mardi 16 mai 2006

ET IN ARCADIA EGO

le Grand Manuscrit de Rennes
Le succès du Da Vinci Code ne se dément pas. L'Eglise catholique met en batterie l'artillerie de fortifications. Des prélats de la plus haute dignité montent au créneau, comme Mgr Amato, secrétaire du saint Office (Congrégation pour la doctrine de la foi) qui a demandé de ne pas aller voir le film "perversement anti-chrétien", ou Dom Aletti, SJ, de la Commission Biblique Pontificale aujourd'hui dans Le Figaro. Les médias sont pris d'assaut par les évêques, les rédacteurs des publications chrétiennes, et même plus incroyable encore, par l'Opus Dei ... sous vos applaudissements ! Retour de flamme de la chaudière religieuse après le scandale tapageur des caricatures du faux prophète, ou péril en la demeure du père ?

Pour préparer la sortie en salle du film "pervers" de Ron Howard, la revue mensuelle "Il est vivant!" propose un numéro spécial de 16 pages. L'hebdo "Famille Chrétienne" publie de son côté une série spéciale de quatre numéros consacrés au Da Vinci Code, pour montrer le vrai visage de l'Eglise. "Alpha" publie : "Le Da Vinci Code, une réponse" : un attrayant livret de 32 pages pour découvrir pas à pas les principales questions posées par le livre de Dan Brown et le film. Le Forum pour la Nouvelle Evangélisation a publié un nouveau dépliant :"Da Vinci Code, une supercherie ésotérique". Les éditions de L'Homme Nouveau viennent de publier une bonne étude qui réfute l'essentiel en 48 pages : "Décoder Da Vinci Code". A noter que tous ces boulets sont bien sûr payants. Mais l'Ordre des Prêcheurs nous offre gracieusement son démontage dominicain en cliquant ici. Ne comptons pas les articles de la presse "civile". Ne comptons pas les articles de la presse "spirite". Bref, c'est chez nous le grand émoi. Le coup fumant du siècle.

Mais c'est aux Etats-Unis que la contre-attaque est la plus forte. La congrégation des évêques américains monte elle-même en ligne avec son Jésus Décodé. Sans doute parce que les peuples du Nouveau monde s'avèrent plus fragiles que ceux de l'Ancien qui en ont vu d'autres : Nudistes adamiens, noénisme sponsorisé par les vignerons de Cana, calvinisme genevois, arianisme wisigothique et son succédané moderne, le catharisme, manichéisme oecuménique, et les nestoriens qui métastasèrent jusqu'en Chine ; ils y sont toujours d'ailleurs. Notre dernier christ était à Montfavet, qui fit rire toute la Provence !

Dans la grande tradition romaine de réduction des hérésies a minima quelles que soient les pertes, on pourrait attendre une excommunion ex-cathedra de Dan Brown et de Tom Hank, s'ils n'avaient pris la précaution d'abjurer l'un pour le Veau d'Or, l'autre en Orthodoxie vague, afin d'éviter le barbecue de la Sainte Inquisition revenue, ou plus prosaïquement la honte sur leurs familles retranchées de la communauté biblique. L'étape suivante devrait être la croisade d'éradication par le fer et par le feu ! Les prêcheurs sont en route. Charlie-Hebdo aussi.

Où est l'outrage ?
Résumé en trois lignes :
Il existerait depuis le XIIe siècle un mystérieux Prieuré de Sion protégeant un secret majeur. Et ce secret n'est rien moins que la présence du sang de Jésus dans la dynastie mérovingienne, qualifiée de seule lignée royale légitime en France.

Que le calice du Graal ait été Marie-Madeleine au sens qu'elle aurait transmis le sang de Jésus le Nazaréen, ne saurait amoindrir la foi dans l'Evangile que l'on suive ou non la piste mercantile de Dan Brown. Personnellement il ne me gêne pas que le Messie, pour la naissance de qui trois rois d'Orient étrangement pareils à Cham, Japhet et Sem, firent le voyage, ait choisi de vivre en prince austère entouré d'une famille, et je trouverais plus de cohérence à l'histoire s'il s'avérait qu'il fût "le roi perdu" des Juifs (I.N.R.I.), et ses disciples, une cohorte de Zélotes armés qui mettaient en danger le colonisateur.

Je ne vois pas ce qui affaiblit Le Message dans les élucubrations de Dan Brown, pur produit de l'édition américaine ! La réaction me semble exagérée.

Par contre on imagine bien que la construction patiente d'un mythe christique assimilable par tous - le Christianisme est une religion de masse -, est entamée par cet ouvrage délicieusement sulfureux, dès lors que des âmes simples s'enticheraient du nouveau feuilleton "Amour, Gloire et Beauté" qui a plus d'arcanes mystérieuses que l'ancien, très daté maintenant.

Da Vinci Code est un pur produit de marketing pour la ménagère de quarante ans, semé dans le sillon féministe américain de libération et paritarisme, au moment où l'on considère sérieusement la candidature d'Hillary Clinton au poste suprême, comme on le fait de Ségolène Royal en France. Marie-Madeleine aux longs cheveux de soie, princesse libre dans sa tête et dans son corps, dépositaire exclusive de la Vérité et du Graal par la volonté du Seigneur, tenait tête à Simon Pierre, le secrétaire général du mouvement et premier pontife de l'Oeuvre humaine. Comment voulez-vous refuser désormais la prêtrise aux femmes ? le mariage aux prêtres ? C'est le retour de la papesse Jeanne, la Curie au kärcher !

Mais il y a plus grave que la guérilla Da Vinci.
Les mêmes qui vont gober les affabulations* de Dan Brown, et ils sont des millions, vont être, de part et d'autre de l'Atlantique, appelés à voter pour un chef d'Etat dans un période très difficile pour leurs nations respectives. Les Etats-Unis doivent se dépéguer de l'Irak qui va détruire leur âme et couler leur économie; la France doit enrayer son déclin, à peine de disparaître des écrans politiques et être assujetties au monde anglo-saxon.
On se réjouit que la démocratie, flambeau de l'intelligence, remette son destin entre les mains de gogos du modèle de ceux qui vont prendre le charter cet été en short et crème à bronzer pour voir ...... Sion !

PS**(*) La légitimité ancienne des Mérovingiens est peut-être l'unique pierre d'angle vraie de l'ouvrage. Cette dynastie qui se disait troyenne, avait quelque chose de magique reconnu par tout le peuple, à tel point que ses concurrents pépinnides, les vizirs du calife, durent usurper le pouvoir avec d'infinies et longues précautions, et attendre l'adoubement public de la Papauté qui n'a pas sourcillé devant le parjure. Les Carolingiens se sont dépêchés d'épouser des princesses mérovingiennes (pour récupérer du vrai sang bleu ?) et de s'allier à la maison wisigothique bien plus orientalisée qu'eux-mêmes, et que certains disent juive. Mais qu'un rameau dynastique mérovingien ait drageonné jusqu'à nous est bien improbable ; par les femmes peut-être.
Puisque tout a commencé par une femme.

cénotaphe de Pontilles
" Jésus, remède des blessures, unique espoir des pénitents,
dissous nos fautes par les larmes de Madeleine. "
(épilogue du "grand parchemin")



PS**: lire Post-scriptum et non Prieuré de Sion.

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