mardi 15 septembre 2020

Le scandale de Dreux

Mon grand-père qui formait l'espoir de me voir devenir riche m'avait dit un jour qu'il en est de deux sortes : ceux qui vivent sur les intérêts de leur capital et ceux qui placent ces intérêts annuels pour vivre du fruit de leur rapport. Après quoi mes lectures de jeune homme m'avaient appris qu'un Hollandais de la haute époque des Indes néerlandaises - le top des gestionnaires de fortune - ne consommait que la moitié de ses revenus, épargnant le reste pour palier tout revers.

Henri VI
Dans l'affaire qui nous occupe aujourd'hui, nous rencontrons la famille d'Orléans qui n'est pas hollandaise pour deux sous mais qui, depuis l'extinction des espérances, mange son capital. Un peu d'histoire avant d'en venir au Scandale de Dreux (Eure & Loir). A la mort du duc de Guise, son fils Henri d'Orléans (1908-1999) hérita d'une énorme fortune que leur ancêtre Louis-Philippe Ier avait patiemment reconstituée après les Evènements et qui faisait vivre la famille depuis lors. Le nouveau comte de Paris disposait donc à 32 ans de la fortune de son père, de celle du duc d'Aumale - Chantilly avait été déjà légué à l'Institut de France - et de celle de ses oncles et tantes disparus sans postérité. On estime la succession de 1940 à plus d'un milliard d'euros actuels. Le nouveau prétendant, bordé du nécessaire, se lança, riche à millions, dans la mission de reprendre la couronne. Chacun connaît les péripéties rocambolesques de la carrière d'Henri l'Ancien, qui acheva ses jours de la plus modeste des façons, dans une sorte de punition auto-infligée en rémission de son échec à devenir roi. Ce qui désola tous les royalistes de France. Il n'avait donc pas suffi d'avoir de gros moyens, il aurait fallu aussi un mode d'emploi, un peu d'anticipation et le goût du risque, toutes choses englouties dans le système de cour et dans une propension à se surestimer.

Au début des années 80, le train de vie royal maintenu à un rythme effréné entame le capital, les intérêts des placements n'y suffisant pas. On avait bradé le Manoir d'Anjou en Belgique et le Palais d'Orléans en Sicile dont on n'avait plus l'usage malgré une descendance nombreuse et peu habituée au travail, on continuait maintenant en liquidant la maison de Larache au Maroc, celle de la Quinta au Portugal, les maisons du Nouvion-en-Thiérache dont Isabelle d'Orléans Bragance parviendra à détacher la forêt qu'elle offrira à son petit-fils Jean, actuel comte de Paris, et enfin la propriété du Coeur Volant à Louveciennes, longtemps siège social de la Prétendance. Coulèrent ensuite, comme de l'eau entre les doigts, des biens secondaires, des terres, des métairies, du mobilier de prix, des tableaux, des bijoux dynastiques. Et pour achever la liquidation, ce qui put être distrait (en justice) du séquestre opéré par la Fondation Saint-Louis, dont nous allons parler maintenant, est parti aux enchères chez Christie's pour "pouvoir acheter l'entrecôte". Même des albums de photos de famille partirent. In fine, quelques derniers vestiges d'Eu ont été vendus récemment et le petit-fils de Madame la comtesse aurait fourgué la forêt du Nouvion.

Qu'est-ce que la Fondation Saint-Louis ?

Au détail c'est dans la Wikipedia, en présentation c'est sur La Couronne sinon sur un site promotionnel dédié. Voyant s'éloigner toute perspective de restauration, Henri l'Ancien eut la sagesse de sauvegarder l'invendable de quelque importance en le protégeant de ses hoirs dans une fondation patrimoniale, héritière d'une société civile de gestion fondée par le duc d'Aumale en 1886, qui deviendra d'utilité publique en 1974 et dont les statuts seront approuvés par le ministre de l'Intérieur. La Fondation Saint-Louis est quelque chose d'important où siègent à son conseil et de droit, le ministre de la Culture, le directeur général des Patrimoines de la rue de Valois, et le maire d'Amboise. Les y rejoignent des personnalités investies dans les questions patrimoniales comme Stéphane Bern. Le président en exercice est M. François Voss de chez Lazard Frères et les statuts prévoient une présidence d'honneur assumée par le chef de la maison d'Orléans pour couper les rubans.

Il semblerait aujourd'hui que le président d'honneur soit sorti de l'emploi. C'est l'histoire cornecul du squat de la maison Philidor sise au château de Dreux. Cette maison du XVIIIè siècle fut restaurée en 1978 par Henri l'Ancien (président de la Fondation propriétaire) afin d'y accueillir sa bru Marie-Thérèse de Wurtemberg avec sa progéniture, pendant les vacances scolaires et les week-ends. Sa bru, abandonnée par son mari, l'aîné d'Orléans, et accablée de cinq enfants dont deux lourdement handicapés, souffrait de l'exiguïté de son appartement parisien. C'était une libéralité, ce n'était pas un bail. Il n'existe apparemment aucun document de ce qui ressemble maintenant à un accord verbal entre gens de confiance. Lorsque Jean d'Orléans se maria avec Philomena de Tornos y Steinhart en 2008, il quitta son petit appartement parisien pour élever au grand air ses enfants dans un parc de trois hectares. Il rejoignit la maison Philidor où sa mère venait de temps en temps encore et en fit sa résidence principale, a priori sans autre titre d'occupation que la libéralité verbale de feu Henri d'Orléans. Son père, devenu à son tour président d'honneur de la fondation, laissa courir, même si des frictions apparurent entre le personnel rémunéré par Amboise et la jeune famille princière en développement, qui fatalement occupait de plus en plus d'espace ; jusqu'à ce que le nouveau comte de Paris, usant et abusant de sa nouvelle position de président d'honneur à la mort de son père, se comporte en maître de céans, invitant au château édiles, élus, gotha et saltimbanques.

