pays et de sa mission comme l'avait rappelé si justement le Vénéré Saint-père, le Pape Jean-Paul II.
Pour nous Bourbon, cette mission est celle du service envers la France que les rois nos aïeux ont assuré depuis le baptême de Clovis, à travers le règne fondateur de Hugues Capet, la sainteté de Louis IX, le panache de François Ier, le pragmatisme de Henri IV, la grandeur de Louis XIV, et le sacrifice de Louis XVI.
Pour la Princesse et Moi-même, cette soirée officielle prélude à de nombreuses réunions que dans les mois et années à venir, nous serons heureux de partager avec vous pour faire vivre en France le souvenir de l'oeuvre des Rois.


C'était bien dit et malgré quelques égratignures au protocole - ce qui prouverait que la duchesse douairière d'Anjou et Ségovie ne l'avait pas relu - les invités purent s'en retourner rassurés; Mgr Louis Alphonse ne se lancera pas à l'assaut de la République, ce qui permettra aux autorités et au corps constitués du pays, de venir lui faire révérence de courtoisie, en souvenir de gloires anciennes, sans goûter aux effluves excitantes et dangereuses de la conspiration, et convoquer sur leurs têtes la foudre des Saint-Just.

Nonobstant le principe de continuité évoqué, tout laisse accroire que la juste Providence pourvoira au relèvement de la France. Et qu'il en est bien ainsi. Laissons à Chartres l'envie de suivre les tambours de la Ligne à Jemmapes, Provence et Artois ne préféraient-ils pas le menuet ? Chacun ses goûts ! Nous ne saurions nous commettre avec des factieux, prosélytes, qui pis est, d'un mode d'accession non conventionnel ni soft.

Mais pouvait-il en être autrement ? Les tenants de la branche aînée souhaitent-ils tant que ça oeuvrer à une restauration monarchique en investissant le champ politique ? Ou se complaisent-ils dans l'évocation du principe capétien, dans l'ardente promotion des Lois fondamentales du royaume défunt, dans un souci décoratif appliqué d'abord à leur vie et relations quotidiennes.

Mais remplir un agenda mondain, courir les tournois de polo - pour les gagner quand même ! - et passer le week-end en Floride avec bonne maman, ce n'est pas exactement le curriculum à suivre pour se former au métier de roi. Mais "de droit divin" et tout s'arrange ! Comme pour les empereurs de la Cité Interdite. Qu'avaient-ils besoin de savoir pour régner en vicaires du Ciel ?

N'ayant pas eu le privilège pour ne l'avoir sans doute jamais sollicité, de discourir de la restauration monarchique en France avec le prétendant de la branche aînée, je ne ferai pas un procès d'intention trop facile, au vu de ce que produisent à son endroit et à celui de la jeune princesse Marie Marguerite, les journalistes de la jet-presse.Louis et Marguerite

Mais je m'autorise quelque étonnement à voir le mouvement légitimiste se contenter de ce qui apparaît de plus en plus comme un pilotage à distance des attentions et intentions de Mgr Louis Alphonse de Bourbon.

Qu’en a dit la presse espagnole ? Peu de choses vraiment puisqu'ils suivent le prince surtout dans les tournois de polo où il est d'ailleurs excellent, sauf une note d’El Confidencial que nous traduisons ci-dessous.

Louis Alphonse de Bourbon, fils de feu le duc de Cadiz, chef de la maison de Bourbon de France, est revenu au pays voisin reprendre la cause légitimiste après une longue période de doutes. Le duc d'Anjou, titre porté par l'héritier de la branche française des Bourbon, vient de visiter Paris en compagnie de son épouse vénézuélienne, Maria Daisy Vargas, ce qui ne s'était pas produit de puis plus d'un an, alimentant la rumeur d'un éloignement de la cause légitimiste.
Louis Alphonse et Marie Marguerite se sont mariés le 6 novembre dernier, et aux cérémonies on remarqua l'absence de représentation de la noblesse française, ce qui accentua l'impression que le fils du duc de Cadiz prenait ses distances avec la prétendance au trône de France.
Le voyage à Paris en compagnie de son épouse, et leur participation à diverses cérémonies dynastiques, dont une visite à la crypte de Saint-Denis où reposent le restes de son ancêtre guillotiné Louis XVI, ainsi que la remise de la médaille de Louis XVII à l'Institut Bourbon de France, ont montré que Louis Alphonse était revenu se battre pour ses droits historiques dans le pays voisin.
El Confidencial, 17 octobre 2005

samedi 22 octobre 2005

Turgot trop en avance

Préambule

Le futur roi fut-il influencé par cette conception idyllique, inspirée de Bossuet, d’une monarchie patriarcale, bienveillante et pacifique, clef de voûte de l’harmonie sociale. Ainsi, malgré un apprentissage scientifique hors pair qui lui laissa d’excellentes connaissances en mathématiques, physique, cartographie, marine, anglais, espagnol, italien, le jeune prince fut, malgré les avertissements du détesté mais lucide Choiseul, éduqué suivant le credo politique idéaliste des dévots, autrement dit, mal préparé au métier de roi. Malgré cela, Louis XVI n’était pas resté fermé à l’esprit des Lumières, comme en témoigne l’entrée de Turgot et de Malesherbes au gouvernement, saluée par le parti philosophique. Précipitées et audacieuses, les réformes de Turgot touchaient aux fondements mêmes de la société d’Ancien Régime, prenaient le parti du peuple contre les privilégiés, mais elles recevaient le soutien ferme du roi contre une opposition parlementaire qui dénonçait le despotisme de la monarchie. Au renvoi de Turgot, salué par la cour, la ville et les choiseulistes, on avance la thèse d’une réaction probable du roi qui redoutait l’émergence d’un premier ministre à la Mazarin ou plutôt Richelieu. Cette crainte n'était-elle pas cultivée plutôt par les privilégiés en cour, assis sur des positions économiques juteuses ? Jean-Christian Petitfils dit le roi peu influençable. Mais pusillanime ?

Turgot un économiste en politique

Anne Robert Jacques Turgot, baron de l'Aulne, naquit à Paris le 10 mai 1727 -et y mourut le 20 mars1781.

D'un père prévôt des marchands sous Louis XV, auteur du fameux plan Turgot de Paris. Destiné à l'état ecclésiastique, il fit des études chez les Jésuites du collège Louis-le-Grand et au collège Du Plessis où il se forma à la théologie. Pensionnaire de la maison et de la société de Sorbonne, il en devint prieur en 1749. C'est là qu'il se lia avec les abbés de Cicé, de Brienne, de Véry, Bon et Morellet. Puis au début de 1751, il renonça à l'état ecclésiastique.Turgot

Conseiller-substitut du procureur général en janvier 1752, conseiller au parlement en décembre, il fut nommé maître des requêtes le 28 mars 1753. Lié à Vincent de Gournay (+1759), puis comme intendant du commerce de 1751 à 1758, il l'accompagna en 1755 et 1756 dans ses tournées des principales places de commerce du Sud-Ouest de la France, puis en val de la Loire et en Bretagne. Parallèlement à ses fonctions de maître des requêtes il poursuivit une activité littéraire de traducteur. C'est pendant cette période qu'il rédigea anonymement cinq articles pour l'Encyclopédie, dont «Foire» et «Fondation».

Le 8 août 1761 Turgot fut appelé à l'Intendance de la généralité de Limoges. Il y prit toute une série de mesures en faveur de l'agriculture, à commencer par la suppression des corvées. Création d'une école vétérinaire à Limoges, encouragements donnés à l'agronomie en qualité de président de l'Académie locale d'Agriculture, ouverture de nouvelles routes et de canaux pour le transport des grains - son obsession -, cadastrage des terres sur des bases équitables. C'est de cette période que datent ses Réflexions sur la formation et la distribution des richesses (1766).
Après la mort de louis XV, il est appelé par Maurepas au ministère de la Marine en juillet 1774, puis le 24 août le nouveau roi Louis XVI le nomme au Contrôle général des Finances où il succèdera à l'abbé Terray (+1778). Turgot découvrant le trou de 22 millions de livres qui plombait les Finances à tel point que Terray avait recommandé la déclaration de banqueroute, ose lui dire: « Il faut, Sire, vous armer contre votre bonté, de votre bonté même, considérer d'où vous vient cet argent que vous pouvez distribuer à vos courtisans ».
Turgot veut éviter la banqueroute par laquelle l'État se reconnaît incapable de rembourser ses créanciers, car elle ruinerait la confiance du public et rendrait impossible tout nouvel emprunt. Il fait quelques économies en taillant dans les dépenses de la Maison du roi et en supprimant les corps de parade. Mais comme cela est loin de suffire, il engage aussi des réformes audacieuses pour libérer l'économie des entraves bureaucratiques et en conséquence faire rentrer les impôts.
Le 13 septembre 1774 il fait prendre un arrêt rétablissant la liberté du commerce des grains à l'intérieur du royaume. Mais la récolte est inférieure au nécessaire et les spéculateurs qui vivent de "l'emprisonnement des blés" agitent le peuple. Ignorant des principes de l'économie, les bonnes gens croient que cette liberté de circulation va aggraver les disettes en laissant s'échapper le grain. Les spéculateurs comme le très influent prince de Conti se gardent bien d'éclairer les lanternes plébéiennes car ils tirent leur fortune des limites à la circulation des grains qui leur permettent de provoquer artificiellement des pénuries localisées. Habilement, ils manipulent le peuple et entament une cabale contre le ministre. Une augmentation momentanée du prix du blé suffit à donner crédit à ces craintes, et provoque une série d'émeutes dans les villes, la «Guerre des farines» de mai 1775. C'est la fin de sa popularité (l'état de grâce d'aujourd'hui), d'autant qu'une épizootie des vaches lui succède.