Et à partir de là c'est le noir absolu !

Le Landerneau royaliste apprend le 9 septembre dans L'Echo Républicain que Jean d'Orléans a chargé sa voiture de valises et de gosses pour les mettre à l'abri de menaces émanant du personnel de Dreux afin de les installer dans le Midi. S'ensuivent des déclarations répétées du prince contre la Fondation et un communiqué sibyllin que voici : « Nous continuons à travailler pour que la Fondation Saint Louis retrouve les objectifs que lui avait fixés son fondateur, mon grand-père : mettre la Famille de France au service de son patrimoine, et mettre ce patrimoine au service de la France et des Français.»
Quels objectifs ? Les objectifs sont dans les statuts de l'organisme et aucune demande n'est parvenue à les faire publier par le prince. Il est difficile de soutenir la revendication sans avoir un minimum de bases et la dramatisation du différent est embarrassante pour tout le monde - en fait, on a un peu honte pour ce prince impécunieux. De son côté, la Fondation Saint-Louis refuse de jouer le rôle du méchant Hérode, arguant d'un conflit d'ordre privé dans un communiqué laconique de son secrétaire général : "Ce qui se passe entre la fondation Saint-Louis et le comte de Paris est une affaire strictement privée sur laquelle je n’ai pas à revenir. Il y a des négociations pour que les règles internes de la fondation et la légalité soient respectées en lien d’ailleurs avec l’État. Mais je n’ai pas à en révéler la teneur publiquement dans l’intérêt de chacune des parties. En revanche, je peux évoquer ce qui est fait pour le développement du site de la chapelle royale de Dreux. Nous sommes en lien étroit avec les autorités locales et nous allons mettre ne place des projets pour renforcer l’attractivité du site. Tout le monde a conscience de la valeur de ce monument et de ce patrimoine". On voit quand même que le secrétaire général cantonne la dispute à l'occupation du domaine de Dreux et n'engage pas de réflexion sur la fondation elle-même qui va rester hors de portée de la chicane.

Nous ne nous prêterons pas au jeu des insinuations et supputations bien qu'il y ait matière d'abondance dans le cadre général de l'oisiveté chronique de cette famille ; mais nous nous permettons de dire que lorsque un prince prétend à la couronne de France, quand il fustige à juste raison le gouvernement de son pays, quand il appelle chacun à prendre ses responsabilités dans les questions de la vie donnée et dans celles de la sacralisation de la mort, il est dommage qu'il perde la face en reculant s'il est dans son droit, et précarise ce faisant une famille de sept personnes. Veut-il casser la Fondation ? C'est puéril, les administrateurs sont inexpugnables et la présidence effective a été retirée aux héritiers par le fondateur, en connaissance de cause. Mais après être revenu sur une défaisance volontaire de ses droits au moment de la succession de son aïeul quand des biens mobiliers réapparurent dans la succession contestée, il s'est montré assez procédurier pour récupérer sa part imprudemment abandonnée ; ce qui peut se comprendre quand l'ordinaire est maigre en vivant d'expédients.

Que les enfants du prince Jean en prennent de la graine, fassent de belles études qui leur paieront la maison de leur rêve, loin de l'humidité de biens dynastiques encombrants ou ruineux.
A quand la relève ? On a hâte !


famille Jean d'Orléans


Nota bene : les commentaires sur ce billet ne sont pas possibles.

dimanche 13 septembre 2020

In memoriam Oslo !

Avec le ralliement du royaume de Bahrein au processus de normalisation israélo-arabe, on enterre les accords d'Oslo qui ouvraient la voie à un Etat palestinien limité, contenu mais viable. Intransigeance, surenchères entre les divers groupes palestiniens ont permis à Israël de mettre une chaîne de sûreté à la porte de l'émancipation. Le sultanat d'Oman va probablement rejoindre le bloc des traîtres qui, avec la bénédiction des Séouds, offre à l'Etat hébreu un espace géopolitique avec un quasi-continuum jusqu'à l'Océan indien. L'Iran utile est cerné. La Thanatocratie islamique va-t-elle accepter cette défaite cuisante sur le Golfe persique ? Il semblerait que la provocation soit parfaitement construite et n'attende que la réaction de Qom pour déplier le chapitre à suivre. En attendant, en cet anniversaire d'un espoir déçu, voici le dernier single de Mohammed Assaf, le roi de la pop palestinienne :

vendredi 11 septembre 2020

9.11 No Comment ?

Mon dieu est plus grand que le tien !!!

L'attaque du 9 septembre 2001 par al-Qaïda sur New York a eu pour conséquence d'ouvrir le Moyen Orient à la stratégie de puissance des Etats-Unis. Dix-neuf ans plus tard, les pays islamiques sont partout dans les rets de l'Occident ou dans les fers des sanctions américaines. Chine et Russie ne parviennent pas à faire l'écart. La Palestine disparaît lentement des cartes. Le cerveau de moineau d'Oussama ben Laden, comme celui de ses sponsors arabes, a ruiné pour longtemps la cause musulmane dont les fondamentaux sont patrouillés maintenant par la diplomatie occidentale, comme aux temps bénis des mandats.

Toutes ces horreurs, ces boucheries partout, tout ça pour ça ?


R.I.P.

samedi 5 septembre 2020

Onfray le Danois

portrait de Michel Onfray
« Quand les vents déchaînés emportent les marins, deux avis à la barre et trop d’habiles rassemblés ne vaudront pas l’unique volonté, même moins sage, mais dont l’autorité est plénière. C’est là qu’il faut chercher la force des demeures et des cités » (Andromaque d'Euripide). C'est sur cette vérité d'évidence que se termine un appel au fédéralisme monarchique dans la nouvelle revue numérique de Michel Onfray, Front Populaire, qu'un ami me voulant du bien m'a passée.
Totale surprise du Piéton que de voir réécrit noir sur blanc sa lancinante obsession d'une monarchie d'étage régalien strict ! Encore un effort et nous aurons les républiques subordonnées dans une douce anarchie, ce qui correspondrait assez bien au parcours intellectuel du philosophe normand.
Qu'y lit-on ? Au complet c'est par ici* :
* https://frontpopulaire.fr/o/Content/co205129/souverainete-sur-qui-souverainete-sur-quoi-vers-un-federalisme-monarchique
Nous en extrayons la substantifique moelle :

« Réfléchir à la notion de souveraineté implique nécessairement de s’interroger sur les objets auxquels doit s’appliquer cette souveraineté.» Exit le souverainisme incantatoire des cabris ! De quoi parle-t-on en appelant à la souveraineté ? D'abord c'est aujourd'hui l'Etat qui exerce la souveraineté et pas un corps constitué plus qu'un autre, non plus qu'un élu en CDD. Cette souveraineté s'applique sur deux champs bien distincts, les affaires intérieures et les affaires extérieures. L'Etat applique la coercition légitime jusqu'à la violence légale dans les domaines qui les réclament mais avec un vice d'application qui date des gouvernements compréhensifs - en gros le cabinet Jospin sous Chirac Ier -, savoir que l'opposition désarmée est traitée avec la plus grande sévérité, ce sont les gilets jaunes à partir de l'infiltration de l'ultra-gauche (insoumis, black-block, indigènes et tout le chantier de démolition) ; tandis que l'opposition armée est contournée, ignorée et cajolée par la Justice à des motifs obscurs. Une autre domaine où l'Etat pèse de tout son poids est celui de l'Education nationale où à la suite de Vincent Peillon, la Rue de Grenelle n'a pas abandonné l'idée de formater les enfants sept jours sur sept avec rappel de vaccination aux heures de classes. Tout à l'opposé est le domaine de la santé publique dont on a découvert l'incroyable incurie lors de l'explosion de coronavirus. En résumé, fort avec les faibles, faible avec les forts et toujours à court d'argent.

Le champ des affaires étrangères est également partagé entre zones d'effort où la France s'affirme - traditionnellement l'Afrique - et zones de timidités comme les nomme l'article de Front Populaire. Il y a des timidités malvenues, et d'autres bienvenues. Le partage est à l'aune de notre puissance réduite que nos partenaires nous mesurent encore quand ils voient l'état de calamité financière où nous nous sommes jetés pour faire vivre le peuple des hamacs concurremment à notre grandeur. Au lieu de rechercher une impossible indépendance, optimisons au maximum nos dépendances. Un peu de prudence avec l'Amérique de Trump ne nuit pas. Un peu moins avec la Chine, mais intelligemment, rehausserait la portée de notre discours. Il en va de même au Proche Orient (nous sortons des Sykes-Picot au Moyen Orient) où nous avons des atouts et des forces résidentes sur lesquels adosser une diplomatie d'autorité au milieu des contraintes de tous ordres voire des contradictions orientales que nous savons très bien analyser. Chirac qui fut le seul chef d'Etat étranger aux funérailles d'Hafez el-Assad et de Rafik Hariri n'a pas su sanctuariser le Liban au nord du Litani et la France a perdu son honneur et la main jusqu'à la catastrophe récente à Beyrouth. Que faisons-nous entre Grèce et Turquie pour les îlots de Kastellórizo ? On y reviendra.

A la fin, l'article s'avance vers nous (sans qu'il le sache bien sûr) quand il y est écrit que « l’État peut et doit être fort, c’est-à-dire souverain et indépendant, mais dans quels domaines ? Oui, l’État doit prendre du recul et disparaître, mais dans quels domaines ? Peut-être est-il temps de ne pas rougir d’un État puissant dans des domaines restreints mais essentiels à la bonne marche du pays, dans ce qu’on appelle les compétences régaliennes, mais qu’il s’agirait de chercher à redéfinir tous ensemble en tant que peuple.» Sur ce blogue nous sommes pour arracher le régalien strict** à la dispute démocratique pour le confier à une autorité permanente indépendante des partis et des lobbies. Mais rien n'interdit d'y intégrer un ou deux domaines jugés essentiels pour la cohésion de la Nation. Peut-être l'instruction publique de premier cycle et les hôpitaux généraux...

L'article se referme sur les contrepouvoirs de Proudhon et la question qui tue : « Vers un fédéralisme monarchique ?» Reste à s'abonner à Front Populaire ? On va attendre un peu qu'il confirme le coup de barre ! Pour ceux qui sont pressés, on peut payer là.