Le crédit du ministre déjà détérioré par l'opposition des parlements, de la cour et du clergé (il est agnostique) à celui qui est perçu comme représentant les savants et philosophes, s'amenuise dangereusement. Turgot n'en poursuit pas moins le train des réformes.

Louis-François de Bourbon-Conti Six édits de 1776 sont annoncés portant suppression des corvées, des jurandes et maîtrises, de la Caisse de Poissy, des droits sur les grains à la halle, des charges sur les ports et diminution des droits sur les suifs. Deux sont particulièrement retenus contre lui :
- celui qui supprime les corporations qui entravent la liberté d'entreprendre et l'initiative.
- celui qui prévoit de remplacer ces corvées destinées à l'accomplissement des travaux d'utilité publique par un impôt sur tous les propriétaires, la «subvention territoriale».
Tollé chez les privilégiés qui ne supportent pas pareil assaut, et surtout le projet de subvention territoriale. Les deux premiers édits après être passés au Conseil, sont forcés au Parlement par un lit de justice. Contre l'avis de Conti ! Conti, la coqueluche du parlement qu'il avait contribuait à faire rappeler en 1774. La déchirure est dès lors irréparable. La cabale est à son paroxysme. Louis XVI va céder. La veille de son renvoi, Turgot écrit au roi : « N'oubliez jamais, Sire, que c'est la faiblesse qui a mis la tête de Charles 1er sur un billot ».

Au départ de Turgot les édits sont rapportés.
Les corporations sont rétablies sur le mode facultatif, elles n'avaient pas eu le temps de disparaître.
La réquisition des paysans pour la corvée royale est rétablie, et la subvention territoriale assise sur tous les propriétaires évidemment oubliée.
L'intendance suivra au son de la musique baroque, et Necker n'hésitera pas à lever des emprunts à taux élevé pour financer l'entrée en guerre du roi à côté des Insurgents américains.
Turgot meurt d'une attaque de goutte le 20 mars 1781 à l'âge de 54 ans.
Le clou n'est pas dans le cercueil que l'on croit !
La dette atteint des proportions ingérables. Pour accroître la ressource fiscale et élargir l'assiette de l'impôt, il faut convoquer les Etats Généraux. On connaît la suite.