** Toujours les cinq domaines : Justice haute, Police nationale, Armées, Finances centrales, Diplomatie.


drapeau blanc

vendredi 4 septembre 2020

Le roi par expérience

L'Action française ne cesse de produire ses textes doctrinaux à l'intention de ses adhérents. Voir la rubrique "Notions fondamentales" du site officiel. Après la question ouvrière, Kiel & Tanger (diplomatie d'une puissance moyenne), l'avenir de l'intelligence et avant la décentralisation, voici dont le fameux "empirisme organisateur" qui est l'exact opposé de la tabula rasa révolutionnaire. Dans un billet laissé jadis au bimensuel L'Action Française 2000, Stéphane Blanchonnet avait évoqué ce point de doctrine de manière concise, en termes choisis :

« La formule peut dérouter par son apparente complexité et sa tournure philosophique. Maurras s'empresse donc d'en donner une définition extrêmement simple, dégagée de toute technicité : "la mise à profit des bonheurs du passé en vue de l'avenir que tout esprit bien né souhaite à son pays". Ailleurs il en donne une expression plus concise : "Notre maîtresse en politique, c'est l'expérience".
Néanmoins, cette simplicité et cette modestie ne doivent pas occulter l'originalité de l'empirisme organisateur. Par lui, Maurras rejette à la fois les philosophies fatalistes, qu'elles soient optimistes (marxisme) ou pessimistes (guénonisme), pour lesquelles le présent est totalement déterminé par quelque loi absolue, et l'illusion démocratique pour laquelle l'avenir se construit sans aucune considération du passé et sur la seule base de l'opinion.
L'empirisme organisateur explique pourquoi l'Action française a compté dans ses rangs autant d'historiens (de Jacques Bainville et Pierre Gaxotte à Michel Mourre ou Philippe Ariès) et pourquoi, aujourd'hui encore, on peut suspecter une influence maurrassienne derrière tout observateur de la vie politique capable de s'élever au-dessus des considérations d'actualité pure pour mettre les hommes et les événements en perspective avec le temps long.» (SB)

Aujourd'hui se fêtent en France les cent-cinquante ans de la proclamation de la République troisième à l'Hôtel de ville de Paris. C'est le bon jour pour parler de monarchie. Voici l'article de doctrine. Nous apportons nos commentaires en italique s'il y a lieu, et d'un point de vue strictement personnel.




L’empirisme organisateur


La complexité apparente de la notion d’empirisme organisateur est déroutante. Cette méthode de construction doctrinale fait cependant l’originalité et la force de l’Action française comme école de pensée.

Genèse d’une méthode

Constatant la profonde division de l’esprit français au tournant des XIXe et XXe siècles, et postulant l’impossible retour de la chose publique sans doctrine, Maurras chercha une méthode pour jeter les bases de sa réflexion politique. Il emprunta l’expression d’ « empirisme organisateur » au critique littéraire Sainte-Beuve (mort en 1869) ; connu pour son absence d’esprit partisan, sa promotion du primat de l’expérience et son souci de rechercher les contradictions de tous les courants littéraires, politiques, ou philosophiques. L’empirisme organisateur se veut donc une démarche intellectuelle susceptible d’être acceptée par tous les Français, quel que soit leur parti, quelles que soient leurs croyances, ou quels que soient leurs préjugés, ainsi qu’un instrument d’une réforme intellectuelle et morale. Cette méthode se nourrit également de la pensée traditionnelle (antique et médiévale), contre-révolutionnaire et du positivisme d’Auguste Comte.


La raison et l’expérience

L’empirisme organisateur consiste à analyser le passé de manière critique, tant pour comprendre le présent que pour dégager de grandes lois de l’histoire. Comme le résume Maurras : « Notre maîtresse en politique, c’est l’expérience ». Aussi, les institutions sociales doivent être le fruit d’une sélection opérée par les siècles. L’empirisme organisateur peut donc se définir simplement comme « la mise à profit des bonheurs du passé en vue de l’avenir que tout esprit bien né souhaite à son pays ». Cette logique conduit Maurras à conclure à la monarchie.
L’empirisme organisateur implique également un principe d’ouverture consistant à accepter les observations valables d’où qu’elles proviennent, en examinant seulement leur rapport avec la réalité des faits. Enfin, d’une façon générale, il impose de ne jamais quitter la mesure rationnelle des possibles.

Commentaire :
Charité bien ordonnée... Si l'avenir seul doit être notre souci, la méthode de l'empirisme organisateur doit être intégrale et ne pas construire des ponts au-dessus de problèmes "domestiques". L'histoire a démontré que les schismes affaiblissaient durablement les institutions concernées. A la mort de Maurras, les "légataires" du Martégal s'arrachèrent les débris d'une gloire entamée par les années de guerre, plombant durablement l'Action française. Le mouvement royaliste qui se divisa ensuite dans la querelle dynastique ressuscitée lors de Millénaire capétien, juste avant la Cagade d'Orléans, en pâtit terriblement, jusqu'à un point tel que l'adhésion aux idées monarchiques doit aujourd'hui faire l'impasse sur les chapelles et les maisons pour exister.


Conséquences et applications

L’empirisme organisateur donne au royalisme d’Action française son efficacité. Contrairement au royalisme du XIXe siècle, celui-ci ne se contente pas de la tradition (remise en cause a priori par certains courants intellectuels) non plus qu’il ne s’appuie sur la Providence ou le droit divin : il allie la tradition à la volonté. C’est ainsi que Maurras affirme que « toute tradition est critique ».
Le primat de l’expérience conduit à la critique de la démocratie parlementaire, dans laquelle le pouvoir dépend des suffrages, donc de l’opinion et de ses variations, condamnant le régime au présentisme. Maurras y dénonce d’ailleurs un « régime d’amnésie ». La monarchie au contraire, présente l’avantage de rendre l’exécutif indépendant de l’opinion et de ses passions. Enfin, du fait qu’elle pousse le souverain à inscrire son action dans la continuité de celle de ses prédécesseurs (qu’il la poursuive, l’amende ou l’interrompt), elle se trouve être elle-même un produit de l’empirisme organisateur.

Commentaire :
La monarchie est "démontrable". L'Enquête sur la monarchie (1900) de Charles Maurras s'est attachée à cette démonstration pour aller de l'avant et rompre avec la pieuse nostalgie de régimes éteints (ndlr: ...d'eux-mêmes). La cause du roi gagnerait beaucoup à être "démontrée" en lieu et place de la critique permanente du régime actuel qui, de la part du mouvement royaliste, se noie dans le concert des mécontents de plus en plus nombreux. En pratique, il serait plus rémunérateur de faire des propositions claires, compréhensibles et complètes que de rejoindre le vacarme de casseroles d'un peuple floué par le régime parlementaire.






L'énigme du présent trouve sa solution dans le passé !

(Patrick Boucheron du Collège de France sur Arte 28' septembre 2020)

lundi 31 août 2020

"Moment" de l'histoire

Moment, s.m. s'entend en mécanique du produit d'une force par sa distance à un point ou à un axe ; c'est ainsi qu'on dit que la somme des moments de deux composantes est égale au moment de leur résultante, par rapport à un point quelconque pris dans leur plan (Maurice La Châtre, Dictionnaire universel, Paris 1854)

 


Comme l'affirmait Vaïsse Villiers - je ne le sus que plus tard après être passé mille cinq cent quatre-vingt-seize fois devant sa plaque de rue pour aller à l'école - l'histoire est cyclique, une roue lente toujours en mouvement sur un moyeu qui orbite dans l'univers du Destin. Aussi souriais-je souvent par la suite d'entendre que l'histoire ne repassait pas les plats sans parler du fameux sens marxiste de l'Histoire qui permit à la France de se retirer de toutes ses positions pour devenir la nation qui pérore en souvenir de sa grandeur. Je compris aussi pourquoi de grands esprits avaient investi tant d'énergie à produire des leçons édifiantes à l'attention de leurs contemporains comme Grandeur et décadence de l'Empire romain, qui n'était finalement qu'un solennel avertissement. Il est plus que temps de mettre en perspective - si ce n'est trop présomptueux - la décadence de l'empire occidental !

Est-il besoin d'en faire la démonstration ? Même pas, la démographie négative et la part étrécie de richesses produites par l'Occident rapportée au total de l'activité humaine sur terre parlent d'elles-mêmes. Ce reflux est-il une décadence ? C'est le début d'une bonne question à laquelle tous les gouvernements répondent non, plutôt un ajustement historique de la tectonique des continents. Sans revenir à Dioclétien ou Charlemagne, nous retrouvons aujourd'hui l'époque pré-industrielle où les maîtres du moment étaient au Milieu du monde, ce qui ne se voyait pas autant qu'aujourd'hui puisque ceux-là n'avaient aucune envie de s'impliquer plus loin que les marches impériales. Prospérait au-delà des sables de l'océan steppique l'Europe des nations combattantes, en guerre permanente (7 ans, 30 ans, 100 ans...) jusqu'à ce qu'au XIXè siècle, la putréfaction de l'empire mandchou ne les attirât et leur permît de mettre en coupe réglée le Centre du monde pour s'en repaître. La cupidité générale déséquilibra les appétits réputés légitimes - à chacun son empire mondial - jusqu'à jeter tous les uns sur tous les autres pour qu'à la fin, l'Occident se dévore lui-même. Deux guerres mondiales ont réglé pour longtemps la question des suprématies. L'épuisement occidental à s'entretuer a laissé revenir contre lui les empires défunts qui renaissent de leurs cendres. Le balancier de Vaïsse Villiers qui s'était perdu derrière Alpha du Centaure, revient. Sa masse inertielle est monstrueuse, à voir les dégâts qu'il a déjà causés. Et nous le regardons grossir, sidérés ! Nous ne faisons que ça.

Les dirigeants occidentaux qui ont blindé leurs modèles socio-économiques dans les rets des organisations internationales sont empêtrés dans des logiques mercantiles et morales de premier échelon. Ils brandissent des libertés dans certains domaines qui rapportent et des obligations impératives dans d'autres qui les gênent. Ils ne voient pas les enjeux ou les laissent aux analystes stratégiques que l'on ne lit pas. De vista ? point ! mais, le nez dans le guidon, un contrôle tatillon des peuples réputés indociles et plus intelligents qu'eux. Le futur lointain n'est appréhendé que par les cerveaux numériques de la Silicon Valley pour faire court, et plus du tout par les états-majors partisans qui gèrent nos sociétés civiles dans le champ des mœurs plutôt que dans celui des équilibres pérennes. Quand chez nous on en arrive à jouer le redressement du pays sur un Gosplan bureaucratique donné à un politicien raté, il y a de quoi affûter les pointes des rapières. A les voir s'agiter comme des papillons sous la lampe, on laisse naître en soi le sentiment que le système prétendument démocratique a sélectionné le fond du panier, la division 2, les recalés de la Production, des bavards diarrhéiques, des mangeurs de mots, des intellectuels assis selon le mot d'Audiard ; alors qu'il nous faudrait des cons qui marchent. Mais regardez la distribution ! La plupart des noms entreront demain comme insulte populaire dans Le Petit Robert. Rien ne bouge. Cette sous-classe politique nous laisse subir notre environnement géopolitique. La France est le paillasson du monde.
Ce n'est pas partout pareil, à preuve :

Le mandat américain de Donald Trump, un richissime promoteur et animateur télé avec pas cent sous d'idées mais du bon sens, aura plus fait pour contenir les assaillants de l'Occident que tous les clubs dédiés à l'hégémonie de l'American Way Of Life. Son ego démesuré l'a précipité contre "l'Impossible" et malgré les prévisions catastrophiques des instituts payés au mois, il l'a fracassé. Souvenez-vous, on ne pouvait affronter la Chine qui était devenue l'usine du monde et détenait un matelas impressionnant de bons du Trésor, des encaisses gigantesques en devises prêtes à s'investir à milliards dans les routes de la soie, une marine de guerre en constante augmentation, des projets de développement partout jusqu'en Afrique ou Papouasie, et le top du top, une fabrique universitaire qui déversait des dizaines de milliers d'ingénieurs chaque année comme CocaCola des canettes à Dunkerque ! Il fallait négocier intelligemment et retraiter pas à pas en attendant la démocratisation inévitable d'un peuple ayant goûté aux joies de la société permissive de consommation, sans parler de l'effondrement des banques régionales percluses de créances bonnes à jeter à la décharge. On attendait les désordres civils intérieurs qui finiraient par casser l'élan irrésistible du monstre capitalo-communiste aux intentions douteuses. A l'évidence Trump n'a rien compris à ce raisonnement tout en finesse. Il a juste comparé les chiffres de la balance commerciale : action !