Turgot, un libéral avant l'heure
Turgot figure parmi les disciples de François Quesnay, partisan du « laissez faire, laissez passer ». À ce titre, on le qualifie de physiocrate.
Il adopta très tôt le libéralisme politique, comme le montre cet extrait de son discours de jeune docteur en 1750 :
" On s'est beaucoup trop accoutumé dans les gouvernements à immoler toujours le bonheur des particuliers à de prétendus droits de la société. On oublie que la société est faite pour les particuliers ; qu'elle n'est instituée que pour protéger les droits de tous, en assurant l'accomplissement de tous les devoirs mutuels ".
Après avoir rencontré les physiocrates, il se convertit également au libéralisme économique. Il aura l'occasion de le mettre en pratique comme Intendant de la généralité de Limoges. Comme les physiocrates, il pense que les impôts indirects entravent le commerce. L'impôt direct à créer doit porter sur le produit net des terres (ce qu'on appellera un peu plus tard la rente), et lui être strictement proportionnel. Mais contrairement aux physiocrates, il affirme que l'industrie et le commerce produisent des richesses tout comme l'agriculture. Sur le plan politique, Turgot est un bien meilleur démocrate que les physiocrates : il croit en la souveraineté populaire, alors qu'ils prônent le despotisme éclairé.
Un enchaînement de circonstances conduira Turgot à écrire son chef-d'œuvre théorique. En 1766, les jeunes jésuites chinois Ko et Yang sont envoyés à la Cour de France pour y perfectionner leurs connaissances. Le Contrôleur général des finances de l'époque demande à Turgot de leur fournir un manuel d'économie ; ce sera les Réflexions sur la Formation et la Distribution des Richesses.
Son "programme de gouvernement" se résumait en quatre points :
- Rétablir les finances par la limitation des dépenses et la relance de l'économie.
- Réduire le rôle de l'Etat en maintenant son autorité sur les infrastructures et grands chantiers.
- Adopter une politique de l'offre.
- Réformer la fiscalité.

Il se fourvoya dans sa sensibilité "démocratique" qui lui fit négliger la résistance des puissants. En 1773 n'écrivait-il pas : " C'est au public lisant et réfléchissant qu'il faut parler, c'est à lui qu'il faut plaire, lui et lui seul qu'il faut persuader ; toutes les flagorneries aux gens en place, tous les petits détours dont on s'enveloppe pour ne pas les choquer sont une perte de temps écartant du vrai but et ne réussissant même pas à faire sur eux l'impression qu'on s'est proposée ".
En ce sens il eut tort !
Il surprendra aussi au Ministère de la Marine en envisageant l'émancipation progressive des colonies et des esclaves.

Les disciples de Turgot se nomment Condorcet, Lavoisier, Adam Smith, ..., ce sont des noms de lycées. Il n'y a pas que je sache de lycée Conti !

PS : L'article de Turgot pour le Dictionnaire du Commerce de l'abbé Morellet, VALEURS & MONNAIES (1769) est disponible chez Royal Artillerie et transmissible à qui en fera la requête par e-mail.

Nombre d'éléments relatés ici ont été puisés dans les contributions de Joël-Thomas Ravix et Paul-Marie Romani que nous remercions sans les connaître.

 

mercredi 19 octobre 2005

Monarchie 21

"Qui inscrira le royalisme dans le XXI° siècle ?" dit un jour la tortue, lassée d'avancer à son pas vers la concrétisation de ses espérances qui à chaque mètre gagné reculait d'autant. Elle résume complètement mon angoisse métaphysique des années qui passent "en vain", et aussi mon exaspération tant le royalisme de témoignage occupe le maigre espace médiatique arraché aux barons de presse, cachant soigneusement comme mal honteux le royalisme doctrinal du combat politique. Mais pour répondre à la tortue faut-il encore apprécier le siècle nouveau pour ce qu'il est vraiment.
Sont-ce les Royalistes de coeur les mieux placés ? Je doute.

Ne faudrait-il pas commencer par étudier et deviner le marché politique réel des trois premières décennies de ce siècle ?
Beaucoup d'études et ouvrages traitent de mouvements structurants et déstructurants pour notre monde global, et des bienfaits et dommages collatéraux sur notre quotidien. Essayons les sérier en vrac sans délayer dans les généralités :


- Capitalisme boursier des pensions capitalisées et gouvernance des entreprises
- Globalisation irrépressible des échanges et marché mondialisé de l'emploi
- Entropie inévitable des niveaux de vie (déjà esquissé sur ce forum) et migrations
- Schémas du FMI, développement du SUD, et gestion des lests africain et sud-américain
- Apportionnement des ressources limitées de la planète

Certains diront qu'on est en pleins nuages et loin de notre question existentielle : "le roi, oui ou non ?"

Pas du tout ! Les effets de ces mouvements sur le quotidien économique et donc social de notre population, sont fulgurants dans leur propagation. En ce sens les soucis terre-à-terre de notre classe politique, la disqualifient comme sa propension à se vautrer dans la facilité du déficit budgétaire après en avoir dénoncé la perversité fatale. Reprenant les cinq choix ci-dessus, il s'agit d'inventorier les leviers qui restent entre nos mains (nationales et régionales), ceux qui ont été dévolus à, ou enlevés par, des instances supranationales, ou par des groupements d'intérêts transmondiaux. Et chercher comment accéder à ces enceintes de pouvoir !