On pourrait en dire autant des prétentions insupportables de la théocratie iranienne à vouloir imposer la nuit islamique sur tout le Moyen Orient. Israël a signalé aux services américains que l'Iran laissait tomber le corset nucléaire en investissant tout son disponible dans la conquête de l'Irak pétrolier et dans l'implantation de bases en Syrie visant Israël. Non seulement Trump est sorti du traité nucléaire, mais il a fait tuer le numéro deux du régime islamique, le général Souleimani, proconsul des ayatollahs à Bagdad, en attendant de faire plus à la première occasion. Le message a été reçu cinq sur cinq. Les mollahs ont fait des funérailles grandioses en menaçant le monde entier, puis ont abattu par erreur un avion civil chez eux. Les autorités irakiennes et les tribus arabes qu'elles représentent ont pris les Iraniens en grippe et Israël continue de casser en Syrie le dispositif des Pasdaran au fur et à mesure qu'il est reconstitué. Les menaces réitérées sur le Détroit d'Ormuz n'inquiètent que les écoles de journalisme, les acteurs régionaux sachant que la côte iranienne de Bandar Abbas sera vitrifiée au premier dommage consenti par la Vè Flotte en Mer d'Oman. Sans doute la France de son côté, impliquée durablement dans le Golfe persique par ses accords imprudents de défense, se rassure-telle de la pugnacité de la brute au chien de prairie mort sur la tête. Qu'en sera-t-il de son éventuel successeur avec ses deux heures de lucidité quotidiennes ? C'est un autre article, mais on se prépare à un coup d'Etat en Iran donnant tous les commandements aux Gardiens de la Révolution en péril ; pas la révolution, le système de prédation nationale des Gardiens. Un troisième article ? D'autres zones à soucis reçoivent la même attention trumpienne au premier degré entre deux greens, que ce soit le scandale du partage des charges de l'Alliance atlantique, le merdier coréen, et moins dangereux mais plus rémunérateur en voix, l'immigration hispanique, la loi & l'ordre et les maquiladoras mexicaines... D'où LA question : Donald Trump arrivera-t-il à bloquer le balancier de Vaïsse Villiers ?

Bien sûr que non ! C'est affaire de fondamentaux. L'histoire des hommes obéit à des tendances lourdes que rompent provisoirement des éruptions violentes comme les guerres, la peste, les calamités naturelles ou la fission atomique, ce qui ne veut pas dire que ces tendances ne puissent être déviées quand elles ne peuvent être contrées. Et là nous voyons que le régime démocratique qui administre nos sociétés et qui devrait veiller à leur perpétuation est complètement inadapté. Elles doivent être gérées à l'horizon du siècle, mais ce sont des gens souvent mal élus sur des horizons si proches d'eux - cinq à six ans - qui décident et l'inadéquation du régime politique en devient risible comparé aux enjeux.
L'impermanence du monde a toujours un sens, même si ce sens n'est pas une ligne droite vers le paradis soviétique mais plutôt une orbite à plan mobile qui va et revient. L'histoire du monde depuis la haute antiquité nous le prouve. En foi de quoi, on ne peut conduire un pays au jour le jour. Le facteur temps long doit être intégré à l'épure de la gouvernance, et nous en sommes si loin ! Tout le monde peut comprendre ça, même autour d'un feu de palettes sur le rond-point. Sans en faire une obsession, ce régime parlementaire de chahut institutionnel n'est pas capable de parer le retour du balancier mégatonique que nous allons prendre en pleine poire. Inde et Chine ne nous feront pas de cadeaux ; elles ont des comptes à solder. Et l'Afrique, milliardaire en désœuvrés, nous garde un chien de sa chienne puisqu'il faut bien trouver un responsable à son déclassement. La Russie prendra son gain ! L'Europe fera des proclamations morales ou juridiques, l'Amérique du Nord se ramassera chez elle pour encaisser le choc de la boule de démolition.