- Capitalisme boursier des pensions capitalisées et gouvernance des entreprises :
Les pensionnés du Nord exigent des fonds de pension qui gèrent et servent leurs retraites, des dividendes supérieurs aux taux moyens des bénéfices des entreprises dans lesquelles ces fonds ont investi. Si le compte de pertes & profits dégage à sa dernière ligne 5 dollars de bénéfice rapportés à 100 dollars de fonds propres (ce qui n'est pas si mal), et si le fonds de pension du Kansas, de Suisse, de Prusse ou d'Australie, ou de Chine a besoin d'un retour de 8% (normalement c'est plus), les 3% seront demandés à la productivité d'abord et quand sa progression sera épuisée, on l'exigera du payroll: réduction d'effectifs.
Mais plus une entreprise dégage de bénéfices moins elle risque l'intervention du fonds de pension, et autrement dit dans un groupe transnational c'est l'établissement national le moins bénéficiaire qui sera sacrifié. L'environnement social et fiscal joue beaucoup sur ce bénéfice ultime. Le modèle social français est obsolète et perdant. Sachant que la rupture nécessaire entraînera la destruction de la sécu et du régime de pensions par répartition, comment jouer notre partition pour sauver nos emplois. En envahissant le plus possible le capital des sociétés pivots de l'économie par des Fonds que nous dénommerons d'Activité pour les opposer aux fonds de pensions. Etudions donc comment restructurer le capitalisme populaire pour drainer l'épargne vers l'investissement de commandement.

- Globalisation irrépressible des échanges et marché mondialisé de l'emploi :
Lutter contre la globalisation est aussi malin que de faire une digue de sable sur la plage de La Baule pour retenir le flot de jusant. Les communications instantanées et à bas prix entre tous les points du globe et l'élévation générale des compétences techniques et managériales ont mis en concurrence tous les acteurs économiques du monde, sauf les services de proximité comme les pompistes, les gendarmes ou les boulangers.
Le combat pour l'excellence est celui de chaque matin sur la planète (qui tourne distribuant ses matins selon les fuseaux du temps). Quand dans un combat politique on exalte l'enthousiasme et débine les tièdes, on a le même comportement que celui des responsables d'entreprises qui ne veulent que les meilleurs et les plus acharnés. Les autres resteront sur le banc de touche.
Mais une nation n'a pas que des surdoués, elle aussi une masse de gens moyens, médiocres et même nuls ou stupides. Comment traduire la compassion qu'on leur doit ? Je n'ai pas la réponse pour l'emploi des médiocres sauf à assécher les marais. Mais on me dit dans l'oreillette que les travaux d'utilité publique ne peuvent être que des punitions, et que pareil programme verra se dresser les collectifs de lutte écologique pour la préservation des espèces humides et des bécasses qui les écoutent. Que faire des imbéciles braillards de la CGT de Marseille dans le panorama productif de ce siècle ? C'est une vraie question, et à part d'accélérer le phénomène naturel d'attrition par le cholestérol, il n'y a pas de réponse. Ce point reste donc ouvert aux contributions des savants, de Marseille et d'ailleurs.

- Entropie inévitable des niveaux de vie et migrations :
L'accélération des échanges de biens et valeurs augmente les niveaux de vie du Sud plus vite qu'ils ne le font de ceux du Nord. Nous subissons un appauvrissement relatif. Quand les niveaux Nord-Sud seront comparables ou suffisamment proches, l'émigration à outrance cessera pour laisser la place à l'émigration de plaisance. Ce moment sera celui où la différence de bien-être sera perçue inférieure en valeur à l'effort et au coût affectif et pécuniaire nécessaires pour rejoindre la zone de meilleure vie. Pour nous, l'immigration misérable sera stoppée. Ce phénomène est naturel et conséquent de la libéralisation. Il peut difficilement être accéléré. Par contre une crise majeure entre les nations dominantes de la planète peut l'entraver, le stopper, l'inverser.
L'action souhaitable est donc celle qui dans toutes les enceintes mondiales de gestion des conflits, privilégie la paix pour le travail contre l'imposition de la justice par la force. C'est peu glorieux, mais nécessaire si l'on veut stopper les flux d'émigration à outrance qui déstabilisent les nations donneuses et réceptrices.

- Schémas du FMI, développement du SUD, et gestion des lests africain et sud-américain :
Les schémas de gouvernance du FMI appliqués au Sud privilégient ce que l'on appelle les fondamentaux et ne sont que le décalque des recettes de gouvernement des pays occidentaux, avec depuis peu la touche évangélique qui crispe le consentement des pays d'Orient. L'horrible Docteur Mahatir de Malaisie a fait la démonstration en vrai despote éclairé que le génie propre d'une nation pouvait réorganiser et surmonter un désastre économique et financier dans un pays entreprenant, et suppléer suffisamment aux remèdes internationaux, qu'au moment du krach asiatique, il refusait d'appliquer, en envoyant ch... les Juifs de Washington. Ce qui a démontré malgré le mitraillage de réserves de toutes théories de la part des experts mis en péril de retraite, que les canevas préfabriqués de gestion sont largement inférieurs en efficacité à la volonté des peuples de travailler, et par là seulement de s'enrichir. Le problème est donc plus moral et culturel que strictement économique. Les économistes de salon (y en-a-t'il d'autres ?) vont hurler de voir diminuer ici les effets de leur pseudoscience comme disait le regretté Bourbon-Busset.
Quel est l'acharnement au travail des deux continents cités dans l'énoncé ? A quoi servent les pilules, purges et autres clystères du FMI ? Si le continent noir ne décolle pas, ils nous envahiront. S'ils ne travaillent pas, ils nous envahiront. Il faut réinventer un knout culturel pour arracher les mentalités à la gangue de l'assistanat éternel et apprendre aux enfants la noblesse du travail et la joie de s'y enrichir. Accessoirement les environnements bureaucratique et tribal devront être suffisamment déconsidérés pour que leur destruction soit applaudie.

- Apportionnement des ressources limitées de la planète
C'est "the question".
Pour faire vivre 7 milliards d'hommes à un niveau approchant celui du Nord il faudrait de nombreuses planètes Terre afin de profiter de leurs richesses naturelles. En l'état, le développement du monde va bloquer sur les pénuries. Comment le prendront les nouveaux impétrants ? C'est une grande question stratégique. Nos prix vont flamber, l'inflation revenir (on en parle déjà) et notre appauvrissement s'accélèrera. Le dernier G20 de Pékin n'a parlé que de ça.
Comme il est impossible de comprimer l'émergence des empires du Sud, il faut avec eux mettre le paquet sur les énergies durables de substitution à défaut de quoi nous risquons bien de refabriquer des vélos dans un futur pas si loin. Ces choses ne se décident pas au niveau des états aussi puissants soient-ils. Il faut dans les instances dédiées oeuvrer d'abord au consensus du Nord, inlassablement. Le ranchero Bush n'est pas roi. Il va partir. Mais s'il était roi, que ferions-nous ? On me dit "Ravaillac" dans l'oreillette.

Et nous, et nous, et nous ?
On voit bien que les pays qui disent régler ces questions seuls dans leur coin, n'existent pas. Même la Suisse veut accéder à l'open world et se dépouiller de son statut de neutralité qui ne lui attirent plus que les mouches drosophiles porteuses de germes.
Alors le souverainisme prôné en France par les tenants de la restauration monarchique me semble un peu faible comme arme de survie, à tout le moins ses chances de succès obligeraient à être plutôt fort dans les étages de décision. Et ce n'est pas en débinant du soir au matin ceux qui s'y déplacent que nous y accèderont plus facilement ou en plus grand nombre. En passant, les "couloirs" de Bruxelles ont été investis pas les Anglais. Les effets vont se faire sentir.

La doctrine politique qui synthétisera ces analyses devra aider in fine à ce que notre population sorte au milieu du peloton des gagnants dans vingt-cinq ans, par l'acceptation d'une offre politique nouvelle. Cette offre doit commencer par présenter un schéma institutionnel nouveau et éprouvé tout à la fois qui redonne à la France la voix et les bras qu'elle a perdus dans l'indignité de ses ruptures d'alliance, dans la gabegie générale institutionnalisée et promue comme Le Modèle Social pour tous, qu'elle a perdu aussi par l'arrivée aux manettes de concussionnaires illustres dont les noms font pouffer dans les soirées mondaines chez nos voisins.
Dernière indication : celui qui sort l'ouvrage doctrinal Monarchie XXI sera le Mazarin du futur roi ! Ambitieux, à vos Maxiton !

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