Nous avons besoin dès aujourd'hui d'un Etat fort, pugnace et commandé, capable d'affronter les empires revenus, seul ou en coalition. Le nôtre est un Etat totalitaire à moitié crevé qui exhale une odeur de gangrène gazeuse et coûte un pognon de dingue* en perfusions. Nous devons resserrer notre Etat sur le domaine régalien strict et débander les voraces qui nous privent de l'essentiel. Une parasélite politique pléthorique, des dizaines de milliers d'associations ou syndicats incapables de vivre sur cotisations, un système social ravagé par une fraude aux prestations et pensions quasiment consentie, un clergé médiatique concordataire (un milliard d'aides à la presse), des saltimbanques payés à ne rien foutre, des étages administratifs redondants où se cramponnent les rationnaires de la République, leurs fils et leurs neveux. La situation confuse et insécure crée un sentiment général d'étouffement chez les masses laborieuses ! Brisons les contraintes accumulées au fil des campagnes électorales. Les périodes de moindre coercition furent souvent celles de grande créativité, inventivité, solutions pratiques, du moins de ce côté-ci de la Sainte Carte**. Les "commandeurs" dans l'âme sous-estiment toujours les capacités de l'espèce humaine à s'organiser en autonomie quand on l'abandonne à elle-même. Ils mangent sur des schémas hiérarchisés qui remontent de l'îlotier de quartier qui vérifie les masques jusqu'au général d'armée qui écrit sa page dans l'encyclopédie, en passant par tous les grades de la prébende publique. Ainsi le régime actuel bouffe-t-il plus de la moitié de la richesse produite pour exister.
Les gens capables d'entraîner et d'organiser les autres au niveau du quartier, de la ville, de la province ont souvent de meilleures capacités d'anticipation que les habiles et les malins qui se font élire sur des promesses sans lendemain. Trouvons ces gens capables et lançons des Exodus à Saint-Nazaire, direction les Kerguelen pour nos surnuméraires, à moins que quelque pays ne nous les prenne en route. Et n'oubliez jamais que la parasélite ne disparaît que quand on lui fait peur (comme en mai 68).

Au-dessus des collaborations de premier et deuxième niveau, au pays des vingt ou cent républiques nouvelles contractant entre elles, il nous suffirait d'avoir un roi, un roi actif en ses conseils, qui représenterait notre pays, son âme, sa continuité, veillerait à notre défense avec "ses" armées, et à qui s'adresseraient les autres nations pour échanger plans et projets de commun bénéfice. L'anarchie*** plus un ? C'est ça ! Il faut faire confiance aux hommes de bonne volonté et de bon sens plutôt qu'à ceux qui font métier de vivre à nos dépens. Le vrai modèle à la fin, c'est une grande confédération helvétique, couronnée pour cause de paradigme gaulois. Si nous ne savons pas la faire, invitons des Suisses à l'organiser chez nous. Ce ne serait pas la première fois que la France en carence appelle des étrangers doués à son service. La liste en est très longue, jusque dans la foration des fûts d'artillerie sous Louis XV.
A suivre...


Notes :

* Collectivisme en reconstruction :
- 56% du PIB en dépense publique
- la fiscalité la + forte de l'OCDE et peut-être du monde.
- les plus forts impôts de production en Europe après la Grèce (on va les diminuer dans le plan industriel de relance)
- un Etat qui se mêle de tout et si mal, mais considère le domaine régalien comme sa variable d'ajustement
- une Justice misérable (on jugera Balladur en janvier prochain pour les rétrocommissions de... 1995!)
- une économie administrée par l'Etat, que l'on appelle "mixte" où le secteur public est presque partout déficitaire
- le record mondial de lois, règles, règlements et normes avec une perversité particulière à aggraver les directives européennes
- la remise en question régulièrement de la propriété privée
- l'incapacité à assurer l'ordre de base

** La carte appelée aussi "la carte interdite"

*** Ce billet est le dix-huitième de Royal-Artillerie avec le libellé "anarchie"

vendredi 28 août 2020

Sahel, la grosse fatigue

Le putsch malien a signé l'échec de la "pacification française" et peut-être son terme. Sur Orient XXI, Rémi Carayol fait l'analyse de notre intervention au Sahel, depuis le raid de M. Hollande sur Tombouctou jusqu'à la démission du dilettante socialiste IBK ces jours-ci. Après avoir évoqué la complexité explosive du Mali ethnique - Bernard Lugan avait fait le tour de la question structurelle dans ses bulletins mensuels "L'Afrique Réelle" - l'auteur qui se cantonne à relater la théorie des injonctions parisiennes à l'endroit du protectorat, fait sans l'assumer explicitement (ses lecteurs ne le comprendraient pas) le procès de la démocratisation à outrance, fameuses élections magiques, que le nouvel ordre mondial exige de tout régime en crise, comme il en va ce tantôt du régime confessionnel des Libanais. Aparté : le résultat le plus "probant" n'est pas au Liban mais en Irak où les communautés légitimées par leurs groupes parlementaires font masse pour se détruire à travers leurs milices.

Même si lundi, M. Macron demande au président Aoun un cabinet de mission, sous-entendu composé exclusivement de compétences utiles au pays, après avoir pris fait et cause pour le Hezbollah, nous ne sommes pas loin d'imposer à nouveau au Liban comme au Mali un gouvernement de coalition qui là-bas comme ici n'est que le compromis d'un partage des "affaires". Ces syndicats d'ententes frauduleuses n'ont partout réussi qu'à déporter un maximum d'argent dans les paradis bancaires. On parle ces jours-ci des millionnaires comme Karim Keïta (fils d'IBK) exfiltré en Côte d'Ivoire près de ses comptes, ou Zoé Kabila (frère de Joseph et gouverneur du Tanganyika) en délicatesse avec les donateurs américains. On peut les prendre un par un, c'est sans fin. Rolex ? Pas assez cher, mon fils ! On laisse tomber Ibrahim Boubacar Keïta pour corruption aggravée par un régime clanique légitimé par les urnes, avant de reconstruire un régime aux mêmes normes démocratiques mais plus obéissant ? Ce n'est plus de la politique étrangère mais l'idéologisation d'une mission de contention des fermentations populaires, nourries par le sous-développement chronique de l'Afrique noire.

Democracy, the God that failed ! écrivait Hans Hermann Hoppe. Qu'importe, ça sonne bien aux oreilles de l'opinion internationale et dans les enceintes onusiennes, la démocratie. Alors on persiste dans cette dérive qui finit par faire beaucoup de morts. Bien sûr, disent les normateurs, c'est parce que ces peuples sont immatures qu'ils sont incapables d'appliquer la vraie démocratie de Westminster qui les sauverait de l'abîme. A lire l'article de Carayol, on comprend bien qu'il n'est pas venu encore le temps des réalités. La guerre des partis, soutenue par Paris pour faire émerger une sacro-sainte majorité, est-elle plus supportable que la guerre des clans, des tribus, celle des civilisations nomades contre leurs voisines agro-pastorales ? Le coup d'Etat malien nous répond que non ! Les putschistes demandent du temps pour organiser la cohabitation de tous à l'intérieur de frontières internationales sures et reconnues. Trois ans c'est peut-être beaucoup mais dix-huit mois au moins sembleraient un délai efficace pour aboutir. Nous n'oserons pas brouillonner une feuille de route, mais il nous semble préférable de fédérer les intérêts tribaux dans un grand conseil des chefs coutumiers plutôt que de demander par millions les avis éclairés du berger peul, du planteur bambara, du marchand de graines et de sodas, du gonfleur de roues songhai et du pêcheur d'anguilles pour la distribution des maroquins. A le faire malgré tout, autant que la démarche soit purement décorative pour un régime fédéralisé par le haut. Reste Barkhane :


Les conseillers de M. Macron pensent-ils toujours tenir le Sahel depuis les plateaux mauritaniens jusqu'au Darfour avec un corps expéditionnaire de cinq mille hommes, même bien équipés ? Le théâtre d'opérations fait 36 degrés de longitude (du 12°W au 24°E) soit un dixième du globe terrestre. Les Américains ont dû faire un calcul rapide en 240 signes pour leur Commander-in-Chief et plient les gaules. Je ressors ma vieille carte 953 Michelin et je m'étonne que les Compagnies sahariennes aient pu tenir le territoire (sans doute moins peuplé) de l'Atlantique au Fezzan ! Elles enrôlaient des goumiers provenant de tous les groupes ethniques sahélo/sahariens, Maures, Bédouins arabophones, Toubous du Niger, Touaregs et autres ethnies de l'Est. Elles étaient autonomes, vivaient en autarcie, savaient tout faire et pratiquaient la vadrouille plus souvent que la vie de fort ; tactique qui sera reprise plus tard avec les commandos de chasse en Algérie. Nul ne met en question la détermination des commandants français au Sahel, mais Barkhane est un bien gros marteau pour écraser la mouche terroriste qui pond ses œufs partout en profitant du contexte psychologique. Va-t-on s'intéresser un jour au fond des choses ? A la compétition pour les maigres ressources, à la haine tribale remontant à la traite arabe, à la concussion généralisée mais parfaitement documentée chez nos services, au déni de tout vivre-ensemble... et en tirer les bonnes conclusions ? Mais sans jamais cesser de se demander où est la queue de trajectoire : dans quel but ultime sommes-nous là-bas ?


La doxa française est de protéger au Sahel l'Europe de l'infiltration des malfaisants du défunt califat. Oui bon ! Tous les attentats européens sont l'œuvre de résidents nationaux. Croit-on les combattre en patrouillant le désert ? Un truc m'échappe, et si nos partenaires européens sont de bonne volonté, peut-être doutent-ils maintenant de notre expertise, au vu des résultats moyens moyens. Le dispositif Tacouba cassera du terroriste, c'est sûr puisque l'Europe forme les meilleures forces spéciales, mais le cadet sans avenir de la fratrie de cinq à qui sera proposé un fusil, une moto et une femme n'aura pas besoin d'apprendre les hadiths du Prophète pour rejoindre la guérilla. La ressource est inépuisable, comme la misère quotidienne et morale de peuples éternellement sous-développés.

Finalement, nous en sommes partis trop tôt !

mercredi 26 août 2020

Du sable sans masque

L'été en pente douce, on annonce la pluie. Ce clip est spécialement dédié à la brigade de gendarmerie des Saintes-Maries de la Mer qui ne ménage pas ses sueurs, et il participe aussi au jubilé du MLF - cinquante ans déjà - qui fit le martyre des plumards à l'antique. Par précaution, on n'y voit aucun sein nu et la prise a été exterritorialisé au Brésil, hors d'atteinte des bigots et des jalouses. La lambada fut la danse la plus torride de l'été 1989 pour le bicentenaire de la Révolution française. Non c'est une blague, Kaoma ne le savait pas ! Malgré le souci d'authenticité qui gouverne ce blogue, ce n'est pas le clip officiel mais un mixage du plus bel effet qui nous finira la semaine. Remarquez que les modèles sont tous au naturel et ignorent les cliniques de l'avenue Alphand. Que de la race !


Et pour ceux des boomers qui veulent impressionner encore les millennials, voici les paroles en version originale à apprendre par cœur (c'est du lusitanien) avant de se jeter sur la piste :

Chorando se foi quem um dia so me fez chorar
Chorando se foi quem um dia so me fez chorar

Chorando estara ao lembrar de um amor
Que um dia nao soube cuidar

Chorando estara ao lembrar de um amor
Que um dia nao soube cuidar

A recordacao vai estar com ele aonde for
A recordacao vai estar pra sempre aonde for

Danca sol e mar guardarei no olhar
O amor faz perder encontrar

Lambando estarei ao lembrar que este amor
Por um dia um instante foi rei

A recordacao vai estar com ele aonde for
A recordacao vai estar pra sempre aonde for

Chorando estara ao lembrar de um amor
Que um dia nao soube cuidar

Cancao riso e dor melodia de amor
Um momento que fica no ar

A recordacao vai estar com ele aonde for
A recordacao vai estar pra sempre aonde for

Chorando estara ao lembrar de um amor
Que um dia nao soube cuidar

Cancao riso e dor melodia de amor
Um momento que fica no ar


Articles les plus consultés